Titre : Septentrional

genre : aventure, romance

pairing : Draco/Blaise

rating : T

plot : Au plein cœur de la guerre, Draco Malfoy remet en cause son éducation et décide qu'il faut en finir avec Voldemort. Mais au même moment, il découvre un arbre mystérieux sous les fondations de l'école. Ne serait-ce pas là la clef de leur survie dans une guerre funeste ?

disclaimer : les personnages et l'univers ne m'appartiennent pas. Coucou JKR

nombres de mots : 49 993

nombres de chapitre : 17 + un épilogue

Notes : C'est une histoire terminée, je vais la publier à un rythme d'un chapitre par semaine.

Je n'ai pas pu poster de chapitre la semaine dernière, et je m'en excuse platement. Du coup, aujourd'hui, il y aura deux chapitres. J'espère que vous allez aimer. Dites moi ce que vous en avez pensé!


Septentrional

Chapitre 11

Très cher fils,

Je remarque que tu n'as pas fait suite à ma première lettre, ce que je regrette grandement.

Je t'écris à nouveau pour te montrer l'exemple que tu dois suivre. Mon Seigneur m'a demandé de prouver ma grande fidélité à son égard en me proposant une épreuve. Et c'est avec le plus grand plaisir que je l'ai effectuée. Tu dois comprendre, mon fils, que le serment qui me lie à mon maître est plus fort que quelques autres liens de la nature. Mon maître m'a donc mis à l'épreuve de tuer ma femme, ta mère, et comme je suis prêt à tout abandonner pour lui, je l'ai fait. Je ne pourrais pas te dire qu'elle n'a pas souffert, mais tu ne dois pas t'attacher aux choses matérielles, mais seulement aux grandes valeurs qui sont les nôtres. Il faut être prêt à faire des sacrifices pour obtenir la victoire.

J'espère te montrer ainsi la voie à suivre.

Longue vie au Seigneur des Ténèbres

Ton Père.

Il se leva, tremblant de tout son corps. Non. Non. C'était impossible. Cela ne pouvait pas être vrai. Pourquoi ? La lettre tomba de sa main sur la table. Il n'entendait plus le brouhaha autour de lui. C'était comme s'il était coupé du monde, de tout, et même de lui-même. Il n'entendait plus ses propres pensées, juste le vide.

Draco quitta la grande salle, il ne savait pas où il était, il ne savait pas où il allait, il devait juste partir loin, très loin. Loin de ces centaines d'yeux qui le fixaient, il les sentait, mais ne les voyait pas. Mère était morte. Il se mit à courir, sans pouvoir regarder autour de lui, les larmes, déjà, ne pouvaient plus se retenir de dévaler son visage.

Il ne vomit pas, parce que son estomac n'était plus relié à son corps. Il ne sentait plus son corps. Il courut là où ses jambes le portaient. Il sortit du château, traversa le parc, et s'enfonça dans la forêt qui bordait le lac.

Dans la grande salle, Blaise ramassa la lettre qu'il avait laissé tomber. Draco avait disparu à une vitesse incroyable, sans qu'il puisse rien faire pour l'arrêter. Il sentait sur lui le regard de toute la table des professeurs. Les élèves avaient rapidement arrêtés de le regarder pour retourner à leurs ragots habituels. Il jura assez fort. Oh, il ferait souffrir Lucius. Il avait lu la lettre. Et il comprenait maintenant.

Il la glissa dans sa poche, il valait mieux qu'elle ne tombe pas entre toute les mains. Il sentit le regard lourd de Pansy dans son dos. Elle riait. Oh, elle aussi allait souffrir. Mais d'abord, il devait retrouver son ami.

Il parcourut tout le château, mais sans succès. Il n'irait pas en potion ce matin, Draco était sa priorité. Lucius la seconde.

Au bord de l'eau, Draco laissa un hurlement s'échapper de ses lèvres. Il ne pouvait pas le contenir. Il était là, il devait sortir. La douleur le rongeait de l'intérieur, il n'avait rien connu de si violent avant. Il n'arrivait pas à imaginer un monde où il ne verrait plus jamais sa mère, et c'est ce vide qui était insupportable. Il n'avait jamais pu imaginer qu'une telle chose puisse arriver un jour, il ne pouvait pas imaginer.

Le hurlement se transforme en sanglot, il tomba à genoux au bord de l'eau. Il avait envie de détruire tout ce qui se trouvait autour de lui, mais il n'en avait pas la force, il était comme vide de l'intérieur. Une carapace qui se vidait.

D'abord, il n'était pas en colère. Il ne pouvait pas avoir accès à ce sentiment. Il en était encore loin. Pour l'instant, la seule chose qui remplissait son âme était le grand vide de la douleur. Il n'avait pourtant même pas eu le luxe de penser que ce n'était pas vrai, pas assez longtemps, il avait su, tout de suite, même s'il avait essayé de ne pas y croire.

Pendant qu'il sanglotait, à genoux sur le sable de la petite plage, une voix le rejoint en silence, puis elle s'assit à côté de lui.

- Moi aussi, je l'ai perdu quand j'étais enfant. Elle était belle, et si joyeuse. Elle dansait souvent. C'est un accident qui l'a emporté, et c'était terrible de penser que ça aurait pu ne pas arriver, que ce n'était que un accident. C'est moi qui l'ai trouvé. J'étais petite.

Elle se tue un instant. Il leva lentement les yeux vers elle. Il ne savait pas comment elle avait su, mais il était soulagé de ne pas avoir eu à mettre des mots dessus. Il ne pouvait même pas y penser sans s'écrouler.

- J'ai reconnu les larmes, sembla-t-elle expliquer. Ce sont les larmes de la perte. Elles ont une odeur particulière.

Elle lui tendit la main et le mit sur pied. Il ne tenait debout que parce qu'elle lui tenait les doigts. Elle le fit s'asseoir sur une souche renversée.

- Est-ce que tu as besoin de compagnie ? Demanda-t-elle.

Il secoua la tête, il voulait être seul, il n'arrivait pas à penser partager cela encore. Il n'y arrivait pas, c'était ancré trop profondément en lui. Avant qu'elle ne parte, il murmura légèrement :

- Merci, Luna.

Comme un soupir, presque un souffle, assez loin du son, c'est tout ce qu'il pouvait produire. Mais elle comprit, elle savait. Luna hocha la tête doucement et le laissa seul. Elle comprenait.

S'il s'écoutait, il arrêterait de respirer, parce que son réflexe le plus animal, respirer, semblait s'être envolé, et il devait penser à chaque inspiration, chaque expiration. Il n'osait pas imaginer faire face à quiconque, il ne voulait pas voir le visage des autres élèves, il ne voulait pas voir la pitié feinte ou la haine de ceux qui dirait « bien fait ». Comme si la mort de sa mère serait une punition pour lui. En un sens, elle l'était, mais son père ne l'avait pas pensée comme cela, Lucius était tellement persuadé de faire ce qui était juste qu'il n'avait pas un instant imaginé détruire son fils. Il pensait même que son fils le féliciterait. Comment pouvait-il être autant déconnecté du monde ?

Voldemort l'avait sûrement pensé comme un moyen de détruire celui qu'il ne pouvait avoir, ou faire planer comme une menace pour le faire les rejoindre. Il ne savait pas quelle manigance était derrière tout cela. Ou peut-être était-ce juste la joie malsaine de ce monstre observant à quel point il avait un contrôle sur ses partisans. Il ne voulait pas y penser, mais il pensait sans le vouloir. Les idées venaient, il ne pouvait pas les éloigner, les images l'attaquaient, il ne pouvait pas se défendre. Il était à la merci du monde.

Oh, il sentait pouvoir rester sur cette souche, les yeux perdus dans les brumes du lac, l'esprit enseveli, une éternité. Il ne réaliserait ni les saisons, ni le cycle des jours, ni la terre s'écrouler sous lui.

Mais il fut sauvé et ramené au monde par deux bras qui s'enroulèrent autour de lui sans un mot. Il avait su qu'il approchait, et un bout de lui avait presque pleuré de joie s'il n'était pas déjà en train de pleurer de douleur.

Blaise venait de le trouver. Il ne savait pas quoi dire alors il ne dirait rien. Assis à côté de lui sur la souche, il serrait fort Draco contre lui. Et il le laissait glisser sa tête dans son coup, ses cheveux blonds dans son nez, ses larmes sur ses épaules.

Peut-être restèrent-ils ainsi une éternité, mais le froid se fit plus dur, une bourrasque de vent les délogea. En silence, Blaise et Draco retournèrent dans le château, il avait gardé la main dans le dos ou l'épaule de son ami, pour le soutenir, sans cela, il sentait qu'il pourrait tomber au bout de deux pas. Il l'emmena dans sa chambre individuel, Draco tomba sur le lit. Il regardait les rideaux de son baldaquin au-dessus de lui. Blaise le rejoint.

A partir de ce moment, les mots déferlaient dans sa bouche et se déversaient. Il ne pouvait plus s'arrêter.

- Je l'aimais quand j'étais petit, je l'admirais tellement, il était mon héros. Je voulais devenir lui. J'aurais tout fait pour son approbation. Tout. J'étais ce petit con parce qu'il m'a fait à son image. Et je suis le seul responsable de l'avoir cru. J'aurais dû comprendre. J'ai été lui pendant des années et ça me dégoûte. Et le pire, c'est de le réaliser

Il se tue. Puis, il continua.

- Ma mère, elle est – était tout. Elle était tout mon monde, mais d'une manière différente de lui. Elle, elle était la force, mais la force stable, paisible, potentiellement dangereuse, mais sans jamais avoir besoin de l'être. Lui, c'était le danger, la violence, la colère, il était instable. Il pouvait me féliciter un matin sur un détail, puis quelques minutes plus tard, il devenait une furie et m'incendiait pendant les heures. Elle aurait mérité quelqu'un de mieux que lui. J'ai grandi dans un conflit permanent entre eux deux, il lui reproche d'être trop douce, elle lui reprochait d'être trop violent. Et il l'était. Et aussi avec elle. Mais dans les familles sang-pures, on ne dit rien, on garde le secret, on garde les apparences. Alors, on se taisait. J'aurais dû comprendre plus tôt. J'aurais dû faire quelque chose. Mais là encore, je ne fais rien.

- Si. Tu fais quelque chose : tu ne le rejoins pas, tu ne deviens pas un mangemort. Tu lui résistes.

- Non, je ne résiste pas. Je suis caché, à l'abri, loin de lui. Je ne sais pas ce que je ferais si j'étais en face de lui. Là, je peux refuser, mais je refuse sans le dire. Lui ne sait pas encore officiellement que je refuse. Je suis un lâche. Je ne lui ai pas écrit pour lui dire que je le détestais.

- C'est bien plus stratégique que tu ne le penses. Tu peux te préparer à prendre position, pour être en sécurité plus tard. Tu es caché, et donc tu peux essayer de faire des choses contre lui quand lui pense que tu es de son côté.

- Mais je ne fais rien, Blaise, si tu remarquais. Ni toi, ni moi, on ne fait rien contre Voldemort. On dit qu'on est contre lui, mais on ne fait rien pour le repousser. On reste passif, alors que nous, on a les moyens de faire des choses, on n'est pas des nés moldus, on n'a pas à se cacher pour sauver notre vie. On peut encore sortir dans la rue sans être tué à vue. Bon, dès qu'on sera identifié comme opposant et traître, je pense qu'on aura intérêt à se faire oublier... Mais je crois que le problème, c'est que je ne sais pas quoi faire. Je n'ai jamais rien eu à faire, je n'ai jamais eu à me mettre en danger. Je ne sais pas par où commencer. Est-ce que je rejoins Dumbledore ? Hors de question, mais ce serait plus simple, il me dirait quoi faire pour le plus grand des biens.

- On pourrait court-circuiter Pansy ?

- Pour ça, il faut de l'influence, on n'en a plus. Il y a quelque chose qui a changé. Maintenant, je sais que je veux faire quelque chose, que je veux agir. Trouver comment, c'est la prochaine étape. Mais c'est aussi une question de circonstance. À un moment, on saura quoi faire, on aura une place dans ce grand échiquier. Je crois pas que ce soit habile de dire nos intentions à nos ennemis maintenant, Pansy se doute fortement de notre affiliation, sauf si elle est vraiment persuadé de m'avoir évincé contre mon gré et de m'avoir volé ma place, puis de m'avoir forcé à rejoindre l'ennemi. Ce n'est pas non plus impossible. Elle pense peut-être que son plan à fonctionné à merveille et que je la déteste parce qu'à cause d'elle je perds mon rôle de futur mangemort en chef, sauf qu'elle me fait une fleur, je n'ai pas à déclarer moi même ma trahison. Et elle me propose une couverture en cas de besoin de retraite. Mais, d'une certaine manière, elle m'a volé ma décision. C'est un choix qui aurait dû être le mien et le mien seul, c'est comme si j'avais pendant un moment perdu la main sur le cours de mon existence.

- Elle ne maîtrise pas tes choix, et celui-là, c'est ton propre choix. Tu es libre de le faire, tu es libre d'agir ou de ne pas agir.

Un silence prit à nouveau place quelque temps. Puis, un pli se creusa sur son front.

- Je le hais encore plus, je ne pensais pas que ce serait possible. Je veux lui faire payer, je veux la venger. Mais la meilleure des vengeances serait de détruire Voldemort devant ses yeux. Puis, de le tuer comme il se doit pour que plus jamais il ne puisse blesser qui que ce soit.

- Tu le sais déjà, mais tu peux compter sur toute mon aide et mon amitié envers toi, dit Blaise.

- Merci.

La porte de la chambre s'ouvrit en silence et Merlin entra. Il avait la mine basse, le regard profond, qui oscillait entre rage et douleur. Il s'assit au bout du lit.

- J'ai vu Luna, fut la seule chose qu'il dit.

Mais il resta là, en silence. Et secrètement, Draco lui fut reconnaissant. Il avait besoin de ne pas être seul, il ne devait pas se laisser submerger, il devait garder pieds. Et seul, il ne pourrait pas. Qui l'aurait cru, lui, grand ami de la solitude, ennemi farouche des relations humaines sincères, il avait besoin de ses amis, pire qu'un Poufsouffle, vraiment. Mais il pouvait sûrement se l'accorder. Être Poufsouffle n'était pas toujours mauvais.


A suivre...