Dans le bureau directorial, on n'entendait plus que les reniflements et autres sanglots de Molly Weasley. Arthur et sa femme avaient été avertis la veille, séparément, des méfaits de Ginny. Albus avait appelé Arthur Weasley par cheminette à son bureau du Ministère de la Magie, tandis que Minerva avait envoyé un hibou assez conséquent à Molly au Terrier. Le couple avait donc décidé de venir voir ce qui se passait à Poudlard dès le lendemain matin. La pauvre Molly avait passé une nuit blanche à la pensée d'Harry Potter inconscient à l'infirmerie, empoisonné à la cantharide à cause de Ginny. Arthur, lui, était furieux contre sa fille. Il ne comprenait pas pourquoi elle s'obstinait à vouloir séduire un garçon ouvertement homosexuel, déjà en couple et avec un homme qui attendait son enfant. Minerva leur avait bien expliqué à tous les deux que Severus avait été témoin de toute la machination et qu'il en avait souffert, ainsi que son bébé.

Molly avait tenté quelque peu, de se convaincre que peut-être, Ginny n'avait pas vraiment voulu leur nuire, et que tout ceci n'était qu'un regrettable accident. Arthur, lui, n'était pas de cet avis du tout. Il connaissait le tempérament de Molly et sa fille en avait hérité. Ce n'était pas pour rien que les enfants Weasley craignaient leur mère et se gardaient bien de se trouver sur son chemin lorsqu'elle était en colère. Les Prewett étaient bien connu pour leur caractère assez volcanique. La grand-tante Muriel était ainsi crainte de toute la famille à plus de cent ans. Tout le monde avait peur de ses colères légendaires. Que Ginny ait hérité d'un caractère décidé et finalement assez violent n'étonnait pas le chef de la famille Weasley.

-Je veux voir Harry ! exigea Molly entre deux reniflements, tandis qu'elle dépliait le mouchoir propre que lui tendait son époux.

-Ma chérie, il est inconscient, tu ne changeras rien à cet état de chose dans l'immédiat, répondit Arthur en lui tapotant la cuisse d'un geste apaisant. Nous devons nous concentrer sur Ginny, et ce que nous pouvons faire pour la remettre dans le droit chemin. Albus, est-on sûr que Ginny a acheté ce rouge à lèvres aux jumeaux ?

-J'ai rappelé la boutique hier soir, soupira le vieux Directeur. Cette fois-ci, j'ai eu George par la cheminette. Fred l'avait mis au courant, bien évidemment. Je lui ai demandé ce qu'ils avaient livré depuis la rentrée à la tour de Gryffondor et ils m'en ont donné le détail.

Albus Dumbledore prit une feuille de parchemin qui traînait sur son bureau et sur laquelle on pouvait reconnaitre son écriture soignée.

-Depuis le premier septembre, les jumeaux ont expédié par hibou, une boite de bombabouses à Dennis Crivey, une boite à flemme à Jimmy Peakes et une autre à Jack Sloper, un rouge à lèvres de potion de luxure à Demelza Robins, trois baguettes farceuses catégorie supérieure à Ritchie Coote, une boite de nougats Néansang à Andrew Kirke, une oreille à rallonge à Romilda Vane et une boite de crèmes canari à Dean Thomas. C'est tout. Et je trouve que c'est déjà beaucoup si on considère que j'ai interdit l'usage des productions des Farces pour Sorciers Facétieux à Poudlard. Et quand je pense que les trois autres Maisons n'ont pas du faire mieux, je comprends pourquoi Argus pique sa crise de temps en temps. En bref, le seul rouge à lèvres de potion de luxure ayant été acheté par un Gryffondor est celui de Miss Robins. Miss Granger et Minerva l'ont trouvé sous le matelas de cette demoiselle qui est absente pour la semaine en raison d'un deuil. Un petit sortilège de dépistage m'a permis de savoir que la seule personne à avoir utilisé ce produit est Ginny. Son empreinte magique se trouve sur le bâton de potion gélifiée.

-Et on ne peut pas modifier une empreinte magique, soupira Arthur, déboussolé.

-Non, mon cher ami, c'est comme l'ADN pour les Moldus, c'est imparable.

-Vous pensez qu'elle va recommencer ? tenta Molly, qui venait de se moucher bruyamment.

Albus se mit à jouer distraitement avec un des petits objets mystérieux qui se trouvait sur son bureau. Il prit quelques instants de réflexion puis répondit à la question.

-Je pense qu'elle ne va pas s'arrêter en si bon chemin. Elle est allée trop loin, et elle mijote sa vengeance, si je puis dire, depuis cet été. Par ailleurs, Miss Granger lui a tendu une sorte de piège, et nous pensons qu'elle va mordre à l'hameçon.

-Un piège ? protesta le père, inquiet.

-Rassurez-vous, Arthur, rien de bien méchant, mais la première étape a fonctionné. Miss Granger a dit à deux de ses condisciples bien connues pour leurs ragots, qu'Harry avait été empoisonné à la cantharide, que le coupable était connu et que nous cherchions des preuves. Aussitôt, Ginny a fait montre d'une certaine agitation et s'est empressée d'aller récupérer le bâton de rouge à lèvres dans sa cachette. Comme il n'y était plus, elle a tenté de savoir qui avait bien pu le lui prendre. En vain, bien entendu, puisque personne n'est au courant.

-Et la seconde partie du piège ?

-Je crains que suite à cette déconvenue, Ginny ne tente rapidement autre chose.

-Mais que pourrait-elle faire ? interrogea Molly en regardant Albus, de ses yeux rouges et larmoyants.

Albus ouvrit alors le tiroir de son bureau, duquel il avait déjà sorti le rouge à lèvres, et cette fois-ci en retira la copie du cahier bleu trouvé par Hermione dans la table de nuit de la rouquine. Il le tendit à Arthur, sans rien dire. Celui-ci prit le cahier, avec un air d'incompréhension. Il commença à le feuilleter, un peu surpris, sous le regard attentif de Molly qui s'était rapprochée de lui, pour en découvrir son contenu. Au bout de quelques pages, ils froncèrent tous les deux les sourcils. Et lorsqu'ils arrivèrent aux photos prises au Square Grimmaurd pendant l'été, et à la dernière prise dans le couloir des cachots récemment, ils laissèrent tous les deux échapper des petits cris de surprise et d'horreur.

-Avada Kedavra ? Elle a osé écrire ça en face de la tête de Severus ? s'épouvanta Arthur qui avait considérablement pâli. Et cette épée dans son ventre, avec « bâtard » en face ?

-Arthur… tu as vu ? Elle a gribouillé tous les visages de Severus et mis des cœurs autour d'Harry ! Mais qu'est-ce qu'elle a dans la tête ?

Arthur ne répondit pas et tourna la page du cahier.

-Rogue à mort… à mort Rogue, Harry à moi… lisait à présent le père, à haute-voix.

Minerva McGonagall était entrée discrètement dans la pièce pendant qu'Arthur et Molly découvraient le fameux cahier bleu. Elle s'installa à l'autre bout du bureau et attendit qu'ils aient terminé leurs découvertes.

-J'espère que ce ne sont que des mots, fit-il d'une voix blanche en refermant le cahier.

-Elle ne peut pas faire une chose pareille ! Non, non ! Pas ma Ginny, je la connais, elle ne ferait pas de mal à une mouche, trancha Molly en secouant la tête avec véhémence. Ce ne sont que des mots, des exutoires à sa colère.

-Possible, Molly, fit alors Minerva qui n'avait encore rien dit. Mais il faut que vous sachiez que pour Severus cette histoire est dramatique. Non seulement, Ginny a tout fait pour qu'il assiste à sa tentative de séduction d'Harry, mais en plus, elle sait parfaitement que si elle provoque une séparation entre eux, cela peut leur coûter la vie. Nous le lui avons confirmé, mais nous ne sommes pas sûrs que cela va l'arrêter, bien au contraire. Le fait que Severus soit enceint, et que sa condition soit des plus périlleuses ne l'a pas arrêtée. Vouloir à tout prix Harry, alors qu'il va être père le mois prochain, qu'il est amoureux et heureux, cela démontre une certaine obstination et une absence totale de scrupules.

-Je suis d'accord avec Minerva, Molly, soupira Arthur Weasley. Nous savons tous les deux par quoi est passé Harry. Je t'ai raconté les détails du procès des Dursleys.

-Je ne risque pas d'oublier ça, pauvre enfant ! Des monstres !

-Et tu sais comme moi qu'Harry et Severus sont très amoureux, il suffit de les voir ensemble quand ils ne savent pas qu'ils sont observés. On ne peut pas nier qu'ils s'aiment et qu'ils sont heureux tous les deux. Vouloir les séparer serait criminel, et pas qu'au sens figuré du terme ! Même Remus a du se faire à l'idée de les voir ensemble, et je peux t'assurer que ça n'a pas été facile pour lui !

-Severus a beaucoup changé, également, confirma Albus. Et en mieux. Il est plus calme, plus serein. Je n'avais jamais vu ce pauvre garçon aussi heureux depuis ses onze ans. Il a vécu des choses très difficiles dans sa vie et il mérite la paix et le bonheur qu'il avait réussi à construire depuis cet été. Je refuse qu'on retire à Harry et Severus, ce qu'ils ont commencé à construire ensemble. Je ne veux pas que la famille dont ils ont rêvé toute leur vie, soit détruite pour une simple histoire de jalousie.

-Qu'allez-vous faire, Albus ?

-Surveiller Ginny comme du lait sur le feu, Arthur. Nous n'avons pas le choix. Si elle ne tente rien, ma foi, tant mieux… Mais… dans le cas contraire, nous l'en empêcherons.

-Vous allez la punir ? Je veux dire… pour le rouge à lèvres ?

-J'attends que Miss Robins nous donne son point de vue, Molly. Cette famille est en deuil, je ne peux pas les appeler par cheminette pour cette affaire, ce ne serait pas très correct. Dès que Miss Robins nous aura dit si elle est impliquée et de quelle façon, j'aviserai.

-Vous pensez qu'elle est complice ?

-Non, je pense qu'elle n'est pas au courant, et que Ginny l'a utilisée comme prête-nom, ou autre du style.

-Que faisons-nous ? s'inquiéta Arthur.

-Nous allons attendre. Vous pouvez lui envoyer une beuglante si vous le souhaitez, sans rentrer trop dans les détails de l'affaire. Elle trouverait certainement suspect de ne pas en recevoir de votre part, puisqu'elle sait que vous êtes prévenus actuellement.

-Bien. C'est une bonne idée, répondit Arthur. Je vais laisser Molly s'en charger, elle a toujours été très forte pour ce genre de choses. Ça aura plus de poids. Et puis… vous nous tenez au courant ?

-Bien entendu ! confirma Albus, sereinement. Molly ? Vous vouliez voir Harry ? Je pense que ça peut s'arranger. Vous pouvez aller à l'infirmerie le voir. Nous attendons l'antidote que les jumeaux doivent nous préparer pour demain. Un vrai miracle qu'il en ait eu un chaudron en cours de mijotage ! Il faut quinze jours pour faire cette potion, ce n'était pas la peine que Severus s'y mette, ça aurait été bien trop tard.

-Merci, Albus ! J'apprécie énormément ! fit Molly Weasley en se levant de sa chaise, pressée d'aller à l'infirmerie.

-Comment va Severus ? s'inquiéta Arthur. Et le bébé ?

-Severus a fait un malaise en cours de potions hier après-midi. Nous avons du l'obliger à s'allonger près d'Harry pour le reste de la journée et la nuit. Sa magie était à son niveau le plus bas, mais d'après Poppy, tout allait parfaitement bien pour lui hier soir à l'heure du couvre-feu. Le Guérisseur Derwent est venu le voir ce matin très tôt et d'après ce que je sais, le bébé va bien et est très vigoureux. Il est un peu petit en taille en poids mais il parait que c'est normal, Severus n'étant pas une femme. Si Severus avait fait son malaise seul dans ses cachots, il n'aurait probablement pas survécu et l'enfant non plus. Il avait passé deux journées et deux nuits sans Harry, et c'était plus qu'il ne pouvait en supporter.

-C'est terrible ! soupira Arthur. Les caprices de Ginny ont failli leur coûter la vie à tous les trois. Je me demande ce que nous avons raté avec elle, pour qu'elle se comporte ainsi. Peut-être que nous l'avons trop privilégiée parce qu'elle était la dernière et la seule fille depuis des générations.

-C'est ce que Fred et George pensent, Arthur… avoua Molly tristement.

-Nous étions peut-être meilleurs pour l'éducation des garçons, je ne sais pas…

-Venez, je vous accompagne à l'infirmerie, dit alors Minerva en prenant Molly par le bras.

Arthur serra la main d'Albus Dumbledore et sortit de la pièce avec sa femme et Minerva. Albus, lui, resta assis derrière son bureau. Son regard passait des inquiétantes photos du cahier bleu, aux mots menaçants qui les accompagnaient.

°Que mijotez-vous pour la prochaine fois, Miss Weasley ? Parce que je suis persuadé que vous prévoyez autre chose, et pire très certainement. Rien ne vous arrêtera plus, pas vrai ? Nous avons vaincu la menace Voldemort, ce n'est pas pour qu'une petite sotte détruise Harry et Severus ! Elle ne va quand même pas réussir là où il a échoué !°


A l'infirmerie, Molly s'était assise au bord du lit d'Harry, elle lui tenait la main et le regardait tristement. Debout près d'elle, Arthur regardait en soupirant, le jeune homme qu'il aimait comme un fils et considérait comme tel. Poppy entra dans la pièce, baguette magique à la main.

-Il va aller bien mieux avec l'antidote des jumeaux dès demain. Nous espérons même qu'il se réveille. Avec la potion antiallergique de Severus qu'il a prise hier matin, nous avons pu contrer une partie des effets néfastes de la cantharide. Notamment, son cœur ne faiblit plus et il n'y a donc plus de danger mortel immédiat. Evidemment, il ne faudrait pas qu'il reste dans cet état trop longtemps. Le coma même magique, n'est pas très bon pour l'organisme.

-Par Merlin, il vaincu Vous-Savez-Qui et tous ses Mangemorts, sans aucun dommage, et il est cloué dans ce lit à cause d'une idiotie de ma fille.

-Je sais, Arthur, confirma Poppy un peu gênée. J'avoue que j'ai été un peu surprise qu'elle s'obstine ainsi. Même si la potion n'avait pas eu cet effet dramatique sur Harry, il y a peu de chance pour que Ginny ait eu gain de cause. Une potion de luxure ne fera pas d'un homosexuel, un hétéro. La potion aurait pu perturber Harry suffisamment pour qu'il perde le contrôle, surtout que la cantharide provoque une érection pathologique très douloureuse et difficile à supprimer.

-Poppy, demanda soudain Molly. Vous pensez que Ginny aurait fait ça pour avoir des relations sexuelles avec Harry ? Mais dans quel but ? Une fois que la potion aurait cessé de faire effet, il serait revenu à ses sentiments habituels et n'aurait plus souhaité être avec elle. Il aime Severus.

-Je me demande si elle n'est pas jalouse de la grossesse de Severus…

-Elle aurait fait ça, pour le pièger… avec un enfant ? Pour tomber enceinte ?

-Heuuu… Molly, je ne sais pas du tout, c'est une possibilité, mais nous nous avançons peut-être.

-Ce n'est pas idiot ce que vous dites, vous savez, fit Minerva qui feuilletait la Gazette du Sorcier, assise sur l'une des chaises de l'infirmerie. Imaginez que Ginny soit bien jalouse de Severus, ce qui est plus que plausible étant donnée son attitude au Square Grimmaurd cet été. Elle apprend qu'il est enceint, et qu'il est en danger, vu sa condition. Tous les sangs purs connaissent les grossesses masculines plus ou moins, et tous savent que c'est très dangereux.

-C'est exact, confirma Arthur, nous en avons parlé avec nos garçons à leurs pubertés. Ils ne sont pas assez puissants pour être concernés, mais il est normal qu'ils connaissent cette possibilité pour un sorcier.

-Si Ginny est persuadée que Severus ne survivra pas à la grossesse ou à la naissance, il est possible qu'elle ait songé à prendre la place de Severus de toutes les façons possibles, y compris en tombant enceinte, pour déjà, retenir Harry, et ensuite remplacer l'enfant de Severus qui, il faut le dire, à moins de chance de naitre vivant, que l'enfant d'une femme.

-Minerva, ce que vous dites est terrible, mais si… plausible.

-En effet, Molly. C'est une possibilité. Nous savons à la lecture du cahier bleu que Miss Weasley souhaite la mort de Severus.

-Mais si Severus meurt, Harry meurt aussi ! trancha Arthur. Ginny ne peut pas souhaiter la mort d'Harry.

Minerva serra les dents et ne répondit pas. Elle pensait, tout comme Albus, que Ginny pourrait éventuellement souhaiter la mort d'Harry pour empêcher que Severus ne remporte définitivement son cœur. Bien entendu, aucun d'entre eux n'en était certain, mais c'était une possibilité qu'ils avaient évoquée, tout comme bien d'autres. Ils ignoraient qu'Hermione était arrivée elle aussi, à la même conclusion, sans en parler à quiconque, par contre.

-Poppy, qu'a dit le Médicomage ce matin, pour Severus ? choisit de dire Minerva pour changer de sujet de conversation.

-Qu'il a encore eu une fois de la chance ! Mais cette fois-ci, il lui a fait peur, vraiment. Julius a dit à Severus que s'il recommençait encore une fois cette folie, il n'y survivrait pas et le bébé non plus. Il doit impérativement passer toutes ses nuits avec Harry, qu'il soit conscient ou pas. Je dois tester tous les matins son niveau de magie, et tous les soirs, si Severus est trop fatigué. Il a une potion à prendre, que ma foi je ne connaissais pas, mais Severus si. Bien entendu. Si Harry se réveille demain, je ne sais pas comment il va réagir aux évènements, Severus n'a pas été très tendre avec lui, lorsqu'il a surpris Harry avec Ginny.

-Connaissant Severus, ce n'était pas étonnant ! pesta Arthur.

-Il l'a insulté copieusement, jeté dehors de chez lui, et lui a dit que tout était fini entre eux. Harry a perdu conscience quelques minutes après, selon mes estimations. D'après Severus, Harry ne semblait pas se souvenir de ce qui s'était passé la veille.

-Il pourrait avoir tout oublié ? s'étonna Molly Weasley.

-C'était sûrement un effet de l'empoisonnement, il n'était plus capable de réfléchir de trop très certainement. Nous le saurons au réveil.

-Molly, nous allons y aller, Poppy, vous nous tiendrez au courant, n'est-ce pas ? Nous aimerions être prévenus quand il se réveillera.

-Ne vous en faites pas, Arthur, si je suis un peu débordée, je pense que Miss Granger s'en chargera volontiers.

-Hermione, bien sûr… Une étonnante petite sorcière ! dit le père de Ron avec un sourire.

-Brillante ! Un esprit redoutable ! confirma Minerva McGonagall avec un hochement de tête.


Dans la boutique des Farces pour Sorciers Facétieux, au Chemin de Traverse, c'était le branle-bas de combat. Fred surveillait le chaudron d'antidote, comme un Gobelin la réserve d'or de Gringotts. George houspillait Verity pour qu'elle ne les dérange pas toutes les cinq minutes, et les deux autres employés du labo de créations et de potions avaient reçu l'ordre de cesser leurs travaux actuels, afin de se concentrer sur l'antidote à la cantharide et aux effets secondaires possibles dans les potions de luxures gélifiées.

-Notre petit frère adoptif se trouve dans le coma pour avoir été embrassé par une fille ayant utilisé le bâtonnet vert de luxure W 417. Nous devons trouver une solution à ce problème d'allergie. Nous ne pouvons pas vendre un produit potentiellement dangereux ! avait dit George, pour une fois d'un ton sérieux.

-Monsieur Weasley, les allergies ne sont pas le fait du produit, c'est la personne qui ne le supporte pas, c'est tout. On ne peut rien y faire !

-Et si un client meurt, Jonas ? Si notre petit frère meurt à cause de cette potion ?

-On pourrait toujours mettre un avertissement sur l'emballage. Et puis vendre des antidotes ?

-Pas une mauvaise idée, Paul, avoua Fred en se frottant le menton. Je me demande…. Une minute ! VERITY !

La tête de la vendeuse apparut dans l'encadrement de la porte. Comme tous les employés, Verity était vêtue de la robe de sorcière magenta, tenue officielle de la boutique.

-Monsieur Weasley ?

-Verity, les rouges à lèvres vert de potion de luxure, qu'elle est la clientèle qui achète ça ? Vous avez un peu remarqué ?

-Oh oui, Monsieur Weasley ! Des filles entre quatorze et vingt ans environ. Et… en général, elles sont moches.

-Je vois. Merci, Verity, vous pouvez retourner en caisse.

Fred se tourna vers George après un dernier coup d'œil au chaudron qui mijotait doucement.

-Je pense que nous devrions en effet mettre un avertissement sur l'emballage et aussi interdire la vente de ces rouges à lèvres aux filles mineures. Et nous pourrions mettre une petite dose d'antidote dans la boite contenant le tube de rouge à lèvres en cas de problème. La personne qui se révèlerait allergique pourrait ainsi être traitée immédiatement.

-Pas idiot du tout, Fred, confirma George. On va faire comme ça à partir de maintenant. Nous allons retirer provisoirement de la vente tous les tubes de rouge à lèvres contenant de la cantharide. Paul, Jonas ? On démarre la production d'antidote en priorité, toutes affaires cessantes ! Demain, celui-ci sera prêt et on envoie plusieurs flacons à Poudlard au Professeur Dumbledore.

-Noté, patron ! répondirent les deux hommes en même temps.


Au 4ème étage de Poudlard, dans la vaste bibliothèque surveillée par les yeux de faucon d'Irma Pince, Hermione s'était installée comme à son habitude, derrière une pile d'ouvrages, des parchemins, une plume et de l'encre devant elle. Elle semblait très affairée, ne parlant avec personne, consultant ses grimoires et prenant une foule de notes. En fait, elle surveillait Ginny qui fouillait parmi les ouvrages interdits de la Réserve. Hermione se demandait comment elle avait accès à cette partie de la bibliothèque. Encore une question qu'il faudrait poser au Professeur McGonagall.

Ginny regardait tout autour d'elle avec suspicion. Elle se trouvait dans la zone de la Réserve où se trouvaient les livres de Magie Noire. Elle avait lu quelques uns des ouvrages de ce style, qui se trouvaient dans la bibliothèque du Square Grimmaurd, en cachette de sa mère, bien évidemment. Molly n'aurait pas supporté que sa fifille chérie ose mettre son petit nez dans de tels grimoires. La rouquine se souvenait d'avoir lu un sortilège intéressant, ou plutôt un maléfice, elle n'en était pas sûre. Mais ce n'était pas important, si elle le retrouvait ici, ce serait parfait, elle pourrait s'en servir pour se débarrasser définitivement de ce trouble-fête de Rogue. Il disparaîtrait avec son sale rejeton sans laisser aucune trace. Ensuite, Harry serait à elle et tout irait pour le mieux. Si vraiment elle n'arrivait à rien avec lui, elle pourrait toujours l'expédier ailleurs et peu importe où le maléfice l'enverrait…

Hermione, qui connaissait la Réserve comme sa poche, voyait bien dans quelle section se trouvait la petite sœur de Ron, et se doutait qu'elle n'y était pas pour un devoir qu'aurait donné Remus Lupin à ses 6ème année de Gryffondor. Elle fit comme si elle n'avait pas vu Ginny et laissa celle-ci fouiller dans les rayonnages. Au bout d'un moment la rouquine, découragée, quitta la place, retourna prendre son sac là où elle l'avait laissé et sortit de la bibliothèque. Hermione se leva et se dirigea discrètement vers les rayonnages devant lesquels se trouvait précédemment Ginny, afin de découvrir quels genres de livres elle pouvait bien consulter. Le titre du dernier grimoire tenu en main par la dernière des Weasleys fit tiquer Hermione. « Rites et Maléfices de Bannissement, débarrassez-vous de vos ennemis ».

°Je me doutais bien quelle allait frapper plus fort ! Un bannissement ? Mais de quel genre ? Elle est complètement cinglée ! Et à qui elle réserve ça ? Harry… ou le Professeur Rogue ?°

Tous les autres ouvrages que Ginny avaient examinés avaient plus ou moins le même sujet. Cela fit froid dans le dos de la brune aux cheveux touffus.

°Que faire ? En parler à Ron ? A Remus ? Au Professeur McGonagall ? Oui… elle… c'est mieux !°


-Albus, je voudrais bien vous dire deux mots, c'est possible ?

-Bien entendu, Minerva, venez donc par ici.

Le vieux Directeur entra dans l'antichambre menant à la Grande Salle. C'était l'heure du repas du soir et tout le monde était déjà installé. Minerva McGonagall, qui était en retard au repas, tout comme lui, venait de le croiser en bas du Grand Escalier.

-Que se passe-t-il ?

-Je viens d'avoir un petit entretien avec Miss Granger, ce qui explique mon retard, j'ai pris quelques minutes afin de réfléchir à ce qu'elle vient de m'apprendre.

-Qu'est-ce donc ?

-Miss Granger a aperçu Miss Weasley dans la Réserve de la bibliothèque. J'ignorais d'ailleurs qu'elle avait une autorisation pour s'y rendre. J'ignore qui la lui a donnée. Bref, notre chipie consultait des ouvrages de Magie Noire, notamment des titres ayant tous trait au bannissement, que ce soit des corps ou des âmes, d'ailleurs. Miss Granger dit que le programme de 6ème année en Défense Contre les Forces du Mal ne comprend pas ce genre de thème, et que par conséquent elle ne faisait pas une recherche pour un devoir donné par Remus. Elle faisait certainement une recherche à titre personnel. J'ai bien peur que Miss Granger n'ait raison. Elle pense que Ginny Weasley cherche à faire du mal à Severus.

-Mmmm… marmonna le vieil homme en lissant sa longue barbe blanche entre deux doigts lourdement bagués. En effet, ce n'est pas un thème abordé en 6ème année, et elle n'aurait normalement jamais du avoir à consulter ces grimoires. Le bannissement, dites-vous… ça devient inquiétant. Minerva, je veux que vous lui retiriez dès ce soir son passe pour la Réserve, ensuite vous préviendrez les autres professeurs. Personne ne doit lui en donner un autre. Je ne veux pas prendre de risque. J'espère qu'elle n'a pas trouvé ce qu'elle cherchait.

-Miss Granger dit qu'elle avait l'air déconfit. Elle n'a pas du trouver son bonheur, si vous voulez mon avis.

-De toute façon, ces maléfices et autres sortilèges de ce genre sont très difficiles à réaliser. Elle n'en a ni la puissance, ni le niveau. Je ne pense sincèrement pas qu'elle obtiendrait un résultat si elle s'y essayait. Mais je refuse de prendre un seul risque.

-Bien, je vais voir ça avec les autres enseignants, et je lui reprendrai son autorisation dès que possible.

-Le plus tôt sera le mieux, Minerva ! Venez ! Nous devons aller manger avant qu'ils en soient tous au dessert.


Malheureusement, Minerva n'eut pas le temps de mettre la main sur Ginny Weasley ce soir là. Hermione et Ron passèrent la soirée jusqu'au couvre-feu, à l'infirmerie afin de rendre visite à Harry toujours inconscient. Ils lui parlèrent et essayèrent de le stimuler comme recommandé par Madame Pomfresh, pendant que Severus mijotait des potions pour l'infirmerie. Juste quelques minutes avant de partir, ils furent rejoints par Remus Lupin qui venait lui aussi s'enquérir de l'état de santé de son filleul.

Minerva avait eu une réunion avec les professeurs dans la salle qui leur était réservée, ce qui expliquait l'heure tardive à laquelle Remus était arrivé pour sa visite quotidienne, et aussi le fait que Severus soit dans son labo de potions et pas avec Harry. La professeure de métamorphose avait demandé au staff qui était le professeur qui avait donné un passe pour la Réserve à Miss Ginny Weasley. C'était le Professeur Babbling qui enseignait les runes anciennes, Ginny Weasley voulait consulter les livres de la Réserve pour un devoir qu'elle devait lui rendre. Minerva lui expliqua que le passe était annulé par décision du Directeur et bien que surpris, les autres enseignants n'émirent aucune protestation et ne posèrent aucune question lorsque Minerva leur recommanda de ne plus lui en donner jusqu'à nouvel ordre. Tous comprirent que la demoiselle avait du utiliser son autorisation pour faire autre chose que des recherches pour son devoir de runes. Hermione n'était donc pas allée à la bibliothèque et c'était fort dommage. Elle avait raté Ginny, qui s'y trouvait encore jusqu'à vingt heures, heure de la fermeture du lieu. La demoiselle avait malheureusement trouvé ce qu'elle cherchait et pavoisait dans son lit, ses rideaux fermés, en écrivant dans son cahier bleu, la formule qui, elle le croyait, allait la délivrer de son plus grand souci.

Le lendemain matin à l'aube, Albus fut réveillé par les hululements d'un hibou très excité qui portait un petit colis et tapait du bec au carreau de la fenêtre de la chambre du Directeur. Celui-ci mit ses lunettes sur son nez, et enfila ses pantoufles en frissonnant. La température était fraîche, le feu dans la cheminée n'ayant pas survécu à la nuit. Il ouvrit la fenêtre et caressa le hibou qui lui tendait obligeamment sa patte à laquelle le petit colis était accroché.

-Que m'apportes-tu, de si bon matin ? D'où viens-tu ?

Albus détacha le colis et lut attentivement l'adresse de l'expéditeur.

-Farces pour Sorciers Facétieux ! Eh bien, Messieurs Fred et George Weasley sont des jeunes gens sur qui on peut compter.

Il caressa l'oiseau, l'envoya se reposer dans la volière et referma la fenêtre. Il prit le temps de rallumer le feu dans la cheminée, puis s'enferma dans sa salle de bain. Lorsqu'il en sortit, lavé, coiffé et vêtu de pied en cape, il reprit le petit colis et avec un coupe-papier effilé, il en trancha la ficelle qui le fermait. Avec une satisfaction non dissimulée, il mit les deux flacons que le colis contenait, dans la poche de sa cape et avec un claquement de langue sortit de ses appartements, baguette allumée à la main, puis se dirigea d'un bon pas vers l'infirmerie.

Il faisait nuit presque noire. Les lueurs de l'aube commençaient à apparaître à l'horizon, mais elles étaient insuffisantes pour éclairer la grande pièce à plafond gothique. Le vieil homme vit les grands rideaux fermés et aperçut à la lueur de sa baguette les paravents qui dissimulaient Harry et Severus, au regard des visiteurs ou patients éventuels. Discrètement, il s'approcha du lit et regarda ses deux jeunes hommes préférés qui dormaient. Severus était collé à Harry et son bras était posé en travers du ventre du jeune Gryffondor qui respirait paisiblement. Albus les regarda quelques instants en souriant et fut soudain tiré de sa rêverie par la voix de Poppy Pomfresh.

-Par Merlin, Albus ! murmura-t-elle. Que faites-vous donc à cette heure-ci hors de votre lit ? Nous sommes samedi et il fait nuit. Vous êtes malade ?

-Non, Pompom, je ne suis pas malade. Je viens de recevoir un hibou des jumeaux Weasley. Le colis contenait deux flacons d'antidote à la cantharide. Je suis venu aussitôt, j'espérais qu'on pourrait en donner un tout de suite à Harry.

-Excellente idée, fit l'infirmière en resserrant les pans de sa robe de chambre et en refaisant le nœud. Je vais prendre ma baguette et je vais en transférer un flacon dans son estomac, avec un sortilège.

Poppy Pomfresh s'approcha à pas de loup, du lit où dormaient Harry et Severus. Albus entendit le petit « pop » discret qui annonçait que le flacon d'antidote était ouvert. D'un sortilège informulé, Pompom envoya le contenu du flacon dans l'estomac du Gryffondor, comme annoncé précédemment. Puis elle revint sur ses pas pour s'entretenir avec le Directeur.

-C'est fait, Albus. Je ne sais pas dans combien de temps, l'antidote fera de l'effet. J'espère que ce pauvre Severus aura le plaisir de voir Harry commencer à se réveiller, avant qu'il ne descendre prendre son petit déjeuner. Je vois bien qu'Harry lui manque. Vous savez comment il est, il ne dit rien, ne se plaint pas, mais son regard en dit long.

-Je sais, Pompom, soupira le vieil homme. Bon, prenez soin d'eux. Je rentre chez moi. Je vous verrai plus tard pour le petit déjeuner.

-Je retourne me coucher une petite demi-heure. Il ne fait pas très chaud, et j'étais bien dans mon lit avant que je n'entende l'alarme que vous avez déclenchée en entrant. Je croyais que c'était un élève.

Elle bailla, une main sur la bouche, et tira sur la dentelle de son bonnet de nuit pour couvrir son oreille, puis elle fit un petit au revoir de la main, et sans rajouter un seul mot, se dirigea vers la porte qui menait à son appartement.

Albus rentra dans sa tour et retrouva Fumseck qui lissait ses plumes en lançant de joyeuses trilles. Il laissa passer une bonne heure, qu'il utilisa à ranger les parchemins qui traînaient un peu partout et se décida à descendre à la Grande Salle lorsque les grondements de son estomac commencèrent à se faire vraiment embarrassants.

Il retrouva l'ensemble du corps professoral à la grande table, à l'exception de Severus, qui épuisé, dormait encore, collé contre le corps chaud d'Harry. D'un coup d'œil, il vit que Poppy était là, en grande discussion avec Remus Lupin, dont les cernes, le teint pâle et les yeux injectés de sang, indiquaient l'approche de la pleine lune.

Les hiboux apportant le courrier furent une courte distraction. Albus savait que Molly et Arthur Weasley avaient prévu d'envoyer une beuglante à leur fille unique, mais il ignorait quand ils avaient prévu de le faire. Et lorsqu'il vit Errol, le vieux hibou maladroit de la famille Weasley s'écrouler dans les céréales en les projetant un peu partout sur les élèves, au grand dam de Ron qui balança quelques unes de ses injures préférées, il se prit à sourire à la pensée de la surprise et de l'humiliation qui attendaient la chipie.

Surprise de recevoir un hibou, Ginny se précipita pour relever Errol, en se mordant la lèvre inférieure pour ne pas maudire l'oiseau qui faisait déjà hurler son frère et ricaner toute la table des rouge et or. Elle pâlit en voyant l'enveloppe rouge et la détacha d'une main tremblante. Aussitôt, l'enveloppe lui échappa et se transforma en une bouche cruelle d'où sortit la voix magiquement amplifiée d'une Molly Weasley remontée comme une pendule.

-GINNY WEASLEY ! COMMENT AS-TU OSE FAIRE UNE CHOSE PAREILLE ? TU N'AS PAS HONTE ? TU AS JETE LE DESHONNEUR SUR LA FAMILLE ! TU AS BLESSE HARRY ! ATTENDS UN PEU QUE JE TE METTE LA MAIN DESSUS, JEUNE DEMOISELLE ! NOUS REPARLERONS DE CETTE AFFAIRE, SOIS EN ASSUREE ! TON PERE EST FURIEUX ET TES FRERES AUSSI ! A LA PROCHAINE INCARTADE, JE TE RETIRE DE L'ECOLE ET TU IRAS VIVRE CHEZ LA TANTE MURIEL ! TU ES PREVENUE !

Ginny se mordit une nouvelle fois la lèvre et baissa la tête, les joues écarlates, tandis que la beuglante s'autodétruisait furieusement. Ron ricanait en la regardant, Hermione la toisait sévèrement les lèvres pincées tandis que Lavande et Parvati cogitaient et alignaient les informations pour les faire coïncider avec celles qu'elles possédaient déjà. Parvati fut la plus rapide à comprendre. Elle gronda de colère, sa cuillère pleine de porridge, pointée en avant, menaçante.

-Tu as blessé Harry Potter ? C'est à cause de toi qu'il est inconscient à l'infirmerie depuis trois jours ? Tu es complètement malade ou quoi ? Nous savons qu'il a été empoisonné, toute l'école le sait ! Qu'est-ce que tu lui as fait ? POURQUOI ?

-Mais voyons, Parv', la renseigna Lavande. C'est évident ! Harry ne veut pas sortir avec elle, alors elle se venge ! Toute l'école sait que Ginny Weasley ne supporte pas qu'on lui dise non ! Quand elle veut un garçon, elle fait tout pour l'avoir. Si d'habitude ça marche, ben cette fois-ci, elle s'est ramassée une veste ! Harry ne veut pas d'elle, il a été très clair plusieurs fois. Alors elle l'a empoisonné, c'est tout !

Des murmures outrés enflèrent dans les rangs des Gryffondors. Certains Serpentards et des Serdaigles avaient entendu et s'étaient retournés pour suivre la conversation, surtout que la beuglante avait attiré leur attention. Se sentant observée, et en fâcheuse posture, la rouquine choisit la contre-attaque.

-Je n'ai pas empoisonné Harry ! Espèce d'idiote ! Il est juste malade ! Tout ça, ce ne sont que des conneries ! Ma mère a encore écouté les ragots d'une idiote qui lui a tout rapporté, si je mets la main sur cette peste, je vais la démolir et lui apprendre à se mêler de ses affaires ! Un petit chauve-furie ne lui fera pas de mal pour commencer, hurla-t-elle, hystérique. Et tous ceux qui se mettront en travers de mon chemin en auront un aussi !

-Tu crois nous impressionner avec ton sortilège à la con ? C'est le seul que tu connaisses ou quoi ? A chaque fois, tu nous sors le même refrain, tu es pitoyable. En tout cas, si tu t'amuses à ça avec l'un d'entre nous, tu auras affaire à McGonagall et tu seras en retenue avec Rusard jusqu'à la remise des diplômes… de l'année prochaine !

Lavande regarda avec admiration Parvati, qui reprenait son souffle après sa tirade vengeresse. La rouquine se drapa dans ce qui lui restait de dignité et se leva pour quitter la Grande Salle. Personne ne tenta de la retenir, et dès qu'elle eut franchi les Grandes Portes sous les regards désapprobateurs des enseignants, les conversations reprirent. Tous commentaient ce qu'ils pensaient avoir compris. Ginny Weasley avait empoisonné Harry Potter parce qu'il refusait de sortir avec elle. Mais la rouquine ne sortait-elle pas déjà avec Justin Finch-Fletchley ? Le Poufsouffle, vexé d'avoir été apparemment choisi par dépit par la Gryffondor, annonça à ses amis qu'il ne serait pas un pis-aller et que l'empoisonneuse pouvait aller se faire voir chez les Trolls. Ron, qui avait entendu, pouffa de rire en voyant que les affaires de sa sœur ne se portaient pas si bien que ça. Ça lui apprendrait à vouloir s'en prendre à son meilleur ami, le Sauveur du Monde Magique ! Non mais !


A l'infirmerie, loin de l'agitation de la Grande Salle, Severus se réveillait à présent, dans la douce lumière que tamisaient les grands rideaux lourds qui masquaient les vastes fenêtres en ogives. Il ouvrit les yeux et leva son regard d'onyx vers le visage de son compagnon. Il poussa un cri étouffé de surprise en découvrant les deux orbes émeraude qui le regardaient avec appréhension. Aussitôt, le maître des potions se redressa et se jeta sur Harry qui eut un petit mouvement de crainte et tenta de fuir le contact. Severus se rendit compte alors à sa grande horreur, qu'Harry avait à présent peur de lui. Il se figea à cette constatation et son cœur se serra.

-Harry… murmura-t-il, soulagé. Enfin… tu as repris conscience. Merlin soit loué ! Si tu savais comme tu m'as manqué, mon ange.

-Je… mais… tenta Harry.

Mais sa gorge était sèche et sa voix éraillée. Severus reprit ses esprits et saisissant sa baguette de bouleau noir sous son oreiller, il conjura un verre d'eau qu'il porta aux lèvres du Gryffondor.

-Bois, mon ange, tu dois avoir soif. Ne dis rien pour l'instant. Tout va bien.

Severus aida Harry à boire le verre d'eau. Le garçon le remercia dans un souffle et sa tête retomba sur l'oreiller, comme s'il était épuisé. Il ferma les yeux, ne voyant de toute façon pas à dix centimètres. Severus bougea sans rien dire et tendit la main vers la paire de lunettes rondes qui se trouvait sur la table de nuit, de son côté. Il la déplia et la posa sur le visage d'Harry qui aussitôt rouvrit les yeux et regarda autour de lui.

-Infirmerie… constata-t-il, la voix toujours coassante.

-Oui, confirma Severus. Tu es ici depuis trois jours.

Harry le regarda avec des yeux ronds comme des gallions, visiblement surpris. Il fronça les sourcils et passa sa main sur son front, tentant de se rappeler les derniers évènements qui avaient bien pu encore le conduire dans cet endroit détestable.

-Tu te souviens de quelque chose ? tenta la terreur des cachots, un peu inquiet.

Harry hocha la tête, les larmes aux yeux.

-Tu veux plus de moi…

Horrifié, Severus vit les yeux verts se fermer et de grosses larmes en couler et inonder les joues pâles du Sauveur qui tourna alors la tête de l'autre côté, essayant de refreiner les sanglots qu'il sentait venir.

-Harry, non ! Ce n'est pas vrai ! Regarde-moi, mon amour, regarde-moi, je t'en supplie !

Il attira le visage d'Harry vers lui, en lui tenant le menton. Harry accepta de tourner sa tête vers lui, mais garda obstinément les yeux fermés. Severus couvrit le visage aimé de baisers, lui murmurant des mots tendres pour le rassurer.

-J'étais furieux, Harry. Je ne sais pas si tu te souviens de ce qui s'est passé mais… je me suis senti trahi, j'ai cru que c'était toi qui ne voulais plus de moi, de nous, du bébé.

Harry ouvrit les yeux et secoua la tête avec incompréhension. Severus lui caressa les cheveux d'une main douce et l'obligea à le regarder.

-Je suis allé te rejoindre dans le couloir devant ta chambre de Préfet-En-Chef, après ta ronde. Juste comme j'arrivais à l'angle du couloir, j'ai vu que tu n'étais pas seul. Ginny Weasley était avec toi. Elle s'est jetée sur toi pour t'embrasser, et tu ne l'as pas repoussée. Tu l'as plaquée contre le mur et… tu t'es vautré sur elle, et tu as mis tes mains partout sur son corps.

Harry regarda Severus, horrifié.

-Quoi ? J'ai… j'ai fait ça ? Mais… je ne l'aime pas ! Je ne la désire pas. C'est une fille ! Je n'ai jamais désiré une seule fille de toute ma vie. Misère… mais… j'étais sous Impérium ou quoi ?

-Non. Une potion. Mais je l'ignorais. Je suis rentré dans les cachots et je me suis couché. Je pensais que tu viendrais me rejoindre, que tu m'expliquerais et tu n'es jamais venu.

Harry vit la douleur passer fugitivement dans les yeux d'onyx de son compagnon.

-Sev'… je suis désolé. Mais ce n'était pas moi… tu comprends ? Est-ce que… tu crois que… j'ai fait des trucs avec elle ?

Harry était livide à cette pensée et il en avait presque la nausée.

-Tu ne te rappelles de rien ?

-Pas vraiment, c'est confus. Je… je me souviens… de me sentir mal, de voir tout tourner, autour de moi. J'avais des nausées et ça me brûlait… là…

Pudiquement, Harry posa la main sur son sexe pour désigner l'endroit qui l'avait brûlé. Severus hocha la tête avec assentiment.

-Ginny Weasley a utilisé un bâton de rouge à lèvres qui était une potion de luxure gélifiée, faite à partir de cantharide, un ingrédient aphrodisiaque très dangereux. Encore un nouveau produit des jumeaux Weasley. La demoiselle t'attendait visiblement, cachée pas loin, sûrement dans une alcôve ou derrière une statue. Dans le noir ce n'était pas bien difficile. Elle s'est jetée sur toi, lorsqu'elle t'a vu et t'a embrassé. Une fois la potion dans ton système, tu ne pouvais plus lutter. C'est une potion très puissante. Tu aurais embrassé le cul de Rusard sans t'en rendre compte.

-Pitié ! fit Harry, la mine dégoûtée.

-Cette potion de luxure provoque une érection artificielle très douloureuse et plutôt persistante. Seulement, tu es allergique à la cantharide et tu as fait une réaction violente, d'où ton malaise. Normalement, tu aurais du continuer à bécoter cette petite peste et la dose de potion aurait augmenté dans ton corps. Une fois l'effet obtenu, tu aurais bandé comme un hippogriffe et tu te serais jeté sur elle, sans même te poser la question de son sexe. Enfin, disons que c'est une possibilité, ou plutôt une probabilité.

-Ça n'a pas marché ? Comment tu sais ?

-Tu as apparemment dormi habillé dans ton lit de Préfet. Miss Granger et Monsieur Weasley ont assuré que Miss Weasley était présente à la tour de Gryffondor lorsque Miss Granger est revenue de sa ronde. Donc elle n'est pas restée avec toi, et n'a rien obtenu. Tu es descendu dans les cachots à ton réveil et tu n'avais pas bonne mine, tu disais te sentir mal, et… je n'ai pas compris.

-Tu m'as chassé, Sev'. Je m'en souviens.

-Je croyais que tu avais passé la nuit avec elle. J'étais fou de jalousie. Je voulais te faire aussi mal que ce que je ressentais comme douleur à ce moment-là. Tu es parti et tu n'es pas venu au cours de potion. Miss Granger et Monsieur Weasley t'ont trouvé dans la salle de bain des Préfets-En-Chef, évanoui. Tu avais pissé du sang et vomi dans les toilettes.

-Pissé du sang ?

Severus senti la panique d'Harry qui instinctivement venait de poser sa main sur son sexe.

-Chéri, n'aie pas peur. La cantharide provoque une érection, je te l'ai dit. Ça n'a pas marché sur toi, mais elle a un autre effet, elle irrite épouvantablement l'urètre, et lorsque tu es allé faire pipi, ça a suffit à le faire saigner. Poppy t'a donné une potion anti-inflammatoire, tout va bien.

-Ok.

-La cantharide provoque aussi des nausées, des maux d'estomac et des vomissements, donc ça explique ton malaise et le fait que tu aies vomi. Seulement tu y es en plus allergique et donc ton corps s'est rebellé après avoir lutté pendant plusieurs heures, et tu t'es évanoui. Poppy a dit que ton cœur commençait à fatiguer, elle a du te donner une potion pour le soutenir. L'antidote à la cantharide doit mijoter pendant deux semaines, je ne pouvais pas faire cette potion, c'était inutile. Je t'ai fait juste une potion antiallergique pour minimiser les dégâts ou du moins essayer, et les jumeaux Weasley ont dit qu'ils avaient un chaudron d'antidote en train et qu'il allait être prêt dans trois jours. Je suppose que Poppy en a reçu un flacon et qu'elle te l'a donné. Je sais qu'elle te gardait dans un coma magique spécial qui ne devait cesser que lorsque la cantharide serait totalement éliminée de ton corps et ses effets aussi, bien évidemment.

-Pourquoi, Sev' ? Pourquoi Ginny a essayé ça ? Même si je n'avais pas été allergique, ça n'aurait pas marché. Une fois que j'aurais eu repris mes esprits, je n'aurais plus voulu d'elle. Et je lui en aurais voulu à mort. Je ne vois pas l'intérêt.

-Minerva pense qu'elle voulait tomber enceinte. Elle espère sans doute que je ne vais pas survivre à la grossesse ou à la naissance, et elle espérait ainsi prendre ma place.

-T'es sûr de ça ?

-Non, c'est une spéculation de Minerva, mais il parait qu'Albus serait enclin à y croire.

Harry cacha son visage dans ses deux mains.

-Elle est complètement malade !

-Un peu instable, je dirais. Le reste, Miss Granger pourra te l'expliquer, elle a beaucoup contribué à faire éclater la vérité comme on dit dans les romans moldus. Pour l'instant, je veux juste que tu me croies lorsque je te dis que je ne veux pas te quitter. Je t'aime, Harry… tu es toute ma vie, à présent. Et notre bébé aussi.

-Je te crois, Sev'… murmura Harry d'une voix étranglée par l'émotion.

Il leva sa main pour caresser la joue pâle de la chauve-souris des cachots, qu'une ombre de barbe commençait à envahir. Avec un sourire, il attira le visage de son amant vers lui pour exiger un baiser. Sans se faire prier, Severus obtempéra de bon cœur. Harry interrompit rapidement le baiser, ne pouvant s'empêcher de rire. Severus le regarda, un peu étonné, ne comprenant pas ce qui avait bien pu le faire rire.

-Je crois que notre fille est réveillée et qu'elle me dit bonjour, Sev', s'amusa Harry qui glissait à présent sa main sur le ventre rond de son compagnon, afin de sentir les coups de pied du bébé.

-Oooh ! Tu l'as sentie ? Elle remue tellement là-dedans que j'avoue que je n'y prête plus vraiment attention.

-Tu vas bien ?

-Deux nuits sans toi, et j'ai fait un malaise en cours de potions. Depuis Julius et Poppy exigent que je vienne dormir avec toi, que tu sois conscient ou pas. D'où ma présence près de toi, dans ce lit magiquement agrandi.

-Je comprends mieux. Par Merlin ! Tu aurais pu avoir de graves problèmes de santé, et la petite aussi. Si je mets la main sur cette petite salope de Ginny, je l'étrangle !

-Albus craint qu'elle ne cherche encore à faire quelque chose. Soit à toi, ou bien à moi cette fois-ci. Je ne sais pas ce qui le fait penser ça, mais Minerva est d'accord, semble-t-il ainsi que Miss Granger.

-Hermione ne s'avancerait pas à dire une chose pareille si elle n'avait pas de preuves ou du moins des soupçons valables.

-Elle t'expliquera sûrement dans la journée.

Harry bailla largement, à sa grande surprise.

-Misère, j'ai dormi trois jours et je suis épuisé, tu comprends quelque chose à ça, toi ?

-Ce n'était pas un sommeil naturel, mon amour, tu as quand même besoin de repos. Dors, si tu veux, je reste près de toi, je n'ai pas faim de toute façon. Je suis si heureux que tu sois réveillé ! Si tu savais !

-Je sais, mon cœur. Je suis heureux d'être avec toi, aussi, Severus.

Harry retira ses lunettes et les tendit à Severus qui les posa sur la table de nuit, il ferma les yeux et se coucha sur le côté. Il se serra contre le corps chaud de son amour, en poussant un soupir de bien-être. Il sentit que Severus lui embrassait tendrement le front et esquissa un sourire. Puis deux bras puissants l'attirèrent et il se retrouva la tête posée sur l'épaule de Severus qui s'était couché bien à plat sur le dos. Une main fine lui caressait doucement les cheveux, et ce tendre massage l'expédia rapidement au pays des rêves.


Lorsque Minerva, Poppy et Albus remontèrent à l'infirmerie, après leur petit déjeuner, afin de voir comment se portait Harry et s'il avait repris conscience, ils le trouvèrent endormi dans les bras de Severus qui lui était parfaitement réveillé et serrait son ange aux yeux d'émeraude contre lui, comme s'il avait peur qu'il ne lui échappe.

-Severus… mon cher garçon, vous êtes réveillé, constata Albus, ravi. Comment va notre jeune Harry ?

-Il a repris conscience, Albus. Vous lui avez donné l'antidote, Poppy ?

-Oui, Professeur Rogue. Ce matin, à l'aube, Albus a reçu un hibou des jumeaux Weasley, il contenait deux flacons d'antidote. Je suis plus que ravie de voir qu'il été efficace. Comment va Harry ?

-Bien, je suppose. Il ne se souvient pas de tout, je lui ai raconté ce qui s'est passé. Il n'a pas de souvenir de l'épisode avec Miss Weasley. Il ne se rappelle que de la scène que je lui ai faite.

-Je vois, soupira l'infirmière en sortant sa baguette de la poche de son tablier. Je crois qu'il ne se souvient que de la chose la plus dramatique pour lui.

-Je lui ai fait beaucoup de mal à ce moment-là, avoua Severus avec des remords. Lorsque je me suis approché de lui quand j'ai vu qu'il était réveillé, il a eu peur de moi et il a reculé. Vous ne pouvez pas imaginer ce que ça m'a fait ! Une vraie douche glacée.

-Severus… mon garçon… le fustigea le Directeur. Vous avez souvent accusé Harry d'agir avant d'avoir réfléchi aux conséquences ultérieures mais je vous rappelle encore une fois, que vous n'avez rien à lui envier question impulsivité.

-Et mauvais caractère, ajouta Minerva, vénéneuse, avec un petit sourire en coin.

Curieusement le maître des potions ne protesta pas. Il se contenta de soupirer et son bras qui enserrait le cou d'Harry le plaqua encore un peu plus contre lui.

-Vous avez faim, Severus, très certainement. Vous devriez aller prendre un petit déjeuner, Poppy va examiner Harry pendant ce temps.

-Non, ça va, protesta la terreur de Gryffondor, qui ne voulait pas lâcher Harry.

-Il ne va pas s'envoler, Severus. Ne faites pas l'enfant.

-Ce n'est pas grave, Albus, trancha Madame Pomfresh. Severus peut rester là avec Harry. Un Elfe va lui apporter un petit déjeuner.

Elle sortit une fiole en cristal de la poche de son tablier et la tendit au maître des cachots qui en avala le contenu sans discuter. Albus le regarda faire, intrigué.

-Encore ces fameuses hormones, Severus ?

-Non, Albus, répondit à sa place Poppy Pomfresh. Severus n'a plus besoin d'hormones depuis un bon moment. Le placenta du bébé a pris le relais et les fabrique à présent. Ce n'est qu'une potion fortifiante, des vitamines.

-Oh. Et bien je n'y connais rien à ces histoires d'hormones. Je ne connaissais que les hormones sexuelles, celles qui provoquent la puberté, ce genre de chose. Je ne savais pas qu'il y en avait d'autres.

-Des tas d'autres, Albus.

-C'est vous l'experte, Pompom.

Il regarda l'infirmière agiter sa baguette le long du corps d'Harry. Elle eut un petit sourire de satisfaction en la rangeant de nouveau dans la poche de son tablier.

-Bien. Tout va pour le mieux, dirait-on ! Il est fatigué, un peu déshydraté et sous-alimenté, mais il fallait s'y attendre. Les potions de nutrition ne sont qu'un minimum et elles ont été mal absorbées d'ailleurs à cause de son état général. Dès qu'il sera réveillé de nouveau, je vais le retaper vite fait.

-Je lui ai donné un verre d'eau à son réveil.

-Excellent, Severus. Vous avez bien fait. Je vais lui préparer du jus de citrouille bien frais avec des vitamines comme vous prenez, et puis du thé et un encas léger avec une potion de nutrition. Il pourra sortir demain matin. Je préfère le garder jusque là, je voudrais vérifier son état psychologique et aussi voir s'il a oublié autre chose. Je pense que non, mais il faut que je vérifie, néanmoins.

-Bien, tout ceci est parfait. Je vais prévenir Molly et Arthur, je leur avais promis, annonça le Directeur. Minerva, vous pourriez aller prévenir Remus que son filleul est réveillé, il en sera très certainement plus que soulagé, ainsi que Miss Granger et Monsieur Weasley. Faites le discrètement, inutile que Ginny Weasley soit au courant tout de suite. Les autres élèves n'ont pas besoin de le savoir avant demain, non plus. Ça empêchera que la moitié de l'école ne défile ici aujourd'hui. Ainsi, Severus pourra rester avec Harry sans qu'ils ne soient tous deux dérangés.

Albus Dumbledore et Minerva McGonagall quittèrent l'infirmerie laissant Severus avec Harry sous la garde féroce de Poppy Pomfresh qui allait veiller à ce que le maître des potions mange un petit déjeuner conséquent. Le Directeur alla directement à son bureau en se frottant les mains, ravi de savoir qu'Harry allait bien se porter, très certainement. Il se précipita vers sa cheminette une poignée de poudre verte à la main. Pendant ce temps, Minerva alla prévenir le loup-garou qui se précipita en courant vers l'infirmerie, plantant là sa collègue qui pouffa en le regardant se sauver à toute allure dans le couloir. Tranquillement, elle remonta au 7ème étage vers la tour de Gryffondor et se présenta devant le portrait de la Grosse Dame qui s'ouvrit aussitôt pour laisser entrer la Directrice de Maison dans la salle commune. Le regard de Minerva balaya la salle et elle fit un petit sourire aux élèves qui s'y trouvaient. Avisant une jeune fille qui traversait la pièce, un grimoire à la main, elle l'appela, juste avant de se diriger vers son bureau.

-Miss Frobisher ? Pourriez-vous avoir l'amabilité de dire à la Préfète-En-Chef que je voudrais lui dire deux mots, s'il vous plaît ?

-Bien sûr, Professeur McGonagall.

La jeune fille rebroussa chemin et remonta l'escalier menant aux dortoirs. Minerva entra dans son bureau et referma la porte derrière elle. Moins de deux minutes plus tard, Hermione frappait à la porte.

-ENTREZ !

La porte s'ouvrit sur une Hermione intriguée. Que pouvait bien lui vouloir la Directrice de Maison, un samedi matin ? Surtout que Ron n'avait pas été demandé, et donc il ne pouvait pas s'agir d'Harry, à son humble avis.

-Vous vouliez me voir, Professeur McGonagall ?

-Oui, Miss Granger, asseyez-vous quelques instants, je vous prie. Je vous ai faite appeler, vous seule, car je ne voulais pas que Miss Weasley se doute de quelque chose, si je demandais à votre ami Ronald de venir lui aussi.

-C'est Harry ? s'inquiéta la jeune brune aux cheveux touffus, en se mordant la lèvre inférieure, un peu angoissée qu'il puisse aller plus mal.

-Oui, Miss Granger, avoua la professeure de métamorphose avec un sourire. Il s'est réveillé tout à l'heure. Les jumeaux Weasley ont expédié l'antidote au Directeur, à l'aube, et Madame Pomfresh le lui a fait prendre aussitôt.

-C'est super ! Je suis soulagée, vous ne pouvez pas imaginer, soupira la jeune Gryffondor.

-Je veux bien vous croire ! Vous auriez vu la tête de Remus ! Je ne crois que je ne l'ai jamais vu courir aussi vite ! Il m'a plantée là, sans dire un mot et il a filé vers l'infirmerie comme s'il avait un Troll aux trousses.

-Et… le Professeur Rogue ?

-Il est avec Monsieur Potter. Il refuse de le quitter et même de le lâcher.

-Ils sont réconciliés ?

-Je crois savoir qu'ils se sont expliqués. Monsieur Potter ne se souvient pas de la scène avec Miss Weasley, il ne se rappelle que celle que le Professeur Rogue lui a faite lorsqu'il est descendu dans les cachots le lendemain matin. Severus lui a tout raconté et il semblerait qu'il ait accepté ses explications.

-Nous pourrons aller le voir ?

-Je pense que cet après-midi, ce sera suffisant. Madame Pomfresh veut lui faire quelques examens complémentaires, ce qui n'est pas étonnant. J'ignore combien de temps Remus va rester avec Harry. Etant donné que Severus y est aussi, je ne pense pas que ça va durer bien longtemps. Vous savez comment ils sont…

-Comme chien et chat… encore que pour l'amour d'Harry, ils ont tous deux fait beaucoup de concessions, mais ça ne sera jamais l'entente cordiale.

-En effet, soupira Minerva McGonagall. Mais enfin, tant qu'ils ne s'entretuent pas… Je me dis souvent que si Sirius Black était encore de ce monde, nous aurions eu beaucoup plus de difficultés. Il n'aurait jamais accepté la relation de son filleul avec son ennemi juré. Surtout qu'il était un homophobe convaincu et particulièrement virulent.

-Je présume que je dois prévenir Ron discrètement, et lui seul, non ?

-Vous présumez fort bien, Miss Granger. Monsieur Potter devrait sortir demain de l'infirmerie et éventuellement reprendre les cours dès lundi. J'attends l'avis de Madame Pomfresh quant à la reprise des cours, d'ailleurs. Je souhaite que l'annonce du rétablissement de Monsieur Potter ne soit pas connue des autres élèves avant demain soir. Je voudrais éviter que vos condisciples ne se ruent à l'infirmerie pour lui rendre visite. Je ne voudrais pas qu'ils tombent sur le Professeur Rogue, il refuse de lâcher son compagnon, une seule minute, et ne se lèvera probablement pas de la journée, pour ne pas quitter Harry.

-C'est compréhensible. Il a failli le perdre, et Harry, lui, a cru que le Professeur Rogue ne voulait plus de lui, ils ont besoin de se retrouver. Je vais prévenir Ron lorsque nous serons seuls, et nous irons rendre une petite visite à Harry dans l'après-midi. Je ne pense pas que le Professeur Rogue nous en tiendra rigueur, après tout, Ron et moi, nous avons assisté au rituel. Je ne vois pas ce qu'il pourrait y avoir de choquant pour nous, à les voir en pyjama dans le même lit.

-Heuuu… oui, en effet. C'est vrai que côté spectacle, nous avons été servis avec ces deux là ! avoua Minerva en rougissant quelque peu.


Remus regardait Harry dormir, toujours collé à Severus qui ne l'avait pas lâché. La terreur des cachots sirotait une tasse de thé, légèrement relevé par deux oreillers. De son bras libre, il tenait Harry tout contre lui, et de temps en temps, lui caressait les cheveux.

-Tu es sûr qu'il va bien, Severus ? s'inquiéta le loup-garou qui ne lâchait pas son filleul des yeux.

-Oui, Lupin, je te l'ai dit, il va bien. Il ne se rappelle pas la scène que cette petite salope lui a jouée, mais le reste si.

-Comment tu expliques ça ? Ou Poppy ?

-L'effet de la potion, je suppose.

-Si je mets la main sur elle, je l'écharpe, fit le loup-garou, menaçant. Je te jure que j'avais du mal à me retenir, hier en cours, j'avais envie de lui sauter dessus. Lunard a eu du mérite de rester tranquille.

-A qui le dis-tu ! Je l'ai eu en cours avant-hier après-midi, et cette petite charogne n'a fait que me toiser avec un rictus moqueur sur la figure. J'ai eu plus d'une fois envie de lui faire avaler son sourire avec un bon sortilège ! Ma baguette m'a démangé plusieurs fois. J'ai quand même réussi à lui coller un zéro, à lui retirer cinquante points et à lui coller une semaine de retenue avec Rusard.

-Ça n'a pas du être difficile, tu as de l'entrainement ! ricana Remus, amusé.

-Je l'ai placée près d'un de mes serpents.

-Lequel ?

-Jonathan Dorby…

-Ouille… tu as été cruel, ce gamin est atroce.

-Particulièrement infecte, en effet. Il a ruiné sa potion comme je m'y attendais. La prochaine fois, je la place entre Dorby et Harper. On va voir qui fait la loi !

-Tiens… je ferai la même chose… s'amusa le loup-garou, l'esprit vengeur. Et le cours d'après où j'ai les 6ème année Gryffondor avec les Poufsouffles, je la mettrai près de Stebbins, elle ne peut pas le sentir, je l'ai remarqué. Elle va être folle !

-Mince, j'ai toujours les lions et les serpents ensemble, moi. C'est vrai, Stebbins est stupide, presque aussi incompétent en potions que Londubat, c'est dire. Enfin, maintenant que je n'ai plus Londubat en cours, c'est lui le plus nul de l'école.

-Neville a abandonné les potions ? s'étonna Remus.

-Il n'en a pas besoin pour faire de la botanique. C'est sa grand-mère qui l'obligeait à continuer, elle voulait qu'il devienne Auror, comme ses parents je suppose. Mais le garçon n'a aucune compétence pour être un Auror. Minerva a mis fin à cette stupidité avec l'aide de Pomona, et Londubat va être l'apprenti de Pomona après son diplôme. Du coup, j'en suis débarrassé.

-Botanique, hein ? C'est vrai qu'il semble doué dans ce domaine, j'ai entendu Harry en parler avec Hermione, une fois.

-Lupin, Minerva et Albus pensent que la petite peste va tenter de recommencer.

-Tu crois ?

-Y a des chances que ce soit moi la victime, la prochaine fois. Albus pense qu'elle veut ma mort et celle du bébé.

-Qu'elle essaie de toucher à l'enfant de mon filleul ! Je t'assure que je ne prendrai pas ma potion Tue-loup et que je m'arrangerai pour que Lunard soit sur son passage à la prochaine pleine lune.

Severus eut un petit sourire amusé, que ne remarqua pas le loup-garou qui ne quittait pas son louveteau des yeux.

-T'as pas peur que ton môme soit un loup-garou, Lupin ?

-Si, soupira Remus, en baissant tristement les yeux. C'est un risque à courir, j'étais pas certain de vouloir le courir d'ailleurs, mais Dora… elle était folle de rage lorsque je lui ai suggéré qu'elle devrait peut-être avorter. Alors j'ai laissé tomber.

-Je peux comprendre ça, fit Severus en passant sa main sur son ventre où il sentait son bébé gigoter.

Remus regarda le ventre de son collègue et soupira.

-J'aurais jamais pensé que tu risquerais ta peau pour avoir un enfant avec un Potter.

-Harry n'est pas James, Lupin. J'ai mis du temps à m'en apercevoir, d'ailleurs.

-C'est vrai, Harry n'est pas James. Il a plus de Lily qu'on n'aurait pu le penser. Sirius l'avait remarqué aussi, et je crois qu'il en était un peu déçu, il espérait la copie conforme de James. Mais c'est bien, Lily était une fille super, je suis content qu'Harry ait hérité de son caractère, il a pris le meilleur de chacun d'eux, on va dire ça comme ça.

-Chuis pas persuadé qu'il y avait quelque chose de bon en James Potter, pesta Severus Rogue.

Remus ne répondit pas. Il savait très bien qu'en effet, Severus n'avait jamais vu que les pires côté de Sirius et de James, ainsi que les siens et ceux de Queudver, d'ailleurs. Il se leva et s'étira comme un chat.

-Je vais y aller, j'ai des copies à corriger, et comme la pleine lune approche, je n'aurai pas de soirées de libres avant quelques jours. Faut que je m'avance le plus possible.

Severus hocha la tête et regarda le loup-garou quitter l'infirmerie tranquillement. Il reposa sa tasse de thé à présent vide sur la table à roulettes qui se trouvait à sa portée, ferma les yeux et déposa un baiser dans les cheveux noirs emmêlés d'Harry.


Le lendemain matin, Harry était fin prêt pour quitter l'infirmerie. Il avait pris une douche dans la salle de bain de l'infirmerie, pas seul évidemment. Severus n'avait pas pu s'empêcher de le rejoindre, et les amoureux s'en étaient donné à cœur joie après avoir jeté un sortilège de silence sur la pièce pour ne pas s'attirer les foudres de la maîtresse des lieux. Tous deux devaient retourner dans les cachots de Severus après l'heure du petit déjeuner. Ils avaient prévu de passer la journée à se concentrer sur le choix définitif d'un prénom pour le bébé, et se réjouissaient à l'avance de ce moment. Ron et Hermione étaient passés la veille, dans l'après-midi comme promis et avaient été ravis de voir que leur ami se portait bien. Harry avait félicité Hermione pour la brillance de ses déductions, et Hermione avait rougi tandis que Ron, flatté, était ravi qu'on puisse trouver sa petite-amie aussi intelligente.

Malheureusement, leur retour à la salle commune, n'avait pas échappé à l'œil acéré de la rouquine qui se doutait bien d'où ils revenaient. Et la chipie avait utilisé une oreille à rallonge pour écouter ce que le couple pouvait bien se raconter une fois seuls dans le dortoir des garçons de 7ème année. Elle avait ainsi appris qu'Harry était réveillé, que Severus se trouvait avec lui et ne le quittait pas d'une semelle, qu'ils allaient rentrer dès le lendemain matin dans les cachots après le petit déjeuner et passer la journée à choisir un prénom pour leur bébé, ce qui rendait Hermione hystérique car elle aurait aimé participer et leur faire des suggestions.

Ginny avait rangé son oreille à rallonge une fois qu'elle avait eu tous les renseignements qu'elle voulait et était retournée dans la salle commune. Elle avait fait semblant de lire Quidditch Magazine lorsqu'elle avait vu Hermione et Ron sortir de la salle commune pour aller faire un tour dans le parc du château. Aussitôt, elle s'était levée de sa chaise et était montée dans le dortoir des garçons de 7ème année, elle avait fouillé dans la malle de Ron pour y prendre la cape d'invisibilité qu'Harry avait prêté à son ami. Ginny avait entendu Ron dire à Hermione quelques minutes auparavant, qu'il ne faudrait pas qu'elle oublie de lui rappeler de rendre à Harry sa cape d'invisibilité. La rouquine avait tout de suite vu le parti qu'elle pouvait tirer de cette annonce et avait décidé de voler la cape.

Elle attendait donc, cachée sous ladite cape, dans le couloir de l'infirmerie, qu'Harry en sorte avec son garde du corps enceint. Son attente fut de courte durée, la chipie entendit la porte s'ouvrir et elle vit le couple qu'elle attendait, en sortir. Severus portait une robe verte qui ne dissimulait pas son ventre plus que volumineux, et Harry avait un uniforme propre et fraichement repassé qui lui avait été apporté par Dobby. La bouche pincée et les yeux écarquillés de fureur, elle les vit se sourire, s'embrasser tendrement, puis s'éloigner de la porte de l'infirmerie tranquillement.

Elle entendit Harry s'inquiéter et demander à son compagnon.

-Ça va, chéri ? Tu n'as pas trop de mal à marcher ? Courage, encore un petit mois et c'est fini !

Ginny ne laissa pas à Severus le temps de répondre, elle se plaça devant eux dans le couloir, et pointa sa baguette par l'ouverture de la cape. Aucun des deux hommes ne remarqua la baguette et la main qui flottaient devant eux : ils se regardaient. Ils entendirent juste une voix qui lança :

-Redeant quardragintis annis brevi !

Surpris, ils virent un éclair de lumière les entourer tous les deux, et puis ce fut le black-out total et les ténèbres se refermèrent sur eux.