Gandalf explique leur décision.

- A certains signes que nous avons vus dernièrement, je crains que la Porte de Rubicorne ne soit surveillée, et j'ai aussi des doutes sur le temps qui s'avance derrière nous. Il peut y avoir de la neige. Il faut aller le plus vite possible. Même ainsi, il nous faudra plus de deux étapes pour atteindre le sommet du col. La nuit tombera tôt ce soir. Nous devrons partir aussitôt que vous pourrez être prêts.

Le fils de l'intendant du Gondor ajoute, tout en regardant avec autant de discrétion possible, sa belle hybride.

- J'ajouterais un petit avis, si vous le permettez. Je suis né à l'ombre des Montagnes Blanches, et je connais un peu les voyages sur les hauteurs. Nous allons trouver un froid mordant, sinon pis avant de redescendre de l'autre côté. II ne servirait à rien de vouloir tellement nous dissimuler que nous serions gelés à mort. En partant d'ici, où il y a encore quelques arbres et buissons, nous devrions chacun emporter un fagot de bois aussi grand que nous pourrons le porter.

Mais l'hybride ne l'entend pas de cette oreille et déclare que s'il veut se faire remarquer, il n'a qu'à commencer maintenant. « Mais quel crétin celui-là ! J'aurais mieux fait de lui lancer un sort de mutisme plutôt que l'enchantement d'amour. Au moins, le magicien est d'accord, je le vois sermonner Boromir. »La Compagnie repart, à bonne allure au début, mais le chemin ne tarde pas à devenir escarpé et difficile. La route sinueuse et grimpante disparait en maints endroits, où elle est obstruée par des éboulis. La nuit se fait terriblement sombre sous d'épais nuages. Un vent glacial tournoi parmi les rochers. Vers minuit, ils grimpent jusqu'aux genoux des grandes montagnes. Leur étroit sentier serpente à présent sous une paroi à pic sur la gauche, au-dessus de laquelle les sinistres flancs du Caradhras se dressent invisibles dans l'obscurité, à droite, c'est un abîme de ténèbres, où le terrain tombe brusquement dans un profond ravin. Après l'escalade laborieuse d'une pente raide, ils s'arrêtent un moment au sommet.

Rêverie lève les yeux et sourit. En tendant une main vers le ciel, un doux flocon de neige se pose dessus. Son souffle émet de la fumée. Signe que sa température corporelle est bien plus élevée que l'air glacée extérieur. Après la pause, la compagnie poursuit le chemin. Mais au bout d'un moment la neige tombe serrée, emplissant l'air et Sam n'aime pas du tout être dehors par ce temps et en fait la remarque à l'hybride, qui se tient près de lui.

- La neige, ça va bien par une belle matinée, mais j'aime être au lit quand elle tombe. Je voudrais bien que ce tas là s'en aille à Hobbitebourg! On l'y accueillerait peut-être avec plaisir.

- Je peux te comprendre Sam. Moi, j'ai de mauvais souvenir de la neige. Même si j'aime la regarder tomber.

- Mauvais souvenir ?

La femme ne dit plus rien car elle a vu le regard désapprobateur du magicien gris. Elle fronce les sourcils et se promet intérieurement de tout dire à la compagnie pour désobéir à Gandalf. La route devient de plus en plus difficile d'accès et les pauses de plus en plus nombreuses car les hobbits ont bien du mal à marcher dans ces amas épais de neiges.

Soudain, la Compagnie fait halte, comme par un accord tacite. Ils entendent dans les ténèbres environnantes des bruits mystérieux. Ce peut n'être qu'un phantasme du vent dans les fissures et les ravines du mur rocheux, mais les sons sont ceux de cris aigus et de sauvages éclats de rire. Des pierres, détachées du flanc de la montagne, sifflent au-dessus de leurs têtes ou s'écrasent à côté d'eux. De temps à autre, ils entendent un grondement sourd, comme d'un bloc de rocher roulant des hauteurs cachées.

Les oreilles de Rêverie vibrent alors. Elle sent qu'elle connait cette voix dans les ténèbres. Quand un de ces souvenirs lui revient mémoire. Elle perd la notion de la réalité et se retrouve dans une dimension autre. Une personne se trouve devant elle. Une personne vêtue de blanc avec un visage long, des yeux gris, un front large. Ses cheveux et sa barbe sont blancs avec des mèches grises. La personne regarde Rêverie. Mais pas la réelle, juste le souvenir d'elle. Elle est à genou, les poignets attachés, ses cheveux ne sont pas blonds, ses yeux ne sont pas bleus et son cristal n'est pas couleur du soleil. Le choc de se voir tel qu'elle est réellement, ramène l'hybride à la réalité. Elle hurle.

- C'est la voix de Saroumane !

Le magicien gris se tourne vers la femme. Là encore il la regarde avec un air désapprobateur. Rêverie s'énerve.

- Mais quoi ! C'est vrai !

- Faites silence Rêverie !

Elle le regarde méchamment à cause du nom qu'il a utilisé. « C'est quand que tu vas me nommer Serah Bordel ! » Il l'ignore et entame une incantation dans le but de protéger la compagnie. Seulement un éclair transperce les nuages noirs et la femme se rend compte que le magicien gris ne parviendra pas à empêcher la voix de les tuer. Elle place sa main contre son cristal et exhorte sa magie.

- Que de part le sang d'adil raid qui coule dans mes veines, la bulle de l'élément air protège la compagnie de l'être qui utilise la magie !

Le cristal se met à luire et des mains de l'adil raid se forment un courant qui enveloppe les membres de la communauté. Un nouvel éclair frappe alors les flancs de la montagne est une avalanche tombe. Quelques minutes passent et la neige se met à fondre. Une fois terminée, toutes les personnes parviennent à s'extirper. Gandalf se retourne violemment et observe l'hybride. Il est sur le point de se mettre en colère quand Aragorn s'oppose à lui.

- Non ! Elle vient de nous sauver !

- Au dépend de sa force vitale !

En effet, quand la magie de Rêverie se rompt, une grande fatigue l'assaille. Mais elle a tout de même la force de faire face au magicien gris. Le nain déclare, coupant l'animosité entre les deux magiciens.

- Je pense que nous ne pouvons pas continuer de prendre ce chemin.

Gandalf regarde le nain. Mais le magicien semble soucieux. Pippin s'écrie d'un air misérable.

‑ Mais que pouvons nous faire?

Rêverie, qui sent que c'est le moment ou jamais de parler, s'exprime avec la noblesse propre aux anciennes reines du Gondor.

- Nous pouvons faire demi-tour. Et si ma mémoire est exact, il existe un chemin qui n'a été emprunté que par les nains il y a bien longtemps. Sais-tu de quel chemin je parle Gimly ?

- Oh, je ne le sais que trop bien. Et je vous suis reconnaissant que vous le mentionnez ainsi, princesse des forêts et des hommes. Vous parlez des mines de la Morïa.

A ces mots, le magicien gris réagit fortement.

- Non, nous passerons par les falaises de la montagne.

L'hybride s'agace et le montre clairement en étant impertinente.

- Vous avez peut-être plus d'années de vie que moi, mais sachez que moi, j'ai des yeux partout. Et mes yeux regardent des hobbits totalement gelés de la tête aux pieds ! De plus, ce n'est pas vous qui portait l'anneau !

Le magicien réfléchit, malgré lui, aux propos piquants de l'hybride. « Du sang royal dans les veines. C'est certain, mais la personne en face de moi est Rêverie Pacifica Denalïha. Même dans ces propos, ce n'est pas elle mais sa sœur aînée qui parle. Elle a tout pris de sa sœur. Son chagrin est sans doute bien plus grand que je ne le croyais au départ. Mais même si ce n'est pas la mentalité de Rêverie, elle a tout de même raison. » Gandalf parle alors à Frodon.

- Soit, ce sera donc au porteur de l'anneau de décider.

Le hobbit, qui ne s'attend pas à donner son avis, et relativement anxieux. Boromir en profite pour dire son avis. Même s'il a du mal à cause de l'enchantement de l'hybride car il va la contredire. Avec force, il tente tout de même de parler.

- C'est un nom de sinistre augure... et je … je…ne vois pas non plus la nécessité d'aller là. Si nous ne pouvons traverser les montagnes, allons vers le sud jusqu'à la Trouée de Rohan, où les hommes sont bien disposés envers les miens, par la route que j'ai prise pour venir. Ou bien nous pourrions aller au-delà et traverser l'Isen pour passer au Longestran et au Lebennin, et arriver ainsi en Gondor des régions voisines de la mer.

L'hybride explique alors que les choses ont changé depuis que sa venue dans le Nord, mais que l'Anneau ne doit pas approcher d'Isengard, dans toute la mesure où ce pourra être évité car le magicien blanc est devenu mauvais. La Trouée de Rohan leur est donc interdite tant que qu'ils accompagnent le Porteur. Le magicien gris rajoute, coupant l'hybride.

- Quant à la route plus longue, nous ne pouvons nous permettre un tel délai. Un pareil voyage pourrait prendre un an, et nous passerions par maintes régions vides et sans asile. Elles n'en seraient pas sûres pour autant. Les yeux attentifs de Saroumane comme de l'Ennemi sont fixés dessus. En venant vers le nord, Boromir, vous n'étiez aux yeux de l'Ennemi qu'un seul voyageur égaré du Sud, et vous ne présentiez aucun intérêt pour lui : il avait l'esprit tout occupé par la poursuite de l'Anneau. Mais vous revenez à présent comme membre de la Compa gnie de l'Anneau, et vous êtes en danger tant que vous resterez avec nous. Le danger augmentera à chaque lieue que nous ferons en direction du sud sous le ciel nu. Depuis notre tentative ouverte de passer le col, notre situation est devenue plus désespérée, je le crains. Je vois maintenant peu d'espoir, si nous ne disparaissons pendant un temps en dissimulant notre piste. Mon avis n'est donc ni d'aller par les montagnes ni de les contourner, mais de passer par-dessous. C'est en tout cas une route que l'Ennemi s'attendra le moins à nous voir prendre.

Rêverie ne tient plus et déclare avec une voix remplie de profond dégoût.

- « Votre avis », certainement pas monsieur le magicien ! Vous avez juste écouté nos avis divergents entre Aragorn et moi-même !

- Je suis navré de vous avoir offensé mademoiselle princesse.

Elle ne dit rien, mais sa réponse est tout de même sans appel. Boromir parle alors à l'intention de Gandalf.

- Nous ne savons pas à quoi il s'attend. Il peut fort bien surveiller toutes les routes, tant probables qu'improbables. Dans ce cas, pénétrer dans la Moria serait se jeter dans un piège, qui ne vaudrait guère mieux que d'aller frapper aux portes mêmes de la Tour Sombre. Le nom de la Morïa est noir.

- Vous parlez de choses que vous ne connaissez pas, en comparant la Morïa à la place forte de Sauron. Je suis le seul parmi vous à avoir jamais été dans les cachots du Seigneur Ténébreux, et seulement dans son ancienne et moins importante résidence de Dol Guldur. Qui passe les portes de Dol Guldur ne revient pas. Mais je ne vous mènerais pas dans la Morïa s'il n'y avait pas d'espoir d'en ressortir. S'il y a là des orques, cela pourrait se révéler mauvais pour nous, c'est vrai. Mais la plupart des orques des Monts Brumeux furent dispersés ou détruits à la Bataille des Cinq Armées. Les Aigles rendent compte que les orques se rassemblent de nouveau des terres lointaines, mais on peut espérer que la Morïa est encore libre. II y a même une chance qu'il y ait des Nains et que l'on y puisse trouver, dans quelque salle profonde de ses ancêtres, Balïn fils de Fundïn. Quoi qu'il en puisse être, il faut prendre le chemin que dicte la nécessité!

A ce nom, le nain déclare qu'il le suivra car il souhaite voir les salles de Durïn, quel que soit le sort qui l'y attende. Le porteur, mû par le nain et la motivation de l'hybride, déclare qu'il souhaite prendre ce chemin souterrain. C'est avec un nouvel entrain que la compagnie se rend donc sur le chemin menant aux mines de la Morïa.