Je remercie une fois de plus TheBlueNote pour son commentaire. J'espère que la suite te plaira autant qu'au reste des lecteurs qui traînent par ici :)
The Walking Dead : The Northerners
Episode 1 : The New Generation
Chapitre 11 : Entre rêve et réalité
Elle courrait entre les arbres, en chasse. Elle évita des obstacles mis sur sa route jusqu'à rejoindre la rive du lac.
Un cerf se tenait sur la couche de glace, regardant dans sa direction. Il ne bougeait pas. Attendait tout simplement.
Clementine leva son arme dans sa direction, ajusta son tir et hésita alors à tirer. Abattre des animaux avaient toujours été dur. Ils étaient les seuls êtres réellement innocent qu'il restait. Et leur nombre décroissaient de plus en plus.
Mais elle devait faire ce qu'elle avait à faire.
Elle inspira une brève seconde avant qu'un coup de feu ne retentisse. Seulement le coup n'était pas parti de son arme.
- Rah, raté !
Elle n'avait pas été surprise par l'impact, pas plus que le cerf.
De nulle part, un garçon d'une quinzaine d'année était apparu sur le flan droit de la jeune fille. C'était George.
Il affichait une silhouette mince, un ventre plat, des épaules courtes et des bras plutôt fins sur un pull vert un peu trop large pour lui. Ses yeux bruns et légèrement plissés étaient approfondis par des sourcils qui offraient à son visage la seule sévérité qu'on aurait pu y desceller. Ses cheveux étaient d'un châtain clair nuancé par quelques mèches blonde. Ses lèvres pincées dévoilaient le plus souvent un rictus qui ne s'effaçaient jamais vraiment. Et quand il riait ou souriait pleinement, un pli apparaissait toujours sur le coin droit de sa bouche.
Il avait des traits plutôt doux, rassurant et taquin. Elle aimait chaque détail du visage et du corps de ce garçon.
- Tu ne sais vraiment pas tirer. Clémentine parla d'un ton simple et un brin narquois.
- Pas avec une arme à feu, tu le sais très bien. Je tire mieux avec autre chose par contre.
Clementine l'observa perplexe, pas sûr d'apprécier le sous-entendu. Il dût le noter puisque qu'il repris d'un timbre rapide :
- Je parlais de tirer avec un arc !
Elle le fixa d'une œillade toujours soupçonneuse. Elle aimait bien lui faire tourner la tête et accentuer son malaise.
- Ok... Laisses tomber ! On s'est pas compris je crois...
- Si, si. T'inquiète pas. Mais c'est toi qui le fais sonner bizarrement.
Elle lui renvoya un clin d'œil qui l'exaspéra autant qu'il l'amusa.
- Moque-toi. Vas-y. N'empêche, c'est la vérité... Elle sourcilla tandis qu'il rajoutait pour qu'il n'y est plus d'ambiguïté. Pour l'arc je veux dire !
Il se décala promptement et partit près d'un tronc d'un des arbres qui longeaient la rive. Il récupéra un arc et des flèches qui apparurent soudain au pied de ce dernier puis revint jusqu'à elle sur un sourire malin.
- Regarde ça et prends en de la graine !
Il tira une flèche du carquois qu'il avait posé sur son dos. Il la plaça avec habitude et aisance puis tendit la corde de son arc. Il scruta un instant les branches des arbres qui bougeaient sous le léger souffle du vent.
La seconde suivante, sa flèche s'envolait en piquée dans le ciel et finit par atteindre la gorge de l'animal. Du sang gouttait de la bête qui restait bien vivante. Elle ne souffrait pas de l'impact, ni ne semblait gênée par la flèche enfoncée dans sa chair.
- Tu peux en faire autant ?
George était tout à fait satisfait de lui. Ils aimaient bien se défier et le faisaient dès que possible.
- Donne moi l'arc !
Elle lui arracha des mains plus qu'il ne lui donna. Il jubila de son empressement tandis qu'elle prenait une flèche dans son dos.
- Ne rate pas ta cible.
Pour toute réponse, elle lui renvoya une œillade noir avant de prendre position. Elle ajusta son tir et finit par lâcher la flèche qui s'envola dans le ciel. La trajectoire était bonne jusqu'à ce qu'elle redescende et vrille légèrement pour finir par s'enfoncer dans la glace à un mètre de l'animal.
- Ouh... Pas de chance.
Mais brusquement, la glace craqua au point même où flèche avait perforé le sol gelé jusqu'à former un trou qui englouti le cerf au fond du lac.
Immédiatement, George explosa de rire.
- Finalement, je crois que tu l'as eu.
Il continua à s'esclaffer, tout à fait enjoué par l'ironie de la situation.
Néanmoins, il s'arrêta de rire et reprit son calme lorsqu'au même moment, les deux jeunes gens repérèrent une main qui apparut du trou formé par la bête
- Je dois y aller. Souffla Clementine comme hypnotisé par cette main.
- Très bien. Dit-il naturellement. On se retrouve sur la rive.
Sur ces mots, Clementine se mit à courir, traversant la glace jusqu'à la main qui cherchait de l'aide. Elle l'attrapa dès qu'elle fut à sa hauteur mais celle-ci la tira vers les eaux, la faisant tomber à son tour au fond du lac.
Elle était seule sous la surface. La panique n'envahit pas son esprit. Elle était parfaitement calme. De la lumière perçait à travers la glace au dessus de sa tête. Elle pouvait respirer aisément et aucun de ses muscles n'étaient endolories par le froid. En réalité, l'eau n'avait pas réellement de température. Ni froide, ni chaude. Comme si elle n'avait aucune consistance, qu'elle ne touchait pas réellement sa peau.
Elle se mit à nager à la recherche d'une sortie. Elle nageait plus vite que d'ordinaire et appréciait la vitesse. Finalement, après un petit moment, elle finit par trouver une sortit lorsque la glace disparue dès qu'elle s'approcha de la rive.
Elle rejoint la terre ferme, son corps et ses vêtement sec, pour y retrouver George qui l'attendait comme promis.
- On y va ? Il s'exclama sur un mouvement de tête.
Elle le suivit sans objection. Ils marchèrent quelques temps dans des zones qui se ressemblaient toutes. Puis, elle ne sut trop pourquoi mais elle dût lui demander quelque chose qu'elle se sentait forcée d'énoncer :
- George ?
- Hmm ?
- Qu'est-ce que tu fais ici ? Pourquoi tu es revenu ? Elle appuya avec autant d'espoir que de désespoir.
- Je ne suis jamais parti. Je t'ai dit que je te retrouverais sur la rive. C'est ce que j'ai fais.
- Tu sais ce que je veux dire. Tu étais morts et tu es là.
- Je ne suis pas mort. En tout cas, pas en ce moment je crois... Il dit en plissant ses sourcils, affichant une moue moqueuse.
- Je trouve pas ça drôle. Elle le rabroua en roulant des yeux.
- C'est vrai, j'aurais pu faire mieux. Il réfléchit un bref moment puis reprit avec entrain. Qu'est-ce que tu penses de ça ? Je suis là en tant que guide qui dois te montrer la voie. C'est pas mal ! Comme Gandalf le gris qui périt et qui revient en tant que Gandalf le blanc pour guider et soutenir ses compagnons d'aventures. Seulement mes répliques sont bien moins inspirés que lui.
C'était lui qui avait initié AJ à Bilbo et au Seigneur des Anneaux. Depuis, le petit ne pouvait plus s'en passer.
- J'me suis toujours demandé où ils allaient chercher ces répliques. Je veux dire, dans la vie réelle, on parle pas comme ça. On sonnerait comme des crétins, tu crois pas ?
Elle sourit sincèrement de son engouement cette fois-ci et de son tempérament qui essayait sans cesse de l'égayer du mieux qu'il pouvait. Cela dit, elle ne se gêna pas pour jouer avec ses derniers mots :
- Pas besoin de ça pour que tu es l'air d'un crétin.
Il rit de sa répartie puis l'arrêta brusquement dans leur marche en attrapant son poignet. Il l'observa intensément et vint cueillir ses lèvres dans un baiser d'une grande tendresse. Il la contempla agréablement avant de s'éloigner de quelques pas tout en hélant :
- Allez, viens !
Il se mit à courir avec Clementine jusqu'à arriver comme par enchantement devant les portes grande ouvertes de la seconde entrée de Northlake. Elle était située sur la rive du lac qui bordait le camp.
Plusieurs personnes était réunis devant l'entrée, dans l'enceinte du camp, affolés et paniqués sur l'inexistence de ce qui accaparait toute leur attention.
Clem les rejoint en même temps que George qui finit par tourner son visage vers elle au milieu de l'attroupement. Ses traits montraient une certaine compassion
- Ça ne va pas être facile. Il s'exclama avec sérieux.
Sans comprendre ce qui se cachait derrière ses paroles, George passa entre le reste des gens installés devant eux et partit s'allonger sur le sol là où les regards de tout le monde étaient dirigés.
Sans même saisir comment, la chair de George fut brutalement arrachée au même endroit où Jules avait été touché. Son ventre saigna abondamment, gravement mutilé. Quant à sa gorge, elle avait été mis en lambeau créant alors une marre rougeâtre qui ne cessait de prendre de l'ampleur. Il souffrait. Il avait mal. Il avait peur.
Elle le vit alors lever son bras dans la direction d'un enfant. Le même qui avait regardé en dernier dans les yeux de Jules. Et ceux de George à présent.
Seulement, elle ne se préoccupa pas longtemps de ce détail. Tout ce qu'elle souhaitait, c'était l'atteindre. Mais les gens attroupés devant elle l'en empêchaient sans qu'il n'en aient conscience. Leurs épaules lui barraient la route. Et quand elle passait une ligne, une autre s'ajoutait à la suivante. Il n'y avait pas moyen d'arriver jusqu'à lui. Tout ce qu'elle pouvait faire c'était le voir souffrir et mourir. Mais elle ne voulait pas. Elle préféra fermer les yeux, attendre que tout ceci se termine.
- Ouvre les yeux Clem ! Cria puissamment George.
Et dans un effort considérable, elle obéit à cette requête.
Elle transpirait entre ses couvertures. Son souffle était erratique. Elle tremblait. Il lui fallut un certain temps avant de réaliser.
Un rêve... Ce n'était qu'un rêve. Et celui-ci commençait déjà à s'estomper; ou du moins, les détails de ses songes. La sensation, elle, était encore là, oppressante. Les souffrances de George, son cri, insupportable.
Elle détestait rêver des gens qu'elle avait perdu. Se réveiller en sachant qu'il n'était pas là intensifiait toujours sa peine et sa colère.
Elle décida de sortir de son lit sachant pertinemment qu'elle n'arriverait pas à se rendormir. Elle ne fit pas réellement attention à l'heure qu'il était. Elle devina simplement que l'aurore arrivait en même temps que le ciel s'éclaircissait.
Elle exécuta chacune de ses tâches du matin avec rapidité et efficacité. En deux minutes, elle finit de s'habiller chaudement et se préparait déjà à partir. Elle tendit l'oreille en sortant de sa chambre, à l'écoute du moindre son. Mais la maison était silencieuse. La porte de Kenny était encore fermé, celles d'AJ aussi. Ils devaient donc probablement dormir.
Elle ne prit même pas la peine de passer par la salle de bain et descendit tout doucement les marches de l'escalier en enfilant sa casquette sur sa tête. Elle hésita à passer tout de suite la porte d'entrée lorsqu'elle fut dans le hall. Pourtant, elle regarda en direction de la cuisine, lorgna son ventre et finit par se diriger vers cette première. N'ayant pas mangé la veille au soir, la jeune fille était plutôt affamée.
Dans les lieux, elle ouvrit l'un des placards au dessus du plan de travail. Celui-ci était pratiquement vide, mais la prochaine distribution de vivre ne tarderait plus. Elle prit une conserve de pèche au sirop en s'en servit dans un bol qu'elle ingurgita si vite qu'elle faillit s'étouffer.
Elle avait presque finit sa portion lorsque le bruit retentissant d'une marche de l'escalier craqua. Elle releva la tête en sursaut vers la porte battante de la cuisine. Sans même prendre la peine de finir son bol, elle déposa celui-ci dans l'évier. Elle trottina jusqu'au hall et aperçut Kenny qui se tenait déjà sur la première marche de l'escalier.
Son esprit était encore trop hagard. Elle savait qu'il allait l'interroger sur son comportement de la veille. Mais elle n'avait pas le cœur de lui dévoiler ce qui l'irritait.
Elle voulait s'éloigner de son rêve et du souvenir de George par la même occasion. Et cela n'arriverait pas si elle était obligé d'avoir cette conversation avec Kenny.
Clem ne s'attarda pas plus longtemps et fonça jusqu'à la porte évitant avec soin un coup d'oeil vers Kenny.
- Clem, attends…
- Faut que j'y aille ! Annie doit me faire part de mon programme pour la journée.
Mensonge !
Becca lui avait déjà dit la veille où elle devrait se rendre ce matin. Elle avait été assignée à la tour de guet de l'entrée principale du campement.
Mais un petit mensonge lui permettrait d'éviter une discussion bien difficile.
En hâte, elle attrapa une veste aux teintes marrons sur le porte-manteau et passa l'entrée sans se retourner. Une fois dehors, elle se mit à cavaler à toute allure jusqu'à l'entrée du camp. Il y avait beaucoup de vent aujourd'hui rendant son avancé plus difficile.
Quand elle eut atteint les limites, elle s'arrêta devant la très large porte de bois, faute de ne pouvoir aller plus loin. Elle s'appuya de ses deux mains contre celle-ci, la poussant de toutes ses forces comme pour l'ouvrir. Mais cet épais et lourd portique ne bougea pas d'un pouce. Par frustration alors, elle frappa du pied celui-ci à plusieurs reprises.
Le camp semblait trop petit pour elle aujourd'hui. Elle aurait souhaité qu'il s'étende sur des kilomètres qu'elle aurait traversés sans jamais s'arrêter. Elle en avait besoin.
- Clementine ?
À environ cinq mètres au dessus de sa tête, dans la tour de guet, Arthur, ce vieux bonhomme d'une soixantaine d'année, la regardait tout à fait perplexe.
- C'est toi, Clem ?
Le jour n'était pas très avancé alors il ne devait pas bien la distinguer.
- O... Oui, c'est moi. Elle balbutia en retrouvant ses esprits.
- Tu vas bien ? L'inquiétude perçait dans son timbre.
- Oui, oui… ça va.
- Tu es en avance… Ton tour de garde ne commence pas avant une heure et demie. Ponctua une autre voix.
Un visage de plus apparut alors au côté d'Arthur. C'était celui d'Eddy, jeune homme qui avait été présent au côté de l'autre lorsqu'elle et Becca avait ramené Drew au campement.
- Je sais… Je me suis levé tôt et je me suis dit que je pouvais tout aussi bien commencer mon tour de garde tout de suite.
- Euh… J'imagine que c'est ok. En plus Jenna commence à fatiguer. Grimpe !
Clementine rejoint l'échelle qu'elle gravit aisément tandis qu'Eddy lui ouvrait la trappe du sol de la tour qu'elle atteint sans difficulté.
- Merci d'être venue plus tôt. J'en pouvais plus. Déclara Jenna, femme brune au visage étonnement masculin.
Sa tirade fut suivie par un long bâillement au même moment qu'elle lui tendit le fusil de chasse qu'elle tenait entre les mains. Peu après, elle finit par descendre l'échelle que Clem venait d'emprunter.
Cette dernière se plaça alors entre les deux hommes installés devant la rambarde, face à la nature boisée qu'ils devaient tous trois surveiller. Elle demanda après un temps :
- Pas de mouvements suspects ?
- Rien à part quelques animaux et deux rôdeurs. Ça devient frustrant. Commença Arthur.
- Et ennuyant. Kenny est venu nous dire de rester sur nos gardes après l'attaque de Jules… Mais on n'a eu droit à aucune explication. J'croyais que c'était un rôdeur qui l'avait attaqué ?
Clementine sembla hésiter à parler de ce qu'elle savait. Mais elle se retint et déclara à la place :
- Je crois qu'on aura toutes les explications au rassemblement de ce soir Eddy.
- Ce gamin a passé la nuit à ressasser cette histoire. Souffla Arthur qui semblait exaspéré par le jeune homme.
- Tu dois avouer que c'est carrément bizarre cette histoire Arthur ?!
- Peut-être mais ce n'est pas en extrapolant des dizaines de théories sans queue ni tête qu'on trouvera une réponse.
- Et toi, Clem, t'as une idée ?
- Pas vraiment…
- Kenny a dû t'en parler, non ?
Sa mâchoire se contracta en même temps que ses traits se durcirent. Aujourd'hui n'était vraiment pas le bon jour pour la harceler de questions. Elle avait trop de chose en tête en plus d'un rêve étrange et douloureux encore bien ancré dans son esprit.
Avant même qu'elle ne réplique froidement, Arthur sembla remarquer son harassement et répondit à sa place :
- Laisse la tranquille Eddy.
- Mais je…
- Tu vois bien qu'elle ne veut pas parler.
- Pff… Ok, ok… N'empêche faut bien que quelqu'un essaye de comprendre ce qu'il se passe là dehors. Lâcha le jeune homme plutôt vexé.
Il s'écarta d'eux pour se poster à quelques mètres. La relation entre lui et Arthur paraissait être un miroir de ce que Clem avait pu entrevoir entre Pete et Nick des années auparavant. D'une certaine façon, c'était assez touchant.
- Désolé pour Eddy. C'est dans sa nature d'être assez nerveux. Murmura Arthur en s'accoudant à la rampe de bois de la tour.
- On peut comprendre pourquoi. Souffla Clem en guettant chaque détail du décor, à la recherche du moindre mouvement suspect.
- Et toi, comment tu vas ?
- Bien, pourquoi ?
- Je ne sais pas… Hmm, peut-être pour la multitude de marque qu'il doit y avoir sur la porte de l'entrée du camp ? Il ironisa avec une note d'humour.
- Désolé pour ça…
- T'excuse pas. C'est important d'évacuer sa frustration. Quoique, c'est plutôt rare que tu te mettes dans cet état. D'habitude, c'est plus subtil que ça.
- Je ne suis pas en colère. Elle proféra de but en blanc sans jamais regarder Arthur dans les yeux.
- C'était toujours ce que me disais ma femme et ma fille lorsque je savais qu'elles étaient sur les nerfs.
- Je t'ai dit que je ne l'étais pas !
Cette fois-ci elle appuya ces mots en l'observant avec une vive sévérité. Ce dernier souriait de façon presque narquoise, comme pour pointer un fait : sa réaction actuelle la trahissait.
Car oui, Clem était bien en colère.
Seulement elle ignorait trop pourquoi. Elle se surprenait presque à en vouloir à George pour avoir ainsi pénétrer ses songes cette nuit. En plus de ça se rajoutait tous les événements de ces derniers jours et ce qu'elle comptait demander ce soir au rassemblement du camp.
Durant le reste du temps qu'elle partagea avec les deux hommes, Clementine resta le plus souvent muette, parlant seulement pour indiquer un mouvement inquiétant. Mise à part quelques rôdeurs qui passèrent avec une lenteur exaspérante, rien ne semblait troubler la paix de l'environnement qui entourait leur muraille.
Un peu avant huit heures, vers la fin du tour gardes d'Eddy et d'Arthur, quelqu'un toqua à la trappe que le plus jeune des deux hommes s'empressa d'ouvrir.
Autant dire que les traits de Clem se durcir franchement lorsqu'elle remarqua qui était le nouveau venu.
- Charlie ? C'est toi qui fais équipe avec moi et Becca ?
- Oui !
- C'est… chouette. Elle se retourna vers le paysage et murmura pour elle-même, par ironie. J'avais bien besoin de ça...
- Vous pourrez assurez la garde tous les deux jusqu'à ce que Becca arrive ?
- Bien sûr ! Allez vous reposez les gars. Déclara Charlie avec son habituel jovialité.
Les deux autres saluèrent la jeune fille qui ne leur répondit pas, plus énervé encore que tout à l'heure. Le garçon svelte, aux cheveux cuivré, vint rapidement s'accouder à la rambarde au côté de Clem. Il fit un tour de la zone en braquant son fusil sur la nature environnante qu'ils devaient surveiller. A Northlake, Charlie était très certainement leur meilleur tireur sur de longues distances. Un sniper très doué qui atteignait ces cibles neuf fois sur dix. Clementine le savait car elle l'avait souvent vu s'en vanter à elle ou à quiconque voulait bien faire l'effort de l'écouter.
Après trois minutes de silence, il finit par abaisser son arme et la déposa entre eux. Il soupira à plusieurs reprises tandis que Clem s'efforçait de n'échanger aucun regard avec le jeune homme. Mais après un temps, il finit par dire :
- Quand j'ai su que tu étais de garde sur la tour principal, j'ai demandé à Franck de m'y assigner aussi.
- Ah…
La jeune fille roula des yeux sans jeter un coup d'œil dans sa direction. Elle ne savait vraiment pas comment parler avec lui. Un silence gênant s'installa mais il fut alors coupé une fois encore par Charlie.
- Tu sais, je ne suis pas aveugle…
Le timbre et le sérieux de sa voix surprirent grandement Clementine qui finit par tourner son visage vers lui. La teinte de ses yeux bleu si perçant s'était étrangement atténué dévoilant une certaine gravité qu'elle semblait voir pour la première fois. Le flegme de son attitude contrastait grandement avec sa gaieté habituelle.
- Je sais bien que tu ne m'apprécies pas particulièrement. Que je t'agace le plus souvent. Mais tu sais, on n'est pas toujours ce que l'on montre aux autres… Tu dois savoir de quoi je parle.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Tu l'as forcément déjà remarqué. Tu sais que ta façon de penser diffère de celles des autres. Et je ne parle pas seulement des habitants de ce camp. C'est juste que quand je te regarde, j'ai l'impression que tu comprends le monde tel qu'il doit être appréhendé.
Cette réplique l'étonna grandement. Ce jeune homme n'avait montré jusqu'ici qu'une certaine naïveté et un engouement presque écœurant. Pourtant, à cet instant précis, Clem le voyait sous un jour nouveau. Il révélait une facette d'une profonde intelligence et d'un calme agréable qu'il cachait avec beaucoup d'efforts.
Essayait-t-il de se protéger des autres ? Ou de s'en cacher ? Ou...
- Je sais que tu ne t'en rends pas compte encore mais toi et moi sommes plus semblables que tu ne l'imagines.
Une sincère gentillesse s'épanouit sur son visage. Ses yeux pétillaient comme envoûtés par la jeune fille. C'était probablement l'émotion la plus sincère qu'il avait partagé avec elle ou avec quiconque dans ce camp.
Clementine était confuse et plutôt perplexe par ce comportement. Elle qui d'ordinaire était si contrariée par Charlie était soudain très intéressée par la conduite du jeune homme. Après un temps, elle se sentit l'envie de l'interroger à propos d'un sujet qui l'avait titillé la semaine passé :
- Dis…
- Hmm ?
- T'étais ironique quand tu me disais que tout se passerait bien avec le conseil la semaine dernière ?
- Non. J'étais sincère. Pourquoi ?
- Pour rien… Laisse tomber.
- C'est ma mère, c'est ça ?
Les lèvres de Clem se tordirent légèrement prouvant ainsi que Charlie avait visé juste.
- Elle t'en a fait voir de toutes les couleurs… Désolé pour ça.
- Pourquoi tu t'excuses ?
- Parce que c'est probablement de ma faute. Je ne parle jamais de qui que se soit si ce n'est à propos des gens avec qui je suis en missions. Mais je lui ai parlé de toi à plusieurs reprises, de façon différente… et étant donné que je suis la dernière chose qu'il lui reste sur cette terre, elle a dû voir en toi une rivale dans mon affection. C'est un peu malsain je sais mais ce qu'elle ne saisit pas, c'est qu'il n'y a pas de compétition.
Il y avait un certain mystère derrière ces déclarations.
- Pardonne-la. Ce n'est pas une mauvaise personne, tu sais.
- Si tu le dis…
Quelques minutes passèrent où les deux gardèrent le silence jusqu'à la venue de Becca qui passa brusquement la trappe.
- Désolé du retard ! Russ m'a retenu. Dit-elle avec espièglerie, la voix pleine de sous-entendu.
Dès qu'elle les eut rejoints sur le perchoir, l'attitude de Charlie changea encore une fois et il redevint ce que tout le monde connaissait de lui. Mais maintenant que Clem avait vu un autre aspect de sa personnalité, il sembla que son attitude la dérangea beaucoup moins. A vrai dire, elle l'intriguait. Les multiples coups d'œil qu'elle lui renvoya sans qu'il ne la remarque en disaient suffisamment long. C'était comme si elle savait dorénavant que tout ceci n'était qu'un masque qui cachait une nature plus complexe. Seulement, elle ignorait si cela était une bonne ou mauvaise chose.
J'espère que ce chapitre vous a plu. J'essaie d'écrire au plus vite le prochain.
A bientôt !
