La suite des évènements s'enchaîna à une telle vitesse que Harry eut peine à croire d'en avoir réchappé. Vive comme l'éclair, Allandra se précipita sur lui en faisant apparaître un poignard à la lame affûtée dans sa main. Plus rapide que le commun des mortels, la jeune femme tendit la main en visant le visage de Harry. Sans même s'en rendre contre – sans même l'avoir voulu en fait –, il se pencha sur le côté.

La lame le manqua de quelques centimètres, mais il entendit le tranchant fendre les airs. Aussi surpris que la jeune femme par son esquive, il reprit néanmoins ses esprits et saisit le poignet d'Allandra. S'il crut que cela suffirait à la neutraliser, il s'aperçut rapidement qu'il avait grand tort, car le genou de la Nehoryn s'enfonça un instant plus tard dans son estomac.

Harry lâcha immédiatement de la jeune femme pour plaquer ses mains crispées sur son ventre, ses poumons expulsant tout l'air qu'ils contenaient. Les yeux écarquillés et le souffle coupé, il vacilla sur ses pieds. Mais Allandra ne fit aucun geste, à part faire disparaître son poignard en l'observant attentivement.

Inspirant profondément, Harry se retrouva dans la même position que la jeune femme deux ou trois minutes plus tôt. Les mains sur les genoux, il se redressa précautionneusement et lança à la jeune femme intéressée un regard noir.

‒ T'es cinglée ou quoi ? s'exclama-t-il d'une voix rauque.

‒ Non, j'enseigne, répliqua Allandra.

Cassante et hautaine, sa voix ressemblait plus à celle de Lorca qu'à celle de Leandra.

‒ T'enseignes ? répéta Harry d'un ton sarcastique.

‒ Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, trouduc, tu viens de réaliser un exploit qu'aucun être humain normalement constitué ne pourrait faire ! dit Allandra avec un sourire narquois. Tu ne crois quand même pas que ce sont tes seuls réflexes qui t'ont permis d'échapper à ma lame ?

L'indignation de Harry s'évanouit quelque peu. La jeune femme n'avait pas tort. Son corps ne l'avait pas attendu pour décider de lui-même qu'il fallait qu'il s'écarte. Le pouvoir de la pierre d'Astaroth s'était une fois de plus manifesté, comme s'il possédait sa propre âme et pouvait se servir du corps de Harry quand il le jugeait nécessaire.

Cependant, Harry ne considérait pas la remarque d'Allandra comme une excuse.

‒ Et si je ne m'étais pas écarté, volontairement ou non ? lança-t-il.

Un sourire froid étira les lèvres d'Allandra.

‒ Oups, répondit-il d'un ton indifférent.

Elle s'approcha de lui pour le pousser vers le jardin, assez gentiment. En quelques minutes, le jeune homme avait fait son choix : il préférait largement Leandra. Il était toutefois surprenant de constater des différentes personnalités des deux sœurs jumelles et, encore une fois, il ne put s'empêcher d'assimiler Leandra à un ange et Allandra à un démon.

Descendant les marches, il s'arrêta sur la pelouse où Allandra le rejoignit, pieds nus comme sa sœur. La stupéfaction passée, les conséquences de l'inexpérience de Leandra dans le sortilège qu'elle avait utilisé pour sauver sa sœur lui paraissait évidente : toutes les deux se partageaient la journée. Leandra existait le jour, Allandra la nuit…

Allandra s'arrêta à côté de lui. Eclairée de profil, son œil rouge exposé à la lumière lui donnait un aspect phosphorescent. Harry soutint son regard. Une lueur malveillante et espiègle brillait dans ses yeux écarlates. Un sourire torve sur les lèvres, elle rompit le silence :

‒ Nous allons faire un petit exercice, déclara-t-elle. Tu vas reculer d'une vingtaine de pas pour t'offrir une marge assez appréciable. Quand tu seras prêt, tu devras esquiver mes sortilèges. Si tu crois que ce sera facile, détrompes-toi. Je pourrais t'envoyer une dizaine de sortilèges avant que tu n'aies fait un pas.

Et elle ne plaisantait apparemment pas. Toutefois, l'apparition d'Allandra dans la vie de Harry semblait être un atout : à l'évidence, la jeune femme comptait rattraper le retard engendré par le malaise de Leandra, la veille et aujourd'hui.

S'éloignant dans l'obscurité, Harry comptait une petite vingtaine de pas en se préparait le plus possible. Inutile d'attendre que l'exercice commence, Allandra ne lui ferait aucun cadeau et il l'avait compris dès qu'elle avait cité le mot « exercice ». Arrivé sur les lieux, il se retourna en se concentrant sur la silhouette de la jeune femme. Reste à espérer qu'elle n'utilisera pas des sortilèges trop méchants, songea-t-il.

Une petite lueur mauve fendit soudainement les airs. Le temps que Harry la voit apparaître au niveau d'Allandra, le sortilège l'atteignait à la poitrine. Projeté en arrière, il atterrit sur l'herbe fraîche et sentit, pour la deuxième fois en moins d'un quart d'heure, ses poumons se vider de l'air qu'ils avaient emmagasiné. Retrouver son souffle fut cependant moins pénible.

‒ La soirée va être longue, marmonna-t-il en se relevant.

Il s'était à peine redressé qu'un éclat mauve apparaissait dans la nuit mais, cette fois-ci, il était préparé. S'écartant vivement, il vit une brève et minuscule lueur violacée passer à côté de lui ; puis quelque chose le percuta à la poitrine et le propulsa une fois de plus en arrière. Alors que l'atterrissage se révélait aussi douloureux que le premier, le rire moqueur et froid d'Allandra lui parvint aux oreilles.

Le sang de Harry ne fit qu'un tour. Il ne connaissait qu'une seule femme qui ait eu un rire tout aussi malveillant : Bellatrix Lestrange. Allandra et elle paraissaient avoir été forgées dans une matière similaire, même si la Nehoryn se montrait un peu plus amicale. Tout au moins, il était certain qu'Allandra ne chercherait pas à le livrer à Voldemort.

Se remettant une nouvelle fois debout, Harry prit soudain d'un détail. La température semblait brusquement plus fraîche. Baissant les yeux, il réalisa avec stupéfaction que sa robe de sorcier et son t-shirt s'étaient volatilisés. Allandra avait une étrange façon d'enseigner, mais elle n'en était pas moins motivante : hors de question qu'elle réussisse à l'humilier.

Inspirant profondément, Harry évita la prochaine lueur mauve en se baissant, roula sur le côté pour en esquiver une autre, fit une nouvelle roulade et bondit dans les airs pour en laisser une passer sous ses genoux fléchis. Au moment où elle atterrit, une nouvelle attaque d'Allandra le faisait s'écraser un mètre plus loin. Il n'eut pas à baisser les yeux pour savoir que c'étaient ses chaussures qui avaient disparu.

A nouveau debout, Harry essaya de reprendre sa concentration, mais la voix de Lorca résonna dans son esprit au même moment : La concentration n'est pas la clé.C'étaient ses mots, juste avant qu'elle ne lui reproche calmement de s'être concentré sur son ouïe. Harry s'aperçut que c'était la même erreur, qu'il commettait en ce moment même, sauf qu'il utilisait sa vue au lieu de son ouïe.

Un nouveau vol plané le ramena à la réalité en même temps que ses chaussettes quittaient ses pieds pour une destination inconnue. Se relevant, Harry resta immobile et ferma les yeux, tout en espérant que la jeune femme lui laisserait le temps de se préparer sérieusement. Malgré lui, il ne put s'empêcher de réaliser qu'il comprenait subitement la raison pour laquelle Leandra se promenait toujours pieds nus quand elle marchait sur la pelouse.

La sensation de l'herbe sous les pieds était étonnamment apaisante, et la brise nocturne qui lui caressait la peau avait quelque chose d'exquis. Frissonnant avec délice, Harry dodelina un peu de la tête mais ne s'alarma que lorsqu'une vibration anormale atteignit son oreille droite. Sans avoir à le penser, il se pencha sur la gauche.

Il s'écarta avec légèreté sur la droite, laissant une autre vibration passer à côté de lui. Pendant quelques minutes, lui sembla-t-il, il esquiva toutes les vibrations qui venaient troubler l'air, se penchant sur les côtés, faisant quelques pas à gauche ou à droite. Il avait conscience de bouger dans tous les sens, mais seules la sensation de la pelouse sous ses pieds et la brise fraîche de la nuit occupaient ses pensées. C'était comme si le vent léger lui murmurait chaque arrivée d'un sortilège.

Les choses se compliquèrent, cependant. Plusieurs vibrations fendirent l'air. Harry en détecta au moins quatre, comme si chacune de ces vibrations avait émis un tremblement unique. Deux lui paraissaient mal dirigées, les deux autres se rapprochaient l'une de l'autre tout en fonçant à sa rencontre. Harry s'écarta légèrement en effectuant une rotation de 90°.

Les deux sortilèges qui le prenaient pour cible passèrent à un petit centimètre de sa poitrine et, derrière lui, il entendit l'un de ceux mal dirigés passer à moins de cinq centimètres de son dos. A peine les quatre sortilèges l'eurent-ils dépassé qu'il perçut une nouvelle vibration, mais trop proche pour qu'il puisse espérer l'éviter.

Le sortilège le toucha à l'épaule mais, contrairement aux autres fois, il ne fit aucun vol plané. Très légèrement bousculé, il tituba en sautillant sur son pied gauche mais parvint à maintenir son équilibre.

Les applaudissements lents, sans chaleur, d'Allandra lui firent rouvrir les yeux. Il lui fallut un petit moment pour réussir à s'habituer à l'obscurité de la nuit et à discerner la silhouette de la Nehoryn. Celle-ci se tenait déjà devant lui. Malgré les ténèbres, il sentait que son regard rouge sang avait changé de nature : il était moins moqueur, moins malveillant. Calculateur peut-être, ou en tout cas plus amical qu'auparavant.

‒ J'ignore si tu es doué ou si la peur de te retrouver nu t'a permis de faire appel à tes capacités spirituelles, déclara-t-elle, mais tu t'en es remarquablement bien sorti pour cette fois. Si tu ne l'as pas encore compris, c'est le contact avec la nature qui réveille le mieux le spirituel, et non la concentration.

‒ Je viens de m'en apercevoir, admit Harry.

‒ Tu ne verras donc aucun inconvénient à retirer ton caleçon, dit Allandra d'un ton narquois.

‒ Ha ! Ha ! Très drôle, marmonna Harry. Dis-moi plutôt ce qu'il s'est passé en dernier…

‒ J'ai lancé quatre sortilèges d'un coup, répondit Allandra. Et j'en ai relancé un juste derrière. Ton esquive de la première volée a failli me surprendre, je m'attendais à ce que tu te baisses ! Quoiqu'il en soit, j'ai pu modifier la trajectoire du cinquième.

‒ C'est possible, ça ? s'étonna Harry.

‒ Quand tu maîtriseras la magie spirituelle, tu t'apercevras que bien des choses sont possibles, Harry Potter. Bref, comme tu as pu le remarquer, le sortilège qui t'a touché a beaucoup perdu de sa puissance quand il t'a percuté. Certes, il n'a pas empêché ton pantalon de se volatiliser, mais ta magie spirituelle a réussi à en diminuer les effets… involontairement, sans doute.

Harry ne chercha pas à le démentir. Il s'était contenté de sentir le cinquième et de se préparer à l'impact, mais à aucun moment il n'avait songé à une quelconque protection.

Malgré sa personnalité brusque et froide, Allandra se présentait être comme un professeur très doué. Certes, ses méthodes d'enseignement laissaient à désirer, mais elles venaient de prouver qu'elles étaient efficaces. Il sembla, toutefois, que le cours était terminé, car elle lui attrapa le bras et l'entraîna vers la terrasse. Un geste affectueux étonnant, de sa part. Harry se serait plus attendu à recevoir un coup de pied aux fesses.

‒ La magie spirituelle est une discipline beaucoup plus simple qu'il n'y paraît, reprit-elle d'un ton expert. A partir du moment où tu sais faire appel à cette magie sans t'aveugler en fermant les yeux, tu verras le monde d'une autre façon. Tu pourras évaluer le potentiel d'un ennemi, tu pourras analyser l'empreinte magique d'un sortilège, tu pourras modifier un maléfice pour lui offrir une plus grande puissance ou en atténuer les effets, tu pourras les guider comme bon te semble.

« Parallèlement à ça, la magie spirituelle permet bien d'autres choses moins physiques. Quand tu auras un peu plus d'entraînement, tu pourras interagir sur ta mémoire. Créer des souvenirs à l'occasion d'un interrogatoire, en modifier d'autres pour tromper un sérum de vérité ; chacune de ces actions est possible à quiconque sait maîtriser la magie spirituelle. »

Ils atteignirent la terrasse. D'un mouvement de la main désinvolte, Allandra fit disparaître les bris de verre et remettre la chaise sur ses pieds, correctement glissée sous la table. La lanterne s'éteignit tandis qu'ils entraient dans la maison. Sans que personne n'y touche, la porte claqua légèrement derrière eux.

Guidé par Allandra, Harry retrouva ses vêtements dans le salon, mais le bras de la Nehoryn se resserra autour du sien comme pour l'empêcher de les rejoindre et les remettre. L'emmenant à l'autre bout de la pièce, elle ne le lâcha qu'une fois qu'ils eurent atteint le garde-manger où la collection de bouteilles d'alcool était rangée.

Pendant la traversée du manoir, cependant, les pensées de Harry s'étaient désintéressées de sa tenue disparue. Il n'allait quand même pas être gêné d'être en caleçon sous son propre toit ! Il se posait toutefois plusieurs questions, notamment sur ce qui advenait de la sœur quand l'une ou l'autre prenait le dessus.

Bien qu'elle fut occupée à remplir deux verres d'une généreuse quantité d'hydromel, Allandra parut entendre ses pensées, car elle reprit la parole :

‒ Leandra dort, révéla-t-elle. Ou plutôt, elle est plongée dans un sommeil éveillé. Ce n'est pas très différent d'un sommeil normal. A son réveil, toutefois, elle prendra connaissance de tous les évènements que j'ai vécus dans la nuit. Toutes les informations que j'aurai acquises dans la soirée lui seront transmises à son réveil.

‒ Et ça ne te dérange pas… cette situation ? demanda Harry, curieux.

‒ C'est mieux que d'être morte, commenta Allandra d'un ton indifférent. Après l'attaque d'un Orghan, Leandra a été grièvement blessée à la tête et, comme tu l'auras remarqué, la blessure a laissé des séquelles. Lorca est bienveillante, mais c'est Leandra répond de ma responsabilité et je garderai un œil aussi longtemps que possible sur elle.

Finalement, Allandra n'était pas aussi insensible qu'il l'avait cru. Néanmoins, la conversation ramena à l'esprit de Harry que Lorca avait également cité le mot « Orghan ». C'était surtout la première fois qu'elle l'avait cité qui lui trottait dans la tête, car les Orghans paraissaient être à la solde de Malphas et de Beherit.

‒ C'est quoi, un Orghan ? demanda-t-il après une gorgée d'hydromel.

‒ Certains des miens te diraient que les Orghans sont des êtres foncièrement mauvais, admit la jeune femme, mais ils sont juste faibles. Sur mon monde, nous nous partagions une vaste forêt en parts égales, mais les Orghans voulaient toujours plus de territoires. Depuis deux mille ans, nos deux peuples se livrent des guerres sans mercis. La dernière guerre a prit fin il y a environ quinze ans, quand leur chef est mort.

« Jusqu'à il y a deux ans, les Orghans combattaient férocement les armées de Malphas. C'était une chose incroyable, car nos deux peuples s'unissaient pour la première fois contre un même ennemi. Mais Eldog, leur chef, a été assassiné par un autre Orghan qui gagnait en popularité à force de discours prometteurs. Dans l'heure qui a suivi la mort d'Eldog, son assassin était élu à l'unanimité comme son successeur, et la guerre a été renversée. »

N'importe qui, sans doute, aurait relaté cette histoire avec une émotion, mais Allandra raconta tout ça avec une telle neutralité que Harry en aurait presque eut l'impression qu'elle venait de l'inventer. Cependant, il commençait à s'habituer aux étranges comportements des Nehoryn et il ne douta pas un seul instant de la véracité des propos de la jeune femme qui remplissait déjà les deux verres vides.

‒ Mais… heu… ils ont des… des capacités spéciales ? demanda Harry.

La chose qui l'intéressait le plus, c'était d'avoir une idée de la menace que les Orghans étaient susceptibles de représenter.

‒ Comme tous les êtres non-humains, répliqua Allandra. Les Orghans ont une double nature : ils ressemblent à n'importe quel être humain, mais ils peuvent se métamorphoser en créatures s'ils le désirent. S'ils ne pouvaient pas le faire, mon peuple les aurait écrasés dès les premières guerres. Mais comme je l'ai dit, tous ne sont pas mauvais.

‒ Tu en as connu un, affirma Harry.

‒ Wilgard, précisa Allandra d'un ton neutre. Leandra et moi allions souvent nous baigner dans la rivière qui traverse notre forêt, et qui constituait la frontière entre les territoires de nos deux peuples. Wilgard se promenait dans le coin quand il a entendu Leandra rire et il s'est approché de la rive…

L'espace d'un bref instant, une lueur chaleureuse s'alluma dans le regard d'Allandra mais elle s'évanouit presque instantanément.

‒ Tu l'aimais ? se risqua Harry d'une voix prudente.

‒ Non, répondit Allandra d'un ton léger. Toutefois, il a été le premier véritable ami que j'ai eu depuis ma naissance. Il s'intéressait à tout, même à des choses bénignes comme la cuisine des peuples que nous connaissions. Il était très impressionné par Damar. Il pouvait passer toute la journée à écouter Leandra lui raconter comme évoluaient ses études auprès de Damar. Je crois que Leandra parlait beaucoup de lui à Damar…

‒ Qu'est-il arrivé à Wilgard ? demanda Harry.

‒ La dernière fois que nous avons vu Wilgard, il nous annonçait l'élection de Tamar, révéla-t-elle. Wilgard ayant atteint sa quinzième année, son peuple le considérait comme un adulte et il s'est retrouvé sur les champs de bataille. Nous n'avons jamais eu de nouvelles de lui depuis. Il est peut-être mort. Mais s'il est toujours vivant et qu'il apprend notre présence dans ce monde, il se manifestera.

Allandra tourna légèrement la tête sur la droite, comme si elle avait entendu un bruit suspect ou insolite. Une fraction de seconde plus tard, un bourdonnement assaillit l'oreille de Harry et lui aussi orienta son regard vers la fenêtre donnant sur le jardin séparant le manoir du portail.

‒ Qu'est-ce que c'est que ça ? demanda-t-il sans détourner les yeux de la fenêtre.

Allandra ne répondit pas tout de suite. Tournant la tête vers elle, Harry remarqua que la jeune femme avait perdu l'indifférence qui l'avait accompagnée pendant son récit. Le regard alarmé et les sourcils légèrement froncés, elle contemplait la fenêtre d'un air étrange. Au moment où il s'apprêtait à insister, la Nehoryn prit la parole :

‒ Qu'est-ce que tu entends ? interrogea-t-elle.

‒ Une sorte de bourdonnement, répondit Harry, intrigué.

Allandra hocha légèrement la tête sans détourner son regard écarlate de la fenêtre.

‒ Qu'est-ce que c'est, selon toi ? insista Harry.

‒ Horol, répondit Allandra. Cet imbécile a survécu… mais il est blessé.

Si Harry fut surpris de l'entendre qualifier Horol d' « imbécile », le fait qu'Allandra sache que son semblable était blessé l'étonna encore plus.

‒ On devrait peut-être aller le chercher, non ? suggéra-t-il.

‒ Inutile, assura Allandra d'un ton dégagé. Lorca s'en occupera. Mes connaissances en magie médicinale sont lamentables, et les tiennes encore plus.

Vidant son verre, elle le fit disparaître et pencha la tête de gauche à droite, comme pour si elle était parcourue de courbatures.

‒ Pour une fois que Leandra n'est pas inconsciente, je vais pouvoir profiter de mon lit ! lança-t-elle.