Mon dieu, j'ai tellement honte !

Je suis vraiment vraiment vraiment vraiment désolée pour tout ce temps d'attente.

Voici enfin la suite !

Merci à :

Solealuna, Mandou-land, kalhan03, IFON91, ciliega, Abva, Elenthya (comme ça fait plaisir d'avoir un commentaire de quelqu'un qui écrit aussi bien !), caskettp, caskett4ever13, angela, Chouckett, Mrs Elizabeth Darcy31, HeartinCages, soniacaskettshipper et Shoukapik pour tous vos commentaires !


Le mal existe, mais pas sans le bien, comme l'ombre existe, mais pas sans la lumière.

Alfred de MUSSET.


Chapitre 10 : No light.

Il y a des jours où tout allait bien, tout fonctionnait, où elle souriait. Et d'autres où elle ne voulait pas se lever le matin, rester dans son lit, le visage caché sous ses couvertures s'entendre soupirer et s'obliger à fermer les yeux.

Elle sentait encore ses mains sur son corps, ses baisers dans son cou et le son de sa voix au creux de son oreille. Elle sentait aussi la douleur cuisante entre ses deux poumons qui la lançait au rythme de ses battements de cœur. Cette souffrance qui l'avait faite reculer.

- Pourquoi l'avez-vous repoussé, Kate ?

Elle cligna des yeux, revenant dans la pièce où se trouvait son corps son esprit, sa douleur, encore dans sa chambre, tremblante sous ses baisers de la veille.

- Je ne sais pas. J'ai sentit la douleur… et… et je n'ai pas pu.

Sa voix trembla et elle détourna le regard.

- Il ne vous jugera pas, Kate. Il ne vous aimera pas moins à cause de votre cicatrice.

- Je… je ne sais pas.

- Vous le savez. Et vous en avez justement peur.

Soupirant, elle s'assis lentement sur l'accoudoir, ses cheveux cachant son visage à la mine fatiguée.

- J'étais persuadée d'être guérie. Je voulais y croire…

- Vous n'êtes pas guérie, Kate.

- Le serais-je seulement un jour ?

Ils se fixèrent un moment. Elle, cherchant l'espoir qu'elle ne parvenait plus à percevoir lui, prêt à tout pour qu'elle se fasse enfin confiance.

- C'est à vous d'en décider. Voulez-vous éteindre les lumières et faire face à vos démons, dans le noir le plus complet ?

Kate inspira profondément, son doigt redessinant les contours d'une petite statuette près d'elle.

- Oui, je crois.

Une larme glissa jusqu'à ses lèvres sèches de ces secrets murmurés.

oOoOoOoOo

Les cheveux dans tous les sens, la mine froissée, il entra dans la cuisine en traînant la patte. Martha, un bol de café noir entre les mains, fixa son fils, un sourcil relevé.

- Richard, tout va bien ?

- Dans le meilleur des mondes, marmotta-t-il en l'embrassant sur la joue.

Il lança un « 'jour » à Nikki qui cuisinait puis se laissa littéralement tomber sur la chaise de bar. Sa création fronça les sourcils et croisa le regard inquiet de l'actrice.

- Il est arrivé quelque chose à Kate ? demanda la génitrice de l'écrivain, une peur à peine voilée dans la voix.

Cette question surpris Nikki.

- Non, elle va bien. Enfin... je crois.

Et comme toujours, la muse de papier ne perdit pas l'occasion de se taire, le dos tourné aux deux adultes.

- C'est toujours dur de se faire rejeter juste avant l'acte.

Presque immédiatement, elle sentit le regard glacé de l'écrivain lui vriller la nuque mais resta concentrée sur sa tâche.

- Désolé mais ça se voit comme le nez au milieu de la figure, fit-elle en un haussements d'épaules.

Elle déposa une première pancake dans l'assiette, sous les yeux meurtriers de son créateur.

- Oh Richard, je suis navrée.

- Je... je m'inquiète plus que je ne suis blessé, avoua-t-il en se servant une tasse du breuvage noir.

Il scruta un instant ce liquide qui les rapprochait tant, tout les deux, puis repoussa presque malgré lui le récipient.

- Je sais qu'elle veut une avancée dans notre relation, qu'elle est enfin en paix avec son passé et...

- Tu es sûr qu'elle l'est ? le coupa sa mère en posant une main sur son avant-bras.

- Je... prononça-t-il dans un froncement de sourcils, soudainement en plein doute.

- A quel moment s'est-elle braquée ?

Il se dandina sur sa chaise, mal-à-l'aise. C'était terriblement gênant de discuter de ça avec sa propre mère. Mais ce fut en sentant le sourire narquois de Nikki qu'il se lança finalement.

- Je lui ai ouvert le chemisier et...

Il plissa les yeux.

- Elle a complètement paniqué.

Le brouillard se dissipa brutalement et il eut envie de s'éclater la tête contre les murs.

- Mais quel abruti ! Idiot, imbécile ! jura-t-il. Quel con ! lâcha-t-il enfin.

Il se frappa le front avec le creux de sa main, les yeux fermés au possible.

- La cicatrice ! expliqua-t-il. Elle a eu peur de mon regard lorsque je verrai sa cicatrice .

- Quelle cicatrice ? demanda Nikki.

- Il y a plus d'un an, Kate s'est faite tirer dessus, près du cœur.

Il vit avec étonnement Heat amener délicatement une main à son buste, les yeux un peu perdus. Il savait qu'elle n'avait aucune trace de ce genre, et son geste lui mit du baume au cœur. Peut-être se sentait-elle plus proche de son alter-égo qu'elle ne voulait le faire croire ?

- Cours, et va la voir, murmura Nikki dans un souffle. Parce qu'à sa place, je serai au bord de la crise de nerfs et pleine de regrets.

Castle termina son café d'une traite, attrapa ses clés, son manteau puis ouvrit la porte à toute vitesse en répétant « merci » sans cesse.

Alexis, débraillée, demanda d'une voix rauque :

- Qu'est-ce qui lui prend ?

- Pancakes ? demanda Nikki en lui montrant sa poêle sous les éclats de rire de Martha.

oOoOoOoOo

Elle s'était réfugiée dans un coin du canapé, les genoux repliés contre son buste, et regardait sans vraiment suivre un talk-show visiblement drôle d'après les rires qui s'échappaient du poste. Trois coups frappés à sa porte dans une mélodie si reconnaissable pour Kate qu'elle resta figée un instant, prise de panique.

Anis, près d'elle, s'étira et se mit à couiner doucement. Elle trouva dans les yeux bleus du chaton la force et le courage nécessaires pour aller ouvrir.

- Je suis tellement, tellement désolé, lâcha l'écrivain dès qu'il la vit. J'ai été irrespectueux envers toi, et Dieu sait pourtant à quel point je te respecte.

Elle s'accrocha à la chambranle de la porte pour ne pas tomber sous la surprise.

- Je suis parti comme un voleur et t'ai laissé seule, aveuglé par ma blessure d'égo, continua-t-il. Je suis un abruti égoïste.

Il eut un silence bientôt brisé par une boule de poils qui se frottait contre sa maîtresse en miaulant, manquant d'attention. Aussi nerveux l'un que l'autre, ils se baissèrent en même temps et leur main se croisèrent sur le dos du chaton. Kate retira la sienne presque immédiatement, comme brûlée, puis observa les doigts de l'écrivain caresser le jeune chat qui ronronnait de plaisir.

Gêné par le regard de sa muse porté sur lui, il releva les yeux et croisa ceux un peu tristes de Beckett. Elle les détourna et d'un même mouvement maladroit, ils se relevèrent. Mais ils ne pensaient pas être aussi proche. Ils ne pensaient pas non plus que leurs lèvres se seraient touchées, presque frôlées de manière si volatile. Des papillons dans le ventre, ils se fixèrent, le souffle déjà oublié. Puis tous les évènements de la veille disparurent lorsqu'enfin, Kate ferma les yeux avant même qu'il ne l'embrasse. Une fois fait, il eut l'impression de lui avoir dérobé ce baiser. Il se permit alors de le lui rendre lorsqu'elle ouvrit la bouche, ses longs et fins doigts accrochés à sa chemise. Les siens trouvèrent le chemin jusqu'à sa joue brûlante qu'il caressa doucement. Ils se perdirent ensuite dans sa longue chevelure tandis qu'il rapprochait leur corps d'une main dans son dos.

La magie fut brisée lorsque quelque chose lui passa entre les jambes. Il ouvrit grand les yeux puis se retira des lèvres de sa partenaire qui laissa échapper un imperceptible grognement.

- Anis, murmura-t-il contre sa bouche.

- Mmh, répondit-elle les yeux toujours clos.

- Anis a filé.

- Quoi ? réagit-elle enfin en se dégageant brusquement des bras de l'écrivain.

Elle vit au bout du couloir sa boule de poils gratter à la porte des escaliers. Il se laissait glisser de tout son long contre l'acier, essayait de passer une patte dessous. Le chaton tenta même d'impressionner l'objet en faisant le gros dos puis une roulade. Il fut néanmoins très heureux lorsque sa maîtresse le pris dans ses bras et passa devant l'écrivain sans un mot.

Mais la porte qu'elle ne ferma pourtant pas lui fit comprendre qu'il pouvait rester.

oOoOoOoOo

- Tu es en colère contre Kate, n'est-ce pas ?

- Quoi ? s'étonna Alexis.

- Je ne suis pas aveugle, j'ai bien ressenti ton animosité à son égard. Et si moi je l'ai senti, Beckett la vécu puissance dix.

La jeune fille baissa doucement les yeux, embrassée.

- Pourquoi ? Qu'a-t-elle fait ?

Alexis releva vivement la tête.

- Ce qu'elle a fait ? Mais rien justement ! Ca fait cinq ans que mon père poireaute, cinq ! Toujours en attente de quelque chose qui ne vient jamais, d'un sourire, d'un...

Les mains de Nikki levées en signe de défense coupa l'adolescente dans sa tirade. Elle eut un court soupire, coléreuse.

- Elle lui a menti sur la chose la plus importante pour mon père : les sentiments.

La fille de papier haussa un sourcil interrogateur.

- A sa fusillade, papa lui a dit ce qu'il ressentait pour elle.

- Avant ?

- Pendant.

Nikki écarquilla les yeux.

- Et à son réveil, elle a feint l'amnésie pour ne pas faire face. Elle lui a menti pendant un an.

Heat adopta une moue songeuse.

- Ecoute, Alexis. Tout ceci est passé, ils se sont blessés, mentis puis pardonnés ; ce n'est pas là le principal ?

Voyant que la jeune fille se braquait, la création de son père reprit :

- Si Rook m'avait dit la même chose dans ces mêmes conditions, face à tant de problèmes à résoudre, je lui aurai aussi menti. Ca ne veut pourtant pas dire que je ne ressens rien à son égard - mon dieu, heureusement qu'il n'est pas là - seulement que ces mots, je n'étais pas prête à les entendre.

Elle n'en pensait pas un mot, bien sûr. C'était bien la seule chose qu'elle souhaitait, qu'il soit justement .

- Tu crois qu'elle l'aime aussi ? Autant que mon père l'aime ? demanda la jeune Castle.

- Je suis sûre, sourit Nikki. Aussi sûre que...

Que j'aime ce crétin de Jameson Rook.

- Bref, termina-t-elle en un rire nerveux. Rassurée ?

- Oui, acquiesça doucement Alexis avec un sourire.

Il eut un silence durant lequel Nikki sut que l'adolescente souhaitait rajouter quelque chose.

- Tu sais, ce n'est pas parce que j'étais en colère contre le Lieutenant Beckett que je ne l'apprécie pas.

- Je sais, Alexis, la rassura-t-elle.

- Je l'aime vraiment beaucoup, elle mérite tout le respect du monde.

Après une bref hésitation, Alexis continua :

- Et je comprends toutes ses décisions, maintenant. J'étais seulement obnubilée par la douleur de mon père.

- Tu es bien trop intelligente pour ton âge, on te l'a déjà dit ? s'amusa Nikki en posant une main sur son bras. Ce serait plutôt le rôle de ton père celui que tu tiens, là !

Alexis sourit d'une telle manière que ses yeux se plissèrent malicieusement, Heat les trouva d'un bleu tout à fait magnifique et si commun pour elle. Alors qu'elle se levait pour se refaire un café, une douleur fulgurante la pris à l'arrière du crâne, et lèvres entrouvertes, elle s'écroula, la tasse éclatant en de milliers de morceaux.

- Nikki ! hurla l'adolescente en se précipitant à ses côtés. Grand-mère ! alerta-t-elle.

Cette dernière descendit les marches, rapidement, inquiète par le soudaine vacarme et l'appel de sa petite-fille.

- Alexis ? appela-t-elle en ne la voyant pas.

Elle fit quelque pas de plus, intriguée à la vue du verre au sol puis...

- Oh mon dieu, laissa-t-elle échapper en couvrant sa bouche d'une main.

- Elle allait très bien et puis, brusquement, j'ai entendu la tasse et dans la seconde qui a suivit, elle était par terre.

La jeune fille paniquait totalement, des larmes emplirent ses jolis yeux.

- Je... je ne sais pas ce qu'elle a !

- Calme-toi, Alexis, on va tenter de la réveiller puis on appellera une ambulance.

Martha dégagea doucement le visage de Nikki des quelques mèches importunes.

- Allez, debout joli cœur, supplia-t-elle en tapotant ses joues blanches.

Comme par magie, les paupières de la fille de papier s'ouvrirent brusquement sous la surprise et le soulagement des deux rousses.

- Kate, murmura Nikki, les yeux écarquillés de terreur.

Alexis fronça les sourcils.

- Qu'y-a-t-il avec Kate, ma chère ?

- Kate est en danger.

oOoOoOoOo

Des explications qui ne venaient pas. Un regard, un corps, qui ne voulaient rien dévoiler. Une douleur toujours aussi forte à l'arrière de la tête.

- Papa est avec le lieutenant Beckett, réalisa soudainement Alexis.

Nikki fronça d'autant plus les sourcils et enfonça son pied sur la pédale.

- A droite, à droite ! cria l'adolescente en s'accrochant au siège devant elle.

Heat pouvait sentir la panique augmenter d'un cran tandis qu'elle combattait toujours la souffrance au niveau de son crâne. Elle plissait les yeux lorsque la douleur se faisait trop forte. Elle se jeta pratiquement de la voiture en marche et courut à toute allure jusqu'à l'immeuble. Nikki oublia rapidement l'ascenseur et monta les marches quatre à quatre, sa blessure d'origine inconnue momentanément oubliée.

Elle amorça un geste vers sa ceinture puis se souvint qu'aucune arme s'y trouvait. Les poings serrés, elle s'aventura dans le couloir sombre, les sens en alerte. Un bruit de verre qui se casse lui fit accélérer le pas, le souffle court, son cœur battant à tout rompre.

- C'est la porte là-bas, murmura Alexis derrière elle, manquant de lui faire avoir une attaque.

- Je t'avais dit de rester dans la voiture, grogna-t-elle.

La jeune fille ne répondit pas.

- Reste près de moi surtout, murmura Nikki en franchissant le seuil de la porte restée ouverte.

Alexis fit passer son regard un peu partout.

- Papa ! hurla-t-elle en courant vers lui, oubliant l'ordre de son aînée.

Elle releva la tête de son père qui avait basculé pitoyablement sur son épaule et l'observa sous toutes les coutures.

- Je vais bien, grogna-t-il en bougeant légèrement. Il m'a momentanément paralysé.

- Il ? demanda Nikki en s'approchant.

Le bruit des portes d'ascenseur qui se ferment fit renaître une montée d'adrénaline le long de son corps et elle fila dans le couloir.

Cet enfoiré n'a tout de-même pas pris l'ascenseur ?

Elle dévala les escaliers, manquant plusieurs fois de tomber entre deux marches, bousculant les murs trop présents. Elle déboula dans le hall, les lourdes portes d'acier se refermaient juste devant son nez. Nikki entendit des crissements de pneus et eut tout juste le temps d'apercevoir, au loin, les phares rouges sang de la voiture qu'elle venait de conduire.

Elle jura aussi fort qu'elle le pu, si impuissante et remplie de culpabilité.

Lorsque Nikki rentra pour la deuxième fois de sa vie dans l'appartement son alter-égo ce fut pour voir son créateur, toujours au sol, sous le choc. Alexis tentait vainement de le sortir de sa léthargie.

- Castle, te souviens-tu de quelque chose ? demanda-t-elle doucement à s'accroupissant devant lui.

Comme s'il venait de se prendre un seau d'eau glacé sur la tête, il sursauta au son de cette voix, sa voix. Mais en croisant son regard bien différent de celui de sa muse, il retomba dans les abymes.

- Il a fait en sorte que j'assiste à toute la scène, impuissant. Je voulais tellement l'aider.

Ses yeux s'embuèrent brusquement tandis qu'il revivait la scène encore et encore.

- Qui ça, il ? lui demanda à nouveau Nikki.

- Il veut me tuer à petit feu, me détruire de l'intérieur, continua Castle d'un regard totalement absent. Pourquoi ce doit être toujours à Kate de trinquer ? De rattraper les erreurs des autres ?

Nikki Heat encadra le visage de l'écrivain de ses mains, tentant vainement d'attirer son attention, de le faire revenir à la réalité. Mais ne serait-elle pas pire ? La perle d'eau qui s'écrasa contre son pouce la fit douter.

- Castle, il faut que tu me dises de qui tu parles !

Et Alexis, tout près, retenait au mieux ses larmes.

- Il la frappé et je l'ai regardé faire, sans pouvoir l'en empêcher... sans pouvoir détourner les yeux.

Elle le gifla et la douleur sur sa joue, pourtant non-équivalente à celle de son cœur, le réveilla. Il revint du pays des cauchemar pour glisser dans un nouveau et souffla du bout de ses lèvres tremblantes :

- Le triple tueur.