Et non je ne vous ai pas oublié ! J'avoue je suis un peu longue à poster ces temps-ci mais normalement je devrais recommencer à réguler mes posts et donc reprendre le système Lundi pour "Il était une fois" et Vendredi pour "A coeurs perdus" ! Sinon je vous donne le droit de me flageller voilà ! Tout est dit.

Bon sinon j'espère que vous vous êtes remises du dernier épisode riche en émotion :p

Je vous laisse à votre lecture, on se retrouve en bas !


11.

- Emma ! Je suis désolée ! Je t'en prie, ne pars pas ! Ne m'abandonne pas encore une fois. Ne me laisse pas ici, pas sans toi. Je suis tellement désolée !

Sa voix était rauque à cause des larmes et de sa gorge serrée. Le froid mordait sa peau, le vent la giflait mais elle s'en fichait. Elle ne pouvait détourner son regard du dos d'Emma et se mit à espérer lorsque la jeune femme se figea à ses mots.

Lentement, la blonde tourna légèrement son visage. Glacial, dénué du moindre sentiment, de la moindre émotion. Pas même une larme ou un froncement de sourcils. Rien.

- Je m'en fiche.

Sa phrase atteignit la brune en plein cœur avec tant de violence qu'elle tomba à genoux, une main sur la poitrine. Sa respiration se coupa brutalement, les pleurs redoublèrent sur son visage. Sans un regard en arrière, Emma reprit sa route et disparut en laissant Regina anéantie sur le perron.

Tout était terminé.

Les lèvres d'Emma traçaient un sillon brûlant sur sa peau. Douces, impérieuses, elles se frayaient un chemin jusqu'à l'orée de sa poitrine pour s'étirer en un sourire victorieux quand le gémissement se fit entendre. Prête pour elle, déjà cambrée pour l'accueillir, Regina gardait les yeux clos pour se délecter de la moindre sensation. Depuis combien de temps son amante ne l'avait-elle touché ainsi, ne l'avait-elle marqué d'un baiser appuyé sur la peau fine de son cou ? Était-ce si loin la dernière fois que ses mains avaient exploré ainsi son corps ? Pourquoi autant de temps ?

La jeune femme nageait en plein brouillard mais ne savait dire si cela était dû à l'activité de Emma ou à quelque chose d'autre.

- Si tu savais comme ça m'a manqué, laissa-t-elle échapper quand la blonde vint unir ses lèvres aux siennes, l'embrassant tendrement.

Je voulais partir avant que tu ne rentres.

- Moi aussi...

Un coup en plein cœur. Regina ouvrit brusquement les yeux, comme arrachée à l'étreinte bienfaitrice de sa compagne. Inquiète autant que surprise, celle-ci se redressa légèrement au-dessus d'elle afin de plonger ses yeux verts dans les siens.

- Qu'est-ce que tu as dis ?

- Je t'ai dis que ça m'avait manqué à moi aussi.

Le ton doux aurait dû l'apaiser mais une sensation grandissante lui nouait le ventre et cela n'avait rien à voir avec la proximité d'Emma. Une sensation froide, glaciale, qui la dévorait brutalement pour remplacer le désir présent quelques secondes auparavant.

Regina observa son amante pour chercher la moindre trace qui pourrait confirmer ce qu'elle ressentait à présent mais ne trouva rien. La jeune femme était magnifique, pleine de vie. Son regard pétillant la caressait amoureusement et ses doigts vinrent se lier aux siens.

Qu'avait-elle ? Pourquoi agissait-elle comme si Emma avait fait quelque chose de mal ? La brune devrait plutôt profiter de chaque instant en sa compagnie.

Rassurée, elle secoua la tête pour s'extirper de ses pensées étranges qui ne cessaient de l'assaillir pour murmurer à son oreille que quelque chose dans ce moment n'allait pas. Elle les repoussa aussi loin que son esprit lui permettait puis sourit, resserrant ses doigts contre ceux de sa petite-amie.

Tu ne vaux pas mieux que ta mère.

Une brise glaciale balaya les couloirs obscurs de l'hôpital. De larges fissures s'étiraient sur les murs comme autant de toiles d'araignée, apparaissant et disparaissant au rythme des néons qui s'éteignaient et se rallumaient. Regina plissa les yeux, cherchant du regard un point de repère mais tout n'était que distorsion. Un pas, puis deux. Leur écho résonna dans le passage infiniment étroit qui ne laissait entrevoir aucune sortie ni aucune fin. Éternel labyrinthe.

- Emma ?

Son appel retentit dans le vide tandis que de la buée s'échappait de ses lèvres tremblantes. Mue par l'instinct, elle tendit ses mains devant elle et les observa tressaillirent. Le froid s'insinuait dans tout son être, rendait sa respiration difficile et les battements de son cœur douloureux.

- Emma ?

- Tu avais le choix Regina.

Le son de sa voix fit sursauter la jeune femme qui se retourna brusquement. Quelques mètres plus loin, à bonne distance du moindre contact, se dressait Emma. Ou du moins l'ombre d'elle-même. Amaigrie, le visage creusé, ses traits tirés ne montraient aucune émotion. Rien qui puisse trahir ce que la blonde pensait à cet instant. Son regard vert avait perdu de son intensité et ne se démarquait plus de sa peau terne et cendreuse. Les poches noires qui s'étiraient sous ses yeux la rendaient presque...démoniaque. Autant que la fureur glaciale qu'elle percevait dans ses pupilles dilatées.

- Dès le premier jour tu aurais pu tout me révéler. Me faire confiance. Mais au lieu de ça tu m'as menti et tu m'as trompé.

- Emma je...

Le vide. Un nouveau courant d'air et Regina se retourna pour se retrouver de nouveau face à Emma. Plus proche mais toujours aussi loin. Toujours plus ténébreuse.

- Pourquoi tu nous as fais ça Regina ? Pourquoi est-ce que tu nous as condamné ?

La peur courrait comme un poison dans les veines de la jeune femme. Elle ne parvenait pas à bouger ni à quitter des yeux son amante. Celle-ci ouvrit légèrement les bras avant de disparaître de son champs de vision pour réapparaître derrière Regina dont le cœur battait à tout rompre. Encore plus proche mais inaccessible.

Elle retint un hochet de surprise ou d'inquiétude. Un épais liquide noir suintait du nez de la blonde et recouvrait son menton pour goûter sur sa chemise blanche.

- Non, s'étouffa Regina. Pas ça...

- Regardes-moi, supplia Emma. Morte dans une réalité et agonisante dans une autre.

Le couloir se rétrécit brusquement, aidé par la distorsion qui s'aggravait. Il n'y avait plus d'attache, plus de point repère. Tout se mit à tourner, encore et encore, et Regina sentit la nausée s'emparer d'elle. Elle tenta de se concentrer sur la silhouette difforme de Emma mais garder les yeux ouverts aggravait son état. Et la voix d'Emma qui ne cessait de s'élever de part et d'autre augmentait son angoisse à tel point que respirer devenait un véritable supplice, une atroce torture qui lui arrachait la gorge et enflammait ses poumons.

- Tu as vendu ton âme au diable. Qu'est-ce qui va se passer pour moi si la Malédiction est rompu ? Regina ! Dans notre réalité je suis morte.

D'autres timbres venaient se mêler à celle de sa compagne, répétant inlassablement les mêmes phrases en un brouhaha vertigineux qui ne laissait entrevoir que des bribes.

- Pourquoi tu nous as fais ça Regina !

- Morte dans une réalité...

- Agonisante dans une autre !

- Regarde-moi.

- Regina !

La peur, la terreur. Le cœur au bord des lèvres. La jeune femme ferma les yeux pour ne plus rien voir, ni les murs qui tournent, ni Emma. Elle plaqua ses mains sur ses oreilles de toutes ses forces pour ne plus rien entendre, prostrée pour se protéger de ce cauchemar. Mais les voix continuaient leur discours incessant, martelant l'intérieur de son crâne au point de lui donner mal à la tête.

Pourquoi Emma la torturait-elle ainsi ?

- Laisse-moi...murmura-t-elle faiblement pour contrer les voix.

Mais elles ne cessèrent pas. Bien au contraire. Elles s'intensifièrent, encore. Et encore. Plus près et plus fort. Les mots devenaient assassins et Regina ne parvenait plus à les étouffer malgré la pression de ses paumes.

- Arrête ! hurla-t-elle dans un cri de rage et de désespoir mêlé.

Tout s'arrêta soudainement. Plus de tournis, plus de voix, plus rien. Un silence effrayant se fit tout à coup entendre et Regina releva prudemment les paupières pour tenter d'apercevoir la silhouette d'Emma. Aucune trace d'elle nul part, comme si elle n'avait jamais été là. Comme si rien de tout ceci n'était réel.

Pendant d'éternelles secondes, la jeune femme fut seule.

Une douleur lui déchira brutalement la poitrine avant de disparaître aussi rapidement qu'elle venait d'apparaître. Regina pivota aussitôt et tomba nez à nez avec Emma, la mine sombre. Si près qu'elle sentait son souffle glaciale sur sa peau. Mais ce qui la terrifia fut d'apercevoir un cœur battant dans sa main gauche. Un cœur qui ne pouvait que lui appartenir.

- Tu m'as brisé le cœur, cingla Emma. A moi de briser le tien.

Et avant que Regina ne puisse réagir, la jeune femme serra les doigts avec force, arrachant un cri de douleur à sa suppliciée.

SQ SQ SQ SQ SQ SQ

La souffrance fut telle que la Reine se réveilla brusquement, une main plaquée sur sa poitrine. Elle aurait dû avoir le temps de se remettre de ce cauchemar, récupérer du déluge de sentiments qu'il avait fait naître en elle mais elle ne put rien faire de tout cela. La première chose qu'elle sentit fut la fumée. Acre, opaque, elle envahissait ses poumons pour la faire tousser difficilement. Puis vint le feu. Un brasier qui s'élevait de part et d'autre, ravageant le bureau de la Mairie dans lequel elle s'était assoupie plus tôt, après une longue et éprouvante réunion.

Mais ce qui la terrifia le plus fut le point de départ de cet incendie éclair. La base violette des flammes ne pouvait laisser aucun doute quant à l'identité de l'incendiaire et Regina poussa un cri d'épouvante. Elles émanaient de ses propres mains en de longues langues qui venaient lécher la moindre parcelle de la pièce pour l'y enflammer sans pitié.

Terrifiée, la jeune femme ne prit pas le temps de réfléchir au pourquoi du comment. Encerclée, elle se leva brutalement de sa chaise et chercha du regard la sortie désormais avalée par l'incendie. Les fenêtres restaient inaccessibles et il n'existait aucune autre issue qui aurait pu permettre sa sortie.

Heureusement pour elle, elle n'était pas un simple mortel. Bien décidée à ne pas se laisser piéger par de simples flammes, la Reine releva dans un geste vif les mains, prête à accueillir en elle la sensation de sa téléportation. Mais ses forces la quittèrent brusquement et elle ne put retenir un glapissement de peur. Elle devait être dans cette fournaise depuis trop de temps et cela avait surement puisé dans ses forces pour ne pas être brûlée par sa propre magie. A moins que ce ne fut le simple fait de l'allumer.

Mais elle n'avait pas le temps pour les questions. Elle devait trouver un moyen de sortir ! Jamais encore elle n'avait ressenti pareille brûlure et les larmes de douleur coulaient sur ses joues juste avant que l'incendie ne les fasse s'évaporer. Ses yeux se posèrent partout dans la pièce, cherchant avec l'énergie du désespoir la moindre porte ou la moindre fenêtre accessible. Mais la fumée emplissait toujours plus la pièce et rendait la visibilité désormais impossible. L'air désormais irrespirable s'engouffrait et lui brûlait la gorge tant et si bien qu'elle s'étouffait littéralement. Sa vision se brouillait et Regina sentit la panique la gagner. Jamais elle n'arriverait à sortir de cet endroit. Sa magie était inutilisable et les flammes se resserraient sur elle.

A bout de force, ses genoux cédèrent brutalement sous son poids et la jeune femme fut précipitée au sol sans moyen de se retenir. Son front percuta violemment le coin d'un meuble avec un bruit écœurant. Allongée à terre, le grondement des flammes retentissant dans ses oreilles, Regina ne parvenait plus à faire le moindre mouvement. Épuisée, proie de l'incendie depuis bien trop longtemps, son temps lui était désormais compté. Son dernier espoir restait que sa secrétaire soit parvenue à sortir de la Mairie et à appeler les pompiers. Mais elle était la Méchante Reine et n'importe qui dans cette ville voudrait la voir périr dans d'aussi atroces souffrances. Sauf si la Malédiction avait changé ça...

La Malédiction. Elle avait ruiné sa vie, arrachée à elle les gens qu'elle aimait. D'abord Emma, puis son fils qu'elle ne reverrait jamais.

Regina sombrait dans l'inconscience, elle pouvait le sentir. Mais l'image de Henry s'imposa dans son esprit et elle rouvrit les yeux dans un sursaut de survie. Si elle pouvait encore tenir jusqu'à l'arrivée des secours, alors elle le devait pour lui. Ne pas abandonner. Ne jamais baisser les bras.

Un bruit explosa non loin d'elle mais la brune était trop faible pour tourner la tête vers la source. Était-ce des voix qu'elle entendait ou juste le fruit de son imagination mourante ? Des pas ? Des coups ?

- Regina...

Lentement, avec les dernières forces qu'elle possédait encore, la jeune femme tourna la tête et son cœur fit un bond dans sa poitrine lorsqu'elle croisa le regard émeraude d'Emma. Doux, calme. Amoureux.

- Je vais te sortir de là, murmura-t-elle en caressant la joue de sa compagne du bout des doigts. Tiens le coups.

La voix éteinte, Regina ne put que hocher la tête. Emma était là, elle allait la sauver et ensemble elles retrouveraient leur garçon. Plus rien n'avait d'importance. Un bras se glissa en dessous de ses jambes tandis que l'autre passait dans son dos et elle se sentit soulever de terre.

La peau de son amante était fraîche, douce. Elle semblait insensible à la chaleur dévorante de cet incendie et se contenta de sourire tendrement à la femme qui reposait désormais dans une étreinte protectrice. La brune était perdue dans la contemplation de sa compagne, celle qu'elle n'avait revu depuis presque quatre mois. Quatre mois interminables où chaque jours devenait plus éprouvant que le précédent. Des semaines de souffrance, d'obscurité et sans autre joie que son fils. Des nuits sans sommeil, remplies d'insomnies et de cauchemar. Son cœur sombrait dans la folie pour se livrer aux Ténèbres qui menaçaient de la submerger.

Mais à cet instant, seule Emma comptait. Sa façon de la serrer contre elle pour la protéger, la manière si calme avec laquelle elle s'adressait. Ses yeux verts qui la faisaient frissonner et ses lèvres fines qui lui souriaient.

- Emma...croassa-t-elle avec le peu de voix qu'il lui restait encore.

- Shh...Ne parles pas mon amour.

Regina se perdit dans la contemplation de son visage et ignora complètement la traversée de la pièce en flammes. Elle ne vit pas le hall d'entrée enfumé, où les murs qui se tordaient sous la chaleur. Rien d'autre n'existait que sa sauveuse.

Un souffle glaciale lui fit pourtant tourner la tête et la jeune femme aperçut avec difficulté et soulagement l'immensité du ciel. Des voix hurlaient de part et d'autre, de fines gouttelettes d'eau tombaient sur sa peau découverte. Au loin, des sirènes.

Plissant les yeux, sa vision regagna en netteté et elle put voir les nombreux camions de pompier disséminés çà et là autour du bâtiment. Les soldats du feu tentaient de maîtriser le brasier dont le ronflement se faisait entendre distinctement.

- Madame, est-ce que ça va ?

Le timbre masculin la ramena brutalement à la réalité. L'homme qui la portait, un autre pompier à en juger par sa tenue, était dissimulé derrière un épais masque.

- Emma, appela-t-elle faiblement. Emma !

- Calmez-vous Madame, répliqua-t-il d'une voix étouffée à cause de l'équipement. Vous devez voir un médecin.

Mais la panique glaçait le sang de Regina. Où était Emma ? Pourquoi cet homme la portait-il alors qu'un instant plus tôt elle se trouvait en sécurité dans les bras de sa blonde ? Pourquoi venait-elle de disparaître sans lui laisser le temps de parler ?

Des ambulanciers se précipitèrent vers elle. Malgré ses protestations, ils parvinrent à l'allonger sur un brancard, insensibles aux regards terrifiés qu'elle jeta autour d'elle dans l'espoir d'apercevoir une chevelure d'or. Sa respiration toujours difficile lui arracha une quinte de toux et Regina ne put retenir le malaise qui déferla brusquement en elle, l'arrachant de la réalité pour la faire sombrer dans l'inconscience.

SQ SQ SQ SQ SQ SQ

Une violente nausée força Regina à ouvrir les yeux malgré elle. Le cœur au bord des lèvres, la tête comme emprisonnée dans un étau, elle tint ses lèvres closes. Il était hors de question qu'elle vomisse ici, dans cet hôpital où tout le monde la jugeait déjà. Les doigts quelques peu tremblant, elle retira le masque à oxygène de son nez. Si jamais son estomac décidait malgré tout de se révulser, mieux valait qu'il n'y ait rien qui bloque le passage.

La porte de la chambre s'ouvrit et laissa entrer une infirmière à la chevelure flamboyante. Depuis son admission quelques heures plus tôt, Regina voyait cette femme aller et venir pour effectuer ses examens. Et cette fois n'était pas différente.

- Ah Madame le Maire ! s'exclama la rousse avec un grand sourire. Vous êtes réveillée. Vous avez bien dormi ? La nuit a du être longue avec tous ces examens. Vous arrivez un peu mieux à respirer ? Vous désirez peut-être de l'eau ? Le médecin ne devrait pas tarder à venir vous voir.

Elle avait prononcé ces phrases vite et sans respirer. Deux choses que ne supportait pas Regina, surtout lorsqu'elle venait de se réveiller avec une terrible nausée.

- Laissez-moi sortir, ordonna-t-elle en se redressant, les doigts toujours crispés sur le masque à oxygène.

- Il faut l'avis du docteur pour ça.

- Je vais bien ! J'ai inhalé un peu de fumée et je me suis cognée la tête c'est tout. Pas de quoi passer vingt-quatre heures ici.

- Vos poumons ont été abîmés et vous avez une commotion.

- Vous êtes sourde ! Je vais bien !

L'infirmière se figea, dossier à la main, et jeta un regard blessé à sa patiente sans pour autant répliquer.

Regina était consciente de son agressivité mais ne parvenait pas à la contenir. Pas plus qu'elle n'y parvenait ces quatre derniers mois. Comme si le départ d'Emma avait endigué les efforts pour prendre le dessus sur son obscurité. Elle en était devenue la proie, apeurée à l'idée de dépasser les bornes, de ne plus pouvoir la retenir et de laisser s'échapper la bête tapie dans l'ombre de son être. Cette femme ne cherchait qu'à l'aider, exercer son métier et pourtant la brune n'avait pu s'empêcher de lui sauter à la gorge. La meilleure des choses devrait être de s'excuser auprès d'elle mais ses lèvres refusèrent de prononcer la moindre parole.

- Le médecin va venir vous voir, annonça l'infirmière après avoir reposé le dossier.

Sans plus de cérémonie elle quitta la pièce.

- ...Devriez faire attention...entendit la Reine. ...D'humeur massacrante...

Ainsi donc cette employée déconseillait à quelqu'un de venir la voir ! Espèce de -

Un toquement se fit entendre, la coupant aussitôt dans ses pensées, et le cœur de Regina se figea dans sa poitrine lorsqu'elle l'invita à entrer. Emma. Ça ne pouvait être que Emma. Ça ne devait être personne d'autre qu'elle ! Elle et seulement elle !

- Bonjour Madame le Maire, salua l'homme qui venait d'entrer dans la chambre.

Cette voix, elle l'avait déjà entendu après l'incendie.

Grand, athlétique, l'inconnu s'avança jusque devant la jeune femme et lui adressa un sourire charmeur. Sûrement le genre de type qui se savait séduisant, bien que quelconque aux yeux de Regina. Les cheveux blonds, le teint pâle, ses yeux bleus semblaient rieurs et pétillant. Une barbe de trois jours poussait négligemment sur sa mâchoire saillante.

Avec un sourire il s'approcha du lit d'hôpital et se posta à son pied, posant ses mains sur la rambarde.

- Comment allez-vous ?

- A qui ai-je l'honneur ?

- Vous ne me reconnaissez pas ? ria l'homme en plissant les yeux. Moi qui pensait qu'être votre sauveur vous ferait vous rappeler de moi à jamais.

- Vous n'êtes pas mon sauveur.

De quel droit se permettait-il de dire une telle chose ? Regina n'avait qu'une seule sauveuse et ce n'était sûrement pas ce blondinet !

- Veuillez me pardonner, je ne me suis pas présenté. Je m'appelle Robin de Locksley, je suis l'un des pompiers qui est intervenu sur l'incendie qui a ravagé la Mairie.

- De Locksley ? railla la brune, insensible à son charme. D'où est-ce que ça vient ce genre de nom, de France ?

- D'Angleterre à vrai dire.

- Ecoutez Monsieur Locksley, je vous suis reconnaissante pour vos actions mais -

- C'est moi qui vous ai sorti de votre bureau.

La jeune femme ne dit rien. Avait-elle été si stupide au point de croire qu'Emma lui était venue en aide ? Evidemment qu'elle n'avait jamais été avec Regina dans cette pièce enflammée. Ce n'était qu'une illusion de plus.

- Je suppose que vous attendez des remerciements ?

- Et bien, ils seraient bienvenue sachant que j'ai risqué ma vie pour sauver la votre, plaisanta le dénommé Robin. Mais j'accepterais volontiers un bon dîner.

- Vous êtes venu pour vous présenter ou pour me draguer Monsieur Locksley ? cracha-t-elle.

- Venir pour la première n'empêche pas la seconde, Madame le Maire. Mais j'ai pour principe de ne pas sortir avec des victimes que j'ai sauvé. Aussi séduisante soit-elle...

Son regard perçant plongea dans celui de la jeune femme, ne provoquant chez elle qu'un haussement de sourcils désintéressé.

- J'aurais une question, dit-il en perdant son sourire. Quand je vous ai trouvé dans votre bureau, vous ne cessiez d'appeler une femme. Une certaine Léa...ou -

- Emma. Elle s'appelle Emma.

Elle en ignorait la raison, mais prononcer le nom de sa bien-aimée devant lui la mettait mal à l'aise.

- Nous n'avons trouvé personne avec vous. Est-ce...était-ce une personne présente lorsque l'incendie s'est déclenché ?

- Non. Il n'y avait que moi dans cette pièce.

- Est-ce un membre de votre famille que je pourrais appeler ? Prévenir de votre état ?

- Non, répondit aussitôt la jeune femme. Elle...Elle n'est pas ici.

Robin secoua la tête et n'insista pas. Il avait du comprendre que le sujet était sensible et voulut entamer une nouvelle conversation mais l'arrivée du Docteur Whale l'en empêcha. Avec un nouveau sourire, il prit congé auprès de Regina et disparut à son tour.

Le reste de la journée se passa sans nouvel incident, partagée entre les nombreux examens qui devaient déterminer si elle était en assez bonne santé, et les quelques visites auxquelles elle avait eu droit. Étrangement, sa mère n'était restée qu'une poignée de minutes. Le visage crispé par l'angoisse qu'il soit arrivé quelque chose à sa fille, Cora avait tenu à voir par elle-même que tout allait bien. Chose qu'elle regretta très vite lorsqu'elle assista à la rage de Regina. Plusieurs médecins étaient intervenus afin de l'empêcher de se jeter littéralement sur elle. Graham était également passé afin de lui présenter ses respects mais l'ambiance froide entre les deux n'avait pas tardé à le faire fuir. Il lui en voulait toujours pour le départ précipité d'Emma et continuait à la juger responsable de sa maladie.

Regina pensait en avoir terminé lorsqu'une silhouette se dessina à l'entrée. Armé d'un sourire chaleureux et vrai, David Nolan pénétra dans la chambre. Emma et elle avait beau l'avoir vu plusieurs fois, son arrivée fut une véritable surprise et la jeune femme resta sans voix une seconde, le temps de permettre à son masque de revenir couvrir son visage fatigué.

- David ? Que faites-vous là ?

- Je suis venu voir comment vous alliez, répondit l'homme en lui serrant la main avant de désigner une chaise. Je peux ?

- Je vous en prie.

Il s'installa et croisa les mains sur les genoux, braquant sur elle un regard pénétrant.

- J'ai appris ce qui est arrivé grâce au Daily Mirror. La Mairie est presque réduite en cendres mais le principal, c'est que vous soyez saine et sauve.

- Nous ne sommes pas amis, Monsieur Nolan. J'apprécie votre considération mais rien ne vous oblige à venir me rendre visite.

- Vous avez raison, nous ne sommes pas amis, et rien ne me force à venir vous voir.

- Alors que faites-vous là ? Vous êtes venus admirer le spectacle ?

Malgré elle, la voix de Regina se fit plus dure et plus sévère. Alors voilà comme on la considérait ? Une bête de foire parce qu'elle avait failli périr dans un incendie ? Elle, la grande Méchante Reine ! Il était venu admirer le spectacle !

- Je suis venu parce que je m'inquiète pour vous Regina.

La jeune femme vrilla son regard dans le sien. Elle y chercha la moindre trace de mensonge mais n'y aperçut que de la sincérité. Pourquoi ressemblait-il tant à Emma ? La même douceur, la même façon de s'inquiéter alors qu'elle ne le méritait pas. Son cœur se serrait de douleur devant le père de la femme qu'elle aimait. Mais une partie d'elle-même ne pouvait s'empêcher de penser que parler à David, c'était une manière de rester proche de sa fille.

- Il n'y a pas de raison de s'inquiéter pour moi, rétorqua-t-elle malgré tout en croisant les bras. L'incendie m'a épargné.

- Je ne parle pas de ça. Cela fait quatre mois que je vous vois souffrir, même si vous tentez de le cacher au fond de vous. Je reconnais la douleur qui vous ronge.

- Cela ne vous concerne pas.

- Je ne vous veux pas de mal, je vous le promet. Mais...J'appréciais Emma. Son départ a secoué la ville seulement personne n'a prit le temps de vous demander comment vous alliez.

- Je vais très bien. Emma est partie, la vie continue.

Elle ne voulait pas en parler. Pas avec lui. Pas avec son père.

C'était bien trop dur, les souvenirs bien trop douloureux. Ils cisaillaient son cœur meurtrie, rendaient sa bouche pâteuse et sa gorge se serrait. Tristesse, abandon et désespoir. Elle n'avait tenu le coup que grâce à Henry. Devant Storybrooke elle avait mis le départ d'Emma de côté, enfermant cette scène dans un coin de son esprit pour que personne ne voit le mal que sa compagne...ex-compagne, lui avait fait subir. Personne ne devait voir qu'on pouvait la blesser ou l'atteindre.

- Regina...Contrairement à ce que tout le monde semble croire, vous n'êtes pas une personne sans cœur.

- Bien sur que si !

- J'ai vu la véritable personne que vous étiez ce jour-là, lorsque vous êtes venues au Ranch avec Henry. Vous étiez radieuse, pleine de vie. Amoureuse.

- Je vous interdis de...sa voix se brisa, les larmes menaçant de couler à ces souvenirs.

- Emma est partie. Et vous avez dû rester forte pour votre fils mais personne n'a pris soin de vous. Quand Mary-Margareth m'a quitté, je me suis sentie vide, comme si on m'avait arraché le cœur. Encore aujourd'hui, le bonheur de ma vie quotidienne n'est pas assez puissant pour vaincre cette tristesse que je ressens chaque jours. Et je sais que vous le ressentez aussi, Regina. Parce que vous l'aimiez. Et je crois que vous l'aimez encore.

Son cœur lui faisait mal. Les larmes se déversaient sur ses joues à leur guise sans se soucier de la présence de David. Chaque mot résonnait en elle comme un écho meurtrier. Chaque parole n'était que la pure vérité mais l'admettre était trop douloureux.

- Je ne suis pas ici pour vous forcer à vous livrer, ou pour vous convaincre que je ne vous veux aucun mal. Je veux juste que vous sachiez que je sais ce que ça fait et que je suis là si vous en avez besoin.

Regina releva la tête. Il paraissait tellement sincère..

Sans réfléchir, avant même qu'il n'ait conscience de ce qu'elle allait faire, la brune plongea la main dans sa propre poitrine, insensible à la douleur que ce geste provoqua et en arracha son cœur souffrant. Devant la mine effarée de son visiteur, elle le porta devant leur regard.

- Si vous savez réellement ce que je ressens, expliquez-moi ça, demanda-t-elle avec rage.

David ne prononça pas un mot, les yeux fixés sur le cœur de Regina.

Presque entièrement noir, il battait faiblement sur sa paume. Mais sa noirceur n'était pas ce qu'elle lui montrait. Une longue fissure s'étirait profondément, traversant presque entièrement l'organe brisé.


Alors, il vous a plut ?

Le cauchemar de Regina a été un élément rajouté à la toute dernière minute ce qui fait que j'ai du complètement changer le chapitre ! Mais j'espère qu'il ne vous a pas déçu malgré tout !

Et oui, on assiste à l'entrée de ce chieur de Robin. Avouez vous êtes contentes ! :p

N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez et à Lundi prochain pour la suite !

P.S : Je ne sais pas encore tout à fais combien de chapitres constitueront la FF mais dès que je le sais, je vous le dirais ;)

A lundi !