Chapitre 11 : « Ton masque a de plus en plus de fissures. Il est prêt à tomber d'un instant à l'autre. Alors pourquoi t'obstines-tu à le garder ? » Lolo57

« Aurore… Réveille-toi… Aurore… »

Sentant qu'on la secouait gentiment, la coordinatrice émit un semblant de réponse et ouvrit les paupières. Sa vision était floue, mais elle pouvait distinguer un bras tendu qui se refermait sans aucun doute sur son épaule, un sourire chaleureux ainsi qu'une boucle rose, certainement des cheveux… Ah, c'était l'infirmière Joëlle… Aurore referma lourdement ses yeux, comme si un poids s'était accroché à ses paupières… Elle les re-ouvrit et vit la silhouette blanche de l'auxiliaire de soin accroupit près du corps de Paul. Elle réprima ensuite un bref soupir et clos une deuxième fois ses yeux. Elle avait l'impression qu'un troupeau de rhinocéros lui était passé dessus tellement ses membres étaient endoloris… En fait, ils ne répondaient pas à ses ordres, même si elle les suppliait mentalement.

La coordinatrice dévoila ses deux orbes bleus à la lumière du jour et remarqua alors que Paul n'était plus contre le mur. Elle se redressa et posa automatique ses pieds au sol sans pour autant être debout. Où est-ce qu'il était passé, encore… ? Elle soupira longuement en se frottant les yeux, bailla à s'en décrocher la mâchoire et se leva enfin pour s'étirer les muscles. Elle se retourna pour fouiller dans son sac et en sortit son téléphone portable. L'écran affichait 10h30. Il n'était pas trop tard, cela allait. Aurore rangea son appareil en prenant soin de refermer la fermeture éclair, agrippa mollement son sac pour le caler sur son dos, et partit en direction du hall, le pas lourd.

Une fois arrivée, elle se posta devant le comptoir et salua poliment l'infirmière Joëlle afin d'attirer son attention. Elle ouvrit la bouche pour la questionner afin de se renseigner sur l'endroit où Paul se trouvait, mais la femme aux cheveux roses lui coupa l'herbe sous le pied.

« Si tu cherches ton ami, il est à la cafétéria en train de prendre son petit déjeuner. » Informa-t-elle

Aurore la regard d'un air éreinté. Pourquoi, visiblement, cela ne l'étonnais pas ? Elle hocha la tête en guise de remerciement et se dirigea en direction de la cafétéria. Il aurait pu l'attendre, au moins. C'était quoi ces manières, franchement ? Elle comptait bien le lui faire savoir… !

Elle se posta dans la file d'attente et soupira en entendant son ventre gargouiller. C'est vrai qu'elle n'avait pas vraiment mangé quelque chose depuis hier soir, si ce n'est qu'un maigre sandwich en pleine forêt et un café un peu plus tard avec Paul. Elle saisit un plateau, une serviette, fit glisser son plateau sur un rebord en bois et arriva auprès d'une dame qui lui demandait ce qu'elle prenait. Dans la vitrine, tout un tas de pâtisserie à faire saliver n'importe qui ainsi que, pour les plus simples, un lot de tartines avec des portions de confiture ou de pâte à tartiner au chocolat.

La coordinatrice commanda alors deux croissants au chocolat avec nappages à la vanille, ainsi qu'un cacao chaud. Elle saisit l'assiette dans laquelle reposait les pâtisseries, posa l'écuelle sur son plateau et fit de même quelque secondes plus tard avec sa boisson. Elle quitta le comptoir et balaya les tables du regard, à la recherche d'une tête et d'un gilet mauve. Ah, il était là-bas. Son cœur s'accéléra, repensant à ce qu'elle avait fait la nuit dernière. Elle pinça alors ses lèvres et tenta de refreiner ses battements soudains tout en gagnant la table où le jeune homme était.

« Tu aurais pu m'attendre, au moins. » Lâcha Aurore en posant son plateau

Les yeux fermés, Paul porta sa cuillère à sa bouche en guise de réponse. Dans un bref soupir, Aurore ôta son sac qu'elle posa à ses pieds et se mit assise. Cela allait, elle n'avait pas parlé bizarrement et Paul ne l'avait pas remarqué, trop concentré dans son bol… Elle distingua alors qu'une petite bouteille de jus d'orange et un bol de céréales trônait sur le plateau du dresseur. C'était tout ce qu'il prenait ? Il allait avoir faim d'ici peu, s'il ne mangeait que cela… La coordinatrice reporta son attention sur son petit déjeuné et commença par arracher la dose de sucre afin de la verser dans sa tasse. Elle releva la tête vers lui et grimaça un sourire en touillant son liquide brun.

« Tu as bien dormi ? »

« Oui, ça a été. »

Même s'il venait de la regarder dans les yeux lorsqu'il avait donné sa réponse et qu'elle avait senti ses joues picoter, elle n'était pas très convaincue. Elle était sûre qu'il mentait et qu'il avait, ne serait-ce qu'un petit mal de dos. Ce n'était pas possible de ne rien avoir, surtout après avoir passé une nuit dans cette position. Aurore mordit dans son premier croissant et en avala le morceau.

« Pourquoi tu n'as pas pris de chambre, hier soir… ? »

Paul lui jeta un autre regard sans émotion et continua son bol de céréales comme s'il n'avait pas entendue sa question. Elle trempa fébrilement son pain dans le chocolat chaud et en mordit le bout imbibé de cacao. Mince, elle prenait trop ce truc au sérieux. Et puis, elle pourrait toujours niée. Après tout, elle avait remis le téléphone à la même place et prenant soin de quitter l'interface des messages. Il n'y avait aucune chance qu'il découvre qu'elle avait fouiné dans son portable.

Mais dans le fond, Aurore savait très bien pourquoi il n'avait pas pris de chambre et baissa la tête dans un sourire résigné. Si elle ne s'était pas endormie, une fois l'infirmière sortie de la salle de soin, elle était certaine que le dresseur aurait foncé dans la première chambre de libre. Elle déglutit discrètement et regarda ailleurs, comme s'il la scrutait d'un œil profond, alors qu'en réalité, il était concentré dans ses céréales et ne daignait même pas lever la tête lorsqu'elle lui parlait.

« Tu aurais pu me réveiller, tu sais… »

« Tu m'aurais crié dessus si je l'avais fait. »

« Quoi ? Mais non ! » Rétorqua-t-elle après avoir bu une gorgée

Elle croisa à nouveau les deux orbes sombres du jeune homme et rougit légèrement en sachant qu'il venait de sous-entendre le contraire. Mince, elle avait vraiment l'impression que, s'il rencontrait encore ses deux orbes bleus, il saurait immédiatement ce qu'elle aurait fait. Elle faisait tout pour ne pas y penser, mais le contraire n'arrêtait pas de se produire : La scène de la veille lui revenait inlassablement en tête. Elle détourna le regard, les joues encore plus rouges, et grimaça un semblant de sourire.

« Ouais, bon, j'avoue que j'aurais certainement réagi comme ça. » Admit Aurore avant de se reprendre et de fixer le bol de Paul, « Mais le point positif, c'est que tu aurais pu dormi dans un vrai lit plutôt que d'être assis par terre, comme tu étais… »

« Je t'ai déjà dit que ça ne m'avait pas dérangé. » Rétorqua-t-il calmement

Il avait beau le répéter, elle ne le croyait vraiment pas. Si elle continuait sur ce sujet, ils allaient tourner en rond, et ce n'est pas ce qu'elle voulait. Elle pensa alors au Pokémon Feu du jeune homme et décida que prendre de ses nouvelles aurait dû être la première chose qu'elle aurait dû demander. Elle n'avait pas voulue ennuyer l'infirmière Joëlle tout à l'heure, voyant très bien qu'elle était occupé. La coordinatrice porta sa tasse à ses lèvres tandis que Paul faisait de même avec son verre de jus d'orange. Une fois reposé, elle leva ses yeux sur ce dernier.

« Au fait, qu'en est-il de ton Typhlosion et de son petit ? »

« Ils vont bien. L'accouchement a duré plus longtemps que prévu et le petit a eu quelques soucis mais rien de grave apparemment. L'infirmière m'a dit qu'on pourra allez les voir après le petit déjeuné. »

« Ah… Tu vois, il ne fallait pas t'inquiéter comme tu l'as fait ! » S'exclama Aurore

« Tu étais inquiète aussi. » Rappela Paul en portant une cuillère de céréales à ses lèvres

Elle avoua dans un rire gêné qu'effectivement elle s'était inquiétée, mais que ce n'était pas pour quelque chose de futile, avant de terminer son pain au chocolat. Même si Paul faisait mine de s'en ficher, il était quand même un fin observateur. Depuis qu'elle avait vu ses aptitudes en matchs en fait. Il analysait tout et créait des stratégies en usant même de la morphologie de ses monstres de combats. Pas vraiment comme Sacha, qui fonçait dans le tas d'abord et réfléchissait après… Elle était idiote de le comparé au dresseur du Bourg-Palette puisqu'ils étaient complétement différents. Mais inconsciemment, elle n'avait pas pu s'empêcher de le faire.

La coordinatrice trempa ses lèvres dans sa tasse tandis qu'elle observa du coin de l'œil le visage du Paul. Et dire qu'elle était la seule à savoir que derrière cet air impassible, se cachait un visage totalement différent de celui qu'il arborait… Un visage doux. Comme tout le monde, en fait. Qu'il arrivait parfaitement à camoufler, d'ailleurs… Il serait certainement plus mignon s'il se détendait et brisait enfin le masque qu'il avait…, pensa Aurore en sourit doucement. Quoi que, cela serait carrément bizarre de voir Paul sourire, rire et parler aisément. Ouais, après réflexion, il était mieux avec ses traits froids et son regard sombre… Il avait suffisamment changé depuis leurs premières retrouvailles et elle se satisfaisait de son comportement actuel. Paul parlait un peu plus qu'avant. Bon, d'accord ce n'était pas des longs discours mais c'était mieux que rien.

Aurore reporta son attention sur son deuxième croissant et en arracha lentement le bout pour le glisser entre ses dents, les yeux rivés sur la pâtisserie. La coordinatrice commençait à être calée : Elle n'aurait pas dû prendre deux croissants, en fin de compte. Cela faisait trop. Mais maintenant qu'il était sur son plateau, elle ne pouvait pas aller le redonner… A moins qu'elle le refile à Paul. Il avait presque finie son bol et sa bouteille de jus d'orange était réduit d'un peu plus que la moitié, il avait bien de la place pour une autre brioche… Et puis c'était un mec, il avait besoin d'énergie. Mais si elle lui demandait, il répondrait certainement qu'il n'est pas une poubelle de table et elle serait coincée. Tant pis ; Qui ne tente rien n'a rien. Elle releva la tête et appela le jeune homme afin d'avoir son attention. Elle baissa automatiquement les yeux lorsqu'il leva les siens tandis qu'elle agitait son croissant dans un petit geste.

« Tu le veux ? »

« Non, je n'ai plus faim. » Soupira Paul en portant la cuillère à ses lèvres

« Et si on fait moitié-moitié ? » Proposa-t-elle

Elle le vit verser le reste de son jus de fruits dans son verre, reposer la bouteille sur son plateau, boire une gorgée et soupirer d'aise en reposant son gobelet. Un « Non » sortit de sa bouche, tandis qu'il reprit sa cuillère en fixant son bol des quelques céréales qui y dormaient.

« S'il te plait ! » Insista Aurore

« J'ai déjà dû mal à finir mes céréales, alors ce n'est pas pour encore récupérer ton croissant. »

« Mais il est au chocolat, celui-là. » Argumenta piteusement la coordinatrice

« Je t'ai déjà dit non. »

Rah, mais il était vraiment têtu ! Il fallait qu'elle le force encore un petit peu, et elle était sûre qu'il lâcherait l'affaire, pensa Aurore en souriant intérieurement. Elle croisa ses deux orbes sombres et serra discrètement les dents en tentant d'effacer la scène de la veille soir de son esprit. Elle cligna des yeux et soupira à son tour. La bataille d'arguments pouvait continuer...

« Mais il te faut des forces pour la journée ! En plus, tu étais super crevé, hier soir ! »

« Un bol de céréales et du jus d'orange me suffisent pour retrouver mon énergie. » Rétorqua calmement Paul

« Allez, tu n'as pas besoin d'avoir faim pour avaler ça. »

« Je ne vais pas me faire vomir pour te faire plaisir. C'est ton croissant. Démerdes-toi. »

Qu'il était coriace, pensa la coordinatrice en serrant les dents. Bon, visiblement, même sa proposition sur la moitié de la pâtisserie ne marchait pas. Mais elle s'avouait pas vaincue pour autant. Elle devait essayée autre chose. Poussant un long soupir, Aurore s'enfonça dans le fond de sa chaise en faisant bien attention à ne pas le regarder dans les yeux, préférant porter son attention sur d'autres dresseurs attablés à quelques mètres d'eux.

« Tant pis, ça sera un croissant gâché. Quand je pense qu'il y a des gens qui meurent de faim… »

« Et pourquoi tu ne le gardes pas pour plus tard, au lieu de me faire chier comme ça ? » Questionna Paul en relevant la tête vers elle, les sourcils froncés

Là, Aurore était coincée. En plus, Paul avait raison et elle ne trouva rien à lui répondre dans l'immédiat. En plus, elle ne pouvait pas éviter son regard qui semblait l'attirer et décida alors de croiser son regard sombre. Elle ne pourrait pas continuer ce petit jeu éternellement, et comme Paul est un bon observateur, il remarquerait directement que quelque chose clocherait. Elle fronça à son tour ses sourcils, comme pour se protéger de ses deux orbes noirs tandis qu'une profonde irritation l'envahissait à cause de la réplique du jeune homme.

« Si je le garde pour plus tard, il va fondre. » Parvint-elle à articuler, « Et pas la peine de me parler sur ce ton ! »

Elle le vit fermer les paupières et porter son bol à ses lèvres pour y boire le lait qui reposait à l'intérieur. Il plaça le bol sur son plateau dans un soupir gras et plongea ses pupilles sombres dans celle de la coordinatrice. L'espace d'un instant, elle sursauta intérieurement en sentant les battements de son cœur s'accélérer alors que ses joues brûlèrent instantanément.

« Et si tu le donnais à ton Pokémon ? » Proposa Paul d'une voix neutre

Aurore resta interdite un instant. Hé, mais ce n'était pas bête. C'était une idée géniale, même ! Pourquoi n'y avait-elle pas pensée plus tôt ? La coordinatrice se fit la réflexion qu'une fois de plus, le jeune homme se servait intelligemment de sa tête. En réalité, c'était quelqu'un d'extrêmement posé, qui ne se prenait pas la tête avec des problèmes futiles et qui s'adaptait aux situations qui lui tombaient dessus. Petit à petit, Aurore distinguait les qualités de Paul, même s'il n'y en avait pas beaucoup. Personne ne les voyait, s'arrêtant uniquement sur ses défauts pour lui pourrir sa personne. Avec du recul, lorsqu'elle entendait les remarques négatives que faisaient ses amis sur le jeune homme, elle se sentait mal à l'aise, contrariée. C'est vrai ; A croire que Paul était le vilain petit canard… Enfin, elle pensait cela mais elle ne le défendait pas autant, ne voulant pas s'attirer les foudres de son entourage. Cependant, Aurore n'en pensait pas moins. Tout le monde avait des défauts. Même les gens avec qui elle passait du temps. Personne n'était parfait, et aujourd'hui encore, elle regrettait de ne pas avoir été aussi franche à propos des commentaires sur le désagréable dresseur.

« Eh… ! »

La voix de Paul la fit sortir de ses pensées dans un bref sursaut, alors qu'elle tourna la tête vers ses deux orbes sombres. La joue du jeune homme s'étalait sur toute sa paume, visiblement alourdie par le poids de sa tête. Ce dernier scrutait la coordinatrice d'un air las tandis qu'il pianotait à l'aide de son index et de son majeur sur le bord de la table, signifiant clairement qu'il était impatient.

« Alors, qu'est-ce que tu en fais, de ton croissant ? Tu le donne à ton Pokémon ? » Questionna Paul dans un soupir

Aurore parvint à sourire et hocha la tête avant d'emballer son pain au chocolat avec une serviette qui jonchait tranquillement sur son plateau. Elle ouvrit son sac à ses pieds et fourra sa pâtisserie à l'intérieur. Elle se redressa en jetant son sac sur son dos tandis que Paul faisait de même dans un faible « Ce n'est pas trop tôt… » que la coordinatrice fit mine de ne pas avoir entendue, ne voulant pas se disputer devant toute la cafétéria avec lui. Après avoir déposé leurs plateaux sur les chariots prévus à cet effet, les deux jeunes quittèrent la grande pièce en direction du hall.

« Ah, vous allez voir votre Pokémon et son petit ? » Interpella l'infirmière Joëlle lorsqu'ils passèrent devant le comptoir

Aurore répondit positivement, sachant pertinemment que Paul avait enfoncé ses mains dans les poches et n'était visiblement pas disposé à lui donné une réponse. La jeune femme aux cheveux roses leur informa que les hérissons avaient été déplacés dans une chambre isolée afin d'avoir de la tranquillité. Elle indiqua également que la pièce dans laquelle ils se trouvaient était l'avant dernière, au bout du couloir où les Pokémons se reposaient dans les chambres. La coordinatrice la remercia alors que Paul lui emboita le pas.

Les lèvres d'Aurore s'étirent discrètement en sentant la silhouette du jeune homme se poster à côté d'elle. Il ne le montrait pas, mais il était pressé de voir son Pokémon ainsi que le nouveau-né. Après tout, il s'était fait un sang d'encre pour eux la veille, alors c'était normal qu'il veuille savoir si leurs états étaient corrects. La coordinatrice s'arrêta brusquement, obligeant Paul à se retourner.

Aurore appela son hérisson de feu en ouvrant automatiquement sa Pokéball et lui sourit gentiment. Elle fouilla ensuite dans son sac et en sortit son fameux pain au chocolat qu'elle tendit à l'animal. Elle lâcha un « Tiens, c'est pour toi. » tandis que le Type Feu saisit le croissant pour en mordre la moitié en une seule bouchée.

« Typhlosion, j'ai une surprise à te montrer. » Annonça-t-elle doucement en lui caressant le pelage

Le hérisson se stoppa net, les crocs dans le pain, et releva ses deux orbes interrogateurs sur sa dresseuse. Cette dernière lâcha un petit rire et lui répondit qu'il verrait lorsqu'ils arriveraient au bout du couloir. Le Type Feu enfila la deuxième partie du croissant dans sa gueule et déglutit goulument en se léchant les babines.

« Au moins un qui ne mourra pas de faim… » Fit remarquer Paul avant de pivoter sur lui-même et de continuer son chemin

Aurore fronça les sourcils à son commentaire tout en le suivant, le hérisson sur les talons. Qu'est-ce qu'elle devait comprendre ? Qu'il avait encore faim malgré qu'il ait assuré avoir assez mangé avec le petit déjeuné qu'il venait de prendre ? Ou était-ce par rapport à la remarque qu'elle avait faite sur le fait que s'il ne le mangeait pas, cela serait de la nourriture gâche en sachant qu'il y avait beaucoup de monde qui n'avait pas de quoi se rassasier ? Elle penchait plutôt pour la première option, même si un doute persistait. S'il avait encore faim, pourquoi n'avait-il pas accepté le croissant qu'elle lui avait proposée tout à l'heure ? A moins qu'il ne soit jaloux que quelqu'un d'autre reçoive le pain qu'elle voulait, en premier lieu, le donner à lui ? Non, c'était complétement ridicule de penser à cette hypothèse. C'était simplement par pur fierté qu'il avait refusé. Et puis, c'était lui qui avait proposé que la coordinatrice le refile à un de ses Pokémons, pas elle… ! Décidément, elle avait dû mal à comprendre son comportement…, constata-t-elle en soupirant.

La jeune fille s'arrêta devant la porte où Paul attendait, immobile, les yeux rivés sur la peinture fraichement refaite. Aurore posa sa main sur la clanche et en ouvrit l'accès, le sourire aux lèvres. Le Type Feu s'avança dans l'encadrement de la chambre et se figea instantanément, paralysé par la scène qui se déroulait sous ses yeux. La coordinatrice aperçut la femelle allongée sur des draps blancs, faisant la toilette au petit Pokémon qui gesticulait sous les coups de langue de cette dernière. Elle expliqua brièvement à son hérisson de feu qu'il était le père de ce petit et que sa chérie avait accouchée la veille au soir.

Le Typhlosion d'Aurore se reposa sur ses quatre pattes et parcouru la distance jusqu'au lit où se trouvait l'autre Pokémon, permettant à la coordinatrice et au jeune homme d'entrer enfin dans la pièce et de la refermer discrètement.

« Oh, il est trop mignon ! » S'extasia Aurore en rejoignant le couple de Pokémon

Le sourire jusqu'aux oreilles, la jeune fille posa sa main sur la tête du nouveau-né et en caressa le pelage naissant en lâchant un joyeux « Félicitations ! ». Un coup d'œil derrière son épaule lui suffit à comprendre que, malgré qu'il ait ôté ses poings des poches de sa veste, Paul restait encore une fois en retrait, silencieux, comme s'il n'osait pas s'approcher de son monstre de poche. Mais ce n'est pas en s'effaçant qu'il arrivera à aller de l'avant. Et puis, cet animal lui appartenait, il ne pouvait pas faire comme s'il n'y était pas attaché.

« Tu devrais la féliciter, toi aussi. C'est ton Pokémon, après tout. » Conseilla Aurore en se tournant vers lui

Les deux Types Feu imitèrent la coordinatrice et braquèrent leurs orbes rouges sur le jeune homme le scrutant dans un silence pesant, attendant visiblement une réaction de la part de ce dernier. Aurore observait les yeux de Paul, qui venait de passer d'elle aux deux monstres de poche, mais c'est comme s'ils étaient transparents, que le dresseur ne les voyait pas. Il semblait indifférent, ne pipant aucun mot, statufié. Elle ouvrit la bouche pour le faire réagir, mais elle discerna un froncement de sourcils et une rapide contraction au niveau de sa mâchoire. Sa pomme d'Adam se souleva doucement, signifiant qu'il venait de déglutir sa salive, alors qu'il ouvrit la bouche, faisant retentir gravement sa voix déjà rauque.

« C'est pitoyable… ! » Lâcha-t-il avant de sortir de la chambre sous les regards contrariés des deux Pokémons

La coordinatrice resta immobile, les sourcils froncés, tandis que son cerveau fonctionnait à plein régime. C'était sûr. Il fallait bien qu'il craque à un moment donné. Il ne supportait pas cette vision, et il venait de clairement le faire comprendre. Mais Aurore ne comprenait pas vraiment pourquoi il avait cette attitude. La veille, il s'était inquiété pour son Pokémon et le nouveau-né, et maintenant, il n'était pas content de les voir sains et saufs ? Elle cligna des yeux, comprenant la réaction de ce dernier.

En fait, il n'assumait pas du tout le fait qu'il ait été aussi sensible pour un simple monstre de poche ainsi que pour le nouveau-né qui avait été dans le ventre du Type Feu. Il s'était certainement sentit faible, et sa mauvaise personnalité venait de reprendre le dessus. Pourtant, hier soir, il avait admis qu'il comprenait tout ce qu'elle avait dit par le passé, à propos de l'amitié et de l'amour. Alors qu'est-ce qu'il se passait dans sa tête ? Pourquoi ce refus catégorique ?

Aurore se redressa et se tourna vers les deux hérissons qui venaient de reporter leur attention sur elle. Elle se dirigea vers la sortie en lâchant un « Je reviens tout de suite », un sourire peu convaincant scotché aux lèvres. Elle ouvrit la porte, la referma soigneusement, les yeux rivés sur la clanche, et tourna automatiquement la tête à droite. Paul était juste à côté d'elle, le dos paresseusement collé contre le mur, les mains dans les poches de son jean, la tête basse.

Il semblait en pleine réflexion et elle sentait que si elle intervenait maintenant, les réprimandes de ce dernier n'allaient pas attendre longtemps avant de se faire entendre. Mais si elle ne faisait rien, Paul continuerait de se torturer l'esprit avec elle-ne-savait quelles pensées, et il serait certainement plus énervé qu'à l'heure actuelle. Qu'est-ce qu'elle devait faire ? Qu'est-ce qui était le mieux pour lui ?

Prenant discrètement une inspiration, elle expira son oxygène dans un rapide soupir.

« Qu'est-ce qui ne va pas… ? » Finit-elle par demander

Le jeune homme ne répondit pas, préférant fermer ses paupières dans un air résigné. Il ouvrit la bouche, et l'espace d'un instant, Aurore espéra entendre la voix du dresseur mais ce ne fut qu'un soupir gras qui en sortit. Qu'est-ce qu'elle était censé comprend avec cette réponse ? Qu'il en avait déjà marre de voir son monstre de poche avec son petit et qu'il voulait partir au plus vite d'ici ?

Paul re-ouvrit ses paupières et tourna sa tête à l'opposé de la coordinatrice, les yeux rivés sur le fond du couloir, à quelques mètres de là. Il semblait réfléchir intensément, même si la question d'Aurore restait lourdement en suspens. Au bout de quelques minutes, la voix du dresseur retentit calmement dans le couloir vide.

« J'ai été ridicule de m'inquiéter comme ça. »

La coordinatrice l'observa en silence. Visiblement, il ne voulait pas croiser son regard, se détournant intentionnellement de ses deux orbes bleus. Ah oui, c'était vrai… Elle s'en souvenait maintenant ; A la base, il ne voulait pas de bébé Pokémon, alors il n'allait pas féliciter son Pokémon pour avoir mis au monde une nouvelle source d'ennui. Lorsque son mauvais caractère prenait le dessus, cela devenait vraiment obsessif. Pourquoi avait-il si honte ? Ce n'était pas un alien. Tout au long de leurs retrouvailles, il avait prouvé qu'il pouvait ressentir les émotions, alors pourquoi les rejetait-elles comme si elles n'existaient pas ? Etait-ce parce qu'il n'arrivait tout simplement pas à extérioriser ses ressentis ? Ou alors parce qu'il ne supportait pas de se voir changer et devenir « comme tout le monde » ? Pourquoi cherchait-il à ce point la différence ?

Aurore ferma à son tour les yeux en réprimant un soupir et reporta son attention sur le bout du visage du jeune homme qu'elle apercevait derrière ses cheveux et le bout de sa veste.

« Même si tu n'aurais pas voulu, tu te serais quand même fais du souci. C'est normal que tu t'inquiètes pour ceux qui comptent à tes yeux-…»

« Ils ne comptent pas à mes yeux. » Trancha immédiatement le dresseur

Décidément, il mentait très mal, aujourd'hui… Il ne voulait pas accepter la vérité, c'était la seule conclusion qu'elle pouvait tirer de cette rapide réflexion. Etait-ce parce qu'il se sentait vulnérable en agissant comme un être humain normalement constitué ? Il ne comprenait pas que c'était ordinaire de réagir comme cela ? Elle savait qu'au plus profond de lui, il avait dû mal désirer ce genre de choses. Et c'est pour cette raison que son alter-égo l'empêchait de détruire ce cœur de pierre qui le faisait vivre. La voix d'Aurore résonna dans une dernière phrase.

« Tu n'es pas un alien et tu ne le seras jamais, Paul. Tu es humain. » Déclara-t-elle avant de soupirer ouvertement, « Ton alter-égo pourrait p'tetre prendre des vacances, tu ne crois pas ? »

Après avoir prononcé cette interrogation, la coordinatrice lui jeta un dernier regard, attendant une possible réaction de sa part, mais le dresseur resta immobile. Dans un mouvement du poignet, elle ouvrit la porte pour pénétrer à l'intérieur de la chambre et la refermer derrière elle. Elle rassura les deux Pokémons Feu dans un petit sourire et se mit assis sur une chaise mise à disposition, espérant que le jeune homme ait entendu ses paroles, même si elles semblaient ridicules… Mais elle en était convaincue : Paul n'était pas quelqu'un de bizarre. C'était un garçon normal avec un sale caractère, c'est tout. Il fallait simplement prendre le temps de le connaitre et comprendre les mots qu'il avait dû mal à prononcer ouvertement. Enfin, c'était peut-être dû à son attirance pour lui qu'elle arrivait à le comprendre et à lire entre les lignes. Ses joues s'enflammèrent légèrement en repensant soudainement à sa main sur la joue du dresseur… Franchement qu'est-ce qui lui avait pris de le toucher comme ça ? Ses envies lui avaient obligé à faire n'importe quoi…, soupira-t-elle en s'essuyant le front, embarrassé.

Aurore constata alors que ses paroles avaient atteint son interlocuteur puisqu'une minute plus tard, Paul refit son apparition dans la pièce, le regard sombre. Il était donc revenu sur sa décision, pensa-t-elle dans un sourire discret. Elle croisa un instant ses deux orbes noirs avant de voir qu'il détournait le regard pour le reporter sur le sol. Il s'approcha alors timidement de son hérisson, sans pour autant le regarder dans les yeux, comme s'il avait peur d'affronter ses deux orbes rouges.

La coordinatrice vit les mains de Paul se fermer en poing, les laissant le long de son corps tout en tournant enfin la tête vers son monstre de poche. Il contracta un peu plus ses poings puis finit par ouvrir sa bouche. Seulement, aucun son n'en sortit et elle distingua que les lèvres de ce dernier se pincèrent brièvement. Elle le vit ensuite détendre ses mains pour approcher son bras vers son Pokémon mais s'arrêta en court de route, clairement hésitant.

Dans un silence pensant, la paume du jeune homme se posa fébrilement sur le crâne du hérisson qui le dévisagea dans une pointe d'interrogation, ne comprenant probablement pas le geste de son dresseur. Aurore cligna des yeux en apercevant le Pokémon se tendre anxieusement. Elle avait cru mal voir mais en réalité, sa vision ne lui jouait pas des tours : Certes il le faisait paresseusement, mais Paul était bien en train de caresser le pelage sombre du Type Feu. Un raclement de gorge de la part du dresseur se fit entendre et sa voix retentit faiblement dans la pièce.

« C'est bien… »

Aurore était certaine qu'il avait détourné pudiquement le regard en ayant lâché ces deux petits mots. Un sourire étira doucement ses lèvres, comprenant que ce qu'il venait de dire étaient des félicitations. C'était ses mots à lui pour la complimenter. La coordinatrice conclut alors que c'était le maximum que Paul pouvait faire pour lui montrer qu'il était content qu'elle aille bien. Le jeune homme retira immédiatement sa main après avoir prononcé ces paroles, comme s'il ne supportait pas le contact qu'il avait avec son Pokémon…

Après avoir jeté un œil à son téléphone qui indiquait onze heures trente, Aurore décolla enfin ses fesses de la chaise tandis que Paul tourna le dos à son monstre de poche, les paupières closes. Lorsqu'il croisa ses deux iris bleus, il serra les dents et détourna son regard, embarrassé. Elle déclara qu'elle allait chercher l'infirmière Joëlle afin de lui demander de vérifier l'état de la femelle et de son petit, provoquant un froncement de sourcils de la part du jeune homme.

« Tu ne veux pas rester coincé au centre Pokémon pour toute la journée, n'est-ce pas ? »

Laissant sa question en suspens, Aurore quitta la chambre en prenant soin de refermer la porte derrière elle. Si l'auxiliaire de soin permettait la sortie du Pokémon feu et du nouveau-né, ils iraient peut-être se promener, qui sait ?, pensa-t-elle dans un petit sourire.

OoOoOoOoO

Dans un long râle, Paul se laissa tomber sur la chaise que la coordinatrice venait d'abandonner. Le désarroi, qui s'était emparé de lui il y a quelques minutes, disparu assez rapidement. Un autre soupir franchit ses lèvres tandis qu'il passa une main collante dans ses cheveux. Il faisait vraiment chaud, dans cette pièce, constata-t-il en fermant les yeux, le dos collé contre le dossier de la chaise.

Un coup d'œil aux Pokémons Feu lui suffit à détourner immédiatement le regard pour le posé sur sa main droite. Qu'est-ce qui lui avait pris de faire ça ? C'était la première fois qu'il caressait un de ses monstres de poche pour ensuite le féliciter. En fait, les paroles d'Aurore n'avaient cessé de raisonner dans sa tête lorsqu'elle était rentrée dans la chambre. Et il devait avouer qu'elle avait raison sur le fait qu'il n'était pas un alien et que c'était normal de s'inquiéter pour ceux qui lui était chers. Mais par contre, cela, il n'avait pas voulu l'accepter. C'était certainement pour cela qu'elle avait recommandé à son égo de prendre des vacances. Parce qu'elle savait qu'il mentait, ne pouvant pas assumer le fait de devenir de plus en plus humain. Il avait longuement soupiré dans ce couloir vide et au final, il s'était résigné à admettre la vérité et à retourner dans la chambre. Il s'était ensuite rappeler de la phrase d'Aurore, qui argumentait sur le fait qu'après tout, c'était son Pokémon et qu'il pouvait aussi la féliciter. Alors il s'était avancé auprès du Type Feu, et, après un moment qui lui semblait interminable avait finalement posé sa main sur le pelage du hérisson. Il n'avait pas prévu de le complimenter à voix haute, mais sa bouche avait agi toute seule et quelques mots en étaient sortis.

Paul leva sa tête et fixa un instant la porte. Il se fit la réflexion qu'Aurore avait pris la bonne initiative en allant consulter l'infirmière Joëlle. Il ne voulait pas moisir ici pendant toute l'après-midi et il priait mentalement que son Pokémon puisse sortir de là au plus vite. La porte s'ouvrit dans un petit grincement, faisant apparaitre la jeune femme aux cheveux roses ainsi que la coordinatrice.

Aurore appela son compagnon de poche pour qu'il la rejoigne afin que l'infirmière puisse procéder à l'examen de la femelle et de son petit. Elle vérifia la vision de cette dernière, testa ses réflexes et écouta les battements de son cœur avant de répéter les mêmes actions sur le nouveau-né. L'auxiliaire de soin se retourna vers les deux jeunes qui patientaient silencieusement dans un coin de la pièce, ôtant au passage son stéthoscope de ses oreilles, et prit un air sérieux en s'adressant à eux.

« Leurs états sont tous les deux stables. Ils peuvent sortir aujourd'hui mais il faudra bien faire attention et veiller sur eux. » Ordonna professionnellement la jeune femme

Paul venait de réprimer un soupir de soulagement, remerciant pour la première fois le ciel d'avoir obéit à sa prière mentale, et scruta Aurore du coin de l'œil. Elle venait d'hocher la tête en guise de réponse à l'infirmière Joëlle avant de baisser les yeux sur son Pokémon Feu, la mine réjouie en lâchant, un « C'est génial, ils vont pouvoir prendre l'air. ». Il remarqua ensuite que l'auxiliaire de soin fit un pas vers eux, un petit sourire aux lèvres. Il ne savait pas pourquoi, mais Paul avait un mauvais pressentiment

« Pourquoi n'iriez-vous pas au lac qui se trouve à quelques minutes de marches d'ici ? Vous pouvez vous y baignez et comme ça, vos Pokémon pourront profiter de l'air frais. »

Et voilà, son mauvais pressentiment c'était révélé être vrai. C'était quoi cette idée à la con, d'abord… ? Comme s'il allait se baigner dans un lac où, il en était sûr, les vacanciers s'étaient vidés de leurs urines ? Et si les Pokémons qui vivaient dans ce lac avaient fait pareil ? Alors là, hors de question de plonger dans l'eau. Si c'est pour être malade le soir-même, ce n'était pas la peine de s'y rendre. Mais Aurore ne fut pas de cet avis puisqu'elle sauta immédiatement sur l'occasion en lâchant un « Vraiment ? » sur un ton enthousiaste.

« Bien sûr. Il va faire très chaud cette après-midi, alors n'hésitez pas à vous y rendre. Ah, et prenez de la crème solaire, ça serait dommage d'avoir d'attraper des coups de soleil. »

La jeune femme aux cheveux roses se dirigea vers le seul placard qui se trouvait dans un coin de la pièce, l'ouvrit et fouilla à l'intérieur pour en sortir deux petits bouteilles qu'elle tendit aux dresseurs.

Aurore les prit avec plaisir pour les fourrer dans son sac à dos, tandis que Paul grimaça intérieurement. Cela sentant vraiment le coup foireux. Et il ne put s'empêcher de penser à son frère ainé. Si Reggie avait pu être à la place de l'infirmière Joëlle, il aurait déjà sorti une remarque bien piquante, ne manquant pas de gêner les deux dresseurs… Elle comptait sérieusement y aller… ? Faites qu'elle l'ignore et ne lui propose pas de l'accompagner… Faites qu'elle l'ignore et ne lui propose pas de-…

« Paul, allons-y ! » Ordonna fermement Aurore

Et merde… Mais pourquoi elle voulait à tout prix y aller ? Bon d'accord, il reconnaissait que cela ne pouvait pas lui faire du mal, puisqu'effectivement, l'après-midi allait être très ensoleillé et n'hésiterait pas à frapper la ville de sa chaleur écrasante. Et puis pourquoi avec lui ? Il lui répondit dans un soupir non dissimulé, lui faisant clairement comprendre qu'il n'approuvait pas l'idée de la jeune femme aux cheveux roses. D'ailleurs, en pensant à l'auxiliaire de soin, elle s'était éclipsée puisqu'il n'y avait plus de trace d'elle dans la pièce. Il ne s'en été même pas rendu compte, trop occupé par la présence de l'idiote de service.

« Allez… ! » Insista la coordinatrice, « Et puis, Joëlle vient de le dire : Ça fera du bien à nos Pokémons ! »

Il détourna le regard, les sourcils froncés. Franchement, si elle n'avait pas cette excuse, il aurait catégoriquement refusé. Il osa tout de même une œillade vers Aurore et vit qu'elle avait un air extrêmement sérieux, ne semblant pas vouloir lâcher cette idée. L'image de la coordinatrice en maillot de bain apparut dans son esprit, le faisant sursauter intérieurement alors qu'il cligna des yeux et tourna la tête, les joues rouges, les lèvres pincées. C'était quoi cette représentation ? Il n'était pas un de ses vieux pervers qui allait dans un lac pour voir ce genre de choses ! Paul tenta de se calmer intérieurement en se convaincant que la coordinatrice n'avait rien pour elle et qu'il n'y avait pratiquement rien à voir pour se rincer l'œil… Ouais, et puis, s'il allait dans ce lac, il fallait aussi qu'il se mette torse nu, et ce n'était pas envisageable du tout ! Plutôt mourir que de se mettre à moitié nu devant elle !

« Alors, c'est d'accord ? » Demanda Aurore en le faisant sortir de ses pensées

Il se distança et ferma un instant les yeux. Alors, soit il allait avec elle dans ce maudit lac pour se rafraichir de l'imposante chaleur que lui réservait le temps, soit il restait cloîtrer ici, à crever de chaud comme un porc… Il n'appréciait pas ce dilemme et savait que le choix était vite fait vu l'angle sous lequel il le voyait. Paul sentait qu'il allait clairement le regretter, plus que les autres fois où il s'était embarqué dans une des magouilles de la coordinatrice, mais décida, dans un soupir résigné, d'accepter la proposition d'Aurore…

« Fais comme tu veux. » Lâcha-t-il, les paupières fermées

Elle s'enthousiasma en se tournant vers le couple de Pokémon et leva le poing en assurant que l'après-midi qui allait arrivée serait géniale, ce à quoi Paul s'exaspéra dans un soupir silencieux. Dans quelle galère s'était-il fourré, encore…? Elle se tourna à nouveau vers le jeune homme et proposa d'acheter un sandwich ainsi que des chips pour le repas de midi qu'ils dégusteront sur place une fois arrivés au lac. Le dresseur hocha la tête, n'ayant de toute façon pas envie d'aller dans un restaurant pour manger un vrai repas. En plus, avec la chaleur qu'il allait faire, cela deviendrait difficile de supporter cette température dans un restaurant non climatisé…

Dans un soupir non dissimulé, Paul enfonça ses poings dans ses poches et en sortit une Pokéball qu'il pointa sur le hérisson allongé sur le lit en lui ordonnant de rentrer à l'intérieur. Cependant, Aurore ne fut visiblement pas de cet avis et l'en empêcha en baissant sa trajectoire, la main sur son poignet.

« Si on faisait revenir nos Pokémons, on fera quoi du bébé ? Il n'a pas encore de Pokéball. »

« Tu n'auras qu'à le prendre dans tes bras. » Rétorqua calmement le jeune homme et relevant légèrement son bras

Son poignet se baissa à nouveau tandis qu'il émit un son en fronçant les sourcils, lui montrant son irritation face à l'air buté dont elle faisait preuve. Qu'est-ce qui n'allait pas dans la proposition qu'il venait de faire ? Elle était pourtant très bien et puis comme cela, cela éviterai d'attirer l'attention sur eux.

« Cela ne fait qu'une matinée qu'ils sont ensemble. Le petit doit encore s'habituer à elle. S'il crie tout au long du chemin, tu serais encore capable de te plaindre. »

« Je me plaindrais encore plus si c'est toute la famille qui me colle aux basques. A toi de voir… »

Silencieux, ils se défièrent du regard, comme s'ils cherchaient une réponse au problème qui s'était posé devant eux, avant de cligner des paupières et de détourner pudiquement leurs attention ailleurs, embarrassés. Ce n'était pas la première fois qu'ils se sondaient du regard, et pourtant, Paul n'avait pu s'empêcher de sentir un frisson le parcourir au bout de plusieurs secondes. C'était comme si les orbes de la jeune fille l'hypnotisait et qu'il ne pouvait pas résister à cette attraction… Franchement, réagir comme cela dans ce genre de situation était vraiment pitoyable…, soupira-t-il intérieurement. Il sentit la main de la coordinatrice relâcher sa prise tandis qu'elle prit une rapide inspiration pour en soupirer le trop-plein d'air.

« J'ai compris, je vais faire revenir mon Pokémon… » Lâcha Aurore dans un autre soupir, « J'espère juste que le petit voudra que je le porte… »

Le jeune homme jeta une œillade au Pokémon Feu ainsi qu'au nouveau-né, ferma les yeux et rétrécit sa sphère rouge et blanche pour la ranger à sa ceinture. Il enfonça ensuite ses poings dans les poches et quitta la pièce sous le flot d'interrogations de la coordinatrice.

« Le parc n'est pas très loin, je pourrais bien vous supportez… » Répondit Paul en s'enfonçant dans le couloir

Il réprima un soupir gras en se maudissant de céder facilement aux caprices de la coordinatrice. Paul avait pesé le pour et le contre, et finalement, il s'était dit que le nouveau-né ne crierait pas s'il était avec sa mère et que, même si les hérissons étaient imposants, ils pourraient toujours les ignorer en marchant un peu plus rapidement qu'eux. Ouais, parce que si le petit Héricendre n'appréciait pas qu'Aurore le prenne dans ses bras, il serait capable de lui cracher du feu au visage ou encore, de s'enfuir. Bref, ce n'était pas très avantageux, quoi.

Des pas de courses se firent entendre et il constata que la coordinatrice l'avait rejoint un peu trop rapidement à son gout. Une œillade au-dessus de son épaule lui permit de voir que les deux hérissons étaient derrière eux et que le bébé semblait s'amuser sur le dos de sa mère. Il cligna des yeux et reporta son attention sur le hall qui se remplissait petit à petit de différents voyageurs. Les portes automatiques se refermèrent derrière eux alors qu'un cri d'excitation sortit de la bouche d'Aurore. S'enthousiasmer alors qu'ils allaient juste au bord d'un lac… Franchement, il n'avait jamais vu une fille aussi candide qu'elle..., pensa Paul en souriant discrètement.

OoOoOoOoO

Après dix minutes où plusieurs enfants les aient pointés du doigt en s'écriant à la vue de la famille de Pokémons Feu, où Paul prenait sur lui pour ne pas ordonner à tous ses badauds de déguerpir de son espace vitale, où il fut obligé d'accélérer le pas pour ne pas être interpellés par les curieux qui posaient des questions tout aussi ridicules les unes que les autres, et où la coordinatrice s'était mise à lui chuchoter joyeusement que le petit Héricendre s'était endormit sur son moyen de transport, les deux jeunes arrivèrent enfin au lac.

Le jeune homme soupira ouvertement en voyant qu'autour du lac, plusieurs personnes avaient élues domiciles, profitant tranquillement de l'endroit sous l'ombre d'un arbre tandis que des enfants s'amusaient déjà dans l'eau. Paul frissonna instinctivement en se disant que l'eau était peut-être gelée avant de baisser les yeux sur le sachet dans lequel résidaient les sandwichs ainsi que d'autres amuses gueules qu'Aurore tenait absolument à acheter. Ce n'était pas sain pour le corps, mais la coordinatrice avait assurée « qu'une fois de temps en temps, cela ne peut pas faire de mal ». Alors forcément, le dresseur ne s'était pas opposé à cet argument de choc, de peur de provoquer une nouvelle dispute.

Un coup d'œil à son téléphone lui indiqua que midi était déjà passé et qu'il était temps de manger. Ils suivirent le sentier et dépassèrent quelques vieillards qui lançaient leurs boules de pétanques, visiblement concentrée dans leurs tirs avant de voir que ces derniers s'arrêter pour suivre la jeune fille des yeux. Paul n'échappa pas à ces regards qui, il en était sûr, allaient plus bas que son dos, et fronça les sourcils en toisant durement le petit groupe qui semblaient bien profiter de la vue. Les sexagénaires comprirent le message et se détournèrent pour reprendre leurs parties. Sérieusement, pourquoi tous les mecs n'arrêtaient pas de la reluquer comme ça ? Ce n'était pas parce qu'elle avait une jupe qui descendait juste en dessous des fesses que-… En fait si..., constata-t-il dans une piteuse moue. Le faisait-elle exprès ? N'avait-elle que cette robe dans son armoire ? Le jeune homme réprima un soupir gras et rencontra ses deux orbes bleus tandis qu'elle ralentissait doucement le pas en pénétrant dans l'herbe.

« On se met là ? » Questionna-t-elle

Avec les vieux pervers à quatre mètres de là ? Elle n'était pas bien, ou quoi ? Elle voulait vraiment que des mains baladeuses viennent la toucher ? Franchement qu'est-ce qu'elle pouvait être inconsciente, parfois ! Il la regarda un instant, baissa les yeux sur les hérissons près d'elle et tourna la tête pour fixer l'herbe qui se trouvait un peu plus loin.

« Là-bas, c'est mieux. » Répondit-il en joignant ses mots à ses gestes

C'était plus prudent, voulait-il dire… Mais s'il lui aurait répondu cela, avec la sympathie maladive qu'elle avait pour tout le monde, ils finiraient par se disputer, et ce n'était pas du tout son but. D'autant que les regards curieux étaient braqués sur eux et qu'il voulait au plus vite se fondre dans le paysage. Ils s'arrêtèrent donc à quelques mètres de là et posèrent leurs sacs à dos sur la verdure, non s'en lâcher un bref soupir à cause du soleil qui commençait déjà à les frapper de sa chaleur. Ils n'étaient ni trop proche du sentier, ni trop proche de l'eau. Ils avaient trouvés une bonne place, sourit le jeune homme en voyant les hérissons s'allonger tranquillement à un mètre de la coordinatrice.

Paul jeta une œillade à sa gauche pour voir qu'Aurore sortait déjà sa serviette de plage pour l'étaler sur l'herbe fraichement coupée. Sous les regards des monstres de poche, il décida de faire de même en mettant le sien à côté d'elle, embarrassé, avant de s'assoir à son tour sur le tapis. Il la vit ensuite se tourner vers lui pour saisir le sachet, en sortir un sandwich qu'elle posa juste à côté et fit de même avec le paquet de chips. Elle lui tendit son casse-croute dans un « Tiens. » et fourra le plastique vide dans son sac à dos pour ne pas qu'il s'envole.

Une fois leur emballage ouvert, ils mordirent à pleine dents dans leurs repas en sentant qu'ils reprenaient immédiatement leurs forces. Le jeune homme finit sa bouchée et regarda pensivement les enfants qui s'éclaboussaient, le sourire aux lèvres. Il cligna des yeux et se racla la gorge pour attirer l'attention de la coordinatrice. Il pinça ses lèvres et déglutit discrètement en détournant intentionnellement le regard.

« Est-ce que… Est-ce que tu as déjà ton maillot sur toi ou… ? »

Il ne termina sa phrase, ne voulant pas s'imaginer la scène où elle devrait se changer complétement, même si cela aurait été dans les toilettes publiques ou derrière un arbre… Cela ne l'aurait pas fait du tout… Il croqua un autre bout de son sandwich et le mâcha anxieusement. Tout ce qu'il espérait, c'était qu'elle le porte déjà…

« Ne t'inquiète pas, je l'ai mis sur moi après que tu sois partit de la chambre. » Répondit-elle en mordant dans son casse-croute

Paul avala son morceau de pain et lâcha un long soupir, clairement rassuré. Une autre pensée s'infiltra dans son esprit, l'obligeant à détourner le regard une seconde fois, les joues roses. Il entendit le paquet de chips s'ouvrit et vit du coin de l'œil que la coordinatrice piochait généreusement dedans. Le dresseur pinça à nouveau ses lèvres, tandis que la question se fit plus insistante. Il n'oserait jamais lui poser directement, sachant qu'il serait un homme mort s'il lui demandait, alors il préféra garder son interrogation pour lui. A vrai dire, cela intriguait. Sous ses vêtements, est-ce qu'Aurore portait un maillot de bain une pièce, ou un deux pièces… ? Mais d'abord, qu'est-ce que c'était que cette question ? Il avait vraiment l'air d'un pervers, là… Et puis, depuis quand il s'intéressait au type de maillot qu'elle pouvait avoir ? C'était ridicule… ! Pensa-t-il en serrant discrètement les dents.

« Ça va, Paul ? Tu es tout rouge… »

« Oui, ça va. C'est juste qu'il fait trop chaud… » Répliqua-t-il dans un long râle

Réponse minable, mais il n'avait rien trouvé de mieux. Et puis, ce n'était pas totalement faux puisque la température continuait d'augmenter. Une œillade vers les hérissons le fit soupirer intérieurement. L'avantage d'être un Pokémon Feu, c'est qu'il ne craignait pas d'avoir une insolation et qu'au moins, les Pokémons de ce type étaient à l'aise sous cette chaleur de plomb… Paul reporta son attention sur la coordinatrice pour voir qu'elle glissait son dernier morceau de pain dans sa bouche. Il cligna des yeux, étonné. Elle avait déjà finie ? Alors qu'elle l'avait entamée il y a seulement cinq minutes ? Elle avait vraiment faim à ce point ? Il baissa les yeux sur son sandwich pour constater dans une moue significative que ce dernier avait baissé de moitié avant de tourner la tête vers Aurore.

« Tu as fait vite. » Fit-il remarquer sur un ton qu'il voulait neutre

« J'avais faim. » Admit-elle dans un petit rire avant de poursuivre, « Et puis… Je voulais être dans l'eau le plus vite possible. »

Le jeune homme ne sut que lâcher un « Ah… » en comprenant que c'était normal et que la température n'arrangeais pas son envie de fraicheur. Il rangea son casse-croute dans son sac et ramena ses jambes près de lui pour y poser des coudes, les bras croisés. Son prénom se fit nerveusement entendre, l'obligeant à tourner la tête vers Aurore. Elle venait de baisser ses yeux, les joues légèrement roses, les lèvres pincées, et jouait anxieusement avec les mèches de ses cheveux.

« Euh… Est-ce que tu peux… enfin je veux dire… » Commença-t-elle, hésitante

Paul fronça les sourcils. Qu'est-ce qu'elle avait ? Pourquoi elle semblait toute timide d'un coup… ? Il comprit quelques secondes plus tard qu'elle voulait ôter ses vêtements afin d'aller dans l'eau, comme elle venait de le dire il y a une minute. Le sang s'agglutina furieusement au niveau de ses joues tandis qu'il marmonnait des mots incompréhensible pour finir par plonger le bas de son visage dans ses bras, la tête tournée de l'autre côté.

« Ne-Ne t'en fais pas. Je ne vais pas regarder… » Articula-t-il en sentant les battements de son cœur s'accélérer

Le jeune homme sentit que la coordinatrice attendait silencieusement, comme pour voir s'il allait céder à la tentative et tourner la tête à gauche pour la reluquer. Mais il n'était pas comme cela. Ou du moins, il faisait tout pour ne pas le devenir. Il priait mentalement pour que cette dernière se dépêche et soupira discrètement en fixant d'autres personnes qui arrivaient près du lac. Quelques minutes plus tard, Aurore l'avertit que c'était bon mais qu'elle le défendait de se rincer l'œil, ce à quoi Paul ferma les yeux tout en rétorquant que de toute façon, il n'y avait vraiment rien à voir.

Il entendit ensuite un « Hé ! » de la part de la coordinatrice avant de sentir son cœur rater un battement en la voyant. C'était un deux pièces. Ses joues s'enflammèrent tandis qu'il tentait en vain de ne pas poser les yeux sur les formes de la coordinatrice. Le jeune homme s'essuya le front, les joues roses, avant de remarquer qu'elle fouillait dans son sac à dos pour en sortir une Pokéball. Evidemment, il fallait que son pingouin fétiche profite lui aussi du lac… Elle n'allait tout de même pas sortir tous ses monstres de poche, quand même ? Il la regarda d'un air incompréhensif et lui demanda ce qu'elle faisait.

« Je vais m'amuser, tiens ! » Répondit-elle avant de baisser les yeux sur le Pokémon Eau, « Tu viens, Tiplouf ? »

« Tu es vraiment une gamine… » S'exaspéra Paul

Aurore lâcha un bref rire et pivota sur elle-même pour se hâter vers le lac, le pingouin sur les talons. Il soupira doucement en se demandant comment elle faisait pour avoir autant d'énergie. Peut-être parce qu'elle avait dormi sur un lit improvisé alors que lui avait somnolé par terre comme un clochard… Ouais c'était sans doute cela…

Et puis, au bout d'un moment, trop épuisé de lutter pour une raison qui lui était encore inconnue, il avait fini par s'endormir. C'est vrai, ils avaient été dans un centre Pokémon, ce n'est pas comme s'il avait pu lui arriver quelque chose ou quoi que ce soit… En plus, il n'avait pas voulue le montrer mais il avait mal au dos depuis que l'infirmière Joëlle l'avait réveillé. Ouais, il regrettait vraiment de ne pas avoir commandé une chambre. Et puis, maintenant qu'il y pensait, pendant la nuit, il avait senti une petite chaleur qui, malgré lui, l'avait fait sourire. Peut-être était-ce l'auxiliaire de soin qui avait enclenché le chauffage, qui sait… ? Mais ce qui était le plus étrange, c'était que le matin même, Aurore lui avait semblé bizarre et n'avait pas osé le regarder dans les yeux tout au long du repas. Ouais, c'était suspect, mais il n'y avait pas beaucoup prêté attention. Après tout, la coordinatrice était lunatique, alors il n'avait pas cherché plus loin.

Paul aperçu Aurore frissonner en entendant un faible « Elle est froide… ! » et ne put s'empêcher de se moquer dans un sourire. Elle qui disait que l'eau serait super bonne avec le soleil qui taperait dessus, elle s'en mordait les doigts, maintenant. En silence et après avoir essuyé la sueur qui perlait son cou, il retira rapidement ses chaussures ainsi que ses chaussettes, et fit glisser son jean au bout de pieds pour ensuite le rouler en boule à côté de son sac. Il fit de même avec son tee-shirt et soupira aisément après l'avoir enlever. Si la coordinatrice l'avait attendu, il ne se serait pas changé et serait resté habillé, quitte à crever de chaud. Il avait toujours été pudique mais comme Aurore avait déjà la tête dans l'eau, il s'était dit que c'était le moment et en avait donc profité pour se déshabiller.

Le dresseur croisa les bras sur ses genoux et remarqua alors que les Pokémons Feu le regardaient intensément, comme s'il avait fait quelque chose de mal. Embarrassé, il fronça alors les sourcils et lâcha un « Quoi ? » hostile envers eux avant de soupirer longuement. Qu'est-ce qui leur prenait, à ces fichus hérissons ? S'ils croyaient qu'il allait toucher cette écervelée ou se rapprocher d'elle, ils se trompaient lourdement… ! Il soupira lentement et reporta son attention sur la coordinatrice qui éclaboussait gentiment son Pokémon Eau.

« Je ne vais pas lui sauter dessus, si c'est ce que vous voulez savoir… »

Il était vraiment sincère et espérait que les monstres de poche le croiraient. C'était vrai, il n'allait pas faire comme tous ses vieux pervers qui n'étaient même pas discret, en plus ! Et puis, il était sûr que s'il agissait comme ça, Aurore ne voudrait plus jamais le revoir, et il recommencerait à sombrer dans la solitude…

Son prénom atteignit faiblement ses oreilles, l'obligeant à concentrer son attention sur la main de la coordinatrice qui s'agitait au-dessus de sa tête. Il ne répondit pas pour autant à son appel et se tendit lorsqu'il vit qu'elle sortait de l'eau pour parcourir hâtivement l'espace qui les séparait. Elle s'arrêta finalement à bonne distance de ce dernier et releva la tête. Il rencontra alors ses deux orbes pétillants alors qu'un large sourire se forma sur ses lèvres, le faisant rougir faiblement.

« Viens te baigner ! » Proposa-t-elle

Paul grimaça brièvement et pinça les lèvres en retenant un soupir Il ne savait pas pourquoi, mais il était sûr qu'elle venait le voir pour cela. Ce n'était pas parce qu'il s'était mis en caleçon de bain qu'il devait forcément se baigner. Il pouvait très bien profiter de l'air frais... ! Ne pouvant plus supporter le regard de la coordinatrice, il baissa les yeux et tourna légèrement la tête.

« Merci mais… Non merci. Je préfère rester là. » Répondit-il sur un ton neutre

Il sursauta en sentant les doigts de cette dernière agripper son bras et releva la tête vers elle en fronçant les sourcils.

« Allez, il fait super chaud ! Tu dois te rafraichir ! »

« J'ai une bouteille d'eau pour me rafraichir. Ça suffit amplement pour moi… » Rétorqua-t-il calmement

« Trempe au moins les pieds ! » Insista Aurore

Paul tourna la tête vers les Pokémons, comme pour avoir leur autorisation, et vit que la femelle venait de reporter son attention sur son bébé. Le mâle, lui, regarda sa dresseuse du coin de l'œil et jeta un autre regard au jeune homme, acceptant la décision d'Aurore, et finit par imiter sa compagne en fixant le nouveau-né. Il reporta son attention sur la coordinatrice qui lui sourit une nouvelle fois, avant de baisser le menton dans un râle significatif. C'est bon, elle avait gagnée…

Le dresseur se redressa difficilement et constata, dans un autre soupir, qu'Aurore s'approchait déjà de l'eau dans lequel son Pokémon fétiche flottait paisiblement. Ne pouvait-il pas être tranquillement un moment… ? Paul enfonça ses mains dans les poches de son caleçon de bain et s'approcha doucement du lac, ne se pressant pas le moins du monde, alors qu'un air accablé s'accrochait sur le visage. Il avait l'impression d'être un soumis, lorsqu'il était avec elle… Il s'arrêta net en rendant compte qu'en réalité : C'était vraiment un soumis et il faisait tout ce qu'elle disait. Merde, depuis quand était-il devenu comme cela…? Bon sang, il ne voulait pas être un petit toutou ! Hors de question d'être la propriété de cette fille !, s'énerva-t-il en serrant les dents.

« Qu'est-ce que tu fais ? » Questionna Aurore en le faisant redescendre sur terre avant de sourire malicieusement, « Tu as peur ? »

« Bien sûr que non ! » Rétorqua Paul en fronçant les sourcils, irrité

Le jeune homme s'approcha finalement de l'eau en réprimant un soupir. En fait, pour tout dire, il n'avait pas envie d'aller dans l'eau. Même s'il y avait les rayons du soleil qui tapaient, elle semblait vraiment froide et ne lui inspirait pas confiance, pensa-t-il en jugeant les vagues qui s'agitaient au gré du vent. Après avoir fermés les yeux, il plongea ses pieds dedans et grimaça explicitement en sentant un frisson le parcourir. Il avait vu juste : L'eau était vraiment froide. Glaciale, même.

« Alors ? Elle est bonne, non ? »

Paul la regarda, incompréhensif. Comment pouvait-elle nager dans cette température ? Pour un Pokémon Eau, c'était sûr qu'il était aux anges, mais pour un humain, c'était carrément insoutenable… ! Il fronça les sourcils et baissa la tête pour scruter l'eau qui lui montait jusqu'au mollets. Son dos se courba afin de lui permettre de récolter un peu d'eau au creux de sa main. Il se redressa et se massa la nuque en frissonnant, laissant couler les gouttes fraiches le long de son dos. Et cette impression de chaleur qui ne cessait de grimper… Il transpirait à vue d'œil, constata-t-il en sentant les différentes parties de son corps suinter.

Se sentant observé, le dresseur releva la tête et croisa les deux orbes de la coordinatrice qui venait de se stationner et qui brassait tranquillement les vagues autour d'elle. Son visage brûla légèrement tandis qu'il tentait de cacher ses rougissements, clairement embarrassé. Il ouvrit la bouche pour lui demander ce qu'elle avait à le fixer, mais Aurore fut plus rapide que lui.

« Je peux me permettre un commentaire ? »

« Lequel ? » Répondit-il, suspicieusement alors que sa gêne disparaissait petit à petit

En silence, il la vit baisser ses yeux sur son torse ainsi que ses bras avant de cligner des yeux pour poser son regard au loin. Pendant un instant, il crut voir les joues de la coordinatrice se colorés de rouges, mais les reflets du soleil l'aveuglèrent immédiatement, comme s'il ne devait pas savoir si sa supposition était vraie…

« Tu es un peu plus robuste que Sacha. » Déclara Aurore

Etonné de ce compliment qu'elle venait de faire, Paul sentit son cœur s'accélérer brusquement tandis qu'il serra la mâchoire. Merde, il était sûr que son visage était aussi rouge qu'une tomate. Voire même plus… En fait, il ne s'y attendait pas du tout, s'apprêtant à entendre une remarque débile ou candide, mais tout sauf cela. Pour le coup, il était très surpris. Certainement parce que c'était la première fois qu'on le complimentait. Bon, il y avait son frère, mais lorsqu'il le faisait, c'était toujours accompagné d'un petit rire moqueur. Alors qu'elle, elle avait dit cela sérieusement. Sans aucun sourire narquois ou autre geste pouvant trahir sa plaisanterie. Bon, elle ne l'avait pas regardée dans les yeux, mais ce qui comptait, c'était qu'elle avait dit ce qu'elle pensait… Et intérieurement, Paul souriait doucement, content que la coordinatrice fasse attention à lui.

Néanmoins, le jeune homme était toujours embarrassé par le silence qui s'était lourdement poser les épaules des deux jeunes et cacha sa gêne derrière un petit sourire moqueur. Il ferma les yeux, signe qu'une remarque cinglante n'allait pas tarder à arriver et recroisa à nouveau les deux orbes bleus d'Aurore.

« Normal : Même habillé, ce gars a l'air d'une mauviette. »

« Hé ! Ce n'est pas gentil, ça ! »

« Ose me dire que j'ai tords. » Continua-t-il en étirant fièrement son sourire taquin

Pour toute réponse, la coordinatrice souffla un semblant de rire et bredouilla quelques mots de protestation que Paul prit comme une approbation. Et il savait que pour une fois, il avait entièrement raison. Sacha semblait plus faiblard que lui, et il se félicita pour avoir passé des plusieurs heures à la salle de sport pour sculpter les muscles naissants qui épousaient ses bras ainsi que son torse sur lequel se dessinait quelques abdominaux. Un bruissement de vagues atteignit ses oreilles pour voir qu'Aurore s'était approchée de lui et lui tendait la main qui signifiait clairement qu'elle l'invitait à aller dans l'eau. Paul recula légèrement son dos et fit un pas en arrière.

« Allez… ! Ça va vraiment t'faire du bien… ! »

« Je n'ai pas du tout envie, Aurore… » Mentit Paul en baissant les yeux, ne supportant plus les deux orbes de cette dernière

Un long râle sortit de la gorge d'Aurore, ce qui revenait clairement à dire : « Tu es vraiment chiant… ! ». En réalité, même s'il voulait y aller pour se rafraichir, il ne pouvait tout simplement pas franchir le pas. Il saurait qu'Aurore essaierait de l'éclabousser pour capter son attention et le faire réagir, espérant ainsi créer une bataille d'eau où les rires et la joie s'en mêlaient. Et il n'arrivait pas à ce voir dans ce contexte-là. C'était trop mielleux à son gout, en fait… Il avait l'impression de ne pas mériter le bon temps qu'il pouvait passer. C'était comme si son subconscient l'en empêchait et le coulait sur place en lui susurrant qu'il n'avait pas le droit de s'amuser, qu'au plus profond de lui, il détestait ce genre de choses. Son regard caché derrière ses mèches de cheveux, Paul ouvrit la bouche pour s'excuser mais aucun mot n'en sortit lorsqu'il sentit le corps de la coordinatrice passer froidement à côté de lui, son pingouin fétiche sur les talons. Et voilà, maintenant qu'elle avait quitté l'eau, il regrettait sincèrement d'avoir refusé sa proposition…, constata-t-il en serrant les dents.

Paul se tourna de côté et fixa cette dernière se diriger vers sa serviette, d'un pas visiblement décidé. Il ne l'avait jamais remarqué mais maintenant qu'il l'observait plus longtemps, Aurore avait une peau assez blanche et des jambes étonnamment longues. Elle possédait une fine silhouette qui ne poussait pas dans l'excès comme toutes ces filles qui se faisaient vomir après avoir croquées dans une feuille de salade sous prétexte qu'elle allait grossir. Lorsqu'Aurore pivota sur elle-même, ses yeux glissèrent au niveau de ses formes, qu'il qualifiait de « juste bien » pour une fille comme elle, pensa-t-il en la voyant s'étaler de la crème solaire sur les bras. Bon, ce n'était pas un canon non plus, mais à cet instant, le jeune homme trouva que la coordinatrice était mignonne et qu'elle pouvait avoir du charme.

Il cligna des yeux en comprenant qu'il venait vraiment de la mater et détourna le regard, les joues rouges. Même si c'était discrètement, il l'avait quand même fait. Heureusement qu'elle avait les yeux rivés sur ses jambes pour s'appliquer de la crème, sinon, il n'oserait même pas imaginer comment elle réagirait si elle l'avait surpris en train de la reluquer… Constatant qu'il avait l'air idiot à rester debout au bord de l'eau, il lâcha un soupir résigné et rejoignit silencieusement la jeune fille. Ouais, cette après-midi promettait d'être longue…