Disclaimer : voir premier chapitre.

Chapitre relu par Dacian Goddess.

11. Quotidienneté.

J'imaginais que Severus ne serait pas du genre à me glisser des mots doux à l'oreille après l'am… le sexe, comme le faisait Ron—ne pas penser à Ron, ne pas penser à Ron—mais de là à être parti moins d'un quart d'heure après, il y a de la marge. Enfin, je ne m'attendais pas à avoir du plaisir non plus. Dire qu'avec Ron, cela nous a pris au moins sept tentatives avant que je trouve un tant soit peu de satisfaction dans l'acte—ne pas penser à Ron, ne pas penser à Ron— mais nous étions vierges tous les deux. Je ne peux pas me laisser aller et m'attarder sur le passé. J'ai maintenant un mari dont je veux me débarrasser de manière légale, je veux trouver un travail, et j'ai toujours le SALE à développer. Je mets des vêtements confortables, m'installe à mon bureau et m'apprête à mettre en place un planning pour organiser mes activités dans les mois à venir, comme au bon vieux temps des BUSEs et des ASPICs.

La première chose à faire, néanmoins, est d'ouvrir l'enveloppe que Harry m'a donnée tout à l'heure. Je lis ce qui s'y trouve, et je sens mes yeux s'écarquiller sans que j'y sois pour quelque chose. C'est un courrier pour un entretien d'embauche au service juridique de la Société des Balais de Course Nimbus le vingt-sept mars matin ! Le poste proposé est celui d'assistant, qui consiste d'après ce que je lis à rechercher dans des livres et grimoires des faits, des cas déjà jugés, afin d'aider les juristes de l'entreprise à préparer la défense de la Société contre les plaintes de plus en plus nombreuses des utilisateurs. Je me souviens avoir lu quelque chose sur le sujet dans la Gazette ; les gens achètent un balai pour voler, et lorsqu'ils tombent, rejettent la faute sur le fabricant. J'ai déjà fait ce genre de chose pour défendre le cas de Buck lorsque j'étais en troisième année. Le cas fut perdu, mais pas parce que mon travail était mauvais. J'ai confiance que je vais décrocher cet emploi.

Ensuite, mon plan anti-mariage. Je ne peux plus utiliser la clause de non-consommation pour demander le divorce. Il me reste l'adultère, la stérilité, ou la violence conjugale. Quelles sont mes pistes d'action ? Après réflexion, voici mon plan :

1/L'adultère : avec tout le remue-ménage qu'il y a eu suite à l'annonce du mariage du héros romantique, je ne devrais pas avoir de mal à lui mettre une pimbêche un peu naïve sous le nez. Avec un peu de chance, il ne lui résistera pas, et je serai là pour le flagrant délit.

2/Variante : je commets l'adultère et me fais prendre en flagrant délit. J'aurai une réputation ternie, mais aussi moins de prétendants à écarter. Cette solution comporte cependant un risque que je n'ai pas trop envie de prendre : la colère de Severus. Et il pourrait toujours refuser de divorcer, prétendre me pardonner, et se donner l'image d'un homme magnanime. Solution de quasi-dernier recours.

3/La stérilité : je prends la pilule, un médicament moldu. Personne ne le sait, je dois faire en sorte qu'il en reste ainsi. Je devrais peut-être rechercher s'il existe une potion ou un sort qui provoque la stérilité.

4/La violence conjugale : je pourrai provoquer Severus afin qu'il m'agresse. Je n'ai pas trop envie de souffrir de sortilèges de magie noire dont il aurait le secret, et que même les Aurors ne pourraient détecter avec tous leurs moyens. Moyen écarté.

Synthèse : mes deux meilleures chances d'obtenir un divorce sans douleur sont l'adultère commis par Severus et la stérilité.

Ce brainstorming m'a épuisée. Je me prépare une légère collation et pars rejoindre le lit « conjugal » avec un bon livre, qui me tient meilleure compagnie que mon absent de mari.


Je voudrais dormir ! Mais qu'est-ce qui fait un boucan pareil ? Je vais me plaindre au propriétaire ; les voisins ne devraient pas faire autant de bruit un dimanche matin. Je me retourne et au lieu d'un espace vide, je rencontre une masse chaude… Tout me revient d'un bloc : le mariage, le sexe, et Severus pas encore rentré lorsque je suis allée me coucher. Je peux voir, et surtout entendre, qu'il est revenu pendant que je dormais. Il ronfle tellement fort qu'il pourrait presque soulever la charpente ! Je vais devoir insister pour qu'il prenne une cuillerée de potion Dorsanbruis tous les soirs.

Puisque le sommeil m'est désormais interdit, je me lève. Je constate en regardant mon mari qu'il s'est emmitouflé dans les couvertures comme une larve—voilà un qualificatif qui lui va bien !—dans un cocon. Si je ne fais pas attention, il va monopoliser toute la literie. S'il ne veut pas que je fasse chambre à part, il va devoir réformer ses habitudes, conscientes ou non.

Après le petit déjeuner, je me claquemure dans mon bureau. Juste à temps, semble-t-il, car j'entends du bruit dans la chambre. Je laisse Severus vaquer à ses occupations, et rédige une lettre à Harry. Je lui confirme mon intention de me présenter à l'entretien chez Nimbus, pour lequel je le remercie avec effusion. Je lui assure que je vais bien, et que je compte organiser un meeting du SALE au solstice d'été, le vingt-et-un juin. Est-ce qu'il voudrait bien y faire une apparition pour supporter la cause ?

Vers midi, je descends à la cuisine, où je trouve Severus en train de nous préparer un repas, conformément à notre contrat de mariage. La vaisselle, elle, me revient.

—Bonjour, Hermione. Tu as bien fait de ne pas m'attendre hier soir. Ma sortie m'a pris plus de temps que je ne pensais.

—Pas de problème. Souviens-toi que nous n'avons qu'un mariage de convenance. Tu n'as pas de compte à me rendre.

—Certes. Mais j'ai pensé qu'un peu de civilité nous rendrait la vie plus facile.

« Tu veux surtout être sûr que je n'aie aucun motif de me plaindre à l'extérieur et qui me permettrait de divorcer, » pensé-je.

—Au fait, lancé-je entre deux fourchettes de purée, j'ai un entretien d'embauche chez Nimbus le vingt-sept mars. C'est pour un poste d'assistante au service juridique.

—Ah bon ? C'est plutôt étonnant qu'ils fassent appel à une débutante.

Je ne vais pas lui dire que c'est grâce à Harry que j'ai décroché cet entretien.

—Je suppose qu'ils ont apprécié mes résultats aux ASPICs.

Il ne répond pas. Il est comme qui dirait perdu dans ses pensées. Je considère le sujet clos et me concentre sur mon assiette.

—C'est Potter, n'est-ce pas ?

Je sursaute au son de sa voix et lui lance un regard interrogatif.

—Quoi ? Pourquoi me parles-tu de Harry ?

—C'est Potter qui t'a obtenu cet entretien ?

Ses yeux brillent de malice.

—Ce ne sont donc pas tes brillantes qualités qui les ont éblouis, mais plutôt tes relations personnelles avec le Survivant.

Oh, ça, c'est un coup bas.

—Je ne pense pas qu'on m'aurait proposé un entretien si je n'avais pas les compétences requises, que je sois amie avec Harry ou pas.

Il a le sourire mauvais du requin qui va broyer sa proie.

—Cela leur coûtera moins cher de t'embaucher que de payer Potter pour leur faire de la pub ! Au fait, quel est le salaire proposé ?

Je ne peux pas m'en empêcher. Je sais que c'est pourtant une attitude à éviter au maximum avec Severus, mais c'est plus fort que moi ; je suis sur la défensive.

—Ce point ne sera abordé qu'au cours de l'entretien !

Il ne cache même pas sa jubilation.

—Je serais bien curieux de savoir ce que tu vaux.

—Sans doute plus que tu ne croies.

« Bravo, Hermione. Tu as réussi à te mettre dans une situation impossible. Il va maintenant falloir que non seulement je décroche le job, mais qu'en plus je décroche une paie décente avec, si je ne veux pas perdre la face devant Severus. »

J'affiche néanmoins ce que j'espère être une expression de certitude.

Une fois le repas et la vaisselle terminés, chacun prend le chemin de son espace personnel : Severus dans son laboratoire, et moi dans mon bureau. Je passe l'après-midi à lire et à réfléchir à mon entretien d'embauche. J'ai pris un bain avant de descendre manger, puis suis allée me mettre au lit avec un bon livre, comme toujours. Severus, cette fois, est venu se coucher peu après moi, lui aussi avec un livre. A peu près à la même heure, nous avons éprouvé l'envie de dormir et avons éteint la lumière.


En fait, ce dimanche allait donner le peu le ton de notre première semaine de vie commune. Nous ne nous sommes rencontrés qu'aux repas et au moment de nous coucher. Il y a bien eu quelques frictions, du genre « il y trop de beurre dans les pâtes » ou « tu fais trop de bruit en tournant les pages de ton livre », mais rien de cataclysmique.

J'ai pu recevoir Dobby et Winky sans problème mercredi pendant que Severus travaillait, afin de leur parler du projet de meeting en juin. Nous sommes d'accord pour penser que ce serait un merveilleux coup de pouce si Harry pouvait être présent. J'attends toujours sa réponse sur le sujet.

Jeudi soir, nous avons une nouvelle fois couché ensemble. Je m'en serais bien passé, mais il a réussi à rendre le sexe assez agréable. Je n'ai pu m'empêcher de lui demander pourquoi il prenait autant de soin à ce que j'en retire de la satisfaction, il m'a répondu que « le plaisir est une forme de pouvoir pour celui qui le donne. » Pourquoi ai-je pensé qu'il avait, peut-être, au fond de lui, bien caché, une once de compassion et de bonté ?

J'aimerais bien que cette semaine soit l'archétype de notre relation, mais toute chose a une fin, surtout les bonnes choses. Cela a commencé par le fait que j'ai dû demander de l'argent à Severus ; je n'ai plus une noise et je ne peux me rendre à mon entretien avec ce que j'ai dans mon armoire.


Etre marié n'est pas aussi désagréable que je le craignais. Bien sûr, il faut que je partage mon espace, mais nous mettons tous deux un point d'honneur à nous éviter autant que possible. Je dois admettre cependant qu'il n'est pas si difficile de dormir avec une autre personne dans son lit. En fait, c'est même incroyable à quel point cela réchauffe la literie et accélère l'endormissement. Elle, en revanche, m'accuse de ronfler très bruyamment. Comme si ! Ce n'est pas parce que j'ai parfois été réveillé par mes propres ronflements que j'ai un problème avec mon système respiratoire aérien, quoi qu'elle en dise, mais juste pour avoir la paix, je prends une cuillerée de potion Dorsanbruis le soir avant d'aller me coucher.

Lundi matin, avant même de prendre mon poste chez WWW, je me suis rendu au bureau des Aurors pour y déposer l'attestation de mes employeurs précisant que ma présence au sein de leur société était indispensable pour son développement, et mon certificat de mariage. Ils ne m'ont fait aucune remarque, demandé aucun autre document—le nom de famille de mes employeurs est synonyme de héros de guerre—mais j'avais à peine le dos tourné que je les ai entendus murmurer entre eux.

—Snape s'est marié avec la meilleure amie de Harry Potter ! Ce n'était donc pas une rumeur.

—Il l'a sans doute ensorcelée.

—Ou tu crois qu'il lui a servie une potion à son insu ? C'est sa spécialité, après tout.

—Ouais, comme la magie noire.

Je suis parti avant d'en entendre davantage. La seule potion que je lui ai versée était ambrée, comptait plus de cinquante degrés et je n'ai pas eu besoin de la tromper pour la lui faire boire.

Une fois sur mon lieu de travail, je ne rencontre que des regards indifférents au mieux, hostiles au pire.

—Comment va Hermione ? me lance l'un des jumeaux depuis le comptoir sur un ton de défi, genre « si tu lui as fait mal, tu vas avoir affaire à moi. »

Je prends ma voix la plus mielleuse pour lui répondre.

—Très bien, monsieur Weasley. C'est aimable de votre part de vous enquérir de sa santé maintenant. Je suppose qu'elle l'aurait préféré lorsque votre frère a choisi de la laisser tomber.

C'est bizarre la manie qu'ils ont dans cette famille de commencer à rougir par les oreilles lorsqu'ils sont en colère ou embarrassés. Très sagement, il choisit de se taire et de tourner les talons en direction de la réserve. Je prends la direction de mon laboratoire et y reste jusqu'à la fin de la journée.

Le reste de la semaine se passe sans incident notable, juste les petits à-coups de la vie en commun. Un vrai portrait de domesticité, jusqu'au fait qu'elle me demande de l'argent pour de nouvelles robes alors que je suis encore sous le coup de l'extase post-orgasmique.