Coucou tout le monde ! Me voilà partie pour un grand week-end alors je vous envoie la suite ... tout de suite !
Ca me fait réellement plaisir de savoir que vous prenez le temps de lire cette fic et je suis toujoujours heureuse de recevoir vos sympathiques messages et vos adorables reviews ! Alors un grand merci à vous tous d'être aussi fidèles. Je vous embrasse tous très fort et j'espère que ce nouveau chapitre va vous plaire !
Bonne lecture
Chapitre 11
A quelques centaines de kilomètres de Missoula, dans un petit bureau au sixième étage d'un centre hospitalier, les agents Victor Henriksen et Carl Reidy interrogeaient une infirmière au regard très doux, aux paroles étrangement calmes et au comportement vraiment stoïque.
- Vous n'avez pas l'air de bien comprendre mademoiselle Beaumont ! Ces deux hommes sont de grands criminels ! Les plus dangereux que vous ayez jamais approchés. Où qu'ils passent, les cadavres s'accumulent. Vous connaissez Hannibal Lecter ? L'aîné est aussi dingue que lui et je ne vous parle pas de son frère. Vous savez quel est leur grand plaisir ? Profaner des tombes et faire un feu de joie avec les dépouilles. Ils n'ont rien de petits délinquants, de simples malfrats, ce sont des adorateurs du malin !
- Mais c'est atroce ! Dire que nous étions à leurs côtés pendant tout ce temps. Nous nous sommes occupés d'eux. Nous étions en grand danger et nous ne le savions même pas. Vraiment je crois que je vais me sentir mal !
- Si vous vouliez bien nous aider en nous fournissant un maximum d'informations, le moindre détail peut nous être précieux, nous pourrions protéger tout le monde en les enfermant dans une prison de haute sécurité ! Vous savez, avec le dossier que nous avons sur eux, ils risquent la peine capitale !
Il rêvait de les isoler, chacun dans une minuscule cellule sans fenêtre et si possible insonorisée. Dans le cas contraire, il se ferait une joie d'attacher une muselière sur le gouffre qui servait de bouche à l'aîné pour qu'il arrête ses sarcasmes. Il admettait que c'était anticonstitutionnel mais ça lui faisait un bien fou d'y penser. Depuis Milwaukee, ces deux là s'étaient volatilisés et à chaque fois qu'il était sur une piste, ils lui glissaient entre les doigts. C'était plus que frustrant, c'était horripilant ! Une fois qu'il réussirait à leur mettre la main dessus, il ne les lâcherait plus ! Dommage que leur taré de père soit déjà mort car il était de loin le plus coupable de cette situation. C'est lui qui les avait formés et leur avait mis ce genre de débilités dans le crâne.
- Croyez bien que si je le pouvais, poursuivait l'infirmière, ce serait avec plaisir que je vous rendrais ce service. J'ai le sens du devoir civique, vous savez ! Mais malheureusement, je ne suis pas en mesure de le faire. Comme je vous l'ai dit, ils étaient là tous les deux et en moins de cinq minutes ils s'étaient comme évanouis dans les airs …
- Non, ce n'est pas le cas ! Intervint l'agent Reidy qui venait de raccrocher son téléphone. Je viens d'apprendre qu'au moment où ils se sont échappés, quelqu'un a utilisé l'ascenseur de service alors qu'il n'y avait aucune urgence. Chose étrange, la carte utilisée pour activer le lecteur optique était la vôtre !
- C'est formidable la nouvelle technologie, jubila-t-il alors que la sonnerie du téléphone de Carl retentissait de nouveau, obligeant son collègue à abandonner l'interrogatoire et à décrocher. Comment expliquez-vous ça, mademoiselle Beaumont ? S'enquit-il, plein d'espoir.
Il vit la jeune femme chercher dans ses poches, les retournant devant lui, avec une attitude qui feignait parfaitement bien la surprise.
- Ca alors ! Mais vous avez raison ! S'exclama-t-elle une fois son petit manège terminé. Je n'ai plus ma carte ! Vous pensez qu'ils auraient réussi à me la subtiliser sans que je m'en aperçoive ? Lui demanda-t-elle avec des yeux reflétant toute l'innocence du monde.
Il bouillonnait intérieurement. Il perdait son temps avec cette infirmière. Elle était bonne comédienne mais il savait qu'elle se moquait de lui. Dire qu'il avait attendu toute la journée pour avoir l'occasion de l'interroger ! Quoiqu'il lui dise, quelque soit le ton employé, elle restait sur sa position. Toutes les personnes de ce service qu'il avait rencontrées avaient mis autant de bonne volonté qu'elle pour répondre à ses questions. Le chirurgien, la neuropsychologue … ils avaient dû se donner le mot pour lui foutre son enquête en l'air. C'était effarant de voir ça ! Depuis qu'il avait hérité de cette affaire, ce n'était pas la première fois qu'il rencontrait ce genre de personnes. Retrouver les frères Winchester était un véritable challenge. Tous ceux avec qui ils avaient été en contact les protégeaient farouchement. Et les pires restaient les femmes ! Quelques mois auparavant, à Milwaukee, il y avait eu cette aliénée, pourtant prise en otage, qui avait dit que ces deux tarés lui avaient sauvé la vie. Son témoignage était confus, digne d'une folle à lier mais elle était sûre d'elle sur ce point ! A Baltimore, dans le Maryland, une fliquette avait juré qu'ils l'avaient aidée à démasquer un tueur et qu'ils l'avaient protégée de ce soi-disant malade. Comment une inspectrice pouvait-elle se laisser embobiner si facilement ? Sans oublier cette fichue avocate, Mara Daniels, qui s'était ouvertement foutue de lui tout en leur permettant de s'échapper de Green River.
- Bingo ! S'exclama l'agent Reidy en raccrochant de nouveau son portable. Apparemment, dans le nord ouest de Missoula, quelqu'un vient de faire des recherches concernant Dean Winchester via le Net. Tout correspond : les recherches sont certainement la conséquence de l'amnésie de notre petit copain et la distance parcourue coïncide parfaitement avec le temps qu'ils auraient mis à rouler depuis leur « départ précipité de l'hôpital », indiqua-t-il en marquant les guillemets de ses doigts.
- Envoie leur signalement au gérant.
- C'est déjà fait ! Il a confirmé qu'ils avaient réservé une chambre pour eux deux dans son hôtel, il y a un peu plus d'une heure !
- Parfait ! Jubila-t-il. La journée se terminerait peut-être mieux qu'elle avait commencé. Mais cette fois, on ne se fera pas avoir. Envoie les flics les plus proches pour les cueillir ! Et préviens-les que ce ne sont pas des enfants de cœur et qu'ils feraient bien de les enfermer à double tour, si possible dans des cellules séparées jusqu'à ce qu'on arrive ! Il se tourna vers l'infirmière. Je vous remercie pour votre aide précieuse. Je laisse à votre disposition un de mes collègues durant les heures à venir … au cas où certains détails vous reviendraient, ironisa-t-il.
Le prétexte invoqué était louable mais parfaitement malhonnête. Il n'était pas certain que cette femme puisse joindre les Winchester, mais dans le doute, il préférait la faire surveiller jusqu'à ce qu'il les sache sous bonne garde ! Puis il prit congé et se dirigea rapidement vers son véhicule accompagné de son collègue. Malgré l'obscurité, il avait du mal à dissimuler le sourire impatient et vainqueur qui reflétait parfaitement son état d'esprit.
xxx
Il était assis sur son lit, son regard fixé sur le journal de leur père qu'il manipulait, le tournant et le retournant depuis un bon moment maintenant. Dire qu'il avait pris tant de soin à le planquer pour que Dean ne tombe pas dessus. Il savait qu'il aurait dû écouter Bobby, prendre son courage à deux mains et tout déballer à son frère. Il aurait peut-être eu du mal à encaisser mais ils n'en seraient pas là maintenant. Dès son retour, il lui présenterait des excuses et il lui confierait ce précieux ouvrage. Il répondrait à toutes les questions qu'il lui soumettrait et ne chercherait pas à se défiler comme il l'avait fait jusqu'à présent. S'il voulait que son aîné retrouve la mémoire, il n'avait pas d'autres solutions. Ne valait-il pas mieux qu'il apprenne ce genre de choses de la bouche de son cadet plutôt que d'assimiler des données erronées qu'il aurait trouvées par lui-même ? Sa dernière révélation avait eu un effet alarmant sur Dean puisqu'il s'était effondré et était resté plus d'une minute avec le regard fixe. Malgré l'angoisse qu'il avait ressentie en le voyant dans cet état, il se dit qu'il était préférable de tenter le tout pour le tout plutôt que de laisser son grand frère partir sans lui avec son amnésie et l'ignorance de tous les dangers qui les guettaient. Sa décision était prise. Il espérait juste qu'il ne soit pas trop tard.
Ce n'était pas la première fois que son aîné partait après une de leur dispute mais tout furieux qu'il puisse être, il revenait toujours. Et puis il avait laissé son sac contenant toutes ses affaires, les clés de l'Impala étaient toujours sur la petite table et Dean lui avait bien fait comprendre qu'il avait l'intention de revenir. Tous ces éléments auraient dû le rassurer mais ce n'était malheureusement pas le cas. Autant il pouvait se vanter de connaître son frère mieux que n'importe qui, autant à cet instant, il avait la douloureuse impression d'avoir affaire à un inconnu. Depuis le début de cette amnésie, il ne se passait pas cinq minutes sans qu'il change d'avis sur son compte. Dès qu'il pensait être en compagnie de son grand frère, les agissements ou les réflexions de ce dernier lui prouvaient le contraire et vice-versa. Il n'était plus sûr de rien et ce manque de certitudes l'angoissait au plus haut point.
Il sursauta lorsque son téléphone portable sonna. Il regarda hâtivement le correspondant et soupira. Bobby allait certainement lui reprocher son manque de franchise vis-à-vis de Dean ! A moins qu'il l'appelle pour lui réclamer son aide. Il se pressa de décrocher.
- Hey Bobby ! Ta chasse est terminée ?
- M'en parle pas, gamin. Les victimes se succèdent et je ne sais toujours pas à quoi j'ai affaire. C'qui est sûr, c'est que ça prend l'apparence d'un proche de la future victime pour mieux la piéger mais qu'au final tout le monde se fait bouffer. J'ai vu les dépouilles - enfin c'qu'il en restait – on dirait qu'elles ont été déchiquetées par un lion !
- T'as pensé aux goules ?
- Qu'est-ce qu'tu crois ! Mais ça ne correspond pas. Ce truc se nourrit d'une grande quantité de chair humaine fraîche et pas faisandée ou déjà en décomposition. Et encore, quand j'te parle de chair humaine, c'est un euphémisme, parce qu'il ingurgite aussi les organes vitaux, l'ensemble de la matière grise comprise dans le crâne qu'il aura prit grand soin d'exploser en plusieurs morceaux au préalable et il doit même gober les yeux ! Quand il en a finit avec ses victimes, leur ossature est nickel ! J'suis presque étonné qu'il ne leur suce pas la moelle ! En plus, son terrain de chasse est beaucoup trop vaste. Non, j'te l'dis, on n'a jamais rencontré ça avant.
- Tu penses qu'il peut y en avoir plusieurs ? Ca expliquerait le nombre inquiétant des victimes et le fait que la zone soit si importante, tu crois pas ?
- Non, c'est l'œuvre d'une seule créature. Il y a sa signature sur chacun de ses repas : des traces de griffes énormes sur les os. Et c'est comme s'il manquait une griffe sur l'une de ses pattes. C'est d'ailleurs pour ça que les enquêteurs sont dans le flou total. Au début, ils pensaient à un tueur en série cinglé mais les empreintes, qui ressemblent fortement à celles d'un ours, les font douter. Tu devrais voir leur tête ! Et pour finir, notre créature se déplace aussi vite que l'éclair. A partir des attaques j'ai quand même établi son « circuit touristique » et apparemment il a décidé de faire une petite halte à Sheridan et ses alentours. C'est pour ça que je t'appelle. C'est sur votre route et très franchement, je ne refuserais pas un p'tit coup de main et le plus tôt serait le mieux. Alors j'en viens à la vraie raison de mon appel et à la question essentielle : Comment va Dean ?
- Ben, pour le moment … il est toujours amnésique, l'informa-t-il avec l'espoir vain que son ami ne lui poserait pas plus de questions.
- Passe-le-moi ! On ne sait jamais. S'il entend ma voix, peut-être que certaines choses lui reviendront.
- C'est que … il n'est pas là.
- Comment ça ? Vous n'êtes plus à l'hôpital ? Où est-il ?
- C'est compliqué, souffla-t-il. On est à Missoula. Le FBI a retrouvé notre trace et on a dû quitter l'hôpital ce matin. Du coup, on a prit la route plus tôt que prévu …
- Je vois mais ça me dit toujours pas où est ton frère.
- Il est sorti faire un tour. Il avait besoin de prendre l'air. Il devrait bientôt revenir, expliqua-t-il embarrassé.
- Tu n'lui as rien dit, en conclut son vieil ami.
Le ton employé était neutre mais il crut entendre le reproche sous-jacent. Il ne prit pas la peine de lui répondre, sachant pertinemment que son silence ferait office d'aveu.
- Sam, si tu veux que Dean s'en sorte, tu dois l'aider. Je sais que c'est difficile pour toi mais tu n'as pas le choix. Tu dois tout lui dire.
- C'est bien mon intention, Bobby. J'le ferai dès son retour … Enfin, s'il revient, ne put-il s'empêcher de penser.
- C'est une bonne résolution, gamin ! J'te souhaite bonne chance. Il t'en faudra ! Fais attention à lui et prends soin de toi, crétin !
A la suite de ces bonnes paroles, un long bip à l'autre bout du combiné lui indiqua que la conversation était terminée. Il raccrocha à son tour et alors qu'il allait reposer le téléphone, il perçut des pas dans le couloir. Il tendit l'oreille et comprit qu'il y avait deux individus et qu'aucun des deux n'était Dean. Pourtant, le piétinement feutré s'arrêta derrière la porte de leur chambre et aussitôt il sut que quelque chose clochait.
Il se jeta de l'autre côté du lit pour regagner son sac au plus vite. Il plongea sa main à l'intérieur et allait en retirer son arme lorsque la porte s'ouvrit à la volée dans une détonation effroyable.
- A genoux ! Mains derrière la tête ! Hurlèrent les deux flics en même temps.
Il analysa rapidement la situation et préféra laisser son colt où il était. Il poussa discrètement son sac sous le lit avant d'obtempérer.
- Vas voir ! Ordonna le plus vieux à l'intention de son collègue en montrant la salle de bain d'un signe de tête.
Ils avancèrent prudemment en contournant les deux lits. L'un d'eux s'approcha de lui avec son arme toujours braquée sur sa tête. L'autre partit vérifier une éventuelle présence derrière lui. Il l'entendit ouvrir brusquement le rideau de la douche avant d'indiquer :
- Y a personne !
Celui qui le tenait en joug jeta un coup d'œil en direction de la voix de son collègue. C'était précisément le moment d'inattention qu'il attendait. En un geste rapide, il se redressa tout en attrapant l'arme de son assaillant qui n'eut pas le temps de comprendre ce qu'il se passait. Il lui envoya un coup de coude au niveau de l'abdomen, ce qui eut le mérite de le faire plier en deux. Puis il lui asséna un coup de crosse sur la nuque et l'homme en uniforme s'écroula sur le sol dans un bruit sourd. Un de moins ! Précipitamment, il saisit la matraque électrique de sa victime et se plaqua contre la cloison près de la porte de la salle de bain.
Alerté par le vacarme, le collègue revint prudemment dans la chambre, l'arme au poing. Il n'attendit pas une seconde et lui envoya une décharge sur le torse. Après une série de convulsions dues aux ondes qui parcouraient son corps, il s'effondra à son tour. Soulagé d'avoir réussi à se débarrasser des forces de l'ordre en un temps record, il recula pour avoir une meilleure vue d'ensemble et réagir en conséquence. Ses sens lui adressèrent un message d'alerte et il fit volte face juste à temps pour constater qu'une deuxième équipe venait d'arriver. Puis une crosse de fusil vint heurter violemment sa tête et ce fut son tour de regagner le sol et de sombrer dans l'inconscience.
xxx
La nuit était tombée et l'air frais de cette fin avril était salvateur. Il avait l'impression de respirer enfin. Ses souvenirs s'étaient organisés au sein de sa mémoire et il avait fait du tri dans ses interrogations afin de se concentrer sur les plus importantes. Il était persuadé que les éléments manquants de son passé correspondaient à des événements sérieux, dramatiques liés entre eux par un même phénomène, une simple donnée perdue quelque part dans son esprit. C'était cette information qu'il devait impérativement découvrir mais il n'avait pas la moindre idée de la manière dont il pourrait l'obtenir. Cette amnésie lui portait sur le système et il se sentait prêt à se taper la tête contre le mur pour que tout se remette en place !
Il était sur le chemin du retour. Ca faisait à peine un quart d'heure qu'il était parti mais les yeux fiévreux et le ton suppliant de Sam le hantaient. Depuis le début, même si son frangin prétendait le contraire, il savait qu'il allait mal et il avait vu que sa santé empirait d'heure en heure. Jusqu'ici, il s'interdisait d'intervenir prétextant que ce grand gaillard était adulte et donc maître de ses propres décisions, ou encore qu'il n'était pas dans ses attributions de frère de se mêler de ses affaires. Mais tout ça, c'était bidon et la validité de ses excuses grotesques venait d'expirer avec l'arrivée de cette grande révélation que son cadet lui avait envoyée en pleine tête. Tout petit déjà il prenait soin de lui, prenant son rôle d'aîné très au sérieux. Alors ce n'était certainement pas un mauvais coup sur la tête et cette foutue amnésie qui allaient changer ses habitudes. Sam allait devoir se soigner, qu'il le veuille ou non. C'était le point culminant de sa liste de priorités, le second étant de lui faire comprendre qu'il n'avait pas à fouiller dans ses affaires s'il ne l'y avait pas autorisé au préalable. Ca ne lui plaisait pas plus que ça de constater que l'unique personne en qui il avait réellement confiance n'avait pas respecté cette partie toute personnelle du peu de souvenirs qu'il avait. D'autant plus que, de son côté, Sam accumulait les stratagèmes pour éviter de répondre à ses questions. Il considérait cet acte comme un coup-bas mais étrangement il ne lui en voulait déjà plus. De toute façon, même s'il rentrait dans une fureur noire, un simple regard de son frangin le calmerait en moins de deux. Par conséquent, il se concentra plutôt sur son objectif n°1 et accéléra le pas.
Il pénétra dans la dernière petite ruelle qui le séparait de l'hôtel. L'endroit était réellement ignoble. Mal éclairé, il servait visiblement de dépotoir aux habitants du coin. Les immondices juchaient le sol poisseux et sans la présence de l'enseigne lumineuse à l'autre bout, la traversée de cet espace se serait plus assimilée à un parcours du combattant. Il aurait pu emprunter la grande avenue beaucoup plus sûre et si bien éclairée, mais le trajet aurait été bien plus long et il pressentait qu'il devait rentrer au plus vite. Sa démarche déterminée le fit trébucher sur quelque chose de dur. L'objet en question se mit à bouger et à grogner. Stupéfait, il regarda la masse informe se mouvoir lentement. Il distinguait à peine la silhouette qui s'était redressée devant lui. Il était étrangement calme, prêt à se défendre en cas d'attaque. Il n'avait aucune idée de la manière avec laquelle il le ferait mais il était certain d'en être capable.
- Eh mec, fais gaffe où tu marches ! Lui reprocha une voix rauque, presque incompréhensible.
L'individu faisait approximativement sa taille. Il s'approchait de lui avec une démarche chancelante, victime de son état d'ébriété avancé. Lorsqu'il fut suffisamment près, il s'aperçut, consterné, que cet homme sans abri ne devait pas être beaucoup plus vieux que lui. Difficile de lui donner un âge avec la crasse qui maculait son visage. Il était peut-être plus jeune qu'il en avait l'air. Loin d'être une menace, il s'affala finalement sur le sol en continuant de bougonner.
Il reprit donc sa route et stoppa net quand il arriva à l'extrémité de la ruelle. Il y avait deux voitures banalisées garées à l'arrière de l'hôtel. Il recula de quelques pas et se fondit dans l'obscurité pour observer discrètement. Il n'attendit pas longtemps pour voir deux hommes en uniforme transporter son frère menotté et inconscient. Ils le jetèrent sans ménagement à l'arrière d'un des véhicules. Les fils de pute ! Une irrésistible envie de les buter traversa chaque fibre de son corps. Malgré tout, il garda son calme et sa position. Il savait que s'il voulait l'aider, il ne devait pas se faire prendre. Il devait impérativement trouver une solution pour libérer Sam. C'était écrit, gravé quelque part dans sa tête. C'était même viscéral. Un détail évident lui traversa l'esprit : il n'avait aucune idée de la manière dont il allait s'y prendre. Il avait besoin d'aide et la seule personne en qui il pensait pouvoir faire confiance venait justement de se faire embarquer par les flics. Il se rappela alors que Sam lui avait parlé d'un autre homme, une personne qu'ils considéraient tous les deux comme un second père, celui qu'il était censé rencontrer pour éventuellement retrouver la mémoire. Il attrapa son téléphone portable et consulta le répertoire. Le choix serait rapide tant la liste était réduite. Il sélectionna « Bobby » et après quelques secondes d'hésitation, il appuya sur la touche « appel ». Au bout de deux sonneries, un homme à la voix bourrue décrocha :
- Dean, c'est toi gamin ?
Cette intonation, les mots employés, tout lui était familier. Rassuré, il se décida à expliquer son problème :
- Oui, c'est Dean. Euh, Bobby … Je ne sais pas quoi faire. Sam vient d'être arrêté. Les flics ne m'ont pas vu. Je suis tout seul et …
- Cette amnésie est tenace à c'que je vois ?
- Euh, oui.
- Ok. Alors écoute-moi bien : Il faut libérer ton frère le plus vite possible, avant que les fédéraux débarquent.
- Les fédéraux ? Tu … tu veux dire le FBI ?
- Ben oui, idiot ! Ca ne te dit rien Henriksen ? Non, laisse tomber !
- C'est que j'ai vu sur Internet que c'était moi qu'ils recherchaient. Pourquoi ils s'en prendraient à Sam ?
- Ce serait trop long à t'expliquer. Il faut agir vite ! Vous êtes dans quel quartier ?
- Au nord ouest de Missoula.
- OK. Il faudrait que tu te fasses passer pour un agent du FBI. Je vais appeler le poste pour les informer que tu arrives et que tu es en charge du prisonnier. Tu devrais trouver tout ce qu'il te faut dans la bagnole : costume, identité, arme.
- Sauf que mes fringues sont dans mon sac qui est dans la chambre où se trouvent surement des flics qui m'attendent de pied ferme ! Je crois qu'ils ne partiront que lorsqu'ils m'auront chopé. Nos faux insignes sont dans la boîte à gants, les armes dans le coffre et les clés de la caisse sont également dans la chambre ! Sans compter que j'ai un bras dans le plâtre et un pansement bien voyant sur la tempe gauche.
- T'as raison, on est dans la merde ! Et en plus ça urge ! Ok, pas de panique, on va bien trouver une solution.
Tout en réfléchissant, Dean balayait des yeux la petite ruelle sombre. Son regard tomba sur quelque chose qui avait déjà attiré son attention précédemment. Il sourit à la pensée qui venait de surgir dans son esprit :
- Bobby, c'est bon : j'ai une idée ! Assura-t-il, ravi.
