CHAPITRE 11
"When I see your faaace, there's not a thing that I would change, cause you're amazing, just the way you areee"
Castle tapotait en rythme le rebord en caoutchouc de sa vitre en chantonnant, elle leva les yeux au ciel et enclencha son clignotant à droite.
-Je ne savais pas que vous écoutiez ce genre de musique. C'est plutôt de l'âge d'Alexis non ?
-Vous savez je mange encore mes céréales avec une cuillère qui brille dans le noir, confessa l'écrivain, alors l'âge...
-Hum, vu comme ça...concéda la jeune femme.
-Et puis les paroles sont géniales !
"And when you smiiiiiile, the whole world stops and stares for a while, cause girl you're amazing, just the way you areee" reprit-il à tue-tête.
-Mon dieu...murmura la jeune femme amusée malgré tout.
-Appelez moi Rick.
Elle secoua la tête de droite à gauche et soupira . Il sourit, content de lui.
-Nous arrivons Castle, gardez vos chansons pour plus tard si vous voulez bien. J'espère que l'adresse est toujours la bonne.
Elle gara le véhicule devant l'imposante maison en pierres. C'était vraisemblablement la plus grande du quartier. Encadrée d'abres fournis et surmontée d'herbes hautes, elle détonait avec le côté "propret" du reste du voisinage. Ici pas de pelouse tondue au milimètre près, pas de volets identiques à tous les autres. Les carreaux des fenêtres étaient sales et la porte en bois méchament usée par le temps.
-On dirait la maison hantée de notre voisine des Hamptons quand j'étais gamin, nota Castle en sortant de la voiture et en la contournant pour rejoindre la jeune femme. Une vraie sorcière !
Beckett haussa un sourcil peu convaincue.
-Oh mais je vous assure, insista l'écrivain ! Elle ne séchait son linge qu'à la pleine lune, et elle se gargarisait avec un drole de liquide vert chaque matin. Elle crachait le tout sur le pas de sa porte, c'était ignoble ! Et le pire c'était quand...
Il s'interrompit devant le regard blasé de la jeune femme.
-Oui,hum, bon, allons vérifier si l'adresse est toujours la bonne alors, poursuivit-il déçu de ne pas pouvoir apporter quelques précisions à son récit passionnant.
Ils firent quelques pas dans le jardin (si tant-est qu'on puisse donner ce nom à l'amas de mauvaises herbes et de feuilles séchées qui jonchaient le sol). Castle ne cessait de jeter des regards inquiets autour de lui, comme s'attendant à voir sortir un quelquonque monstre de là. La jeune femme ne prit pas la peine de l'attendre et grimpa rapidement les quatres marches du perron avant de presser le bouton de la sonnette.
Il la rejoint à petites foulées et ils patientèrent quelques instants. Le silence fut dabord leur seule réponse. Après deux minutes d'attente enfin, un bruit de bois frotté contre le sol leur parvint à l'intérieur. Il y avait bien quelqu'un, mais visiblement ce quelqu'un n'était pas disposé à leur ouvrir.
La jeune femme poussa une seconde fois le bouton de la sonnette.
-Il y a quelqu'un ? Detective Beckett, NYPD ! Je souhaiterais parler à Mary Westminston.
A nouveau du bruit dans la maison, mais personne pour venir ouvrir la porte. La jeune femme renouvela sa demande une seconde fois, sans succès.
-On pourrait revenir avec un mandat ? Proposa l'écrivain.
Sans prêter attention à sa remarque, elle enfonca la porte d'un violent coup de pied et pénétra à l'intérieur de la maison.
-Ou ça...
Il fit quelques pas pour la rejoindre à l'intérieur. Il fallait franchir un long couloir au bout duquel se trouvait une autre porte fermée avant d'accéder à l'espace principal de la maison..
-Vous êtes au courant que nous sommes chez la victime là hein ? Pas dans la planque d'un dealer colombien ?
-Une intuition, se contenta de répondre la jeune femme qui avait sorti son arme et avançait avec précaution dans le couloir sombre.
-Si ça se trouve on va tomber nez à nez avec sa mère sourde en train de coudre... On aura l'air malins pour la porte, s'inquiéta-t'il.
-Chuchotez Castle, insista la jeune femme en baissant le ton. Il y a quelqu'un dans la pièce du fond, je vois des ombres sous la porte.
Effectivement quelqu'un s'activait dans la pièce en question. Ils entendirent des bruits de tiroirs qu'on ouvre et qu'on referme sans ménagement, des bruits d'objets jetés violemment sur le sol.
-Si c'est sa mère elle n'est pas de très bonne humeur, nota l'écrivain en chuchotant.
Beckett mit un doigt devant sa bouche, lui intimant le silence, et lui fit signe de le suivre en faisant le moins de bruit possible.
Alors qu'ils approchaient de la porte ils entendirent comme un petit craquement dont le son sembla familier à Castle, puis un bruit de carreau qu'on casse. Et puis plus rien. Jusqu'à un bruit de course qui diminua progressivement.
La personne dans la pièce venait visiblement de la quitter.
Aucunes certitudes cependant, la jeune femme attendit donc encore quelques instants, puis fit quelques pas en direction de la porte et accolla son oreille pour écouter. Il n'y avait plus aucun bruit dans la pièce, si ce n'est un espece de souffle dont l'origine, bien que familière, lui sembla dabord étrangère. Puis elle comprit soudain. Un filet de fumée passa sous la porte, lui confirmant son intuition.
-C'était le bruit d'une alumette ! S'écria Castle oubliant toute discrétion. Je savais bien que ça me disait quelque chose !
Sans réfléchir la jeune femme enfonça la porte, elle était persuadée qu'elle ne trouverait plus personne à l'intérieur et son intuition s'avéra juste. Seules de hautes flammes l'accueillirent.
La pièce n'était pas très grande, il s'agissait d'une sorte de petit bureau/vestibule, faisant le lien entre le couloir d'entrée et le reste de la maison. Une petite table accollée contre le mur avait visiblement servi d'appui à l'intrus pour sortir par la fenêtre, d'ou le bruit de bois frotté au sol. Au milieu de la pièce, un amas d'objets et de documents brulaient à une vitesse folle, visiblement imbibés d'alcool ou d'un quelquonque autre liquide inflammable.
Elle fit quelques pas à l'intérieur, l'air devenait déja suffoquant, et elle estima ses chances d'approcher le "bucher" pour y réccupérer ce qui y brulait.
-N'y pensez même pas ! S'écria l'écrivain dont les yeux et la gorge piquaient fortement, en devinant ses intentions.
-Il faut que je récupère ces documents Castle ! Si quelqu'un s'est donné tant de mal pour les faire disparaitre c'est qu'ils ont une importance capitale ! Répondit la jeune femme en toussant et en continuant d'approcher avec précautions du brasier.
-Mais ma parole vous ne pouvez pas vous en empêcher ! S'énerva-t'il en la rejoignant et en l'attrapant par la taille pour la retenir et stopper son avancée.
Elle étouffa un cri de douleur.
"Ses côtes." Avec tout ça il en avait presque oublié qu'elle était encore en pleine convalescence.
-Excusez moi...Murmura-t'il à son oreille.
Il la tenait toujours par la taille mais avait desséré son étreinte et elle ne tentait pas vraiment de se dégager.
-C'est de l'inconscience, vous voyez bien que tout brule...chuchota-t'il. Sortez de cette pièce et appelez les pompiers !
-Mais je...
-Sortez de cette pièce Kate !
Le ton de sa voix s'était fait plus autoritaire et ne semblait tolérer aucun refus. Elle finit par obéir à contre coeur, se décolla lentement de son étreinte, et après un dernier regard frustré au champ de flammes fit quelques pas vers l'extérieur, son téléphone à la main.
Il attendit quelques secondes,le temps d'entendre la voix de la jeune femme au téléphone. Puis il s'assura qu'elle n'était plus dans son champ de vision, ota son manteau et s'en recouvrit comme d'une sorte de protection. Il s'approcha du tas de documents en flammes , tentant d'en dégager quelques uns avec les pieds. Il agissait maladroitement mais avec une certaine efficacité puisqu'il en retira un épais dossier dont les contours avaient à peine été léchés par les flammes et quelques autres feuillets uniques.
Sa gorge le brulait horriblement, la fumée rendait les contours des objets opaques et il distinguait de moins en moins ce qui l'entourait, mais il continua comme ça pendant une longue minute encore, avant d'estimer qu'il avait retiré de là tout ce qui était possible de récupérer. Il continua à pousser du pied les documents en direction de la porte, toussant comme un asthmatique. Il avait réussi à en sortir un certain nombre estima-t'il satisfait. Il s'apprêtait à ressortir de la pièce, quand, scrutant machinalement le sol il apperçut un autre dossier , à moitié avalé par les flammes mais dont l'inscription sur la tranche attira d'instinct son regard "Beckett - 033D12" était-il noté. Il ouvrit de grands yeux. Comment cela était-il possible ?
Il releva la tête en direction du couloir, la jeune femme quelques mètres plus loin venait de l'apercevoir et de comprendre à quel petit jeu il se prêtait. Elle ouvrit de grands yeux.
-Castle ! Sortez de cette pièce ! Cria-t'elle à son tour, inversant les rôles et revenant en courant vers la pièce.
Mais il ignora sa remarque et fit demi-tour pour tenter de récupérer le dossier en question.
A cet instant précis, une poutre en bois qui surmontait le contour de la porte lacha sous l'attaque des flammes et tomba dans un fracas assourdissant, soulevant un nuage de poussière et de sciure sur son passage. Elle était tombée en diagonale, de sorte qu'elle barrait en partie l'accès à la sortie.
Il ignora cependant la chose et du pied tenta de récupérer le fameux dossier. Il y parvint sans trop de difficultés, même si la moitié du document arborait déjà une teinte noire et partait en miettes. Il shoota dedans et le dossier passa d'un coup sous la poutre pour atterrir dans le couloir avec les autres documents.
Il toussa à nouveau, sa tête commençait à vraiment tourner, de grosses gouttes lui coulaient sur le front, et à la porte Beckett criait son nom en donnant des coups de pied acharnés dans la poutre.
Elle finit par se disloquer sous la force des coups, (l'âge de la maison et l'assaut des flammes aidant probablement), et libéra enfin à nouveau l'accès au couloir.
Castle s'engouffra sans réfléchir par l'ouverture, saisit les papiers qui jonchaient le sol et tout deux sortirent en courant de la maison.
A l'exterieur la jeune femme s'appuya contre le perron pour reprendre son souffle. L'écrivain lui s'effondra dans l'herbe, crachant ses poumons. Son visage était noir et trempé. Il peinait à reprendre sa respiration. Elle se pencha au dessus de lui pour s'assurer qu'il allait bien.
-Mais qu'est ce qui vous a pris bon sang, s'énerva-t'elle, d'avantage inquiète qu'en colère. Et vous me parlez d'inconscience !
-C'était encore mieux qu'une maison hantée, articula péniblement l'écrivain en souriant.
Puis il s'évanouit, tenant contre lui serré le dossier "Beckett 033D12" tandis qu'au loin le bruit des premières sirènes de pompiers se faisaient entendre.
(A suivre)
