Rangiku
J'aimerais qu'il ouvre ses yeux.
Enfin, je vois quand même qu'il tente de faire des efforts. Son sourire est peut-être le plus sincère qu'il puisse m'offrir. Mais ses yeux… Ses yeux sont tellement beaux ! Quand il les ouvre, je peux savoir si oui ou non, il m'aime vraiment ! Pourquoi les garde-t-il fermés ? Je lui ai pourtant bien dit qu'il devrait le faire plus souvent, avant de mourir !
Avant de mourir ?
Je ne suis pas censée être morte ?
Mes souvenirs me reviennent lentement. Je revois Hitsugaya Taicho me transpercer à l'aide de Hyorinmaru, et je revois Gin se précipiter vers moi. La sensation rassurante de ma main dans la sienne me revient. Et après… Plus rien.
- Qu'est-ce qui m'est arrivé ? demandé-je faiblement à Gin.
- Tu ne te souviens pas ?
- Pas après ma perte de connaissance.
- Orihime t'a sauvée, puis nous sommes rentrés à la Soul Society. Tu es restée dans le coma pendant cinq jours.
Cinq jours ? Que c'est long ! Enfin, je devrais plutôt m'en réjouir. J'aurais tout aussi bien pu ne jamais me réveiller… ne jamais revoir Gin…
D'ailleurs, si nous sommes à la Soul Society, que fait-il ici ?
Et puis, il a bien dit qu'Orihime m'a sauvée, n'est-ce pas ? Ça veut donc dire qu'elle est rentrée chez elle ?
Je n'ai pas le temps de poser ces questions à Gin. Avant que je ne puisse ouvrir la bouche, Unohana Taicho et toute une panoplie de gardes entrent dans ma chambre. Pour Unohana Taicho, je peux comprendre, mais… Que font les gardes ?
Sous mes yeux ébahis, ceux-ci se saisissent de Gin, qui ne tente même pas de se libérer de leur emprise. J'essaie de me redresser, mais le monde tourne autour de moi, comme quand je me réveille après avoir trop bu. Unohana Taicho s'approche de moi et me force à me rallonger.
- Restez calme, Rangiku-san, m'ordonne-t-elle de sa voix sereine.
- Gin !
Les gardes commencent à l'éloigner loin de moi. Il m'abandonne encore… Je ne peux pas le permettre ! Je dois le retenir ! Je tente d'échapper à l'emprise d'Unohana Taicho, mais rien à faire, elle est décidée à me garder dans ce lit d'hôpital jusqu'à nouvel ordre. Je tends mes bras vers Gin, comme pour l'empêcher de partir loin de moi.
- Attendez ! crié-je. Pourquoi l'emportez-vous ? Où l'emmenez-vous ? Gin ! Ne m'abandonne pas !
- Pardonne-moi, Rangiku…
Non ! Que se passe-t-il ? Pourquoi sommes-nous séparés ? Jusque-là, mon réveil était tellement magnifique ! Gin était à mes côtés, j'étais bien avec lui, mais… Pourquoi tout doit s'effondrer dès que je pense avoir droit au bonheur ?
- Calmez-vous, Rangiku-san… me demande Unohana Taicho. Ichimaru va être ramené dans sa cellule. Il avait la permission de rester à vos côtés jusqu'à votre réveil, mais à présent, il doit retourner en prison.
- Mais je suis à peine réveillée ! m'écrié-je alors qu'au contraire, je ne me sentais absolument plus endormie. J'ai à peine eu le temps de le voir ! Vous ne pouvez pas me faire ça ! Laissez-nous ensemble encore quelques minutes, je vous en prie !
- Rangiku, c'est bon… tente de me raisonner Gin. C'est ce qui était convenu. Je m'y suis résigné.
- Comment peux-tu être aussi défaitiste, Gin ? !
- Si je tente de me rebeller, je ne ferais qu'aggraver ma peine.
- Ta… peine ? répété-je.
- Oui. Je suis condamné à mille ans de prison.
Je mets quelques secondes à comprendre cette information. Mille ans de prison ? Même si c'est vingt fois moins qu'Aizen, c'est énorme ! Autant dire qu'il sera en prison jusqu'à la fin de sa vie, car il y a peu de chances qu'il soit encore vivant d'ici un millénaire ! Tout comme moi, d'ailleurs…
Ce qui signifie que c'est la dernière fois que je le vois, en dehors des visites que je pourrai éventuellement lui faire lorsqu'il sera en prison ?
- Je refuse ! hurlé-je. Tu ne t'en sortiras pas comme ça, Gin ! Je ne te laisserai pas aller en prison si facilement !
Je parviens enfin à me libérer de l'emprise d'Unohana Taicho et sors de mon lit. Je trébuche et manque m'écrouler, mais parviens à retrouver mon équilibre juste à temps.
- Rangiku !
- Rangiku-san ! Vous n'êtes pas en état de vous mettre debout !
Mais Unohana Taicho n'a pas l'air bien décidée à faire en sorte que je me rallonge. La connaissant, si elle voulait vraiment que j'abandonne toute tentative pour retenir Gin, je n'aurais même pas pu me lever. Apparemment, elle ne voit pas vraiment d'inconvénient à ce que je reste quelques minutes de plus avec Gin… Tant mieux.
Ses gardes ne savent apparemment pas du tout quoi faire. Gin ne se débat pas, mais je le fais à sa place. Ils ne savent pas où se placer. Exécuter les ordres et emmener Gin loin de moi ? Ou nous laisser encore quelques minutes ?
Je m'avance d'un pas déséquilibré jusqu'à Gin. Je voudrais juste pouvoir encore profiter de lui… Juste une dernière fois… Car je sais que si la chambre des 46 a décidé de l'envoyer en prison pendant tout le prochain millénaire, je ne peux m'y opposer. Alors, à moins que Gin ne réussisse à fuir sans plus jamais se faire attraper, ce qui est sans doute impossible, nous ne nous reverrons certainement jamais en dehors de sa cellule.
- Laissez-les, ordonne Unohana Taicho aux gardes. Surveillez toutes les issues, mais sortez et laissez-les seuls.
- Mais, Unohana Taicho… les ordres sont…
- Si le moindre problème devait arriver, j'en prendrais l'entière responsabilité. Vous n'avez pas à craindre d'être réprimandés. Maintenant, obéissez.
Elle n'a ni haussé le ton, ni perdu son sourire, mais elle n'en est pas moins effrayante. Tout en paraissant douce, elle parvient à donner un sentiment de malaise à ses interlocuteurs… je n'ai jamais compris comment elle faisait. En un sens, je l'admire.
Bien sûr, les gardes n'ont pas d'autre choix que de lui obéir. Ils lâchent Gin et sortent, rapidement suivis par Unohana Taicho, que je me projets de remercier plus tard. Et enfin, me voilà seule avec Gin.
Je fais un pas vers lui, trébuche et m'effondre dans ses bras. Bon, je dois avouer que je l'ai à moitié fait exprès. Mais ce n'est qu'un détail. L'essentiel, c'est que je me retrouve à présent tout contre lui.
- Tu viens à peine de te réveiller, Rangiku, tu devrais faire plus attention à ta santé, me reproche-t-il.
- Je vais très bien, protesté-je.
- Ne mens pas.
- Tu croyais vraiment que j'allais te laisser partir sans rien dire ? J'ai à peine pu profiter de toi ! Alors que bientôt… Bientôt…
Je m'arrête de parler, sachant pertinemment que je suis à deux doigts de pleurer. Je me force à reprendre le contrôle de mes émotions. Je ne dois pas gâcher ce moment par des larmes. Je me calme du mieux que je peux et, quand je reprends la parole, c'est d'une voix qui ne tremble presque pas.
- Tu ne pouvais pas t'échapper indéfiniment, n'est-ce pas ? Un jour ou l'autre, il fallait bien que tu paies pour tout ce que tu as fait…
- Il faut croire.
Un souvenir me revient alors en mémoire. Pourquoi n'y ai-je pas repensé plus tôt ? Quelle idiote je fais !
- Attends… Au Hueco Mundo, lorsque j'étais mourante… Tu as dit quelque chose… Comme quoi tout ce que tu as fait, c'était pour moi… Qu'est-ce que tu voulais dire par là ?
À ces mots, son visage se ferme encore plus. Alors que jusque là, son expression était presque douce, à présent il se renferme totalement sur lui-même, ne laissant filtrer aucune émotion, comme à son habitude. Je n'en peux plus… Jusqu'à quand durera ce petit manège ? Ne trouve-t-il pas que nous perdons déjà assez de temps comme ça ?
- Ça, Rangiku, c'est le genre de chose que je ne peux pas raconter, dit-il d'un ton froid. Et puis, ce serait assez long à expliquer, et nous n'avons pas vraiment tout le temps dont nous aurions envie, non ?
Je suis à deux doigts de le gifler. Certes, nous manquons de temps, mais ce n'est pas une raison pour faire son mystérieux ! Qu'est-ce qui l'empêche de me raconter rapidement ce qui l'a poussé à me trahir ?
Je sais qu'il voit mon énervement. Il sait tout de moi. Je ne peux rien lui cacher. Sans doute pour m'apaiser, il passe une main dans mes cheveux et approche ses lèvres de mon oreille.
- Allons, Rangiku… Gardons les explications pour plus tard. Allons à l'essentiel.
Ses yeux fermés, qu'il devrait vraiment ouvrir, et son sourire malsain lui donnent un air effrayant. Son souffle me chatouille, son parfum m'enivre, et je n'ose pas bouger, paralysée par une sensation que je ne pourrais pas qualifier. C'est peut-être de la peur, ou peut-être de l'amour. Sans doute un peu des deux. J'attends d'entendre ce qu'il va dire, étrangement captivée par ses lèvres si proches de ma peau. Il suffirait que je tourne un peu la tête et… nous pourrions faire ce que nous voudrions l'un de l'autre. Enfin, surtout lui. Parce que me connaissant, je serais trop perdue pour avoir le contrôle sur quoi que ce soit. C'est de Gin qu'on parle, après tout.
- Je t'aime, Rangiku.
Je tourne la tête vers lui, comme je m'étais imaginée le faire quelques instants auparavant. Son visage est toujours le même, inexpressif, fermé, mais son ton est sérieux… et autre chose, aussi. Quelque chose de trop subtil pour que je ne parvienne à le définir. Nos souffles se mêlent l'un à l'autre, il y a comme de l'électricité entre nous, qui nous inciterait à nous approcher juste un tout petit peu plus près… Si ses yeux étaient ouverts, je pourrais plonger mon regard dans le sien et me perdre dedans.
Si ses yeux étaient ouverts…
Au fond, c'est sûrement la seule chose qu'il me manque pour croire à ses paroles. Après tout, alors que j'étais mourante, il s'est précipité vers moi et a pleuré sur mon corps agonisant. Il m'a dit les mêmes mots que maintenant… Et à présent que je me suis réveillée avec lui à mon chevet, je ne doute plus de la réalité de cette scène. Je n'ai sans doute rien rêvé.
Comme c'est merveilleux ! Cela signifierait donc qu'il m'aime réellement !
Il me manque juste un petit quelque chose…
- Pourquoi n'ouvres-tu pas tes yeux, Gin ?
Il hausse les sourcils. Sans doute ne s'attendait-il pas à cette question. Sans doute attendait-il une toute autre réaction de ma part, mais j'ai besoin d'être sûre. Et je ne le serais que lorsqu'il aura ouvert ses yeux.
- Pourquoi me poses-tu cette question ? me demande-t-il.
- Parce que tes yeux fermés m'empêchent de lire en toi, expliqué-je franchement. Je ne connais pas tes pensées. Mais l'autre jour, au Hueco Mundo, tu m'as laissé les voir, et je me suis alors rendue compte que toutes tes émotions se lisaient dans tes yeux. C'est pour ça que tu les fermes, Gin ? Pour que personne n'ait accès ni à tes pensées, ni à tes sentiments ?
Il ne me répond pas immédiatement, comme surpris par mon analyse. Puis il reprend la parole, lentement.
- C'est donc pour ça que tu m'as demandé de les garder ouverts… saisit-il. Je comprends, Rangiku, que tu aies besoin de savoir si je me moque de toi ou si je pense vraiment ce que je dis. C'est tout à fait normal. Mais… ce que tu as dit est juste. Je ne peux me permettre de laisser quiconque deviner ce qu'il se passe en moi. J'étais avec Aizen durant toutes ces années, je me suis habitué à dissimuler mes pensées…
Il lève doucement une main à mon visage, qu'il caresse de ses longs doigts fins. À ce simple contact, des frissons me parcourent tout le long du corps.
- Mais juste pour toi, Rangiku, continue-t-il. Juste parce que c'est toi et parce que nous sommes seuls. Je veux bien faire une exception, pour que tu comprennes que je ne te mens pas.
Mon cœur s'arrête, en attente de ce qui va suivre. Et je ne suis pas déçue. Gin ouvre ses yeux et me fixe. Ses yeux clairs me transpercent du regard, et je m'abandonne à eux, entièrement sous leur emprise.
- Je t'aime, Rangiku, répète-t-il.
Et ses yeux parlent en même temps que ses lèvres. J'y vois tout son amour pour moi, toute la volonté qu'il a de me faire comprendre qu'il ne me ment pas, toute sa tendresse à mon égard… Et je suis enfin convaincue de sa sincérité. Cette certitude d'être aimée que j'attends depuis tellement longtemps, je l'ai enfin. Enfin !
Ses doigts passent de mon visage à mes cheveux, pleins de douceur et d'amour. Oui, d'amour. Je le sais, maintenant. Il suffisait d'une petite chose si simple pour que j'y croie ? Il lui suffisait juste d'ouvrir les yeux ? Si nous nous en étions rendus compte avant, tout aurait été tellement plus simple !
Mais au final, il aurait quand même dû partir en prison…
- Je t'aime, Rangiku, susurre-t-il. Tu me croies, cette fois ?
À mon tour, je passe ma main sur son visage. J'oublie la situation dans laquelle nous sommes, la prison à laquelle il est condamné, pour ne plus me concentrer que sur le moment présent. Je laisse une larme de bonheur couler librement sur ma joue, contrairement à tout à l'heure. Qu'est-ce que j'en ai à faire ? Je suis heureuse. Autant le montrer.
- Moi aussi je t'aime, Gin.
Je franchis les quelques centimètres qui nous séparaient et dépose mes lèvres contre les siennes. Cette fois, je suis persuadée qu'il m'aime, aucune pensée parasite ne vient gâcher ce moment si parfait. Chaque cellule de mon corps frissonne de plaisir tandis que je suis littéralement collée contre lui. Ses mains sur mon corps… Ses lèvres contre les miennes… Nos cœurs qui battent à l'unisson… Comment ai-je pu vivre sans, jusqu'à maintenant ? Ce bonheur est tout simplement absolu.
C'est totalement différent de la dernière fois, juste avant son départ pour le Hueco Mundo. J'étais alors complètement indécise, je ne savais pas quoi faire, et je m'abandonnais à lui la peur au ventre. Aujourd'hui… Aujourd'hui, je sais que je peux lui faire confiance. Je voulais être sûre que nos gestes étaient guidés par l'amour, et par rien d'autre. C'est le cas à présent.
Combien de temps restons-nous ainsi ? J'ai l'impression que cet instant dure une éternité et en même temps, c'est comme si nous devions nous séparer trop rapidement. Car quelques coups frappés à la porte nous ramènent brusquement à la réalité. Nous nous écartons l'un de l'autre avec regrets, mais nos doigts viennent se lier.
Unohana Taicho entre, rapidement suivie des gardes. Déjà ? Vais-je devoir me séparer de Gin dès maintenant ? Non ! C'est trop tôt ! Mais déjà, on nous sépare, et je suis forcée à lâcher sa main. Alors comme ça, c'est fini ? Jamais plus il ne pourra être libre ? Tous nos rêves à peine éclos doivent mourir ici ?
- Pardonne-moi, Rangiku, sourit tristement Gin, qui a refermé ses yeux. Passe me voir en prison, s'il te plaît… Je crois que je m'y ennuierais un peu.
Je hoche la tête sans dire un mot. Ne pas pleurer. Après tout, ce n'est pas comme si il mourait…
Mourir ?
Il a échappé à la mort à la fin de la guerre contre Aizen, mais qu'y a-t-il gagné, si c'est pour finir en prison ? Vivre enfermé, ce n'est pas vivre, tout le monde le sait. Au final, à quoi a servi cette vision du futur ?
Non. Je ne dois pas être aussi défaitiste. Nous avons ainsi pu partager de merveilleux moments. Et puis, je le préfère en prison mais vivant que mort. Et de loin. Mais… si seulement nous avions pu mener une vie normale ensemble… Tout aurait pu être parfait, sans sa maudite trahison.
Il ne m'en a toujours pas donné la raison, d'ailleurs ! Je ne me rends compte que maintenant qu'il a bien habillement détourné la conversation, tout à l'heure. Mais la prochaine fois, il ne m'aura pas ! J'arriverai à le faire parler !
La prochaine fois…
- À bientôt, Gin, murmuré-je en laissant couler une larme.
Mais déjà, les gardes l'emportent loin de moi, et Unohana Taicho commence à vérifier mon état de santé, tandis que je suis dans un état second.
Gin est parti.
Toshiro
La nouvelle du réveil de Matsumoto me parvient assez rapidement via un papillon de l'enfer. Dès que je l'apprends, je me précipite vers les bâtiments de la 4e division, laissant tout mon travail inachevé sur mon bureau. Ça ne me ressemble pas, je sais, mais c'est plus fort que moi : je dois m'assurer qu'elle aille bien. Lorsque j'arrive dans sa chambre, je n'y trouve qu'Unohana et Matsumoto. Ichimaru est déjà reparti dans sa cellule, apparemment. Je dois avouer que je n'en suis pas mécontent, mais d'un autre côté… son départ est sans doute la raison de l'ombre de tristesse que je remarque du premier coup d'œil dans le regard de Matsumoto.
En m'entendant entrer, mon imbécile de Fukutaicho lève la tête. Aussitôt, ses lèvres s'étirent en un sourire heureux, contrastant étrangement avec cette lueur de chagrin qui ne quitte pas son regard.
- Taicho ! s'écrie-t-elle, joyeuse malgré tout. Vous êtes déjà là ? Vous avez fait vite ! Vous vous inquiétiez pour moi ?
- La ferme, idiote, soupiré-je. Tu es à peine réveillée et déjà, tu commences à brailler avec ton enthousiasme habituel ? Mais ne t'arrêtes-tu donc jamais ?
- Je viens juste de terminer ses examens de routine, sourit Unohana. Elle n'a rien et peut rentrer travailler dès maintenant.
- Déjà ? se plaint Matsumoto. Je ne peux pas me reposer encore un peu ? Je viens juste de me réveiller d'un coma de cinq jours, vous savez ?
- Justement, cinq jours de travail non fait t'attendent au bureau, rappelé-je. Il serait temps que tu t'y mettes.
À cette annonce, cette crétine manque s'étrangler. J'en profite pour m'adresser à Unohana.
- Merci d'avoir pris soin d'elle. Ichimaru a déjà été ramené à sa cellule ?
- Oui, il est parti i peine quelques minutes. Vous l'avez raté de peu.
- Tant mieux.
Je n'ai jamais caché mon animosité envers ce sale type, je ne vois pas pourquoi cela devrait changer aujourd'hui.
- Viens, Matsumoto. Nous n'avons plus rien à faire ici.
- Je maintiens que tout va trop vite dès mon réveil, ronchonne-t-elle.
Parfois, je me demande qui est l'adulte, parmi nous. Je pousse un soupir et, sans faire attention à ses protestations, me dirige sans un mot de plus vers la 10e division en enchaînant les shunpô. Je la sens me suivre de près. Elle a beau prétendre être fatiguée, elle n'a pas perdu ses capacités. C'est déjà ça.
Nous arrivons rapidement dans notre bureau. Alors que je m'apprêtais à reprendre mon travail là où je l'ai laissé, j'entends la voix de Matsumoto s'élever derrière, presque… timidement.
- Taicho… j'ai à vous parler.
Je me retourne, devinant plus ou moins ses pensées.
- Pour commencer, sachez que je ne vous en veux pas de m'avoir blessée. Je sais que vous culpabilisez, comme lorsque vous avez fait la même chose avec Hinamori. Mais je sais aussi que ce qui m'est arrivé n'était qu'un accident, et que vous n'y êtes pour rien. Ne vous en voulez pas pour ça, Taicho.
Évidemment, il fallait qu'elle évoque ce sujet. Elle me connaît bien, après tout le temps que nous avons passé ensemble. Elle sait que je me sens coupable et pleinement responsable de ce qui lui est arrivé. Alors certes, ce n'était pas voulu, mais…
- Taicho, ne faites pas cette tête ! me réprimande-t-elle comme le ferait une mère qui gronde son gamin. Je viens de vous dire de ne pas vous en faire pour ça ! Qu'est-ce que vous pouvez être têtu quand vous le voulez !
- Qui est le plus têtu, ici ? raillé-je.
- Vous !
- Mais oui, bien sûr… marmonné-je. Et sinon, c'est tout ce que tu avais à dire, c'est bon ?
- Non seulement vous êtes têtu, mais en plus vous êtes impatient, constate-t-elle.
- La ferme, idiote ! Dis-moi plutôt le reste des choses dont tu voulais me parler, qu'on en finisse !
- Taicho, je ne comprends pas… Je dois me taire ou parler ? demande-t-elle d'un air idiot, un doigt sur sa bouche comme si elle se posait réellement la question.
Mais qu'elle m'énerve ! Et bien sûr, il faut qu'elle éclate de rire devant mon air agacé. Je m'apprête à l'engueuler, mais elle se calme rapidement et reprend la parole d'une voix plus posée.
- Bon, j'arrête, sourit-elle. Vous en avez marre, et j'ai des questions importantes à vous poser.
Depuis quand sait-elle quand elle doit s'arrêter ? Avant, elle ne se calmait jamais sans que je ne passe mes nerfs sur elle ! Quelque chose a changé chez elle…
- Pouvez-vous me raconter en détail tout ce qu'il s'est passé depuis ma perte de connaissance, s'il vous plaît ? J'ai réussi à glaner quelques informations par-ci par-là, mais c'est toujours un peu floue dans mon esprit.
C'est vrai, elle a loupé pas mal d'évènements importants… alors je lui raconte tout : l'intervention d'Inoue, le lien qu'elle semble avoir avec Ulquiorra, notre retour à la Soul Society, les tests qu'Inoue aura bientôt finis de passer, mon initiative relative à Ichimaru… Je tente de ne rien oublier. Quand j'ai fini de parler, elle reste pensive quelques instants, le temps d'intégrer pleinement tout ce que je viens de dire.
- Voilà ce qui arrive quand je laisse tout ce petit monde se débrouiller sans moi pendant cinq jours… soupire-t-elle enfin. Je n'aurais jamais cru ça d'Orihime. J'irai lui parler tout à l'heure !
Puis elle me sourit. Pas d'un de ses sourires rayonnants et stupides à la fois dont elle a l'habitude, mais d'un sourire… triste. En accord avec la touche de nostalgie qui ne quitte pas ses yeux.
- Merci pour tout ce que vous avez fait, Taicho, me dit-elle très sérieusement. Merci de m'avoir permis de pouvoir partager quelques minutes avec Gin à mon réveil. Sans vous… Je n'aurais pas pu le voir. Et je sais que ça ne vous a pas fait spécialement plaisir de le laisser constamment dans ma chambre d'hôpital.
Je m'attends à ce qu'elle me saute dessus en m'étouffant entre ses seins, mais elle n'en fait rien. C'est étrange, mais je ne vais pas m'en plaindre, ça me va très bien comme ça !
Mais ça ne change rien au fait que je déteste les remerciements. Je bredouille quelques mots inintelligibles que je ne comprends pas moi-même tandis qu'elle continue à sourire. Elle me connaît bien, elle sait que je ne suis pas capable de plus dans ces conditions.
Une question me traverse l'esprit. À mon avis, elle n'en connaît pas la réponse, mais je décide de quand même la lui poser. On ne sait jamais.
- À propos d'Ichimaru… commencé-je. Sais-tu pourquoi il a prétendu avoir trahi la Soul Society pour toi ?
- Pas du tout ! grimace-t-elle. Mais je le saurai ! J'arriverai à le lui faire avouer !
Ça confirme ce que je pensais. Personne, pas même Matsumoto, ne connaît les véritables motivations du traître. Ça m'intrigue bien plus que ce que je n'aurais imaginé. Je vais mener ma petite enquête là-dessus…
- Et sinon, vous avez avancé avec Hinamori ? me demande-t-elle d'un air malicieux.
C'est dingue comme elle passe d'un sujet à un autre, d'une expression à une autre ! Comment fait-elle ?
Mais surtout…
- De quoi te mêles-tu, imbécile ? hurlé-je.
- Oh, vous vous mettez en colère ! ricane-t-elle. Ça veut bien dire que vous ne lui êtes pas indifférent !
- Mais arrête de chercher des signes là où il n'y en a pas ! Il n'y a rien entre nous ! Rien du tout ! Juste de l'amitié !
- Voyons, Taicho… Je suis sûre que Hinamori serait très triste d'entendre ça… Et vous ne voulez pas la rendre triste, n'est-ce pas ? Allez, racontez-moi !
Mais à quoi s'attend-elle ? Il n'y a rien entre elle et moi ! Et puis, même si il y avait quelque chose, je ne vois pas pourquoi je lui en parlerais ! Pourquoi devrait-elle savoir ce que je ressens lorsque Hinamori est dans les parages ?
Non ! Qu'est-ce que je raconte ? À cause d'elle, je me mets à m'imaginer avoir des sentiments pour celle que je considère comme ma sœur ! Mais c'est ridicule !
- Vous êtes tout rouge, Taicho ! éclate-t-elle de rire. Bon… J'ai ma réponse, je veux bien arrêter pour le moment. Mais ne vous attendez pas à ce que j'abandonne ! Je finirais par faire en sorte que les choses entre vous évoluent ! Enfin… Vous avez le temps, vous êtes jeunes après tout…
Son sourire se fait attendri, comme si elle se rappelait de vieux et précieux souvenirs. Pense-t-elle à Ichimaru ? Sans aucun doute.
- Au lieu de raconter des bêtises, mets-toi plutôt au travail !
Elle gémit, mais je n'y fais pas attention. J'ai l'habitude qu'elle soit réticente dès qu'il est question de paperasse. Elle finit par se mettre à son bureau, et le silence s'installe. Pendant plusieurs minutes, aucun de nous ne prend la parole, jusqu'à ce que quelqu'un toque à la porte.
- Entrez, ordonné-je.
Ise apparaît à l'entrée et s'incline devant nous.
- Bonjour, Hitsugaya Taicho, me salue-t-elle. J'ai entendu dire que Rangiku-san était sortie de l'hôpital, et je venais prendre de ses nouvelles.
- Nanao ! sourit l'intéressée. Je suis contente de te voir !
- Ise, j'imagine que tu n'es pas la seule à te faire du souci pour elle ? demandé-je.
- En effet… affirme-elle. Je sais que plusieurs personnes prévoient de passer voir Rangiku d'ici quelques heures, quand ils seront disponibles.
J'imagine déjà toute une ribambelle de gens débarquer dans mon bureau. Jamais je ne pourrai me concentrer avec tout le bazar qu'ils mettront à coup sûr.
- Matsumoto, je t'autorise à sortir pour aller voir toi-même tes amis, dis-je.
- Vraiment, Taicho ? s'enthousiasme-t-elle. Merci !
Et voilà, elle me prend dans ses bras et m'étouffe entre ses seins énormes. Ça ne m'avait pas manqué, ça !
- Lâche-moi, idiote ! crié-je. Je ne fais pas ça par bonté de cœur, juste pour que tu ne mettes pas le désordre dans mon bureau !
- Mais oui, mais oui ! rit-elle. À plus tard, Taicho !
Et elle sort, me laissant enfin tranquille. Cette idiote ! Un jour, elle me tuera ! Que ce soit par étouffement ou par épuisement, je n'en sais rien, mais si je meurs prématurément, ce ne sera pas de la faute d'un quelconque ennemi, mais de la sienne !
Bref. Maintenant qu'elle n'est plus là, je compte bien commencer ma petite enquête sur Ichimaru. Car je ne veux pas qu'elle apprenne que je cherche à en savoir plus sur lui. Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais j'ai le sentiment que, même si ça la concerne, ou peut-être justement à cause de ça, elle ne doit pas être au courant de mon initiative. Pas tout de suite, en tout cas. Peut-être ai-je peur que ses sentiments pour Ichimaru ne me bloquent dans mes recherches ? Je ne sais pas, mais ce n'est pas impossible.
Quoi qu'il en soit, je sors des bâtiments de la 12e division et me dirige vers les archives. C'est le premier endroit où je pourrais éventuellement trouver quelque chose d'intéressant. Quoi exactement ? Je l'ignore complètement. Sans doute devrais-je commencer à chercher dans les archives légèrement antérieures à l'arrivée d'Ichimaru au sein du Gotei 13, ou même à son entrée à l'académie des Shinigami…
Mais en tout cas, je trouverai, et je comprendrai son but réel.
Orihime
Pendant des jours et des jours, j'ai dû répondre à de nombreux interrogatoires, passer des tests de santé, ainsi que plein d'autres choses… Je n'en peux plus. Je veux rentrer chez moi pour voir Ulquiorra. Plus rien d'autre ne compte à mes yeux, à présent.
Heureusement pour moi, les tests sont finis, et j'attends depuis plusieurs heures déjà les résultats. Et pendant ce temps… je ne fais rien. Et je m'ennuie. Enfin, Kuchiki-san est bien venue me voir pour la première visite qui m'a été accordée depuis mon arrivée à la Soul Society, mais elle a dû rapidement repartir, ayant des choses à faire dans sa division. Elle a tenté de comprendre mes sentiments pour Ulquiorra, et j'ai bien vu qu'elle faisait de son mieux pour ne pas nous juger hâtivement, mais… Je pense qu'elle ne peut tout simplement pas concevoir qu'une de ses amies humaines soit en couple avec un des plus puissants Arrancar.
Je suis donc seule dans ma chambre d'hôpital, attendant que quelque chose arrive, quand quelqu'un toque à la porte de ma chambre, que je m'empresse d'aller ouvrir.
- Rangiku-san ! m'exclamé-je en la voyant devant moi, réellement heureuse. Comment vas-tu ? Je ne savais pas que tu étais réveillée !
- J'ai ouvert les yeux i peine quelques heures ! m'informe-t-elle. Je vais plutôt bien, et toi ? Je peux entrer ?
- Oui, bien sûr ! Je commençais à m'ennuyer, ça va me faire du bien d'avoir un peu de compagnie !
Et surtout, je pourrai lui poser quelques petites questions concernant un certain traître…
Elle entre et s'assied sur mon lit sans se gêner, comme si elle était chez elle. Enfin, c'est Rangiku-san, quoi. Mais bon, je commence à être habituée à son caractère légèrement… envahissant. Je m'assieds à ses côtés, tandis qu'elle commence à me parler.
- Merci beaucoup de m'avoir sauvée, Orihime ! sourit-elle. Sans toi, je serais morte.
- Oh, de rien ! C'est normal ! Je n'allais tout de même pas te laisser mourir…
- Eh bien, honnêtement, je viens de passer saluer plusieurs personnes qui attendaient mon réveil, nous avons parlé, et ceux qui étaient en mission au Hueco Mundo craignaient apparemment que tu refuses de me sauver… Même si aucun ne l'a dit clairement. Je l'ai juste déduit de leur comportement. Je ne t'ai pas vu avec Ulquiorra, mais d'après ce que l'on m'a raconté, vous aviez l'air vraiment très proches… C'est vrai, ce que l'on raconte ?
- Tout dépend de ce que l'on raconte précisément.
Après tout, j'ai été plus ou moins coupée du monde, ces derniers jours. Aucune nouvelle ne m'est parvenue, aucune rumeur, rien. Je n'ai vu personne à part les Shinigami de la 4e division.
- Eh bien… hésite Rangiku-san. Cela dépend des versions. Certains n'osent même pas accepter l'idée qu'une humaine et un Arrancar puissent être proches, et prétendent qu'il est évident que tu te fais complètement manipuler, tandis que d'autres, plus ouverts d'esprit, reconnaissent qu'il avait l'air de tenir à toi. Je ne sais pas qui croire, alors j'ai décidé de venir te poser directement la question. Et puis… Je pensais que tu aimais Ichigo ?
Hein ? Ah oui, c'est vrai. Je lui ai dit, il y a longtemps, que j'aimais Kurosaki-kun. Mais cela me paraît tellement lointain…
- C'est du passé, expliqué-je. Mes sentiments pour lui ont disparus pour faire place à ceux pour Ulquiorra. C'est… je ne saurais pas comment l'expliquer. Je l'aime, c'est tout. Mais et toi, Rangiku-san ?
- Comment ça, et moi ?
J'hésite un peu. Je ne suis pas habituée à parler de mes sentiments, et encore moins de ceux des autres. Prendra-t-elle mal ma question ? Refusera-t-elle de me répondre ? Mais en même temps, j'ai envie de savoir…
- Rangiku-san… questionné-je timidement. Y a-t-il quelque chose… entre Ichimaru et toi ?
Je m'attends à ce qu'elle me rit au nez, ou peut-être à ce qu'elle me hurle dessus en me disant que ce ne sont pas mes affaires, mais non. Elle sourit tristement. Je ne lui ai jamais vu cette expression sur le visage. Rangiku-san est toujours joyeuse, débordante d'énergie, presque étouffante, et là… Je vois une nouvelle facette de sa personnalité que je n'aurais même pas soupçonnée. Est-ce parce que je la connais mal, ou parce qu'elle dissimule merveilleusement bien cet aspect d'elle-même d'habitude ? Après tout, ce n'est pas comme si je la fréquentais tous les jours…
- Gin et moi nous aimons, m'annonce-t-elle simplement.
Elle m'aurait déclaré être en réalité une extraterrestre venue d'une planète lointaine pour envahir la Terre que j'aurais sans doute eu la même réaction. J'écarquille les yeux, ouvre la bouche comme un poisson faisant des bulles et perds ma voix l'espace de quelques secondes. Elle me regarde sans rien dire, un air rieur dans les yeux, et je crains un instant qu'elle ne se moque de moi. Mais non, malgré tout, elle paraît bien être mortellement sérieuse.
Bon. Après ce que j'ai vu au Hueco Mundo, je veux bien croire qu'Ichimaru l'aime, même si ça me fait vraiment bizarre de me dire que cet homme peut avoir des sentiments pareils. Mais elle… Que lui trouve-t-elle ?
- Rangiku-san ? balbutié-je. Sérieusement ? Je… Je… Depuis quand ?
- J'imagine que des rumeurs doivent circuler depuis longtemps sur lui et moi, ronchonne-t-elle. Lesquelles as-tu entendues ?
- Aucune… avoué-je honnêtement. Je ne savais même pas que vous étiez ensemble, seulement… Au Hueco Mundo, quand je suis venue te guérir, il semblait tellement dévasté par ta prétendue mort… Je ne l'avais jamais vu comme ça. Il avait vraiment l'air de t'aimer, et je me demandais si c'était réciproque, mais… Je ne comprends pas… Comment…? Enfin, je veux dire… C'est un traître !
- Et Ulquiorra n'est-il pas un Arrancar ?
- Euh… Je… C'est différent…
- Et en quoi ?
Je n'ai jamais vu Rangiku-san aussi sérieuse. Puis-je vraiment lui parler en toute honnêteté et lui dire le fond de ma pensée sans qu'elle ne m'en veuille, ni ne détourne la conversation ? Bizarrement, je suis convaincue que oui.
Je prends donc une inspiration et me lance.
- Eh bien, pardonne ma franchise, mais Ichimaru est un traître. Il a sans doute tué de nombreuses personnes pour arriver à ses fins, il ne se soucie que de ses propres intérêts… À mes yeux, il a le cœur souillé. Je suis désolée de dire ça de l'homme que tu aimes, mais c'est la vérité.
- Et Ulquiorra ? Il n'a pas de cœur, c'est pire.
Elle n'est pas énervée contre moi. Au contraire, j'ai l'impression qu'elle tient compte de chacun de mes propos, comme pour avoir un avis extérieur sur sa relation avec Ichimaru, mais… je pense que, quoi que je dise, ça ne changera pas ce qu'elle pense de lui. Mais je continue quand même.
- Ulquiorra n'a pas de cœur, certes, mais pour un Arrancar, il est incroyable ! Je vois bien qu'il fait de son mieux pour répondre à mes sentiments. Aucun de nous ne sait si ce qu'il ressent est vraiment de l'amour, mais nous savons tous les deux qu'en tant qu'Arrancar, il ne peut m'offrir plus. C'est peut-être plus de l'attirance, de l'intérêt ou de la curiosité qu'autre chose, mais nous n'en avons pas grand-chose à faire. Et puis, je trouve que les Shinigami ont une vision du monde bien réduite. Selon eux, les Arrancar sont les méchants, et les Shinigami sont les gentils, point final. Ne le prends pas mal, mais c'est une opinion tout à fait relative. Il n'y a ni « méchant » ni « gentil » en réalité, juste le côté dans lequel on est et… les autres.
J'ai l'impression de m'être un peu éloignée du sujet d'origine…
- Et toi, Orihime ? me demande Rangiku-san. De quel côté es-tu ?
Sa question me prend au dépourvue.
- De quel côté ? répété-je bêtement. Euh… Je n'ai pas vraiment de « côté »…
- Cette réponse pourrait être prise comme étant une trahison par certains, tu ne crois pas ? Une trahison… Exactement ce que tu reproches à Gin, n'est-ce pas ?
À ces mots, je me fige. Elle est en train de me comparer à ce monstre, là ? En voyant mon air choqué, elle me sourit et développe ses propos.
- Je sais bien que tu n'es pas comme lui, Orihime, me rassure-t-elle. Et il est tout à fait normal que tu penses ça de Gin. Il est assez flippant, je dois le reconnaître, et moi-même, j'ai douté de son amour pendant longtemps… En fait, je ne lui fais confiance que depuis mon réveil, si tu veux tout savoir. Je sais bien qu'il est plein de défauts, qu'il a du sang sur les mains, qu'il a commis de nombreux crimes et qu'il mérite la prison à laquelle il est condamné… Mais je l'aime. Pourrais-tu expliquer rationnellement ce que tu ressens pour Ulquiorra ? Non, bien sûr. Personne ne peut mêler le cœur et la raison. Ce sont des choses qui ne vont tout simplement pas ensemble. Je sais parfaitement que Gin n'est pas quelqu'un de recommandable, mais je ne peux contrôler ce que je ressens pour lui…
Waouh. Elle l'aime à ce point ? Je ne peux m'empêcher de comparer ses sentiments aux miens, et… je dois reconnaître qu'ils sont assez similaires. Comme elle, je ne contrôle rien de ce que je ressens pour Ulquiorra. Comme elle, je sais qu'Ulquiorra est, à la base, mon ennemi. Mais comme elle, je n'en ai, au final, pas grand-chose à faire…
- Et puis, honnêtement, ta relation avec Ulquiorra n'est pas très… saine… non plus. C'est un Arrancar, un Hollow. Vous n'avez rien en commun, pas même la vie… Qui te dit qu'il t'aime vraiment ? Qu'il ne te manipule pas ? Tu peux t'attendre à tout de la part des Arrancar.
Elle rit nerveusement.
- Je suis assez ridicule, en fait, continue-t-elle. Ces questions que je te pose, je me les posais à moi-même il n'y a pas si longtemps…
Je ne suis pas très surprise par ce qu'elle dit. Avec Ichimaru, comment peut-elle avoir la certitude que ses sentiments sont réciproques ?
- Orihime, reprend-elle, je pense très sérieusement que tu es la plus à même de comprendre mes sentiments pour Gin… Et inversement.
Elle n'a pas tort. Personne, à la Soul Society ou même ailleurs, ne semble accepter ce que nous ressentons, toutes les deux… Voir même tous les quatre. D'une certaine manière, notre situation à elle et moi sont assez similaires. Mais il n'empêche que je pense toujours la même chose d'Ichimaru… En revanche, je veux bien concevoir que Rangiku et lui s'aiment, aussi bizarre que cela puisse paraître. Après tout, personne ne s'attendait à ce qu'il y ait quoi que ce soit entre Ulquiorra et moi.
- Tu as peut-être raison, Rangiku-san… admets-je. Mais je ne peux m'empêcher de me dire que toute cette histoire est… très bizarre.
- Franchement, je pense la même chose. Mais c'est justement parce que nous vivons toutes les deux des choses assez étranges que nous devrions nous soutenir mutuellement, tu ne penses pas ?
- Nous soutenir mutuellement ? Qu'entends-tu par là ?
- Eh bien, on peut dire que je te propose une sorte de marché. Dès que quelqu'un dit du mal d'Ulquiorra et toi dans votre dos, je vous défendrai, même si je n'ai jamais vu Ulquiorra, et vice-versa ! Qu'est-ce que tu en dis ?
Je dois avouer que la proposition de Rangiku-san est plutôt rassurante. Ça me ferait du bien de me dire qu'Ulquiorra et moi ne sommes pas seuls face à la Soul Society, que quelqu'un est avec nous et nous soutient. Et même si je n'ai pas confiance en Ichimaru, j'apprécie beaucoup Rangiku-san. Elle m'a déjà remonté le moral à sa façon quand je lui ai avoué, il y a longtemps, aimer Kurosaki-kun, et aujourd'hui, elle me tend une main amicale au milieu de ce monde qui n'accepte pas l'étrangeté de mes sentiments.
- C'est d'accord, souris-je.
- Merci beaucoup, Orihime !
Et évidemment, parce que Rangiku-san reste Rangiku-san, elle se jette sur moi en me prenant dans ses bras et en m'écrasant contre ses seins. Je tente de lui faire comprendre que j'étouffe, mais elle ne semble pas s'en apercevoir.
- Je savais que je pouvais compter sur toi, Orihime !
- Euh… Rangiku-san… J'étouffe !
- Oui, oui ! Pardon !
Elle s'écarte enfin, me laissant respirer un peu d'air. C'est alors que nous entendons quelqu'un toquer la porte. Rangiku-san s'empresse d'aller ouvrir, comme si cette pièce était sa chambre d'hôpital et non la mienne. Unohana Taicho en personne se tient sur le seuil, ce qui m'étonne. Les résultats de mes tests sont donc si importants que ça ? Car c'est bien pour ça qu'elle est là, non ?
- Orihime, Rangiku-san, nous salue la nouvelle venue en inclinant sa tête vers nous. J'imagine que vous vous doutez de la raison de ma présence ici.
Nous hochons la tête toutes les deux. C'est assez évident. Rangiku-san s'efface devant elle, la laissant entrer, et referme la porte derrière elle.
- Orihime, veux-tu que je t'annonce la conclusion des tests seule à seule ?
- Ce n'est pas la peine, la rassuré-je. Rangiku-san peut rester.
Unohana Taicho hoche la tête et sort ce qui semble être le rapport fait par les Shinigami de sa division à mon propos.
- « Inoue Orihime ne semble avoir subi aucun dégât physique », lit-elle. « En revanche, nous avons constaté chez elle un changement de la personnalité. Elle semble s'être endurcie au contact des Arrancar, qui l'ont potentiellement manipulée pour qu'elle voie la Soul Society d'un mauvais œil. Sans doute a-t-elle subi une sorte de lavage de cerveau. En partant du principe qu'en tant qu'Arrancar, Ulquiorra Schiffer ne peut pas l'aimer et profite de ses sentiments, nous en avons conclu qu'elle devait rester encore quelques temps à la Soul Society pour se purger de ces idées que les Arrancar ont tenté d'introduire en elle. »
À ces mots, mon cœur manque un battement. Rester à la Soul Society ? Et ne pas pouvoir voir Ulquiorra avant encore longtemps ?
- Jamais ! hurlé-je à la stupéfaction de Rangiku-san et Unohana Taicho.
Changement de la personnalité, a-t-elle dit ? Eh bien, elle va voir. Elle va l'avoir, son changement de personnalité !
- Je refuse de rester dans cet endroit ne serait-ce qu'une journée de plus ! J'en ai plus qu'assez de vos idées toutes faites ! Pourquoi m'avez-vous fait passer ces tests, au juste ? Je suis sûre que vous auriez eu ces résultats quoi que je fasse, juste pour vous conforter dans vos préjugés ! Je suis restée un peu trop longtemps à vos yeux au Hueco Mundo, donc j'y ai forcément été manipulée, n'est-ce pas ? J'aime un Arrancar, mais comme c'est votre ennemi, vous êtes persuadés que ce n'est pas réciproque, n'est-ce pas ? Et puis, pour appuyer vos propos, vous vous servez du fait qu'il n'ait pas de cœur ! Comme c'est pratique ! Et vous voulez effacer les effets de mon prétendu « lavage de cerveau » par un séjour prolongé au Seireitei ? Je ne vois pas la manipulation au même endroit que vous. Jusque là, je pensais uniquement que vous aviez une vision du monde bien réduite, mais en fait, c'est pire que ce que je croyais. Cette étroite vision du monde, vous voulez l'imposer à votre entourage. Vous êtes pathétiques.
Le visage d'Unohana est figé dans une expression indéchiffrable, tandis que Rangiku-san me regarde un peu de la même façon que moi quand elle m'a annoncé aimer Ichimaru, tout à l'heure. Un silence de mort plane dans la petite pièce, si bien que j'ai l'impression d'en avoir un peu trop fait. Ma tirade ne peut que confirmer à Unohana Taicho ce qu'elle pensait déjà savoir… À ses yeux, je dois avoir l'air d'un monstre. Une humaine qui prend la défense des Arrancar face à la Soul Society ? Ça ne s'est sans doute jamais vu…
Je n'aurais pas dû dire tout ça. Maintenant, elle va sûrement demander à ce qu'on m'enferme dans un hôpital psychiatrique, ou quelque chose comme ça, puis je serai séparée d'Ulquiorra pendant bien trop longtemps… Ils me raconteront des horreurs sur lui pendant des heures et des heures, jusqu'à ce que je le déteste, jusqu'à ce que je le haïsse, jusqu'à ce que j'oublie mes sentiments actuels pour lui… Mais je ne veux pas ! Même si c'est difficile à vivre, je ne veux pas imaginer un futur où il ne serait pas à mes côtés ! Mais je n'ai sans doute pas choisi la meilleure des façons de convaincre Unohana Taicho de me laisser retourner sur Terre…
- Unohana Taicho… intervient Rangiku-san, brisant ainsi le silence pesant. Pardonnez à Orihime, elle est un peu fatiguée de ce qu'il s'est passé ces derniers jours… Elle revient du Hueco Mundo, et au lieu de la laisser se reposer tranquillement et se remettre de ce qu'elle a pu y vivre, on lui fait passer toute une batterie de tests. Et alors qu'elle pensait pouvoir enfin rentrer chez elle, revoir ses amis qu'elle n'a pas vus depuis des mois pour certains et qui s'inquiètent pour elle, vous lui annoncez qu'elle va encore devoir rester ici ? Comprenez qu'elle prenne mal cette information. Elle ne pensait pas ce qu'elle disait. Ce n'est pas du tout une histoire de lavage de cerveau, de Shinigami ou d'Arrancar, juste une histoire de fatigue. Laissez-la respirer un peu. Après tout, quel mal pourrait-elle faire dans le monde réel ?
Unohana Taicho regarde Rangiku-san… bizarrement. Enfin, elle sourit toujours, elle a toujours cet air doux sur le visage, mais… comment dire… C'est comme si une aura étrange l'enveloppait. Et franchement, elle fait peur. J'admire Rangiku-san d'avoir réussi à lui parler sans interruption jusqu'à maintenant.
- C'est tout ce que vous avez à dire, Rangiku-san ? demande Unohana Taicho tout en conservant son sourire.
Mon amie perd de son assurance, mais je ne lui en veux pas. Elle a tenté de me sauver la mise du mieux qu'elle pouvait, c'est déjà énorme. Et elle a eu raison de mettre mon comportement sur le compte de la fatigue. C'est ce que j'aurais dû prétendre dès le début : être épuisée, avoir besoin de rentrer chez moi revoir mes amis, leur dire que Tatsuki-chan me manque… Je me demande quelle sera sa réaction, d'ailleurs, lorsqu'elle apprendra que j'aime un Arrancar. Même si elle ne sait sûrement pas ce que c'est… À moins que Kurosaki-kun, ou quelqu'un d'autre, ne le lui ait expliqué. Ce qui est fort probable. Je vais certainement devoir faire face à quelques petits problèmes quand je rentrerai sur Terre…
Si je rentre.
Unohana Taicho me fait face en souriant. Elle est presque aussi effrayante qu'Ichimaru, à sa façon.
- À vrai dire, m'explique-t-elle, à la 4e division, beaucoup s'attendaient à ce que tu refuses ainsi, Orihime. Et nous avions déjà décidé de te laisser partir si tu protestais. Tu peux donc rentrer chez toi.
Hein ? C'est trop facile. Beaucoup trop facile. Il y a forcément un piège. Elle ne peut pas me laisser partir si facilement… Je la regarde sans comprendre.
- Vous êtes sérieuse ? demandé-je, hésitante.
- Tout à fait. Tu es à présent libre de tes mouvements. Préviens tes amis de ton départ et rentre chez toi, répète-t-elle.
J'échange un regard avec Rangiku-san, alors qu'Unohana Taicho se retire. Qu'est-ce que ça signifie ? Où est le piège ? Comment dois-je réagir ? C'est bien trop beau pour être honnête.
Mais après tout… Ce n'est pas comme si j'allais m'empêcher de voir Ulquiorra, non ?
- Quelque chose cloche, n'est-ce pas, Rangiku-san ?
- C'est obligé… tu vas quand même rentrer chez toi ?
Je réfléchis quelques secondes. Voir Ulquiorra au risque de tomber dans un piège, ou rester et attendre encore pendant des jours avant de le voir ? Le choix est vite fait.
- Je n'en peux plus d'être ici. Il se passe quelque chose de pas normal avec Unohana Taicho, mais… je pars.
Je ramasse rapidement mes maigres affaires et me dirige vers la porte, avant de tourner ma tête vers Rangiku-san, qui n'a pas bougé et m'observe.
- Rangiku-san ? demandé-je.
- Tu as changé, constate-t-elle simplement.
- Ah… Euh… D'accord… C'est un compliment ou un reproche ?
- Je ne sais pas, Orihime… Je ne sais pas.
J'espère que ce chapitre vous a plu ! Celui de la semaine prochaine sera peut-être un peu en retard.
