I'M BACK, MY LOVELY READERS !
Ça doit faire 6 mois que je n'ai rien publié, c'est un scandale. J'implore votre pardon, chers lecteurs, mais à vrai dire, ce n'est pas vraiment ma faute. J'ai eu plusieurs problèmes sur le plan personnel durant ces derniers mois, et l'envie d'écrire m'a un peu lâchée, en même temps que l'inspiration pour cette fiction... et pourtant, j'ai déjà la fin programmée dans ma tête, depuis que j'ai commencé à l'écrire. Mais comme je déteste bâcler mon travail, et bien, je prends mon temps, même si j'ai conscience que cela peut agacer certains d'entre vous. Même si j'avance lentement, soyez sûrs que cette fiction sera complète, et qu'il y aura beaucoup de chapitres à venir pour en assurer le bon déroulement...
Alors voici un nouveau chapitre, plutôt long (je planchais dessus depuis au moins deux mois haha), et qui comblera le précédent, qui n'était peut-être pas très intéressant non plus, je l'admets. J'ai décidé d'inclure un nouveau personnage, et un autre sera plus mis en lumière dans les prochains chapitres. Parce-que-sinon-c'est-pas-drôle s'il n'y a que deux protagonistes ; vous aurez l'impression de relire Twilight et ce n'est certainement pas mon intention !
Chapitre 10
L'année universitaire venait de s'achever. Anna, ne trouvant plus rien à faire pour s'occuper à part tuer des humains pour se nourrir, se mit alors en tête de chercher un travail ; ainsi, c'est avec de grandes facilités qu'elle réussit à se faire embaucher dans un bar à proximité de Châtelet. Etant donné qu'il s'agissait d'un bar doté d'une clientèle en grande partie au style alternatif et rockn' roll, avec son style vestimentaire et son charme, elle sut convenir aux attentes du gérant, Benjamin Schneider. Plus communément appelé Ben, ce jeune homme âgé de trente-six ans et d'origine allemande tenait ce bar depuis quelques années, après que le précédent propriétaire ait décidé de lâcher l'affaire pour aller s'installer dans le sud de la France. Il n'avait pas la tête de l'emploi, mais cela ne l'empêchait pas d'être un grand amateur de musique extrême et d'attirer les femmes de tout âges qui côtoyaient son établissement. C'était un bel homme ; grand, plutôt bien bâti, les cheveux blonds mi-longs souvent attachés et les yeux d'un gris intense, il avait en effet tout pour plaire. Même Anna, qui restait généralement insensible à qui que ce soit (surtout les humains), était sous le charme. Du moins, sur le plan physique. Elle ne le connaissait pas suffisamment pour en déduire si elle devait finalement mépriser ce type ou bien s'attirer sa sympathie.
Au bout de quelques semaines, elle dut finalement admettre que Ben Schneider n'était pas si terrible en tant que patron. Il se comportait comme un ami avec chacun de ses employés, et c'était chose rare dans le milieu professionnel de nos jours. Il tolérait leurs retards, leur payait un verre en fin de soirée de temps en temps, et les payait généreusement lorsqu'il s'agissait de faire des heures supplémentaires. Les affaires marchaient bien pour lui, son bar était très côtoyé. De son côté, Anna, à sa plus grande exaspération, attirait une bonne partie de la clientèle masculine malgré elle. Les hommes voulaient toujours passer commande auprès d'elle, ils lui proposaient souvent des rendez-vous après son service ou bien lui demandaient son numéro de téléphone. Elle savait que tout cela était dû à sa physionomie de vampire, mais que pouvait-elle y faire ? Il faudrait bien qu'elle s'y habitue, même si parfois, elle ne pouvait s'empêcher de se montrer froide, distante, voire cassante avec ses prétendants. Bon, je ne refuse jamais les pourboires, mais quand même... toutes ces tentatives de dragues désastreuses commencent à m'agacer. Pourquoi ils ne vont pas draguer mes collègues ? J'aurais tellement préféré pouvoir rester plus discrète, voire inaperçue, pour travailler tranquillement...
Anna n'avait pas revu Carlisle Cullen depuis plusieurs mois. En fait, cela remontait à sa pitoyable tentative de suicide. Elle n'avait pas cherché à le revoir depuis cet incident, car elle s'était sentie humiliée et frustrée face aux propos qu'il avait tenu vis-à-vis de son comportement lorsqu'elle s'était retrouvée à l'hôpital. Et même si elle pensait encore à lui, elle n'avait toujours pas cherché à se renseigner sur lui, aussi intriguant qu'il fusse. La vie continuait, et elle avait eu d'autres préoccupations ; si, à sa plus grande satisfaction, Demetri ne revint plus pour l'espionner, en revanche, elle dut se montrer davantage plus discrète sur ses chasses nocturnes pour ne pas attirer l'attention des autres vampires peuplant Paris. Et combiner cela avec sa vie d'étudiante, c'était assez compliqué. Par curiosité mais non sans éprouver du mépris, elle s'était rendue à des soirées étudiantes auxquelles on l'avait invitée. Elle avait souvent ressentie des envies de meurtre en constatant le comportement dépravé des jeunes qui étaient "censés" avoir le même âge qu'elle. Une fois, elle avait manqué de se faire repérer en saisissant violemment la gorge d'un étudiant qui lui avait peloté le derrière à son insu. Fort heureusement pour lui, elle lui laissa la vie sauve et préféra se faire oublier en s'éclipsant. Anna demeurait malgré tout associable et assez solitaire. Il lui arrivait, par pur ennui, de ramener des hommes chez elle pour une aventure qui ne durerait qu'une nuit, mais à l'aube, elle finissait par les vider de leur sang. Elle ne souhaitait pas s'attacher à des humains qui risqueraient de lui servir de casse-croûte. Pas même à mon employeur, qui me fait discrètement les yeux doux. Je sais bien que tu passes une partie de ton temps à me mater depuis que j'ai postulé pour être serveuse, mais tes désirs sont vains. Ce serait dommage d'ôter la vie à un si bel homme comme toi, pensa-t-elle avec ironie, lorsqu'elle croisa le regard acier quelque peu indiscret de Ben qui l'observait depuis le comptoir.
Ce dernier détourna aussitôt les yeux, gêné, et retourna aussitôt à sa besogne. C'était plus fort que lui. Il trouvait la jeune femme aussi fascinante que mystérieuse, et aurait souhaité en savoir plus à son sujet, si seulement elle ne s'était pas montrée aussi réservée lorsqu'il lui avait fait passer son entretien d'embauche. Mis à part le fait qu'elle était étudiante en arts à la Sorbonne, quels étaient ses centres d'intérêt ? Avait-elle des amis aussi renfermés qu'elle ? Elle lui paraissait tellement solitaire. Il n'y avait jamais personne pour l'accompagner ou l'attendre à son lieu de travail, et elle ne recevait pas de visites de la part d'éventuels amis qui viendraient manger ou boire juste pour la voir. Cela tranchait tellement par rapport aux autres employés. Ben la plaignait presque. A peine fermait-il le bar le soir qu'elle s'enfuyait d'un instant à l'autre, sans même qu'il ait le temps d'entamer une discussion avec elle. Cette jeune femme était un secret à elle toute seule. En dépit de cela, il la trouvait séduisante malgré son aspect juvénile. Il se demandait comment une aussi jolie femme comme elle pouvait être célibataire - il en était persuadé, car une partie de la clientèle masculine qui fréquentait ce bar était à ses pieds. Elle n'en jouait même pas pour s'amuser, elle se contentait juste d'effectuer consciencieusement son travail, sans se laisser distraire. Son comportement contrastait tellement avec celui de ses collègues ! Si Ben n'était pas aussi confiant, il se serait méfié d'elle, car il fallait avouer qu'elle avait un comportement un peu étrange. Mais à partir du moment où il l'avait engagée, il avait justement décidé de lui faire confiance. Et il était quand même, malgré lui, un peu tombé sous son charme. Son attention fut vite détournée par l'arrivée d'un nouveau client qui vint s'asseoir au comptoir.
- Bonsoir, qu'est-ce que je vous sers ? lui demanda-t-il.
- Hum... ce sera un Bloody Mary, s'il vous plaît.
- Okay, je vous fais ça.
Il jeta un regard furtif au client avant de se mettre à préparer le cocktail. Un court instant, il se demanda si ce type n'était pas quelqu'un de la famille d'Anna Giani. Il avait un trait physique commun avec elle, mais il était incapable de dire lequel. Puis il se ressaisit ; Anna avait de légères origines asiatiques et ne lui ressemblait en rien, ils ne pouvaient pas être de la même famille, c'était ridicule. Il esquissa un sourire intérieurement, à l'idée d'avoir des pensées aussi absurdes. Il agita le flacon de jus de tomate avant d'en verser le contenu dans un verre à cocktail, qu'il tendit ensuite au client concerné, accompagné de l'addition. Ce client n'était autre que Carlisle Cullen, qui semblait découvrir les lieux.
- Merci. Dîtes, si je puis vous faire une remarque...
- Oui ?
- Je trouve qu'il fait assez sombre dans votre établissement. Est-ce normal ?
- On a un groupe qui joue dans à peu près un quart d'heure, fit Ben en consultant sa montre. Nous sommes en train de faire des réglages, mais sinon, c'est normal, l'ambiance de mon bar reste relativement sombre en général.
- Quel genre de groupe ?
- Un groupe de black metal... mais je ne suis pas sûr que ça vous parle.
Il manqua de rajouter "normal, vu votre tête", mais il se retint, en pensant également que lui-même n'avait pas vraiment une tête à écouter ce genre de musique, alors qu'il en était un grand fan. D'autres clients vinrent au comptoir pour commander à boire, au fur et à mesure que l'heure avançait et se rapprochait du moment où le groupe allait entrer en scène.
- Excusez-moi mais j'ai d'autres clients à servir... dit Ben.
- Faîtes donc, je ne voulais pas vous déranger, répondit poliment Carlisle.
Il se mit à siroter son cocktail sans grande conviction - puisqu'il n'en percevait pas le goût, et examina ce qui se passait autour de lui. Il y avait beaucoup de personnes vêtues en noir dans ce bar qui consommaient majoritairement des bières, dont plusieurs hommes aux cheveux longs. Il trouvait qu'il y avait un côté communautaire très développé parmi toute cette assemblée ; était-ce dû au fait qu'il y avait un concert et que cela attirait inévitablement des fans comme ceux-là, ou bien étaient-ils des clients plus ou moins réguliers de cet endroit ? Rares étaient les personnes "conventionnelles". Il ne se sentait pas vraiment à sa place ici, mais s'il était venu, c'était surtout par rapport à une rumeur qu'il avait entendue quelques jours auparavant. D'après certains de ses confrères, un vampire travaillait dans ce bar. Il ne savait pas d'où ils tenaient cette rumeur farfelue et au début, il lui avait semblé bon de leur rire au nez quand on lui avait dit cela, car il était connu que l'on comparait souvent les personnes arborant un style gothique à des vampires. Et il y avait effectivement presque uniquement des employés gothiques ici. Mais la description détaillée qu'on lui avait faite du vampire en question l'avait intrigué. Il paraissait qu'elle - c'était une femme, ne travaillait jamais la journée parce qu'elle craignait le soleil, ce qui expliquait son teint ultra blafard. D'après eux, ce n'était même pas du maquillage, c'était vraiment sa peau naturelle. Ensuite, elle était froide et distante, et ne semblait jamais amusée à la moindre remarque qu'on lui faisait, contrairement à ses collègues qui avaient de l'auto-dérision. Elle avait également une étrange manière de regarder les gens parfois, comme si elle se retenait de les tuer ou de leur sauter à la gorge... bref, les indications supplémentaires données sur son physique avait confirmé les doutes de Carlisle comme quoi il s'agissait peut-être d'Anna Giani, cette Volturi à demi repentie. Il n'avait rien contre le fait qu'un vampire travaille dans un lieu en permanence fréquenté par des humains - puisque lui-même le faisait, mais le fait que ce fusse elle particulièrement, le dérangeait. Contrairement à son employeur, il ne lui faisait pas vraiment confiance et craignait qu'elle ne révèle leur nature aux yeux de tous, comme elle avait si bien failli le faire de multiples fois auparavant.
Les lumières ne tardèrent pas à s'éteindre pour laisser place à l'obscurité totale. Des acclamations et des cris gutturaux se firent entendre dans toute la salle, avant que l'on n'allume des bougies sur l'estrade, pour signaler l'entrée en scène du groupe qui allait jouer. Les membres étaient vêtus de sortes d'armures, munis de grands bracelets à clous longs d'une bonne dizaine de centimètres, et affichaient également un maquillage macabre qui leur donnait des allures cadavériques. Ils entamèrent leur spectacle sous les encouragements de la foule et une musique assourdissante se fit entendre. Si c'était ça du black metal, Carlisle se demanda ce qui pouvait tant plaire à tous ces fans déchaînés, car il trouvait que cela ressemblait plus à du bruit qu'à de la musique. Du moins, ce fut son ressenti personnel. Lorsque Carlisle se retourna pour finir son cocktail, il vit alors Anna à l'autre bout du comptoir en train de discuter avec le barman qui l'avait servi. Ainsi, elle travaillait bel et bien ici et ses collègues n'avaient pas cru si bien dire lorsqu'ils avaient parlé d'elle en employant le terme de "vampire". Elle qui était si méprisante envers les humains, il n'aurait jamais cru qu'elle prendrait l'initiative de travailler parmi eux. Surtout en sachant qu'elle disposait déjà d'une petite fortune héritée des Volturi, ce qui la dispensait de travailler. Cette femme était décidément dure à comprendre. Il attendit qu'elle aille jeter un œil au concert pour l'interpeller. Elle émit un soupir d'exaspération, que lui seul perçut, puisque la musique couvrait en partie tout les bruits.
- Qu'est-ce que vous faîtes là ?
- Je me posais la même question.
- Ça ne se voit pas ? Je travaille.
- Tiens donc. Vous arrivez donc à supporter les humains ? Vous arrivez à vous contrôler face à toute cette chair fraîche ?
- Très drôle. Vous dîtes cela comme si je n'arrivais pas à me contrôler.
- C'est le cas. Vraiment, mais quelle idée de travailler alors que vous n'en avez pas besoin ?
- En quoi ça vous regarde ? C'est ma vie, vous n'avez pas à décider pour moi. Je vous l'ai déjà dit.
- La dernière fois, vous avez stupidement tenté de mettre fin à vos jours alors que vous savez que c'est techniquement impossible. Vous avez peut-être besoin d'aide.
- C'est ce que vous croyez. Vous voyez bien que je peux me débrouiller seule.
Anna s'efforça de reporter son attention sur le concert. Elle remerciait son employeur de lui permettre une pause pour qu'elle puisse assister au concert à sa guise, mais cela n'annulait pas pour autant son service. Néanmoins, la présence du docteur Cullen l'importunait. Il est toujours là quand je m'y attends le moins. C'est vraiment un putain d'emmerdeur. Il ne va pas (encore) se mêler de mes affaires, lui aussi ? On dirait qu'il me suit partout, c'est incroyable. Ses nerfs étaient mis à vif. Puis, elle se souvint qu'elle avait des renseignements à demander à Carlisle. C'était le moment ou jamais.
- Faut que je vous parle à propos de quelque chose.
- C'est à quel sujet ?
- Je ne peux pas en parler ici. Mais je termine mon service dans trois heures. Cela vous dérangerait de revenir d'ici là ?
Les soupçons de Carlisle s'éveillèrent. Que pouvait bien manigancer la jeune femme pour qu'elle tienne à lui parler aussi tard ? Le sujet devait être sérieux pour qu'elle préfère attendre la fin de son service. Elle jouait avec sa curiosité grandissante. Il ne put refuser sa requête et s'efforça de lui adresser un sourire, comme pour la satisfaire.
- Après tout, nous avons toute la nuit. Je repasserai donc. Bon courage pour le reste de la soirée.
Il ne tarda pas à s'éclipser, laissant Anna seule parmi la foule noire et enragée par les distorsions graveleuses des guitares et les blast beats effectués par la batterie. Voyant une horde de metalleux assis à une table lui faire signe, elle se dirigea vers eux pour leur demander ce qu'ils souhaitaient commander. Cela dura toute la soirée, qui s'avéra être longue et plutôt ennuyeuse, en dépit du concert. Une fois que le bar fut fermé et nettoyé, Anna ne se fit pas prier pour partir, comme d'habitude. Sauf qu'il y eut un changement, que Ben fut le seul à remarquer : une berline noire l'attendait à l'extérieur, dans laquelle elle n'hésita pas à monter. Etait-ce son compagnon, supposé jusqu'ici, inexistant ? Ils ne tardèrent pas à disparaître de sa vue, le laissant confronté à ses pensées et ses spéculations.
- Où est-ce que vous m'emmenez ? demanda Anna, une fois qu'elle eut attaché sa ceinture.
- Je vous ramène chez vous, je connais votre adresse.
- Comment...
- C'était écrit dans le rapport que la police m'a donné il y a plusieurs mois de cela, coupa Carlisle. Mais revenons à ce que nous disions un peu plus tôt dans la soirée. De quoi voulez-vous me parler ?
- Est-ce que ce sont les Volturi qui vous envoient pour m'espionner ?
Carlisle lui lança un regard incrédule. Puis, il ne put s'empêcher d'émettre un rire bref. Il ne s'attendait pas à ce qu'elle lui pose cette question.
- C'est la meilleure. Je serais sans doute le dernier sur Terre à être au service des Volturi, si cela était possible. Comment pouvez-vous penser cela ?
- Ils vous connaissent.
- Bien sûr, qu'ils me connaissent. Je les ai fréquenté, autrefois... cela remonte à plus de trois siècles. Mais nous n'avions pas la même manière de penser et de concevoir le monde, ce qui m'a amené à les quitter et à continuer mon chemin vers l'immortalité.
- Est-ce une raison pour qu'ils vous détestent ?
- Il y a quelques années, nous avons manqué de mener une bataille sanguinaire contre eux, avec mon clan. Depuis, nous évitons de croiser leur chemin.
- Pourquoi avez-vous manqué de vous battre ?
Carlisle soupira. Si la jeune et insolente Anna Gianni ne supportait pas qu'on lui pose trop de questions, en revanche, elle, se permettait de le faire. Cela lui déplaisait, car il n'avait aucune envie de s'étaler sur sa vie privée. Néanmoins, il lui fournit la réponse qu'elle attendait sans pour autant tout dévoiler.
- Ils ont cru que nous avions enfreint une de leurs lois.
- Je vois. J'ai eu la visite surprise de Demetri il y a quelques temps, et il m'a avertie contre vous. Il m'a dit de me méfier. J'ignore si je dois le croire ou pas, à vrai dire. Parce qu'en apparence, vous n'avez rien d'une menace, franchement.
- Je suis mal placé pour vous dire qui vous devez croire. Si vous éprouvez encore de la sympathie pour votre ancien clan, il est certain que vous refuserez de m'entendre si je vous dis que vous ne devez pas vous fier à ses propos. Demetri est un être aussi fourbe que tous ses congénères, c'est tout ce que je peux vous dire, dit froidement Carlisle.
- Ouais, je confirme.
Elle manqua de rajouter qu'il était également un enfoiré de première mais elle se ravisa. Elle ne tenait pas à ce qu'il soit renseigné sur sa vie sentimentale, aussi tumultueuse fusse-t-elle. Un long silence s'installa et ils n'entendirent plus que le son des gouttes de pluie qui s'écrasaient sur le pare-brise de la voiture, un peu partout dehors aussi. Anna était partagée ; elle détestait le docteur Cullen mais elle haïssait d'autant plus Demetri. Elle ne pouvait se fier à personne, malgré les deux versions différentes qu'on lui avait livré. Pourquoi avait-il fallu qu'elle tombe sur une vieille connaissance des Volturi, et à Paris en plus ? Si elle avait rencontré un inconnu, ils l'auraient laissée tranquille, et elle n'aurait pas été confrontée à un tel questionnement. Cela la rendait d'autant plus méfiante ; si elle ne trouvait pas vraiment de raisons pour se protéger de Carlisle, elle se dit qu'il devait bien être suspect quelque part puisqu'il avait enfreint une loi des Volturi auparavant. Et pour oser les défier, il fallait vraiment être suicidaire. Elle jeta un coup d'oeil par la fenêtre ; la voiture traversa la place de la Concorde, probablement un des plus beaux endroits de Paris. Anna n'avait pas encore eu l'occasion de faire des achats dans les boutiques de luxe présentes ici-même, mais rien qu'à voir les articles qui étaient exposés en vitrine, elle en mourrait d'envie. S'il y avait bien un point qu'elle partageait encore avec les Volturi, c'était bien son goût irrésistible pour le luxe. Quant à Carlisle, il s'efforçait de ne pas prêter attention à cette place. Cela lui rappelait des souvenirs douloureux. Sa femme, de son vivant, adorait s'y rendre, à l'époque où la ville n'était qu'un lieu de vacances pour eux. Ils avaient partagé tant de choses sur cette place. Maintenant, tout n'était plus que néant à ses yeux. Il donna un coup sur l'accélérateur, et la voiture ne tarda pas à quitter les lieux pour poursuivre le long de l'avenue des champs Elysées. Ils n'étaient plus trop loin du huitième arrondissement. Carlisle fut le premier à rompre le silence, désireux d'en savoir plus sur le compte de la jeune femme.
- Les Volturi ont-ils été si terribles pour que vous en soyez là aujourd'hui ?
- Que voulez-vous dire ? répondit-elle d'un ton abrupt.
- Il y a bien une raison qui a du vous pousser à les quitter après quelques années passées à leurs côtés.
- Exact. Et ça, je ne leur pardonnerai jamais.
- A ce point ?
- Ils ont tué mon père et ma belle-mère... j'estime que c'est une raison suffisante pour leur en vouloir.
- Je comprends bien. Mais comment cela a-t-il pu arriver ? Savaient-ils qu'il s'agissait de vos proches ?
Elle hésita à détailler cet épisode, dont elle se souvenait comme s'il s'était déroulé la veille. Finalement, elle se dit que cela importait peu, qu'il sache cette histoire. Elle ne lui apporterait pas grand chose.
- Il s'est avéré que, par malheur... ils se trouvaient parmi les touristes destinés à nous servir de festin le jour de la saint Marcus... ce n'était qu'une coïncidence, je suppose...
Elle se tut, réprimant un sanglot coincé dans la gorge, sentant le sang couler au coin de l'oeil. Elle détourna la tête pour que Carlisle ne la voit pas et essuya discrètement cette goutte, qui menaçait de révéler un soupçon de faiblesse. Elle reprit la parole à voix basse, avec fureur.
- Mais Jane le savait. J'en suis sûre. Elle me détestait, parce qu'Aro me préférait à elle. C'est elle qui a tué mon père et sa compagne. Cette salope...
- Jane est malheureusement connue pour n'avoir aucune pitié, fit Carlisle d'un ton compatissant.
- Si je pouvais, je la crèverais sur un bûcher, exposée aux yeux de tous. Mais elle trop protégée, hélas... et je serais la première à subir les conséquences de son putain de don de merde. En fait, ils devraient tous crever ; elle, son frère Alec, Félix et Demetri.
- Et les trois frères Volturi ?
- Non, je n'ai rien contre eux... vraiment. C'est plutôt à Demetri que je devrais m'en prendre. Je le hais plus que tout.
Carlisle l'écoutait attentivement. Il se demanda pourquoi elle détestait autant le vampire traqueur. Il savait que ce dernier était réputé pour ses talents de chasseur, qu'il était froid et sans pitié, dénué de sentiments ; il avait eu l'occasion de le constater à plusieurs reprises lorsqu'il s'était trouvé en sa présence. Mais Anna était, en quelque sorte, son double. Du moins, c'était ce qu'elle laissait paraître. Elle aurait du bien s'entendre avec lui, normalement. A moins que des tensions soient apparues entre eux, causées par la rivalité ou la jalousie ? C'était tout à fait possible, puisqu'Anna était devenue la petite favorite d'Aro, d'après ce qu'il avait compris. Quant à cette dernière, elle était irritée rien qu'à l'évocation de son ancien mentor et créateur. Elle nourrissait toujours, au plus profond d'elle, cette rancoeur qu'elle n'arrivait pas à expulser depuis tant d'années. Il lui avait volé sa vie et l'avait fait souffrir par tous les moyens pour la faire revivre, condamnée à errer dans les ténèbres. Rien que pour le fait d'être devenue une vampire, elle lui en voulait. Son éducation italienne ne s'était pas révélée d'autant plus bénéfique ; on lui avait fait vivre diverses horreurs pour tester sa capacité à survivre, aiguiser ses sens déjà sur-développés, la rendre impassible face à toutes situations, pour la transformer en une machine à tuer. Rien d'autre. Elle n'avait pas demandé à re-vivre ainsi, mais Aro en avait décidé autrement, en misant sur des éventuels dons. Sa relation avec Demetri ne s'était basée que sur des rapports sexuels de dominant-dominé. Pas-de-sentiments. Puisqu'on lui avait interdit d'aimer. Les soi-disant gestes d'affection qu'ils avaient pu se manifester n'avaient été que des leurres. Durant ces quinze années écoulées à ses côtés, elle avait parfois secrètement émis le désir de mourir. Elle aurait préféré plutôt mourir une bonne centaine de fois plutôt que de mener ce mode de vie qui n'en était pas vraiment un. Les Volturi l'avait privé de liberté, et ils l'avaient privé de la mort. Au bout d'un moment, il avait bien fallu qu'elle capitule sous leur emprise, et qu'elle se fasse à sa condition. Elle dut admettre qu'ils avaient fait d'elle un monstre, pour servir leurs intérêts. Ce ne fut que le jour où elle revit sa famille offerte en pâture, que son ressentiment reprit le dessus, et qu'elle prit enfin la décision de s'affranchir. Il lui aura fallu des années pour qu'elle ait enfin le courage de commettre cet acte. Mais elle ne le regrettait pas. Elle était désormais libre, et c'est tout ce qui lui importait. La vengeance est un plat qui se mange froid.
- Ils me le payeront un jour ou l'autre, pensa-t-elle à voix haute.
- Vous avez foi en vous, dîtes-moi, fit Carlisle d'un ton sarcastique.
- Je ne vous ai pas demandé votre avis, répliqua sèchement Anna.
- Je ne comptais pas vous l'exposer, vous connaissant. Vous ne m'écouteriez pas.
Anna leva les yeux au ciel, exaspérée. Si ce type commençait à la cerner, elle était mal barrée. Elle essaya de ne pas se formaliser de cette remarque et préféra se taire. Cela mettrait un terme à la conversation qui prenait un tournant un peu plus personnel. Je ferais mieux de lui raconter des mensonges et de brouiller les pistes. Comme ça, il aura tout faux sur mon compte et je me débarrasserai mieux de lui. Il est insupportable, j'ai envie de lui foutre des claques. Et en effet, ils ne parlèrent plus jusqu'à ce qu'ils arrivent à destination. Le docteur Cullen se gara devant son immeuble, sans pour autant couper le contact. Le quartier était désert à cette heure-ci.
- Nous sommes arrivés.
- Sans blague.
- Je ne vais pas vous dire de dégager non plus, ce serait déplacé de ma part.
Elle ricana.
- Ben tiens. Vous êtes un bourge réactionnaire, cela ne m'étonne pas. Je dirais même que vous êtes coincé. Alors, bien sûr, vous n'allez pas me dire de dégager comme ça, vous avez des principes. Vous vous prenez pour un gentleman, hein ? Vous ne voulez pas me baiser la main et me formuler un truc ultra soutenu juste pour que je sorte de votre bagnole, tant que vous y êtes ?
Pour le coup, ce fut Carlisle qui ressentit l'envie de lui administrer une gifle. Même s'il avait pour principe de ne jamais frapper une femme, il fallait admettre qu'elle faisait tout pour le provoquer et qu'elle voulait lui faire perdre patience. Était-ce un test ? Certes, il avait tendance à se comporter comme un gentleman, mais c'était une question d'éducation et de culture. Ses origines anglaises y étaient pour quelque chose, et il n'y avait jamais vraiment renoncé. En revanche, il ne supportait pas l'idée qu'on le traite de bourge réactionnaire et de coincé. Il était tout sauf ça. Et d'où elle se permettait d'émettre des jugements sur lui sans le connaître ? S'il faisait de même, elle aurait envie de lui arracher la tête. Il en était persuadé. Néanmoins, il conserva son sang froid, décidant d'ignorer ses provocations.
- Vous m'avez dit ce que vous m'aviez à dire. Maintenant, je dois partir. Je vous souhaite une bonne nuit.
Un rictus s'afficha sur le visage de la jeune femme ; elle avait réussi à le vexer, elle le sentait. Elle ne se fit pas prier pour sortir du véhicule.
- Elle ne sera pas bonne pour quelqu'un d'autre, en revanche, fit-elle avant de refermer la portière en la claquant violemment.
Le véhicule redémarra aussitôt. Carlisle était à la limite du désespoir. Il avait bien compris qu'Anna s'apprêtait de nouveau à tuer un innocent pour se nourrir. Mais que pouvait-il y faire, franchement ? Essayer de la convaincre une énième fois de ne pas s'en prendre aux humains était vain. Et il ne ressentait pas non plus l'envie de la suivre en permanence pour l'empêcher de commettre de tels actes. Il ne pouvait plus se permettre de fouiller dans les affaires de la Volturi, même si elle passait pour une sorte de malade mentale aux yeux de la société et qu'il s'était porté garant pour la surveiller. Il avait bâti de nombreux mensonges pour la préserver, ainsi que toute la race entière, et voilà comment elle le remerciait. Sans moi, elle se serait retrouvée dans des merdes pas possibles. Cette petite garce est vraiment ingrate.
