Chapitre 11 – La dernière fois

Le dr. Heightmayer nota quelque chose dans son carnet, un air appliqué peint sur son visage. Jude commençait vraiment à être exaspérée. Elle avait terriblement envie de savoir ce que la psy inscrivait à son propos, et être à deux pas d'elle sans bouger n'arrangeait pas les choses.

« Et depuis quand avez-vous du mal à dormir ?

- Depuis… toujours, je suppose ?

- Et avant la guerre, est-ce que vous dormiez mieux ?

- Je ne… Je ne sais plus. Peut-être. »

Le crayon gratta à nouveau la surface de la feuille, et un étrange silence s'installa entre les deux jeunes femmes.

« Apparemment vous avez eu plus de mal, récemment, à vous endormir ?

- Je rêve sans cesse du vaisseau wraith dans lequel j'étais.

- La dernière fois que vous avez bien dormi… Vous vous en rappelez ? »

Jude ne répondit pas tout de suite. Allons, la dernière fois… Ce n'était pas très compliqué… La dernière fois qu'elle avait bien dormi…

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« Dans la caverne, sur la Planète Verte.

- Vous pouvez me décrire les conditions exactes ? »

Ronon ne put s'empêcher de sourire. La dernière fois qu'il avait dormi comme jamais, c'était cette fameuse nuit d'orage.

« Eh bien, le sol était dur, la position peu confortable, je n'avais pas de drap ni de lit, et dehors l'orage battait son plein. »

Le dr. Heightmayer souleva un sourcil, intriguée.

« Et Jude dormait à mes côtés. »

La psychiatre sourit discrètement. Quelques heures plus tôt, on lui avait fait la même description d'une nuit parfaite. Et elle commençait tout doucement à comprendre d'où venait le problème.

« Vous voulez aussi savoir comment j'étais habillé et ce que j'avais mangé juste avant ? »

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« Et ça, là, c'est quoi ? »

Rodney soupira bruyamment, de manière à exprimer tout le mécontentement qu'il éprouvait à l'égard des questions de Jude. Voilà deux heures déjà qu'ils étaient entrés dans le laboratoire de McKay, dans l'espoir de découvrir quelque chose de plus sur les dons de Jude et de son peuple. Cependant McKay avait du mal à supporter le naturel curieux de son nouveau cobaye, qui n'était pas assez docile et silencieux à son goût. Il préférait nettement les souris.

« Cet objet permet de détecter les signaux de vie dans un bâtiment. Je l'emporte toujours lorsque je pars en mission. »

Il avait dis « je » et pas « nous », et ce simple mot lui envoya une bouffée de confiance en soi en plein dans l'ego, comme si soudain il était devenu un personnage important, courageux et héroïque comme John, Ford, ou même Ronon.

« C'est grâce à ce dispositif que nous avons pu te trouver immédiatement sur le vaisseau wraith. Bien sûr, c'était à moi qu'il en incombait la charge. »

Il lui sourit victorieusement, mais son sourire s'effaça devant le regard moqueur qu'elle lui porta.

« Bien sûr. Et les autres tuaient les méchants avec leurs joujoux. Tss, rustres de militaires. Ils n'ont certainement aucune idée de comment faire fonctionner l'une de ces merveilles de technologie. »

Rodney lui jeta un regard confus face à son cynisme, puis replongea dans les résultats des tests.

« Et le point qui clignote, là, c'est quoi ? »

Jude n'entendit pas Rodney soupirer d'exaspération pour la énième fois. Elle était soudain très fatiguée, et sa concentration avait beaucoup baissée. Elle comprit que deux heures passées à faire des expériences sur elle-même ne pouvaient pas l'aider à se remettre en forme après toutes ses nuits d'insomnie. Elle cligna des yeux, comme pour chasser une poussière, cacha un bâillement derrière sa main, et braqua son attention sur Rodney.

« … Et donc s'il clignote, c'est parce que… »

Mais tout ce qu'elle voyait, c'était McKay et son énorme égo qui parlait, parlait, sans s'arrêter. Et des tâches blanches… Elle avait terriblement sommeil. Elle n'avait pas mangé grand-chose depuis le matin, et elle commençait à le sentir.

« … C'est de cette manière que j'ai permis la destruction d'un vaisseau wraith lorsque… »

Le flot de paroles qui sortaient de la bouche de Rodney sonnait comme une berceuse aux oreilles de Jude, qui pencha la tête sur le côté, histoire d'être plus confortable. Elle fronça les sourcils, incapable de comprendre un mot de ce que le scientifique lui disait. A chaque battement de paupières, elle avait de plus en plus de mal à les rouvrir.

« … Et bien sûr si je n'avais pas été présent, jamais l'équipe n'aurait pu… »

Elle vit avec étonnement la tête de McKay se déformer, et compris, un peu tard, que Rodney ne mutait pas en un monstre hideux, mais que sa vision se transformait tandis que ses paupières étaient de plus en plus lourdes et son esprit de plus en plus embrumé.

« … Mais sans mon génie habituel la mission ne… Jude ? Jude ? »

Rodney toucha son épaule du bout du doigt, et un léger ronflement s'échappa des lèvres de la jeune femme. Sa respiration était devenue régulière.

« Jude ! … Non mais je rêve. Elle s'est endormie ! »

Je suis nue. C'est la seule information qui parvient à mon cerveau. Je suis nue. Et cette information me glace le sang. J'ouvre les yeux, et je tombe nez à nez avec mon reflet. Moi, nue, étendue sur une plaque de métal. Je prends soudain conscience du froid : le frisson glacial qui me parcoure le dos, autant parce que je suis dévêtue que parce que j'ignore où je me trouve. Au-dessus de moi, une autre plaque de métal reflète ma pâle silhouette.

Je tremble. De froid ? De peur ? Sans doute un peu des deux. Bordel, je ne peux pas m'empêcher de trembler. Me lever. Il faut que je me lève. Il faut que je trouve mes habits. Je ne veux pas rester nue, étendue sur cette plaque de métal. Je bouge doucement mes membres, je vérifie que tout fonctionne. Tout fonctionne. Je crois. Je me lève doucement, je pose mes pieds à terre, tremblante… Et je m'étale lamentablement. Une douleur lancinante, dans ma jambe droite.

Je pleure. Pourquoi ? Pourquoi ces larmes ? Elles coulent toutes seules, je ne peux pas les retenir. Qu'est-ce qui se passe ? Où suis-je ? Mon visage est trempé, j'étale mes larmes du plat de la main, apeurée. Je me relève, j'espère ne plus retomber. Mais la douleur est trop forte. Je regarde enfin ma jambe. Mauvaise idée.

« AAAAAAAAAAH ! Du sang ! Du sang, partout ! »

John la regarda, bouche-bée. Son sandwich tomba mollement de sa main.

« … Ah… John ? »

Une lumière sembla s'allumer dans son cerveau, et il se leva précipitamment.

« Docteur, elle s'est réveillée ! »