Disclamer : Les personnages appartiennent à Masami Kurumada.
Béta-lecture de Camhyoga. Un grand merci à elle !
Merci à tous de votre fidélité et de vos encouragements ! Bonne lecture !
Chapitre 11
Sanctuaire, palais
Shaka attrapa sa béquille posée contre le lit pour se lever. Voilà maintenant une bonne semaine qu'il s'acharnait quotidiennement à devenir totalement indépendant afin de pouvoir regagner la maison du Cancer, comme le lui avait promis Shura et il y était presque. Enfin ! Seuls quelques gestes quotidiens lui posaient encore des soucis mais dans l'ensemble, il pouvait maintenant se déplacer quasiment sans l'aide de personne. La veille, il avait même réussi à se rendre tout seul dans la chambre d'Angelo pour le saluer. Il y avait bien sûr retrouvé Shiryu qui ne quittait guère l'italien, malgré la mauvaise humeur de ce dernier d'être cloué au lit.
Prenant garde à ne pas poser son pied blessé sur le sol, il se saisit de l'autre béquille et les calant toutes deux contre ses bras, alla jusqu'au fauteuil roulant rangé le long du mur. Il se glissa dedans, satisfait, puis glissa les deux béquilles sous lui, sur le socle du fauteuil. Un instant il resta assis là sans bouger, pensant aux difficultés qu'il avait rencontrées pour effectuer ces gestes qu'il trouvait si simples maintenant. Mais il haussa les épaules avec un sourire et fit rouler le fauteuil vers la salle de bain pour sa toilette matinale.
Shura, très fier de son patient, l'observait en catimini depuis le couloir. Shaka avait respecté sa part du marché à lui maintenant de respecter la sienne, se dit-il. Il le laisserait retourner avec ses amis dès la fin de la semaine si Aïoros n'y voyait pas d'inconvénient. Il souriait toujours en quittant son poste d'observation. Ses relations avec le directeur du centre évoluaient doucement. Ils avaient, pour la première fois, dîner ensemble la veille. Pas du fait du hasard de se retrouver ensemble à la même heure au restaurant du palais qui assurait les repas de tout le Sanctuaire. Grand Dieu non ! Plutôt du fait que l'espagnol ait attendu patiemment que son illustre collègue et directeur veuille bien se donner la peine de venir enfin manger un morceau… Car le grec semblait tout faire pour éviter de se retrouver seul en sa présence, surtout depuis qu'il l'avait fait rougir dans son bureau en signant enfin son contrat :
Flash Back :
C'était trois jours après cette fusillade. Le croisant dans un couloir, le directeur lui avait demandé de passer dès qu'il aurait un instant pour signer le contrat qu'il avait enfin retrouvé. Shura y était allé après le déjeuner en début d'après-midi. Il avait frappé à la grande porte en bois sans obtenir la moindre réponse et s'apprêtait à repartir quand il avait entendu une sorte de gémissement étouffé. Sans plus se poser de questions, il avait ouvert et était entré dans la pièce. Le grand bureau de chêne était bel et bien désert de tout occupant et il avait fait rapidement le tour de la pièce des yeux pour découvrir son directeur faisant une sieste sur un canapé disposé dans un coin. Repos on ne peut plus mérité sans doute vu le nombre d'heures qu'il passait ici d'après ce qu'il avait pu en juger jusqu'à maintenant. Il gémit, son qu'il avait perçu avant d'entrer, et s'agita dans son sommeil sous les yeux intrigués et inquiets du chirurgien qui s'était rapproché. Shura l'observa un instant en silence, ne sachant pas s'il devait le réveiller ou non vu qu'il avait l'air de faire un rêve particulièrement agité. Il n'avait pas encore tranché sur la question quand Aïoros s'éveilla en sursaut. Ses yeux verts étaient si tristes qu'il en ressentit un violent coup de poignard en plein cœur. Puis, ils s'affolèrent un instant alors qu'il se mettait à trembler violement. Il se redressa brusquement et demanda :
- Shura ? Qu'est-ce que tu fais là ?
- Je venais pour mon contrat…
- Et on ne t'a jamais appris à frapper aux portes ? demanda le directeur froidement qui lui avait rapidement tourné le dos.
- Tout va bien ? fit Shura en ignorant le ton et en faisant le tour du canapé pour s'accroupir à sa hauteur et capturer à nouveau son regard. Tu semblais faire un cauchemar…
- Ça va passer… merci, répondit le grec d'un ton moins froid en détournant néanmoins une nouvelle fois son regard sous celui, inquisiteur de son subordonné. C'est juste un peu de fatigue…
Shura secoua la tête attristé, pas du tout dupe de cette fuite :
- Tu parles à un autre médecin, dit-il en se relevant, et je ne suis pas ton ennemi tu sais…
Aïoros se retourna vers lui et leurs regards se croisèrent à nouveau et s'accrochèrent un instant. Puis le directeur se détourna à nouveau en rougissant :
- Excuse-moi, dit en se calmant et en se levant. Son tremblement cessait doucement. Il lui avait fait signer son contrat sans ajouter un mot de plus.
Fin du Flash Back
L'espagnol arriva devant la porte close et hésita un court instant avant d'y frapper enfin, se composant d'abord une attitude toute professionnelle :
- Entrez !
Il poussa la grande porte et entra :
- Je peux te déranger un instant ? demanda-t-il en pénétrant dans le bureau.
- Bien sûr ! Entre, je t'en prie, l'invita le directeur sans lever les yeux des dossiers qu'il remplissait. Un souci ?
- Non, je voulais juste te parler de Shaka…
- Quel est le problème ? s'inquiéta aussitôt le directeur en le regardant cette fois.
- Aucun, mais je pense que physiquement il sera apte à regagner la maison du Cancer à la fin de la semaine, le rassura le chirurgien.
- Si vite ? Ça fait tout juste une semaine… fit remarquer le directeur.
- Il se rétablira bien plus vite auprès de ses amis, contra le chirurgien. De plus Mu et Shiryu ne vont pas le laisser seul.
Aïoros réfléchit rapidement, pesant le pour et le contre :
- Je n'y vois pas d'obstacle majeur… Shaka est sans aucun doute celui des trois qui a fait le plus de progrès si l'on considère qu'il n'avait jamais connu une vie normale avant. Et son retour en bas bousculera aussi le jeune Yvan qui m'inquiète beaucoup. Tu l'as examiné au fait ?
- Oui. Physiquement, il n'a aucune blessure qui nécessite une hospitalisation si c'est ce que tu me demandes. Chez lui, cela relève plus de ton domaine que le mien. Mais je peux…
- Non… Mais merci d'y avoir pensé, fit Aïoros en souriant.
- Je t'offre un café ? J'aimerais que tu me parles un peu plus de ces trois-là… proposa alors l'espagnol alors profitant de l'occasion que lui offrait le directeur.
- Maintenant ?
- Pourquoi pas ?
Aïoros le scruta un instant… semblant encore une fois hésité. Pourtant le grec avait bien envie aussi de se laisser aller un peu à discuter avec un collègue. Il y avait si longtemps qu'il œuvrait et travaillait dans ce centre qu'il oubliait parfois qu'il avait lui aussi des besoins… Des envies également… et le chirurgien latin le troublait fortement, bien trop même…
- Tu mérites bien une petite pause non ? Et si tu veux que je soigne efficacement tous leurs bobos, je voudrais connaître un peu mieux leur histoire, insista le chirurgien tout sourire.
Le grec sourit, vaincu par ses derniers arguments et se leva :
- Dans ce cas, installons-nous ici, fit-il en se dirigeant vers un placard qu'il ouvrit et qui contenait une cafetière et des tasses.
Shura sourit et le suivit jusqu'au coin canapé.
Ooo000ooO
Angelo attendait que Kanon arrive, ce dernier lui avait promis de passer avant de partir explorer ou plutôt continuer d'explorer la villa d'Abel avec Camus et Milo. Shion et Dohko y passait également beaucoup de temps, essayant d'en découvrir les secrets cachés. Abel, dans son incroyable orgueil, avait de son vivant, jamais imaginé qu'il puisse un jour perdre la maîtrise de son empire. Sa résidence privée reflétait tout ce qu'il avait été et recelait les différentes parties de sa vie et de son ascension. Mais son extrême prudence et sa perpétuelle soif de puissance lui avait également appris à ne jamais laisser de trace de ses actions, à se dissimuler de ses ennemis potentiels et traquer toutes sortes d'informations sur les grands de ce monde quelle qu'elles soient. Aussi tout y était soigneusement répertorié mais dissimulé aux yeux qui ne connaissaient pas les codes et les secrets de la villa. D'après ce que lui avait laissé entendre Kanon, il leur faudrait des années pour mettre à jour tous les secrets de ce lieu, même si ce qu'ils avaient déjà était amplement suffisant pour anéantir l'image du bienfaiteur qu'il avait toujours défendu en public. Image bien loin de la réalité et du tyran qu'il était.
Angelo soupira longuement et se maudit encore une fois d'être cloué au lit alors qu'il y avait encore tant à faire :
- Eh bien ! Tu ne vas pas me dire que tu déprimes quand même ? se moqua son ami en pénétrant dans sa chambre.
- Comme si t'avais pas déprimé toi dans la même situation ! lui rétorqua l'italien.
Kanon s'approcha du lit :
- Ta mission est finie Angelo…
- Ce genre de mission ne se termine jamais vraiment, ce n'est pas à toi que je vais l'apprendre Kanon.
- Mais tu as largement fait ta part. Shion a plein de jeunes fougueux policiers prêts à reprendre le flambeau, remarqua le grec en tirant le fauteuil roulant d'un coin de la pièce. Toi aussi tu peux souffler et te poser maintenant… Tu n'en as pas envie ?
- Je ne me suis jamais posé ce genre de question.
- Prêt ? lui demanda Kanon en se penchant sur lui.
- Vas-y ! Je veux prendre un peu l'air ! répondit l'italien en passant son bras sur son épaule et en grimaçant de douleur quand son ami l'aida à descendre sur le fauteuil. Laisse-moi sur la terrasse si tu veux bien…
- Pas sans surveillance, faut que je prévienne les infirmières, lui glissa Kanon en le poussant vers le lieu demandé. Dommage que je ne puisse pas t'emmener à notre demeure familiale…
- Tu y es retourné ?
- Avec Saga et Mikael… oui.
- Et ? demanda le seul qui savait ce qu'avait enduré le grec lors de sa séparation volontaire de sa famille et ce qu'il en avait découlé. Celui aussi qui l'avait porté et soigné dans cette même demeure, aidé en cela par le brésilien qui en prenait soin, lors d'une mission qui avait bien failli leur coûté la vie à tous les deux.
- Je ne sais pas… Mikael l'a aimée c'est sûr, mais Saga…
- Laisse-lui le temps Kanon, ton frère n'est pas aussi spontané que toi, mais il comprendra lui aussi.
Ils n'en dirent pas plus. Ils n'en avaient pas besoin, la longue amitié qui les unissait comblait les silences par ce qu'ils avaient vécus ensemble bien des fois, ce qu'ils s'étaient confiés parfois, ce qu'ils n'avaient pas besoin de révéler car ils le devinaient :
- Enfin le soleil ! s'écria Angelo en arrivant sur la grande terrasse qui surmontait le Sanctuaire. Laisse-moi dans un coin et sauve-toi, je me débrouillerai !
- Je vais te mettre à côté des parasols, comme ça tu pourras t'y abriter si le soleil tapait trop sur ta caboche bornée !
- Eh ! Je suis italien, tu l'as oublié ?
- Et moi grec, je te rappelle ! Et ici, c'est mon pays !
Ils rirent de bon cœur, Angelo grimaçant un peu quand même… Puis le grec s'apprêta à partir :
- Kanon ! fit Angelo en attrapant son bras.
- Je sais… répondit ce dernier en lui souriant, mais toi aussi réfléchis…
- Ok, dit-il en le lâchant.
Ooo000ooO
Maison du Cancer
Yvan ne comprenait pas l'acharnement de Shiryu. Loin de se décourager par son mutisme et son manque évident de coopération, le jeune japonais semblait au contraire redoubler d'effort à chaque fois qu'il le repoussait d'une façon ou d'une autre. Chaque jour, Shiryu lui apportait le petit déjeuner, le déjeuner et le dîner et revenait ensuite débarrasser le plateau souvent à peine effleuré par le jeune russe, parfois même pas du tout touché. Yvan ne répondait pas à ses questions et le japonais avait fini par arrêter d'en poser, se contentant de parler. De tout, de rien, lui donnant régulièrement des nouvelles d'Angelo aussi. Mais pas une fois, il n'était revenu sur leur toute première discussion et le jeune russe ne chercha jamais à lui adresser la parole non plus, se contentant d'écouter et par moment, d'apprécier sa présence dans la pièce qui était sa chambre. En tout cas, bien plus que celle d'Aïoros, le directeur et surtout psychiatre qui tentait, sans succès, de le ramener parmi les vivants.
Mu avait d'instinct, suivi son ami et l'aidait de son mieux, sans bien comprendre lui non plus ses motivations. Un peu plus d'une semaine après la fusillade, alors qu'ils attendaient pour le lendemain le retour de Shaka parmi eux, il s'en ouvrit à Shiryu alors qu'ils rangeaient tous deux la chambre :
- Pourquoi veux-tu en faire tant pour lui ? Il n'a pas l'air de t'en être reconnaissant.
- Angelo… répondit simplement le japonais.
- Quoi Angelo ?
- Il l'a sauvé, il a risqué sa vie pour le sauver…
- Shiryu… Tu aimes Angelo non ?
- Je ne sais pas… J'éprouve un étrange sentiment quand je suis avec lui… mais lui… et puis qu'importe mes sentiments dans tout ça ? Je dois juste le faire c'est tout !
Voilà, c'était aussi simple que cela, pensa Shiryu, il devait le faire… pour Angelo.
Mu secoua la tête sans répondre, inutile de chercher à poursuivre cette conversation, Shiryu n'était pas encore prêt à admettre ses propres sentiments… Peut-être même ne s'était-il jamais vraiment posé cette question ? Pourtant Mu et Shaka savaient eux, qu'il aimait Angelo. Mais devinaient aussi qu'il en était encore bien trop dépendant.
Ooo000ooO
Demeure familiale des jumeaux.
Saga poussa la grille du manoir familial. Il était seul. Demain, leurs vacances à Mikael et lui s'achèveraient et ils regagneraient la France en avion. Kanon resterait encore un peu, aidant ses collègues sur place, avant de rentrer à son tour. Cela faisait quinze jours maintenant qu'ils étaient tous ici, venus pour des vacances, profitant du déplacement professionnel de Kanon pour revenir au pays et le faire découvrir à Mikael. Etant disponibles, ils avaient participés aux opérations urgentes après la fusillade. Angelo se remettait peu à peu et Mikael pouvait repasser la main à Shura, le danger était maintenant écarté.
Ils n'étaient pas revenus ici depuis leur première visite et n'avaient pas réussis à se mettre d'accord sur quoi que ce soit. Saga voulant vendre la maison, Kanon refusant cette éventualité, pour la première fois depuis leur toute première dispute, les jumeaux n'étaient pas d'accord. Mikael avait coupé court en disant qu'on verrait ça plus tard et ils n'en avaient pas reparlé tous ensemble depuis. Mais demain ils partaient, il fallait qu'ils se décident… Saga ne voulait pas d'une nouvelle dispute, surtout si elle risquait d'engendrer une autre séparation… Non ça, il ne le supporterait pas :
- Saga ?
Il se retourna :
- Bonjour Alde… Tu sais toujours nous différencier, tu es l'un des seuls !
- J'ai grandi avec vous aussi, je vous connais bien ! Qu'est-ce qui t'amène ? La maison ?
- Oui…
- Kanon ne veut pas la vendre tu sais…
- Oui… Je me demande bien pourquoi…
- Il l'aime et toi aussi, pourquoi refuser cette évidence ?
Saga soupira longuement et pénétra dans la demeure, la traversant à pas lents, s'imprégnant de son ambiance si particulière :
- J'ai l'impression qu'ils ont encore ici… dit-il à son ami qui le suivait en silence, mais ils sont enterrés si loin.
- Viens, répondit Aldébaran en le guidant vers la terrasse de derrière. Ils descendirent dans le jardin et s'y enfoncèrent un peu, traversant un sous-bois où tous trois avaient joués d'interminables parties de cache-cache ou plus tard en grandissant, d'autres de gendarmes et voleurs. Kanon se retrouvant toujours alors dans le rôle du policier, se souvint Saga en souriant… Sûrement une sorte de prémonition. Au fond du sous-bois, dans une petite clairière se dressait un petit mausolée dont Saga n'avait aucun souvenir :
- Qu'est-ce…
- Kanon l'a fait installé ici, expliqua le brésilien en le coupant, j'ai supervisé les travaux à sa demande. Tu ne devines pas pourquoi ?
- Mais ça doit valoir une fortune ! Comment a-t-il pu payer une telle chose ?
- Shion lui a donné une bonne partie des pierres venant du Sanctuaire quand il a fait restaurer les anciens temples. Certaines n'étaient pas réutilisables pour les nouveaux aménagements…
- Mais tout de même… C'est vraiment splendide…
Saga était à la fois surpris et ravi. Il pénétra dedans, l'intérieur ressemblait à un temple grec en miniature avec plusieurs emplacements pour les cercueils de leurs défunts parents, leurs photos se trouvant déjà accrochées en divers endroits :
- Pourquoi ne m'a-t-il rien dit ? murmura-t-il les larmes aux yeux.
- Parce qu'il ne voulait pas te forcer la main, répondit la voix claire de son amant dans son dos :
- Mikael ? s'écria-t-il en se retournant.
- Oui, c'est moi mon cœur… fit ce dernier en s'approchant et en l'enlaçant tendrement, quand je t'ai vu partir seul ce matin, j'ai compris que tu venais ici. Je t'y ai suivi… J'y étais revenu plusieurs fois moi aussi, et Aldébaran m'a montré cet endroit. J'ai beaucoup discuté avec lui tu sais. Il m'a raconté votre enfance heureuse ici, vos longues batailles, vos premières amourettes aussi… C'est moi qui lui ais conseillé de te le faire voir si tu revenais… même si ton frère ne le voulait pas. Il fallait que tu le saches, que tu comprennes combien Kanon tenait à cet endroit. Il ne te l'avouera jamais mais tu sais combien il a souffert de ne pas être auprès de toi à leur mort… C'est un peu sa façon à lui de se racheter auprès d'eux et de toi… sûrement… Les faire revenir ici, dans le lieu qui a abrité votre bonheur, n'est-ce pas une belle intention et une belle preuve d'amour ?
Saga se laissa aller dans les bras de son amant, versant quelques larmes, là sur son épaule. Aldé s'était éclipsé discrètement et Mikael le ramena vers la demeure à pas lents, Saga lui racontant tel ou tel souvenir. Il se sentait mieux d'un coup et avait pris sa décision.
Ils s'installèrent sur la terrasse pour boire un café :
- Que vas-tu faire alors ? demanda Mikael.
- Qu'allons-nous faire, tu devrais dire… sourit Saga, si nous gardons vraiment cette maison, elle sera tienne également et ça, je suis certain que mon frère ne l'envisage pas autrement.
Dans la maison, Aldébaran s'éclipsa, heureux que Saga ait enfin ouvert les yeux.
Ooo000ooO
Le temps coula sur la vie tranquille du Sanctuaire. Les policiers se firent plus rares, se battant déjà sur les nouveaux fronts que la chute de l'empire d'Abel avait ouverts aux diverses guerres de successions. Les pensionnaires reprirent leurs habitudes, leurs cours, leurs thérapies, le spectre de celui qui les avait tant fait souffrir s'effaçant peu à peu mais sans jamais disparaître totalement.
Yvan lui-même commençait à se fondre dans ces habitudes. Peut-être grâce à l'obstination de Shiryu, peut-être grâce à la douceur de Mu, peut-être grâce à la force de Shaka. Très certainement aussi grâce aux visites que le policier qui l'avait sauvé lui rendait depuis qu'il pouvait de nouveau se déplacer seul, l'incitant plus que tous autres à vivre à nouveau.
Ce policier lui, était la seule exception à cette règle. Si ses blessures guérissaient bien, Angelo demeurait encore ici, déchiffrant pour Shion des codes qu'il était le seul a avoir vu du vivant d'Abel, lors de son infiltration. Lui n'oubliait rien, ne le pouvait pas. Constamment, il vivait dans l'ombre de ses actes passés, que se soit en rendant visite à Yvan ou en entrevoyant le regard de celui qu'il surnommait toujours le gamin…
Shiryu n'avait rien dit quand il l'avait trouvé la première fois auprès du jeune russe. Il avait même souri, mais ce sourire lui avait rappelé tant de ceux que le japonais offrait quand il les lui demandait… Angelo ne savait que faire pour lui effacer cette expression qui lui renvoyait sans cesse ses actions passées. Ils se voyaient souvent, plaisantaient, se promenaient ensemble, discutaient de tous un tas de sujets mais n'abordaient jamais celui qu'ils auraient dû. Comme si en parler aurait suffit à le briser en morceaux, chose que ni l'un ni l'autre ne voulait… Comme s'ils n'étaient pas encore prêts à le faire…
Mu continuait ses études, vivant le parfait amour avec un Milo qui avait officiellement fait la demande à son supérieur, d'être rapatrié dans son pays d'origine pour veiller sur lui. Si Shion avait quelque peu été réticent, le sourire heureux de Mu l'avait finalement fait accéder à cette demande, mais avec un léger différé le temps de trouver un remplaçant à Milo à Paris.
Shaka avait scrupuleusement suivi les instructions de Shura et quatre mois après sa blessure, pouvait enfin remarcher presque librement. Presque, parce que le chirurgien ne l'autorisait pas encore à faire de longue promenade comme il en avait envie. Pourtant aujourd'hui, accompagné de ses amis les plus chers, il avait enfin eu le droit de descendre à la plage qui avait vu le drame.
D'un promontoire installé là depuis l'attaque pour surveiller la plage, Shura suivait leur avancée vers ce lieu qui avait mis un terme à la vie de leur tortionnaire. A ses côtés, Aïoros veillait lui aussi, mais également Angelo, les yeux rivés sur le dos de Shiryu. Lui, y était déjà retourné quelques temps auparavant. C'était même le premier endroit où il avait été dès qu'il avait pu marcher seul même si Shura l'y avait accompagné, par mesure de prudence comme il avait dit. Bien plus haut, sur la terrasse du Sanctuaire, Shion et Dohko surveillaient eux aussi, armés de jumelles, la progression de leurs cadets :
- S'ils passent ce cap-là… murmura Aïoros anxieux.
- Ça va aller dirlo… le coupa Shura en l'entourant d'un bras, regarde comme ils sont costauds ces trois-là ! Ils n'ont pas finis de nous étonnés crois-moi.
- Shura ! grogna Aïoros qui s'était peu à peu habitué aux familiarités de l'espagnol et à son humeur toujours égale et joyeuse. D'ailleurs il ne savait jamais s'il plaisantait ou s'il était sérieux… surtout quand il faisait des gestes comme ça… Des gestes de plus en plus fréquents… et de plus en plus soutenus. Comme là, cette main chaude, presque brûlante, descendant lentement et presque innocemment sur son dos, caressant son épine dorsale dans toute sa longueur, lui provocant un incontrôlable et pourtant si agréable frisson…
Il s'ébroua pour chasser l'intruse et se concentrer sur ses patients, lança un regard noir à son subordonné qui lui répondit par un sourire…. ravageur. Dieu que cet homme le déconcertait, pensa le psychiatre en reportant son regard vers les trois jeunes gens qui s'étaient arrêtés aux abords de l'étendue de sable devant eux.
Shiryu avait été le premier à stopper. Comme ils se tenaient par la main, ses amis s'étaient arrêtés aussi, l'interrogeant du regard. Le japonais regardait intensément la plage, ses souvenirs ravivant pour lui l'horrible scène qui s'y était déroulée quelques mois plus tôt. Ses yeux virent le corps d'Angelo tombé encore et encore, ses oreilles entendaient le bruit des balles, le cri de son aîné… Il se laissa tomber à genoux, incapable d'aller plus loin. Mu et Shaka tentèrent de le ramener au présent, sans succès, et se regardèrent, impuissants.
Dohko jura et s'élança comme un fou dans la descente mais Angelo l'avait précédé et fut le premier près de lui :
- Arrête ça gamin ! cria-t-il en l'enserrant. Arrête… c'est fini…
Shiryu hoqueta, semblant d'un coup aspiré trop d'air. Shura se pencha sur lui mais Angelo l'arrêta d'un geste et Aïoros lui attrapa le bras, lui faisant non de la tête :
- Lève-toi Shiryu ! disait l'italien au japonais. Lève-toi et va-y ! C'est un souvenir… juste un souvenir ! Bon Dieu gamin ! Tu es plus fort que ça !
Mu et Shaka comprirent où voulait en venir Angelo. La force de l'habitude ou l'instinct, Aïoros était incapable de le dire mais ils reprirent chacun une des mains de Shiryu et l'aidèrent à se remettre debout.
Le jeune homme tituba, tangua mais resta debout. Il regarda ses amis, ses frères et risqua un œil vers l'étendue de sable :
- Montre-moi gamin… murmura Angelo en le lâchant.
- Ne m'appelle… pas… gamin… répondit Shiryu d'une voix encore rauque et essoufflée. Il fit un signe de tête à ses frères alors que Dohko et Shion arrivaient à leurs tours, essoufflés :
- Ne bougez pas ! leur ordonna Aïoros.
Pas à pas, ils avancèrent. Chacun hanté par ses propres visions. Chacun des hommes les regardant le savait pertinemment. Il fallait qu'ils les dépassent, les apprivoisent pour finalement les vaincrent. Ce combat était le leur. Et il était vital pour leur avenir.
Ça leur parut une éternité et pourtant, pour chaque mètre de plage parcourue, c'était un instant pour ceux qui marchaient vers leur propre survie. Un pas de gagné sur le destin, un souffle de vent sur leur visage et le ressac des vagues venant mourir sur le sable fin. Et un cri, une accolade, une larme qui s'envole au vent et enfin l'éclat de rire. La délivrance… La fin d'un cauchemar.
Alors seulement Aïoros les autorisa à les rejoindre. Dohko et Shion s'élancèrent. Lui se laissa tomber, assis sur le sable fin, un sourire sur les lèvres :
- Eh ! Ce n'est pas le moment de craquer champion, fit une voix chaude à son oreille, agrémenté d'un léger baiser.
Il releva la tête, ses yeux se perdirent dans une immensité sombre et si chaleureuse. Si tendre et si apaisante… si tentante aussi…
- Embrasse-moi, murmura-t-il.
- Avec plaisir…
Angelo sourit en les voyant échanger un baisser passionné et tourna les talons, sentant un regard de reproche qu'il connaissait bien le suivre :
- Plus tard Shiryu… Plus tard, je te le promets… murmura-t-il en s'éloignant comme pou lui-même et en souriant.
Ooo000ooO
Athènes, bureau de Shion.
Une semaine plus tard, Angelo se présenta dans le bureau de Shion. Quelques jours plus tôt, il avait quitté le Sanctuaire pour s'installer dans la demeure familiale des jumeaux, proposition faite par son vieil ami depuis bien longtemps mais qu'il avait jusqu'à maintenant, repoussée. Il pouvait comme ça, retourner faire les visites que lui imposaient Shura au Sanctuaire pour son suivi médical et travailler plus sereinement. Et surtout permettre au gamin de poursuivre sa vie :
- Un revenant ! Salut toi ! s'exclama Marine en le voyant entrer.
- Salut vous deux ! Comment ça va ?
- Mieux que toi on dirait, fit la jeune femme. Tu connais Aïolia ?
- Par le net uniquement, mais tu ressemble à ton frère, répondit l'italien en lui serrant la main.
- Un peu oui… lui accorda le jeune grec.
- Shion est là ? demanda Angelo.
- Dans son bureau, fit Marine, avec Dohko.
L'italien grimaça… Il n'avait pas prévu la présence du japonais. Enfin, il faudrait bien qu'il y passe un jour ou l'autre. Autant tout mettre au point tout de suite !
Il frappa résolument à la porte et entra sans attendre la réponse :
- Angelo ? Quelle surprise ! l'accueillit son supérieur.
Dohko se contenta d'un bref signe de tête et s'apprêta à les laisser seuls…
- Non, reste aussi… Après tout ça te concerne également, le retint l'italien.
Shion fronça les sourcils sans répondre et fit signe à Dohko de patienter :
- Pourquoi es-tu là ? Je croyais que tu bossais sur le décodage des fichiers. demanda Shion.
- Justement, répondit l'italien, j'ai enfin trouvé ce que je cherchais… Je peux ? demanda-t-il en montrant un ordinateur sur une desserte :
Shion hocha la tête et ils s'approchèrent tous deux pendant qu'Angelo ouvrait ce qu'il avait enfin retrouvé :
- Qu'est-ce c'est ? fit Dohko en découvrant une carte de son pays avec plusieurs points de différentes couleurs.
- J'en avais vu semblable en Italie, expliqua Angelo, mais à l'époque j'ignorais encore ce que ça représentait. Ce n'est que plus tard en travaillant avec Atlas que j'ai découvert la signification de ces cartes. Je vous ai chargé celle du Japon, il en existe pour différents autres pays… Si vous cliquez sur ce point, continua-t-il en faisant la démonstration en cliquant sur celui se trouvant sur Tokyo, vous découvrez les informations importantes sur toutes les familles ou sociétés dirigeantes de cette ville. Celle de ta famille en faisant partie Dohko…
Il continua à faire défiler les nombreuses informations pour y parvenir :
- En cliquant sur les autres points de couleurs, vous voyez apparaître ici les membres influents de la société. Ici ceux qu'il avait déjà achetés ou fait chantés mais aussi ceux qu'il nommait les possibles proies pour parvenir à ses fins. Comme vous le pouvez le voir sur cette liste, Shiryu était répertorié comme telle et en première position. Il ne l'a pas approché par hasard au cours d'une banale soirée… Il en avait fait sa cible pour pouvoir avoir un moyen d'influer sur votre société et je suis sûr qu'en cherchant bien, tu découvriras ses complices, eux sont encore en liberté et peuvent passer d'autres marchés… vendre d'autres renseignements. C'est une spirale sans fin. Abel avait soigneusement cherché où frapper, dans ce cas précis, il n'est jamais fait mention de toi Dohko, il ne connaissait pas tes liens avec Shiryu… Il n'aurait jamais pu ignorer une telle information.
- Je n'utilise jamais mes liens avec ma famille, ni même leur nom, concéda Dohko, mais je ne le cache pas non plus…
- Et ces fichiers… commença Shion.
- Contiennent une tonne d'informations comme celles-ci, confirma l'italien. Abel était un maniaque de l'information et ne faisait jamais rien par hasard. Chacune de ses actions et de ses mouvements étaient soigneusement orchestrées, préparées… Depuis son plus jeune âge, il a passé son temps à collecter, réunir et utiliser les informations qu'il récoltait. La seule chose qu'il ait bâclée à ma connaissance est l'attaque sur le Sanctuaire… et la seule explication que j'y trouve c'est que Shiryu en lui échappant était devenu pour lui un échec, une obsession qu'il devait à tout prix corriger.
- Une obsession qui l'a conduit à sa perte… conclut Shion.
- Oui. Mais je ne suis pas le seul à avoir vu un jour ces fichiers et Abel était bien trop prudent pour les avoir conservés en un seul endroit…
- Je vois… Je vais mettre Marine et Aïolia sur ces fichiers… approuva Shion, et toi Angelo ?
- Quoi moi ?
- Tu m'avais dit que tu prendrais une décision plus tard pour ta prochaine affectation, que tu avais un truc à finir avant… C'était ça ?
- Oui… et non. Il me reste encore une chose à faire avant de te répondre Shion, mais qui ne concerne pas le boulot.
- Shiryu ? interrogea Dohko en le regardant droit dans les yeux.
- Si on veut… sourit l'italien.
- Tu te fous de lui ou quoi ? fit Dohko en s'approchant, menaçant.
- Rentre tes griffes Dohko ! Chaque chose en son temps… Je prends quelques jours de congés Shion !
- Je vais…
- Stop ! hurla Shion en le retenant tandis que l'italien s'éclipsait, son éternel sourire moqueur aux lèvres. Ça suffit Dohko, cela ne te servirait à rien de lui casser la figure… Il n'en fait qu'à sa tête.
- Ce n'est pourtant pas l'envie qui m'en manque, grogna le japonais en regardant haineusement la porte close.
Shion, Kanon et tous les autres avaient beau dire que ce mec était génial, Dohko ne pouvait s'empêcher de le trouver horriblement horripilant, efficace certes, mais énervant au possible… Comment son frère pouvait-il tenir à un mec comme ça ? C'était un mystère pour lui.
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Il existe divers états de dépendances plus ou moins graves ainsi que diverses addictions qui les caractérisent. Nombre des jeunes gens que soignait le directeur du Sanctuaire avaient été au moins une fois dans leur vie victime de l'une d'elle, celle concernant une personne. Elle était une de celle les moins évidentes à percer à jour pour un médecin. Aïoros avait remarqué au fil de ses entretiens avec ses jeunes patients qu'un certain nombre d'entre eux en était une victime plus ou moins consentante et ce pour la simple raison qu'ils y trouvaient un moyen de survivre au milieu de leur enfer quotidien. L'être humain a toujours eu et aura toujours besoin de croire en quelque chose ou en quelqu'un. Nombre de religions ou de sectes plus ou moins sérieuses sont là pour l'attester mais dans certain cas, la victime se raccroche à la personne qu'il croit être son sauveur et sa seule planche de salut. Cela peut être passager, le temps de comprendre et d'apprendre à se battre autrement mais cela peut aussi se révéler bien plus dangereux surtout si l'objet de cette addiction soudaine profite de cet avantage pour soumettre et asservir un peu plus la personne qu'il détient alors en son pouvoir. Bien sûr, cela peut parfois se résumer à quelques actions sans conséquences. Mais ce n'est pas toujours le cas et amène d'autres fois la victime à agir tout autrement qu'il ne l'aurait fait en temps normal.
Aïoros avait depuis longtemps compris que Shiryu ne vivait que dans l'espoir de revoir un jour son sauveur, et ce depuis ses premiers entretiens avec lui. Il était lui aussi, victime de cette dépendance aussi perverse que maléfique. Aussi équilibré qu'ait pu l'être un jour le jeune homme, sa brève captivité avait perturbé sa vision du monde qui l'entourait. Sa famille ne faisait plus partie de son cercle, hormis son aîné peut-être, quoique dans une moindre mesure, à contrario toutes les personnes ayant vécu ce traumatisme avec lui était devenu sa famille et Angelo le pilier, comme autrefois l'avait été Dohko.
Il lui en voulait pour ce qu'il lui avait fait subir tout autant qu'il le chérissait pour l'avoir sauvé. Un étrange paradoxe qui se transforma vite en une sorte de dépendance sans même qu'il en ait conscience. Et bien sûr, personne n'avait tenté d'analyser les sentiments de cet adolescent pendant sa captivité, ni même n'y avait prêté attention, sauf peut-être l'objet lui-même de cette étrange affection. Mais il allait falloir attendre plus de deux ans au médecin pour le comprendre.
Mu et Shaka ne réagissaient pas du tout de la même manière, asservis tous deux depuis leur jeune âge, ils étaient devenus l'un pour l'autre le pilier sur lequel s'accrocher en cas de dérive. Celui de Shiryu était devenu Angelo. Le plus gros défi d'Aïoros fut alors de détacher le jeune homme des valeurs qu'il s'était lui-même imposées pour survivre durant sa captivité. Et rien n'est plus difficile à faire que d'obliger quelqu'un à renoncer de plein gré à une voie qu'il a choisie et dont il ne voit pas les dangers.
Car tout en le sachant intuitivement, le patient refuse tout compromis. Son addiction est entière et passionnée, aussi destructrice que peut l'être une addiction quelconque.
Shiryu le savait-il ? S'en rendait-il compte maintenant ? Rien n'était moins sûr pour le psychiatre qui se décida finalement à demander un coup de main au sujet de cette addiction lui-même quand il en eut enfin la possibilité, Angelo.
Ce dernier l'écouta sans parler, sans même émettre la moindre objection, comme s'il savait déjà ou le devinait instinctivement. Pourtant à la grande surprise du médecin, il refusa tout d'abord de combattre ce mal, répondant que le moment n'était pas encore venu, qu'il fallait encore attendre quelque chose. Aïoros tenta tout ce qu'il put mais Angelo resta ferme, allant même jusqu'à refuser de recevoir le directeur lors de ses nombreuses tentatives d'approche. Aïoros ne devait comprendre son étrange obstination que le jour de la promenade sur la plage. C'était le moment qu'attendait l'italien pour s'effacer de la vie de Shiryu.
La déchirure fut brutale et sans appel. Une semaine après cet événement, il quitta les lieux, n'y revenant que pour de très courts passages et sans jamais rendre la moindre visite au jeune japonais. Ce dernier se retrouva seul et désorienté, perdant d'un coup tous les repères qu'il s'était créé. Il ne comprit d'abord pas et il lui fallut presque un mois pour arriver à seulement se rendre compte que toute sa vie présente n'était basée que sur ce seul être qui était parti sans même le saluer… qui l'avait abandonné. Confronté à ce nouveau choc psychologique, il déprima tout d'abord puis peu à peu, son apparente résignation fit place à la colère, puis à la même rage de survivre, malgré ce nouveau coup du sort, que quand il avait été enlevé. Etait-ce que qu'espérait son médecin ? Ce dernier n'avait pas vraiment prévu quoi que ce soit en parlant à Angelo et surtout pas à ce traitement radical. Pourtant, il dut rapidement reconnaître que l'électrochoc avait permis à Shiryu de se battre à nouveau même s'il n'en approuvait pas du tout la méthode et ne la cautionnerait jamais. Mais toujours est-il que le résultat était bel et bien là, à la recherche de ses repères, Shiryu retrouvait petit à petit ceux qu'ils avaient toujours connus. Bien sûr, venait s'y ajouter ceux qu'ils savaient présents pour lui aujourd'hui comme son entourage proche fait de Shaka et de Mu, de Shion et des policiers qui travaillaient avec son grand frère. Ceux qui étaient là au quotidien, comme les médecins et les pensionnaires avec qui il avait noué des liens comme le jeune Yvan.
Lorsque trois mois après leur promenade sur la plage, Shaka enfin remis totalement de sa blessure put envisager de partir finir ses études à Paris comme il l'avait toujours voulu, Shiryu avait déjà quasiment retrouvé son équilibre, bien qu'il n'avait toujours pas défini la nature réelle de ses sentiments vis-à-vis de l'italien. Aïoros savait fort bien que cette simple évidence mettrait beaucoup plus de temps à se faire jour dans l'esprit du jeune homme qui oscillait aujourd'hui entre haine et amour. Sentiments bien trop proches qui peuvent parfois se fondre l'un dans l'autre comme le sait n'importe quel médecin. Toutefois, l'étrange éclat qui faisait briller ses yeux, comme l'avait expliqué Angelo au médecin lors de leur seul et unique véritable entretien, était bel et bien revenu habiter son regard et il vivait à nouveau pour lui-même, prêt à se battre si nécessaire.
Dohko par contre, lui avait exprimé ouvertement son inquiétude et Aïoros n'arriva pas à lui faire admettre l'évidence, ces deux-là se retrouveraient un jour à armes égales et pourraient alors réellement commencer, s'ils le désiraient, une relation stable quelle qu'elle soit. Mais l'aîné de Shiryu refusait même d'en entendre parler, son instinct protecteur ne put pourtant pas empêcher la rencontre qu'il redoutait tant.
Mu et Shiryu venaient de dire au revoir à Shaka et regardaient, un peu inquiets tout de même mais surtout tristes, l'avion décoller qui emmenait leur ami vers sa nouvelle vie :
- Je n'arrive pas à imaginer mon quotidien sans lui… murmura Mu au bord des larmes.
- C'est sa vie… Il a choisi de rejoindre celui qu'il aimait, répondit Shiryu en l'entourant d'un bras. On ne pouvait pas le retenir…
- Je sais…
Ils firent lentement demi-tour alors que l'avion avait depuis longtemps disparu dans le ciel et traversèrent l'aérogare pour rejoindre le parking :
- Je te dépose ? interrogea Shiryu en se glissant derrière le volant. Tu vas en cours non ?
- Oui. Je dois d'abord passer à l'appartement. Laisse-moi là-bas, répondit Mu en soupirant.
Ils avaient tous trois pris la décision depuis deux mois de vivre en ville la semaine pour y suivre leurs cours respectifs. Shion avait mis à leur disposition son appartement, bien assez grand pour les accueillir tous, même s'il y vivait avec Dohko les trois quart du temps. Et cela permettait au deux aînés de garder un œil sur leurs cadets. Aïoros avait largement approuvé ce changement qui permettait, surtout à Shiryu, de retrouver ses véritables repères. Le Sanctuaire restait leur résidence principale mais ils vivaient depuis, quelques jours par semaine dans cet appartement au cœur de la capitale.
- Et toi ? demanda Mu.
- J'ai mon entretien pour mon stage, répondit Shiryu.
- Ah oui… J'avais oublié. Je suis sûr que ça va bien se passer ! l'encouragea Mu, et puis c'est ce que t'as toujours voulu faire !
- Oui. Mais tu sais, je ne vais que suivre un véritable avocat et l'assister… Enfin faire les basses besognes j'imagine, sourit le japonais pourtant ravi de mettre enfin en pratique ses cours dans l'assistance des victimes souvent laissées pour compte dans le marché du sexe comme l'appelait Shion qui lui avait obtenu ce stage pour parfaire sa formation. Après, il lui resterait encore deux ans d'études et de travail en parallèle pour obtenir lui-même son diplôme vu qu'il était sorti du circuit classique. Si tout se passait bien pendant ce stage de trois mois, il avait une chance d'y être engagé. Le cabinet qui le prenait travaillait en étroite collaboration avec le bureau de Shion.
La vie reprit son cours et deux mois plus tard, il se retrouvait avec l'avocat qu'il assistait en route vers le bureau central de la police pour recueillir les témoignages des policiers qui avaient arrêté un proxénète notoire et dont son cabinet assurait la défense des victimes libérées :
- Bon, il faut que j'en interroge au moins deux, résuma l'avocat avant de sortir de la voiture, je te laisse te charger du troisième Shiryu.
- Mais…
- Je sais, c'est ta grande première mais tu te débrouilles bien. Je suis sûr que tu pourras réussir seul, le rassura l'avocat en farfouillant dans ses papiers et en lui tendant une liste de questions diverses. Voici ce que qu'on a besoin de savoir.
- Vous êtes sûr ? demanda encore Shiryu. Je ne suis pas convaincu d'être à la hauteur.
- Ça va aller t'inquiètes, en plus ce policier tient à ce que soit toi qui recueille son témoignage.
Quelqu'un que je connais ? se demanda Shiryu en prenant la liste en l'étudiant, ce sera plus facile si c'est le cas…
Ils se séparèrent à l'entrée et Shiryu fut conduit à un étage supérieur où on l'introduit dans une salle de réunion en lui demandant d'attendre un peu que le policier an question le rejoigne. Le jeune homme s'installa tranquillement et sortit magnéto et bloc pour ne rien louper du témoignage qu'il devait recueillir. Il était plongé dans la relecture du rapport de police et ne prit pas garde à l'ouverture, discrète, de la porte. Un moment après, une voix l'arracha à ses préparatifs :
- Salut Shiryu…
Cette voix… Il se figea et releva lentement la tête. Nonchalamment appuyé sur la porte et le regardant un sourire moqueur sur les lèvres se tenait Angelo :
- Toi…
- Eh oui, c'est bien moi…surpris ?
A suivre…
