Mises au point
Mardi 16 Juin 1992 : maison
Je viens d'être prévenue que Mary se trouve à l'infirmerie dans un état assez préoccupant. On ne m'a pas donné d'explications. Je vais aller les chercher moi-même. Je me suis déjà retenue à plusieurs reprises d'aller jusqu'au château, mais c'est la goutte qui fait déborder le chaudron. C'est décidé : je pars pour Poudlard et Dumby a intérêt à avoir de très bons boucliers.
Mercredi 17 Juin 1992 : maison
Mary va bien. Elle s'en sort avec quelques bleus et sans doutes quelques souvenirs extrêmement déplaisants.
Quand je suis arrivée sur le quai de Prés-au-Lard, une calèche m'attendait. Visiblement on savait que je me déplacerais. Je ne me suis pas posée de question avant de grimper dedans.
Quand je suis arrivée dans le hall, il y avait quelques étudiants des années les plus basses. Ils doivent avoir fini leurs examens pour laisser places aux BUSEs et aux ASPICs. Ils m'ont regardée comme si j'étais une créature bizarre, mais je n'en avais rien à faire. J'ai tracé tout droit vers l'infirmerie et tout le monde s'est écarté de mon chemin.
Je suis entrée dans l'infirmerie en refermant la porte derrière moi et je me suis approchée du seul lit occupé qui était entouré d'un rideau blanc. Mary y était endormie. Elle avait quelques bleus, sa pommette notamment était violette, et sa lèvre était fendue. Mais elle respirait et elle n'avait pas l'air d'avoir mal ou quelque chose de plus grave.
- Qui est là !? Les visites… a commencé l'infirmière.
- Je m'en moque, l'ai – je coupé. Est-ce que je peux savoir pourquoi ma fille se retrouve ici ? Personne n'a daigné m'informer de la raison par hibou.
- Mrs Entwhistle…
- Lady Entwhistle, ai – je corrigé. Alors ?
- Alors, c'est moi qui vais répondre à votre question, Crystall.
Je me suis retournée pour faire face à Dumbledore en personne. Il n'a pas changé d'un poil avec sa longue barbe, ses lunettes et ses robes de velours. Il s'est tranquillement approché et il a regardé Mary attentivement avant que je ne laisse retomber le rideau pour la cacher.
- Ça faisait un moment, a t –il dit.
- Je vous rassure : vous ne m'avez pas manquée.
- Votre animosité ne s'est pas apaisée avec les années, semblerait –il.
- Avec raison : voyez ce qu'il se passe dès que je vous confie quelqu'un à qui je tiens ! Ça non plus ça ne change pas avec les années ! Je veux savoir ce qu'il s'est passé et la vérité, ai – je sifflé. Si vous me mentez je le saurais très vite : Mary me le dira.
Et là, il m'a parlé de Nicolas Flamel et de sa pierre Philosophale qui était gardée à Poudlard. Puis du Professeur de Défense Contre les Forces du Mal qui était possédé par Voldemort et a kidnappé Mary avant d'essayer de s'emparer de la fameuse pierre et de la livrer à son Maître. Et Mary a vraisemblablement empêché que ça arrive d'une manière que personne n'arrive à s'expliquer. Le corps du prof possédé était calciné quand on les a tous les deux retrouvés et il n'y avait nulle trace de Voldemort.
- Vous êtes en train de me dire qu'au lieu de laisser la pierre à l'homme qui l'a créée et qui a plus de 600 ans d'expérience pour la cacher vous avez cru bon de la dissimuler à Poudlard et d'embaucher en prime le seul homme sur terre à être possédé par Voldemort ? Bien sûr, le tout arrivant juste l'année ou Mary Potter entre dans votre école ? Et vous essayez de me faire croire que c'est un hasard ?
Par Merlin ! Je suis du genre à m'imaginer des scénarios catastrophes mais un scénario pareil ne m'aurait jamais traversé l'esprit ! Et je vois bien ce qui aurait pu se passer si Voldemort était arrivé à ses fins. Mary serait morte. Je suis quand même contente qu'il ne soit rien arrivé de pire. Le prof possédé aurait pu se servir de son autorité pour faire de la vie de Mary un enfer et aurait sans doute pu la tuer en toute impunité avec l'aide de Voldy. Je suis sûre qu'il est derrière le coup du troll !
- Je ne suis pas voyant, Crystall, contrairement à une de nos amies commune, a t pitoyablement répondu Dumbledore. Je ne pouvais pas prévoir que…
- VOUS VOUS FOUTEZ DE MA GUEULE ?
Mme Pomfresh a poussé un cri indigné devant mon hurlement et Dumbledore en personne a tressailli. A qui croit -il faire avaler son histoire à coucher dehors ? Pourquoi tout arrive précisément cette année alors qu'il n'y a jamais eu d'événements de ce genre durant les dernières décennies ? Ce connard avait tout prémédité d'une manière où d'une autre, c'est certain.
- Nicolas était tout aussi d'accord que moi pour la cacher ici, a dit Dumbledore. Cela faisait déjà plusieurs mois que des incursions étaient faites dans l'espoir de lui dérober la pierre et l'assaillant se faisait de plus en pressant…
- Oh oui, bien entendu. Et vous n'avez rien trouvé de mieux que de cacher la pierre dans une école remplie d'enfant. Et comment avez-vous pu manquer la tête de Voldemort à l'arrière du crâne d'un homme par Merlin ?
- Je ne peux pas demander à mes enseignants de se déshabiller.
- Il aurait pu cacher n'importe quoi dans son turban. Vous contrôlez les élèves quand ils entrent avec leurs valises dans l'école, mais un foutu étranger qui débarque avec la preuve de sa corruption littéralement gravée sur le visage, ça ça passe ! Dois – je vous rappelez que vous êtes légilimen et décidément pas assez mature pour utiliser ce don ? Vous avez bien entendu me faire croire que l'homme était un occlumen confirmé, n'est ce pas ? Vous savez que ce poste est maudit alors au lieu de vous goinfrer de bonbons au citron, vous feriez bien de faire en sorte que cette malédiction soit levée ! Ou faites en sorte d'engager autre chose que des meurtriers et des mages noirs à ce poste !
- Crystall vous…
- J'en ai suffisamment entendu ! Vous êtes la honte des Directeurs de cette école !
- Maman ?
J'ai sursauté en entendant la petite voix de Mary. J'ai pris le temps de fusiller une dernière fois Dumbledore du regard. J'aurais encore eu quelques petits reproches à lui faire, mais ma fille était plus importante.
- Je vous interdit de vous approcher d'elle, lui ai – je néanmoins sifflé.
Je suis ensuite allée m'asseoir près de Mary. J'ai pris sa main dans la mienne. Elle semblait toute faible, même avec les yeux ouverts et son mince sourire. Elle ne m'a pas décrit tout ce qu'il s'était passé là-bas. Par contre elle m'a posé une question qui m'a un moment figée.
Ce connard de Voldemort lui a dit que j'avais autant de sang sur les mains que lui. Je ne pense pas que quiconque puisse l'égaler de ce point de vue là mais il n'a pas tout à fait tord. Je suis une meurtrière. Je suis dans la même catégorie que lui. J'ai un moment hésité avant de tourner la conversation vers un terrain moins glissant. Je ne pouvais décemment pas lui dire que j'ai vraiment assassiné des gens et ce de sang froid. J'ai préféré parler des noms écris dans mon dos pour lui expliquer que j'avais leur sang sur mes mains pour ne pas avoir réussi à les sauver des Mangemorts. Ça a eu l'air de la soulager. Mais je sais que je vais un jour payer ce mensonge par omission. Elle me le reprochera quand elle apprendra la vérité.
Je l'ai laissée avec ses amis que j'avais l'air d'effrayer. J'aurais préférer rester encore un moment où la ramener avec moi dès ce soir. Mais elle devait encore rester à l'infirmerie et je ne voulais pas la priver de ses derniers jours à Poudlard alors que les personnes les plus dangereuses de l'école n'y sont plus... si on omet Dumbledore, mais c'est une autre histoire. Elle n'a jamais été aussi en sécurité là-bas depuis le début de l'année. Mais je ne sais pas si je peux la laisser rester à Poudlard l'an prochain après ce qu'il vient de se passer.
J'ai songé à aller continuer ma petite discussion avec Dumbledore, mais j'ai finalement renoncé. J'ai toutefois croisé Minerva quand je redescendais vers le hall.
- Crystall… Je suis désolée pour ce qui s'est passé avec Miss Potter. Ça n'aurait jamais dû arriver.
- Je ne vous le fait pas dire. Si une certaine personne ne se bornait pas à agir comme un enfant capricieux et à imposer ses choix dangereux à tous les enfants ici, la question ne se serait même jamais posée.
- Le Directeur a fait ce qu'il croyait être le mieux.
- Et il a fait entrer Voldemort dans l'école. Il y a des erreurs qui ne se pardonnent pas.
Sur ce, je me suis détournée pour m'en aller. J'ai fait une nouvelle halte quand j'ai croisé Jonathan. Et était avec Jaymie qui vient de l'orphelinat de Kathie. Ces deux là sont inséparables depuis qu'ils se sont retrouvés ensemble à Poufsouffle. Ils ne s'étaient pourtant jamais rencontrés avant, même si je les connaissais déjà bien tous les deux.
Quand je les regarde, j'ai l'impression de revenir des années en arrière et de me revoir avec Greg. C'est peut –être parce que Jonathan est son frère que la comparaison me vient aussi facilement. Ils ne sont pas les deux seuls garçons et filles à êtres amis. Je prie pour que le Destin ne leur fasse pas vivre la même chose qu'à moi. Surtout que ma santé mentale ne résisterait pas à la mort de Jonathan.
- Comment va Mary ? m'a demandé Jonathan.
- Bien, elle est réveillée.
- Tant mieux. On ne sait pas exactement ce qu'il s'est passé. Dumbledore n'a pas dit grand-chose si ce n'est que le Professeur Quirrell l'avait kidnappée.
- C'est déjà bien suffisant.
- Je suis désolée que nous n'ayons pas empêché ça, est intervenue Jaymie.
- Vous n'y pouvez rien, croyez moi. Tout ce que vous auriez gagné, c'est un séjour à l'infirmerie et d'augmenter encore mon inquiétude. Ne vous torturez surtout pas l'esprit avec ça.
Je les ai tous les deux serrés contre moi. Je ne comprends même pas comment ils peuvent se sentir responsable de ce qui est arrivé. C'est Dumby qui aurait dû venir s'excuser à genoux, pas des élèves de troisième année ! Ils sont bien plus matures que lui en un sens.
Quand je suis arrivée sur Ramsey Island, la première chose que j'ai fait, c'est attraper mes chaussures de courses et aller courir. Je n'ai jamais perdu l'habitude de faire mon footing le matin et quand je suis en fâchée. Ça me vide la tête et ça m'aide à commencer la journée du bon pied. Là, c'était pour brûler mon énergie nerveuse et faire sortir ma colère que je suis partie courir.
Dante est rentré et m'a attendue près du Phare. Il savait que quelque chose n'allait pas : je ne cours jamais durant la journée sinon.
- Mary est à l'infirmerie après avoir été kidnappée par Voldemort.
- Elle va bien ? a t –il immédiatement demandé.
- Oui, je reviens tout juste de Poudlard. Je lui ai parlée. Elle est un peu secouée, mais elle guérira vite.
- Alors, combien de dégâts as – tu provoqué quand tu étais là bas ?
- Aucun.
- Aucun ? a t –il répété. Tu te ramollis. Je suis sûr qu'il y a quelques années tu aurais planté la tête de Dumbledore sur un pic devant l'école pour moins que ça.
- Ce n'est pas l'envie qui me manquait. Mais si Voldemort reprend du service, on va avoir besoin de lui, même si ça ne me plaît pas du tout.
- Du pragmatisme. Moi qui pensait être le seul à en être pourvu sur cette île !
- Haha, très drôle, ai –je grogné. Dante, je ne veux pas que Mary retourne à Poudlard l'an prochain.
- Et qu'en est – il des raisons qui t'ont poussées à la laisser y aller cette année ? Je sais que tu ne le voulais pas.
- Lily et James voulaient qu'elle y aille. Mais ils auraient fait la même chose que moi au vu des circonstances.
- Je ne suis pas sûre que Mary apprécie cette décision…
- Je m'en moque ! me suis – je exclamée avant d'aller prendre une douche.
Mary fera ce que je lui dirais. Je ne vais pas risquer sa vie pour la seule raison qu'elle ne veut pas laisser ses amis derrière elle. Elle s'en fera d'autres. Changer Aileen d'école a été la meilleure décision que j'ai prise pour elle. Je ne vois pas pourquoi ce serait différent cette fois – ci !
*Maison*
Je n'arrive pas à trouver le sommeil. Maintenant que ma colère a un peu régressé, elle a laissé la place à des réflexions qui m'alarment. Voldemort reprend de l'activité. Il pourrait venir ici au Phare et la kidnapper à nouveau. Je ne peux pas la surveiller tout le temps. Et mes Elfes non plus : ils doivent bien dormir aussi. Et ils ont déjà montré qu'ils ne sont pas infaillibles.
Il est temps que je recommence à étudier les barrières magiques et les sceaux. J'aimerais installer une barrière englobant toute l'île. Quelque chose de complexe qui ressemblerait à ce qui protège la Citadelle des Gryphem. Ce n'est pas la première fois que l'idée me traverse l'esprit, mais maintenant ça devient nécessaire. Il faut que je commence à faire des recherches dans ce sens là. Et il va falloir que j'aille voir Zilphya. Mais pas tout de suite.
Jeudi 18 Juin 1992 : maison
Dante m'a retrouvée endormie dans la bibliothèque ce matin. Comme je n'arrivais pas dormir, j'ai préféré monter pour voir s'il y avait quelque chose d'intéressant. La plupart des livres de la bibliothèque du Phare viennent du Manoir des Roses. Comme je n'aime pas aller là bas, je les ais fait rapatrier ici. Sauf les livres de magie noire. Ceux là sont enfermés dans un coffre à Gringotts.
- Qu'est ce que tu fais là ? m'a t –il demandé. Tu as passé la nuit ici?
- Je ne devais pas m'endormir initialement, ai – je répliqué en m'étirant.
J'avais oublié combien il était désagréable de se réveiller après une nuit à dormir assise.
- Tu cherches quoi exactement ?
- De quoi installer une barrière sur l'île afin que Voldemort ne puisse pas entrer. Je ne pourrais pas le faire avant que Mary revienne, mais j'ai l'intention de m'en occuper le plus rapidement possible.
- Tu en fais un peu trop, tu ne crois pas ?
- Quand il s'agit de Voldemort, on en fait jamais assez pour se protéger de lui.
Samedi 20 Juin 1992 : maison
Dante et moi avons eu une discussion sérieuse tout à l'heure. Il a quand même tenu deux jours avant de venir me voir pour une de ces discussions de mise au point dont il a le secret.
- Je ne crois pas que ce soit une bonne idée de changer Mary d'école, a t –il attaqué en s'asseyant en face de moi au salon.
- Tu es fou ? Bien sûr que c'est une bonne idée !
- Qu'elle soit en Angleterre ou à Salem, le problème demeurera. Tu penses que Tu-Sais-Qui ne va pas la poursuivre ?
- Ça sera plus compliqué pour lui de l'atteindre là-bas.
- Vraiment ? D'après ce qu'Aileen a pu nous raconter, on ne se soucie pas des masses de Tu-Sais-Qui en Amérique. Ils ne prendront pas au sérieux la menace contrairement à Poudlard. En plus il y a Dumbledore là-bas et tu admets toi-même qu'il est la seule personne à faire peur à Tu-Sais-Qui.
- Oui, mais ça n'a pas servi à grand chose cette année.
- Mary a l'air de savoir se débrouiller. Tu ne crois pas que l'éloigner et continuer à la surprotéger peut lui être plus nocif que d'être au contact directe du danger ? S'il est vraiment en train de retrouver ses forces, il vaut mieux qu'elle acquiert vite une certaine autonomie de ce côté-là.
- Ce n'est qu'une enfant ! Tu en peux pas lui demander ça à 11 ans !
- Ose me dire qu'elle n'a rien appris avec ce qui lui est arrivé.
- Tu vas me dire que c'est bien qu'elle ait affronté Voldemort ? me suis – je hérissée.
- Non, je condamne tout ce qui s'est passé à Poudlard. Mais tout n'est pas noir ou blanc : ce qui s'est passé va lui être utile dans la lutte qui a l'air de recommencer.
- Cette lutte ne recommencera jamais : je vais empêcher Voldy de revenir.
Il m'a lancé un regard qui en disait long : il ne croit pas que je puisse empêcher quoi que ce soit. C'est ce qu'on va voir !
- Mary doit rester à Poudlard, a insisté Dante. Salem va juste l'éloigner de la réalité des choses et si elle croise à nouveau ce magenoir, elle risque de ne pas s'en sortir cette fois. Regarde ta sœur : elle ne s'est jamais sentie concernée par l'après-guerre. C'est vraiment ce que tu veux ? Que le jour où Mary se retrouvera face à Tu-Sais-Qui elle ne prenne pas la menace au sérieux ?
- Non, ai – je grogné.
- Alors tu sais ce qu'il faut faire.
J'ai fusillé Dante du regard. Il a raison au fond. Même si mon instinct me crie que je ne dois plus jamais laisser Mary remettre les pieds à Poudlard, Voldemort la retrouvera, où qu'elle aille. Elle ne sera jamais mieux préparée à cette éventualité qu'ici. Et ça me rend malade !
A suivre...
