Petite Note :
Cette fic vient avec une bande son, elle n'a pas grand chose à voir avec l'univers musical de la série mais c'est ce que j'écoute en écrivant et ça peut aider à se mettre dans l'ambiance, si certains sont intéressés elle est sur Deezer (tapez l'url de deezer suivit de /playlist/414957225)
Et j'en profite rapidement pour vous remercier très très fort de me lire #^o^#
11 : Crossroad angel
« Maman ? »
Mary tendit les bras vers lui avec un sourire très tendre.
« Mon chéri... »
Dean eut du mal à déglutir, Mary était toujours aussi belle, toujours parfaite, le même sourire doux, la même lumière dans les yeux.
« Comment... comment ... » balbutia -t-il en regardant alternativement Mary et le cercle d'invocation dessiné sur le capot de l'Impala.
Elle tendit la main vers lui et lui caressa la joue, il ne put pas s'en empêcher, pressa son visage contre la paume de sa mère, douce et chaude, respira son parfum poudré. Et les larmes lui montèrent aux yeux.
« Maman... »
« Mon chéri... je t'attends depuis si longtemps. » Murmura-t-elle en s'approchant de lui. Elle posa une main sur son épaule et d'un coup ils s'étreignirent, Dean contenant à peine ses larmes tandis qu'il serrait le corps de sa mère contre lui.
« Comment c'est possible ? »
« Quand une bonne âme reste assez longtemps au Paradis, elle devient un ange. » Dit elle doucement.
- Tu es un ange ?
Mary hocha la tête en souriant, s'écarta légèrement de lui.
« Je veille sur toi depuis quelques temps. »
Dean avait la gorge nouée.
« Alors c'était vrai … il y a vraiment des anges qui veillent sur moi... comme tu le disais quand j'étais petit ? »
« Oui mon chéri. Il y en a toujours eut, il y en aura toujours. »
-Alors pourquoi... Pourquoi c'est si dur ?
-Parce qu'il n'y a pas d'hommes plus courageux que ton frère et toi. Et c'est aux plus braves que reviennent les plus lourds fardeaux.
Dean hocha la tête. Sa méfiance naturelle reprit doucement le dessus. « Comment puis je savoir que tu es toi ?... Que tu n'es pas... une autre créature ? Qu'il n'y a pas de piège ? »
Cela lui brisait le cœur de devoir demander ça, de ne pas avoir confiance même en la personne qu'il avait aimé plus que tout au monde toute sa vie. Mary sourit et sortit de sa manche une longue lame qui semblait faite d'argent.
«Tu connais la seule chose qui peut blesser un ange ? » Elle lui tendit la lame et garda le bras tendu vers lui quand il s'en saisit. Il coupa sa peau à contrecœur, le sang se mit à couler dans un flot de lumière blanche. Mais Dean ne regardait que les yeux de sa mère. Il serra lui même un bandana sorti de sa poche autour de la blessure. « Je te crois. Je te crois... »
-Tu fais bien de te méfier. Mais, Dean... Tout n'est pas toujours un piège tu sais.
-Dans ma vie, si.
Il n'arrivait pas à se décrocher d'elle, tellement de mots qu'il avait envie de dire se bousculaient sur sa langue et il n'arrivait à en prononcer aucun.
Mary lui caressa doucement les cheveux, c'était le contact le plus tendre dont Dean se souvenait. Une caresse qui le faisait se sentir aimé, chéri et protégé. Elle sentait toujours la cannelle, son souffle promettait toujours une protection éternelle. Il se mit à pleurer, recroquevillé comme s'il avait encore quatre ans dans les bras de sa mère qui le serra contre elle , caressant son dos, lui murmurant que tout irait bien.
« Tu es pressé ? » demanda-t-elle quand la crise de larme fut passée. Il secoua la tête. « Alors allons dans un endroit moins triste. »
Elle posa doucement sa main sur sa joue et le temps d'un battement de cils, Dean se retrouva dans un nouvel environnement. Les sons étaient étouffés, les images un peu floues comme dans le souvenir d'un rêve. Dean était assis sur un banc trop bas pour lui, la main de Mary dans la sienne. Des enfants jouaient non loin, leurs rires atténués comme venant de très loin. Il y avait un toboggan vert. En se concentrant assez fort, Dean pouvait voir un mini-lui, il devait avoir deux ans à peine, et John le hissait en haut du toboggan, s'asseyait derrière lui et le tenait fermement contre sa poitrine tandis qu'ils glissaient le long de la rampe verte. Dean se vit lever les bras, confiant, certain que rien ne pourrait lui arriver dans les bras de son père.
Il avait deux ans et sa vie était encore merveilleuse. Il essuya ses larmes d'un revers de main.
« Il vous aimait tellement... » murmura Mary.
Dean hocha la tête.
« J'aimerais qu'on m'aime encore comme ça... » murmura-t-il.
-Castiel t'aime comme ça.
-Tu sais pour Castiel ?
-Je veille sur toi depuis longtemps Dean. Les yeux de sa mère étaient d'une bienveillance insoutenable. « Il est gentil, et il t'aime. »
-Alors pourquoi il m'a fait ça ? Maman... Il m'a jeté un sort , m'a fait l'oublier, et après il m'a quitté... qui fait ça à quelqu'un qu'il aime ?
-Quelqu'un de désespéré. Répondit Mary.
Dean secoua la tête buté. « Il m'a fait quelque chose maman... j'ai... Je ne me reconnais plus... j'ai fait du mal à Charlie, j'ai... j'étais quelqu'un de bien maman... et regarde ce qu'il a fait de moi ! » cria Dean en se prenant la tête entre les mains.
Mary ne dit rien pendant un instant. « Il a cru bien faire. »
« Qu'est ce qu'il m'a fait ? »
-Il a utilisé un sort pour te faire oublier tes souffrances. Il a préservé tes souvenirs tant qu'il a pu, il les a juste rendus supportables... comme si tu avais passé ta vie au cinéma, à regarder un film très triste sur ta propre vie. Il ne supportait plus de te voir souffrir.
-Mais je souffre encore !
-Il ne pouvait pas le savoir mon cœur.
Dean avait envie de pleurer à nouveau. « Je me sens... vide... »
« Castiel a fait une erreur... Il ne s'est pas rendu compte que ça allait te changer. »
- Me changer ?
-Nous sommes la somme de nos expériences, Dean. Tout ce que tu as enduré était horrible et injuste, crois moi mon cœur je le sais mais... » Mary s'interrompit pour caresser encore le front de son fils. « Ça a fait de toi l'homme que tu es, ça t'a appris la compassion, la douceur, la tolérance... le sort de Castiel a fait disparaître tout ça... mais il ne le voulait pas... Il ne s'est juste pas rendu compte... Il voulait juste ton bien. »
-C'est pour ça... que j'ai pu... Charlie elle va me détester.
-Elle est terrifiée. Mais pour l'instant c'est Castiel qui importe.
-Où est il ?
-Tu le sais... ton cœur le sait.
Oui, son cœur le savait. « Tu ne m'as pas invoquée pour savoir où il est. Dis le moi Dean, que veux tu ? »
Dean prit une grande inspiration. Il ignorait d'où cela venait, sans doute une idée ruminée du fond de son cerveau depuis tellement longtemps qu'elle en devenait évidente maintenant.
« Sa grâce. Je veux la grâce de Castiel, qu'il redevienne un ange. »
« Pourquoi ? »
Parce qu'il souffre. C'est la chose la plus triste du monde, tu sais... voir un ange pleurer.
Mary sourit. « Il dit la même chose a ton sujet. »
Dean pencha la tête sur le coté en signe d'assentiment. « Je l'aime maman. »
« Je sais mon tout petit, je sais. Mais... La grâce de Castiel a été détruite quand il a été déchu, personne ne peut la lui rendre. »
La déception qui se peignit sur le visage de Dean faisait mal à voir. Mary posa sa main sur la sienne, doucement.
«Mais il y a un autre moyen. Je t'ai dit que quand une bonne âme reste assez longtemps au paradis, elle devient un ange. Si ton âme est assez bonne, je pourrais la transformer en grâce, une grâce que tu pourras donner à Castiel. »
-Et après quoi ? J'erre sans âme comme Sam à l'époque ? Et je deviens encore pire ? Et ensuite un aller simple pour le Purgatoire ?
-Cela dépend de la qualité de ton âme. Si elle est assez bonne, une seule partie suffira à former une grâce pour Castiel, tu conserverais le reste de ton âme et si tu meurs avec les deux moitiés, tu ne passeras pas par le Purgatoire.
-Et si elle n'est pas assez bonne ?
-Je peux te donner la Grâce quand même mais...
-Mais je devrai faire mon temps au Purgatoire pour payer ma dette...
-Oui.
Dean considéra la proposition une demi seconde. « Tu lui expliqueras ? Quand tu lui donneras sa grâce , tu lui expliqueras pourquoi je ne viens pas moi même ? »
« Tu es donc si sur d'aller au Purgatoire ? »
« Mon âme n'est pas si bonne maman. »
Ils se turent un instant. « Je lui expliquerai. » promis Mary.
« Alors faisons le. »
D'un geste de Mary, ils se retrouvèrent dans une pièce sombre meublée uniquement d'un bureau sur lequel était posé une balance d'or à deux plateaux. Mary avait la main posée sur la poitrine de son fils. « Ça va faire mal. » prévint elle.
La douleur fut abominable, si intense que Dean ne cria même pas. Quand elle disparut et qu'il put reprendre son souffle, Mary tenait dans sa main une forme bleue brillante et mouvante qu'elle posa délicatement sur la balance. Sur l'autre plateau elle déposa une plume blanche, grande comme la main de Dean et qui luisait doucement. «Une plume du tout premier ange. » expliqua-t-elle « On s'en sert pour juger le poids des âmes ».
Pendant un instant, les deux plateaux restèrent équilibrés, puis, doucement, la forme bleue mouvant qui était l'âme de Dean sembla s'alourdir, jusqu'à ce que le plateau où elle reposait cogne le bureau avec un bruit métallique.
Dean s'y attendait. Il prit une profonde inspiration, déterminé à subir son destin. Pourtant pendant un très bre instant il avait espéré, espéré que ce soit suffisant, que les gens qu'il avait sauvés, qu'arrêter l'Apocalypse serait suffisant pour racheter ses péchés. Mais l'espoir n'était pas grand chose d'autre qu'un instrument de torture pour Dean Winchester. Mary contempla l'âme de son fils et passa la main tout autour comme pour la réconforter.
« Tu es venu ici persuadé que tu irais au Purgatoire. Que toutes tes bonnes actions ne rattraperaient pas les mauvaises. » l'âme brillait un peu plus blanc. « Tu es venu te sacrifier pour sauver quelqu'un que tu aimes. C'est ce que tu as toujours fait. Tu as prit soin de Sam alors que tu étais toi même si petit... Tout ce que tu as fait, tes mauvais choix et tes erreurs, c'était toujours pour sauver quelqu'un. »
Dean avait la gorge nouée, il aurait voulut protester que c'était faux, que c'était son devoir, qu'il n'avait rien fait de spécial, n'avait jamais pensé à tout ça en terme de sacrifice. Mais ça aurait été un mensonge. Tout ces sacrifices il avait été heureux de les faire car … à quoi aurait servi sa vie sans ceux qu'il aimait pour la partager ? Plutôt mourir en faisant tout pour les sauver que de vivre en les ayant laissé tomber.
« Tu n'as jamais rien réclamé pour toi Dean... toujours fait ce qu'il fallait sans te plaindre et sans rien demander. Tu ne pries même pas. Tout le monde prie, tout le monde réclame et demande quelque chose... et toi qui as sauvé le monde, et l'humanité plus d'une fois, tu ne te crois pas digne de demander quoi que ce soit. »
Mary posa son autre main sur la plume et appuya doucement dessus. « Quels qu'aient été tes péchés, tu les as largement expiés. »
Cette phrase réveilla un écho chez Dean, le vague souvenir d'un baiser protecteur sur son front, la caresse invisible de quelqu'un sur sa joue. Il respirait à peine, incapable de réaliser ce qu'il se passait devant lui. Mary appuya un peu plus fort sur la plume jusqu'à ce que ce soit elle qui s'écrase sur le bureau, son âme, blanche et libre flottant à quelques centimètres en l'air.
« Tu es un héros, et tu n'en tires aucune gloire,ni aucun mérite. Et tu es un homme bon. Tu mérites une vie longue et calme, heureuse. Une vie avec ceux que tu aimes. »
Mary froissa la plume entre ses doigts et, sous les yeux ébahis de Dean, saisit son âme à deux mains et la déchira. Chaque moitié produisit une musique douce en se séparant de l'autre, une musique un peu triste que Dean entendait sans qu'elle passe par ses oreilles. Autour d'une moitié se matérialisa un tout petit flacon zébré de fils argentés, Dean vit la forme mouvant s'apaiser, devenir bleue et se poser doucement en scintillant dans le flacon pas plus grand que son pouce. Doucement, Mary appuya l'autre moitié de son âme sur la poitrine de son fils et ce fut comme si d'un coup, Dean pouvait respirer à nouveau, comme de prendre une douche chaude le jour le plus froid du monde.
Elle lui tendit le flacon. « Confie le à Castiel, il saura quoi en faire. Assure toi qu'il te la rende au jour de ta mort, si tu te présentais au Paradis avec juste une moitié d'âme... »
« Retour direct au Purgatoire. » complété Dean.
-C'est cela.
-Tu as triché... La plume a dit... elle a dit que mon âme n'était pas assez bonne.
-Et moi j'ai dit qu'elle l'était. Qu'elle était plus que suffisante pour racheter la Grâce de Castiel. Mary sourit. «Tout les marchés ne sont pas toujours en ta défaveur mon chéri.»
Dean pleurait, serrant dans une main la Grâce qui lui avait été accordé, dans l'autre, la main tendue de sa mère.
« Tu me manques tellement. » sanglota-t-il en enfouissant sa tête contre l'épaule de Mary, inspirant son parfum une dernière fois.
« Je suis là... je ne suis jamais loin... je veille sur toi. »
La pièce avait disparu, remplacée par la prairie où Dean avait garé l'Impala, la brise d'Octobre, fraîche et humide lui fit relever les yeux.
« Dis à Sam que je l'aime. » murmura Mary à son oreille.
Un battement de cœur plus tard elle avait disparu. Au creux de la main de Dean , le flacon chauffait doucement.
Il resta assis sur le capot de sa voiture, incapable de bouger, pleurant, pleurant , pleurant.
Chaque larme semblait exhumer des souvenirs enfouis du fond de son cœur, des souffrances arrachées qui revenaient plus vives encore qu'avant. La douleur aiguë, pointue, infinie de chaque deuil, chaque perte, tout avait commencé par Mary...
Et tout devait finir avec Castiel.
Du fond de son cœur, quelque chose le poussait, l'enjoignait de reprendre la route vers l'ouest. Vers la cité où tombent les anges.
Là ou était Cas. Là où était celui qu'il aimait.
