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Chapitre 10: 'Parle-moi'
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Il n'avait aucune envie de partir, le regard céruléen devant lui brillait avec une telle intensité que c'en était douloureux. La seule chose dont il avait envie c'était de le reprendre immédiatement dans ses bras et de ne plus jamais le lâcher il en avait le droit, non ?
Mais il fit un pas en arrière, le cœur serré, il se détourna de la personne qu'il aimait et commença à sortir de la pièce. La porte lui paraissait être à une centaine de kilomètre, et en même temps il eut l'impression de franchir la distance trop vite. Dans trop peu de pas le poids du regard céruléen derrière lui s'envolerait. Même s'il se concentrait avec toute la volonté dont il était capable, il ne serait bientôt plus capable d'entendre une autre respiration que la sienne, lorsqu'il prendrait une grande inspiration l'odeur de son ange ne l'envahirait pas, dans seulement quelques pas –
- Reste.
Il s'immobilisa, la main posée sur la poignée. Son esprit sembla arrêter de fonctionner. Il connaissait cette voix, il ne la connaissait que trop bien, il la chérissait comme la plus précieuse des choses, elle avait été sa berceuse pendant si longtemps, une lumière, un rappel constant d'une présence infaillible. Son cœur manqua un battement, avant de tambouriner à une vitesse affolante.
Il se retourna, les yeux écarquillés, fixant son ange, l'observant, cherchant à savoir s'il avait rêvé ou non.
- Cas ? fut le seul son capable de traverser ses lèvres.
- Reste.
Dean les vit, ses lèvres, lorsqu'elles bougèrent, s'entrouvrant pour laisser échapper un son mélodieux. Rien ne semblait avoir changé chez Castiel, il était toujours debout, assez droit mais les épaules détendues, vêtus d'un de ses t-shirts noirs et d'un de ses jeans, son regard était toujours le même. Mais sa voix … sa voix grave, presque rauque, dansait dans l'air et flottait jusqu'à ses oreilles. Le plus beau, le plus merveilleux des sons. Quelque chose en lui se mit à virevolter alors que le mot se répétait à l'infinie dans son esprit. Elle était claire, elle était réelle, pas celle d'un souvenir brumeux auquel il devait se raccrocher et qu'il avait répété un millier de fois. Ce mot était unique. Il était présent. Il était là, Dean pouvait presque le toucher du bout de ses doigts.
- Tu … tu peux me répéter ça ?
Son ange fronça légèrement les sourcils, comme s'il ne comprenait pas quelque chose. Et en lui, une voix hurla, Castiel !, parce que c'était comme s'il venait de le retrouver, comme s'il se précipitait vers lui les bras tendus pour l'accueillir. Ces yeux plissés d'incompréhension était tellement son ange.
- Reste, dit à nouveau Castiel, sa voix paressant soudainement plus hésitante.
Dean s'écarta de la porte, s'avançant en de grandes enjambés vers l'homme qui avait cessé d'être muet. Il posa ses mains sur les épaules de Castiel et l'attira vers lui, peut-être un peu trop brusquement, mais son corps tremblait trop pour qu'il soit capable de contrôler ses mouvements avec précision. Il expira fortement, dans un frémissement alors qu'il sentait le torse de l'homme qu'il aimait contre le sien. Il posa une main sur sa nuque, et plaça sa bouche à quelque centimètre de son oreille.
- Encore … ?
- Reste, murmura Castiel.
Dean entendit le mot trembler dans la gorge de son ange, résonner à l'intérieur de lui avant de s'échapper dans l'air pour le ravir. Il sourit, largement, puis un rire nerveux de pur bonheur se faufila hors de ses lèvres au moment où des larmes menaçaient de déborder de ses yeux. Il se fichait de pleurer, parce que son ange avait enroulé ses bras autour de lui et le serrait fort.
- Je ne vais nulle part, chuchota-t-il contre son oreille, récitant les paroles d'une chanson qu'ils avaient bien trop chanté pour risquer un jour de l'oublier.
Il resta là de longues minutes, et ce fut presque comme si tout était revenus à la normale. Soudainement ils étaient projetés deux années en arrière, lorsque Dean avait prié, et que Castiel était venu le rejoindre, sourire doux sur des lèvres qui seraient bientôt couverte de celles de l'autre. Et il pouvait entendre leurs rires se mêler l'un à l'autre, légèrement nerveux, faisant presque mal lorsqu'ils rappaient hors de leurs gorges. Des rires qui criaient qu'ils savaient, et que tout iraient bien alors qu'ils devenaient doux en quittant leur lèvres, laissant un goût de sucre derrière eux.
Dean pouvait enfin y croire pleinement, s'autorisait finalement à croire qu'ils iraient mieux.
Il aurait à descendre et quitter les bras de l'homme qu'il aimait, il aurait à parler à son frère et son père de substitution, il aurait à leur dire qu'il ne partirait plus, qu'il ne pouvait plus, leur dire pourquoi. Mais il ne le voulait pas. Il voulait garder égoïstement ce mot pour lui. Cette prière était pour lui. Garder le son de cette voix pour lui seul, juste un peu plus longtemps, juste comme avant, comme au début, lorsque c'était juste lui et son ange.
Deux ans plus tôt.
Dean était assis sur une chaise en bois inconfortable face à l'écran de son ordinateur portable. Celui-ci avait été à son frère, mais depuis l'apocalypse c'était lui qui s'en servait. Il feuilletait les articles, même les plus stupides et tirés par les cheveux, cliquant lien après lien en laissant ses yeux filer sur l'écran à la recherche d'une solution à sa chasse. Il avait appelé Bobby pour voir si celui-ci pouvait l'aider, et le vieux chasseur enquêtait de son côté.
Quand son père de substitution lui avait demandé s'il allait bien, il avait presque osé, pendant une parcelle de seconde, lui parler de Castiel. Lui dire que celui-ci était devenu … spécial pour lui. Mais il avait ravalé ses mots avant même de les formuler dans son esprit. Après avoir raccroché, il avait songé à l'appeler, il voulait le voir, il avait sans cesse envie de le voir, mais il ne le fit pas, sachant qu'il ferait mieux de faire des recherches. En soupirant, il s'était placé devant son ordinateur.
Environ une demi-heure plus tard, il entendit le bruit reconnaissable d'un battement d'ailes, et releva les yeux de l'écran pour voir Castiel devant lui. Immédiatement il se leva, inquiet parce que celui-ci n'apparaissait jamais sans qu'il ne l'ait appelé.
- Cas ? Il y a un problème ?
Il le vit plisser les yeux, les sourcils se fronçant alors qu'il l'étudiait. Il secoua lentement la tête de gauche à droite, et Dean remarqua comme il avait l'air tendus, plus raide que d'habitude.
- Qu'est-ce qui t'amène ?
- Je … rien, affirma son ange.
- Est-ce que ça va ?
- Oui.
- Cas, pourquoi tu es là ? demanda-t-il confus.
Castiel détourna le regard, tournant la tête comme pour l'éviter. Dean fit un pas vers lui alors que les yeux céruléens continuaient d'observer les murs couleur jaune pastelle et la moquette grise sale. Il prit sa main dans la sienne, et ce geste sembla réveiller son ange. Celui-ci baissa la tête pour regarder ce point de contact avant de parler.
- Je …, commença-t-il comme si les mots étaient bloqués dans sa gorge. Je voulais juste te voir.
Ces mots lui faire l'effet d'un coup de poing, sans pourtant être désagréable, plutôt comme s'ils allumaient de petites bougies dans son ventre, et il se sentit rougir.
- Je peux … partir, proposa son ange.
Aussitôt, Dean resserra plus fort sa prise sur la main de Castiel, rétorquant rapidement, Non, faisant immédiatement se relever les deux orbes céruléens vers l'émeraude des siens. Il lui sourit timidement, les joue encore rosées.
- Reste.
Castiel lui sourit, comme soulagé. Dean ne pouvait empêcher les stupides papillons qui naissaient dans son ventre en la présence de l'ange de se mettre à danser lorsqu'il réalisa avec délice que celui-ci était venu parce qu'il en avait envie, sans que Dean l'appel, juste parce qu'il le voulait, parce qu'il lui manquait. Un pouce caressa sa main rugueuse, et son ange se pencha en avant pour embrasser de douces lèvres entrouvertes.
Ce fut d'abord juste une pression, à laquelle Dean répondit instantanément, puis Castiel passa le bout de sa langue sur sa lèvre inférieure, et il les sépara plus largement sans même y réfléchir, lui ouvrant le passage et le laissant prendre tout ce qu'il voulait de lui. Leur baiser était lent, empreint de tendresse et d'une affection profonde, chacun prenant le temps de gouter l'autre, de ressentir et de se délecter de sa présence. Rien ne pressait en ces instants où la Terre cessait de tourner, faisant taire les secondes pour qu'ils puissent profiter l'un de l'autre.
Lorsqu'ils rompirent leur baiser, ce fut pour appuyer leurs fronts l'un contre l'autre. Castiel observait l'homme aux yeux émeraude clos, l'admirant autant qu'il le put à cette distance. Dean gardait les siens fermés, incapable de gérer plus que la sensation du corps de son ange si près du sien en cet instant, se demandant comment celui-ci pouvait autant lui manquer alors qu'ils ne s'étaient pas quittés depuis vingt-quatre heures.
- Qu'est-ce que tu veux faire ? demanda Dean.
Il n'avait pas d'arrière-pensée en posant cette question, il n'arrivait juste pas à s'empêcher de savourer l'idée que Castiel décide lui-même, fasse exactement ce que lui voulait, puisque Dean savait être le plus souvent celui qui démarrait tout ce qu'ils faisaient.
- Que faisais-tu avant que j'arrive ?
- Je cherchais ce qui pouvait causer autant de bazar ici, répondit-il évasivement, n'aimant pas vraiment que Castiel se mêle de son travail, bien qu'il serait totalement incapable de le repousser si c'était ce que celui-ci voulait faire.
- Je peux t'aider ? demanda Castiel en posant ses yeux sur l'ordinateur ouvert.
- Ouais, répondit-il avant de retourner s'assoir.
Son ange pris la seconde chaise et l'attira vers la sienne, s'asseyant assez près pour que leurs jambes se touchent alors qu'il tournait la tête vers Dean pour l'écouter raconter quel était le problème. Ce dernier n'arrivait que peu à se concentrer, perdant le fils de sa phrase dès que Castiel bougeait, ses yeux papillonnant à chaque fois qu'il croisait le bleu profond des siens.
Lorsque Bobby l'appela deux heures plus tard, ce fut l'instant où Dean réalisa comme il n'avait pas avancé dans ses recherches. Peu importe combien les deux hommes essayaient de se concentrer, ils finissaient toujours par laisser leurs yeux vagabonder sur le corps de l'autre, ils arrivaient inlassablement au point où leur regards se rencontraient et qui déterminait lequel des deux seraient le plus raisonnable en détournant les siens. Mais aucun ne l'était vraiment.
Aussi lorsqu'une sonnerie stridente interrompit leur échange et que Dean décrocha pour parler à son père de substitution de leur enquête, il essaya de ne pas se sentir trop coupable. Il ne put s'empêcher de sourire lorsque l'ange posa les yeux sur l'écran de l'ordinateur et que ses sourcils se froncèrent alors qu'il commençait à lire, n'en ayant de toute évidence pas pris la peine avant.
Il n'écouta pas vraiment Bobby alors que celui-ci lui demandait plus d'information, et fut seulement perturber lorsque celui-ci lui conseilla d'aller dormir un peu. Il éteint son téléphone, souriant lorsque les yeux de Castiel se posèrent à nouveau sur lui.
- D'après lui, je devrais aller dormir.
- Bien sûr, dit Castiel en se redressant. Il est tard tu as probablement besoin de sommeil.
Un petit sourire naquit sur l'un de coin de la bouche de Dean, avant de lentement s'étirer jusqu'à ce qu'il soit accompagné d'un regard assez subjectif de sa part. Castiel sembla dans un premier temps ne pas comprendre, puis ses paupières clignèrent rapidement à la réalisation. Un sourire sublima aussi ses lèvres, une courbe légèrement embarrassé avant que celui-ci ne soupire un petit rire, rapidement rejoint pas Dean.
- Il n'a pas suggéré ça, sembla se défendre Castiel.
- On est pas non plus obliger de totalement suivre son avis, fit remarquer Dean en se penchant légèrement plus vers Castiel.
Celui-ci sembla sentir sa présence – évidemment qu'il l'avait sentie – et il se redressa à son tour, son visage seulement à une douzaine de centimètre de celui de Dean.
- Non, c'est vrai, accorda-t-il en souriant doucement aux lèvres entre-ouvertes de son amant.
Dean attendit. Castiel se rapprocha après quelques secondes, goûtant la peau de sa joue droite, avant de reconnaitre l'existence de celle de gauche. Il posa sa main sur la nuque de Dean, puis se releva de sa chaise, entrainant l'homme avec lui. Il n'accorda de l'attention à ses lèvres pleines que lorsqu'ils furent tout deux debout, faisant lentement un pas après l'autre en direction du lit. Les mains de l'homme s'agitant autour du nœud de la cravate bleue, celles de Castiel caressant les muscles à vifs de son dos sous son t-shirt.
Castiel le fit s'allonger, recouvrant son cou de baiser alors que son t-shirt venait de lui être retirer, et Dean sentait la soie de la cravate qu'il n'avait pas eu le temps d'enlever glisser contre sa peau.
- Qu'est-ce que tu veux ? demanda-t-il dans un souffle.
- Toi, lui répondit Castiel sans une hésitation.
- Alors prends.
Il se mordit la lèvre inférieure lorsque les mains de Castiel défirent sa ceinture. La chaleur du corps de son amant s'éloigna de lui alors que celui-ci se redressait pour lui enlever le reste de ses vêtements. La respiration de Dean s'alourdissait alors qu'il sentait ses mains glisser le long de ses jambes, les découvrant et laissant la fraicheur de la pièce les mordiller.
Il ouvrit les yeux pour l'admirer et le découvrit en train de faire de même, regardant le corps nu de Dean alors qu'aucun de ses vêtements à lui n'avaient été retiré.
Puis il roula des épaules, et tira en arrière sur l'une des manches du trench-coat beige, celui-ci glissant mollement jusqu'à tomber derrière lui. Il agit de même avec sa veste, et commençait à déboutonner sa chemise alors que Dean se redressa, s'asseyant en posant ses mains sur les hanches de Castiel à genoux au-dessus de lui. Sa bouche arrivait juste sous ses côtes et il commença à embrasser la peau découverte du ventre de son amant alors que celui-ci n'avait pas terminé de retirer les différentes couches de vêtements qu'il portait. La soie bleu frôla son visage lorsqu'il la défit complètement, et un il y un bruissement de tissus tombant sur le sol alors qu'il rejetait tout d'un mouvement vague hors du lit.
Dean lui laissa aussi la tâche de se débarrasser de ce qu'il portait en bas, occuper à inutilement tenter de laisser la trace de ses lèvres sur le torse de son amant. Il avait envie de le prendre dans ses bras et de le faire basculer sous lui, mais il voulait voir ce qu'allait faire Castiel.
Il ne sut pas comment celui-ci fit pour se dévêtir entièrement alors qu'il était à genoux par-dessus les jambes de Dean, mais il s'en fichait éperdument lorsque Castiel le fit se rallonger, s'appuyant sur lui en l'accompagnant.
S'il avait eu froid quelques minutes plus tôt, son sang bouillait maintenant à l'intérieur de ses veines, lui donnant la désagréable impression que son corps tremblait, sa peau semblant pulser sous la surface. Il voulait tout de Castiel et ne voulait rien en même temps, il n'arrivait plus à bouger alors qu'il voulait le prendre entièrement. Les lèvres dans son cou déposaient de tendres baisers qui mordaient savoureusement et délicieusement sa peau, l'empoisonnant au point qu'il supplie pour plus dans un gémissement indécent.
Tu l'aimes, dit simplement une voix dans son esprit.
- Oui, murmura-t-il.
Castiel releva la tête, le regardant dans les yeux comme s'il savait que Dean répondait à une question muette, et qu'il lui était vitale de savoir laquelle. Leurs corps étaient pressés l'un contre l'autre, et leurs hanches bougeaient mollement pour provoquer une légère friction entre eux. Ils en avaient tous deux envie, mais ils semblaient avoir décidé que ce soir serait plus lent que les autres. Seul le sang en ébullition dans le corps de Dean s'opposait à cette idée.
- Est-ce que … tu me laisserais … ? demanda à moitié Castiel.
L'appréhension serra l'estomac de Dean, sans pour autant que l'impression soit assez vivace pour qu'il l'écoute. Il avait l'impression d'être sous adrénaline, la certitude qui lui était apparus pour la seconde fois de sa vie étant bien loin de le tétaniser de peur, mais le remplissait plutôt d'un courage qu'il n'avait jamais eu la certitude d'avoir. Il avait été certain de ce qu'il ressentait pour lui et avait pu tout risquer, leur amitié, sa santé mentale, pour oser goûter les lèvres qui le rassurait. Et en cet instant, il aurait été capable de tout ce que Castiel lui demandait. Il s'autorisait à prendre le risque celui de l'aimer, celui de lui offrir l'opportunité de le briser.
- Tout ce que tu veux, dit-il, faisant naitre un sourire sur le visage nerveux de son amant.
Celui l'embrassa doucement, avec la tendresse d'un premier baiser. Puis il se plaça entre les jambes de Dean. Ce dernier voulu instantanément le sentir en lui, il le voulait ainsi, alors il mordit l'intérieur de sa lèvre lorsqu'il sentit les doigts de Castiel contre sa peau.
Ce n'était pas agréable, il n'aurait pas menti sur ce point, et la façon qu'avait Castiel d'embrasser son cou lui donnait l'impression que celui-ci le savait, qu'il s'excusait de lui faire mal. Dean nota mentalement de prévoir quelques petites choses pour la prochaine fois où ça devrait se reproduire. Au bout de plusieurs minutes, alors que la douleur avait laissé place à une sensation assez agréable pour être savoureuse, il sentit les doigts de Castiel glisser hors de lui. Il passa sa langue sur ses lèvres alors qu'il sentit le sexe de son amant contre lui.
- Dean, regardes-moi, demanda Castiel d'une voix plus rauque que d'habitude, le désir assombrissant ses mots.
Il ouvrit les yeux, se perdant immédiatement dans les océans qui lui faisaient face. Il entre-ouvrit les lèvres pour dire quelque chose, et ce fut l'instant où son amant glissa en lui, lentement, comme s'il était une chose fragile sur le point de se briser. Et il l'était. Mais pas ainsi, pas avec la douceur et la tendresse des gestes de Castiel, pas par les sentiments qu'il ressentait pour lui, pas par l'envie et le désir qui se mêlait en lui.
Un soupir déborda de ses lèvres écartées alors qu'il sentait pour la première fois son ange en lui. Ses jambes qui encadraient les hanches de son amant resserrèrent leur prise. Et le liquide brulant dans ses veines pulsa encore plus fort contre sa peau, le faisant contracter ses muscles au point de trembler. Il n'entendit que vaguement le grognement de Castiel, et ne comprit pas les mots qui franchirent ses lèvres.
- Cas, souffla-t-il, ignorant s'il le priait ou non à voix haute.
- Dean, gémit à son tour Castiel pour toute réponse.
Ils restèrent immobiles un instant, avant que Castiel n'embrasse doucement les lèvres de son amant du bout des siennes afin que celui-ci se détende.
Puis, il bougea en lui, lentement, précautionneusement. Et Dean se demanda s'il sentait bien le corps contre lui trembler, ou si cela ne venait que de lui, mais il resserra néanmoins sa poigne sur son épaule et son dos. Lorsque les mouvements de Castiel devinrent plus rapides, Dean fut incapable de continuer de réfléchir. Il avait l'impression de ressentir trop de chose à la fois, que cela vienne de lui-même ou de son ange. La dernière question qu'il se posa avant de perdre le fils, fut en quoi cette soirée était si différente des autres, parce qu'elle l'était en tout point, mais il ne comprenait pas pourquoi parmi tous les jours qu'ils vivaient ensemble, c'était celui-ci en particulier. Mais ce n'était certainement pas important de savoir pourquoi, la seule chose qui comptait était que ça arrive.
Comme s'il n'était pas assez perdu par le mélange confus d'émotions intenses qui le ravageaient, Castiel changea de position. Il passa un bras sous son dos, se penchant plus en avant, plus profondément en lui, et sa seconde main cessa d'agripper le côté de son corps pour venir épouser la forme du sexe de Dean.
Ce dernier grogna alors que la poigne ferme de Castiel se serrait autour de lui. Il savait que si celui-ci n'était pas doté d'une telle force angélique, ils n'auraient jamais pu maintenir une telle position, et savoir que tant de force était concentré dans le corps qui le prenait avec tant de tendresse le fit à nouveau perdre pied.
Ses ongles s'enfoncèrent dans la peau de son ange, et il eut la certitude qu'il avait presque du crier, alors qu'il venait contre lui. Et il entendit Castiel gémir, et sentit son corps se tendre lorsque ce fut son tour.
Lorsqu'ils reposaient l'un contre l'autre, l'ange la tête poser sur un torse qui n'arrivait pas à reprendre son souffle, lorsque le sang de Dean avait cessé de le torturer et que son corps ne tremblait plus, lorsqu'il sentit le cœur de Castiel battre au même rythme puissant et rapide que le sien, alors, il sentit des larmes se précipiter sous ses paupières closes, accompagnées d'un millier de sensation en lui. Il se mordit la langue pour ne laisser aucune de ces goutes traitresses couler, et demanda comme est-ce qu'on pouvait avoir même le droit d'être aussi heureux que ça.
Maintenant.
Dean avait tenté à plusieurs reprises durant ces derniers jours de faire dire quelque chose d'autre à Castiel, lui parlant comme à un enfant de quelques mois qui aurait prononcé son premier mot. C'était ridicule, et il s'arrêta assez vite d'agir ainsi, se sentant stupide, mais ayant aussi l'impression de traiter l'homme qu'il aimait comme un imbécile. Il était revenu à sa routine de parler et de lui poser des questions auquel l'ancien ange ne répondait pas. Cependant, maintenant, il avait à chaque instant l'espoir que celui-ci lui réponde. Il ne s'attendait pas à grand-chose, et ne s'autorisait pas à être déçus, parce qu'il n'avait même pas l'impression qu'il devrait l'être.
Il avait évidemment parlé à Sam et à Bobby, et refusa, avant même que l'un ou l'autre ne le propose, de retenter l'expérience en faisant semblant de partir. Oui, il voulait entendre la voix de Castiel à nouveau non, il ne lui ferait pas croire qu'il l'abandonnait pour ça.
En fait, il en était presque même revenu au point où il refusait de le quitter tout court, ayant même du mal à le laisser seul dans une pièce, comme lors des premiers jours. Il savait que Castiel comprenait ce qu'il se passait autour de lui, mais il n'était pas certain d'à quel point il comprenait, et il n'avait vraiment pas envie de faire un quelconque test sur le sujet.
Aucun des deux autres chasseurs ne dit quoique ce soit lors des premiers jours, puis Dean fit semblant de ne pas être conscient de leurs regards exaspérés et dépités. Il ne savait pas combien de jour Bobby avait réussi à se retenir avant de lui crier dessus, il pencherait pour légèrement plus d'une semaine. Ce fut Sam qui l'arrêta.
- Bobby, arrête.
- Oh, s'il te plait, tu es du même avis que moi. Castiel est humain, mais il n'est pas en sucre.
- Non, mais même humain je pense qu'il pourrait de te faire du mal.
Bobby et Dean regardèrent tous deux Sam avec incompréhension et celui-ci se contenta de désigner l'ancien ange d'un mouvement de tête.
Celui-ci jetait un regard noir orageux au vieux chasseur, et son corps semblait tendu, comme s'il était un animal sauvage sur le point de bondir sur sa proie.
- J'ai l'impression qu'il n'apprécie pas vraiment que tu t'en prennes à son petit-ami, ajouta Sam avec un sourire narquois.
Leur père de substitution se contenta de poussé un long soupire avant de se frotter le front. Dean, lui, sourit en direction de son ange, appréciant bien plus qu'il ne l'admettrait jamais l'instinct protecteur de celui-ci.
- Essais au moins d'arrêter d'agir comme s'il ne pouvait pas respirer quand tu n'es pas là, dit plus calmement Bobby en se retournant vers la casserole d'eau chaude en train de bouillir.
Et s'il ne pouvait plus respirer quand je ne suis pas là ? Mais Dean se tut, comprenant ce que l'homme voulait dire. Il essayait parfois de se mettre à leur place à lui et à Sam, et il savait qu'il aurait eu bien moins de patience qu'eux avec lui-même. Son petit frère lui lançait un sourire amusé, ses yeux faisant régulièrement la navette entre lui et Castiel. Il haussa brièvement les sourcils se donnant un faux air impressionné devant l'expression de l'ancien ange. Si celui-ci avait dû parier sur un match entre son père de substitution et le petit-ami désormais humain de son frère, il n'aurait pas hésité à voter contre Castiel, mais il était toujours amusant de l'imaginer tenter de défendre son Dean.
Ce dernier aussi ne pouvait s'empêcher de sourire, tendant une main vers Castiel pour que celui-ci vienne se tenir plus près de lui. Pendant une seconde, Sam pensa que son frère allait embrasser son ange, parce que cela lui aurait semblé purement naturel en cet instant, mais celui-ci ne fit pas même un mouvement dans cette direction. L'ancien ange se détendit immédiatement une fois près de lui, maintenant assuré qu'il ne courait aucun danger. Il sourit même en retour à Dean.
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Personne ne s'attendit à entendre ce son lorsqu'il jaillit dans l'air. C'était une tonalité claire, connu, quelque chose qu'ils avaient tous les trois entendus des centaines de fois. Il avait été crié et prononcé avec rage, avec soutient, une touche de désespoir, de doute, de stupeur, d'amusement, d'affection. Et il résonna encore. Une seule syllabe composée de quatre petites lettres, prononcées par une voix grave et rauque.
La première fois que Castiel avait appelé Dean, aucun des trois hommes se trouvant au rez-de-chaussée de l'avait entendu. La seconde fois, il avait été prononcé plus fort, mais l'interpelé avait simplement crut à son imagination. La troisième fois, lorsque le cadet des Winchester tourna la tête vers le haut des escaliers les sourcils froncés, il sut qu'il ne rêvait pas.
- Dean ?!
Les trois hommes regardaient maintenant les escaliers, écoutant les pas se rapprocher et sachant qu'il verrait bientôt Castiel descendre les marches avec un regard légèrement affolé et inquiet, qui serait remplacé aussitôt que Dean apparaitrait dans son champ de vision par du soulagement et de l'affection.
- Dean ?!
Mais l'interpelé avait la gorge nouée, ses lèvres se séparèrent pour l'informer qu'il était là, mais il en fut incapable. Parce qu'alors le son s'arrêterait, que rien n'était plus mélodieux que la voix de son ange et que Dean était faible.
La première des marches craqua, suivit de la deuxième, et de façon assez précipitée, Castiel les descendit toutes avant de venir rejoindre l'homme qu'il appelait au milieu du salon. L'ancien ange venait de se réveiller, les vêtements qu'il portait étaient froissés et ses cheveux étaient un ensemble incohérent de mèches rebelles.
- Dean, dit-il une dernière fois avant qu'un sourire enfantin n'apparaisse sur son visage et qu'il ne s'arrête de marcher à moins d'un mètre de l'autre.
- Hey, Cas, souffla-t-il, à moitié entre un rire et un sanglot dénué de larmes.
Il ferma la distance entre eux et déposa un baiser sur son front, avant de le prendre dans ses bras, enfouissant sa tête dans son épaule jusqu'à ce qu'il soit certain que le bonheur ne lui fasse verser aucune larme. Il entendit son frère souffler un rire, mais il s'en fichait. Il sentait le regard de son père de substitution sur lui, mais il s'en fichait.
Dean aimerait pouvoir dire qu'il n'avait pas tout fait pour réentendre son nom prononcé par la voix de Castiel dans les jours qui suivirent, mais ce serait un mensonge. Il s'était au contraire caché dès qu'il l'avait vu, occupant juste suffisamment longtemps son ange pour se soustraire à sa vue et disparaitre.
- Tu devrais avoir honte, lui lança Sam avec un regard dépité.
Mais l'ainé n'avait fait que hausser les épaules. Tant pis s'il avait l'air ridicule – et c'était le cas – il avait juste besoin d'entendre la voix de son ange. Et le soulagement qu'il percevait dans sa voix lorsqu'il le trouvait enfin, toute l'émotion concentré dans son simple prénom, faisait germer un large sourire sur ses lèvres.
Deux ans plus tôt.
Castiel était lové contre Dean, l'un des bras de ce dernier passé au-dessus des épaules de son ange, alors que l'autre reposait simplement contre son ventre. Les deux hommes assis confortablement dans l'Impala garée du le bord d'une route peu fréquentée quelque part en Louisiane.
La voix grave de Castiel emplissait l'habitacle alors que celui-ci décrivait à Dean le jardin fleuri, divinement calme hormis pour le claquement de la toile d'un cerf-volant rouge dans un ciel trop bleu. Il lui parlait de l'herbe verte et douce sous ses pieds et de la concentration de l'homme se tenant à l'autre bout de la corde, les pieds encrés sur le sol alors que l'objet de son attention volait dans les airs. Il lui dit comme il était âgé, combien il était paisible. Combien cette humeur était contagieuse pour lui.
- C'est ton endroit préféré ? intervient la voix de Dean lorsqu'il fit une pause.
- Comment ça ?
- L'endroit où tu préfères être, précisa-t-il.
- Je crois que ça devait l'être.
- Devait ? Au passé ? demanda Dean, bougeant légèrement la tête pour plonger son nez dans les cheveux de son ange et l'y réchauffer.
- Je dirais que c'est ici, maintenant, expliqua l'ange.
- Hum … je ne choisirais pas la Louisine comme le meilleur des états de ce pays, dit Dean, réfléchissant à voix haute.
- Dans cette voiture, avec toi, reprit Castiel.
Dean cligna rapidement des yeux, sentant son cœur tenter de perforer d'un seul coup vif sa cage thoracique pour enlacer Castiel de ses bras inexistant. Il ne répondit rien, mais l'attira plus près, embrassant sa tempe de ses lèvres souriantes.
- Et toi, Dean ? Où est ton endroit préféré ?
- Ca a toujours été cette voiture, depuis … longtemps. Mais … ouais … c'est encore mieux depuis que tu y es.
Il releva ses yeux sur le pare-brise. La nuit était tombée depuis de longues heures, et le peu de lumière provenait de l'intérieur de l'Impala, reflétant leur image, lui permettant de voir le sourire de Castiel. Celui-ci releva les yeux pour croiser son regard dans la réflexion, et Dean se rendit compte que son ange était certainement la seule personne à ne pas prendre ne serait-ce qu'une seconde pour se regarder lui-même dans la glace. Le regard de Castiel était uniquement diriger sur lui, remplit de l'amour qui pulsait dans son corps, et il n'empêcha pas le sien de briller du même éclat.
- Je t'aime, dit doucement Castiel sans défaire son regard du miroir improvisé.
Dean s'obligea à ne pas détourner le sien, malgré la peur qui l'envahissait. Puis il tourna la tête pour embrasser le côté du visage de son ange. Il remplit ses poumons de l'odeur de son ange, avant d'utiliser un peu du courage qu'elle lui apportait pour murmurer à son oreille.
- Un jour, promis, je te le dirai.
- Je sais, lui répondit simplement son ange en souriant, tournant la tête pour toucher ses lèvres des siennes, un baiser rapide avant qu'il ne se blottisse à nouveau confortablement dans ses bras.
Dean savait que rien ne l'empêchait de le dire rien à par lui-même. La dernière barrière qu'il s'était fixé et dont il n'arrivait pas à se débarrasser. Il aimait Castiel. Et ses "je te le dirai" n'était qu'une façon détourner de le dire, sa façon à lui de dire ces trois mots tout en les évitant. Son ange les prenait comme tels, car il ne doutait pas qu'un jour les mots qu'il prononcerait serait les bons. Ces quatre mots étaient une promesse, et Dean comptait bien la tenir. Il avait juste besoin de temps.
Il arrivait même à se persuader qu'il ne faisait pas uniquement ça pour lui. Ce serait certes la première fois qu'il les dirait en les pensant réellement, mais ce serait la première fois que Castiel les recevrait. Et il serait le seul à le lui dire. Il voulait être son unique "je t'aime", être l'unique personne à le lui dire, être le seul à qui son ange le dirait. Quelqu'un quelque part au fin fond de sa conscience le traitait d'égoïste, à vouloir garder une telle lumière pour lui seul. Mais il était prêt à être la créature la plus égoïste de l'univers d'aussi loin que cela concernait Castiel.
Maintenant.
Dean était penché depuis presque une heure au-dessus du capot ouvert de l'Impala, les manches de sa chemise repliées jusqu'au coude alors que ses mains s'agitaient sur le moteur plein de suie, échangeant de temps à autre l'outil dans ses mains avec un autre posé sur le sol. Son ange était appuyé contre une autre voiture, à seulement deux mètres de lui, le regardant s'énerver face à la réparation de son bébé et jurer sans y croire qu'il tuerait son frère pour l'avoir mis dans cet état. Il n'avait pas écouté l'explication de son frère sur le comment le moteur de son petit bijou avait cessé de fonctionner, il avait couru lui porter secours, Castiel l'ayant évidemment suivi.
Ce dernier s'était tenu tranquille tout ce temps, l'observant sans rien dire, et Dean avait presque oublié qu'il était à côté de lui avant qu'il ne s'approche et que son ombre le fasse sursauter. Castiel fit immédiatement un pas en arrière, comme s'il était un animal apeuré.
- Hey, te sauves pas, le rappela Dean.
Deux yeux saphir se plongèrent dans les siens, posant une question muette, vraiment ?, alors il lui tendit la main, et l'autre homme la saisit presque timidement. Il tira sur celle-ci et l'attira jusqu'au capot de la voiture. Il n'essayait plus de comprendre pourquoi il aimait avoir Castiel juste là à côté de lui, c'était juste le cas et ce même s'il restait immobile à le fixer. Il était juste rassuré lorsqu'il pouvait le sentir proche de lui.
Il lui sourit et lâcha sa main se retourner à son travail. Quelques minutes plus tard, une voix grave résonna, faisant s'écouler une décharge électrique brute dans son corps.
- Aide ?
Cela lui prit une seconde de relever les yeux vers son ange, de rencontrer le bleu céruléen hésitant et résigné à la fois, de voir les pépites de différents bleus s'entrechoquer en reflétant la contradiction que cet être encore légèrement brisé ressentait.
- Bien sûr, dit-il sans y réfléchir.
Seulement, il n'avait aucune réelle tâche à lui confier, se contentant de lui demander de lui passer un outil à la place d'un autre, ou d'appuyer à tel endroit même s'il aurait pu le faire seul. Parfois la main de Castiel effleurait la sienne, et il sentait sa peau s'électriser alors qu'il se gardait de relever les yeux vers lui, de même y penser.
Ils tentèrent de réparer le moteur pendant environ une demi-heure avant que Dean déclara qu'il leur fallait une pause. Ses mains étaient pleines de suie et il se retourna pour prendre un chiffon dans la boite à outil, enlevant le plus gros pour le pas en mettre de partout. Lorsqu'il se retourna, il ne put s'empêcher de sourire.
- Cas, t'en as sur le visage, l'informa-t-il.
Celui-ci fronça les sourcils et leva une de ses mains pour essuyer la tâche, ne réussissant qu'à faire une plus grande trace noir sur son visage. Il dut le sentir puisqu'il commença à frotter plus fort, utilisant même son autre main, elle aussi pleine de cambouis. Dean explosa de rire alors qu'il s'approchait de lui avec son torchon.
- Arrête de t'agiter ! dit-il pour que son ange retire ses mains.
Lorsqu'il approcha le chiffon du visage de Castiel, ce dernier ferma fortement ses yeux, plissant entièrement son visage et reculant en arrière comme si Dean allait le nettoyer avec de l'acide. Ce geste était tellement enfantin que Dean n'arriva pas à se retenir de rire de nouveau. Il écarta les mains de Castiel d'une des siennes et frotta doucement son visage avec le tissu, laissant l'homme qu'il aimait se détendre petit à petit et déplier les traits de son visage.
- Voilà, murmura-t-il avec encouragement.
L'autre ouvrit doucement les yeux, les plongeant dans les siens comme s'il voulait se noyer en les admirant. Ils étaient si proche, leur visage à une vingtaine de centimètres, et Dean riait encore légèrement lorsqu'il ferma cette distance et toucha les lèvres encore légèrement sales de son ange.
C'était juste une douce pression d'une paire de lèvres contre leurs jumelles perdues. Simplement une douceur retrouvée, jamais oubliée, mais qui avait tellement manqué. Et Dean s'écarta aussitôt, parce que si ce mouvement lui avait paru bien trop naturel à faire, le goût qu'il avait saisi était un tel soulagement qu'il le ramena immédiatement dans la réalité.
Il fit un pas en arrière, serrant fortement le tissu sale dans sa main pour laisser ressortir ce qu'il ressentait. De la honte ? De la rage ? De la peur ? Un mélange de tout ça à la fois. Plusieurs voix hurlèrent en lui, celles qui le suppliaient de continuer et celles qui lui criaient qu'il n'aurait jamais dû faire ça. Il ferma les yeux en revoyant les yeux vides, morts, de son ange et ses lèvres rougies qui ne bougeaient pas, son corps entier restant muet et immobile contre le sien. Il avait beau savoir que Castiel allait mieux, il n'avait aucune preuve que celui-ci pouvait aller assez bien.
Jusqu'à maintenant.
Jusqu'à ce que le corps de celui-ci se penche en avant alors qu'il s'écartait, ses lèvres légèrement entre-ouvertes cherchant le contact des siennes, ses yeux légèrement écarquillés suppliant pour revivre cet instant et le fixant perdu, posant une nouvelle fois une question muette à laquelle il lui était bien trop simple de répondre en déposant à nouveau deux morceaux de sa chair contre la sienne.
Et il sentit ses lèvres répondre en se pressant contre les siennes, en s'écartant légèrement pour lui laisser place. Dean fit glisser sa langue sur la lèvre inférieure de son ange, puis sur l'intérieur de celle-ci, descendant lentement pour venir gouter la bouche de son amant. Il prenait tout son temps, ne brusquant rien, voulant profiter pleinement de cet instant autant pour lui que pour Castiel, lui laissant toutes les chances de le repousser. Mais il ne le fit pas, levant au contraire ses mains pour les poser sur la nuque de l'autre et le garder proche.
Dean posa une de ses mains sur la poitrine de son ange, ayant besoin de sentir à quel point le cœur de celui-ci battait vite, à la même mesure de le sien. Il avait envie de s'accrocher à lui, de le serrer fort, de laisser ses lèvres dévorer les siennes avant d'explorer à nouveau son cou, mais il resta calme, l'embrassant doucement, lentement, précautionneusement, comme une chose fragile capable de tomber en poussière entre ses mains.
Je t'aime, Cas. Mais non, pas maintenant, pas encore, seulement lorsqu'il serait sûr qu'il comprendrait, qu'il saurait quelle était la valeur de ces mots.
Il s'écarta lentement, lui rendant ses lèvres, et Castiel appuya son front contre le sien, un geste si naturel, tellement à l'image de leur passé que pendant une seconde Dean crut être dans l'un de ses souvenirs. Il sourit largement, réalisant que peut-être un jour le présent serait à l'image du passé, beau, chatoyant, chaud, qu'il sentirait l'odeur de son ange mélanger à sa propre essence, qu'il aurait la couleur bleu-vert qui se promenait parfois lorsque le soleil se couchait, un juste milieu entre les pierres précieuses de leurs yeux. Il se laissa croire qu'ils pourraient être heureux.
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