DEUXIÈME TOME : JOUR

Chapitre 1 : Il n'y a pas de lumière sans ténèbres, pas de bonheur sans malheurs ou de victoire sans échec.

- Coralie ! Ils sont trop nombreux ! S'écriait quelqu'un. Les secteurs Est et Sud sont déjà tombés !

- Il ne faut pas baisser les bras ! Disais-je, tentant de ne pas laisser la peur me gagner et la laisser transparaître dans ma voix. Si nous atteignions le poste central, nous pourrons gagner et retrouver notre liberté !

- …

- Courage ! Enfants de la Rose Croix !


Je me réveillai en sursaut, le corps trempé de sueur et la respiration haletante.

Encore un cauchemar.

Assise sur mon lit dans ma cabine, je regardais mes mains qui tremblaient encore de manière incontrôlée. Tentant de calmer ma respiration, je vis une petite boule de poil apparaître dans mon champs de vision, sur mes genoux. Gage. Le petit lapin me fixait, apeuré. J'avais dû le réveiller lui aussi.

Le prenant alors dans mes mains, je le rassurais d'une voix douce, m'apaisant également.

Même si c'était Rim qui l'avait trouvé et avait pris soin de lui, Gage s'était énormément attaché à moi et me suivait partout, dormant même avec moi la nuit. Autant dire qu'il ne prenait pas énormément de place dans le lit. Et puis, il était désormais un membre à part entière de l'équipage, au même titre que Lani, qui lui, s'était fait un devoir d'attraper et de dévorer le petit lapin. Pour l'instant sans succès.

Sortant par la baie vitrée de ma cabine menant au balcon qui faisait le tour de la poupe du navire, je m'accoudai au bastingage en regardant le reflet de la lune sur la mer.

Six mois s'étaient écoulés depuis la grande Guerre au Sommet de Marineford.

Et les choses avaient on peut plus changer sur les mers.

Comme prévu, les paroles de Barbe-Blanche avaient sonné le glas d'une nouvelle ère et d'un nouvel âge de la Piraterie. Une vague de nouveaux venus avait alors déferlée sur les océans, mettant à mal les populations et la Marine, qui pensaient à tord que les choses se calmeraient avec le trépas de l'Homme le Plus Fort du Monde. Mais les pillages, les crimes, les revendications de territoires, s'étaient fait plus nombreux et plus sanglants. Et ce notamment à cause de la génération montante de Pirate comme les Supernovæ.

Certains d'entre eux avaient fait rapidement une entrée fracassante dans le Nouveau-Monde, comme Kid. Seul manquait véritablement à l'appel le Chapeau de Paille …

Pire encore, avec la place vacante pour le plus haut titre de la Piraterie, chez les Yonko, Teach s'était imposé en lieu et place de son ancien Capitaine lui-même. À mon grand damne, il avait durement malmené les anciens Pirates de Barbe-Blanche dont plus personne n'avait de nouvelles … Ainsi Barbe-Noire était devenu un Empereur du Nouveau-Monde, s'appropriant une grande partie des territoires de son prédécesseur.

Hormis cela, dans la Marine aussi les choses avaient évolué. À mon grand malheurs, Sakazuki avait été nommé Amiral en Chef à la place de Sengoku, qui avait donné sa démission peu après la guerre. Il menait désormais une compagne de « Justice Absolue », faisant de lui un homme aussi dangereux et destructeur que le pire des Pirates. Nous avions failli éviter cette situation, mais Kuzan n'avait pas su battre son ancien ami et collègue et avait démissionné à son tour des rangs de la Marine.

Et le nouvel Amiral en Chef n'avait pas chaumé du haut de son nouveau poste et ses nouvelles prérogatives. Transportant le Quartier Général de la Marine, autrefois à Marineford, à la place du G-1 dans le Nouveau-Monde, il avait rapidement nommé deux nouveaux Amiraux à sa place et celle d'Aokiji. Deux monstres dont les rumeurs ne laissaient que peu de place quand à l'estimation de leur force.

Il avait également remplacé les sièges vaquant dans les rangs des Shichibukai. Là non plus ce n'était pas triste …

- Tu es déjà réveillée, Capitaine ? Me demanda alors Belle qui descendait de son poste de vigie, où elle était de garde pour la nuit, pour me rejoindre.

- Mal dormis. Répondis-je simplement d'une voix légèrement rauque, les affres de mes cauchemars s'accrochant encore un peu à moi.

- On arrivera dans les eaux du Quartier Général de la Marine, d'ici trois heures. M'avertit-elle, sans faire de commentaire, mais je savais que son œil acéré de Sniper avait remarqué chaque détails.

- Préviens moi quand ce sera le cas, je mettrai pied à terre seule avec Lani.

Elle acquiesça et retourna à son poste.

Pourquoi je me rendais en plein territoire ennemi ? Parce que désormais, à l'instar de l'Impératrice Kuja Boa Hancock, de l'épéiste Dracule Mihawk, du Démon Céleste Don Quichotte Doflamingo, de Kuma le Tyran, …

J'étais devenue Shichibukai.

Cela n'avait été en rien une décision facile à prendre. Après cette lettre que j'avais reçu suite à notre départ d'Amazon Lily, j'avais immédiatement réuni mon équipage et procédé à un vote. J'estimais alors que ce titre ne me concernait pas seulement moi, mais les Walkyries dans leur ensemble. Un débat houleux et animé s'en était suivis. Kai avait contesté avec véhémence, refusant de s'abaisser à travailler pour le Gouvernement Mondial et la Marine. Deux entités qui nous avaient fait souffrir et que nous détestions toutes sans exception.

D'autres, comme Akemi ou Harissa, avaient trouvé en cette occasion, un bon moyen pour infiltrer l'ennemi de l'intérieur.

Au départ, j'avais plutôt été de l'avis de Kai et de Nymphéa, qui n'estimaient pouvoir faire confiance une seule seconde à des Hommes. Et encore moins à la Marine.

Mais ce fut finalement les conseils de ma Seconde, et en particulier ceux de ma Tireuse d'Élite, qui en tant qu'ancienne officier de la Marine, connaissait bien les rouages du système qui nous était à toutes étranger, que je suivis. Sans son avis positif sur la question, je n'aurais jamais accepter un tel déshonneur. Mais les avantages que nous tirions de cette position étaient bien trop précieux pour le moment. Et Belle avait su mettre en avant un élément indiscutable qui avait irrémédiablement fait pencher la balance. Et pas seulement la mienne.

Retournant alors dans ma cabine pour me préparer, je m'installai devant ma coiffeuse, déposant Gage sur celle-ci, qui était jusque là perché sur mon épaule. Le reflet de mon miroir me fit parfaitement savoir que cette nuit n'avait pas été salvatrice. Des cernes et des traces de fatigue arboraient ci et là mon visage. J'allais devoir camoufler tout ça pour paraître à mon avantage lors de la réunion.

Dans ce monde d'hommes, une femme qui laissait transparaître le moindre petit signe de fragilité était considérée comme faible. Et les requins qu'ils étaient dévoraient toujours les plus faibles en premier.

Aucune erreur n'était donc possible pour le « beau sexe ». Et les seules armes que nous avions le droit d'avoir résidaient dans notre beauté et notre cruauté.

Mais c'était pour une bonne raison que nous allions au Quartier Général, où avait lieu un rassemblement des forces principales de la Marine : les Shichibukai et les Amiraux. J'allais avoir l'insigne honneur de rencontrer les nouveaux gradés. C'était d'ailleurs la seule raison de notre présence sur cette mer. Nous n'avions évidemment aucune envie d'être ici, mais je voulais voir de quel acabit était fait les Amiraux.

Et surtout, rappeler à Akainu l'accord que nous avions passé.


Comme à son habitude, Akemi m'avait prié à la prudence, à un minimum tact et dans le pire des cas, de l'appeler pour un massacre total des forces en présences. Peine perdue me connaissant, mais c'était sa manière de se rassurer de me voir partir en terrain ennemi. Seule. Je savais qu'elle allait s'inquiéter du début à la fin de cette réunion, écumant le pont de notre navire à faire les cent pas.

Dracule Akemi était la froideur et le stoïcisme incarné. Personne, jamais, ne pourrait penser qu'une femme, qui était capable trancher une tête sans même ciller, pouvait être une angoissé quasi pathologique. Ce n'était qu'au prix de nombreuses années à ses côtés que j'avais fini par comprendre qu'en réalité, c'était sa manière bien à elle de démontrer son affection. Qu'elle niait bien sûr …

Et elle n'était pas prête de changer. Elle avait même essayé de me menacer pour y aller avec moi … avant que je ne lui rappelle qu'il y aurait certainement une certaine personne qu'elle ne voulait pas voir …

Ainsi, grimpant sur le dos de Lani alors que nous étions à plusieurs kilomètres de la base, j'écoutais patiemment mes sœurs me dire au revoir, avant de décoller dans les airs.

Rien au monde n'était plus grisant que la sensation de voler. Que ce soit avec Lani ou notre bateau, qui possédait cette fabuleuse capacité grâce à notre Charpentière Linn, j'aimais être dans le ciel. Un vieux rêve d'enfant qui aspirait à la liberté absolue.

Je rejoignis rapidement le quai du port du Quartier Général, où m'attendait tout un bataillon de Marine. Car même après une courte nuit, je ne m'étais décidée à partir que quand le soleil fut haut dans le ciel. Les faire attendre était bien plus amusant que d'être ponctuel à une réunion où je n'avais même pas envie d'aller et qui s'annonçait aussi ennuyante qu'inutile. Ainsi, atterrissant juste devant un Vice-Amiral, un certain Momonga selon mes souvenirs, Lani battit brusquement des ailes, plus que nécessaire, manquant de faire chuter des soldats dans la mer. Je ne cachai pas mon sourire amusé devant la malice de mon cher Griffon.

En revanche le Marine ne trouva pas cela aussi désopilant que moi et m'adressa un regard noir de reproche, alors que je félicitait Lani en lui flattant l'encolure.

- Vous êtes en retard, Coralie Ojousan. Me houspilla-t-il alors. La réunion a déjà commencé.

- Mais je suis là, c'est tout ce qui compte, Vice-Amiral. Répondis-je avec arrogance en relevant légèrement le menton par habitude, une forme de défi face à son petit air réprobateur parfaitement agaçant. Lani, tu restes ici. Et ne manges pas de soldat, la dernière fois, ce cher Amiral en Chef Sakazuki n'en avait pas été très content.

Lâchant un piaillement sonore coupable, l'animal se recula légèrement avant de se transformer en un immense Lion d'un mètre quatre-vingts. Sous cette forme, il était tout aussi magnifique. D'un pelage semblable à l'or chatoyant, ses yeux étaient aussi bleus que le ciel et brillaient comme des pierres précieuses. Devant ce spectacle, bon nombre de Marine soufflèrent de stupeur, mais furent vite remis au garde à vous par la bête qui rugit, les mettant au défi d'approcher.

Satisfaite, je suivis le Vice-Amiral qui m'accompagna jusqu'au lieu où se déroulait la réunion.

Ce n'était pas la première fois que je venais ici, mais la seconde. Seulement, la fois précédente, j'y étais venue pour accepter d'être établie comme Grand Corsaire dans les rangs de la Marine et je n'avais pas dépassé le quai d'embarquement le temps des négociations. Autant dire que ce voyage avait été tout sauf d'agrément. Notre arrivée avait fait grand bruit et avait déplu à plus d'un. Mon attitude et mes manière ne jouant pas en ma faveur, surtout envers les Marines, je n'étais absolument pas appréciée par ces derniers.

Grand bien leur fasse ! Avec ou sans leur approbation, je comptais bien accomplir mes desseins …


- Je suis toujours opposée à cette idée ! Souligna Kai avec véhémence, tandis qu'elle boudait dans son coin, percher en haut de notre figure de proue.

- Le Capitaine à mit la décision au vote, Ua. Lui rappela Akemi, qui avait été une de celle à ne se rabattre que sur ma seule décision. La majorité à parler, alors cesse de te plaindre, c'est fatiguant à la fin.

- Peu de gens aurait pris en compte l'avis de leur équipage pour une décision aussi importante. Ajouta Nymphéa. Je ne suis pas très emballée par cette idée … mais je fais confiance à Ânkh, ça peut marcher.

- Nous arrivons ! Cria alors Pala, nous interrompant, du haut du poste de vigie.

Il nous ne fallu pas plus d'une heure avant d'apercevoir à l'œil humain le Quartier Général de la Marine. On les voyait déjà s'affoler au loin, préparant une dizaine de vaisseaux de guerre et plusieurs bataillons. Nous sourîmes toutes devant cette réaction.

Ils avaient peur …

Sans nous gêner, nous nous amarrâmes au port de la base, sous le regard attentif, méfiant et apeuré d'une bonne partie des soldats.

J'attendis patiemment que l'homme que je souhaitais voir se montre et ne fut pas déçus en voyant peu après notre arrivée, le nouvel Amiral en Chef Sakazuki se diriger vers nous, suivis de prêt par une flopée de haut gradé ainsi que de Kizaru. Ce qui à ce moment là n'était qu'une rumeur se confirma alors : Kuzan avait bel et bien démissionné de son poste après la nomination de son collègue. La question, s'était pourquoi ? Sentiment d'humiliation ou incompatibilité de caractère ? À mon humble avis, sûrement un peu des deux …

Quand Akainu s'arrêta non loin du Valhalla Soul's Revenge, grand, autoritaire, et légèrement malhonnête comme il était, je descendis d'un bon sur le quai, suivis de prêt par Akemi, Kai et Paloma, mais également de Lani qui, sous sa forme de Griffon, en intimida plus d'un.

L'atmosphère était loin d'être idyllique, notre présence en ces lieux semblait en exaspérer plus d'un. Pourtant nous étions là, faisant face à une armée entière, une nouelle fois, ne baissant ni la tête ni le regard devant eux. Il en était évidemment hors de question. Et je sentis à ma plus grande satisfaction, que cela en désarma plus d'un, voir même les impressionna.

Finalement, ce fut Sakazuki en personne qui brisa le silence pesant qui s'était installé.

- Je suppose que ta présence ici signifie que tu acceptes la proposition du Gouvernement, Coralie Ojousan ? Grogna-t-il alors, sans même essayer de cacher sa colère.

- Tu dis cela comme si elle n'était pas de ton fait, Sakazuki. Répondis-je, légèrement curieuse de son ton désapprobateur.

- Elle ne l'est pas.

- Comme c'est amusant ! Ris-je avec un sourire machiavélique rapidement rejointe par Kai à mes côtés, dont les yeux pleins de malveillances n'étaient qu'un pâle reflet de la cruauté à laquelle elle pouvait faire preuve. Cela me donne encore plus envie d'arborer ce titre de Shichibukai ! Te rends tu comptes, nous nous battrons sous les mêmes couleurs et les mêmes idéaux.

- Cesse de plaisanter, Pirate ! S'énerva-t-il immédiatement, faisant trembler ses propres troupes. Je sais très bien que tu n'es là que pour négocier ton entrée chez les Grands Corsaires, alors sache d'ors et déjà qu'aucune conditions ne te sera jamais accordées ! Tu es une engeance de la pire espèce, ce titre ne ferait qu'accorder du crédit à un monstre tel que toi ! Et je m'y refuse ! Cela serait une honte pour la Marine !

- Mais je ne crois pas que tu sois en état de décider quoi que ce soit seul, Amiral en Chef. Intervint alors Belle, descendant du bateau et me rejoignant à ma plus grande surprise. Même ton grade si « chèrement » acquis ne te le permet pas. J'en sais quelque chose …

- Harissa ! S'écria alors quelqu'un dans l'assistance. Sale traîtresse !

Sortant d'entre les rangs de l'armée ennemie qui nous faisait face, une femme qui ressemblait trait pour trait à ma nouvelle Nakama, se jeta alors sur elle, l'entraînant dans un combat au sol.

Refusant d'intervenir sans la demande au préalable de la Tireuse d'Élite des Walkyries, je les regardai se battre, à l'instar des autres, curieuse de voir qui sortirait vainqueur. Sans surprise, Belle maîtrisa la femme sans mal, assise sur ses hanches, la tenant en joue. Cette action eu raison de la nervosité des Marines, qui s'agitèrent et voulurent à leur tour se mêler à la bataille.

Un coup de feu retentit. Une fureur s'éleva. Des rugissements se déchaînèrent. Un hurlement résonna.

Puis ce fut le silence.

En l'espace de quelques secondes, un soldat, aussi habile que perspicace, avait tiré en direction de ma nouvelle sœur, ratant largement sa cible, mais au moment même de la mettre en joug, Lani avait bondi sous sa forme de Lion et avait tué l'ennemi d'un coup de croc en fondant sur sa jugulaire.

Cela eut au moins pour effet de figer tout le monde. La tension remonta d'un cran, mais plus personne ne voulait bouger. Seuls résonnaient les bruits des chairs dévorées par notre énorme félin affamé, qui du regard, défiait quiconque de se mettre en lui et sa proie.

Harissa se releva alors, ses boucles bleues foncées volant aux gré de l'air marin, tandis que son regard rose posé sur sa sœur, était d'une froideur que je ne lui avais connu qu'une seule fois : quand elle avait fait face à son supérieur et passé outre ses ordres. Elle qui était pourtant d'une patience à toute épreuve, semblait véritablement en colère cette fois.

- Ne te mêle pas de ça, Shawna ! Ordonna-t-elle durement à celle qui l'avait attaqué.

- Père a faillit mourir de honte en apprenant que tu étais devenue Pirate ! Beugla celle-ci, qui malgré tout ne bougeait pas devant l'arme toujours pointée vers elle. Et pour qui ? Pour celle folle furieuse ?!

- Attention, tu as beau être ma sœur, tu parles de mon Capitaine !

- Tu ne t'es jamais abaissé à ce genre de considération à l'égard tes supérieurs dans le passé, qu'importe le grade qu'ils possédaient !

- Parce qu'ils ne s'en sont jamais montré digne !

- Et elle oui peut-être ?! Tu es la honte de la famille !

Elles continuèrent ainsi à se crier dessus pendant de longues minutes, sous les yeux effarés des Marine et intéressés des nôtres. Ma Nakama m'avait confié, il y avait déjà quelques temps, que sa famille était des Marines de génération en génération. C'était seulement pour suivre le mouvement et ne pas décevoir son père qu'elle avait rejoint leurs rangs, pas par loyauté ou conviction. Ce que j'avais déjà plus ou moins compris après la visite de son géniteur, alors que j'étais incarcérée dans les geôles d'Impel Down.

En devenant rapidement l'une des meilleures Tireuse d'Élite de la Marine et grimpant dans les échelons, elle s'était distinguée à la grande satisfaction de ce bon vieux Vice-Amiral Allen Léonard. Mais elle, elle s'ennuyait. Abattre des cibles, couvrir des personnalités ou des supérieurs, son travail ne lui avait rien apporté. Rien qui ne puisse combler le vide qu'elle ressentait en elle. La gloire, le prestige, les titres, contrairement à sa sœur, elle s'en moquait. Ainsi, en nous rejoignant à ma demande, elle espérait trouver enfin cette petite étincelle de bonheur qui lui faisait cruellement défaut.

Ce que je lui souhaitais plus que tout.

- Allen ! S'impatienta alors l'Amiral en Chef.

- Oui ! Réagirent-elles toutes les deux, l'une par habitude, l'autre par déférence.

- Nous ne sommes pas là pour régler vos problèmes de famille ! Revenons en à nous. Reprit-il en s'adressant à moi, alors que ma sœur prenait place à nos côtés, bien décidée à montrer dans quel camp elle était.

- Comme l'a dit Belle, vous n'êtes pas en position de négocier avec moi. Fis-je, un sourire suffisant aux lèvres. Mais je m'en accommoderais. La décision finale ne vous appartiendra de toute manière pas.

- Négocier, hein ? Et quelles seraient tes conditions, Demoiselle ? Intervint pour la première fois Borsalino, me faisant bouillir de l'intérieur, n'ayant toujours pas digéré la petite humiliation que j'avais subi par sa faute.

- En premier : je souhaite récupérer les corps des défunts Dilios et Elaïa, que la Marine à abattu injustement il y a déjà quelques temps.

- Cela paraît envisageable. Répondit Akainu d'un ton bourru.

- En second : j'aimerais et vais disposer d'un territoire comme tout Pirate du Nouveau-Monde, et je ne veux qu'en aucun cas vous n'interfériez dans ce projet.

- Tu es étrangement raisonnable.

- Et enfin, je veux avoir un accès de dix minutes, sans surveillance et de manière totalement libre, aux Archives Mondiale.

- C'est hors de question !


S'en était suivis d'âpres négociations et ce fut finalement moi qui gagna sur toute la ligne. À un détail près, aux vues des « efforts » que le Gouvernement Mondial et la Marine faisaient à mon égard, je devais avant tout prouver ma bonne volonté et faire mon travail de Corsaire pour pouvoir gagner le droit d'accéder aux archives.

S'ils savaient … !

Jamais je n'aurais pensé qu'ils accepteraient aussi facilement, les deux premières conditions étant bien plus importantes pour moi. C'était d'ailleurs sur les conseil de Tais que j'avais forcé le tire, en imposant une chose qu'ils me refuseraient à coup sûr. Cela avait eu pour effet de négocier les autres sans discussion. Ce qui m'importais véritablement pour le moment, c'était d'établir mon territoire, sans que la Marine n'interfère. Ce qu'ils n'aurait pas manqué de faire sans mon titre.

Ainsi, ils ne savaient ni où je m'établissais véritablement, ni ce que je voulais vraiment. Évidement, ils avaient bien essayé de nous faire suivre, mais avec le Fruit du Démon de Paloma, c'était un jeu d'enfant de leur fausser compagnie. Et je prenais également une très grande avance sur les autres Pirates.

- La Shichibukai Coralie « la Demoiselle » ! M'annonça alors un Marine, alors que les portes d'une salle de réunion s'ouvrait devant moi, me faisant sortir de mes pensées.

Toute la tablée se retourna vers moi, me regardant avec un intérêt certain.

Du beau monde était ainsi réuni. Des Grands Corsaires, Taka no Me, Kuma, Doflamingo et … Baggy le Clown. J'étais étonnée de constater qu'il ne manquait à l'appel que l'Impératrice Kuja, qui ne se montrait jamais à ce genre de réunion. De même, Sakazuki présidait la table ronde avec à ses côtés Kizaru, à qui j'adressai un beau sourire narquois (un petit jeu entre nous, surtout pour moi en fait …), divers Vice-Amiraux que j'avais plus ou moins déjà croisé, et enfin une personne que je ne connaissais pas.

Un homme, grand, habillé d'un kimono violet et le visage barré d'étranges cicatrices. Si j'en croyais les vibrations de puissances que je sentais émaner de lui, même si elles étaient faibles et contenues, nul doute à avoir : il faisait parti des nouveau Amiraux nommés après la guerre.

- Je ne pensais pas vous voir ici, Ojousan. Lâcha alors Akainu, après que j'eus pris place entre Mihawk et Baggy. Vous êtes en retard.

- Je ne me suis décidée qu'à la dernière minute. Dis-je alors, joignant mes mains devant moi, avant de le regarder dans les yeux. Et je m'étais dit que le temps était venu de vous rappeler notre accord.

- Nous en discuterons plus tard.

- Soit ! Qu'est-ce que j'ai manqué ? Demandai-je avec un entrain feint, sachant d'avance que la suite allait être très longue.

- Nous parlions des nouveaux Pirates qui commencent à affluer sur les mers extérieurs et sur Grand Line. M'apprit alors Doflamingo, m'adressant un sourire étrange, qui me fit tressaillir imperceptiblement.

- Certains posent problème ?

- Le dénommé Bartolomeo dit « le Cannibale » commence à faire un peu trop parler de lui. Expliqua une Vice-Amiral de la Marine dont l'identité m'échappait. Il n'est pas encore arrivé dans le Nouveau-Monde, mais son nom fait déjà grand bruit.

- J'ai entendu parler de lui, il a, à ce qu'on dit, un Fruit du Démon très intéressant. Fis-je en prenant l'avis de recherche qu'un soldat derrière moi me donna. Il n'est pas très loin d'égaler les « Supernovæ ».

- C'est bien le problème ! Grogna Sakazuki. Faites-vous en un allié ou tuez-le, je m'en moque, mais je ne veux plus entendre parler de lui !

- Voyons déjà si ce gamin est capable d'atteindre le Nouveau-Monde. Prit à son tout la parole Baggy. On s'en occupera le moment venu.

- « On » ? Occupes t'en si tu le souhaite, mais ne me mêle pas à ça, gros pif. M'irritai-je contre mon voisin. Et je pense que ce « gamin » comme tu dis, est sûrement plus à même de réussir dans le Nouveau-Monde que toi.

- Comment ose-tu !? S'offusqua-t-il en montant ses grands chevaux. T'amuser à couler mes navires ne te suffis pas !?

- Il se trouve que ce n'était pas moi, mais ma Seconde, Akemi.

- Comment voulez-vous que nous fassions preuve d'unité si une gamine comme elle s'attaque à ses alliés ! Rugit-il à l'encontre de Sakazuki qui semblait à deux doigts d'exploser.

- Tu étais trop près de mes côtes. Nous avons perçu une menace et l'avons éliminé. Tout simplement. Me justifiai-je d'un ton dur, dans une demie vérité.

- …

- Autant que ce soit clair : je ne suis et ne serais jamais ton alliée. L'enfonçai-je un peu plus. Je ne suis pas aussi désespérée que la Marine.

- ESPECE DE SALE PETITE … ! Se mit à hurler le Pirate, aussi rouge de colère que son nez, me cassant les oreilles.

- Il suffit ! S'énerva pour de bon l'Amiral en Chef, l'interrompant.

- Votre présence à notre réunion est forte agréable, Lady Coralie. Ria le Démon Céleste, me hérissant encore une fois. Vous apportez du piment à nos discussions.

Moi qui pensais que la rencontre allait alors prendre un tournant un peu plus amusant, il n'en fut rien. Les choses se calmèrent sous l'ordre d'Akainu, et puisque je le voulais dans de bonnes dispositions pour accepter ma condition, je me retins de mettre davantage d'huile sur le feu. Ce fut dur, et long. Surtout que j'avais la très nette impression que Doflamingo lui-même cherchait à me faire sortir de mes gonds. Cela n'aurait pas été bien difficile dans d'autres circonstances, mais la seule présence de Baggy, surtout à côté de moi, suffisait à elle seule à m'énerver.

Cet abruti n'avait rien pour devenir un Shichibukai, seulement la réputation d'avoir été un mousse sur l'Oro Jackson, sous les ordres de Gol D. Roger. En somme, sans l'armada qui s'était formée autour de lui (sans même qu'il lève le petit doigt), son image et les anciens détenus d'Impel Down qui l'avaient suivis, il n'était rien. Absolument rien.

Si à côté de lui, je m'étais plus ou moins illustrée pendant la guerre, attirant l'attention non seulement de la Marine et du Gouvernement Mondial sur moi, mais aussi celles des hautes sphères de la Piraterie.

Barbe-Noire … Je sentais ce connard tapis dans l'ombre a attendre le bon moment pour s'en prendre à moi.

Mais à la différence de Baggy, qui était vu comme un héro, voir une star pour certain (ou une loque pour d'autre, à mon instar), j'étais perçue comme une garce capricieuse, violente et cruelle. Une véritable psychopathe dans mes bons jours.

Il était adulé tandis que j'étais crainte. Et je m'en contentais. Je préférais même qu'il en soit ainsi. Le contraire m'aurait fait paraître faible.

Mais pour une raison qui m'échappait, ce type m'exaspérait au plus au point.

J'intervins vaguement pour d'autres sujets lors de la réunion, donnant mon avis sur tel ou tel Pirate, discutant vaguement sur l'avancé des Révolutionnaires. Les Marines avaient bien essayé de savoir où était les tombes de Barbe-Blanche et de Hiken no Ace, car beaucoup, comme Akainu, n'approuvaient pas la décision de Sengoku. Et aucun n'ignorait que j'avais été présente lors de leurs funérailles. Je n'avais même pas cherché à m'en cacher.

Mais sur ça, ils pouvaient toujours courir pour obtenir des réponses. L'île du Nouveau-Monde où reposaient ces Pirates, serait un secret avec lequel je mourrais. Jamais je ne trahirais leur mémoire, et surtout pour leurs Nakama encore en vie, où qu'ils soient.

On pouvait déshonorer les vivants, en particulier quand ils l'avaient mérité. Mais pas les défunts. C'était un blasphème que l'on m'avait inculqué dans mon enfance : les morts ne parlent pas. À quoi bon accabler des gens qui ne sont même plus là pour se défendre. C'est à la fois inutile et profondément lâche.

Au bout d'un moment, m'endormant presque, je commençais à songer à partir, quand l'évocation de donner la dernière place encore vacante des Grands Corsaires fut évoquée.

- Nous avons un candidat potentiel pour le dernier siège des Grands Corsaires. Annonça alors Akainu.

- Qui donc ? Fit Doflamingo, intéressé.

- Un membre de la « Pire Génération » lui aussi. Dit l'Amiral en Chef en me regardant, semblant guetter ma réaction. Trafalgar Law.


La nouvelle en avait surpris plus d'un. Moi la première. Mais je ne fus pas celle qui le montrai le plus. À mon grand étonnement, Don Quichotte tiqua à l'évocation du Chirurgien de la mort. Il en perdit même momentanément son sourire. Ce fut bref, mais juste assez pour m'intriguer et je me jurai de découvrir ce qui pouvait bien lier ces deux là.

La réunion s'en termina là, sans qu'aucune réelle décision fur prise au sujet de Trafalgar. À ma grande surprise, Sakazuki ne semblait que peu favorable à l'entrée du Pirate dans la Confrérie des Shichibukai. Il avait cependant presque changé son fusil d'épaule après que j'eus véhément refusé l'intégration de Law parmi nous :

- « Trafalgar Law est un Supernovæ, mais il est encore un petit poisson dans une gigantesque marre. Je pense que vous pouvez largement trouver mieux que lui ! Auquel cas, s'il devient Shichibukai, son titre ne m'empêchera certainement pas de le tuer de mes mains si l'occasion se présente. Et tous vos beaux discours n'y changeront rien. »

Malgré l'annonce de la fin de cette rencontre au sommet, je ne bougeai pas de mon siège. Maintenant, il fallait que je cause entre quatre yeux avec ce cher Amiral en Chef. Et qu'il le veuille ou non, j'allais obtenir ce qui me revenait de droit.

Seulement, ce que je n'avais pas prévu, c'était que quelqu'un d'autre, lui, allait m'attendre. Don Quichotte Doflamingo.

J'aurais dû le voir venir après tout. Durant la majeur partie de la réunion j'avais sentis pesé sur moi son regard. Il me voulait quelque chose et je n'étais pas sûre de vouloir savoir de quoi il retournait. Maintenant que j'étais dans le Nouveau-Monde j'avais beaucoup appris sur lui : il mouillait dans divers trafics et notamment celui des êtres humains, il était même l'un des chefs de file de la « communauté de l'ombre ». Rien que pour ça, je méprisais ce type. Mais connaître sa réputation n'était pas nécessaire pour se méfier de lui, le regarder seulement suffisait à voir l'homme cruel et méprisable qu'il était vraiment.

Je le sentis alors s'approcher discrètement de moi, s'asseyant à la place de Baggy, qui l'avait déserté à peine la fin avait-elle été annoncé.

Il n'était pas aisé de m'intimider. Mais difficile d'être à l'aise aux côtés du Démon Céleste qui était aussi connu pour sa cruauté et que pour sa perfidie. Sans compter qu'il faisait deux fois ma taille. En temps normal, je voyais ma petite stature comme une avantage, j'en avais même fait un atout au combat, fruit de nombreuses années d'entraînement. Sans oublier que l'on avait tendance à me sous-estimer grâce à cela, une erreur que beaucoup avait payé de leur vie.

Mais en cet instant, je me sentais juste … petite.

- Nous n'avons pas eu la chance d'être correctement présentés à Marineford, Lady Coralie. Commença-t-il, un sourire aux lèvres à la fois dérangeant et menaçant.

- Je pense que c'est inutile, à présent. Tentai-je de mettre fin à la conversation, peine perdue évidement.

- Malgré toutes les recherches que j'ai personnellement mené ou même celles de la Marine et du Gouvernement Mondial, je n'ai rien pu apprendre de vous. Comme si vous n'aviez jamais existé. Vous n'êtes pas très loquace sur votre passé, Demoiselle. Insista-t-il devant mon silence, se rapprochant de moi en me surplombant de manière presque inconvenante. Pourquoi ? Auriez-vous des choses à cacher ?

- Et vous ? Me débinai-je pas en le regardant sans jamais baisser les yeux. Pourquoi cette réaction à l'énonciation du nom de Trafalgar Law ? Un litige entre vous peut-être ?

Sans répondre, son sourire se fana légèrement et je vis une veine apparaître distinctement sur son front. Je ne m'étais donc pas trompée. Il y avait quelque chose entre lui et Law. Restait à savoir quoi …

Un silence de plomb se fit entre nous, sans qu'aucun de nous ne cède sur sa position. Même les Marines qui discutaient tranquillement non loin de nous peu avant, avaient sentis l'air pesant s'installer et s'étaient éloigné silencieusement. Le malaise ambiant ne fit que croître, quand, sans prévenir, le Corsaire relâcha son Fluide. Le Haki des Rois.

Tandis que des Marines, pourtant officiers, tombaient lourdement autour de nous, évanouis, je me tendis immédiatement plus que je ne l'étais déjà, de manière instinctive, satisfaisant mon vis à vis à mon grand déplaisir. Cette histoire commençait à véritablement mal tourner.

Maintenant debout, nous nous faisions face, tandis que je m'armais d'une dague dans mon dos. Je n'étais pas stupide ou inconsciente, en terrain ennemi j'avais pris la précaution de venir armée. Je le voyais bouger ses doigts : son Fruit du Démon était aussi près à l'action.

Désormais, chaque secondes passées nous rapprochaient d'un combat impitoyable. Je n'étais évidemment pas sûre que livrer bataille contre un homme comme Doflamingo soit une bonne chose dans l'état actuel des choses. Mais il était évident que, maintenant que j'avais attiré son attention, cela soit inévitable. Il n'allait pas me laisser tranquille de si tôt.

- Suffit, Démon Céleste. Nous arrêta alors Mihawk, qui n'avait pas bougé d'un pouce à ma droite. Laisse la tranquille.

- Tss … Souffla le concerné, non sans finalement me lâcher du regard et se diriger vers la sortie. On sait tous ici pourquoi tu fais soudainement du favoritisme envers cette gamine.

- Merci. Fis-je alors du bout des lèvres, une fois Doflamingo sortit et l'attention des autres détournée de nous, me détendant légèrement.

- Il faut que nous parlions, Ojousan. Me dit alors Taka no Me en me lançant un regard lourd de sens.

- Je dois m'entretenir avec Sakazuki d'une affaire urgente.

- Je t'attendrais.

À l'instar de l'autre Shichibukai, l'homme considéré comme étant meilleur Épéiste du Monde, partit de la salle de réunion, me laissant seule avec les Marines.

Marines qui me regardèrent intrigués, notamment celui que je pensais être le nouvel Amiral. Enfin, regarder était un grand mot, puisqu'il gardait les yeux fermés en permanence depuis que j'étais arrivée. Et ces cicatrices qu'il arborait … J'aurais mis ma main à couper que cet homme était aveugle. Et à en juger par la démarche qu'il avait lorsque qu'il se leva, s'aidant d'une sorte de canne, mon intuition se confirma. En revanche, mon instinct primaire me criait qu'il était dangereux.

Extrêmement dangereux.

Évidement, Akainu me fit attendre, faisant traîner plus que nécessaire, je le savais, son entretient avec ses subordonnés. Mais quand finalement il daigna enfin m'adresser un regard, il m'incita à le suivre.

Me menant dans les méandres des couloirs du Quartier Général, je tachai de retenir chaque informations importantes que je pouvais récolter au passage : on ne savait jamais. Nous finîmes par arriver devant la porte de ce qui devait être son bureau, devant laquelle trônait une petite table de travail et une femme à l'air peu avenant qui se leva à l'arriver de l'Amiral en Chef. Ce dernier ne lui accorda même pas un regard et lui avertit juste qu'il ne voulait pas être déranger.

J'entrai finalement à la suite de l'homme et allai m'asseoir sans invitation et sans gêne sur une des chaises devant son bureau.

- Voilà bientôt six mois que je suis devenue Shichibukai « au service » du Gouvernement Mondial. Commençai-je à attaquer, le regardant allumer un autre cigare en face de moi. Je veux ce pourquoi j'ai accepté d'arborer ce titre !

- Vous n'êtes pas en position d'exiger quoi que ce soit, Ojousan. Me répondit-il durement, tentant pour la millième fois maintenant, de m'intimider.

- C'est ce que vous croyez ? Alors sachez ceci : les problèmes que le Chapeau de Paille vous a causé lors de la Guerre de Marineford et même avant, ne seront rien comparez à ce que je ferais subir si vous ne me donnez pas ce que je veux, Amiral !

- …

- …

- Don Quichotte Doflamingo. Lâcha-t-il finalement, après une bataille de regard qui avait sérieusement commencé à me taper sur le système.

- Quoi, Doflamingo ? Dis-je, ne comprenant pas ce que venait faire le Grand Corsaire là-dedans.

- Vous ne le savez peut-être pas, mais le Démon Céleste a des intérêts dans toutes sortes de « commerces » qui sont loin d'être légaux pour la plupart. Avec le lien qui nous lie à lui en tant que Shichibukai, il nous est intouchable. Je veux alors que vous, vous freiner sa progression. Et je reconsidérerais votre demande d'accès aux Archives Mondiales.

- Je crains, Akainu, que vous n'avez pas très bien compris. Ris-je jaune en me levant de mon siège, avant d'abattre mes poings sur le bureau et de le briser. Vous n'êtes pas en position d'exiger quoi que ce soit, moi si. Je veux cet accès, ou je vous ferais vivre un enfer à vous et vos soldats, c'est clair ? J'ai bien de trop attendu. Alors ce n'est pas une requête, Amiral en Chef, contacté les personnes compétentes et aptes à prendre des décision contrairement à vous. Je ne le dirais pas deux fois !

- …

- Oh. M'exclamai-je en m'arrêtant tandis que je quittais la pièce. Nous liguer les uns contre les autres, c'est très malin. Mais veillez à ne pas jouer à cela avec mon équipage, où vous le payerez cher. Et vous savez parfaitement à quoi vous en tenir avec moi.


Sortant du bureau de l'Amiral en Chef avec fracas, je pris le chemin inverse que j'avais emprunté un peu plus tôt, écumant silencieusement ma rage. Les Marines que je croisai prirent peur et s'écartèrent sur mon passage. Tous. Sauf un.

Celui-ci était assit sur une espèce de caisse qui traînait dans un des couloirs, une canne à la main. Le Marine aveugle. Mon sang ne fit qu'un tour en l'apercevant, accompagné d'une légère sensation de malaise omniprésente quand je sentais sa présence.

Non sans le surveiller du coin de l'œil, je continuai ma route en passant devant lui.

Comme un peu plus tôt, sa puissance semblait comme endormie. Pourtant, je voyais bien l'homme dangereux qu'il était vraiment. Je ne pus m'empêcher de poser la main sur mon Arc dans mon dos, prête à l'offensive.

- Ta perception est assez impressionnante, Demoiselle. Dit-il alors, me faisant m'arrêter. Malgré le fait qu'elle soit altérée.

- Altérée ? Fis-je alors en me retournant vers lui, ne comprenant pas.

- La colère. Je sens tant de colère en toi. Elle crie à la vengeance et au sang. Que t'est-il donc arrivé pour que la rage domine ainsi en toi ?

- Vous êtes un des nouveaux Amiraux.

- En effet, oui.

- Pour quelle raison devrais-je alors vous répondre ? Répondis-je pour le moins exaspérée.

- Aucune. Je suis juste curieux. M'expliqua-t-il, indifférent à mon agacement croissant. Comment une âme pure s'est vu ainsi corrompre par les ténèbres ?

- On m'a dit un jour « la perfection n'est pas dans les hommes, mais elle est parfois dans leurs intentions ». Je peine cependant à le croire, pour moi la perfection n'existe pas en ce monde. La pureté n'est qu'une illusion. Nous sommes tous souillés.

- Ton pessimisme est désarmant. Vois-tu toujours en pire chez les autres ?

- Il est vrai que la lumière naît des ténèbres, l'un est indissociable de l'autre. Mais dans un monde de ténèbres, la lumière peut-elle exister si personne ne veut la faire briller ? C'est une réalité. Telle est ma perception. Amiral. Le saluai-je finalement, mettant un terme à cet entretient pour le moins étrange.

- Je suis sûre que nous nous reverrons vite, Ojou-san. L'entendis-je dire après quelques instants de réflexion. Ta « réalité » n'est pas celle d'un Grand Corsaire après tout.

Sans lui répondre, je m'éloignais, souriant malgré moi face à ses paroles. Aveugle peut-être, mais pas aveuglé. Cet homme m'avait tout de même percé à jour.

Quand je sortis enfin du bâtiment, je fis immédiatement escortée par un quelconque Vice-Amiral que je ne connaissais pas. Ne le regardant, ni ne lui adressant la parole, je me dirigeai vers les quais d'un pas rageur, ma colère était revenue au galop quand je songeais à mon petit entretient avec l'Amiral en Chef.

Ce foutu Sakazuki ! Pour qui me prenait-il ! Faire ses basses besognes ! Et en plus pour m'attaquer à Don Quichotte Doflamingo ! Je savais parfaitement qu'il ne m'estimait pas beaucoup, mais de là à croire que j'allais me jeter dans la gueule du loup volontairement, et pour ses beaux yeux en plus !

Il ne manquerait plus que ça !

Retrouvant Lani qui n'avait pas bougé, mais jouait avec un gros morceau de viande entre les pattes, un marine l'avait certainement nourri pour lui éviter de servir de petit-déjeuner, je fus tout aussi exaspérée en voyant qui m'attendait.

Comme il l'avait dit, Mihawk m'attendait, patientant sur son navire amarrer non loin. Je savais parfaitement ce qu'il voulait et la conversation s'annonçait déjà stérile et fatigante. Ainsi, sans perdre plus de temps, je sifflai à l'encontre du Lion qui se transforma immédiatement en Griffon et grimpai sur son dos.

- Mihawk … Tentai-je de le résonner.

- Je veux voir ta Seconde. M'interrompit-il froidement.

- Vous ne ferez la connaissance d'Akemi que quand celle-ci l'aura décidé. Pas avant. Elle n'est pas prête à cela. Elle a … encore des vieux démons qui la poursuivent. Je suis sûre que vous pouvez comprendre.

Il me regarda pendant ce qui me sembla être une éternité, avec ce regard si particulier et si familier à la fois pour moi. J'avais l'impression de pouvoir lire en lui comme un livre ouvert, sa fille lui ressemblait tellement, aussi inaccessible et inexpressive. Mais j'avais appris depuis le temps à discerner la moindre parcelle d'émotion à travers ce masque froid. Ainsi, quand il hocha imperceptiblement de la tête, une lueur de déception mais aussi de compréhension brilla dans ses yeux, je décidai de m'envoler avec Lani.

Malgré moi, je me sentais coupable et … désolée pour lui.