Disclaimer : Game of Thrones n'est pas ma propriété, sinon Lancel ne serait pas mort dans la saison 6. Il ne serait même jamais mort d'ailleurs. Cersei, rend-moi mon Lancel !

Résumé : Il aurait dû mourir dans cette explosion... Ils n'auraient jamais dû se rencontrer. Ils n'étaient pas du même monde... Pourquoi lui et pas un autre ?

Lancel à Dunkerque - Renaissance

Chapitre 10 : Douloureuses Épiphanies

L'appartement de Marina était un véritable capharnaüm. Elle avait entrepris de refaire les papiers peints, les peintures, et surtout de faire en sorte qu'il soit encore plus facile pour Lancel. Pour qu'il s'y sente plus chez lui. Ce n'était pas tant pour sa mobilité qu'elle s'inquiétait. Il arrivait à marcher, les portes étaient larges. Non, ce qu'elle voulait, c'était que ces murs l'aident à se sentir mieux dans sa tête. S'il n'agissait plus en visiteur mais en habitant, elle souhaitait que les mots « Chez moi » puisse résonner dans son esprit quand il penserait à cet endroit. Le fait de savoir qu'il avait un chez lui, un endroit où il avait sa place, avec quelqu'un pour l'attendre, pour le consoler quand il était triste, pour partager ses rires et ses peines. Un endroit avec en son sein quelqu'un qui l'aimait. Ainsi, si le moral allait, le corps suivrait. Elle avait cherché sur internet des images où l'on pouvait voir comment cela était à l'intérieur du septuaire de Baelor à Port Réal. Elle voulait que Lancel ait un endroit où exercer sa foi. Elle se mettait à sa place, un étranger dans un monde complètement différent, où sa foi n'était qu'une invention pour une fiction romanesque. Même si cela ne n'atteignait pas la perfection, cela serait toujours mieux que de prier sans pouvoir se poser, profiter de la paix que pouvait apporter un édifice religieux. A la base, la pièce vide de son appartement devait devenir sa bibliothèque et coin geek. Elle sacrifia cette idée pour lui. Ses livres, ses jeux, ses goodies, elle pouvait très bien les exposer ailleurs. Lancel n'avait aucun endroit vraiment à lui, où il pouvait s'isoler jusque dans le plus profond de sa tête. Quand il comprit son projet, il n'avait rien dit. Mais elle le connaissait assez désormais pour comprendre et interpréter ses silences. Il s'en voulait. Il n'arrivait toujours pas à comprendre pourquoi elle lui offrait tout cela. Il ne comprenait toujours pas que la raison était d'une simplicité enfantine :

Elle lui offrait tout cela parce qu'elle en avait envie.

Parce qu'à ses yeux, il ne méritait pas moins que cela.

Mais surtout, il n'arrivait toujours pas à comprendre qu'il pouvait être aimé. Aimé pour lui. Aimé pour le Lancel et non pour le Lannister. Aux yeux du jeune homme, c'était trop, beaucoup trop, lui qui ne méritait rien d'autre que le mépris, lui qui avait tué un roi, lui qui avait couché avec sa cousine, lui qui s'était moqué d'une pauvre fille née du mauvais côté pendant la guerre, lui qui, par ses choix désastreux, avait mené tout ceux qu'il aimait, des milliers d'innocents, dans une tombe précoce. Si cela se calmait, il entendait toujours leurs cris d'agonie et leurs pleurs la nuit. Comment pouvait-elle l'aimer ? Pourtant, il ne pouvait pas nier que cet amour le touchait au plus profond de lui, il lui réchauffait l'âme et il était sans doute le remède le plus efficace parmi toutes les potions qu'il avait dû prendre pour que son corps brisé se rétablisse. C'était tout ce que le silence de Lancel face au seul septuaire en construction de Dunkerque voulait dire. Sur le coup, Marina avait pensé qu'elle avait gaffé. Malheureusement, la majorité des photos qu'elle avait trouvé étaient des photos du procès de Loras et de Cersei, quelques moments avant le drame. Pour autant, alors qu'il prit place sur un vieux tabouret en bois, elle l'observa étudier son œuvre. Il n'y avait aucune trace de tristesse sur son visage. Elle voyait ses yeux sauter d'un détail à un autre, ainsi que le fantôme d'un sourire sur ses lèvres. Il avait là une expression qu'elle lui avait rarement vu. Une expression qui lui fit comprendre qu'elle avait fait mouche et qu'elle était sur le bon chemin. L'espace d'un instant, Lancel était retourné à Westeros et dans son regard émeraude, elle avait décelé le calme paisible et soulagé d'un homme rentrant chez lui après un long moment loin de sa terre, là où ses racines étaient ancrées, pour s'y reposer. Et cela malgré certaines erreurs, certains traits hésitants, car elle était maladroite. Pour autant, alors qu'elle le voyait si serein, elle sut qu'il pensait très certainement qu'il était là dans le plus beau et le plus parfait des septuaires. Le soir-même, elle fut surprise de trouver dans sa chambre, posé sur son lit, un croquis d'eux. Il regardait droit devant. Elle était à sa droite, le regard fixé sur lui. Elle sourit. Il avançait et savait qu'elle était là pour lui. Elle caressa le visage dessiné de son colocataire. Un jour, il serait peut-être amené à partir, à retourner dans son monde. Il venait de lui offrir là un merveilleux souvenir impérissable. Il fut surpris de retrouver son œuvre encadrée et accrochée au mur face à la porte d'entrée. C'était la première chose que Marina voyait quand elle rentrait chez elle désormais.

Ce jour-là, Marina s'accorda une pause, elle n'en pouvait plus, mais elle avait bien avancé. La pièce de Lancel était presque finie et l'appartement était de nouveau praticable, en tout cas, il était mieux rangé. Pour autant, certaines choses traînaient encore et elle ne manqua pas de se prendre les pieds dans quelque chose qu'elle n'arriva pas à définir. Lancel semblait avoir gardé ses réflexes de combattant car il la rattrapa vite, sans qu'elle ne heurte le sol. Cependant, il avait dû se pencher un peu trop, car il tomba avec elle. Le canapé était derrière eux, aussi aucun ne se fit mal. Lancel atterrit sur le dos, Marina au-dessus de lui, dans ses bras. Leurs lèvres étaient proches. Ils pouvaient sentir le souffle de l'autre. Ils ne réagirent pas de suite, comme pétrifiés. Et une pensée envahit l'esprit du jeune homme l'espace d'une fraction de seconde :

« Embrasse la ».

Elle partit aussi vite qu'elle fut venue mais cela suffit à l'horrifier. Il avait osé penser à profiter de la situation pour l'embrasser ! Au risque de ruiner toute leur amitié ! Par chance, Marina se leva la première, lui demanda s'il allait bien et l'aida à se lever. Il la rassura et elle alla se rafraîchir dans la salle de bains. Là, elle repensa à ce qu'il s'était passé. Et elle se rendit compte qu'ils avaient failli s'embrasser. Elle avait failli embrasser Lancel Lannister. Et le pire dans l'histoire, c'était que cela ne l'aurait pas dérangée. Elle sentit ses joues la chauffer. Oui, elle savait qu'elle aimait Lancel. Elle aimait le personnage de papier, le personnage de l'écran, l'acteur et avec le temps, elle avait appris à aimer le vrai lui depuis son arrivée dans sa vie, en chair et en os. C'était désormais un être humain qu'elle appréciait. Elle était amoureuse du personnage. Et quand elle voyait sa réaction, elle se demanda si elle n'était pas tombée amoureuse de l'homme. Elle s'imaginait le baiser sans problème, l'idée de sa mort ou de son départ lui donnait la sensation que quelque chose se brisait en elle et qu'elle ne s'en remettrait jamais vraiment. Elle ne voyait plus sa vie sans lui. Elle s'imaginait sa vie loin de ses amis, cela était triste. Elle l'imaginait loin de lui, cela lui paraissait insurmontable. Et alors que la scène se rejouait dans sa tête, son imagination lui offrit un flash bref mais intense d'une étreinte plus intime entre eux, sans que cela ne la choque, ne la révulse, ne la dérange. Elle leva les yeux au ciel.

- Je suis dans la merde...

Ce fut les premiers mots qu'elle prononça quand elle réalisa qu'elle était tombée amoureuse de l'homme qu'était Lancel Lannister.

Sa voix avait tremblé. Elle ne ressentait aucune joie dans cette épiphanie soudaine, au contraire, elle se mordait la langue pour ne pas fondre en larmes. Elle ne pouvait pas l'aimer. Ce n'était pas comme si cela pouvait être réciproque. Qu'était-elle, par rapport à lui ? Et puis un jour, on découvrirait pourquoi Lancel était arrivé chez elle, on trouverait comment le renvoyer chez lui et il partirait rejoindre les siens, car cela était bien naturel après tout. Elle ne pouvait pas être égoïste et le retenir. Elle opterait pour son bonheur et elle le laisserait retourner là-bas. Il partirait et elle serait de nouveau seul dans son appartement. Elle qui n'avait jamais eu peur de vivre seule, qui avait fait de la solitude une amie, elle fut prise d'une peur panique à l'idée qu'il n'y aurait plus personne pour partager sa vie quotidienne. Lamartine avait raison, un seul être vous manque et tout est dépeuplé. Son « Cela ne me dérange pas d'être seule » était devenu un mensonge. Si Lancel n'avait été qu'un ami, son départ lui aurait fait bizarre, elle aurait sans doute eu un peu le cafard. Mais là, ce n'était pas un blues, c'était la fin du monde en elle. Elle ne se trouva pas idiote de s'être attachée à lui, c'était dans son tempérament. Elle s'en voulut de ne pas avoir compris plus tôt pour essayer de tuer ses sentiments naissants dans l'oeuf. Cela aurait été moins pénible. Là, l'avortement était impossible. Cela était bien trop ancré en elle. Elle ne pouvait que se préparer à la douleur lors de l'extraction sans anesthésie. S'asseyant sur le rebord de sa baignoire, elle s'autorisa une chose dont elle avait une sainte horreur :

Elle sanglota.

XXXXXX

Lancel regarda la résidence alors qu'il partait. Il avait laissé un mot sur la table, prévenant Marina qu'il essayait de marcher pour entraîner ses jambes, afin qu'elle ne s'inquiète pas. Il prit son temps, une destination bien en tête :

L'église la plus proche.

Il n'était pas catholique. Pour autant, un religieux restait un homme de foi, cultivé dans les lois du divin, toute religion confondue. Surtout que le catholicisme avait des fondements communs avec sa propre croyance. Il longea la bibliothèque, passa près d'une section de l'université et longea la rue Poincaré. Il arriva alors à l'église Saint Eloi, le lieu où reposait Jean Bart, célèbre corsaire dunkerquois sous Louis XIV, qui avait sauvé la France de la famine. Il entra et s'installa sur un banc. Il était seul. Fixant les vitraux, il se mit à réfléchir. Il avait voulu embrasser sa sauveuse, sa gardienne, son amie... Au risque que cela brise tout ce qu'ils avaient construit ensemble. Son cerveau lui avait intimé de le faire et connaissant son fonctionnement, il lui aurait ensuite ordonné de faire plus. Cela s'était passé ainsi avec Cersei, quand elle l'avait séduit et qu'il avait connu son premier baiser avec elle. Comment avait-il pu avoir des pensées aussi malsaines envers quelqu'un du calibre de Marina ?! Il se dégoûtait. Il ne la méritait pas, mais pas du tout ! Un prêtre s'approcha de lui, l'ayant vu si perdu.

- Puis-je t'aider mon fils ?

- Je ne suis pas de votre foi mais... Votre Seigneur accepterait-il de m'entendre ?

L'homme eut un sourire.

- Le Seigneur écoute tous les hommes qui souhaitent lui adresser la parole.

Il l'emmena dans le confessionnal.

- Je vous préviens, c'est une longue histoire... S'excusa Lancel

- J'ai tout mon temps.

Sans entrer dans les détails qu'il n'aurait pas compris, Lancel expliqua alors son histoire. Comment il était arrivé ici, démuni, sans rien, entre la vie et la mort. Comment Marina l'avait sauvé, recueilli, aidé, choyé, le lien si indéfinissable mais si fort qui s'était construit entre eux... Et cet événement.

- Je suis indigne d'elle et je la dégrade... Conclut-il

- En aucun cas.

Lancel l'observa.

- Tu serais indigne si tu ne te posais pas toutes ces questions. Tu t'en poses trop d'ailleurs. La réponse est simple, mon fils. Tu aimes cette femme. Le Seigneur t'a envoyé vers elle pour te sauver, y compris de toi-même et c'est ton amour pour elle qui te permet de continuer à avancer.

- Je n'ai pas le droit de l'aimer... J'ai commis bien trop d'erreurs, d'horreurs...

- Est-elle au courant ?

- Elle me défend même face à mes détracteurs...

- Si le Seigneur t'a envoyé vers une femme qui t'accepte tel que tu es, avec qui tu es le plus honnête, alors je pense qu'il te juge digne de l'aimer. Je crois que tu as peur, mon enfant. Tu as peur d'aimer. Tu veux l'aimer. Mais quelque chose te retient. Et ces chaînes, seul toi peut les briser, et non Dieu. Tu dois avant tout te pardonner.

Il avait peur de l'aimer ? Bien sûr qu'il avait peur de l'aimer ! L'amour en lui-même le terrifiait ! Le seul amour qu'il avait connu sur le plan sentimental, c'était Cersei. Il lui avait offert son cœur, il avait crû qu'il l'aimait, qu'elle l'aimait, qu'il comptait et ce cœur qu'il lui avait offert, elle l'avait piétiné en même temps qu'elle lui avait brisé l'épaule lors de la bataille de la Néra. Après cela, il s'était juré de ne plus jamais aimer. Cela n'en valait pas la peine éprouvée. Et jamais on ne l'aimerait. C'était son nom qu'on aimait. Son physique. Les avantages que sa personne apportait. On s'en foutait royalement de sa personnalité, de ses goûts, de ses peurs, de ses aspirations, de ses rêves... Parce qu'il ne comptait pas, il n'avait jamais compté, il ne compterait jamais. Comment quelqu'un pourrait-il l'aimer ? Et puis, il y avait eu Marina... Marina qui avait le chic pour briser tous les murs qu'il avait pu ériger autour de son cœur déjà bien raccommodé et fragilisé par le jeu des trônes.

- Si tu as peur mon fils, tu peux t'éloigner d'elle.

S'éloigner... Vivre sans elle... Cela l'effraya encore plus. Non pas pour les raisons matérielles. Parce que Marina était la seule à le comprendre vraiment, avec qui il pouvait s'ouvrir, se confier, sans crainte, sans honte. Combien de fois avait-elle séché ses larmes ? Combien de fois avait-elle chassé ses cauchemars ? Combien de fois l'avait-elle bercé ? Sans elle, il devenait fou. Sans elle...

Il mourrait.

C'était aussi simple que cela. Il avait besoin d'elle. C'était à lui à se contrôler. Après tout, ce n'était pas comme si Marina l'aimait de cette manière. Comment lui était-elle devenue si indispensable ? Il l'aimait... Encore un miracle qu'elle avait réalisé... Encore une fois, il était tombé amoureux de la seule femme qu'il ne pourrait jamais avoir. Il remercia le prêtre et trouva un endroit au calme pour essayer de se ressaisir.

Les voies des Sept Dieux étaient décidément impénétrables.

A Suivre