Chapitre 11 : Détective Yuuri Shibuya
'' C'est vraiment nécessaire ? ''
'' OUI ! '' répondirent en chœur les frères et fiancé du prince ainsi que le Daikenja.
Ils savaient tous que retirer le maryoku de Wolfram n'était pas chose facile. Cela n'avait rien à voir avec ce qui allait suivre mais plutôt avec la réaction et le comportement du prince. Celui-ci l'utilisait assez souvent comme bouclier en attaquant ses adversaires – enfin ses proches - afin de cacher ses faiblesses mais aussi pour se protéger s'il était attaqué. Une fois privé du feu, il se sentirait démuni et personne ne voulait le voir dans ce état. Pourtant c'était bel et bien nécessaire. Wolfram souffrirait moins par le poison s'il ne possédait aucun pouvoir.
L'amener jusqu'au Temple n'avait pas été facile non plus. Il avait fui toute la journée d'une façon ou d'une autre. Ce n'est que lorsque Yuuri, qui l'avait enfin retrouvé après deux heures de recherche, lui a sauté dessus et s'est agrippé refusant de le lâcher que, alertés par les cris, les frères aînés ont réussi à l'attacher pour l'emmener de force. Wolfram n'en revenait pas que sa propre famille ait complotée contre lui et Yuuri avait essayé en vain de s'excuser pour une telle action. Wolfram savait très bien que c'était pour son bien qu'il devait renoncer au feu mais il avait peur. Dès qu'il se retrouvait en territoire humain, il se sentait vide, faible face à ses adversaires et cela était sur le point d'arriver, chez lui ! Non, il n'était pas un faible, il le montrerait à tout le monde, il était capable de vivre sans, il pouvait être autoritaire sans avoir à brûler un arbre ou deux. Mais... à condition que le poison le lui permette. Ce devait être sûrement cette partie qu'il redoutait le plus. Il avait déjà assez souffert ces deux dernières années, il ne méritait pas ça. Et puis, personne n'était au courant, qu'allait-il se passer les prochains jours ?
Wolfram sentit une chaleur à la joue : Yuuri venait d'y déposer un baiser. Le blond se mit à rougir.
'' Ne t'inquiète pas, tout va bien se passer. Tu n'es pas seul, '' lui susurra-t-il.
Yuuri lui adressa le sourire qu'il aimait tant mais qui ne le réconfortait pas pour autant.
Wolfram se tourna vers Ulrike qui posa ses paumes sur sa tête et commença à réciter un enchantement. Il sentit son énergie s'affaiblir, sa chaleur se refroidir et la fatigue prendre place. Tout ce qu'il se souvint fut une lumière vive située entre les mains de la prêtresse et des mains le rattraper dans sa chute avant de perdre conscience.
'' Ça ce n'est pas normal, '' constata Shinou.
'' J'ai pourtant tout fait correctement, '' s'étonna Ulrike.
'' Lord Von Bielefeld est juste exténué, il a eu une longue journée derrière lui. Le mieux serait de le ramener au Château le plus discrètement possible pour qu'il s'y repose. ''
'' Les servantes m'ont déjà pris pour un demeuré quand je m'agrippais à lui et nous ont cru malades quand on l'a attaché. Si on le ramène dans cet état, tout le monde voudra savoir ce qu'il s'est passé ! '' s'écria le Maoh.
'' C'est pour ça que j'ai dit discrètement, '' ajouta le Daikenja amusé. Wolfram pouvait vraiment créer des ennuis quand il le voulait.
'' C'est pas comme si le Château était rempli d'alliés et de nobles. Il y a énormément de monde, on ne passera pas inaperçus ! ''
'' Heika, calmez-vous, vous semblez oublier que nous possédons le meilleur espion qui puisse exister. ''
Yuuri sourit à son parrain, rassuré. C'était une mission pour Yozak. Peu importe les moyens qu'il allait utiliser, Wolfram arriverait sain et sauf dans leur chambre sans que personne ne sache qu'il était sans maryoku. C'était parfait.
'' Qu'allez-vous faire de ses pouvoirs ? '' demanda Yuuri curieux.
'' Tu vas les garder ! ''
'' Quoi ? ''
Murata sourit encore amusé.
'' Il est ton fiancé, il n'y a aucune raison que quelqu'un le fasse à ta place. Et il sera rassuré de savoir que c'est toi qui les a. ''
'' Je ne sais pas m'en servir. ''
'' Tu n'as pas à le faire. ''
'' Et si je fais une gourde devant tout le monde. ''
Yuuri s'imagina envoyant une boule de feu vers Stoffel. Quelle horreur !
'' Geika, je suis de l'avis de Heika, ce n'est pas prudent. '' Gwendal ne pensait pas à Stoffel mais plutôt aux souverains. Ce serait une catastrophe s'il leur arrivait quelque chose lors de leur présence au Château du Serment de Sang.
'' Merci Gwendal même si je ne sais pas vraiment comment le prendre. ''
'' Shibuya, tu vas le faire ou je distribue à tous les nobles une photo de ta merveilleuse enfance. ''
Yuuri fit une grimace. Il s'imagina Densham rire en le regardant vêtu d'une robe et avec des couettes. Il n'arriverait jamais à le convaincre de persuader sa soeur de quitter le milieu scientifique.
'' Si tu fais une telle chose, je raconte à tout ce royaume que Mr le Grand Sage avait une liaison avec le Roi Originel. ''
Murata fut surpris de cette déclaration et sans avoir pu se contrôler se mit à rougir. Il se tourna vers Shinou qui semblait aussi perplexe mais le sourire aux lèvres.
'' Notre relation ne concerne personne qu'elle soit réelle ou non. Mais s'il s'avère que tu dévoiles ne serait-ce qu'un mot, je te promets de raconter à ta mère tout ce que tu as fait subir à notre cher prince ici présent et endormi, et crois moi la liste est longue. Tu sais qu'une Jennifer énervée n'est pas une bonne chose, n'est-ce pas Shibuya ? ''
Si Conrad et Gwendal ne connaissaient pas aussi bien les deux amis, ils auraient pu les croire en guerre. Le brun était néanmoins en admiration devant son roi qui avait su utiliser une information cruciale à bon escient. Il ignorait ce que donnait une Jennifer énervée mais Yuuri avec le maryoku de Wolfram ne serait pas une bonne chose non plus.
Les deux garçons se fixèrent pendant un moment.
'' D'accord, je vais le faire. Mais il arrive quoi que soit, tu prends toute responsabilité. ''
'' Ok, '' dit-il le sourire aux lèvres, content d'avoir gagné contre son meilleur ami.
Ulrilke s'approcha de Yuuri et la lumière entra dans son corps. Le soukoku se sentit étrange, extraordinairement puissant. Mieux valait que personne ne provoque sa rage, celui-ci serait cuit !
Les visiteurs rentrés au Château, Ulrike n'était toujours pas sortie de la salle des Oracles. Le Daikenja prenait sa tasse de thé habituelle avec le Roi Originel utilisant les fameuses boîtes comme assise et table.
'' Vous entretenez une relation dans l'enceinte de ce Temple ? '' demanda-t-elle outrée.
'' Nous prenons juste le thé Ulrike, voulez-vous nous rejoindre ? ''
'' Shinou-Heika, vous prenez le thé sur les boîtes qui ont failli détruire ce monde. ''
'' Il faut bien qu'elles servent à quelque chose. ''
'' Vous n'avez aucun respect. ''
La Miko regretta ses paroles. Jamais elle n'avait voulu insulter celui qu'elle vénérait. L'erreur était irréparable. Le Roi Originel s'était déjà levé et se rapprochait d'elle furieux.
'' Je suis désolée, je ne voulais pas... ''
'' Pourquoi devrais-je respecter des boîtes qui, comme vous l'avez si bien dit, ont failli détruire ce monde ? ''
'' Pardonnez-moi Shinou-Heika. ''
'' Toi et moi savons qu'elle a raison Shinou. Tu épies les discussions des autres,.. ''
'' Je me tiens au courant, '' le coupa le Roi Originel vexé. '' Et si j'avais continué, j'aurais su que mon protégé était au courant pour notre vielle relation. ''
'' Relation qui existe toujours, '' lui rappela la prêtresse.
'' Il n'y a aucune loi interdisant cette relation. Ce n'est pas mauvais. ''
'' Ça l'est pour une prêtresse, '' renchérit le Grand Sage toujours sur sa boîte.
'' Pas du tout. Je ne pensais pas que vous étiez ensembles à nouveau, c'est tout. ''
Les deux hommes la fixèrent incrédules puis se mirent à rirent.
'' Nous sommes discrets, '' répondit le Roi et faisant rougir Ulrike.
'' Veuillez excuser mon comportement Shinou-Heika. ''
'' Voyons Ulrike, que ferais-je sans toi ? Tu n'as pas tort bien que je n'aime accepter mes erreurs. Néanmoins, je continuerai à prendre mon thé sur les boîtes. ''
La petite prêtresse s'inclina en guise de remerciement et quitta la pièce pour les laisser seuls. ''
'' Depuis quand sommes-nous ' ensemble ' ? '' demanda Murata curieux.
'' Depuis toujours. ''
Cette réponse semblait si simple. Mais Murata ne le prenait pas ainsi. Il se sentait manipulé et il n'aimait pas ça.
'' J'aurais aimé être au courant. ''
'' N'ai-je pas été assez clair toutes ces fois ? ''
'' Non. Les choses se font d'une certaine façon, pas à ta sauce. ''
Le soukoku sauta et atterrit les pieds sur le sol avant de se diriger vers la porte.
'' Ulrike a raison, tu ne me respectes pas. ''
Shinou regarda son Sage quitter la salle.
'' Qu'ai-je fait pour me mettre tout le monde à dos ? '' dit-il avant d'avaler le fond de sa tasse.
'' Mission ramener le petit morveux dans la chambre royale sans être vus réussie ! ''
Yuuri était rassuré bien qu'inquiet. Wolfram semblait tellement fatigué.
Ils étaient rentrés au Château et Yuuri signait actuellement des demandes en tout genre écrites par les nobles eux-même. Évidemment il n'était pas seul, Conrad, Günter et Gwendal étaient avec lui auxquels s'ajoutait Yozak à présent.
Les soldats échangèrent des regards de compréhension avant de se tourner vers le Maoh.
'' Heika, nous devons vous mettre au courant d'une autre situation. ''
'' Ne me dites pas qu'il y a encore autre chose ! Entre Sara et Monilas, un imposteur qui nous vole et agresse et Wolfram qui est dans un état critique, j'ai déjà ma dose. ''
'' Nous aurions aimé vous en épargner, mais les choses ont pris une tournure plus grave. '' Conrad réconforta un peu son souverain.
'' Allez-y, '' soupira Yuuri.
'' Wolfram reçoit depuis quelque temps des lettres anonymes... ''
'' Et c'est moi qu'il traite de tricheur ! ''
'' Il n'est pas au courant Heika, nous avons intercepté les courriers. ''
'' Vous lisez les lettres de votre frère ? '' demanda Yuuri choqué.
'' Nous le protégeons surtout. Wolfram est une personne désirée par de nombreuses personnes au point que certaines agissent de manière démesurée, '' répondit Conrad.
Yuuri rigola sur le moment. Gwendal et Conrad étaient vraiment attachés à celui qu'ils considéraient comme arrogant et égoïste. Mais ils étaient trop sur-protecteurs.
'' S'il arrive un jour que je découvre que Shori lit mes mails, je crois que je le massacrerais. C'est personnel. Vous n'aimeriez pas que l'on vous fasse une chose pareille, si ? Et si Wolf l'apprend vous êtes morts ! Ou rôtis ! ''
'' Wolfram n'en saura rien puisque vous ne direz rien, '' dit Gwendal d'un ton assez menaçant, bien que curieux de savoir ce qu'était un mail.
'' Vous voulez que je sois votre complice, c'est ça ? ''
'' Je crains que vous le soyez déjà Votre Majesté, nous sommes sincèrement désolés. '' Günter fondit en larmes.
'' Tu le savais et tu n'as rien dit face à leur comportement ? ''
Yuuri n'en revenait pas. Même Günter protégeait Wolfram alors que celui-ci l'insultait dès qu'une occasion se présentait.
'' C'était pour le bien du morveux. ''
Yuuri laissa tomber. Cela ne servait à rien de se disputer, encore moins maintenant. Et voir Günter pleurer devant lui lui faisait pitié.
'' Arrête de pleurer Günter, c'est d'accord, je ne dirai rien. ''
'' Merci Heika. '' Conrad lui fit son sourire habituel.
'' Et alors, qu'est-ce qu'elles disent ces lettres ? ''
'' Elles proviennent toutes de la même personne : même écriture, même papier. Seulement, elles ne disent quasiment rien, '' expliqua Gwendal.
'' Pourquoi autant de préoccupations alors ? ''
'' La première a commencé avec '' Wolfram ''. ''
'' C'est tout ? ''
'' Oui, un seul mot. C'est ainsi qu'il ou elle fonctionne. Le texte est à ce jour pas bien long : ' Wolfram, votre beauté, votre intelligence, votre puissance font de vous la personne la plus désirée de votre royaume et de vos alliés. Vous pourriez facilement devenir le plus grand souverain de Shin Makoku mais pour cela vous auriez besoin de mon aide. Cela fait longtemps que nous ' ''
'' C'est assez long je trouve mais manque la fin. ''
'' Et nous l'aurons surement jamais. Cette même personne nous a envoyé une nouvelle lettre hier pour nous dire de nous mêler de nos affaires si on ne voulait pas qu'il soit empoisonné. ''
'' Mais il l'était déjà. ''
'' C'est ça qui nous dérange Votre Majesté. L'auteur de ces lettres pourrait ne pas être celui qui a tenté d'assassiner Wolfram. Et nous en reviendrions à Monilas. Mais pourquoi empoisonner le fiancé du Maoh si son discours pour occuper le trône de Dai Shimaron est aussi puissant ? ''
'' Günter, serait-il possible d'étudier la typographie ? On pourrait peut-être déterminer s'il s'agit d'une femme ou d'un homme. ''
'' Malheureusement, l'expert n'a pas su nous dire. ''
'' On aura au moins essayé. ''
Yuuri soupira. Comme si Wolfram avait besoin de ça. Quelqu'un voulait l'aider à prendre le pouvoir. '' Gwendal, peux-tu me répéter le texte s'il-te-plait ? ''
Le général s'exécuta. Après un long silence de réflexion, Yuuri reprit la parole.
'' ' Il y a longtemps que nous ', il y a un nous et une notion de temps ce qui signifie que celui qui a écrit ces lettres et Wolfram se connaissent. Wolfram ne connaissait pas Monilas, et bien qu'il ait fait une trêve avec Saralegui, je ne les vois pas du tout travailler ensemble. ''
'' Maintenant que vous le mentionnez, il se pourrait bien que la trêve soit fausse Heika, '' dit Günter en craignant la rage de son roi. Quand rien ne se produit il continua. '' J'ai vu le roi Saralegui l'hypnotiser hier dans l'après-midi alors que étiez parti voir le Daikenja. ''
'' Magnifique, les choses ne pouvaient pas être si compliquées ! ''
'' Pour revenir à ce que nous disions, Heika, s'il ne s'agit pas des partisans, qui essaie de rentrer en contact avec Wolfram ? ''
'' C'est une chose qu'il va falloir mettre sur la liste des enquêtes en cours ! ''
Yuuri eut presque envie de rire. En l'espace de trois jours, sa vie était complètement chamboulée.
'' Il va falloir en parler à Wolfram si l'on veut éclaircir ce point. ''
'' Hors de question, il va nous brûler vif, '' s'écria Günter affolé.
'' Il n'a plus de maryoku, ce serait plutôt le bon moment. ''
'' Même si on le lui disait, cela ne servirait à rien. Yuuri, Wolfram connaît tellement de gens que nous pourrions tous les soupçonner. '' Conrad savait toujours rester calme quand il le fallait et Yuuri était d'accord avec lui.
'' Certes,... une seconde. Avant que Wolfram et moi allâmes dans la salle de bain, nous avons déposé la fiole sur le bureau. La personne qui a renversé le poison voulait peut-être tout simplement récupérer la fiole ou la voler mais Wolfram l'a surprise en train de fuir et pour gagner du temps, elle l'a agressé. Wolf n'était peut-être pas visé. L'auteur des lettres et l'imposteur ne sont donc pas forcément les même personnes. ''
'' Ce que nous avons déjà conclut Votre Majesté. ''
'' Non, tu ne comprends pas Gwendal, c'est différent. L'auteur des lettres a déposé la fiole dans la chambre de Wolfram afin qu'il la trouve et l'utilise le soir-même, ce qu'il n'a pas fait, trop occupé par ce qui venait d'arriver entre nous. Si Wolfram l'avait utilisé comme parfum, selon ce que dit la légende, il aurait été mourant le lendemain. Il y avait tous les nobles, tous les souverains à cette soirée. Nous aurions pu soupçonner n'importe qui et cela aurait créé des tensions, surtout maintenant que Wolf et moi sommes officiellement fiancés.''
'' Mais Wolfram ne l'a pas utilisée, '' commenta Conrad.
'' Et le poison n'a plus les mêmes effets, '' ajouta Yozak.
'' Quelqu'un autre que vous était au courant que la fiole se trouvait dans le château et quand cette personne l'a su, elle a voulu la récupérer. ''
'' Je m'incline devant toi Shibuya. Ton raisonnement tient la route. ''
Tous se tournèrent vers la personne qui se trouvait dans la salle mais qui n'était jamais entrée... par la porte.
'' Pour vous montrer que tout s'était bien déroulé, j'ai croisé le Daikenja en revenant et l'ai emmené avec moi. Comme prévu, vous n'avez rien vu du tout. '' Yozak était vraiment fier de lui.
'' Il était là depuis le début et personne ne l'a remarqué. Tu as un don Yozak. ''
Yuuri était admiratif, les autres plutôt honteux. Le roux compris qu'il se ferait réprimander plus tard.
'' On a un excellent espion Shibuya. Revenons-en à ton raisonnement. Si ce que tu dis est vrai, il y a une personne que je connais qui connait l'existence de la fiole et qui semblait intéressé quand je lui en ai parlé, plutôt interrogé, le soir du bal. ''
'' Qui ça ? '' demandèrent les soldats en chœur.
'' Monilas Fillcott. ''
'' Et bah voilà, on a un suspect ! '' s'écria joyeusement le Maoh.
