Chapitre 11. Cause you had a bad day.
- Encore une fois, c'était sympa de disctuer avec toi, déclare Suzie. On se verra sûrement demain.
- Oui, bonne soirée et à demain, je répond.
Je regarde Suzie la douce, la discrète, la gentille, s'éloigner et quitter la bibliothèque de Beauxbâtons. Depuis que je passe plus de temps avec elle, je dois dire que j'ai presque fini par rattraper le retard accumulé au niveau de mes devoirs depuis le début du tournoi.
Et encore, il me reste un devoir maison de sortilèges et un sujet blanc d'histoire de la magie. Soupirant, je me replonge dans la tonne de parchemin, de livre et de devoirs qui jonchent ma table.
Une heure plus tard, la bilbiothèque ferme et je quitte cette pièce si claire et lumineuse, comparée à celle de Poudlard. Beauxbâton est une belle école. Mais, jamais je ne renierai Poudlard, ce château, c'est toute ma vie, c'est ma deuxième maison. J'adore mon père, mon grand-père, ma famille, mais Poudlard est aussi un lieu phare de ma vie, où j'y ai recontré les personnes dont je suis le plus proche.
Dont j'étais le plus proche ? Séraphin continue de s'éloigner d'Evey et moi, ou alors c'est nous qui nous éloignons de lui ? Il est aveugle et ne se rend pas compte qu'il nous écrase avec sa lumière, sa gloire, sa richesse, sa beauté, sa perfection. Je n'ai pas envie de rester dans son ombre et Evey n'a pas envie de le voir embrasser et caliner sa stupide copine devant nos yeux.
Je me rend à la volière pour poster les devoirs que j'ai terminé aux professeurs qui sont restés à Poudlard. Je me demande comment va le château, ce qu'il s'y passe. Toute l'ambiance de Poudlard commence à me manquer vraiment. La volière de Beauxbâtons est tellement plus propre que celle de Poudlard, comme tout le château d'ailleurs. À Poudlard, des fientes ornent le sol, des graines pour nourrir les oiseaux vous tombent dans les cheveux lorsque que vous voulez envoyer la moindre lettre. Ici, tout est lisse, clair, étincelant et propre.
À l'inverse de ma vie, qui est de plus en plus fouillis. Dire que je suis arrivée à Beauxbâtons avec mes deux meilleurs amis, Séraphin et Evey. Nous devions nous aider pour le Tournoi, nous présenter ensemble, nous soutenir et partager nos gains pour réaliser nos rêves. Séraphin voulait être célébre et rendre sa famille fière. Je voulais juste un peu d'argent pour me payer ma formation, voire même ouvrir mon propre restaurant. Je voulais juste avoir ma propre vie. Et Evey, elle, rêvait de séduire Séraphin.
Cet imbécile a eu sa célébrité, et voilà que nous n'étions plus rien pour lui, seulement deux filles avec qui il pouvait traîner quand ses nouveaux amis n'étaient pas là. Par ses nouveaux amis, j'entend Philémon et bien sûr cette peste d'Etty Snicket.
Et quand on pense au diable, voilà qu'il frappe à la porte. Etty Snicket, un colis à la main, monte gracieusement les escaliers menant à la volière. Elle porte une robe aux couleurs de Beauxbâtons et elle se fond parfaitement dans le décor.
- Tiens Malefoy, tu viens passer du temps avec tes congénères ? Quoique, je suppose que ces volatiles ont un QI plus élevé que le tien, me lance-t-elle.
- Tu n'as trouvé que ça à répliquer, Snicket ? Je tiens à te dire que quelque soit l'état de mon QI, je n'ai jamais usé de mes charmes physiques pour obtenir ce que je désirais.
- Tu peux développer ? s'exclame Snicket.
- En sixième année, tout le monde sait que tu as dragué le professeur de Défense contre les forces du mal pour avoir un Optimal aux examens de fin d'année, je rétorque.
- C'est complétement stupide, tu as vraiment le cerveau cramé, ma pauvre.
Sur ces mots, elle monte les dernières marches qui nous sépare, me bouscule, et rentre dans la volière.
- C'est ça, casses-toi, vieille harpie, je marmonne.
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Lorsque je pousse la porte du dortoir, je trouve Evey en pleine session test de maquillage. Depuis qu'elle a décidé de changer, elle passe son temps à essayer de nouveaux vêtements, de nouvelles coiffures ou des maquillages originaux. Elle fait tout pour que Séraphin la remarque, mais on dirait plutôt qu'il ne s'en éloigne encore plus.
Et moi, je ne change pas, jamais. Je reste éternellement Elladore, la bonne copine. Je ne suis même pas devenue Bloody-Elladora, comme je le voulais, comme je me le promettais.
Mon grand-père Scorpius m'a toujours raconté que les Malefoy étaient une grande famille puissante de sorciers au sang-pur, une dynastie parmi les familles sorcières aisées, des personnes respectées et ayant souvent des postes haut placés. Et voilà, j'en suis l'héritière. Et quelle héritière !
La deuxième génération de Malefoy dont le sang n'est plus pur. Ma grand-mère, Veronica Rivers, était une moldue. Le grand amour de mon grand-père. Pour elle, il a choisi de laisser sa famille, la place qu'il aurait pu avoir, la vie qu'il aurait du avoir. Il a tout laissé tomber. C'est beau, c'est grand, un amour comme celui-ci.
Malgré le fait que les autres branches de la grande famille Malefoy, de toutes les familles sorcières de sang-pur, aient renié ma famille, mon père est attaché au tradition. Et c'est bien contre la volonté de son propre père qu'il a choisi de nommer ses trois enfants Elladora, Cassandra et Pollux. Des prénoms de sorciers de sang pur, de grands sorciers.
Ma famille, ma vraie famille, c'est-à-dire, mon père, mon grand-père, mon frère et ma sœur, a mauvaise réputation. Pourquoi ? Sans raison. Il n'y a pas souvent de raison aux choses.
Est-ce qu'il y a une raison à l'amour éperdu d'Evey pour Séraphin, alors qu'il est devenu si prétentieux ? Quand je repense à l'année dernière, il inventait toujours les meilleures – ou les pires, tout dépend du point de vue - blagues pour nous remonter le moral, et aujourd'hui ? Il ne reste qu'avec Etty Snicket.
Est-ce qu'il y a une raison à la haine d'Amelia Potter pour moi ? Je ne crois pas, ou du moins, je ne la sais pas. Cette fille si fermée, solitaire, presque aristocratique, je ne comprends pas ce qu'elle pense, ce qu'elle ressent. Cette fille que j'aurais pu être, si j'avais été plus comme le reste de la famille Malefoy.
Mais non, ma branche familiale à moi est plus pauvre, plus simple, plus moldu, peut-être plus chaleureuse aussi. Je ne suis ni populaire, ni riche, qu'est-ce qui peut faire qu'Amelia Potter me haïsse tant ?
Perdue dans mes pensées, encore une fois aujourd'hui, je remarque à peine Evey qui me fait signe de venir dans la salle de bain.
- Tu peux m'aider à me coiffer, s'il te plaît ? me demande-t-elle.
- Oui, bien sûr, je répond.
Elladora Malefoy, la bonne copine. Qui l'eût cru ?
- Tu as l'air pensive, qu'est-ce qui se passe ? me demande-t-elle.
Oui, Evey Walsh n'est pas ma meilleure amie pour rien. Elle sait si je vais mal ou pas. Et je sais qu'elle peut me comprendre, parce que c'est mon amie et du fait de son histoire familiale. Mais je ne sais pas si j'ai le courage, la volonté d'en parler aujourd'hui. Cela fait si longtemps que je garde ce secret enfoui au fond de moi. Ces mots qui n'ont jamais franchi mes lèvres.
- Rien, rien, je répond.
- C'est cela, prends moi pour une idiote.
- Mais non, tu sais bien que je ne ferais pas ça, dis-je.
Je donne quelques coups de brosse sur les cheveux d'Evey, puis je sors le spray démélant de Miss Carol, une marque américaine très en vogue. Je suis sûre qu'Eileen doit s'en servir tout le temps. J'ai beau ne pas la connaître depuis longtemps, elle me manque un peu, même beaucoup, la Française.
Elle est si proche de tout découvrir. Ses questions à la soirée m'avaient fait si peur. Mais aujourd'hui, après la Seconde Tâche, elle a dû tout oublier, je pense. J'espère.
- Ella, j'en ai marre que tu ne me dises jamais rien. Je vois bien qu'il y a quelque chose qui te perturbe et j'en ai marre que tu ne me fasses pas confiance. Il paraît que je suis ta meilleure amie, n'es-tu pas sensée croire en ma sincérité ? Ne puis-je pas être un soutien pour toi ? s'énerve Evey.
Elle se retourne, et de surprise face à sa colère, je lâche la brosse à cheveux. Elle vient cogner le carrelage blanc de la salle de bain dans un bruit sourd. J'ai rarement vu Evey s'énerver ainsi. Je sais qu'elle peut parfois exploser sans que l'on s'y attende, malgré son air éternellement calme et posé. C'est une vraie bombe à rettardement, mais j'ignore ce que j'ai fait pour la déclencher.
- Evey, je n'ai pas envie de parler de ça maintenant, dis-je.
- Tu n'as jamais envie de parler avec moi, en fait. C'est une amitié à sens unique que nous avons, mais je ne comprends pas ce que tu as à y gagner.
- Non, arrêtes avec ça, tu m'énerves à sortir des stupidités pareilles ! je m'exclame.
- Moi, je t'énerve ? C'est un comble ! Mademoiselle qui ne sait pas se confier et qui est incapable de faire confiance. Tu seras toujours méfiante ainsi, ou un jour tu croieras vraiment en moi ? me demande Evey.
Je ramasse la brosse à cheveux et la pose sur le rebord du lavabo. Mon visage dans le miroir me renvoit des yeux gris fatigués et des cheveux mal coiffés. Je ne ressemble à rien, alors qu'Evey est parfaitement maquillé et porte un joli chignon. Si je ne croyais pas en elle, je ne l'aiderais pas à séduire à Séraphin, à se sentir belle, à avoir plus en confiance en elle.
Je crois en elle, mais elle ne le voit pas.
Je suis lasse de me battre, de mentir et de me cacher. Mais, je n'ai pas envie qu'on me force la main. Je n'ai pas envie d'être obligée de confier mes secrets.
Je quitte la salle de bain, sous les hurlements d'Evey qui me dit que cette discussion n'est pas terminée, mais je l'ignore.
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Evey est toujours dans la salle de bain lorsque l'heure du repas approche. Je quitte le dortoir sans l'attendre, supposant qu'elle n'a pas spécialement envie de me parler. Pour la première fois depuis que je connais Evey Walsh, je n'ai pas envie de la voir.
Je l'ai toujours adorée, je l'ai protégée quand elle a eu des problème vis-à-vis de sa famille, je l'ai soutenue quand elle m'a avoué pour Séraphin. Je ne peux plus me battre pour quelqu'un qui ne veut pas de moi dans son combat.
Le réfectoire de Beauxbâtons est, comme toujours, baigné d'un halo de lumière. Les élèves des trois écoles mangents autour des petites tables rondes et discutent dans un brouahah agréable. Au fond de la salle, je repère une table vide et je me dirige d'un pas ferme vers ce refuge. C'est comme si je portais des oeillières, ignorant le reste du monde, ignorant la présence potentielle de personnes que je connais.
J'aperçois tout de même Eileen qui me fait un signe depuis l'autre côté de la salle, mais je ne suis pas sûre d'avoir très envie de manger avec elle et ses copines. J'ai envie de parler avec Eileen, de passer outre cette période où je ne lui ai pas adressée la parole juste par peur qu'elle sache ce que je cache au fond de moi. J'ai envie de lui parler, vraiment.
Mais par ce soir. La nourriture, voilà bien la seule chose capable de me réconforter en cette journée. Je salive d'avance en voyant les œufs pochés que dégustent les élèves qui sont déjà à table.
Je suis à peine installée et prête à savourer mon repas, à laisser tout le goût de la cuisine française envahir mon palais, quand Séraphin s'assied en face de moi.
- Je n'en peux plus, déclare-t-il.
- Oui, moi de même, je meurs de faim.
Ma fourchette vient crever un des œufs et répandre le jaune dans l'assiette.
- Ella, tu ne changeras jamais ! s'exclame-t-il.
- Et toi de même, toujours prompt à parler alors qu'il est l'heure de manger.
Fière de ma réplique, je porte ma fourchette à mes lèvres et goûte ce fameux œuf.
- Je voudrais que nous nous réconcilions, que nous soyons amis comme avant, commence Séraphin.
Il marque un silence, attendant probablement que je rétorque, mais, et c'est dommage pour lui, je ne suis pas décidée à parler. Je veux seulement manger mon dîner dans le calme, puis retourner dans mon dortoir, tout ça en évitant absolument tout contact humain. Mais, je crois que c'était trop demander à Merlin.
- Je ne comprends pas ce qui a pu se passer pour que nous nous éloignions autant.
Qu'est-ce que j'ai fait à Merlin pour mériter ça ?
- Tu avais promis que ce Tournoi nous le ferions à deux, que nous partagerions tout, tu avais compris que j'avais besoin de cette victoire et de cet argent pour m'en sortir, pour réaliser mes rêves. Tu es déjà riche et célèbre, ta famille est déjà fière de toi, mais comme à ton habitude, tu as voulu être sur le devant de la scène, je lâche alors. Tu ne te rends pas compte à quel point tu nous écrases parfois.
Séraphin est scotché, il garde la bouche ouverte, ne sachant pas quoi répondre. Il finit par reprendre contenance, et au moment où je vois qu'il va parler, je reprend ma tirade.
- De plus, tu sors avec Etty Snicket, alors qu'elle s'est déjà battue avec Evey et qu'elles se détestent. Snicket ne respecte pas Evey ni sa famille originale, elle ne me respecte pas non plus du fait de mes origines. Ta copine déteste tes amies, et tu l'as choisi, elle. Assumes les conséquences de tes actes.
- Tu délires complétement, Ella, déclare Séraphin. Vous me manquez, et j'ai besoin de vous parler.
- De quoi tu voudrais nous parler ? De ton bonheur avec Snicket ? On s'en fout de ça, je rétorque.
- De Bjorn Ingvald.
Je ne peux pas dire que je ne suis pas surprise. Je ne sais même pas qui est ce type. D'après son nom, je suppose qu'il vient de l'école de Durmstrang, mais pourquoi Séraphin me parle-t-il de lui ?
- Ce type m'a fait des avances, m'explique Séraphin, c'est dingue non ? Je t'assure que je n'ai pas compris pourquoi, mais apparemment, il me trouve attirant.
C'est… dingue. Ne pas se laisser distraire.
- Comme toujours, tu ne penses qu'à toi, ne te demandant pas si tu peux faire du mal à quelqu'un à travers ton comportement. Tu fais du mal à Evey particulièrement, et en disant cela, tu fais souffrir Snicket et Evey.
- Pourquoi Evey ? me questionne Séraphin.
Oups. J'ai peut-être parlé trop vite, il va finir par se poser des questions. Mais franchement, qu'est-ce qu'il vient me raconter qu'un élève de Durmstrang l'a dragué ? En quoi est-ce que cela me regarde ? Je suis sensée être sa meilleure amie, mais il m'ignore. Qu'il en parle à Marvel Goyle ou Philémon Weasley. Pourquoi à moi ?
Elladora Malefoy, la bonne copine. On en revient toujours à ça.
- Séraphin, je n'ai pas envie de te parler. Pas tant que tu n'auras pas compris ce qu'Evey et moi te reprochons. Quand tu auras pris conscience du mal que tu nous as fait, il se peut que nous te pardonnions.
Sur ces paroles, je me lève, laissant un cadavre d'œuf poché dans mon assiette. J'emporte un muffin à la pomme et un cupcake à la framboise dans mes poches, pour aller les savourer en paix. Une fois debout et prête à partir, je me retourne une dernière fois.
- Et encore, ce n'est pas sûr que nous puissions te pardonner un jour.
J'espère que ces paroles lui mettront un peu la pression et lui feront prendre conscience de ce qu'il nous a fait. Je lui en veut tellement.
Une fois le réfectoire derrière moi, je me dirige vers l'extérieur. Il fait un peu froid, mais, au moins, je serais tranquille pour dévorer mon dessert. Un jour, je me le promets, j'aurais mon restaurant. Et je cuisinerais des desserts tellement dément qu'ils rendront dépendants tous ceux qui les goûterons.
Je croque dans mon muffin et les parfums m'envahissent, ravissent mes papilles gustatives.
- Toujours à bouffer, la grognasse.
La voix dure d'Amelia Potter atteint mes oreilles alors qu'elle marche pour rentrer dans le château. Je ne rétorque même pas. Laissez-moi tranquille.
Vivement que je révise avec Suzie demain.
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- À quoi sert la purée de roses jaunes ? m'interroge Suzie.
- Aux potions de joie.
Elle hoche la tête, me signifiant une bonne réponse. Nous nous sommes installés dans le réfectoire, qui reste ouvert durant la journée, à Beauxbâtons. Aujourd'hui, Suzie m'a proposé de me faire réciter mes cours de potions, pour prendre de l'avance sur mes révisions d'ASPICS. Bien sûr, j'ai accepté. Je n'avais pas envie de passer encore une journée enfermée à la bibliothèque. Suzie a donc pris des parchemins et mes livres et les tient bien face à elle, m'empêchant même d'essayer de tricher.
- Dans quelles potions utilise-t-on les noisettes de centaure ?
- Dans les toniques de régime, je répond.
- Qu'est-ce que l'amortentia ? me questionne Suzie.
- Un philtre d'amour.
Suzie tourne quelques pages, cherchant de nouvelles questions à me poser. Heureusement que je ne me suis engueulée avec elle, qu'est-ce que je ferais sinon ! Elle me motive à réviser, elle me motive à aller me promener pour faire une pause, elle me motive tout court.
- Elladora ? nous interrompte la voix d'Eileen.
Inspirant un grand coup, je me tourne, souriante.
- Je peux te parler ?
Si l'on ne se parle plus, c'est de ma faute, et c'est elle qui ose faire le premier pas. Je dois bien lui reconnaître le courage qu'on lui prête depuis la Seconde Tâche.
- Elie, je suis contente de te voir, dis-je.
- Je vais vous laisser, déclare Suzie, se levant. Prends ma place, Eileen.
Celle-ci hoche la tête et s'assied face à moi. Il est temps de s'expliquer.
