Chapitre 11 : Manipulation
Ce soir-là, James se trouvait dans sa salle de classe. Il n'avait pas de copie à corriger, et était trop préoccupé pour s'avancer dans la préparation de ses cours. Il avait besoin d'un moment à lui seul pour se recentrer et mettre ses idées au clair. Il profitait également de l'occasion pour s'isoler en espérant ne pas avoir de contact avec Rodmilla.
Mais dans quelle situation s'était-il mis ? Il aurait assumé sans difficulté sa liaison avec une élève auprès de Dumbledore, ayant eu des mois pour se préparer à l'éventualité d'être découvert. Mais le chantage malsain de son ex le laissait perplexe. Il ne voyait pas comment sortir de cette impasse.
Il devait aller voir Lily pour la rassurer et lui faire un compte-rendu de son accord avec Rodmilla, mais il ne pouvait s'y résoudre. Tout était tellement tiré par les cheveux, il n'avait pas dû se montrer assez malin lors de leur confrontation. Il n'aimait pas ce rôle de marionnette qu'on voulait lui donner, et il ne voulait pas que Lily le voit ainsi, comme un pion. Il souhaitait pouvoir lui dire de ne pas s'inquiéter, qu'il gérait la situation, mais il craignait qu'elle ne voit à travers ce mensonge.
Il allait utiliser de la poudre de cheminette pour demander conseil à ses amis, quand un hibou le surprit, tapant du bec contre la fenêtre. James alla lui ouvrir et déroula la missive qui lui était adressée :
« Un sort impardonnable a été lancé dans l'établissement. Miss Evans est à l'infirmerie. Rejoignez-nous au plus vite.
Albus »
Le cœur de James battit si fort qu'il eut l'impression qu'on lui arrachait de la poitrine. Durant sa course effrénée jusqu'à l'infirmerie, il avait conscience qu'il se souviendrait longtemps de ce moment comme le plus angoissant de sa vie. Au bout de minutes qui lui parurent une éternité, il arrivait enfin à destination.
_ James ! S'exclamèrent à la fois Lily et Dumbledore.
Lily était allongée dans un lit, le dos relevé par des coussins. Elle était pâle, mais semblait aller plutôt bien. Tout à son soulagement, James ne remarqua pas l'éclair de compréhension qui passa entre Albus et Minerva, lorsque la préfète l'appela par son prénom, le soulagement visible sur son visage.
_ James, dites-moi que ce n'est pas ce que je pense, demanda Mc Gonagall.
Il s'approcha du lit de Lily sans un mot. Il voulait par sa présence lui faire comprendre qu'elle était désormais à l'abri, et qu'il ne se déroberait pas.
_ C'est exactement ce que vous pensez, Minerva.
Il se tourna vers Albus :
_ C'est entièrement de ma faute. Je suis prêt à faire mes valises sur le champ, si vous m'assurez qu'une sécurité avancée sera mise en place pour qu'elle ne soit pas attaquée à nouveau.
_ James, cette effroyable agression mise à part, vous rendez-vous compte de la position dans laquelle vous nous mettez vis-à-vis de votre fiancée ? Souligna Minerva.
_ Fiancée ? S'étonna Dumbledore.
_ Je ne suis pas fiancé. Et puisque Lily n'est plus en sécurité, je n'ai aucune raison de continuer à me soumettre au chantage du professeur Pool.
_ James, commença Albus, nous entamons une période noire : des Mangemorts ont réussi à infiltrer les rangs de nos étudiants et ont commis une attaque dans l'enceinte de l'école. C'est maintenant que nous avons besoin de vous, d'un apprenti auror, pour aider à renforcer notre sécurité. A la place, vous me parlez d'une liaison avec une élève et de chantage au sein du corps professoral !
Albus fit une pause et reprit plus calmement :
_ Miss Evans, reposez-vous. Ne vous inquiétez pas, vous serez en sécurité ici jusqu'à vos ASPICs. Minerva, pouvez-vous organiser un tour de garde devant l'infirmerie ? James, suivez-moi dans mon bureau.
Il lança un regard bienveillant à Lily, un sourire à Minerva et sortit de la pièce, James lui emboitant le pas.
Ils avaient voulu la garder à l'infirmerie, mais pour Lily, il en était hors de question. Elle y était restée deux jours dans une ignorance totale, sans nouvelle de James. Il fallait qu'elle lui parle, et très rapidement, avant que quelqu'un d'autre ne le fasse. Elle voulait aussi se montrer : elle ne donnerait pas à ses assaillants la satisfaction de se croire vainqueurs. Ces derniers se trouvaient d'ailleurs à ses côtés, devant la salle de défense contre les forces du mal, à attendre l'arrivée de leur professeur. Ils la regardaient avec insistance, sûrement curieux de savoir ce qu'elle avait pu raconter. Sa réponse fut de se tenir droite et de feindre la nonchalance, un sourire au coin des lèvres.
Des pas pressés résonnèrent dans le couloir. Les élèves se retournèrent pour constater qu'il ne s'agissait pas de leur professeur en retard, mais du directeur.
_ Le professeur Potter a du s'absenter pour des raisons personnelles, expliqua Dumbledore. Je vous ferai cours jusqu'à l'examen.
Il ouvrit la porte et entra dans la classe, invitant les septièmes années à en faire de même.
_ S'absenter une semaine avant les ASPICs ? Il s'est fait viré, oui, le Gryffondor ! S'exclama un Serpentard.
Cette réflexion fit démarrer les messes basses des élèves. Dans le flot de murmures, un des attaquants de Lily glissa :
_ On dirait qu'il y en a une qui s'est prise un « Endoloris » pour rien.
_ Traînée ! S'exclama le deuxième en faisant mine d'éternuer.
Lily les ignora et entra dans la classe la tête haute, allant s'assoir au premier rang. Elle n'y resta pas seule longtemps, Stan la rejoignant et s'asseyant à côté d'elle.
_ Qu'est-ce que tu fais ? Demanda-t-elle avant qu'il ne sorte ses affaires.
Cela confirma au jeune homme que la colère de Lily était également dirigée contre lui, et il tenta de s'expliquer :
_ Je n'étais pas au courant pour l'en…
_ Je m'en fou, l'interrompit-elle.
_ Ecoute, maintenant qu'il y a la preuve que tu as respecté ta mission, on peut être ensemble, comme prévu. Tu ne vas quand même pas gâcher ça, après tous ces mois de sacrifice.
_ Regarde-moi faire, lui répondit-elle en prenant ses affaires et en allant s'assoir à un autre pupitre.
Secoué, il balaya la pièce du regard et rejoignit Julia. La jeune fille comprit qu'il avait été rejeté face à son air dépité. L'insuffisance de la préfète-en-chef l'énervait au plus haut point. Elle avait espéré que ces mois à jouer la putain de Potter dégoûteraient Stan, mais ce n'était pas arrivé. Apparemment, même leur professeur était tombé dans ses filets. Julia voyait vert : non seulement Lily s'était trouvée un preux chevalier, mais en plus elle n'avait plus besoin de rejoindre les rangs des Mangemorts. La perspective de ce qui l'attendait à la sortie faisait frissonner Julia. Encore une fois, Lily gagnait. Mais elle ne la laisserait pas s'en tirer si facilement.
Le soir tombé, Julia s'isola pour écrire une lettre à James. Elle s'amusait du fait qu'elle n'avait pas besoin de mentir pour nuire à Lily. Elle expliqua comment, par amour pour Stan, elle avait accepté de jouer l'appât pour les Mangemorts. Son but : récolter un maximum d'informations sur les aurors et la direction de Poudlard afin de se faire accepter. C'est le cœur léger que Julia revint de la volière, après avoir envoyé sa lettre anonyme. Une demi-heure plus tard, elle aurait croisé Lily, qui elle aussi avait envoyé une lettre à leur professeur. Elle lui écrivait qu'elle avait quelque chose de très important à lui dire, et qu'elle l'aimait.
Lily n'eut pas à attendre longtemps pour recevoir une réponse : la missive arriva au petit-déjeuner.
« Je suis au courant de ta trahison. Un Serpentard reste un Serpentard. Tu me dégoutes.
Oublie-moi, James »
