Titre : L'Arme et l'Outil
Auteur :
Sigognac
Genre : Romance (Yaoi)

Rating : M
Disclaimer : Les personnages et l'univers du manga Naruto appartiennent à Masashi Kishimoto.

Note : C'est un Kakairu, autrement dit relations sexuelles / amoureuses entre deux beaux ninjas mâles : vous êtes prévenus !


Je m'excuse platement, vraiment, pour ce retard. Je m'excuse d'autant plus que j'ai eu de supers reviews, plein d'encouragements de la part de certains d'entre vous mais que je n'arrivais pas à écrire pour autant. Bref, le chapitre 12, le chapitre final sur lequel je galère depuis des semaines, est normalement terminé, ce qui veut dire qu'il ne me reste plus que l'épilogue à écrire. La suite devrait donc arriver vite mais il n'est pas impossible que je relise ce que j'ai écrit, que je trouve ça pourri et que je recommence tout (j'ai fait ça trois fois pour le chapitre 12 et j'ai foutu plus de 5000 mots à la poubelle) ! Donc, je ne promets rien et m'excuse encore pour cette attente.


Chapitre 10 : Traquenard

Kakashi repoussa le bol à moitié vide qu'il avait devant lui et posa l'un de ses coudes sur le comptoir pour soutenir son menton. Il soupira, doucement. C'était vrai que les nouilles de l'Ichiraku étaient délicieuses. Il n'aurait pas été jusqu'à dire que c'était le meilleur restaurant au monde comme un certain gamin de sa connaissance mais, dans l'ensemble, on y mangeait plutôt bien et pour pas cher.

Pourtant, ça ne valait pas les nouilles d'Iruka-sensei. Pas qu'il était bon cuisinier, non, pas plus que ça. Ses préparations n'avaient en fait rien d'extraordinaire. Kakashi réalisait seulement maintenant que tout l'intérêt de ces nouilles venait en fait de la présence du chuunin à ses côtés. Et cette présence lui manquait cruellement.

Franchement, il devenait pathétique…

« Un problème avec votre commande ? »

Teuchi le regardait, un peu surpris. Il ne devait pas avoir l'habitude qu'un client ne termine pas son plat.

Kakashi eut ce plissement d'œil hypocrite qu'il utilisait très souvent ces derniers temps.

« Non, c'était parfait. Je n'ai juste pas très faim, aujourd'hui. »

Le vieil homme l'observa fixement, sceptique.

« Les ninjas doivent se nourrir, c'est important. Vous avez besoin de force pour nous protéger. »

« Je vous assure que ça va. »

L'autre hésita un peu avant de se pencher légèrement en avant pour faire une observation plus intime.

« Je suis certain que, là où il se trouve, Naruto garde l'appétit. Manger aide à ne pas se laisser abattre. Vous devriez faire comme lui. »

Kakashi fronça son seul sourcil visible. De quel droit ce type se permettait-il de lui parler de Naruto ? Que croyait-il comprendre au juste ?

Il allait froidement répondre, comme il savait si bien le faire, quand le vieillard lui adressa au même moment un sourire bienveillant. Un sourire qui lui en rappela un autre. Il se souvint que Teuchi avait toujours été gentil avec Naruto même à l'époque où il était détesté par tout le village – et où seul un petit chuunin prenait soin de lui - et qu'il devait simplement s'inquiéter pour le blondinet.

Tout comme il devait s'inquiéter pour lui, aussi. Parce que n'importe qui devait être capable de voir qu'il filait un mauvais coton.

Il essaya de prendre une voix sincère au moment où il plissa de nouveau son œil.

« Je suis sûr que, où qu'il se trouve, Naruto se languit de votre cuisine. »

Teuchi se laissa aller à rire et posa distraitement sa main sur l'avant-bras de Kakashi.

« Quand il sera de retour au village, vous viendrez manger tous les deux. Il terminera votre bol, soyez en sûr ! Mais en attendant… »

Le bonhomme repoussa le bol encore à moitié plein vers le jounin.

« Mangez ! »

Kakashi prit son temps pour terminer son repas sous le regard approbateur de Teuchi. Personne ne l'attendait nulle part, de toute façon. Il était seul et il avait été fou de croire une seule seconde qu'il pouvait en être autrement. Il finirait comme son père, il en était maintenant certain.

Il lui avait fallu du courage pour oser se trainer jusqu'au restaurant de ce brave Teuchi. Cela faisait des semaines qu'il ne sortait plus de chez lui. Dès qu'il rentrait d'une mission, il se terrait dans son appartement. Il ne faisait même plus les courses. Son frigo se remplissait toujours mystérieusement pendant ses absences comme si un éternel rival se chargeait de le faire subsister.

Il regrettait de ne pas être capable de remercier Gai, ce si fidèle ami qu'il ne méritait absolument pas. L'autre frappait à sa porte parfois, essayant de le pousser à sortir mais Kakashi n'avait plus la force de rien. Et surtout, il était terrifié à l'idée de croiser Iruka-sensei. Lui qui avait volé des plannings pour pouvoir le revoir, les volait maintenant pour ne plus tomber sur lui. Il ne voulait pas lire le mépris dans ses yeux ou, pire, une sollicitude hypocrite.

Il se réveillait parfois, en pleine nuit, trempé de sueur, l'esprit tout occupé par le corps bronzé du chuunin. Il n'arrivait pas à se l'enlever de la tête.

Alors, il fuyait, allant chercher ses ordres de mission et ses rapports durant les heures où il savait le professeur devant ses élèves. Et pourtant, dès qu'il était dehors, il voyait Iruka partout : devant les vitrines des boutiques, dans les couloirs du palais du Hokage, en train de rire parmi un groupe de ninja, se promenant au bras d'une fille douce et normale… Et chaque fois qu'il croyait l'apercevoir, son cœur se soulevait aussi bien d'effroi, que de joie. Il n'osait jamais demander aux autres des nouvelles d'Iruka, il avait trop peur qu'on l'interroge. Personne ne devait savoir ce qu'il avait fait subir au chuunin.

Jamais.

Lorsqu'il eut terminé, Kakashi paya largement son repas. Teuchi avait bien tenté de lui rendre la monnaie mais le jounin avait décliné d'un plissement d'œil et avait disparu dans un tourbillon de feuilles. La sollicitude du vieil homme méritait bien une récompense. Et puis, Kakashi ne le payait pas uniquement pour le repas mais aussi pour son sourire.

Un sourire qu'il pouvait admirer sans honte et qui lui en rappelait un autre.

~/~/~

Il l'avait senti tout de suite qu'il s'agissait d'un traquenard. Ouais, dès la première seconde… Ils oubliaient à qui ils avaient affaire ou quoi ?

Honnêtement, quelles étaient les chances pour qu'on ait vraiment besoin de Gai, Asuma, Kurenai et lui-même pour une seule et même mission de rang A ? On avait eu beau lui expliquer, au briefing, que la surveillance de ce village était essentielle, il avait doucement rigolé. Asuma n'avait aucune aptitude particulière pour les missions de surveillance… Quant à Gai, bah c'était Gai, quoi… Sa tenue moulante parlait pour lui. Et puis une mission de rang A… Quatre jounins pour une mission de rang A ? On se foutait vraiment de sa gueule…

Mais soit, il avait bien dû accepter la mission comme le bon petit soldat qu'il était et attendait maintenant le retour de bâton. La surveillance avait duré toute la journée et une partie de la nuit et il avait trouvé ses coéquipiers étrangement silencieux. Enfin, bien sûr, il remarquait les regards en coins et les messages qu'ils s'envoyaient dans son dos avec leurs mains, il était pas complètement miro, non plus… Mais bon, tant qu'ils le laissaient en dehors de leurs délires, lui, ça lui allait. Or, il sentait bien que ça allait lui retomber dessus à un moment ou un autre.

Ils s'arrêtèrent en pleine forêt pour faire une pause sur le chemin du retour vers Konoha. Kakashi s'était éloigné de leur camp de fortune pour aller pisser et avait retrouvé les trois loustics en plein conciliabule. Comme par hasard, ils s'étaient subitement tus en l'apercevant.

Bonjour la discrétion…

Tout le monde s'était assis joyeusement en cercle et Kakashi avait volontairement baissé la tête pour que les trois autres puissent continuer à s'embrouiller par signes de tête interposés.

Ca dura un certain moment jusqu'à ce qu'il entende Asuma se racler la gorge. Et Kakashi avait rigolé intérieurement. Décidément, celui-là ne pouvait rien refuser à Kurenai…

« Kakashi, on voudrait te parler. »

Il avait relevé la tête et froncer le sourcil, par pure habitude.

« Me parler de quoi ? »

Le jounin avait hésité un peu avant de lâcher le morceau.

« De toi. Il faut qu'on te parle de toi. »

« Je m'entends très bien avec moi-même, je te remercie. », avait répondu Kakashi vaguement énervé.

« Kakashi, c'est sérieux, avait calmement repris Kurenai. On s'inquiète pour toi. »

« Vous pouvez vous la garder, votre inquiétude. Ça va, je fonctionne. »

« Non, justement, ça ne va pas ! avait froidement éclaté la jeune femme. Tu crois qu'on ne s'en rend pas compte ? Tu ne sors plus de chez toi, tu ne manges plus… On te connaît depuis si longtemps, tu peux nous parler ! »

Kakashi les avait regardés tous les trois.

« Puisque vous me connaissez si bien, donnez-moi juste un moment dans ma vie où ça a vraiment été pour moi. Allez-y, je vous écoute. »

Ils avaient échangé des regards, démunis.

« Vous voyez. Ca a toujours été comme ça. Je fonctionne, c'est tout ce qui compte. »

« Bien sûr que non. C'est pas ça qui compte, avait encore affirmé Kurenai. On voudrait que tu ailles mieux, tu comprends ? Tu peux nous parler ! Parle-nous de Sasuke et de Naruto, de ton père, même, ou d'Obito si tu veux… »

A ce nom, Kakashi avait brusquement relevé la tête. Depuis quand Kurenai savait pour Obito ? Il avait lancé un regard assassin à ce traître d'Asuma.

« Elle est des nôtres, s'était-il justifié, elle avait le droit de savoir ! Mais bordel, qu'est-ce que ça peut faire de toute façon ? On est dans la même équipe, non ? A qui tu peux parler si c'est pas à nous ? »

« A un chuunin, avait pensé Kakashi. Autour d'un bol de nouilles ou juste après l'amour… »

« Cette conversation n'a pas lieu d'être. », avait-il énoncé à haute voix et il avait cherché à se relever mais une large main l'avait maintenu au sol.

Cet enfoiré de Gai, il ne l'avait même pas vu bouger…

« Je ne suis pas d'accord, avait-il décrété. Tu vas rester assis et nous parler. On est là pour toi. »

Un sourire étincelant avait clos cette réplique mais cela n'avait fait qu'irriter un peu plus Kakashi. Il se sentait piégé, trahi. De quel droit se mettaient-ils à trois pour lui tirer les vers du nez ? Pourquoi s'accrochaient-ils à lui, comme ça ? Ils ne comprenaient donc pas qu'il portait malheur ? Qu'il leur gâcherait la vie comme il l'avait fait à tous ceux qui l'avaient approché jusque-là ? Comme il l'avait fait à Iruka-sensei ?

Ils voulaient qu'il parle ? Il allait parler.

« Mais vous vous imaginez quoi ? avait-il rugi en faisant valser la main que Gai avait laissé sur son épaule. Vous croyez vraiment que vous pouvez me comprendre ? Comment le pourriez-vous ? Vous avez perdu toute votre famille ? Vos amis ? Votre maître ? Vos élèves ? »

« J'ai perdu mon père. », était intervenu Asuma.

« Oh, alors là, je m'incline, avait craché Kakashi. Ton père est mort comment déjà ? Ah, oui ! En héros ! Tué par un ennemi redoutable lors d'un combat épique et il a été pleuré par tout un village ! Tu sais quel genre de funérailles il a eu, mon père ? »

Asuma se mordit doucement la lèvre, regrettant d'avoir embarqué Kakashi sur cette voie.

« Quand tu penses à ton père, Asuma, quelle image te vient à l'esprit ? Tu te revois en train de jouer au shogi avec lui ou tu l'imagines avec sa coiffe de Hokage alors qu'il fume tranquillement sa pipe ? Tu sais ce que je vois toujours quand je pense à mon père ? Je vois ses tripes étalées sur le parquet du salon ! Tu crois qu'il te suffit de perdre quelqu'un pour me comprendre ? »

« Tu t'égares, Kakashi. », avait affirmé fermement Kurenai, défendant son homme sans même s'en rendre compte.

« Je m'égare ? Vous voulez que je vous parle mais vous êtes incapables d'entendre ! Vous êtes tellement parfaits, vous autres, avec vos petites vies idéales ! »

« Oh, bien sûr, avait maugréé Kurenai, acide, voilà qu'on a des vies idéales, maintenant… »

« Tu as encore tes élèves, avait coupé froidement le jounin. Vous avez encore tous vos élèves. Et ils vous aiment, vos élèves. Ils jouent au shôgi avec vous ou portent les mêmes tenues grotesques que vous pour vous faire honneur… Les miens… Les miens, ils mettent des continents entre nous pour être sûrs de ne plus jamais me revoir ! »

« Tu exagères un peu, Kakashi. », avait tenté Gai.

« J'exagère ? Moi, j'exagère ? »

Il avait planté son œil dans celui de Gai.

« Imagine une seule seconde que ce soit Lee qui soit sous la coupe d'Orochimaru. Comment tu réagirais, toi ? »

Le regard de Gai s'était fait sombre et humide.

« Je serai anéanti. », avait-il admis.

« Je ne suis pas anéanti, avait repris Kakashi. Je fonctionne. Je me lève tous les matins, je prends plus de missions que quiconque, je soutiens mon village. Qu'est-ce que vous voulez que je fasse de plus ? Je me bats tous les jours pour rester debout ! »

De nouveau, la large main de Gai s'était posée sur son épaule.

« La question n'est pas là, avait affirmé très calmement le jounin. Tu es très fort, Kakashi, personne ne le conteste. Je pense que la plupart d'entre nous ne se seraient pas relevés de la moitié des épreuves que tu as traversées. Et je t'admire pour ça. On t'admire tous pour ça. Mais… tu ne peux pas garder tout ce qui t'arrive pour toi. C'est malsain. Entre-toi dans la tête que tu n'es pas seul, il faut que tu lâches prise. »

Il était gentil. Ils étaient tous gentil et en son for intérieur, Kakashi était touché d'avoir des coéquipiers si prévenants mais ils restaient en dehors, le ninja copieur était incapable de les laisser entrer dans sa tête. Il fallait qu'ils le comprennent.

« Quel réconfort pourriez-vous me donner alors que vous n'avez aucune idée de ce qu'est ma vie ? Je t'aime bien, Gai, mais tu ne pourras pas m'aider. Aucun de vous ne le peut. Alors, lâchez l'affaire. »

« Peut-être, avait concédé son rival, peut-être que nous ne pouvons pas vraiment t'aider mais alors… alors… Pourquoi tu ne… »

Il s'était arrêté en plein milieu de sa question, hésitant, et avait lancé un regard interrogateur à ses deux comparses.

Ce fut Asuma qui prit la responsabilité d'évoquer le sujet qu'ils évitaient depuis le début.

« Kakashi, pourquoi tu ne parles plus avec Iruka-sensei ? »

Il y eut comme un arrêt dans le temps et tout s'écroula autour de lui. Le jounin ne pouvait pas croire à ce qu'il venait d'entendre.

« Qu'est-ce que tu as dit ? »

Cette fois, il s'était relevé. Ni la main de Gai, ni quoi que ce soit d'autre n'aurait pu l'en empêcher.

Il avait l'impression étrange qu'Asuma venait de blasphémer. On ne pouvait pas prononcer ce nom à haute voix en sa présence, c'était trop intime.

« Qu'est-ce que tu viens de dire ? »

Sa voix était agressive. Il s'était avancé d'un pas menaçant vers Asuma. Ce dernier n'avait pas bougé.

« Calme-toi. »

« Que je me calme ? Pourquoi tu me parles de lui, maintenant ? »

« Assied-toi. »

De nouveau, Gai était à ses côtés, l'encourageant à reprendre ses esprits.

Kakashi se rassit sous son impulsion mais continua à observer Asuma d'un air mauvais.

Ce dernier sortit une cigarette. De l'esbroufe, clairement. Il faisait ça pour se donner une contenance.

« Tu dis qu'on ne peut pas te comprendre et quelque part, tu as raison. On n'a jamais trop su comment te parler, en fait, parce que… tu es toi… »

Il actionna doucement son briquet.

« C'est pour ça qu'on était tous contents quand tu as commencé à voir Iruka-sensei. »

Kakashi écarquilla l'œil.

« Quoi ? »

Asuma l'ignora, prenant une bouffée de son poison quotidien.

« Il est orphelin, il a grandi tout seul et… Naruto et Sasuke étaient aussi ses élèves. On s'est dit que c'était la personne idéale pour toi, la seule capable de te comprendre un peu. »

« Comment ça « on s'est dit » ? C'était prémédité tout ça ? »

« Quoi prémédité ? répéta Asuma, ne cachant pas son incompréhension. C'est toi qui as parlé de lui à Gai… Et après, tu t'es mis à faire tourner les chuunins en bourrique pour récupérer ses plannings… »

Kakashi n'en croyait pas ses oreilles. Ils savaient… Tout ce temps, ils savaient…

« Ca nous a soulagés que tu t'intéresses un tant soit peu à quelqu'un. On a pensé que c'était une preuve que tu allais mieux… »

Mais les explications d'Asuma devenaient de plus en plus lointaines. Les pensées de Kakashi l'absorbaient totalement. Il revoyait Iruka le forcer à prendre son premier thé, Iruka qui lui demandait s'il ne voulait pas lui parler de Sasuke, Iruka qui l'écoutait attentivement raconter ses missions difficiles, Iruka qui s'offrait à moitié-nu sur le rebord d'une table… Tout cela n'avait donc été qu'une mascarade ?

Asuma parlait toujours mais Kakashi n'écoutait pas. Son œil se fixa sur lui alors qu'il lui coupait abruptement la parole.

« Vous lui avez demandé, c'est ça ? »

Les trois jounin le regardèrent, interdits.

« Demandé ? », osa interroger Kurenai.

« Vous lui avez demandé d'être… gentil avec moi ? »

Il y eut un silence.

« Kakashi, reprit doucement Asuma, on ne lui a rien demandé du tout. Iruka est quelqu'un de gentil. Il est comme ça avec tout le monde… »

Kakashi espérait vraiment qu'Iruka ne soit pas aussi gentil avec tout le monde.

« Vous êtes en froid, c'est ça ? » avait timidement questionné Kurenai.

Mais s'il y avait bien un sujet que Kakashi ne voulait absolument pas évoquer, c'était bien celui-ci.

« Laissez-tomber, d'accord ? On rentre maintenant. »

Ils l'entouraient, tous les trois. Il était clair qu'ils ne voulaient aller nulle part.

« Il n'est pas rancunier, tu sais. Si tu lui as dit quelque chose… »

« Mais qu'est-ce que ça peut bien te foutre ? » avait-il hurlé sur la jeune femme.

« Ca nous fout que ça te faisait du bien de le voir ! », avait-elle éructé à son tour, sortant de sa réserve habituelle.

Les deux autres approuvèrent comme pour donner plus de poids à la déclaration de Kurenai.

« C'est quelqu'un qui sait écouter. C'est très bien que tu le vois. Alors, si tu as été grossier, excuse-toi. Et s'il a fait quelque chose qui ne t'a pas plu, pardonne-lui. »

« Il y a des choses qu'on ne peut pas pardonner. »

C'était sorti tout seul, il n'avait pas voulu dire ça.

Ils comprirent, immédiatement, qu'ils tenaient quelque chose : une piste.

« Que tu ne peux pas pardonner ou c'est lui ? », avait repris Asuma.

Il ne comptait pas répondre à cette question et il ne le fit pas mais quelque chose dans sa manière de réagir leur donna la réponse souhaitée.

« C'est lui qui doit te pardonner, avait très vite conclu le fumeur. Qu'est-ce qui s'est passé exactement ? C'est quelque chose que tu as dit ? »

Les yeux d'Asuma le scrutaient, chacune de ses réactions faciales étant analysées à la loupe. Cet enfoiré était un as en interrogatoire. Même le masque que Kakashi portait ne parvenait pas à l'arrêter.

« C'est quelque chose que tu as fait. », avait-il rapidement compris. Et immédiatement, la question était sortie de la bouche de Kurenai.

« Qu'est-ce que tu as fait, au juste, Kakashi ? »

Ils étaient si près de lui, le pressant de questions, le scrutant. C'était insupportable. Il craqua.

« Ne me forcez pas à vous parler de ça, implora-t-il. S'il vous plaît. »

Il y avait une vraie détresse dans sa voix, une détresse qu'il ne se croyait plus capable d'exprimer.

Ils avaient reculé tous les trois, d'un coup. Leur instinct venait de leur faire comprendre qu'ils avaient dépassé les bornes et Kakashi sut que son supplice était terminé.

Ses coéquipiers avaient échangé des regards avant de se relever de concert. Un silence gêné s'était installé alors que chacun récupérait ses affaires pour repartir. L'équipement de Kakashi était déjà prêt mais il avait besoin de s'occuper l'esprit alors il avait fait mine de recompter ses kunais même s'il savait pertinemment combien il en avait.

« Si on se dépêche, il nous reste moins d'une heure de route. », avait annoncé Kurenai pour tenter d'évacuer le malaise encore présent.

Kakashi avait acquiescé, sans la regarder, rangeant les kunai qu'il avait inutilement sortis.

« Hey ? »

La poigne d'Asuma lui enserra l'épaule alors qu'il se relevait. Il était face à lui et Kakashi n'eut pas d'autre choix que de le regarder.

« Ne sois pas en colère contre nous, d'accord ? »

« Je ne le suis pas. »

« On s'inquiète juste pour toi… »

« Je sais. »

Il avait conscience que sa voix manquait de conviction mais il était sincère, il n'était pas fâché. Il était plutôt gêné de générer autant d'attention alors qu'il ne la méritait pas.

La voix d'Asuma avait retenti de nouveau, chevrotante.

« C'est juste que… je ne veux pas, dans quelques années, que la seule image qui me vienne en pensant à toi, ce soit tes tripes sur le parquet de ton salon. »

Kakashi l'avait alors fixé franchement : il n'en était pas encore là, vraiment. Et même, s'il avait voulu en finir, il l'aurait fait en mission pour que ça serve à quelque chose.

« Je ne veux pas, avait continué Asuma, culpabiliser comme mon père a culpabilisé pour le tien. »

Kakashi aurait voulu dire qu'il comprenait, que le Troisième avait toujours cherché à l'aider, que c'était quelqu'un de bien mais, comme d'habitude, rien n'était sorti.

Il fut soudainement arraché à la poigne d'Asuma pour finir engoncé entre deux bras musclés et moulés dans une combinaison d'un vert atroce.

« Mon cher rival ne ferait jamais une bêtise pareille ! annonça une voix tonitruante. Je lui interdis de disparaitre tant que notre compétition durera. Je dois prouver au monde que je suis ton égal, Kakashi. »

Gai fit une pause pour serrer plus fortement le jounin contre lui.

« Et accessoirement, reprit-il à l'adresse d'Asuma, Kakashi n'a pas de parquet dans son salon mais de la moquette. »

Il s'était penché en avant comme pour chuchoter quelque chose mais sa voix forte restait perceptible pour tous.

« Mon cher rival est un peu proche de ses sous. », avait-il expliqué sur le ton de la confidence.

Il y avait eu un silence et puis, les épaules de Kakashi s'étaient soulevées dans un ricanement faible et nerveux.

Il n'y avait que Gai pour transformer une conversation dramatique en sketch en moins de cinq minutes et il savait pertinemment qu'il l'avait fait exprès. Il assumait le rôle de clown pour détendre l'atmosphère.

Plus personne n'osa parler après ça. Ils repartirent bon train, Gai ouvrant la marche et Kakashi la fermant. Parfois, Asuma se retournait sur lui et lui adressait un regard inquiet. Cette histoire devait l'obséder. Il ne voyait pas, bien sûr, ce que Kakashi avait bien pu faire pour mettre en rogne un si gentil chuunin mais il avait envie de le découvrir.

Quand ils arrivèrent à Konoha, Kakashi prit machinalement la tête et se dirigea vers la salle des missions mais il sentit bientôt qu'on ne le suivait plus.

Il se retourna pour voir les trois autres à quelques mètres, la mine un peu gênée.

« Vous n'étiez pas vraiment sur cette mission, n'est-ce pas ? »

Asuma eut un sourire timide.

« On ne savait pas comment te parler alors on s'est un peu imposé. »

« Ouais. »

Kakashi rangea ses mains dans ses poches, pas vraiment surpris. Les trois jounins étaient penauds. Ils voulaient simplement l'aider. Ils s'y prenaient mal, certes, mais cela n'enlevait rien à leurs bonnes intentions.

« Vous savez que Gai fait des onigris d'enfer ? »

Deux regards éberlués se fixèrent sur lui alors que Gai souriait de toutes ses dents.

« On pourrait en manger tous les quatre, un de ces soirs ? », proposa laconiquement Kakashi.

Kurenai soupira de soulagement, baissant ses yeux vers le sol.

« On pourrait, oui. », répondit-elle dans un sourire alors qu'Asuma acquiesçait de la tête.

« Par contre, ce serait un repas sans prise de tête. Commencez pas à me parler de mon père, ni de qui que soit d'autre… »

Il pensait à Iruka mais il n'avait pas osé prononcer son nom.

« Parfois, murmura Kurenai, on se demande… Je veux dire, est-ce qu'on peut te parler de nos élèves ou tu préfères pas ? »

« Parlez-en tant que vous voulez. Ça m'a fait de la peine qu'Hinata soit passée chuunin et que tu n'aies pas osé me le dire… »

La jeune femme lui adressa un regard d'excuse et Kakashi reprit, presque pour lui-même.

« Après tout, moi aussi j'ai une élève qui est passée chuunin à cet examen. »

Ils se quittèrent là-dessus. Les trois jounins semblaient soulagés d'avoir un peu permis au ninja copieur de sortir de sa coquille.

Kakashi était tout plein de cette conversation, de ce qui venait de se passer, de ces amis fidèles qu'il ignorait presque avoir.

C'était un salopard, pourquoi s'intéresserait-on à lui, comme ça ? Pourquoi essayait-on de le sauver ?

Endormi par toutes ces questions, par ces émotions nouvelles ou enfouies, son esprit perdit un peu de sa légendaire vigilance alors que ses jambes l'entraînaient sans son accord sur un chemin déjà parcouru mille fois.

Quand il réalisa, quand il sentit le danger, il était trop tard : il avait déjà ouvert la porte de la salle des missions.

Le piège s'était refermé, le véritable traquenard avait fonctionné.

Il lui était impossible de s'enfuir et il ne put qu'écarquiller les yeux quand le visage crispé d'Iruka-sensei lui fit face.