Coucou les bouts d'chous ! Je vous souhaite une super bonne année 2014 !

Merci pour toutes vos reviews dans le dernier chapitre ! J'ai été étonnée de voir que personne, je dis bien personne n'a désapprouvé le fait que Jake ait vendu la mèche. Tenir parole, respecter les secrets des autres, tout ça... rienafout' tant que ça chope, pas vrai ? Je ne vous dit pas bravo, bande de petits voyous XD !

Ah, et j'ai oublié de le faire dans le dernier chapitre, mais je tenais à dire merci aux revieweurs/euses anonymes KL, Yay-kun, Miss Hely, Near86, Starlight et Gurimijow, comme vous êtes pas enregistrés, je peux pas vous dire merci autrement qu'en le postant dans le chapitre, c'est pas pratique mais je tenais vraiment à ce que vous sachiez que vos reviews me font super plaisir à chaque fois !

Le dernier chapitre était bourré de fautes, je mexcuse. Cette fois je me suis bien relue ! (enfin j'espère). Je sais pas si vous avez remarqué, mais je suis grave en avance sur ce chapitre ! Je pensais pas le finir avant encore deux semaines !


Post-injection 11.

Chris :

Piers ? Amoureux de moi ? Qu'est-ce que c'était encore que cette histoire ? C'était tout à fait le genre de Muller de me faire marcher avec ses allusions graveleuses, mais là il y avait été un peu fort pour une simple provocation, et il avait l'air on ne peut plus sérieux. En colère, même. Et Piers, je l'avais vu de mes yeux quand il s'était levé d'un bond et qu'il était passé devant moi pour sortir : son visage était barbouillé de larmes. Ça ne lui ressemblait tellement pas ! Mon bras droit, mon sauveur, mon cher soldat si solide malgré son corps en mille morceaux. Piers était doté d'un sang froid à toute épreuve, j'étais sidéré de l'avoir vu avec ce regard là. Amoureux de moi ?

- Je ne sais pas ce que tu cherches, Muller, mais inutile de continuer. Piers n'est pas homosexuel.

- Qu'est-ce que t'en sais ?

- Je le connais bien.

- C'est là que tu te trompes, m'a froidement annoncé Jake. Piers est gay. Il l'a toujours été. C'est même pour ça qu'il est en rupture familiale depuis dix ans.

- N'importe quoi ! Me suis-je indigné. Il a coupé les ponts avec sa famille parce qu'ils se sont tous convertis à l'Église de Scientologie et qu'il a refusé d'en faire autant.

Devant le regard apitoyé de Muller, mes certitudes ont vacillé. Si Piers était assez proche de lui pour lui avoir parlé de sa situation familiale, sujet qu'il rechignait à aborder avec moi, alors pourquoi lui aurait-il menti à lui plutôt qu'à moi ? D'autant que sa version tenait la route.

Après quelques secondes d'incrédulité, Jake a éclaté de rire.

- Sérieusement ? Il a réussi à te faire gober ça ? Et est-ce-que tu l'as cru quand il a dit qu'il s'était arraché son putain de bras à main nue parce que c'était son devoir de soldat ?

- Euh...

Tout paraissait tellement plus sensé, soudain. Il n'empêche que...

- Si tu me crois pas c'est simple, t'as qu'à lui demander. T'attends quoi pour le rattraper ?

C'est ainsi que je me suis mis à courir vers le parking. D'après l'hôtesse d'accueil, Piers avait déjà quitté l'hôpital. Il n'était sans doute pas bien loin, mais s'il avait eu le temps de monter dans un bus c'était foutu.

Tout en démarrant ma voiture, je me demandais ce que je pourrais bien lui dire, s'il s'avérait qu'il était vraiment amoureux de moi. Mais j'avais du mal à y croire, c'était trop abstrait pour le moment. Piers est si fier, si sérieux, et surtout si jeune ! Qu'est-ce qui pourrait bien l'intéresser chez un vieux vétéran fatigué comme moi ?

Ce que m'avait dit Jake à propos du conflit entre Piers et sa famille me perturbait. Ça plus que le reste me faisait douter. Piers ne m'en parlait jamais, il m'avait seulement avoué du bout des lèvres cette histoire étrange de reconversion de masse.

Je n'ai pas été élevé dans la religion et je n'y connais absolument rien. Tout ce que je savais sur la scientologie, c'était que ça avait un vague rapport avec Tom Cruise. J'ai donc cru mon lieutenant sur parole, pourquoi ne l'aurais-je pas fait ? Et même si parfois cette histoire me paraissait bancale, je ne l'ai jamais remise en cause. Mais maintenant que Jake m'avait mis le doute dans la tête, tout s'effondrait. Tout semblait aller dans son sens.

Un exemple : Lors du colloque des Armées. Il s'agit d'une journée de conférences où sont conviés tous les hauts dirigeants du lobby militaire des États-Unis, fabricants d'armes et actionnaires compris. En tant que fondateurs du BSAA, Jill et moi sommes sur la liste des invités. Il y a trois ans le père de Piers, commandant dans l'armée de terre, était présent, et je me rappelle avoir été surpris quand au moment du repas il a exigé que nous nous prenions tous la main pour dire le bénédicité. C'était pas un truc chrétien ça ? Et dans son discours j'avais clairement entendu un Amen à la fin. Ça m'avait un peu embrouillé, mais pas une seconde je n'ai pensé que Piers pouvait m'avoir menti. Je m'étais juste fait la réflexion que la religion c'était vraiment compliqué, et qu'il ne fallait mieux pas que je crée un conflit diplomatique en demandant à mon voisin de table si la scientologie était une branche du christianisme. En plus, juste après, on a attaqué les fruits de mer de luxe. Parce que pendant que nos soldats mouraient en premières lignes, nous les grands pontes, nous bâfrions comme des porcs.

J'avais toujours eu horreur de ces colloques. Que des vieux grabataires qui se congratulaient en exhibant leurs médailles alors qu'ils n'avaient pas été au front depuis vingt ans. Ça faisait longtemps que j'aurais arrêté de m'y rendre, s'il n'y avait pas eu Jill.

Jill était toujours la seule femme de l'assemblée, et elle essuyait des commentaires qui me faisaient proprement halluciner : les convives ne cessaient de la prendre pour la serveuse, la secrétaire ou la dactylo, malgré qu'elle porte le même uniforme qu'eux, avec les mêmes médailles. Quand on disait que nous avions fondé le BSAA ensemble, les généraux comprenaient : Chris Redfield n'aurait jamais pu fonder le BSAA sans le soutien de sa petite femme qui lui cuisinait de bons petits plats, lui massait les pieds et lui apportait une sécurité sexuelle de fort bon goût. Je n'exagère absolument pas. Et quand Jill arrivait à leur faire rentrer dans le crâne qu'elle était capitaine et qu'elle ne devait rien à personne, ils devenaient encore plus méprisants. Après cinq ou six coupes de champagne, ils lui demandaient la voix pleine de fiel si elle parvenait à être épanouie en tant que femme alors qu'elle n'avait pas d'enfants. Ils lui demandaient son âge pour calculer devant elle le temps qu'il lui restait avant la ménopause. Ils lui reprochaient le tort qu'elle faisait à son mari en faisant un métier d'homme, ou ils lui conseillaient de vite se marier avant qu'il ne soit trop tard. Et en fin se soirée, ils essayaient tous de lui mettre la main au cul.

Jill était absolument impressionnante. Très classe. Elle les remettait tous à leur place avec des phrases cassantes. Mais quand c'était fini, je l'emmenais dans un bar et on se soûlait comme c'était pas permis. Quand je lui proposais qu'on refuse l'invitation elle me répliquait : Je ne leur ferai pas ce plaisir. J'ai mérité ma place autant qu'eux. Je l'admirais pour ça. Et je continuais à venir à ces colloques plein de fric et de corruption pour que le soir, quand on était plus que tous les deux, on puisse en rire, de ce combat perdu d'avance, de ces situation absolument pas drôles et de ces sales personnes qui dirigeaient notre pays.

Mais au colloque d'il y a trois ans, j'étais un peu plus motivé à venir car je savais que j'allais voir le père de mon nouveau lieutenant. Piers Nivans m'avait été affecté récemment et je m'extasiais chaque jour un peu plus devant le talent de sniper et de leader de ce gamin. Malgré mes réserves à son sujet, j'avais tenu à serrer la main du commandant Nivans et à lui dire tout le bien que je pensais de son fils, l'honneur que c'était de travailler avec lui et la brillante carrière qui l'attendait. Pour toute réponse, le commandant avait regardé ailleurs en émettant un raclement de gorge méprisant, puis il avait dit à Jill :

- S'il vous plaît, Mademoiselle, allez me chercher une coupe de champagne.

Je m'étais demandé comment un homme aussi vil avait pu élever ce gosse tellement sérieux et loyal qu'était mon petit nouveau.

Quand j'avais vu Piers le lendemain et que je lui avais dit que j'avais vu son père, il avait eu la même expression de mépris. Est-ce qu'il était déjà amoureux de moi à l'époque ? Parce que la seule conclusion que j'en avais tiré sur le coup c'était que chez les Nivans, on ne déconnait pas avec la religion.


J'ai retrouvé Piers à l'arrêt de bus. Il avait mis son sweat à capuche, dont la manche droite était arrachée. C'était ma soeur qui avait fait ça. D'habitude, Piers faisait un nœud ou agrafait selon que la manche était longue ou courte, mais Claire avait tout déchiré en disant que ça lui faisait un look destroy. Ça lui avait plu, il avait toujours apporté beaucoup d'attention à son apparence avant l'incident. Moi aussi j'aimais bien. C'était moins déprimant comme ça qu'avec une manche vide qui pendait comme les premiers jours.

Il y avait six places sous l'abribus mais il était le seul assis. Les autres attendaient à l'écart, effrayés ou dégoûtés. Piers n'avait pas l'air de s'en soucier. Il était avachi sur le siège les jambes étendues, la main dans la poche de son sweat destroy et la capuche sur le visage. il avait l'air d'un jeune bad boy de cité. Quand on connaissait un peu son caractère, c'était tout bonnement adorable.

Je me suis rappelé que ce grand gosse, avec ses longues jambes et ses grands pieds d'homme était a priori amoureux de moi, et ça m'a intimidé. Je ne devrais pas me permettre ce genre de réflexions.

Je me suis garé devant l'abribus et j'ai ouvert la vitre coté passager.

- Piers ! L'ai-je appelé.

Tout l'arrêt de bus nous a regardé. Quand Piers a levé les yeux et m'a reconnu, il s'est un peu redressé sur son siège mais il n'a rien dit.

- Monte. Je te raccompagne.

Il a un peu hésité avant de me répondre :

- Non, ça va, merci.

- Allez viens. Il faut qu'on parle.

Il a légèrement haussé le ton :

- C'est bon j'vous dis.

Il m'énerve. Qu'est-ce que c'est que ce comportement agressif ? S'il était encore sous mes ordres je ne l'aurais pas laissé me parler sur ce ton. J'ai pris ma grosse voix :

- Montez dans cette voiture, soldat, c'est un ordre !

En disant ces mots, j'ai eu un sombre sentiment de déjà vu. Sauf que cette fois, Piers m'a écouté. Il a pesté, roulé des yeux et traîné des pieds, mais il est venu s'asseoir dans la voiture. Brave soldat.

J'ai démarré sous les yeux de la foule qui avait tout suivi. Je me suis demandé s'ils m'avaient pris pour un père de famille qui venait chercher son grand brûlé de fiston rebelle. Il y a deux heures ça m'aurait fait sourire, mais là j'étais plutôt mal à l'aise.

- Ça va ? Ai-je demandé à Piers. Pourquoi tu t'es sauvé comme ça ?

Je n'ai pas mentionné le fait qu'il avait très certainement pleuré, je ne voulais pas qu'il se braque.

Il avait du mal à attacher sa ceinture, comme je conduisais je ne pouvais pas l'aider. Il m'a répondu en s'énervant sur le clipper :

- Je ne sais pas si vous avez remarqué mais je n'ai plus de logement, plus de travail, pas d'autorisation de quitter le Nevada, plus de famille, aucun niveau d'étude, plus de bras et plus de visage. Alors oui, ça va, mais pour l'amour du ciel capitaine, n'en rajoutez pas !

J'ai accusé le coup. Je savais tout de la situation de Piers, mais je ne pensais pas qu'il en souffrait tant que ça. D'habitude il avait l'air de s'accrocher pas trop mal. Mais est-ce qu'il me l'aurait dit s'il n'allait pas bien ? J'étais peut-être aveugle. Peut-être que je trouvais qu'il tenait bien le coup parce que je voulais qu'il tienne le coup. Et peut-être que je pensais qu'il était hétéro parce que je voulais qu'il le soit.

A ce sujet, il me fallait la vérité maintenant. J'ai essayé de trouver une approche subtile mais c'était délicat, il aurait l'impression de se faire piéger. J'ai décidé d'être direct, et de faire vite.

- Jake dit que tu m'aimes, ai-je annoncé d'un ton neutre.

Piers a lâché sa ceinture qui s'est tout de suite rembobinée. Il s'est redressé lentement. Il s'est mis bien droit, les yeux rivés sur la route, pâle comme une statue.

- Et alors ? M'a-t-il dit d'une voix parfaitement contrôlée. Ne me dites pas que vous l'avez cru.

Je n'ai rien dit. J'ai attendu. Je voulais plus que cette réponse évasive qui ne signifiait rien. La vérité. S'il m'aimait, qu'il me le dise. S'il ne m'aimait pas, qu'il me le prouve avec plus de conviction parce que là, au vu de sa réaction, je commençais à penser que tout ce que m'avait dit Muller était vrai.

Une minute est passée avant qu'il ajoute :

- C'est ridicule. Vous savez très bien que je déteste les pédés !

Sa voix tremblait cette fois. Ça m'a pincé le cœur. Dans l'armée, l'homophobie et le sexisme sont largement admis. Ça soude les soldats, paraît-il. Je ne compte pas le nombre d'entraînements auxquels j'ai assisté où le capitaine motive ses troupes à coups d'insultes homophobes. Plus vite, bandes de tarlouzes! prouvez moi que vous êtes pas des pédés! On entend ça vingt fois par jour. Et jamais, jamais je n'ai entendu Piers céder à ce genre de facilité. Jamais à ma connaissance il n'a raconté une blague homophobe à la cantine ou au dortoir. Cela dit, même politiquement correct, j'ai du mal à imaginer Piers raconter une blague.

En tout cas, là, ça sonnait on ne peut plus faux, et on ne peut plus désespéré. J'aurais voulu arrêter là et le croire, ne pas insister. Mais il fallait que je sache.

- D'après Jake, ai-je repris en essayant d'avoir une voix apaisante, c'est parce que tu es homosexuel que tu es en rupture avec ta famille.

Piers s'est soudain mis en colère :

- Pourquoi vous croyez Jake plutôt que moi ? C'est un connard, vous êtes le premier à le dire ! J'ai travaillé trois ans sous vos ordres, vous pourriez me faire un peu plus confiance !

Encore une fois je n'ai rien répondu, et le silence s'est installé. Et puis, la voix hargneuse :

- De toute façon qu'est-ce que ça peut faire ? Admettons, et c'est faux, que je vous aime. Ça changerait quoi ?

Tout. Tout changerait. Ma vie, la sienne, ou rien peut-être, je sais pas. J'en ai aucune idée. Je n'avais aucune idée de comment je réagirais si j'arrivais enfin à lui arracher un aveu. Est-ce que je l'aimais, moi ? Est-ce que j'étais prêt, à l'aube de la quarantaine, à me lancer dans une histoire d'amour gay avec un môme amputé d'un bras ? Est-ce que j'avais bien raison de le forcer à parler si au final c'était pour l'envoyer promener ?

Comment je pouvais trouver une réponse à ces questions si leur base même était inexistante ? Il y avait entre nous une bulle de mensonge grosse comme une maison et il fallait qu'elle éclate.

- Piers, j'ai le droit de savoir. Je vais te reposer la question une seule fois, et je veux que tu me dises la vérité. Pour le moment, on se moque des conséquences. Si tu as le moindre respect pour moi réponds-moi franchement : Oui ou non, est-ce vrai que tu m'aimes ?

Piers a réfléchi longtemps, ce qui pour moi voulait déjà dire oui. Mais j'attendais la réponse. Finalement, il a inspiré un grand coup et, en me regardant droit dans les yeux, il a avoué :

- Non. Je vous respecte énormément capitaine, mais je ne suis pas amoureux de vous. Désolé.

Il ment ! Je ne m'attendais pas à ce que ça me mette autant en colère. Trois ans de collaboration durant lesquels j'avais fait une confiance aveugle à cet homme, et il me mentait en me regardant en face ! J'aurais pu accepter cette réponse et tout aurait repris normalement. J'aurais pu prendre cette perche désespérée qu'il me tendait, mais j'étais trop aveuglé par la colère pour avoir conscience de ça. Je me suis garé sur le premier trottoir venu, en pilant sec. Piers, qui n'était pas attaché, a failli traverser le pare-brise. Je l'ai rattrapé par le bras d'une main, j'ai saisi son cou de l'autre, je l'ai tiré vers moi et je l'ai embrassé.

Plus ou moins de force, donc.

S'il tenait tant à cacher la vérité, je la trouverai tout seul.

Piers a résisté pendant deux secondes. Deux horribles secondes ou j'ai eu tout le temps de me demander pendant qu'il se débattait si je ne m'étais pas planté sur toute la ligne. Si Jake ne m'avait pas mené en bateau. Si c'était le cas, en plus de ne pas avoir fait confiance à mon lieutenant, j'étais en train... d'user de force sur lui. D'abuser de lui. Lui qui plus que quiconque, dans son état, avec son bras, avec son sacrifice... et moi...

Et brusquement, il a cédé. Il a arrêté de se débattre et il m'a rendu mon baiser. Il y a mis un amour qui n'avait rien à voir avec tout ce que j'avais imaginé. C'était concret, pur et absolument réel. Il jouait avec mes lèvres, il a mis sa main sur ma cuisse... Il avouait tout. Il m'aimait. J'avais la vérité que j'exigeais. Et je n'avais absolument pas prévu la violence de ce qui allait m'éclater au visage.

Quand Muller m'a dit que mon lieutenant était amoureux de moi, ça a évidemment ouvert la porte à tout un champ des possibles. La première chose à laquelle j'avais pensé, évidemment, c'était le sexe. A quoi pouvait ressembler un rapport sexuel torride avec... Piers ? Avec un homme ? Avec un amputé ? Avec un être à moitié J'avo ? Est-ce que le virus C était une maladie vénérienne ? Et puis ensuite : qu'en penseraient les gens si du jour ou lendemain je devenais gay ? Je m'étais imaginé l'annoncer à ma sœur et à Jill en plein diner, faire un coming-out dans l'armée, participer en slip à la gay-pride de San Francisco... Tout ça avec un brin de dérision, avec un certain recul. Dans le fond ça me faisait sourire parce que je n'y croyais pas. C'était que des clichés sans importance. Et quand j'ai pris pleinement conscience que Piers était amoureux de moi pour de vrai, que tout ça était gravement sérieux, le sexe et la réaction des gens furent le dernier de mes soucis.

La première image qui a envahi mon cerveau troublé c'était... Piers... qui s'arrachait le bras. Et c'est devenu impossible pour moi de continuer à me cacher derrière ses paroles rassurantes. Comme avait dit Jake : cet homme s'était arraché le bras pour moi. Il avait rampé vers la seringue et il s'était injecté le virus C sans hésiter, simplement par amour pour moi.

Je l'ai fait pour le BSAA, c'était-il empressé de me dire. Pour le futur. Je l'avais cru, parce que c'était plus confortable. Et c'est seulement aujourd'hui, plusieurs mois après le drame, que je prenais conscience du rôle que j'avais joué dans tout ça.

Si Piers m'aimait, cela faisait de moi le responsable direct de tout ce qui lui était arrivé.

Je n'ai pas pu encaisser ça. Je n'avais pas les épaules. Seigneur, j'avais détruit la vie de cet homme.

J'ai repris mes esprits quand sa langue a frôlé la mienne. Je l'ai repoussé. Il a essayé de m'embrasser à nouveau et je l'ai repoussé encore plus durement. Je l'ai immobilisé sur son siège en lui maintenant fermement l'épaule.

Il a mis un peu de temps à revenir sur terre. Et puis il m'a souri. Il m'a fait un sourire que je n'avais jamais vu chez lui, un sourire charmeur et heureux. Tout naturel et pourtant ça le rendait méconnaissable.

Plus je prenais la mesure d'à quel point il m'aimait, plus ça me terrifiait. Il a dû lire la frayeur sur mon visage parce que son sourire qui lui allait si bien s'est éteint, laissant un visage complètement désorienté. Et puis il a dit d'une voix terriblement précipitée :

- On peut faire comme s'il s'était rien passé si vous voulez. On peut dire que c'est jamais arrivé. Je peux tout oublier. Ça me dérange pas. Je peux le faire. Je vous promets que si vous me demandez d'oublier j'oublierai.

Ça m'a achevé. Il était prêt à faire ça pour moi ? Pour préserver mon confort alors que c'est moi qui avait tout causé ? Il était capable de traiter ses sentiments avec un tel mépris ?

Mais bien sûr que oui, nom de Dieu, je parle d'un garçon qui s'est arraché son propre bras. Les sentiments à coté ça représente rien.

- Dites quelque chose, s'il vous plaît, a-t-il murmuré. N'importe quoi. Je vous en voudrais pas. Tenez, vous voulez pas m'expliquer ? Parce que là je comprend plus rien.

Effectivement il avait l'air perdu, très inquiet. J'ai failli amorcer un geste de réconfort mais je me suis retenu. Ce serait simple, pourtant, de le prendre dans mes bras, de le serrer sur mon cœur et de le consoler. De lui dire : Okay. Tout va bien.

- Piers...

Son air déboussolé me faisait tellement de peine ! Et en retenant mon geste pour lui toucher la joue, je me suis rendu compte de toutes les fois où je l'avais fait. Quand je lui avais pris la main dans la rue, quand je lui ébouriffais les cheveux le matin avant de partir au travail... Depuis qu'il était revenu vivant de la base sous-marine, j'avais envie d'être tactile avec lui. J'imagine que je voulais lui montrer que je l'aimais malgré son apparence, que j'étais heureux qu'il soit revenu vivant. Et je ne m'étais pas privé. Je l'avais abreuvé de faux espoirs.

Pas étonnant que le petit n'y comprenne plus rien. C'était horrible. J'avais agi sans savoir, mais c'était horrible.

- Tu aurais dû me le dire avant, ai-je marmonné à moitié pour moi-même. Je t'ai installé chez moi et... quand je t'ai laissé dormir contre moi... et toutes les fois où je t'ai pris dans mes bras...

Ce que j'essayais de dire, c'était que j'avais été ambigu, et que j'en étais désolé parce que ça avait certainement aggravé les choses pour Piers. Mais Piers l'a interprété comme si je me sentais abusé, et cela je ne l'ai pas compris à temps. Ses yeux ont soudain lancé des éclairs.

- Je ne vous ai jamais fait d'avances, a-t-il sifflé. Je n'ai jamais rien dit et je n'ai jamais profité de vous. Peut-être que ça vous dégoûte mais moi j'ai rien à me reprocher.

Je n'arrivais qu'à lui faire du mal. Tout allait de travers. J'ai préféré me taire pour le laisser reprendre son calme plutôt que faire encore une bourde. Au bout de quelques minutes il a dit un peu plus doucement :

- Capitaine, vous êtes sûr qu'on ne peut pas juste oublier toute cette histoire ? On a dérapé, c'est pas grave. Ça veut rien dire. Jake est un fouteur de merde et vous le savez.

-Je ne peux pas tout oublier comme ça, Piers.

Piers s'est rejeté contre le dossier de son siège avec un soupir énervé.

- Ouais. Vous oubliez quand ça vous arrange.

- ... Et je ne suis plus ton capitaine.

Il a serré les dents. Ce n'était peut-être pas le meilleur moment de dire ça, mais il fallait qu'il revienne dans la réalité. Il fallait qu'il se détache de moi.

- Je vous avais dit de me faire confiance, a-t-il contourné d'une voix sombre.

C'était vrai. Je suis vraiment idiot. J'aurais pu le croire ou au moins faire comme si, quand il m'a dit et répété qu'il ne m'aimait pas. C'était trop tard maintenant.

Piers était en colère contre moi. Il assassinait le pare-brise du regard. Il a fini par me jeter un coup d'œil:

- Et maintenant ?

J'avais craint cette question. J'ai répondu exactement comme je n'aurais pas dû :

- ... J'ai du travail.

Gros blanc.

Je suis un monstre.

- Je te dépose ?

- Vous allez faire quoi pour la mission ? m'a demandé Piers la voix tremblante de colère. L'accepter ? Repartir en Alaska ? Simplement parce que Jake...

- J'ai besoin d'être seul, Piers, ai-je dit en haussant le ton plus que je le voulais. J'ai besoin d'espace. Où est-ce que je te dépose ?

Il m'a fait le regard que je méritais.

- Vous fatiguez pas.

Il a ouvert la portière avec son mauvais bras et il est descendu. Il avait à peine claqué la porte que je démarrais pour le plus loin possible. Piers, pardon pour tout ce que je t'ai infligé. J'aurais du être plus attentif à toi. J'aurais dû t'empêcher de tomber amoureux de moi. Aujourd'hui, je serais sans doute en train de faire la tournée des bars en Edonie, et toi tu serais capitaine comme tu mérites. Tu sauverais le monde. Tu serais excellent.

Cette déclaration, au fond de moi que m'a-t-elle fait ? Si on enlevait la culpabilité, la responsabilité, le malheur et les mutilations, qu'y aurait-il eu ? Je n'avais même pas eu le temps de me poser cette question : qu'ai-je ressenti pendant le baiser ? Dans un univers alternatif, aurais-je pu être heureux avec lui ?

Ce n'était pas impossible. Piers est une des trois seules personnes au monde avec Claire et Jill que j'aime vraiment. Bien sûr, je ne suis pas homo et le problème se serait posé tôt ou tard, mais je ne suis pas non plus l'hétéro le plus convainquant de la planète. J'ai déjà eu des sentiments amoureux envers un autre homme. Du moins l'ai-je cru, avant de voir toute la tromperie, toute la perversion dont il était capable, et le plaisir qu'il avait pris à nous manipuler Jill et moi, qui étions un tout jeune couple à cette époque.

Il ne s'était fort heureusement jamais rien passé de réel entre moi et Wesker. Mais si dans un couloir du manoir Spencer, avec les zombies qui frappaient aux fenêtres, il m'avait arrêté pour me demander une fellation, ça me coûte de l'admettre mais je sais que je l'aurais fait sans rechigner tant je l'admirais, et tant il en jouait.

Tous ces souvenirs dérangeants pour dire que je croyais Piers plus mature que ça, mais que j'étais passé par là aussi et que je savais ce que c'était. Ce que je ne pouvais pas accepter, en revanche, c'était les sacrifices. Trop de gens étaient morts pour moi, pour ma cause, et je n'en pouvais plus. Je ne suis pas le héros pour qui tout le monde me prend, je ne suis qu'un soldat. J'ai des grades, mais je reste un soldat qui fait des cauchemars et qui a peur sous son gilet pare-balles. Celui qui avait sauvé le monde, c'était Jake Muller. Et ceux qui avaient sauvé Jake Muller, c'était Piers et Sherry. La nouvelle génération s'en sortait très bien toute seule, et personne n'avait besoin de mourir ou de se mutiler pour moi.

Je fais plein d'erreurs, je suis humain. Je m'en veux d'avoir été innommable avec Piers, mais je ne peux pas supporter d'avoir une relation de quelque nature que ce soit avec un être adorable, plein d'avenir et bourré de qualités, qui pratique l'autodestruction en mon nom. Qui le pourrait ? Qui à ma place aurait pu entendre que ce gamin l'aimait et en tirer profit ?

Je ne voulais que du bien à Piers, sincèrement. J'avais envie de le prendre par la main et de l'emmener partout avec moi. J'avais envie de lui faire aimer la vie à nouveau. J'ai peut-être été aveugle de ne pas avoir vu qu'il m'aimait, mais en revanche il n'est pas parvenu à me cacher qu'il n'était pas heureux. Et j'aurais aimé vouer mes vieux jours à changer ça, plutôt que courir après des armes biologiques par -30°. Mais pour ce gosse je suis du poison.

Alors je suis allé faire mon rapport au QG et j'ai pris la mission. Il fallait que je m'éloigne. Piers est solide et réaliste, il peut se remettre d'un chagrin d'amour. Claire, Sherry et Jake seront là pour l'aider. Les séquelles de ce qu'il s'est montré capable de faire pour moi, par contre, elles ne guériront pas.


Jake :

Héhé, j'en connais un qui va pécho dans pas longtemps ! Enfin je dis ça mais si ça se trouve Nivans est en train de se prendre le râteau du siècle à l'heure qu'il est. Mais je crois pas. Et puis de toute façon même si c'était le cas ce serait toujours mieux que ce qui se passe maintenant, tous ces non-dits et ces espoirs barricadés qui me rendaient dingue. Si Double-face se fait jeter, je m'occuperai de lui remonter le moral. Dans la noble quête d'aider mon prochain, je débute alors tant qu'à faire j'aimerais bien commencer par les bases genre consoler quelqu'un d'une peine de cœur, au lieu de passer direct au niveau hardcore où faut gérer un arrachage de bras et le rejet de la société.

Si ça marche par contre, on pourra dire que c'est grâce à moi ! Ils auraient été nulle part tout seuls ces deux boloss. Dans ce cas j'exige d'être témoin au mariage et parrain du premier gosse, ya pas moyen.

Fait chier qu'ils soient pas là tiens, j'avais pas spécialement envie d'assister à leur déclaration d'amour mais je mourrais d'envie de savoir enfin ce qui allait se passer.

Comme je tenais pas en place, j'ai appelé ma copine.

- Jake ! M'a fait Sherry d'une voix enjouée. Attends, je m'éloigne... ça va ?

- Ouais. Tu sais pas ce que j'ai fait ?

Je lui ai raconté ce qui c'était passé. Contrairement à Claire, qui pense que son frère est trop hétéro pour succomber à notre rescapé en pièces détachées, Sherry croit comme moi que c'est carrément possible. J'adore quand Sherry me donne raison face à Claire, l'air de rien c'est super rare. Je sais que ça fait gamin, mais quand elle fait ça j'ai l'impression que c'est moi le préféré.

Sherry eu la même réaction que moi, c'est à dire qu'elle est devenue un tout petit peu hystérique. Elle m'a fait lui raconter dix fois comment Redfield était sorti en dérapage de ma chambre pour rattraper Nivans.

- Nooon ! Et quelle tête il a fait, quand il a compris ? Et quand tu lui as dit au début, et qu'il te croyait pas ?

- Il avait l'air con du début à la fin.

Elle a rigolé.

- J'en reviens pas que tu lui aies dit, Jake. J'en reviens pas. Tu crois qu'ils sont en train de... s'expliquer ?

- C'était vraiment comme ça que t'avais prévu de finir ta phrase ?

On a continué à jaser comme ça un moment. On a fait quelques paris, on a monté tout un plan pour s'incruster dans la lune de miel à Bora-Bora, on s'est engueulés sur lequel de nous deux devrait se coltiner la soirée mouchoirs-Häagen Daz avec Nivans s'il se faisait jeter, on passait vraiment un super moment. Enfin ça aurait été encore mieux si Sherry était là avec moi et pas au bout du fil.

- Tu passes quand ?

- Ah, désolée, m'a-t-elle répondu. Aujourd'hui je vais pas pouvoir venir, j'ai promis à ma propriétaire que je l'aiderais à laver son frigo et ça prend plus de temps que je pensais, il faut gratter la glace dans le congélateur.

Loin de moi l'idée de faire des blagues de merde, mais son histoire de frigo a jeté un froid.

- On s'en fout de la vieille ! Allez viens !

- Demain c'est promis, mais là je peux vraiment pas. Désolée Jake.

Et comme toujours avec moi, la colère est montée d'un coup.

- T'es sa bonniche maintenant ?

- Arrête. Elle est âgée c'est normal que je l'aide un peu. Elle me loue une chambre pour presque rien, alors que j'ai pas de garants et que je suis au chômage. Je lui dois bien ça.

- Fais pas genre que tu galères. Je t'installe dans un cinq étoiles quand tu veux et tu le sais.

Sainte-Nitouche s'est énervée aussi.

- Tu vas pas t'y remettre ! Ecoute, Je suis venue te voir hier et je viendrai te voir demain. Aujourd'hui c'est non, je regrette mais j'ai des choses à faire et je vois pas ce que ton argent vient faire là dedans.

- Mais ouais... pas touche à mon fric, t'es pas comme ça. Par contre quand l'autre tarée te traite comme de la merde là c'est bon, ça entache pas ta fierté.

- Elle me traite pas comme de la merde, Jake, je lui rend juste un service. Tu sais ce que c'est, un service ?

Et c'est parti. On s'est encore engueulés. Nos discussions finissaient de plus en plus souvent comme ça. Mais merde, pourquoi elle préfère laver un frigo plutôt qu'être avec moi ? Ça me dépasse.

On a gueulé, gueulé, je passe les détails mais c'était pas joli-joli. Et puis, voilà, à un moment dans le feu de l'action je l'ai un petit peu traitée de sale pute. Alors elle m'a dit que je pouvais toujours me branler, qu'elle viendrait plus, que j'aurais qu'à la rappeler quand je serais calmé pour lui présenter mes excuses en trois parties avec intro et conclusion. Et puis elle m'a raccroché au nez, la salope.

Je m'en fous, elle a qu'à rester avec son frigo cette conne, jamais je m'excuserai.

Mon téléphone à sonné, je me suis préparé pour un second round d'engueulade, mais c'était Nivans. Ça m'a fait plaisir.

- Alors ?

Il gueulait lui aussi. Ça avait pas du bien se passer avec son chéri. Je comprenais rien de ce qu'il me disait, il y avait du bruit autour il devait être dans la rue. Quand il a eu fini de crier et qu'il a repris sa respiration, j'ai fait :

- J'ai rien compris, il s'est passé quoi ?

- Pourquoi tu lui as dit ? A fait Nivans d'une voix hachée.

Bon ben je confirme, ça avait dû mal ce passer.

- Il était temps qu'il sache, tu pouvais pas continuer comme ça. Comment il a réagi ?

- MAIS PUTAIN JAKE !

Il s'est remis à gueuler comme un taré, sans me laisser en placer une. Alors j'étais désolé pour lui que son plan cul ait foiré à cause de moi (et encore, si j'avais rien dit ça aurait pas mieux marché), mais il m'a dit des trucs vraiment pas sympa, et vraiment pas dignes de lui. Du genre : c'est normal que personne ne t'aime, parce que t'es quelqu'un d'horrible, tu mérites de brûler dans le neuvième cercle de l'enfer pour les trente prochaines générations etc etc. Avant de me raccrocher au nez à son tour, il a conclut par un terriblement mélodramatique :

- J'oublierai jamais ça Muller. J'oublierai jamais.

Ça c'est fait. Journée de merde.

Qu'est-ce qu'il leur prend franchement ? C'est pour Nivans que j'avais fait ça. C'est parce qu'il m'avait fait trop de peine et que je trouvais qu'il méritait une vie meilleure. J'étais sûr que ça allait marcher. Bon, j'ai eu tort, et après ? C'était toujours mieux comme ça non ? Ça arrive à tout le monde de se faire jeter. Maintenant il va pouvoir oublier Redfield et aller de l'avant plutôt que de rester enfermé dans ses illusions qui mènent à rien. Redfield est pas le seul mec sur terre, et il y a des millions de gars qui sont plus baisables que lui si vous voulez mon avis. Tiens, pourquoi Nivans n'essaierait pas de taper dans sa tranche d'âge pour changer ? Et dans les moins de 100 kg ? C'est pas la fin du monde, merde, c'est pas la peine de m'engueuler alors que je pensais bien faire. Ça arrive à tout le monde de se planter.

J'étais en train de rager tout seul quand un infirmier est entré. Je l'aimais pas, c'était un petit merdeux qui passait son temps à nous mater quand j'étais avec Sherry.

- Deux disputes ? Vous risquez de plus avoir de visites pendant en moment.

- De quoi j'me mèle ?

Mais c'était vrai. J'avais déjà pas beaucoup de visiteurs mais là c'est foutu, surtout si Redfield pars en Alaska.

Je pense que je vais attendre deux où trois jours, puis je vais rappeler Sherry pour m'excuser et elle reviendra. En général c'est comme ça que ça se passe. J'aime pas ça mais j'ai pas trop le choix, parce qu'en vrai je l'aime.

L'infirmier est sorti, et un quart d'heure plus tard il revenait avec le médecin, deux savant fous et quatre soldats du BSAA.

- Il se passe quoi là ?

- Monsieur Muller, m'a expliqué le médecin. Étant donné que vous n'allez pas avoir de visiteurs dans les jours qui viennent, nous estimons que le moment est approprié pour augmenter le rendement des expériences visant à supplanter le virus C.

- Quoi ?

- Ne vous inquiétez pas, tout se passera bien. Nous allons vous injecter de nouveaux produits de test. C'est sans danger pour vous. Mais par mesure de sécurité pour le personnel de l'hôpital, les expériences de deuxième niveau nécessitent que le sujet soit immobilisé.

Et là j'ai vu les sangles que tenait un des savants fous. J'ai voulu tous les tabasser, mais les soldats du BSAA étaient déjà sur moi. Avant, je les aurais tous mis par terre en deux secondes, mais plus maintenant. J'étais trop resté couché, et ils avaient testé sur moi des produits qui me vidaient de mes forces. J'ai rien pu faire que hurler quand ils m'ont attaché les jambes, les poignets et les épaules et qu'ils m'ont fait leur injection chelou.

Ils ont pris les téléphones, mon ordinateur, et même le boîtier de la wi-fi. Et la télécommande, ils me l'ont mise dans la main avant de partir. Je l'ai balancé sur eux le plus fort que j'ai pu, mais j'avais pas beaucoup de marge de manœuvre avec la sangle. Le médecin l'a ramassée avec un air dépité, et il m'a dit :

- Vous avez tort, Monsieur Muller. Vous risquez de vous ennuyer.

Il l'a posée sur le meuble près de l'entrée et ils sont partis, me laissant seul avec la télé dont le son était trop fort. Comment je vais pouvoir me tirer de là cette fois ? J'ai rien vu venir. Sherry... Piers... au secours. Vous pouvez pas me laisser comme ça.


Piers :

J'ai trainé dans les rues, je m'en rappelle à peine. Entre le moment ou je suis sorti de la voiture de... et le moment ou il à commencé à faire nuit, il a dû se passer des heures, je m'en suis même pas rendu compte. J'ai appelé Jake. J'ai gueulé. Je me rappelle plus ce que j'ai dit, mais j'étais encore tellement choqué par ce qu'il avait fait, je me sentais tellement trahi... J'avais bien dû lui dire ça. Que son amitié de menteur, son coup de poignard dans le dos j'en voulais pas.

Dans le Nevada quand la nuit tombe il fait froid tout de suite. Et puis je devrais avoir faim. Je sentais rien pourtant. Ce qui s'était passé dans la voiture passait et repassait en boucle dans ma tête depuis des heures sans que je comprenne rien. Mais qu'est-ce qui c'était passé ? Où est-ce que j'avais merdé ?

Je l'avais embrassé ? Je m'en rappelais plus. J'ai quand même pas été stupide au point de l'embrasser ? Sur le coup il m'avait semblé que c'était lui qui m'avait embrassé mais dans ce cas comment expliquer sa réaction après ? A force de tourner les souvenirs se déformaient. C'était tellement pas réel, pas logique. J'avais fait quoi ? Qu'est-ce que j'avais dit ? Qu'est-ce que j'aurais dû dire ? C'était quand j'avais touché ça cuisse c'est ça ? Oui mais comment j'aurais pu savoir ? partir du moment ou on s'embrasse c'est bien que... mais comment on a pu s'embrasser ?

J'ai mal à la tête. J'ai encore envie de pleurer. Comment je vais pouvoir lui demander pardon s'il repart en Alaska ? Pardon pour quoi d'abord ? Est-ce-que maintenant qu'il sait que je l'aime il considère comme du harcèlement sexuel le fait que... le fait que quoi ? Je sais pas ce que j'ai fait ! Putain, Jake, pourquoi t'as pas fermé ta gueule pour une fois ?

Je suis allé dans le bar gay le plus trash de la ville. De toute manière j'avais pas le trop le choix, plus aucun videur ne me laisserait plus jamais entrer dans une boîte huppée. Mais là c'était pile ce que je cherchais. Des murs dégueulasses, une ambiance glauque, des gens mauvais. Je voulais de la violence. Que quelqu'un me frappe le crâne jusqu'à ce que je ne puisse plus connecter deux neurones. Je voulais qu'on me saute sans aucun respect, puis qu'on me tabasse et qu'on me laisse pour mort dans un local poubelle, ou des chiens errants viendraient chier sur mon cadavre.

Ya pas un volontaire dans la salle ? Personne ici en Amérique profonde n'a envie de kidnapper quelqu'un pour le torturer et le donner à bouffer à son crocodile ? Je suis prêt. C'est pas maintenant que je veux retrouver foi en l'humanité. Où sont Umbrella, Néo-Umbrella et tous les tarés qui font la une des faits divers quand on a besoin d'eux ?

J'ai cherché dans la salle le mec le plus dangereux, celui qui avait les yeux les plus méchants. J'en ai repéré un énorme, aussi large que Chris et son nouveau lieutenant réunis, tout en muscles, avec un débardeur à tête de mort et les huit dents de devant en métal. Il picolait avec deux gros potes, ils avaient tous des flingues. Je lui ai mis la main au cul.

Je veux crever de la pire façon possible.


A suivre.

haha... désolée.

J'espère que Chris ne va pas se prendre une vague d'insultes comme dans les chapitres précédents :D

Le prochain chapitre risque d'être très très court, mais si c'est le cas il ne rallongera pas le délai avec le chapitre d'après. C'est pas encore sûr, ça dépend de si j'arriverai à gérer ma transition. Je vous dit ça pour pas que vous vous sentiez arnaqués si vous voyez venir un chapitre riquiqui. Ça nous permettrait de tous souffler un peu parce que je fais des chapitres vraiment trop longs ! (et ils le seraient moins si je racontais pas ma vie à chaque fois, je sais je sais)