Mirajane1 : Mettons ça sur le compte de l'intensité du moment. Que va devenir Grey ? Hum, surprise ;).


Disclaimer : Fairy Tail ne m'appartient pas.


ONZIÈME CONTACT


Comme elle l'avait prévu, Kana n'avait pas fermé les yeux de la nuit, tout comme Jubia qui était partie faire un tour dehors, afin d'extérioriser toutes les émotions un peu trop lourdes à supporter – une perte s'était amplement suffisant mais une deuxième ? Impossible de le concevoir –. Face à cette idée, la brune passa une main tremblante dans la crinière rosée de son camarade tandis que l'autre tenait fermement celle plus froide. Son torse se soulevait et s'abaissait lentement, au rythme des machines. Natsu était vraiment mal en point, sous assistance respiratoire avec un visage tuméfié. Malgré ça, il arborait une expression paisible – peut-être grâce aux médicaments –.

Ses yeux lilas étudièrent chaque détail de ses blessures apparentes – la culpabilité avait fini par lui flanquer une sacrée claque –.

Natsu avait tenté de les protéger même après le coup de couteau ayant déchiré sa chair. Et, comme si ça n'avait pas suffit, il avait fini avec plusieurs côtes brisées et une commotion cérébrale. Son était ne l'avantageait pas. Un organe avait manqué d'être percé. Être plongé dans une profonde inconscience n'allait pas lui épargner des futures souffrances.

Et après ce flagrant ras-de-marée de remords, l'impression d'être faible était arrivée.

Après tout, qu'avait-elle fait pour l'aider ? Elle avait crié, hurlé à la mort, s'était vainement débattue pour voir cette horrible scène se jouer. Tout ce dont elle avait été capable, c'était d'attendre quelqu'un d'assez courageux pour mettre fin à tout ça. Et sa prière avait été entendu. Apparus brusquement, comme des héros, ce grand blond et ces deux jeunes femmes avaient réussi à anéantir leur peur. Elle leur en était reconnaissante pour ça. S'ils n'étaient pas intervenus, nul doute que Natsu aurait péri. Tout comme elles.

Kana mordit sa lèvre tremblotante.

D'abord Grey puis maintenant lui ? Jouer avec la mort était si amusant ? Le premier s'était sacrifié avec autant de bravoure que le second. Ils étaient prêts à tout pour secourir ceux qu'ils aimaient tout comme ceux injustement traités. Aucune hésitation tentait leurs gestes remplis de confiance et d'énergie, de force, de modestie. Des mouvements reflétant qui ils étaient.

Une larme roula sur sa joue mais elle l'essuya très vite, presque vigoureusement.

Si elle avait été plus puissante, tout ça aurait pu se passer autrement, pas vrai ? Peut-être que Grey serait encore vivant. Peut-être que Natsu n'aurait pas fini sur ce lit, grièvement blessé. Après tout, le dicton disait bien que seuls les plus forts vivaient alors que les plus faibles disparaissaient, non ? Elle ne souhaitait pas être une personne faible, une personne qui devait être assistée. Elle en avait assez de cette situation, de sa situation. Peu importait par quels moyens mais, d'une façon ou d'une autre, Kana désirait devenir ce quelqu'un capable de changer le cours des choses.

Le demoiselle serra un peu plus la main de l'inconscient, déterminée, avec un feu nouveau brûlant dans ses entrailles.

Une main cogna doucement contre la porte métallique, attirant son attention. Son regard glissa vers le source du bruit pour découvrir une jeune femme adossée au cadran. Des cheveux noirs, plantureuse, une peau pâle, des yeux sombres mais pétillants de malice – elle était d'un genre à dégager quelque chose de rassurant, de doux et de familier –. Sa blouse blanche trahissait son appartenance, sans même parler de son badge à moitié caché dans la poche supérieure. Celles inférieures étaient occupées par ses mains qu'elle devinait fines et délicates.

« Et bien, que fais-tu ici ? »

Sa voix était calme. Elle ne vibrait pas sous les émotions. Plate mais grave, au vu des récents événements – elle aussi était affectée, même si elle tentait de le dissimuler sous une couche d'indifférence –. Son tutoiement était une approche pour la détendre, ce qui réussit. Ses muscles s'étaient ramollis et Kana remarqua pour la première fois que le dossier de la chaise était confortable.

La médecin s'approche d'une démarche sans doute chaloupée.

« J'attends qu'il ouvre les yeux pour lui passer un savon sur sa témérité. »

Elle esquissa un sourire amusé puis rejeta en arrière des mèches raides.

« Ton ami est dans un piteux état, il faut bien l'avouer mais… il paraît assez solide. Avec un peu de temps, il pourra s'en remettre. »

Natsu avait un organisme assez solide, un détail qui ôtait quelques doutes à l'avenir.

« Il est déjà midi et tu n'as rien dans le ventre, dit-elle soudainement. J'ai déjà envoyé Jubia au réfectoire. Si tu veux manger, c'est maintenant. »

Alberona hocha la tête. Ses prunelles jaugeaient encore le visage enfantin de cet ami trop intrépide mais si indispensable.

« Ne t'en fais pas, tu peux revenir autant que tu le souhaites. »

Il n'y avait pas grand monde dans les couloirs, sans doute à cause de l'heure. Ça ne la gênait pas. Même si elle appréciait la compagnie, en ce moment elle était bien plus préoccupée pour la santé des êtres qu'elle chérissait.

« Je suis Ultia, en passant. Ravie de te connaître… ?

- Kana. Kana Alberona. »

La susnommée Ultia fredonna de contentement, ravie de sa réponse bien qu'elle l'avait marmonnée. Elle évita un soldat, puis un second. Ils avaient l'air pressé. Après avoir passé une autre porte, elles entrèrent dans ce qui devait être le réfectoire. La pièce était grande et remplie. L'atmosphère était lourde, même si parfois des rires fusaient faute d'une pitrerie.

« Gerald ! »

Le brusque exclamation fit sursauter Kana qui, comme un robot, avait suivi la nouvelle connaissance. Elle avait entre ses mains son plateau avec de la nourriture très peu appétissante – mais c'était mieux que rien –.

« Hé ! Je t'interdit de m'ignorer ! »

Ultia la guida vers une table où elle put y apercevoir Jubia ainsi que leurs sauveurs. Elles s'installèrent, la médecin à côté d'un jeune homme qui devait être Gerald. Lui aussi était dans l'hélicoptère. Elle le reconnaissais facilement avec cette marque aux somptueuses arabesques.

« … non mais tu t'es vu ?!...

- … je ne suis pas une loque…

- … c'est quoi cette nouvelle blessure hein ?!…

- … tu vas me lâcher oui !… »

Un sourire fendit ses lèvres. Et ce n'était pas la seule. Après un rapide coup d'œil, elle fut éblouie par la mine détendue se dessinant sur les traits de chacun. Même Jubia qui était assise en face d'elle – aussitôt, son cœur se gonfla de chaleur –. Le temps passait. Elle mangea, trifouillant dans son assiette composée de purée, de deux bouts de viande et d'un peu de légumes trop cuits.

La brune leva les yeux de son assiette pour capturer une scène qui se voulait discrète – chose difficile vu la manière dont Erza avait de dévorer du regard le militaire devant elle. Ce petit écart n'était pas passé inaperçu mais personne ne s'y attarda. Gerald s'était débarrassé d'une Ultia à l'humeur peut-être trop taquine et avait pris la parole, juste après avoir avalé un morceau de pomme.

« Nous ne pouvons pas garder des civils ici. »

Mirajane avait haussé un sourcil sans rien dire. Sa main s'était juste glissée dans celle plus grande du blond. Leurs doigts s'étaient entrelacés avec une tendresse réconfortante. La rousse soupire, son menton planté dans le creux de sa pomme. Jubia avait relevé la tête.

« Tu peux au moins expliquer la raison ?, marmonna son amie.

- Tout le monde remplit une fonction sauf vous. Peu on la possibilité de séjourner dans un lieu sécurisé et, lorsque c'est le cas, ils doivent automatiquement contribuer.

- Tu as une proposition à nous faire ?, s'enquit Erza en se redressant.

- Oui, répondit-il en la fixant. Vous apprenez les bases d'une bonne défense, ainsi que le maniement des armes à feu et des attaques au corps-à-corps. Suivant vos résultats, vous serez dans une bonne position pour prétendre nous aider.

- Et dans le cas contraire ?

- Votre séjour ici sera plus court que prévu. »

Ses canines se plantèrent dans la chair du fruit puis ses dents croquèrent un nouveau morceau. Le bruit était feutré et ne dérangea pas le tumulte de ses pensées. Cette offre était inestimable. C'était un moyen comme celui-ci que Kana avait désespérément voulu. Une occasion de vaincre ses démons et de devenir forte.

Une nouvelle façon de protéger ses camarades.

Sa décision était prise.

« Je marche. »


« Pourquoi fais-tu ce boulot ? »

Loki soupira pour la énième fois en cinq minutes. Cette question le taraudait, faute de ne se l'être jamais posée. Pourquoi ce métier ? Qu'est-ce que ça pouvait bien lui apporter ? Il connaissait la réponse au fond de lui – il évitait juste d'y songer, par peur de raviver des souvenirs trop douloureux –. Sauf que c'était trop tard. Derrière cette barrière visant à lui éviter des souffrances trop brutales, il revoyait son visage.

« Oh, tu es toujours là ou quoi ? »

Jenny Realight, mannequin connu et égérie d'une prestigieuse marque de parfum, n'était pas connue pour sa patience. Il ressortit de ses pensées tourmentées pour se focaliser sur elle, tout en gardant un œil sur la fille de son client. D'ailleurs, où était partie Lucy ? Elle était là il y avait à peine cinq minutes !

Il ne s'attarda pas face à l'expression outrée que la jeune femme avait affiché mais partit plutôt arpenter la villa. Elle n'était pas l'imposant bâtiment. Il ne restait plus que le jardin. Et, effectivement, elle était bien là. Elle ratissait de près le mur en béton. Elle avait l'air concentrée et déterminée. Malheureusement pour elle, elle espérait une douce illusion.

« Lucy ! »

La concernée sursauta et se retourna vers lui, en manquant de trébucher. Elle passa une main sur sa nuque puis le rejoignit d'un pas léger, l'air de rien.

« Tu peux me dire ce que tu es en train de faire ?

- Et bien… j'admire cette merveilleuse structure, évidemment. »

Son sarcasme était palpable.

« Suis-moi. Je te rappelle que ton père désire te voir à une certaine heure.
- Tu avais l'air si occupé que je n'ai pas osé te déranger. »

Nouvelle pique.

Rester calme.

« Allons-y. »

Leurs pas étaient lents. Ce n'était pas très loin. Ils ignorèrent le bruit des hélices fendant l'air – sans doute de nouvelles personnes débarquant sur l'île – . Ils avaient juste à tourner vers le couloir et ils étaient arrivés.

Mais rien ne se produisait comme prévu, désormais.