Un peu de calme après l'attaque…
Le petit poème dans ce chapitre est l'œuvre d'Erwankilligan. Un grand merci à elle.
Votre avis m'importe toujours autant, alors si le cœur vous en dit…
Chapitre 11
La Saveur du pardon
A peine remis de l'embuscade, les elfes s'empressèrent d'apporter les premiers soins aux blessés. Bien que fanfaron, Alachnÿ n'en était pas moins un redoutable guérisseur.
Doté de pouvoirs très puissants en matière de médecine et de magie blanche, son savoir faire dépassait largement les frontières de son territoire.
Ce n'était pas pour rien qu'on le craignait autant.
Malgré tout, il se laissait aller à ses travers et sa fantaisie. Ainsi, il en perdait beaucoup en crédibilité n'ayant pas l'aura d'un Mithrandir.
Pourtant, il ne déméritait pas.
Ses services furent toutefois largement appréciés par les blessés. Le roi lui-même fut agréablement surpris.
Tandis qu'il soignait les vivants, Gabriel veillait aux âmes défuntes, priant pour leurs rédemptions.
Les gens de la Cour royale l'observaient à la dérobée. Cet être si particulier, se nimbait parfois d'une spiritualité lumineuse. Aucun d'eux n'avait la moindre idée de ce qu'il représentait, pourtant, ils ne doutaient pas de son importance.
Personne n'aurait osé prononcer une parole plus haute que l'autre.
Les corps des deux ellons furent placés côte à côte et recouvert de pierres afin de les protéger d'éventuels charognards. On ne les ensevelissaient pas.
Ce n'était pas la terre qui les avait façonnés. Ils ne retourneraient donc pas en poussière. Leur destin était de trouver refuge dans les cavernes de Mandos jusqu'à la décision du vala de les en faire sortir.
Gabriel se présenta face au tas de pierres où reposaient les deux elfes. Le corps droit, ses longs cheveux scindés en une parfaite égalité, l'archange prit une profonde inspiration. Une voix, d'une merveilleuse douceur, s'éleva dans les airs. Plus qu'un psaume, les tonalités empreintes d'un recueillement confinant à l'adoration, enveloppèrent chacun des êtres présents autour de lui.
Une étrange sensation de bien être pénétra les corps et les esprits tandis qu'une odeur de lys se répandait dans l'air. Paupières baissés, il psalmodia une prière :
Gabriel : Que le Très Haut, emplie de miséricorde offre à ces soldats, un lieu de rafraîchissement, de lumière et de paix. Que la lumière éternelle les éclaire sur leur chemin …jusqu'au jugement de leur rédemption et leur retour sur ces terres accordé dans sa grande mansuétude par Mandos.
Accordez à ces âmes la rémission de leurs péchés afin qu'elles obtiennent par nos prières le pardon qu'elles ont toujours attendu de votre
Miséricorde. Par mon intercession, nous vous adressons nos prières pour les âmes de ces serviteurs que vous avez fait aujourd'hui sortir de ce monde. Ordonnez qu'elles soient reçues par Mandos en ses cavernes, sa patrie, afin d'y recevoir les joies et la réflexion qu'elles sont en droit de connaitre.
Alors que l'archange reprenait son souffle, il sentit qu'on lui prenait la main. Son regard s'ouvrit sur la vision d'Olana. Tête baissée, elle récitait une prière.
La surprise fut totale. Comment ne pas accorder à cet être la grâce de sa condition ?
Lorsqu'enfin elle leva son visage empreint d'une réelle gravité, ses yeux rencontrèrent ceux de Gabriel. Leurs mains se joignirent alors qu'ils entamaient un chant funéraire d'une exceptionnelle qualité.
De concert, ces deux âmes, se fondirent et leurs chants firent couler les larmes des vivants. La mort, elle, vint chercher son dû et les ellons commencèrent leur voyage vers les cavernes de Mandos.
D'ordinaire silencieux et serein, cette transposition des âmes se nimba de sons enchanteurs où la piété se partageait avec un amour puissant.
Ce n'était pas l'amour des leurs…
Mais un sentiment unique.
Il les guida et leurs esprits rencontrèrent une paix profonde et salutaire.
Comme transfiguré, le visage de l'archange se nimba d'une lumière translucide où seuls les plus purs surent y deviner l'aspect divin. Les mots en latin, se succédèrent en un flot ininterrompu. Chargés de paix et d'amour, ils enveloppèrent l'assistance d'une brume de réconfort :
Gabriel : Requiem acternam dona eis, et lux perpetue luceat et preces tibi, laudis offerrimus tu suscipe pro animabus illis , quarum hodie memoriam facimus. Fac eas, de morte trasire ad angelorum est suscipiat.
(Donne-leurs le repos éternel et que la lumière perpétuelle luise pour eux. Nous t'offrons, le sacrifice et les prières de notre louange : reçois-les pour ces âmes dont nous faisons mémoire aujourd'hui. Fais-les passer de la mort à la vie.)
Un aménagement de la spiritualité avait été nécessaire afin de ne point froisser les croyances de ces êtres. Luthïen s'était chargé de mettre l'archange au fait des pratiques funéraires des elfes.
Gabriel avait un don pour cela. S'adapter en toutes circonstances…
Tel était SA mission.
Bien qu'admiratifs, certains elfes présents reculèrent d'un pas. Ces étrangers faisaient peur. Cette aura autour de ce personnage énigmatique intriguait.
Olana représentait une énigme à elle seule. Plus qu'un sentiment de jalousie, c'était de la méfiance à présent que ressentait la plupart à son égard.
Bien que nés des étoiles, les elfes n'en avaient pas pour autant oublier leur part d'ombre.
Le plus puissant des Vala, Melkor, n'avait-il pas été un temps le plus influent des enfants d'Eru ? Sa force et son ambition avait alors jeté les prémices des discordes à venir.
La seule fausse note de cette partition divine y avait invité le chaos.
Désormais, dans chaque cœur elfique se trouvait la graine du mal souhaitant germer faisant fi de l'amour dont il était empli.
La plupart d'entre eux surent résister à cet appel sournois…
D'autre faillirent…
Aucune création, fussent elles célestes n'était empreinte de perfection au grand regret de leur créateur, toujours plus assujettis au désespoir et au regret.
Malgré tout, les enfants d'Eru seraient toujours aimés. L'ombre ne gagnerait pas tous les cœurs, loin s'en fallait
Une fois les paroles prononcées, les elfes se dispersèrent et chacun retrouva sa place.
Près du cadavre du volatile, les tribulations allaient bon train.
Curieux, les elfes détaillaient son corps. Les ailes reliées entre elles par une peau fine et grisâtre semblable à celles des chauves souris évoquaient un parchemin. De grande taille, son anatomie différait des oiseaux de ce monde. Long d'une vingtaine de pieds, il faisait penser à un reptile volant de l'ère Mésozoïque.
La partie la plus surprenante de ce monstre, était sa tête. Allongée telle celle d'un dragon, elle était hérissée de pointes. Cela ressemblait à de la corne. Il y en avait partout. Sur le sommet de son crâne, autour des yeux, sous son bec…
Ses regards couleur ocre, faisaient penser à deux grosses pierres précieuses.
A bien y regarder, il semblait encore animés.
Jack, Aliénor et Nimïel restèrent silencieux. Ils attendirent l'arrivée de Gabriel pour en parler :
Aliénor : Il s'est produit quelque chose de curieux Gabriel, un…
Gabriel : Hum, je sais…Cette affreuse…chose n'est pas de ce monde-ci.
Nimïel : Est-ce à dire qu'une brèche existerait entre ces deux mondes ?
Gabriel : J'espère bien que non.
Jack : Alors comment s'est-il retrouvé ici ?
Gabriel : A-t-il profité de notre voyage pour s'engouffrer avec nous ? Un seul exemplaire de cette monstruosité me fait penser qu'il n'est sans doute qu'un accident…du moins cela reste à espérer.
Aliénor : Mais enfin, que se passe-t-il Gabriel ?
L'archange haussa un sourcil en dévisageant la guerrière :
Gabriel : Me prendriez-vous pour une encyclopédie vivante ?
Jack : Ahahah, j'aime bien le concept…
Devant la mine sévère de Gabriel, Jack ravala son rire et fixa un point sur l'horizon :
Gabriel : Ceci dit, je tiens à ce que vous gardiez cela pour vous.
Aliénor : Pourquoi ?
Gabriel : Parce que je vous le demande. En voici une question !
Jack : Excusez-nous d'être aussi cons…
Nimïel : Jack ! Gabriel doit avoir ses raisons.
Jack : Et ouais ça tu vois mon pote c'est toujours le lapin que les dirigeants sortent de leurs chapeaux pendant que nous autres, pauvres troufions ont se fait trouer la peau…Pratique le paravent !
Outré, l'archange plissa les yeux :
Gabriel : Oseriez-vous insinuer…
Jack : Moi, je n'insinue rien, le pauvre péquenaud que je suis constate, c'est tout.
Gabriel : Et bien constatez en silence et le troupeau ne s'en trouvera que mieux gardé.
Jack : Jolie métaphore qui débouche sur du vent.
Gabriel : Il est des vents soufflant des vérités pour qui sont disposés à les entendre.
Jack : Vous faites exprès de noyer le poisson ma parole ?
Aliénor : Laisse tomber Jack.
Olana accompagnée de Chaperon avançait lentement vers le cadavre de l'oiseau. Le regard qu'elle adressa à Aliénor en disait long sur ses impressions. Elle aussi savait.
Discrètement, elle s'approcha de la jeune femme :
Olana : Est-ce bien ce à quoi je pense ?
Aliénor : Oui et Gabriel nous conseille de garder le silence, du moins pour le moment.
Olana : Mettrons-nous ce peuple au courant dès lors qu'il s'en présentera d'autres ?
Aliénor : Il est à espérer qu'il fut seul.
Olana : Plaise à Dieu que cela soit la vérité Aliénor. Qu'avons-nous fait entrer dans leur monde ? Je me sens si coupable…
Aliénor : Tu ne l'es en aucune façon ma douce. Bien des choses ont pu se produire durant cette aventure que nous avons tous souhaité je te le rappelle. Vouloir rencontrer ce roi ne fait pas de toi la seule et unique responsable.
Olana : Quoiqu'ait pu dire ce souverain à mon encontre, il n'en reste pas moins cher à mon cœur.
Chaperon Rose : Il n'y a qu'à lire dans tes yeux Olana pour comprendre combien tu tiens à lui.
Olana : Pourtant, il m'a fait mal.
Aliénor : Pas intentionnellement Olana, ne l'oublie pas.
Chaperon Rose : Aliénor a raison. Accorde lui le bénéfice de l'ignorance de ton passé. Tu verras, cela aplanira bien des choses.
Olana : Je vais essayer.
L'ordre de reprendre la route fut donné.
Légolas fixait son père intensément. Le roi tracassé par cette embuscade était soucieux :
Légolas : Ada, c'est la première fois qu'une telle embuscade se produit sur la route de la Lothlorien…
Thranduil : Je sais ion nin. Le Mal a-t-il progressé ? Mithrandir nous éclaireras de son savoir.
Légolas : Et cet animal ? Qu'était-ce ? Un envoyé du nécromancien ?
Thranduil : Je ne sais …
Légolas : L'aigle qui l'a tué ? Venait-il d'Aman ? Pourquoi était-il blanc ?
Thranduil : Là encore mon fils, je ne puis te répondre. Je n'en avais jamais admiré, d'une telle pureté. Il n'était pas de la race des aigles du cercle des montagnes. Malgré la perfidie de cette attaque, Manwë ne dépêche jamais ses aigles sans une bonne raison.
Légolas : Ada, je ne souhaite vous froisser mais…il se murmure que ces étrangers…
Contrarié, le roi offrit un visage tourmenté à son fils :
Thranduil : Il se murmure ? Ion nin, laisse les murmures mourir de leur propre méprise. Rassemble les nôtres et mettons le plus de distance possible entre ces lieux et celui de notre campement.
Légolas : Bien ada.
Dans un silence de plomb, le convoi se remit en route.
Les rescapés de l'embuscade, dirigée par Bolg, s'arrêtaient enfin devant le cavalier noir :
Cavalier noir : Alors ? Vous êtes-vous amusé ?
Le rictus que lui offrit l'orque blanc répondit en tout point à son interrogation :
Cavalier noir : Je sens l'odeur de leur sang sur vous. Affolant ! Bien, c'est ici à présent que se termine votre action. LA mienne commence. Rejoignez votre père à Dol Guldur. Il vous attend.
Bolg : Mais…
Cavalier noir : Il n'y a pas de mais. Votre présence n'est pas souhaitable pour la suite des événements, mais ne vous inquiétez pas, je saurais louer votre loyauté auprès de votre maître.
D'un geste gracieux, il se détourna enfin de cette puanteur ambulante. Heureusement pour lui, la suite de son voyage allait prendre une toute autre tournure.
Edarion n'avait pu intervenir malgré ses supplications. Cette embuscade était à prévoir, mais les voix l'en dissuadèrent :
Edarion : Pourquoi ? Pourquoi ces deux elfes ont-ils perdus la vie quant ils vous étaient si faciles de réduire à néant leurs ennemies ?
Voix : Nous ne pouvions intervenir.
Edarion : En ce cas, pourquoi l'a-t-il tué ?
Voix : Il fallait la sauver. Il en a toujours été décidé ainsi.
Edarion : Bien que j'approuve votre geste pour elle, ces deux elfes méritaient, eux aussi, de vivre.
Voix : Ils pourront revenir. Pas elle.
Le vieillard soupira :
Edarion : Je suppose que vous savez ce que vous faites.
Voix : Nos accords ne sauraient être rompus.
Edarion : Vraiment ?
Voix : Le temps n'est pas encore à la lumière.
Edarion : Dois-je rester ?
Voix : Vous êtes nos yeux. Bientôt notre parole.
Edarion : Qu'il en soit donc ainsi.
Le vieillard s'éloigna le dos courbé par le poids de la souffrance qu'il fit sienne.
Le convoi venait de reprendre la route.
L'humeur du Roi, était lugubre. Olana voyageait en retrait, de sorte qu'elle n'apercevait pas le souverain. De toute façon, il lui aurait été trop pénible d'être confronté à son regard.
La déception concernant la méprise du roi à son égard, avait été si grande qu'il lui faudrait du temps pour faire abstraction de sa colère. Combinée à cette attaque, elle assombrie encore plus son âme meurtrie.
Pourtant, elle ne pouvait s'empêcher de penser à lui.
Sans doute aurait-elle été surprise d'imaginer combien les pensées du roi étaient semblables aux siennes.
Préférant chevaucher seul, il menait ses gens sur la route tout en laissant voguer son esprit par delà les paysages, omettant de les contempler. Pourtant, il aimait se rendre au royaume de la Lothlorien. Plus, devait-il se l'avouer, pour le seigneur Céléborn, son ami, que pour son épouse dame Galadriel pour laquelle il avait toujours eu un ressentiment. Après tout, il lui était difficile d'oublier ce pourquoi son père avait perdu la vie. De plus, ses manières l'agaçaient prodigieusement.
Désirer, continuellement, sonder son esprit, devenait agaçant.
Certes, le but n'était pas de nuire, mais il n'aimait pas ce besoin impérieux chez elle de s'infiltrer dans ses pensées, quant il aurait souhaité les préserver pour lui seul.
Elfine de haut rang, Galadriel aimait à entretenir ce sentiment de merveilleux mêlé de crainte inspirant un respect absolu de la part de son peuple. Malgré le fait que cette elleth de noble naissance était investit d'un don divinatoire, Thranduil ne voyait en elle qu'une digne représentante d'un pouvoir un peu trop envahissant à son goût.
Sa seule présence l'incommodait. C'était ainsi.
Pour l'instant, seuls les bras d'Olana lui manquait, son odeur, son regard éperdu d'amour….Olana elle-même lui manquait. C'était la seule souffrance trouvant grâce à ses yeux.
Les mots qu'il avait perçus l'avaient blessé. Ainsi, elle le détestait…
Le roi prit la décision d'établir le campement aux abords d'un étang.
Le soleil voilé assombrissait les âmes déjà bien meurtries.
Montées en un temps record, les tentes s'éparpillaient ça et là telle une multitude de petits champignons blancs. Des feux de camp s'allumaient en même temps que la lumière des étoiles. Cependant, ce soir-là, elles ne brillèrent pas avec la même intensité.
Chaperon Rose se mit à la recherche d'Olana qu'elle trouva près de l'étendue d'eau, les yeux rivés sur l'horizon, l'esprit perdu dans ses rêves.
Nulle autre qu'elle ne pouvait la comprendre aussi bien. Sous ses airs de gourgandine légère, il n'y avait pas plus sensé. Olana le sentait bien.
Au loin, elle apercevait la haute silhouette du roi.
Assis autour d'un feu avec à ses côtés, son fils Légolas, son mage Ishtâk, et quelques dignitaires de sa cour, sa seule présence la mettait au supplice.
Chaperon suivit son regard :
Chaperon Rose : Que ne donnerais-je pour un seul de ses regards...Promet-moi de t'en montrer digne ma belle.
Olana : Tu sais Chaperon Rose, ça fait mal qu'il ait pu penser une seule seconde me comparer à une catin. Je n'ai rien contre elles, mais je ne pensais pas mériter pareil jugement.
Chaperon Rose : Dois-je me sentir visée ?
Olana : Pardon Chaperon, je ne voulais pas te blesser. Seulement, je n'aime pas être prise pour quelqu'un que je ne suis pas.
Chaperon Rose : Mais ma choupinette, à quoi t'attendais-tu ? Pour peu qu'il m'ait entendu blablater comme une pie, comment voulais-tu qu'il nous catalogue ? Bon, je reconnais à ta décharge qu'il n'aurait pas dû faire d'amalgame de par ta condition, mais enfin, mon petit nez me dit que même chez les elfes de la haute il doit y avoir de jolies spécimens de ce genre là, sinon pourquoi aurait il réagit ainsi hum ? Non crois moi, les femelles aux cuisses légères il en existe dans toute les races, elfes comprises.
Olana : Tu as vraiment réponse à tout.
Chaperon Rose : Cà ma mignonne, tu as bien raison. Je dois dire merci à mon sens de l'observation et à ma vie de bourlingueuse.
Olana : Penses-tu vraiment qu'il ressente pour moi autre chose que de l'aversion ?
Chaperon Rose : De l'aversion ? Mais ma biquette, tu pourrais le faire ramper la langue à terre si tu cessais de prendre la mouche comme une jouvencelle. Cet apollon va te manger dans la main dans pas longtemps foi de Chaperon. Bon, c'est pas tout ça, mais j'ai un capitaine de la garde sur le feu et je vais commencer à réfléchir à la façon dont je vais le dévorer...
Olana : Tu es ...
Chaperon Rose : Oui, je sais, impossible...La faute à ce nigaud de méchant loup, qui m'a obligé à voler au secours de cette cruche de Chaperon rouge. Du coup, j'ai développé un sens très développé de la négociation ...de préférence à l'horizontale. Je te rassure, il ne s'est rien passé avec cet animal, j'ai tout de même mes limites...
La jeune femme conclut, dans un éclat de rire sonnant comme une petite clochette, leur conversation. Au loin, Luthïen l'observait un sourire en coin, ce que ne manqua pas de remarquer cette charmante prédatrice. Aussitôt elle passa le bout de sa langue sur ses lèvres avec un soupçon de provocation. Les sangs du capitaine s'échauffèrent. Il se dégageait de cette humaine un érotisme à la limite de l'impertinence.
Pour de fougueux capitaine, séduire ne posait aucuns soucis de convenance. Il était bien trop différent de ses congénères.
Paré d'un courage méritoire, prêt à défendre son roi sans faillir, il ne s'avouait qu'une seule faiblesse, la chair. Acte impie hors des liens matrimoniaux, comme l'aurait nommé l'archange, ce péché n'en était pas moins tentant pour l'ellon. Pourtant, son roi n'était-il point né d'une relation avec une dame de la cour de Mélian ? Oropher en avait-il été pour autant un monarque de moindre prétention ?
Tous les êtres de chairs et de sang sont faibles, se lamentait bien souvent Gabriel. Plus qu'une évidence, il fallait désigner un seul coupable, leur cœur.
Simple organe de survie, simple réceptacle de sentiments dont l'ampleur ne faillirait jamais.
Non, les elfes n'étaient pas parfaits.
Pas plus que les humains, les nains où tout autre êtres vivants.
La perfection ne s'atteignait qu'avec le renoncement de l'acte charnel, tels les archanges et les Dieux.
Or, grâce leur avait été accordé de se reproduire. Par conséquent, il était fort prévisible d'entrevoir les difficultés à venir…
Et elles seraient nombreuses.
Luthïen, se promit d'approfondir ses investigations sur cette charmante personne.
L'abnégation d'un devoir bien exécuté sans doute, une réelle envie d'enrichir ses connaissances sûrement.
Après une toilette sommaire, Olana prit la décision de se coucher tôt. Personne ne veilla bien tard ce soir-là.
Durant la nuit, aucun fait inquiétant ne vint troubler leur sommeil.
Une aube grisâtre se levait. Thranduil n'avait pu goûter au repos. Ses nerfs étaient à vifs. Il se contenta d'une boisson chaude, une décoction d'herbe aromatisé de miel, pour son petit déjeuner. Oilïnn s'en revenait le plateau intact, lorsqu'elle croisa la route de Jack :
Jack : Il me semble lourd ce plateau fillette. Donne-le moi. Tu le portais à sa royale majesté ?
Oilïnn : Non, j'en reviens au contraire. Le roi n'a pas faim ce matin.
L'elleth baissait ses jolis yeux au sol en rougissant :
Jack : C'est dommage de me cacher ces deux merveilles.
Oilïnn : Je ne voulais pas être inconvenante.
Jack : Eh, je veux pas te mettre mal à l'aise ma beauté. Pardon, j'ai perdu l'habitude de parler aux jeunes filles. Je ne suis pas un poète.
Oilïnn : Je l'avais bien compris, inutile de vous excuser je comprends.
Jack : Tu es mignonne. Tu pourrais faire craquer un bataillon de Marines.
Oilïnn : Marines ?
Jack : Un bataillon de guerrier si tu préfère.
La jeune elfe rougit de façon intense. Il l'avait appelé beauté...
Jack : Décidément j'en rate pas une.
Dans un geste de pure affection, le soldat passa un doigt léger sur la joue rosie de l'elfe qui aussitôt baissa les yeux balbutiant quelques mots :
Oilïnn : Pardonnez-moi, nous sommes arrivés. Puis je récupérer le plateau?
Jack : Bien sûr fillette.
Dès qu'elle le reprit en main, elle opéra un prompt demi tour et s'enfuit presque, ce qui amusa beaucoup le mercenaire.
Il pensa aussitôt : comme elle est agréable à regarder cette petite…
Ah, une si jolie elfine dans son lit...cela laissait rêveur.
Curieusement, le roi avait pris la décision de ne pas lever le camp de la journée. Les gens de sa Cour, encore perturbé par les événements de la veille, se sentaient amoindris et beaucoup, encore choqués, approuvèrent la décision de sa majesté.
Souhaitant s'éloigner un temps du campement et par là même de celle dont la présence toute proche le troublait, il parcourut les alentours à la recherche d'indices éventuels sur la présence d'orques.
Des éclaireurs furent envoyés par delà les routes habituelles menant au royaume de la Lothlorien. Ils ne trouvèrent rien, mais un messager prit la direction de Laurelindorinan.
Thranduil prit son déjeuner seul.
Chaque fois qu'il tentait de l'apercevoir, ses tentatives échouaient. De si longues heures s'étaient écoulées depuis leur dispute.
Elle lui manquait tant.
Il n'arrivait plus à avoir de pensées cohérentes.
Ishtâk, le mage personnel de sa majesté déjeunait d'un morceau de lembas accompagné d'un fruit mûr lorsque Luthïen s'approcha de lui :
Luthïen : Sa majesté vous fait quérir.
Ishtâk : Je vous suis Luthïen. Comment se porte les vôtres ?
Luthïen : Fort bien mage. Il m'est toujours pénible de les quitter.
Ishtâk : Je vous comprends. Et votre jeune sœur ? Se remet-elle de la perte de son fiancé ?
Luthïen : Elle est partie aux Havres Gris avec mère.
Ishtâk : C'est ce qu'il y avait de mieux à faire. Les temps s'obscurcissent brave ellon. Quelque chose me dit que l'attaque de cet oiseau de malheur, n'es pas étranger au fait que l'ombre avance sur ces terres.
Luthïen : Je n'avais jamais vu pareil volatile. Avez-vous remarquez sa voilure ?
Ishtâk : Hum oui, j'ai cherché dans mes livres de voyage une explication plausible sans rien trouver.
Thranduil se tenait assis sur une grosse souche d'arbre, le regard vague, perdue dans ses pensées. Le regard que s'échangèrent le mage et le capitaine en disait long. Assurément, quelque chose tracassait leur Seigneur et ce n'était pas le ciel qui virait aux gris sombre :
Ishtâk : Hum hum.
Thranduil : Ishtâk, je souhaiterais vous parler de ce qu'il s'est passé ces derniers jours. Non, Luthïen restez.
Ishtâk : Justement, le capitaine et moi même nous posions beaucoup de questions sur l'apparence de cet animal.
Thranduil : Quelle est votre opinion à ce sujet ?
Ishtâk : A première vue, je serais tenté de penser au nécromancien...Mithrandir m'en a beaucoup parlé ces derniers temps, pourtant, cet oiseau ne me dit rien qui vaille. Je n'en avait jamais vu de semblable. Puis-je vous poser une question personnelle mon Seigneur ?
Thranduil : Faites donc.
Ishtâk : Il m'a semblé que cette attaque était dirigée vers Dame...
Thranduil : Dame Olana Ishtâk.
Malin, le mage nota l'empressement avec lequel le roi s'était empressé de répondre.
Ishtâk : Ne trouvez-vous pas cela curieux ? Après tout, que connaissons-nous de ces étrangers chevauchant à nos côtés.
Thranduil : Je vous arrête tout de suite mage, je réponds de l'intégrité de cette ar eri (noble dame).
Là encore, Ishtâk remarqua la fougue du roi à répondre de cette femme. Il y avait fort longtemps qu'ils se connaissaient. Avec toute la sagesse qui le caractérisait, cet elfe savait se montrer digne de confiance et tout à fait aguerrie aux pratiques des sciences, comme la médecine, l'astronomie, voire l'enseignement de la diplomatie.
Toute ces années passées auprès du monarque, avaient tissé des liens indéfectibles entre les deux ellons, c'est dire s'ils s'estimaient, pourtant, il dû reconnaître que Thranduil changeait.
Quelque chose tracassait ce roi et il se promit de l'amener à lui faire des confidences quand il se sentirait prêt.
Cependant, sous cette inquiétude se cachait autre chose :
Ishtâk : Je vous crois roi Thranduil. Toutefois, nous devrions, il me semble, surveiller de plus près cette dame. Il en va de sa sécurité.
Thranduil : Fort bien. Luthïen, a partir de maintenant, vous serez personnellement responsable de la sécurité de dame Olana. Ne la laissez pas s'éloigner du campement seule, soyez ses yeux et guidez ses pas.
Luthïen : Je ferais ce que Mon Seigneur m'ordonne.
Thranduil : Parfait ! Veuillez nous laisser à présent Luthïen.
Après que son capitaine se fut incliné, le roi interpella son mage :
Thranduil : Lorsque Dame Olana s'est égarée hier soir, elle nous à affirmer avoir rencontré un vieillard aveugle. Nous n'avons trouvé aucune trace de cet homme sauf ceci...
Thranduil sortit de sa poche, le mouchoir où se trouvait le bout de métal. Malgré le temps gris, il se mit à briller d'un éclat sans pareil. Le mage s'en saisit, l'examinant sous toutes les coutures :
Ishtâk : A première vue je dirais que cela ressemble à du mithril, mais je ne pourrais le jurer. Pourrais-je le garder jusqu' à la Lothlorien afin de le montrer à mon ami Mithrandir ?
Thranduil : Je vous y autorise. Cette embuscade Ishtâk…pensez-vous réellement que dame Olana en ai été la cause ?
Ishtâk : Je serais tenté de le penser Sire. De là à savoir pourquoi…
Thranduil : Elle n'a rien d'une intrigante.
Ishtâk : Posséderait-elle un objet, un secret, susceptible d'intéresser notre ennemie ?
Thranduil : Elle ne détient absolument rien dans son monde Ishtâk, pas même son rang qu'elle a perdu après son exclusion par les siens.
Ishtâk : Abandonnée par sa famille ? C'est absolument terrible !
Thranduil : D'autant plus lorsque ce fait se trouve être l'œuvre de ses géniteurs.
Ishtâk : Comment une telle chose à t'elle pu se produire ?
Thranduil : Je ne peux vous en dire plus pour le moment.
Ishtâk : Bien sûr Sire. Veuillez m'excuser.
Thranduil : Ce n'est rien, nous nous reverrons plus tard mellon nin.
Ishtâk : Bien sûr Seigneur Thranduil.
Les pensées du roi s'abîmèrent encore un temps en pensant à elle.
Décidé à l'oublier un temps, il se laissa griser par les mirages du vin. Olana lui manquait, bien plus qu'il n'osait se l'avouer.
Pourtant, beaucoup de ses gens pensaient qu'il s'agissait là d'une tocade royale et que le bon ordre reprendrait ses droits.
Or, il n'en était rien. Cela prenait une toute autre tournure. Il le sentait à présent, Olana ne serait pas qu'un simple divertissement.
Oilïnn, sa jeune servante, l'avait sentie dès sa première rencontre avec cette jeune humaine. Son roi, glissait vers l'amour aussi sûrement que s'il s'était enlisé dans des sables mouvants.
L'après midi fut tout aussi morne. Le temps assombrit laissa échapper une légère bruine, apportant un peu plus de mélancolie. Chacun tenta de s'occuper comme il le pu.
Chaperon Rose sentait bien qu'une intervention de sa part serait la bienvenue. Aussi se dirigea-t-elle vers la tente où Olana, étendue sur sa couche, laissait son âme se perdre dans les méandres d'une bien triste pensée.
Chaperon Rose : Choupinette, je n'aime pas te voir comme ça. Désires-tu que je te tienne compagnie ? Veux-tu faire quelque chose en particulier ?
Olana : Je n'ai envie de rien.
Chaperon Rose : Pas même de réaliser une petite surprise pour sa majesté afin de sceller une réconciliation que vous espérer tout deux sans vous décider à vous lancer ?
Olana : Que veux-tu dire ?
Chaperon Rose : Voyons Olana, tu désires si fort être entre les bras de ton roi en ce moment même que ton corps te trahit.
Olana : Mais…
Chaperon Rose : Il n'y a pas de mais. Tu vas te lever de cette couche et venir avec moi cuisiner une petite pâtisserie pour sa gracieuse majesté…si gracieuse…et ensuite, tu lui offriras avec l'un de tes magnifiques sourires. Il ne pourra résister à un tel cadeau…Vous vous rapprocherez, vous vous embrasserez…je continue ?
Olana lança en direction de son amie un coussin avant de se lever promptement :
Olana : Une fois de plus, tu as raison !
Chaperon Rose : Voilà qui est mieux. Je viens d'envoyer un petit commis savoureux à souhait me cueillir des mûres que j'ai remarqué non loin de là. Le pauvre ne savait plus comment me contenter après l'une de mes œillades légendaires.
Olana : Je n'en doute pas.
Toutes deux s'en furent vers l'espace réservé à l'élaboration de la cuisine. L'on avait tendu une bâche au dessus de cet emplacement afin que la pluie n'éteigne pas le feu.
Olana salua l'intendant Ëlnar qui visiblement, l'attendait.
Olana : Cela ne vous dérange pas Ëlnar de me laisser un petit espace le temps que je prépare un gâteau destiné au roi.
Ëlnar : Pas du tout noble dame. Je me tiens à votre entière disposition si vous avez besoin de mon aide.
Olana : Serait-ce indiscret de vous demander si sa majesté aime les mûres ?
Ëlnar : Soyez rassurée, il les adore. Vous ferez un heureux, d'autant que le roi ne s'est guère sustenter ces dernières heures.
Olana : Oh, je vois. Alors je vais en sorte que ma pâtisserie soit irrésistible.
Ëlnar : Elle le sera, je n'en doute pas.
C'est le cœur allégé, qu'elle se mit à l'ouvrage. Chaperon Rose, ne cessait de jacasser afin d'apporter sa touche personnelle à ce moment qu'elle rendit magique. Les soucis s'étaient dissipés. Elle-même avait retrouvé le sourire.
Chaperon osa même une petite bataille de farine qui fit s'élever le joli rire d'oiseau d'Olana. Cette sonorité, qui s'était fait si rare ces derniers temps, attira le roi comme un aimant. Il s'approcha aussi près qu'il était possible de le faire sans que les jeunes femmes ne le remarque.
Ce qu'il vit le toucha profondément. Comme elle paraissait jeune à cet instant. L'insouciance et la gaieté la rendait belle…si belle…Sa joie était communicative. Tous riaient autour d'elle jusqu'à Ëlnar pourtant réputé à conserver son sérieux dans ses moindres tâches.
Elle avait un peu de farine sur le bout de son joli nez. Une bouffée d'amour l'envahit. Comment un être pouvait prendre autant d'espace dans sa vie en si peu de temps ?
Et elle riait…
Et lui ne pouvait détacher son regard de cette femme…
Elle était devenue sienne par la plus belle des façons, mais celle-ci, il devrait se l'approprier. Bientôt, elle rirait avec lui comme elle le faisait en cet instant avec son amie.
Il n'y aurait plus de colère ni de remontrances…Son seul souhait désormais, était d'entendre ce joli rire cristallin destiné uniquement à sa seule appréciation. Elle avait connu tant de souffrances…
Le gâteau fut mis à la cuisson et les deux amies partirent bras dessus, bras dessous vers l'étang, faire un brin de toilette. Pourtant à cet instant, même avec de la farine partout sur elle, elle n'avait jamais été plus désirable.
Ëlnar surveilla la précieuse pâtisserie confectionné avec tant d'amour, avec une attention des plus soutenue, puis il s'attela à la préparation du repas.
La fin d'après midi approchait. La luminosité avait baissé avec le temps gris. Malgré cela, les nuages se dissipaient et les étoiles commençaient à s'élever dans les cieux. La nature se mettait au repos profitant de ce temps pour se régénérer afin de mieux renaître au petit matin.
Les feux de camps s'allumaient et des chants s'élevèrent. Une belle soirée s'annonçait. Le moral des elfes s'améliorait dès que la lueur des étoiles éclairait d'une douce langueur leurs âmes réceptives à leurs beautés.
Ce soir là, le roi mangea au côté de son fils Légolas, du mage Ishtâk et de quelques conseillers lesquels apprécièrent grandement les efforts d'Ëlnar pour leur apporter en toutes circonstances l'impression d'assister à chaque fois à un somptueux banquet.
Laissant les conversations aller bon train, Thranduil se retira. Un petit détour à l'intérieur de sa tente, lui permit de prendre dans sa main, le petit bouquet de fleurs blanches qu'Oilïnn avait conservé dans un broc en argent.
Il se dirigea vers le petit étang où les crapauds se faisaient désirer, par les femelles, grâce à leurs chants mélodieux.
Un arbre avait eu l'excentricité de pousser pratiquement à l'horizontale. Sa longueur permettait d'y tenir à deux. Il s'y assit, espérant secrètement qu'elle viendrait l'y rejoindre.
Son esprit s'abandonna à l'écoute des chants elfiques, lesquels se perdaient dans l'air du soir.
Alors que la tête levé vers les étoiles, il se délectait de leurs lumières, une petite voix se fit entendre :
Olana : Me permettez-vous de partager un moment avec vous Sire ?
Un sourire apparut sur son visage avant qu'il ne se retourne vers elle. Ainsi, son vœu venait de s'exaucer. Lorsque son regard se posa sur Olana, il eut envie de se jeter à ses pieds. Il préféra la laisser s'exprimer avant d'honorer la promesse qu'il lui avait faite sous la tente alors qu'elle était en prise aux affres d'un sommeil tourmenté :
Thranduil : Ce serait un honneur pour moi Dame Olana.
Il souhaitait se lever ainsi que l'exigeait les convenances, mais elle l'en dissuada :
Olana : Non, s'il vous plaît, rester assis. Debout, vous m'impressionnez.
Il resta parfaitement immobile. Elle s'approcha de lui et il vit distinctement le gâteau qu'elle tenait de dissimuler sous un torchon. Elle posa l'assiette à terre et nerveuse baissa la tête. Ses doigts s'agitaient nerveusement les uns contre les autres. Enfin, elle prit la parole :
Olana : C'est une magnifique soirée. Ces chants me transportent…
Thranduil : Vous m'avez manqué.
Olana : A moi aussi. J'ai dit une chose affreuse hier lorsque nous avons subi cette attaque et je m'en veux. Je ne vous déteste pas sire, bien au contraire...Je ne le pourrais jamais, c'est la colère qui m'a fait parler ainsi, tout autant que sous votre tente. Ma plaidoirie était certes convaincante, mais inadaptée dans un tel contexte. Ma colère m'a desservie. Je m'en excuse. Mon explication aurait dû être plus mesurée…Je ne sais pas faire cela dès que la passion m'emporte.
Thranduil : Je n'ai même pas cette excuse Olana. Seule ma fierté m'a poussé à vous salir et vous humilier...Vos paroles étaient nécessaires ma dame. Elles m'ont fait prendre conscience de mon incapacité à vous comprendre, peuple humain si …
Olana : Différents ? Oui, je le suis. Faillible ? Aussi, c'est sans doute l'une de nos particularités.
Thranduil : Je suis loin d'incarner la perfection Olana. Je n'avais pas à vous juger. Je me suis emmuré dans mon silence tant et tant d'années…Je commence tout juste à renaître.
Olana : Mettons notre orgueil de côté majesté et tâchons d'acquérir un peu d'humilité voulez-vous ?
Silencieux, et faisant fi des recommandations de la jeune femme, il l'invita à s'assoir sur le tronc d'arbre, puis se leva.
Durant quelques secondes il ne la vit pas… il l'admira.
Avec une extrême lenteur, il posa un genou à terre. Ce fut la première fois de sa vie qu'il osa un tel geste. De mémoire d'elfe, jamais aucun souverain n'avait plié le genou pour une femme :
Scribe : Non !
Arakïell : Et si !
Scribe : Faut-il qu'il l'aime ?
Arakïell : Faut-il qu'il l'aime en effet !
Sous l'effet de la surprise, elle hoqueta. Le roi lui prit la main et les paroles prononcées s'élevèrent dans les airs aussi gracieusement que les chants qui les accompagnaient :
Thranduil : Olana, votre sagesse n'a d'égale que la beauté de votre âme. J'implore votre pardon. Je n'ai pas été à la hauteur de vos espérances. Vous qui avez bravé votre peur pour me trouver, offrez-moi ma repentance. Je ne me relèverais pas avant de l'avoir obtenu.
Silencieuse, la jeune femme prit le soin de ne jamais oublier ce moment, avant de lui répondre :
Olana : Je ne vous ai jamais haï. Je vous accorde ce pardon dont vous êtes en attente mon roi.
Soulagé, il ferma les yeux quelques secondes en soupirant :
Thranduil : Vous m'ôtez un si lourd fardeau… Son poids me faisait souffrir.
Olana : Jamais je ne vous infligerais le moindre mal majesté. Vous m'êtes trop précieux.
Thranduil : Malgré ce que…
Elle posa délicatement un doigt sur ses lèvres :
Olana : Chut ! Ne laissons point ces vilaines paroles nous désunir mon roi. Je suis venue de si loin pour vous rencontrer…Je n'attends rien de plus que votre regard sur moi. En cet instant, il me fait sentir plus belle que je ne l'ai jamais été. Je n'ai rien de plus à vous offrir. Je ne suis riche que de mon amour pour vous sire.
A ces mots, le cœur du souverain battit si vite, qu'il en fut déconcerté. Leurs yeux se perdaient dans une contemplation sans fin. Au bout d'un très long moment, leurs fronts se touchèrent tandis qu'un soupir venait mourir sur les lèvres d'Olana :
Olana : Je ressens tant …
Thranduil : Ne craignez point ces mots qui sont vôtres…Osez ma dame…
Olana : J'ai si peur…
Thranduil : Il ne faut pas. Ecoutez votre cœur, parlez-moi mon ange.
Olana : Ce que…je ressens pour vous sire…va bien au-delà de ma compréhension…Pourtant, il me semble deviner que cela se nomme…amour.
Le roi baissa à nouveau les paupières. Un doux sourire éclairait ses traits :
Olana : Je vous en prie, ne vous moquez pas de moi. Je n'ai jamais prononcé de tels mots. Je ne sais même pas comment vous les énoncés. Est-ce ainsi que l'on dit je vous aime ?
Thranduil : Il ne peut exister de plus jolie façon de déclarer sa flamme à l'objet de son désir. Mon ange, vous venez de m'offrir le plus merveilleux des cadeaux…
Olana : Oh…En ce cas, je vous le répète mon roi, je vous aime. Je vous aime comme il ne me sera plus jamais permis d'aimer et tant pis pour mon audace…
Thranduil prit le visage d'Olana en coupe avec ses mains la fixa dans les yeux et prononça à son tour les mots qu'elle espérait :
Thranduil : Lye melane vanie malda hiril ! (Je vous aime, belle gente dame).
Olana ouvrit de grands yeux interrogateurs :
Olana : Je ne comprends pas Sire.
Thranduil : Ces mots énoncés dans ma langue natale, ne sont pas ceux d'un roi, mais d'un ellon épris pour sa dame. A vous, dès lors, d'en apprécier la traduction.
A ces mots, Olana se souvint des deux elfes se déclamant leur amour dans le palais de Mirkwood. Tremblante, elle sentit le souffle chaud du roi murmurer à son oreille, les mots qu'il venait de prononcer. Elle baissa les paupières tandis que les larmes se frayaient un chemin sur ses joues.
Le roi les cueillit et les goûta comme on se délecte d'un nectar. Il ne s'y trompait pas, elles avaient le goût de la passion.
Sans plus attendre, il prit possession de ses lèvres.
Elle fut surprise par leurs douceurs et la délicate pression qu'il exerçait pour l'amener vers la tentation. Quoique précieux, ce baiser ardent se disputait à la plus noble retenue.
Le savourer fut la seule pensée de la jeune femme. L'habileté employée était affolante et la pointe d'agressivité qu'il y ajouta l'affola. Elle l'enlaça en gémissant.
Il soupira et ses mains s'égarèrent dans les cheveux d'Olana qu'il empoigna pour orienter l'inclinaison de sa bouche.
Dès lors, les battements désordonnés de leurs cœurs se mirent au diapason, leurs souffles s'accordèrent et leurs yeux se perdirent chacun dans le regard de l'autre.
Un bonheur tout simple naquit sur les traits d'Olana. Il ne lui en fallait pas plus. C'était tout ce qu'elle souhaitait.
Mêlé à ses larmes, le soulagement détendit enfin ses traits.
Leurs mains s'effleuraient, leurs doigts s'entrelaçaient, leurs lèvres n'en finissaient plus de se goûter…
Ce moment dura une éternité. Rien n'y personne n'aurait pu les séparer.
A quelques mètres de là, Gabriel souriait. Voilà qui était bien mieux. Tout à sa joie, il n'effaça point son sourire lorsqu'il vit chaperon Rose adossée contre un arbre :
Chaperon Rose : Alors ? N'ai-je point bien œuvré ? Hum ?
Gabriel : Je dois avouer que vos talents, jeune fille, gagne à être connus.
Chaperon Rose : Et reconnus…
Gabriel : Et reconnus en effet. Laissons-les à leur bonheur retrouvé.
Chaperon Rose : Tout à fait…D'autant, qu'il me plaît à penser que la soirée pourrait fort bien se terminer…
Gabriel : Non, ne gâchons pas cet instant avec quelques pensées impies.
Chaperon Rose : Décidément Gabriel, vous me prêtez des intentions qui ne sont miennes.
Gabriel : Mais oui jeune fille…Allons fêter cela avec un verre de bon vin.
Chaperon Rose : Mais que voici une excellente idée mon Gabinou.
Gabriel : Rosae inter spinas crescunt. (Les roses poussent parmi les épines.)
Effectivement, Chaperon Rose, bien qu'ayant poussé sauvagement au milieu des ronces, n'en était pas moins devenu une bien jolie rose.
Olana et le roi, toujours serré l'un contre l'autre, se parlait enfin à cœur ouvert :
Thranduil : Je dois vous faire un aveu... J'ai interrogé votre amie Amélie et lui ait demandé de me parler votre passé. Il fallait que je sache... Je me sens en faute Olana.
Olana : Elle vous a tout dit ?
Thranduil : Tout en effet.
Olana : Je ne sais si elle a bien fait, mais il est trop tard pour cela.
Thranduil : Quelqu'un aurait dû vous protéger de cet homme.
Olana : Qui ? Je n'ai jamais eue que ma seule volonté.
Thranduil : J'aurais souhaité que ce fût moi. Sa souffrance n'aurait pas été suffisante pour expier les tourments qu'il vous avait fait endurer.
Olana : C'est un acte qui m'a souillé à tout jamais majesté. Encore aujourd'hui, je sens l'odeur de son sang sur mes mains.
Machinalement, elle les frottas l'une contre l'autre d'un geste de dégoût. Il s'en saisit tendrement, les immobilisant entre les siennes, puis les porta à ses lèvres :
Thranduil : Elles sont faites pour aimer, caresser, cajoler, non pour tuer. Jamais je ne porterais le moindre jugement sur vous Olana. Quand à ces deux merveilles, promettez-moi de laisser courir sur mon cœur afin d'en recueillir notre bonheur. Je leurs abandonne volontiers mon corps. Qu'elles en deviennent les maîtresses.
Les joues en feu, Olana eut le plus grand mal à calmer ses tremblements. Elle ferma les yeux quelques secondes :
Olana : J'en meurs d'envie…
C'était dit. Son visage baissé, elle s'immobilisa éprouvant une grande honte :
Thranduil : Ne rougissez pas ma dame. Ce désir m'enchante. Il est le reflet de mon propre souhait.
Olana : J'en suis consciente sire. Je n'imaginais pas ressentir pareille fièvre. C'est si…gênant.
Il releva tendrement son visage vers lui :
Thranduil : Vous n'avez jamais éprouvé que de la haine Olana. Il est normal de vous sentir perdu. Cet homme vous à détruite. Comment avez-vous pu supporter pareil supplice ? Votre détermination à y mettre fin force mon admiration.
Olana : Vous allez sûrement vous moquer de moi ...
Thranduil : Vous pouvez parler sans crainte Olana, j'ai bien compris ma leçon.
Olana : Il existe une chose qui m'a aidé à tenir le coup durant toutes ces années. Une simple poupée de chiffon que j'ai appelée Nanette.
Le roi la fixa d'un air interrogatif.
Thranduil : Une poupée ?
Olana : Oui, elle est un peu abîmée, mais j'y tiens comme à la prunelle de mes yeux. Là où je n'entrevoyais que malheur, elle m'apportait le réconfort. C'est idiot je le sais bien, mais elle est pour moi comme un talisman...Parfois un simple objet peut vous devenir indispensable. Je sais que beaucoup se moquerait de moi, mais lorsqu'on n'a plus rien d'autres auquel se raccrocher, une simple poupée peut remplir cet office.
Un long silence s'installa entre ces deux êtres.
Il la pressait contre son cœur humant l'odeur de ses cheveux, caressant son dos.
Thranduil : Une révélation à fait subir à mon cœur une indicible douleur. Amélie, votre amie, n'a pas souhaité m'en dire plus, mais je vous en conjure mon ange, le jour où vous vous sentirez prête, parlez-moi, je serais là pour vous.
Olana leva son visage vers lui, il était baigné de larmes. Elle ne put que secouer doucement la tête dans un signe d'assentiment :
Thranduil : Je souhaiterais tant porter ce fardeau qui est vôtre et vous fait tant souffrir.
Il sema une myriade de doux et légers baisers sur son cou, ses épaules… Ses mains, à nouveau, caressèrent les cicatrices apparentes sur le haut de son dos :
Thranduil : Mîr nin … (Mon trésor.)
Lorsqu'une blanche marguerite
Se présentera sous vos pas,
Elle ne vous trompera pas.
Elle vous dira que je vous aime.
D'abord un peu et puis beaucoup,
Mais jamais, dans le malheur même,
Elle ne vous dira « Pas du tout ».
Sous l'émotion, Olana gémit.
Olana : Jamais elle ne me dira pas du tout…Je le sais, je le sens. Votre cœur ne saurait mentir.
Tout doucement il se baissa et prit le petit bouquet de niphrédil, les fleurs blanches dont Chaperon Rose lui avait vanté la beauté. Avec beaucoup d'émotion, il les déposa entre ses mains tremblantes.
Leur fragrance était entêtante. Elles avaient la blancheur virginale de l'innocence. Celle qui la caractérisait tant. Olana s'enivra de ce parfum capiteux, celui de l'amour…Le sourire qu'elle lui offrit valait à lui seul tous les trésors de ce monde.
Olana : Elles sont ravissantes sire. A votre image, belles et sauvages.
Attendrit, Thranduil la serra à nouveau dans ses bras, ne lui offrant aucune autre possibilité que celle d'accepter cette passion dévorante.
En lui, un feu naquit. Il prit une telle ampleur que cela l'effraya. Dévorant ses veines, il s'insinua dans les moindres recoins de son corps affolant ses propres pensés.
Peut lui importait son avenir, seul comptait cet amour qu'elle lui offrait.
Olana : Je ne sais ce que l'avenir nous réserve, mais je ne désire qu'une seule chose, le vivre à vos côtés. Je vous veux dans ma vie, dans mon corps et dans mon âme pour le temps qu'il me reste à vivre.
Thranduil : Et nous trouverons le moyen de l'embellir comme il se doit. Je rendrais cela possible pour nous mon ange, je vous en fais la promesse.
Ses paupières se baissèrent, tandis que des soupirs de plus en plus appuyés venaient mourir près des oreilles du souverain.
Encouragés par ces démonstrations de désirs, Thranduil l'embrassa à nouveau prenant un soin tout particulier à faire durer ce baiser signant d'une jolie façon leur réconciliation.
Enfin, elle posa sa tête sur la solide épaule du roi. Celle qui la soutiendrait désormais. Ils restèrent ainsi soudés sans prononcer la moindre parole.
Enfin, ce fut elle qui rompit le charme. Elle se baissa et ramassa à terre l'assiette où elle avait disposé le gâteau :
Olana : Je vous ai préparé une pâtisserie. Souhaitez-vous que nous y goûtions ensemble ?
Thranduil : Je dois vous faire un aveu. Je vous ai vu cette après midi avec votre amie la confectionner. J'y ai pris plus de plaisir que jamais. Vous possédez un si joli rire. Aurais-je la joie un jour d'en savourer la primeur ?
Pour répondre à cette interrogation, elle laissa son doigt traîner sur le miel recouvrant le gâteau, puis déposa une petite noisette sur le bout du nez du souverain. Là, elle le contempla quelques secondes avant de lui offrir un rire cristallin qui lui fit monter les larmes aux yeux. Il la pressa contre son cœur :
Thranduil : Je ne me lasserais jamais de cette douce musique.
Au loin, un cavalier noir, sentait cet amour naissant planer sur les Terres du Milieu comme un danger. Ses yeux se plissèrent et sa bouche se transforma en un affreux rictus.
Le temps d'agir était enfin venu.
Après avoir assuré le service du repas, Ëlnar se sentait bien fatigué. Oilïnn fut chargé de rapporter les restes du repas royal. La jeune elleth ne déméritait pas quant à sa ténacité à bien accomplir ses tâches.
Elle aussi s'activait depuis un moment. Chaperon Rose et Opéca décidèrent de lui donner un coup de main. L'intendant, bien que surpris, appréciait l'aide fournit à la jeune servante. Finalement, ces humaines avaient un bon fond. De cela il n'en avait jamais douté. Avec le sourire, il s'approcha d'Opéca :
Ëlnar : Vous faites preuve d'une grande gentillesse envers Oilïnn.
Opéca : Enfin quelqu'un qui s'en rend compte. Tu sais mon mignon, on est pas des tiques à sucer le sang de ceux qui nous supportent.
Ëlnar : Des quoi ?
Opéca : Des tiques. Des saletés d'bestiole toute petites qui finissent par devenir aussi grosses qu'un pois chiche tellement elles se gorgent de sang…On en trouve sur les clébards. Pourquoi ? Vous en avez pas vous ?
Ëlnar : Clébards ?
Opéca : Des chiens quoi ! Mais y faut tout te traduire à toi…
Ëlnar : Vous savez jeune fille, vous gagneriez en respectabilité si vous vous exprimiez correctement.
Opéca : Qu'est ce que ça veut dire ça ? Elle te plaît pas ma façon d'causer ?
Ëlnar : Ce n'est pas ça, mais il est dommage qu'un physique aussi ravissant ne soit pas suivi d'un parler un peu plus approprié.
La jeune femme vit rouge. Comment se permettait-on de la juger ainsi ?
Croisant les bras sous sa poitrine d'un air buté, elle fixa l'elfe d'un air de défis :
Opéca : Celui qui s'permettra d'me juger il est pas encore né.
Ëlnar adopta la même pose qu'elle et haussa un sourcil :
Ëlnar : Il est inutile de prendre vos grands airs avec moi gente dame.
L'observant avec méfiance dans un premier temps, puis avec amusement dans un second temps, Opéca dû reconnaître que l'ellon ne manquait pas de courage pour l'affronter ainsi :
Opéca : Et si j'te collais une beigne ? T'aimerais ça peut-être ?
Elle referma son poing droit et frappa fort sur sa main gauche :
Opéca : Un peu comme ça…
Outré, il se détourna vexé. Déçue d'avoir perdu un si courageux interlocuteur, Opéca mit un peu d'eau dans son vin :
Opéca : Et, attends ! J'veux pas qu'on m'en compte certes, mais j'veux bien que quelqu'un me donne des conseils.
Ëlnar : Ainsi vous seriez prête à faire un effort ?
Opéca : Ben…Je veux bien. Tu sais, on m'a jamais appris à causer comme y faut. J'sais même pas écrire. D'ailleurs j'ai pas honte de l'dire et le premier qui…
Ëlnar : Cessez de menacer à tout bout de champ votre prochain jeune fille. Pourquoi une telle hargne ? Vous faites fuir alors que votre apparence souhaiterait le contraire.
Interdite, Opéca cessa tout net de froncer les sourcils. Elle resta un moment silencieuse avant d'afficher un sourire si doux que l'intendant en fut tout surpris :
Ëlnar : Eh bien vous voyez quand vous voulez, vous pouvez vous montrer charmante.
Son agressivité cachait bien des blessures. Cette humaine n'avait pas dû avoir une vie facile pensa-t-il.
Opéca : Ben mince alors ! Toi tu sais où chercher la puce…
Ëlnar : Je vous demande pardon ?
Opéca : V'la autre chose. Ce serait bien la première fois qu'on me demande pardon.
Ëlnar : Je dispose d'un peu de temps. Souhaiteriez-vous que je vous enseigne les bons usages ?
La jeune femme fit mine de réfléchir quelques secondes :
Opéca : Et après tu me mets dans ton lit c'est ça ?
L'elfe se redressa d'un bond :
Ëlnar : Vous me prêtez des intentions malhonnêtes.
Opéca : Pas la peine de monter sur tes grands chevaux. Je sais qu'je peux être casse…pieds, mais pour toi, j'ferais un effort.
Ëlnar : C'est très bien. Il va vous falloir apprendre à faire un peu plus confiance aux personnes souhaitant vous venir en aide.
Opéca : C'est que vois-tu, ce genre de proposition, ça finit toujours à l'horizontale.
Les joues de l'intendant s'empourprèrent :
Opéca : Eh, te fâche pas. J'ai pas l'habitude qu'on m'accorde du temps comme ça, sans rien en retour, alors faut m'comprendre…Je préfère m'assurer que tout est correct.
Ëlnar : Sachez, et cela sera la règle numéro une jeune fille, que les elfes n'ont pas l'habitude de se montrer irrespectueux envers les personnes de sexe féminin.
Opéca afficha un petit sourire coquin :
Opéca : Sexe ? Voilà un mot qui me parle bel elfe.
Avant même qu'il n'ait eu le temps de réagir, elle leva les yeux au ciel :
Opéca : Ca va, c'était pour détendre un peu l'atmosphère. Alors on commence par quoi ?
A l'orée du royaume de la Lothlorien, un magnifique elfe aux cheveux noirs et au regard d'un bleu profond, s'avançait vers Haldir le capitaine des gardes au service du Seigneur Céléborn et dame Galadriel.
Sa haute stature et son maintien trahissait une noble lignée. Ses vêtements d'apparat, bleu nuit où se dessinait de somptueuses arabesques cousus de fils d'argent, apportait à ce voyageur une aura de respectabilité indéniable.
S'exprimant dans un quenya parfait, il s'annonça d'une voix hautaine :
Elfe noir : Mae govannen ( Salutations). Seigneur Aranïs des Havres Gris. Je suis invité par les Seigneurs de ce royaume au banquet offert en l'honneur de sa majesté Thranduil.
Haldir s'inclina, présentant un respectueux salut :
Haldir : Mae govannen Seigneur Aranïs. Ayez l'obligeance de bien vouloir me suivre je vous prie.
A quelques lieus de là, sous un tas de pierres reposait le corps d'Aranïs. A ses côtés, quatre de ses amis venaient de subir le même sort.
Lorsque les cinq âmes se présentèrent devant Mandos, le vala eut beaucoup de mal à cacher sa fureur. Que les siens subissent ainsi une pareille félonie avait attisé sa colère.
Cette nuit là, dans le magnifique royaume de la Lothlorien, un ver s'était glissé dans le fruit.
Jack et Aliénor, alanguis près du feu, savourait un instant de tranquillité. Préciser qu'ils étaient fort rares les rendait plus précieux :
Jack : Tu as des nouvelles d' Olana ? Elle n'allait pas très bien la dernière fois que je l'ai vu.
Aliénor : C'était tout juste. Jack, nous avons fait une erreur en acceptant de la suivre dans cette aventure. Je pensais naïvement que ce serait l'affaire de quelques heures, voire deux où trois jours. Nous ne sommes jamais restés aussi longtemps dans notre délire. J'ai peur pour elle. Cette histoire prend des proportions énormes...
Nimïel enclin à alimenter cette petite conversation s'approcha de ses amis :
Nimïel : Aliénor, pourquoi es-tu si méfiante ? Ces elfes ne constituent pas la moindre menace de cela je puis t'assurer.
Aliénor : Pour l'instant certes, mais ils marquent un très net intérêt pour leur monarque et à partir du moment où Olana va venir jouer les troubles fêtes dans leur petites vies bien ordonnés, cela ne sera plus la même comptine.
Jack : Pourquoi ça les dérangerais ?
Aliénor : Ils ont l'air de cultiver un peu trop le souvenir d'une défunte.
Nimïel : Si tu entends par là, l'épouse du roi, cela peut se comprendre. Je ne connais pas leurs us et coutumes. Se conduisent-ils comme nous ? Je ne saurais l'affirmer.
Jack : Vous avez des esgourdes pointues, vous êtes donc les mêmes non ?
Nimïel : Jack, il ne suffit pas d'avoir une particularité physique en commun pour nous lier...Par exemple, nous autres mettons un temps infini à soigner nos présentations. Enumérer nos aïeux nous semble primordial.
Jack : Ah ouais ! Si on a rendez vous avec vous à midi, mieux vaut s'pointer à huit heures.
Nimïel : Il en est ainsi depuis la nuit des temps.
Jack : J'ose à peine imaginer ce que doit représenter un conseil d'état dans l'urgence...le temps de préparer la riposte, vos ennemies seraient morts et tombés en poussière.
Nimïel : Je te rassure Jack, il est des circonstances où les bonnes convenances sont mises de côté.
Jack : Non ! Eh ben, ça me rassure. Sinon à part ça, qu'est ce que t'en penses d'ces péquenauds ?
Nimïel : A peu près ce qu'ils doivent se dire de nous.
Jack : Autant dire qu'on est pas dans la merde.
Alinéor : Je me mets à leur place...
Nimïel : Rassure toi Jack, dans l'ensemble, j'ai pu observer qu'ils sont fort dévoués à leur souverain donc peu enclin à nous nuire.
Jack : Super. Ca m'rassure…Tu peux pas imaginer !
Aliénor : Je ne sais pas vous, mais en ce qui me concerne, c'est Gabriel que je trouve très étrange ces derniers temps.
Nimïel : Que veux-tu dire ?
Aliénor : Eh bien, j'ai remarqué qu'à chacune de mes tentatives pour sermonner Olana afin de la faire revenir sur sa décision, il intervient pour me contredire et contrecarrer mon plan.
Jack : Ton plan ?
Aliénor : Oui, mon plan.
Jack : LE plan !
Aliénor se demandait qu'elle mouche avait bien pu piquer son ami. Ce dernier riait tant qu'il finit par se tenir les côtes :
Jack : Ah…Excuse-moi, j'ai pas pu résister. Ce sont les répliques d'un super film que j'ai adoré petit, « Dune ». Il parlait d'un plan….'tain, qu'est ce que j'me marre !
Nimïel et Aliénor s'observaient à la dérobée se posant à cet instant même de très sérieuses questions sur la santé mentale de leur compagnon.
Toujours secoué par son fou rire, le mercenaire n'écoutait que d'une oreille. Aliénor finit par reprendre la parole :
Aliénor : Enfin, je disais que Gabriel me semble bizarre. Il nous cacherait quelque chose que je n'en serais pas étonné.
Jack : Eh ben, alors ma belette va falloir creuser dans cette direction là.
Nimïel : C'est que cette personne n'est guère prolixe d' après ce qu'il m'a été permis d'observer.
Aliénor : Effectivement, cela ne sera pas facile. Ceci dit, je souhaiterais vraiment la faire revenir sur sa décision de rester. Visiblement, nous n'avons pas notre place dans ce monde, pas plus qu'elle n'en a dans la vie de ce monarque.
Jack : Un petit accès de jalousie peut être ?
La jeune femme lui lança une myriade de petits cailloux :
Aliénor : Cesse donc ces insinuations offensantes.
Jack : Non, je dis ça parce que les deux autres poules folles ont l'air de le trouver i.r.r.é.s.i.s.t.i.b.l.e.
Aliénor : Ceci dit, il est vrai qu'il est un spécimen de choix !
Jack : Mais enfin, qu'est ce que vous lui trouver à ce péquenaud ?
Mic Mac : Ouais, un péquenaud doublé d'un empaffé !
Sortit comme un lapin d'une boîte, le lutin montrait sa petite trogne au regard fourbe :
Jack : On t'a sonné toi ? T'écoute aux portes ?
Mic Mac : J'aime bien espionner les gens. On sait jamais. Je peux apprendre tout un tas de choses bien intéressantes et après demander de l'or en échange de mon silence.
Nimïel : Du chantage ? Il est véritablement plus tordus que je ne me l'imaginais.
Aliénor : Tu n'as même pas idée mon ami. Ceci dit, il nous a souvent sortis de pétrins incroyables. Il possède une prédisposition à toujours retomber sur ses pattes…Hallucinant !
Mic Mac : Vouai, c'est comme ça ! De toute façon, on peut pas s'passer d'ma p'tite gueule.
Jack : Pourquoi j'ai toujours envie d'envoyer une mandale à cet avorton chaque fois que je le vois ?
Mic Mac : Ca, c'est parce que tu m'aimes Jack !
Jack : C'est ça, j't'aime tellement que tu vas te charger d'espionner Gabriel pour notre compte.
Mic Mac : Et pourquoi qu'j'ferais ça ?
Jack : Parce que si tu refuses…
Et pour démontrer ses dires, le mercenaire ferma son poing et l'abattit sur la paume de sa main :
Jack : Et là ? T'as pigé ?
Mic Mac : Tu f'rais ça ?
Pour toute réponse, le mercenaire décocha un coup de pied sur le joli petit cul de notre lutin qui, pour ne pas être en reste, tendit son majeur avant de prendre ses jambes à son cou.
Vicieux, mais pas téméraire le petit pou.
Le valeureux lutin se mit donc en quête de Gabriel. Ce dernier alanguie sous un arbre près de l'étang, chantait un cantique en psalmodiant. Comme il avait les sens très développé et une certaine propension à sentir le vent tourner à son désavantage, il devina la présence de Mic Mac.
Il n'interrompit pas pour autant son chant et soulevant à peine les paupières, se mit à la recherche de ce petit gnome. Ce n'était pas bien difficile de le localiser tant il était d'une discrétion…
Amusé, il décida de lui faire profiter de tout un arsenal de chants religieux dont les variations et les tonalités finirent par l'assoupir. Une fois le lutin dans les bras de Morphée, il se leva dignement comme seul un archange de cette prestance en avait le pouvoir et se dirigea vers le charriot d'Ëlnar à la recherche d'un bout de corde.
Il trouva bien vite ce qu'il désirait et revint en direction du lutin qui ronflait de concert avec les croassements des crapauds. Là, il lui lia les deux pieds ensemble en prenant soin de laisser un écart afin qu'il puisse faire un, voire deux pas, avant de s'écrouler face contre terre. Il recouvrit la ficelle de brins d'herbe afin de la dissimuler.
Tout à sa joie de lui jouer ce bon tour, il récita rapidement deux paters en vue d'une prochaine absolution. Un petit écart pour une petite personne…Cela ne lui serait pas préjudiciable. Si ?
Un peu plus loin, toujours aux abords de l'étang, qui avait un fort pouvoir attractif sur les humains, les elfes, les lutins voire les archanges…Thranduil finissait de savourer une part du gâteau confectionné par Olana. Non seulement il était délicieux, mais s'en délecter auprès de la personne qui comptait le plus à ses yeux, du moins à cet instant, rajoutait encore plus de saveur à cette pâtisserie.
La jeune femme ne se lassait pas de l'admirer. Comment un tel être avait-il pu prendre autant de place dans sa vie ? Il n'y avait pas si longtemps encore elle se souvenait de ces nombreux après midi assise sous l'arbre du jardin de Rose, le livre entre ses mains dévorant cette histoire et ne se lassant jamais de relire plusieurs fois le passage où le roi apparaissait pour la première fois :
Thranduil : A quoi pensez-vous pîn mael nin (mon petit plaisir) ?
Olana : Qu'avez-vous dit ?
Thranduil : Mon petit plaisir.
Olana : Ces mots ne me déprécieraient t'ils pas majesté ?
Thranduil : Est-ce vraiment ce que vous pensez ? Cette connotation n'a pas lieu d'être pour nous les elfes. Au contraire, c'est une jolie énonciation pour une dame. Elle est l'expression vivante d'un bonheur partagé.
Olana : Ah bon ? Dans ce cas, pardonnez-moi. J'attache sans doute trop d'importance aux mots.
Thranduil : Je vous offrirais les plus beaux qui se puissent exister et vous les apprendraient dans ma langue natale Olana.
Olana : Je les retiendrais en mon cœur, afin qu'ils ne s'échappent point. Ils loueront cet amour qui est nôtre.
Thranduil : Je n'en attendais pas moins de vous ma dame. Ceci dit, vous n'avez pas répondu à ma question.
Olana lui sourit :
Olana : Eh bien en fait, je pensais à toutes ces journées passées à lire le livre où vous apparaissez pour la première fois au lecteur.
Thranduil : Ainsi, il existe des écrits sur ma personne ?
Olana : Oui.
Thranduil : M'y a-t-on décrit à mon avantage ?
Olana : Assez pour me faire rêver.
Le roi lui adressa un sourire enjôleur :
Thranduil : C'est très jolie ce que vous venez de me dire Olana.
Olana : C'est surtout très juste. Majesté ?
Thranduil : Oui, Olana. Vous pouvez me nommer par mon nom elen nin.
Olana : Je n'ose pas.
Thranduil : Sauf lorsque je vous offre un plaisir ôtant cette timidité ?
La jeune femme baissa la tête et rougit :
Olana : Tout ceci est si…
Thranduil : Vous êtes adorable lorsque ces couleurs s'invitent sur vos joues.
Ce fut à peine si elle osa soutenir son regard assombris par le désir :
Olana : Puis-je venir dans vos bras ?
Il tendit ses bras, elle s'y engouffra :
Thranduil : Mon ange, votre cœur bat si fort.
Dans un élan passionné, elle lui vola un baiser. Un baiser sauvage, violent, éperdu comme s'il devait la quitter d'une seconde à l'autre.
Leurs lèvres entrouvertes se joignirent avec une telle ferveur qu'elle se sentit glisser dangereusement vers un désir ardent.
Le roi la serra contre lui au point de l'étouffer. Un gémissement monta dans la gorge d'Olana. Le retenir n'était plus concevable pour elle. Elle le laissa s'échapper tel un aveu.
Front contre front, leurs souffles hiératiques, désordonnés et courts finirent par se calmer. Tout deux ne désiraient qu'une seule chose. Se sentir l'un dans l'autre et vivre ce moment intense avec passion.
Frémissante, Olana s'en remit au roi.
Il se leva, elle l'imita.
Il la fixa dans les yeux, elle baissa les siens.
Il serra sa main, elle approuva sa décision.
Sans avoir prononcé la moindre parole, tous deux se dirigèrent vers la tente royale.
Elle osa lever son regard vers lui.
Il lui souriait.
Edarion, qu'une marche intensive avait quelques peu fatigué, s'assit sur l'herbe. La lune éclairait faiblement le petit chemin de terre. Seul, il craignait de s'égarer. Ses pensées l'amenèrent à s'exprimer à voix haute :
Edarion : Est-ce vraiment une bonne idée de me faire voyager de nuit par ces temps incertain, moi un vieillard si fragile ?
Comme il ne percevait aucune réponse, sa voix grimpa de quelques octaves :
Edarion : Je ne mettrais pas un pas de plus sur ce chemin, tant que l'on ne me donnera pas d'explications supplémentaires.
Une légère brise souffla sur les feuilles d'un arbre tout proche. Surpris, il remarqua que cela ne se produisait que sur cet arbre. Ce chêne, magnifique, d'une hauteur de quatorze pieds, environ, semblait tout bonnement s'ébrouer.
Alors qu'il fronçait les sourcils, il eut un sursaut de stupeur, lorsque sur le tronc du molosse s'ouvrit deux grands yeux. C'était déjà bien étrange de remarquer ces deux grosses billes luisantes le fixer intensément, ce fut encore plus surprenant lorsque une voix sortit d'une petite cavité censée représenter une…bouche !
Arbre : Bonnnnchooiiiirrr , vieillll hummmm.
Cette voix, caverneuse saupoudrée d'un accent à couper au couteau venait bel et bien de ce gros feuillu. Edarion sursauta et cela le déstabilisa. Il tomba à la renverse et se mit à bougonner :
Edarion : Je dois devenir fou. Voici que j'entends un arbre parler maintenant !
Les gros yeux de couleur jaune clignèrent une fois, puis deux fois, avant que la voix ne se fasse encore une fois entendre :
Arbre : N'ayeeeez pas peuuuur vieilll hummm.
Edarion : Est-ce vraiment réel ?
Arbre : Ouiiiichhh.
Edarion : Je suis vraiment fatigué, ou alors victime d'un sortilège…
Arbre : Nonn. Je chuiis un Enntt.
Edarion : Un Ent ? Qu'est-ce donc encore que cela ?
Ent : Chhai pour micchhionn de vous emmmmener chhusqu'auuu royauuume de la Lothllloooriennn.
Edarion eut le temps de se remettre de sa frayeur. L'Ent parlait avec une lenteur à la limite du supportable. Appuyé sur sa canne, il s'approcha et effleura les feuilles d'une branche, délicatement. L'arbre se secoua tout entier :
Ent : Chhhh, chhe chhui chhhatouiilleuuux.
Edarion sortit son mouchoir et s'épongea le front. Il était vraiment dit que des faits curieux ne lui seraient pas épargnés cette nuit. Bien décidé à s'en remettre aux étranges créatures peuplant ce monde, dussent-ils être des végétaux, le vieil homme leva ses deux mains dans un geste d'impuissance :
Edarion : Et comment êtes-vous censé me faire voyager ?
Ent : Grimmpez chhur chhhette brannnccchhe.
D'un geste lent, le chêne baissa une grosse ramure jusque sur le sol et invita Edarion à s'y installer. Comme c'était une grosse branche, il n'eut aucun mal à apprécier son assise, puis il se tourna vers les gros yeux jaunes et levant son sourcil interrogea son nouvel ami :
Edarion : Et maintenant ?
Ent : Mainntenaannt, nouchhh y allonns.
Et brusquement, ce monstre de verdure trembla comme s'il était sur le point de se déraciner. Effaré, Edarion s'agrippa à une petite ramure qui avait poussé sur le côté de la branche et pencha sa tête vers le sol.
Ce qu'il vit le stupéfia. Le tronc se scindât en deux et une paire de grosses jambes, pour peu que l'on puisse nommer ces choses ainsi, se mit à marcher.
Edarion étouffa un rire. Des spasmes nerveux le secouèrent. De voir ces deux troncs se mettre en mouvement le mettait en joie. Finalement, voyager dans ce monde avait du bon. Ce moment là, il comptait bien le graver dans ses souvenirs.
Tout tranquillement presque avec indolence, le chêne se déplaçait faisant des pas de géant.
Effectivement, le voyage serait plus facile et l'envergure de sa marche hâterait son arrivée au royaume des Seigneurs elfiques.
Durant le voyage, l'Ent entreprit de raconter au vieil homme un peu de son histoire. Son élocution était lente, les sons graves, pleins comme un lent roulement de tonnerre, si bien que le vieil homme eut tout le temps de la compréhension.
Les Ents possédaient leur propre langage, mais adoraient en apprendre d'autres, comme celle brève et singulière des hommes par exemple.
Cela l'enchantait.
Son peuple, vivait principalement dans la grande et ancienne forêt de Fangorn, au sud-est des Monts Brumeux dans la vallée de l'Anduin. Ils étaient souvent qualifiés de bergers de la forêt ou pasteurs des arbres.
Pour Edarion, ce récit était fascinant. De penser que de tels êtres puissent exister, penser, ressentir, le laissait rêveur.
L'Ent, répondant au doux nom de Fimbron, devint triste lorsqu'il évoqua la disparition des femelles Ents.
Parties s'attacher aux plaines découvertes afin de veiller sur les jeunes arbres fruitiers, ce paradis terrestre, qu'elles avaient réussies à créer, fut détruit et sa destruction entraîna la disparition des Ents femelles.
Les mâles les cherchèrent quelques temps avant de renoncer et de s'enraciner définitivement dans la forêt de Fangorn.
Le vieil homme découvrit ainsi, que ces végétaux avaient un cœur…
Tous les cœurs saignent, pensa-t-il, même si leur sang n'a pas la même couleur que le nôtre.
Un bien triste constat. Heureusement, la mélancolie de Fimbron ne dura pas et pour agrémenter ce voyage épique, il se mit à fredonner un air dans sa langue natale.
Cela ressemblait au chuintement dont il usait pour certains mots de la langue humaine. Ces sons, basés sur les consonnes cchhhh, faisait penser au vent de la pluie s'infiltrant dans tous les interstices des constructions humaines pour devenir un sifflement latent et annoncer l'orage tout proche.
Finalement, contre toute attente, Edarion s'endormit au son d'une ancienne berceuse chantée autrefois par les femelles Ents pour récompenser leurs progénitures de si bien s'épanouir en ce monde…Du moins, jusqu'à ce que le mal ne vienne y mettre son veto…
Autre monde, autre malheur pensait-il en baissant ses paupières ridées…
L'un des crapauds avait eu la chance, l'honneur et l'avantage de séduire sa femelle. Le croassement satisfait de leur accouplement, éveilla le lutin.
Immédiatement, son regard se porta au devant de son horizon. Il n'y avait plus personne. Furieux de s'être endormis, il se leva promptement s'apprêtant à retrouver Gabriel. Dès qu'il entreprit de mettre un pied devant l'autre, son élan fut stoppé par la corde liée à ses chevilles, lui entravant la marche.
Comme prévu, il s'affala dans l'herbe tendre face contre terre et goûta par la même occasion à la fantaisie de l'archange. Il commença, dans l'ordre des choses, par pousser un juron…voici qui ne faisait pas de mal, puis défie la corde qu'il envoya sur la tête de « fornicator ». Le crapaud, soit dit en passant, maudit dans son langage bestiaire, l'ingrat qui avait eu l'impudence de lui casser son coup.
Tel un ressort, il bondit sur ses petites jambes et se mit à mouliner comme un marathonien.
Dans sa petite caboche, ne cessait de tourner en boucle une irrépressible envie de vengeance. Il allait voir ce qu'il allait voir cet être doué d'omniscience !
Râlant, pestant, il ne se rendit pas compte immédiatement qu'il venait de s'éloigner considérablement du campement. Fort heureusement, la lune ronde et brillante, éclairait quelque peu le paysage nocturne.
Soudain, son instinct l'avertit d'un danger immédiat. Ce petit gnome avait développé ce sens à la perfection. C'était du reste, l'une des principales raisons de sa survie dans son monde et sûrement dans celui-ci. L'avenir le préciserait certainement.
Au vu du nombre de ses ennemies, il aurait déjà dû servir de compost à la terre ayant fait l'erreur monumentale de l'engendrer. Or, il savait préserver ses petites miches, comme il se plaisait à le préciser.
Vif comme l'éclair, il se mit en tête d'escalader un chêne et attendit, bien à l'abri de voir de quoi il en retournait.
Il n'eut pas longtemps à patienter.
En contrebas, deux formes sombres se parlaient.
C'était une langue gutturale forte et désagréable à l'écoute. Une fois ses yeux habitués à la semi obscurité occasionnée par les feuilles, il distingua deux …orques.
Une forte odeur chatouillaient les narines du lutin, qui préféra se boucher le nez.
Les deux personnages discutaient âprement et semblaient se disputer. Avec force gestes, l'un des deux indiquait une direction que l'autre ne souhaitait pas emprunter. C'est du moins ce que Mic Mac interpréta.
Prudent, il tendit l'oreille.
Orque n°1: Imbécile, on a perdus sa trace.
Orque n°2 : C'est de ta faute !
Orque n°1 : Je t'avais dit qu'il était rusé ce sale chien ! Depuis qu'il est arrivé, il nous rudoie et fouine sans arrêt dans les affaires du chef.
Orque n°2 : Et l'autre ? Il a bien compris sa mission ce chien véreux ?
Orque n°1 : Ouais, le chef l'a salement dérouillé et…
Très intéressé par cet échange, le lutin essaya de comprendre d'avantage malgré le fait qu'ils s'exprimaient dans un langage étranger. Souhaitant mieux les observer, il se pencha…
Trop tard, le gnome tomba de l'arbre comme la pomme sur la tête de Newton. Vu la hauteur de laquelle il bascula, l'orque fut mis à terre et demeura quelques secondes groggy alors que son comparse commençait à courser ce drôle d'énergumène.
Autant dire que le lutin se mit à courir comme un dératé. On eut dit qu'il avait la mort à ses trousses. Pour un peu, même un dragon cracheur de feu, n'aurait pu susciter pareille course.
Il fallait le voir se propulser à travers bois !
Pour la première de sa vie, ce petit cafard battit son propre record et disparut dans les fourrés sans demander son reste. L'orque, a bout de souffle, abandonna son envie de trucider le mouchard, car il ne faisait plus aucun doute qu'ils avaient été espionnés, releva son compagnon et tout deux firent comme le lutin…ils prirent la fuite.
Au campement, l'on vit surgir un véritable bolide.
Mic Mac tenta de freiner des quatre fers, mais dans son élan, il percuta de plein fouet Alachnÿ qui tournant le dos à son arrivée dantesque, passait d'un pied à l'autre, tentant un pas de danse. Encouragé par les chants elfiques chantés de toute part, le magicien avait des envies de bougeotte.
Il se vautra à plat ventre tandis qu'atterrissait sur son dos le lutin crachant ses poumons.
Matouba, qui n'avait rien perdu du spectacle, se retrouva sur le dos, les pattes en l'air, crachant, toussant, riant.
A peine remis de sa cascade, le magicien se releva en un temps record, décidément il en fut battu ce soir-là ! Il commença par empoigner Mic Mac. La rage écumant de ses lèvres faisait peur aux quelques elfes bravant leur frayeur pour assister à la suite des réjouissances.
Alertés par les cris du lutin, Jack, Aliénor et Opéca foncèrent en direction du tapage nocturne. Jack surgit le premier. Son regard passa de l'un à l'autre :
Jack : Qu'est-ce que c'est qu'ce bordel ?
Alachnÿ : Ce morpion, a eut l'impudence de m'attaquer. En traître en plus ! Je vais l'émasculer et lui faire bouffer ses…
Aliénor : Mais enfin, qu'est-ce que c'est que ce foutoir !
Jack lui adressa un sourire radieux :
Jack : Aliénor j'adore ! Tu t'enhardis ma princesse.
Aliénor : La faute à qui ?
Jack : Ah, sur ce coup là, je n'y suis pour rien.
Gabriel, se déplaçant toujours avec cette grâce et cette légèreté caractéristique des personnes de sa condition s'approchait lentement. Levant les yeux au ciel, il s'adressa au lutin :
Gabriel : Qu'a encore fait ce stupide animal ? Hum ?
Alachnÿ frappa dans ses mains :
Alachnÿ : Voici notre sauveur !
L'archange vit rouge. Sa colère éclata comme un coup de tonnerre :
Gabriel : Mais je ne vous permets pas !
Alachnÿ : Détrompez-vous mon cher, ce soir, je m'octroie une permission royale voyez-vous ?
Gabriel : Quelle impudence !
Jack : Mais enfin qu'est-ce qui t'a mis dans un tel état le magicien ?
Alachnÿ : Le magicien porte un nom au cas où vous l'auriez oublié.
Brusquement l'ambiance monta d'un cran :
Jack : Possible, mais là tu vois, j'ai pas envie de m'en souvenir.
Alachnÿ : Et c'est bien dommage, parce que je m'en vais vous rafraîchir la mémoire mon cher !
Le capitaine de la garde, Luthïen, intervint rapidement. Les cris commençaient à s'entendre dans une bonne partie du campement. Visiblement courroucé, son ton ramena un semblant de calme :
Luthïen : Mais que se passe-t-il ici ?
Gabriel : Oh, trois fois rien je vous rassure.
Luthïen : Trois fois rien ?
Sa répartie se teintait d'une légère ironie :
Luthïen : Si c'était un fait d'importance, je n'ose imaginer le vacarme.
Gabriel : Ceci n'est rien que de très habituel.
Passant des uns aux autres, l'ellon ne cessait de se poser des questions sur ces étranges humains aux réactions si débordantes. Le lutin, qui avait compris depuis belle lurette où se trouvait son intérêt, se rapprocha du capitaine un sourire torve à l'encontre d'Alachnÿ accompagné, en mode discrétion, d'un petit doigt d'honneur.
Le magicien, dont les humeurs n'étaient pas au beau fixe, réagit dans la seconde, mais Gabriel tendit son bras et le stoppa net. Ce fut comme si une barre de fer l'avait frappé en pleine poitrine. Il se dégageait de cet être une telle autorité, qu'elle imposait un silence quasi religieux.
Imperturbable, l'archange se tenait droit et fier. Haussant à la perfection son sourcil blond, ses douces paroles détendirent l'atmosphère :
Gabriel : Veuillez accepter nos excuses. Les manières peu recommandables de mes ouailles laissent à désirer ces derniers temps. Hum, je vous promets qu'ils feront amende honorable désormais.
Mic Mac : Des clous !
Ouvrant de grands yeux, Gabriel outré faillit perdre son légendaire sang froid :
Mic Mac : J'ai vu les sales faces de rat d'hier !
Chacun se mit à observer le lutin et pensa automatiquement : qu'a-t-il encore inventé ce gnome ?
Luthïen : Qu'avez-vous dit ?
Mic Mac : Ce que j'ai vu !
Fier comme un pou, il se balançait sur ses chausses trouées, les narguant tous :
Aliénor : Cesse ce petit jeu immédiatement petit pétochard.
Mic Mac : Je dis la vérité.
Luthïen : En ce cas, vous allez vous en remettre à l'interrogatoire du roi.
A ces mots, le lutin prit peur :
Mic Mac : L'autre em…Le roi ?
Luthïen : Parfaitement, et si vous avez menti, vous subirez son courroux.
Mic Mac : Eh, j'raconte pas des cracks.
Sans autre forme de procès, Luthïen l'attrapa par le col de sa che…son tri…son quoi d'ailleurs ? Allez savoir comment était vêtu ce petit chancre. Bref, il le souleva de terre et ses petites jambes pédalèrent dans l'air embaumant du soir.
Chaperon Rose : Je vous accompagne afin de veiller sur cet individu et éviter une quelconque fuite de sa part.
Sur ces mots, et pour appuyer ses dires, la belle lança une œillade vers ses compagnons qui suggérait, en substance, de se dispenser d'émettre la moindre objection où son courroux serait terrible.
Gabriel, ferma les yeux et s'en fut méditer quelque part à la dure tâche d'archange. Saint Michel allait être abreuvé de faits en tous genres c'était une certitude.
Luthïen se vit donc accompagner dans sa démarche par la jolie damoiselle blonde. Un instant, ses prunelles lapi lazuli se perdirent dans la contemplation de sa démarche si particulière.
Ses petits pas se succédaient les uns après les autres à la façon d'un automate dont on aurait remonté le mécanisme à fond.
Un sourire s'afficha sur les traits de l'ellon. Un instant il pensa que ces humains étaient véritablement LA distraction qu'ils leurs manquaient. Et cette petite femelle…
Affirmer, a cet instant précis, qu'elle était devenu sa prochaine mission était un doux euphémisme.
Il allait lui prouver l'importance que certains ellons accordaient à la séduction.
De temps à autre, la belle lui envoyait un message subliminal dont la teneur n'avait guère besoin de traduction, alors son sourire s'élargissait de plus belle. Le lutin, n'ayant rien perdu de ces échanges visuels y allait de son petit commentaire :
Mic Mac : Alors elle te plaît la frangine ?
Comme s'il n'avait jamais existé, le capitaine l'ignora superbement, trop occupé à admirer le paysage vallonné qui s'offrait à lui :
Luthïen : Nous voici parvenu au terme de cette ravissante promenade gente dame. Il n'est pas exclu que je ne revienne vous conter la façon dont vous et moi devrons approfondir une conversation devenu essentielle entre nous.
La jeune femme battit des cils avant de prononcer les mots qu'il était en droit d'attendre en retour :
Chaperon Rose : Et j'honorerais cette charmante proposition, profondément soumise à votre bon vouloir capitaine.
Elle opéra un demi-tour savamment orchestré sous le regard du gnome :
Mic Mac : Y s'pourrait qu't'ai un ticket avec elle l'elfion !
N'accordant aucune attention particulière à ce petit être, le capitaine le remit entre les mains d'un soldat avant de s'annoncer à sa majesté.
