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Chapitre 11 : OTHALA
Sirius reporta son attention sur la lettre. Il était trop tard pour reculer maintenant. Et il était plus que temps qu'il sache ce que son frère voulait lui dire. La lettre avait au moins attendu près d'une quinzaine d'années et c'était maintenant celle d'un mort…
Sirius,
Je suppose que tu dois être étonné de recevoir cette lettre. Encore plus si tu as appris ma mort. Car je ne me fais pas d'illusion je vais mourir et dans peu de temps. Mais cela n'a pas d'importance, plus maintenant… J'ai eu la chance de pouvoir la voir au moins une fois et de la mettre à l'abri, c'est la seule chose qui compte… Pour ce qui est de ma mort justement… Ne t'en veux pas. Ne t'en veux pas de ne pas avoir voulu me parler, je comprends. Comment aurais-tu pu savoir ? Et je n'ai jamais voulu que tu m'aides à m'en sortir. Il est trop tard pour moi ! Mais ça n'a pas d'importance, j'ai choisi ! En fait, mon choix s'est fait il y a quelques mois déjà… C'est étonnant quand on y pense, c'était la première fois que je faisais vraiment un choix et j'ai mis un certain temps à le comprendre… Pourtant… En fait, c'était de cela que je voulais te parler hier mais ce n'est pas grave. L'important c'est que tu aies cette lettre…
Je suppose que tu n'y comprends rien. Il faut dire que je suis loin d'être clair et cela fait tellement de temps que nous ne sommes plus proches… pour autant que nous l'ayons jamais été… Je t'ai toujours admiré tu sais… Tu étais mon grand-frère… Mais je ne te comprenais pas. J'ai mis tellement de temps à comprendre qu'on pouvait choisir de soi-même de se compliquer la vie, de s'attirer souffrance et douleur parce qu'il y a des choses qui comptent bien plus que soi-même… Je n'ai jamais été courageux. J'ai toujours eu peur de souffrir et peut-être plus encore de décevoir… Et j'ai déçu la seule personne qui pourrait être un jour fière de moi… toi. J'ai compris il y a quelques temps déjà que notre chère famille ne pourrait jamais être fière de moi. Pas parce que j'étais moins doué que toi mais parce que tu étais l'aîné ! C'est étrange de se dire que si les choses avaient été inversées, j'aurai à peine encouru des reniflements désapprobateurs… Parce que le seul qui peut compter dans notre famille stupide, c'est l'aîné, l'héritier ! Et oui tu vois, j'ai fini par comprendre à quel point notre société de noble sang-pur était stupide, étriquée et rétrograde… Et comme pour beaucoup de choses… il n'y a pas de retour…
Mais j'écris, j'écris et tu ne sais toujours pas ce que je voulais te dire… C'est juste que j'aimerai qu'un jour, peut-être quand le temps aura passé, tu puisses me pardonner et peut-être… être un peu fier de moi… de ce que j'ai été…
Je pense qu'il vaudrait mieux que je commence par le début. Te souviens-tu des enfants Weird ? Sans doute pas, ils étaient tous les trois à Serpentard et ne se faisaient pas remarquer. Mais tu connais ce nom bien sûr ! Edouard Weird, Malemort, est l'amant de Voldemort après tout ! Mais ce n'est pas de lui que je veux te parler, du moins pas encore. Comme tu le sais peut-être, il a eu trois enfants : Artus, l'aîné qui a un an de plus que toi et les deux jumeaux Lancelot et Morganna, âgés d'un an de moins que moi. Ce qui est étonnant c'est qu'aucun des trois enfants d'un homme si proche de Voldemort n'aient jamais été mangemort. Et au final, on pourra dire qu'ils se sont opposés à lui… Mais je m'éloigne du sujet, quoique…
Je suis tombé amoureux de Morganna. Le genre de sentiment que je n'aurais jamais crû pouvoir ressentir… C'est idiot à écrire mais le jour où je suis tombé amoureux d'elle, tout a changé et c'est ainsi que tout a commencé. C'est pour elle que je suis devenu mangemort. Oh pas parce qu'elle me l'a demandé, loin de là, elle me l'a reproché… un peu… on s'aimait… Mais parce que je pensais qu'ainsi je pourrais la protéger… Je sais c'était idiot et cela n'aura probablement fait qu'empirer les choses…
Désolé, c'est difficile de repenser à tout cela… J'ai parfois l'impression d'être l'un des héros d'une de ces tragédies antiques que tu me lisais quand nous étions petits… Tu sais ces héros qui quoi qu'ils fassent étaient toujours prisonniers de leur destin tragique… Tu te rappelles, quand tu refermais le livre, tu disais toujours que si ça avait été toi, les choses ne se seraient pas passées ainsi, que tu aurais tout changé et que personne n'aurait pu t'imposer quoi que ce soit, pas même des dieux ? J'espère que c'est vrai Sirius, j'espère vraiment que tu es ce genre de héros que leur volonté et leurs aptitudes portent à la victoire comme je le croyais quand j'étais petit… Parce que j'ai besoin que tu sois ce héros, pas pour moi, mais pour le futur… et l'espoir… J'ai besoin de pouvoir croire que la famille Black n'est pas irrémédiablement maudite et ne porte pas en elle, à l'égal de la société des sang-pur, les germes de sa propre destruction… On finit par être lucide mais l'espoir perdure…
Mais revenons à mon histoire. Je suis tombé amoureux de Morganna lors de ma sixième année et nous nous sommes arrangés pour garder cela secret, enfin sauf pour ses frères… Même en temps que mangemort, je doutais d'être assez bien pour son père et il m'a toujours paru dangereux… Je sais maintenant à quel point mes pressentiments étaient justes… Et puisque nous ne pouvions nous marier, nous avons décidé d'envoyer paître toutes ces vieilles traditions et c'est là que tout a commencé… Parce que Morganna est tombée enceinte. Malgré tous les problèmes que cela allait nous poser, je n'ai pas pu m'empêcher d'être fou de joie. Je m'étais promis d'offrir à ce petit être la meilleure enfance qui puisse exister, je voulais faire de sa vie un rêve, le contraire de ce qu'avait été la nôtre… La réalité et la guerre m'ont rapidement rattrapé mais malgré tout… alors que je regarde ma petite fille dormir, je ne peux m'empêcher d'espérer qu'un jour cette guerre se termine… Même si je sais que je ne la reverrais plus… Elle est née exactement un mois après l'enfant dont tu es le parrain… Pourras-tu l'aimer malgré moi et le reste ? Je ne peux que l'espérer…
Il faut que je revienne à ce qui s'est passé. C'est tellement difficile… Le père de Morganna a fini par apprendre qu'elle était enceinte et c'est à partir de ce moment-là que je me suis demandé s'il n'était pas pire que Voldemort, au moins lui n'a pas d'enfants qu'il s'est plût à détruire… Une idée effroyable, abominable a grandi dans son esprit… Il a voulu utiliser mon enfant, mon bébé pour en faire une arme pour son amant. Mais je ne le laisserais jamais faire ! Il a enfermé sa fille et a forcé, je ne sais comment mais c'est un homme vraiment puissant, un vampire à la mordre et à faire d'elle une vampire… Tu sais qu'aucun vampire ne mordrait jamais une femme enceinte, cela briserait toutes les lois de la nature et de la vie et cela le maudirait… Il y aurait risque que de la non-vie naisse la vie… Et même si cela se produisait n'importe quel vampire aurait, par instinct, détruit la mère et l'enfant qu'elle attendait. Malemort le savait aussi. Et il savait ce qu'il faisait. Non seulement il a surveillé la vampire qu'était devenue Morganna pour qu'elle ne fasse rien à l'enfant qu'elle attendait mais il avait aussi choisi avec grand soin le vampire qui l'a mordue… Il s'agit de Sythor, le fils et héritier de Gallathéo, le roi des vampires… Et du fait que Sythor a mordu Morganna et fait d'elle une vampire, non seulement ils sont liés mais Sythor est lié à ma fille. Et si elle meurt… lui aussi. Ce qui fait que d'une certaine manière, elle est sous la protection du roi des vampires… C'est bien le seul avantage avec lequel elle sera née… et encore… Nous avons réussi à récupérer Morganna et ma fille le lendemain de sa naissance. Morganna est immédiatement partie rejoindre les vampires. C'est peut-être pour ça que ma mort prochaine m'émeut si peu… la femme que j'aimais est morte et celle que j'ai libérée est plus une inconnue qu'autre chose…
Demain Artus et Lancelot vont partir avec ma fille. C'est la seule solution, il ne faut surtout pas qu'elle puisse tomber entre les mains de Malemort ou de Voldemort. Je regrette de ne pouvoir la connaître mais c'est la seule solution pour qu'elle ait une chance de vivre un peu heureuse… Ses oncles maternels vont s'occuper d'elle mais… j'aurai aimé que quelqu'un puisse lui parler de la famille de son père, qu'elle sache que sa famille paternelle n'était pas qu'un ramassis de mangemorts ou de sang-purs aux idées racistes et minables… J'aurai aimé que… tu puisses l'aimer et la protéger à ma place… Mais si tu le fais, que ce ne soit pas par devoir ou par remords, que ce ne soit pas pour moi mais uniquement pour elle ! Je suis sûre qu'elle le mérite !
Si tu revois Artus et Lancelot, et si la guerre n'a toujours pas pris fin… j'ai occupé mes derniers jours à réunir des informations pour lutter contre Voldemort et je leur ai tout confié. Si au moins quelque chose dans ma vie pouvait aider…
Adieu mon frère, que tu sois libre de ton destin et que ma fille puisse incarner un autre avenir pour la famille Black… Au fait, je l'ai appelé Hoéla, tu comprends pourquoi je suppose…
Régulus Altaïr Black
Alors que ses yeux étaient toujours fixés sur la lettre, Sirius s'aperçut qu'une larme avait tracé son chemin sur son visage. Une unique larme pour une foule de souvenirs et de regrets…
Cela expliquait bien des choses… Et bien sûr qu'il lui pardonnait, il l'avait déjà fait depuis longtemps… Au moins Azkaban lui avait permis de réfléchir à ses erreurs, toutes ses erreurs… Et il était fier de lui. Vraiment ! Là où il était maintenant, il espérait qu'il pouvait l'entendre et qu'il pouvait voir dans son cœur à quel point il était sincère…
Sirius finit par se rappeler qu'il n'était pas seul et il releva la tête, constatant que tous le fixaient en silence et l'air aussi surpris qu'inquiet. Il se mordit les lèvres, s'efforçant de se calmer, puis se tourna vers Hoéla.
Tu sais… ce qu'il y a dans cette lettre ? demanda-t-il sans parvenir à empêcher l'émotion de lui serrer la gorge.
L'adolescente hocha lentement la tête.
Je m'en doute… mais je ne l'ai jamais lue.
Bien…
Sirius respira profondément. Il avait une nièce, elle était sa nièce… La vie était parfois bien étrange… et le monde si petit…
Tu permets qu'ils la lisent ? demanda-t-il finalement, trop troublé pour empêcher sa voix d'être tremblotante.
Bien sûr…
Sirius fit passer la lettre à Rémus qui s'en saisit avec circonspection. Séverus s'approcha pour lire par-dessus son épaule pendant que Harry les regardait d'un air confus.
Sirius se laissa tomber sur une chaise. Confus, lui aussi l'était et pas qu'un peu ! Son frère lui avait fait parvenir un message par-delà la mort… Près de quinze ans après sa mort, le lendemain de la rédaction de cette lettre… Cela aurait-il changé quelque chose s'il l'avait eue plus tôt ? Aurait-il pu lui pardonner ou le temps qui s'était écoulé avait-il été nécessaire pour apaiser sa rancœur, sa déception ? Sirius ne savait pas, ne savait plus. Cela n'avait pas d'importance… Il fallait qu'il se reprenne…
Où sont tes oncles ? demanda-t-il alors que Rémus et Séverus avaient terminé leur lecture et relevaient la tête, assez horrifiés.
Ce sont des ombres, répondit l'adolescente d'une voix neutre.
Sirius écarquilla les yeux et il entendit Séverus jurer.
C'est Malemort qui les a changés en ombres, expliqua Hoéla.
C'est quoi des ombres ? demanda presque en même temps Harry. Et c'est qui Malemort ?
Sirius commença par lui tendre la lettre et attendit en silence qu'il l'ait lue. Tout le monde était tourné vers Harry, attendant sa réaction. L'adolescent finit par relever la tête, l'air confus.
Je ne pense pas avoir tout compris, dit-il.
Comme tu as pu le lire, Malemort est l'amant de Voldemort… commença Sirius.
Etait, rectifia Hoéla.
Sirius tourna vers elle un regard surpris.
Habituellement, on parle des morts à l'imparfait, non ?
Il est mort ? s'étonna Séverus. Vous êtes sûre ?
Parfaitement sûre. Je l'ai tué, expliqua calmement l'adolescente.
Quoi ! s'écrièrent-ils tous en même temps.
Est-ce que tu pourrais tout nous expliquer depuis le début ? demanda Sirius en se rasseyant.
L'adolescente haussa les épaules et commença son récit.
Mes oncles m'ont emmenée loin d'Angleterre alors que j'avais à peine quelques jours. On a été dans de nombreux pays, soit du côté moldu, soit du côté sorcier, on ne restait jamais très longtemps parce que, même après la disparition de Voldemort, Malemort et certains mangemorts qui étaient à son service nous pourchassaient. On a dû faire plusieurs fois le tour du monde à cause d'eux… Seulement un jour, il y a un peu plus de quatre ans, ils nous ont retrouvés et conduits à Malemort. Il voulait que je développe mes pouvoirs vampiriques mais ce n'était pas une bonne idée. La seule chose qu'il a obtenu, c'est que deux fois j'ai perdu le contrôle et la première fois ça l'a définitivement cloué dans un fauteuil roulant et la seconde ça l'a tué…
On ne peut pas dire que l'avoir tué vous affecte, ne put, semblait-il, s'empêcher de dire Séverus.
La fille haussa les épaules à nouveau.
Si un terroriste fabrique une bombe et qu'elle lui explose dans les mains, qui blâmerez-vous ? Le terroriste ou la bombe ? Et puis il n'y a aucune raison de regretter sa mort. Il y a bien assez d'autres choses à regretter !
L'adolescente resta quelques secondes silencieuses.
Je ne suis pas restée plus de dix mois avec lui mais dans ce laps de temps, il a changé mes oncles en ombres pour me punir de ne pas développer mes pouvoirs autant qu'il le souhaitait…
C'est quoi des ombres ? répéta Harry.
Et bien… c'est assez compliqué, tenta d'expliquer Rémus. Disons que c'est entre les fantômes et les vivants. Contrairement aux fantômes, ils n'ont pas choisi de devenir des ombres, pas même inconsciemment, mais c'est un sort très puissant de magie noire qui les a ainsi changés… Ils ne sont pas vivants mais… pas vraiment morts non plus. Disons qu'on peut les ranger dans la même catégorie de demi-morts que les vampires. Ils ne respirent pas, ne boivent pas ni ne mangent mais par contre, ils sont plus matériels que les fantômes et dans certaines circonstances, ils peuvent mourir. Physiquement, ils gardent l'apparence qu'ils avaient au moment de leur changement mais ils sont translucides et s'ils sont faits de matière, elle est moins… solide que la matière dont nous sommes faits… C'est assez difficile à expliquer en fait…
Euh… ouais. Je crois que j'imagine à peu près… Ce n'est pas très agréable, n'est-ce pas ?
Non, approuva Hoéla. Après la mort de Malemort, nous avons rejoint la cour de Gallathéo où se trouve ma mère. Les vampires en ont profité pour nous débarrasser des derniers mangemorts de Malemort. Ensuite, il a bien fallu qu'ils m'apprennent à ne pas utiliser mes pouvoirs vampiriques…
Pourquoi ne t'ont-ils pas plutôt appris à t'en servir ? demanda Harry.
Parce que ce n'est pas possible. Je ne suis pas une vampire donc je ne peux pas les contrôler ! Mais il fallait qu'ils m'apprennent pour qu'ils ne risquent pas de m'échapper. Si la mort de Malemort est plutôt une bonne chose, je ne voudrais pas tuer d'autres personnes ! Et puis ça a toujours des conséquences… Je ne dois pas m'en servir et maintenant je sais comment les contrôler pour ne pas les utiliser. Mais bien sûr, comme je ne peux pas vraiment rester à la cour vampirique, je suis partie dès que j'ai pu. Mais ils ne sont jamais loin…
La cour de Gallathéo est près d'ici ! s'exclama Séverus.
Bien sûr ! Elle n'est jamais à plus de quelques kilomètres de moi. Il n'y avait que Malemort qui savait comment les tenir éloignés et maintenant, il est mort !
Je suppose que c'est de là que viennent les objets que tu as offerts à Harry, dit Sirius.
Oui, je leur ai demandé des bracelets d'alliances. Et pour le détecteur de magie noire, c'est mes oncles qui l'ont fabriqué. Depuis qu'ils sont des ombres, ils travaillent l'os de dragon pour lutter contre la magie noire. Pour eux, ce n'est pas vraiment dangereux…
Sirius hocha la tête.
Pourquoi le masque ? demanda-t-il.
Oh, c'est parce qu'il paraît que je ressemble trop à une Black et d'après mes oncles, ce n'était pas vraiment le moment de se réclamer de cette famille…
Sirius hocha à nouveau la tête.
Et puis utiliser les pouvoirs vampiriques a des conséquences… Forcément…
Sirius fronça les sourcils, se demandant ce que l'adolescente voulait dire.
Est-ce que tu veux bien l'enlever ? finit-il par demander.
L'adolescente hésita puis fit sauter une à une les attaches du masque.
En effet, il n'y avait aucun doute sur le fait qu'elle appartenait à la famille Black. En dehors de ses yeux plus gris-vert que gris et des trois stries blanches qui marquaient son visage, conséquences de l'utilisation des pouvoirs vampiriques supposa Sirius, elle avait tous les traits des Black : des traits fins et bien dessinés, de grands yeux aux longs cils, un port de tête altier…
Sirius et Régulus se ressemblaient presque comme des jumeaux malgré toutes leurs tentatives pour se différencier et Hoéla apparaissait comme un sosie féminin de Sirius jeune… C'était assez troublant…
Séverus ? interrogea Sirius.
Je peux toujours essayer, grogna le maître des potions. Je ne pense pas que ce soit difficile…
Hoéla leur jeta un regard interrogatif.
Vous voulez soigner les marques ?
Pourquoi, quelqu'un t'a dit que c'était impossible ? demanda doucement Sirius.
Non… Personne n'a jamais rien dit… Les vampires ne s'en souciaient pas vraiment et je ne pouvais pas les montrer à des sorciers, il aurait fallu tout leur raconter et ils n'auraient probablement pas accepté…
Je vois… Nous allons nous en occuper.
Oh. Merci… Mais je crois qu'il vaut mieux que je garde mon masque, les gens de l'auberge poseraient trop de question.
Ce serait mieux en effet…
Ils étaient tous restés silencieux et immobiles quelques temps. Black avait l'air assez bouleversé. Séverus pouvait comprendre pourquoi. Tout cela paraissait tellement incroyable… Malemort était mort. Ça, c'était plutôt une bonne nouvelle ! Et il avait été tué par une gamine sur laquelle il avait expérimenté d'affreuses modifications génétiques. Mais l'adolescente en question avait l'air de s'en être pas trop mal tirée… Oh, Séverus était loin d'être aveugle et il était passé maître dans l'art du masque émotif. Elle était beaucoup moins sereine sur ce qu'elle avait fait qu'elle le disait. Elle le cachait pas trop mal, surtout quand elle portait son véritable masque !
Séverus se secoua. Au moins cela expliquait pourquoi elle semblait si liée avec des vampires. Et avec un peu de chance, cela occuperait suffisamment Black pour qu'il laisse tomber ses affaires à lui ! Il était peut-être moins imbuvable que lorsqu'il était adolescent mais il ne cessait pas pour autant d'être un effroyable fouineur se mêlant des affaires des autres !
Il n'y a personne d'autres comme toi ? entendit Séverus.
C'était Potter qui venait de poser cette question d'un air timide à l'adolescente qui triturait toujours son livre.
Non, les vampires ne laisseraient pas ça se produire et ils n'ont aucune envie d'être maudits. De plus, en général les fœtus ne survivent pas. Je suis une totale aberration !
Il ne faut pas dire… commença Lupin, probablement dans sa phase soutenons-nous entre hybrides.
Mais l'adolescente le coupa d'un geste de la main.
Pas la peine de vous fatiguez ! Cela ne me gêne pas, je dirais même que j'en suis fière ! Après tout, ce qui est unique est généralement précieux, non ? demanda-t-elle d'un air espiègle.
Séverus étouffa un soupir de soulagement. Il ne savait pas si le monde aurait pu survivre avec ne serait-ce que deux personnes comme elle !
La seule chose que je regrette, ce sont les conséquences qu'il y a eu sur ma famille mais vraiment pour moi, elles sont plutôt minimes, surtout maintenant que j'ai appris à ne pas utiliser mes pouvoirs vampiriques. Je suis protégée par les vampires ce qui peut-être utile par les temps qui courent et je bénéficie d'une capacité de cicatrisation supérieure à la moyenne. Je ne vais pas me plaindre ! Il faut s'accepter tel qu'on est vous savez, c'est le meilleur moyen d'aller de l'avant…
Lupin avait gardé la bouche ouverte, incapable de trouver quelque chose d'intelligent à répondre. Il faudrait peut-être qu'ils se rendent compte que la gamine avait développé une philosophie très personnelle ultra positive qui lui permettait d'avoir à peu près réponse à tout. Bref encore une sale gosse je-sais-tout mais avec en plus la capacité de vous convaincre que le proverbe : à quelque chose malheur est bon, était parfaitement véridique !
Bon, revenons-en à ce Flokazng, dit soudainement Séverus dans l'espoir de faire quitter cet air confus à Lupin, sans quoi il ne répondait plus de rien !
Non ! s'exclama soudain l'adolescente.
Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Black, inquiet.
Il ne faut pas que vous le cherchiez…
Pourquoi ? demanda Séverus, irrité qu'on lui dise d'arrêter de chercher un fichu machin sur lequel il avait déjà passé des jours.
Je… ne veux pas que vous mourriez, finit par répondre la gamine, la tête baissée et se mordant les lèvres.
Les quatre autres restèrent silencieux, soudain embarrassés.
Pourquoi mourrions-nous ? demanda doucement Black.
Parce que c'est ce qui doit arriver…
Pourquoi est-ce que cela devrait arriver ? demanda Black.
La fille hésita. Elle semblait divisée sur ce qu'elle devait dire et le malheureux livre qu'elle avait devant elle faisait les frais de son indécision.
Finalement, elle releva la tête, semblant avoir pris une décision.
Mon père avait fait des recherches sur le Flokazng et les avait laissées à mes oncles, expliqua-t-elle. Après mon séjour à la cour vampirique, ils ont pensé qu'il pourrait être intéressant que je vienne ici et que je m'assure que tous ceux qui cherchent le Flokazng tombent dans les pièges qui le protègent. Comme ça, jamais il ne pourrait tomber dans les mains de Voldemort. C'est un artefact vraiment très puissant et ce serait une catastrophe s'il l'avait… C'est ce que j'ai fait. Aucun de ceux qui ont cherché l'épée d'Hécate n'est revenu, et personne ne l'a jamais atteint, sinon je le saurais !
Séverus grogna. Décidément, les gens avaient tendance à confier à des gamins des rôles qui ne devraient en aucun cas être les leurs ! Au moins eux avaient l'excuse de n'être plus tout à fait vivants ce qui pouvait peut-être expliquer leur absence de bon sens !
Comment peux-tu savoir si le Flokazng a été découvert ? demanda Lupin, les sourcils froncés.
La fille hésita à nouveau. Décidément, il fallait lui arracher les mots de la bouche !
Hoéla ? insista Black.
Ça serait inscrit sur le livre… Le livre qu'a laissé mon père…
Quel livre ? demanda Séverus, peut-être un peu brutalement.
L'adolescente resta silencieuse, l'air malheureux.
Tu ne voudrais pas nous le montrer ? demanda Black qui s'efforçait de garder un ton parfaitement calme et posé, comme s'il essayait d'apprivoiser un animal sauvage.
Je ne dois le montrer à personne, répondit-elle d'un air buté. Le Flokazng ne doit pas être découvert. Il doit rester caché et protégé… Je suis sa gardienne…
Si nous le voulons, ce n'est certainement pas pour le donner à Voldemort mais pour l'utiliser contre lui, argumenta Lupin.
La fille resta silencieuse, la tête baissée sur son livre.
Tu ne nous fais pas confiance ? demanda Black, d'un air blessé.
Décidément, le clébart s'attachait aussi vite aux gens que l'animal représentant son animagus ! A moins que ce soit parce qu'il venait d'apprendre que c'était sa nièce et qu'il culpabilisait déjà tellement à cause de son frère…
Ce n'est pas ça ! s'exclama l'adolescente d'un air désespéré.
Je suis Harry Potter, dit soudain le gamin en s'avançant vers la fille.
Le silence résonna dans la pièce suite à cette déclaration.
Euh… Je suppose que tu as déjà entendu parlé de moi, bredouilla-t-il soudain beaucoup moins sûr de lui. Tu comprends que je ne laisserais jamais Voldemort s'emparer de quelque chose pouvant l'aider dans la guerre…
Le gamin se mordait les lèvres, visiblement embarrassé, et ayant pris une délicate couleur cramoisie. Bon, Séverus devait le reconnaître, il n'était pas comme son père. Il n'avait jamais vu James Potter se sentir embarrassé et encore moins penser que son nom pouvait ne pas être connu du monde entier !
La fille releva la tête.
Pas de chance, grimaça l'adolescente.
Potter leva vers elle un visage proprement ahuri. Manifestement, il ne s'attendait vraiment pas à une telle réaction, certes plutôt inhabituelle pour ne pas dire complètement inédite.
L'adolescente releva la tête, le regard décidé.
Je vous ai dit que ce n'était pas une question de confiance ! Mais admettons que vous réussissiez à sortir le Flokazng de sa cachette. Des mangemorts pourraient vous tomber dessus pour le prendre ici ou même en Angleterre !
Mais il pourrait aussi nous aider à gagner la guerre et à vaincre définitivement Voldemort, argumenta Lupin.
Il n'y a pas d'actions sans risque, approuva Black.
Et de toute façon, des mangemorts pourraient très bien réussir à l'extirper eux-mêmes de sa cachette. Surtout si le Maître des Ténèbres décide de prendre personnellement l'affaire en main !
Ça, j'en doute ! Depuis moins de deux ans que je suis là, le score est de quarante-sept à zéro pour le Flokazng ! répliqua la fille en lui jetant des regards suspicieux.
Séverus se demanda ce qu'il avait bien pu dire pour attirer ainsi sa méfiance. Il ne lui semblait pourtant pas…
Séverus est un ancien mangemort, dit Black. C'est pour ça qu'il parle du maître des ténèbres. Mais il est de notre côté maintenant… Il a… toute notre confiance…
Séverus grimaça. Ces derniers mots lui avaient probablement écorché la bouche !
La fille n'avait pas l'air très convaincu mais elle finit par planter son regard dans le sien, un air espiègle sur le visage.
Alors dites-le !
Quoi ! demanda Séverus sans comprendre.
Voldemort ! Dites-le ! Si vous voulez que je croie que vous avez vraiment changé de côté, dites son nom !
Séverus resta bouche-bée. Comment osait-elle ! Même Albus ne lui avait pas demandé ça, respectant ses craintes. Mais quand il regarda autour de lui, Séverus s'aperçut rapidement que les trois autres le fixaient, l'encourageant du regard, voire le fusillant pour certain, lui promettant maintes menaces s'il ne se pliait pas au caprice de la gamine.
Voldemort, finit-il par s'exécuter de mauvaise grâce et en s'efforçant à respirer de manière régulière.
Et bien, vous voyez ! Ça ne vous a pas tué !
Séverus grogna quelque chose qu'il savait être inintelligible et c'était sans doute préférable.
Mais ça ne change rien. J'ai promis de ne rien dire ! Je l'ai promis à la mémoire de mon père !
Séverus se força à ne pas sauter sur la gamine pour l'étrangler.
Mais Black, gardant parfaitement son calme, se contenta de lui tendre la lettre en souriant.
Lis les dernières lignes, dit-il.
Si tu revois Artus et Lancelot, et si la guerre n'a toujours pas pris fin… j'ai occupé mes derniers jours à réunir des informations pour lutter contre Voldemort et je leur ai tout confié. Si au moins quelque chose dans ma vie pouvait aider…, lut l'adolescente à haute voix.
Elle resta silencieuse quelques instants.
Je pense que c'est une bénédiction pour que tu nous aides à trouver le Flokazng, murmura Black.
Oui… Mais ce n'est pas parce que je connais plusieurs des pièges que nous pourrons réussir ! Il y en a que mon père n'a pas eu le temps de trouver ! Notamment le dernier ! Tout ce que vous réussirez à faire, c'est à vous faire tuer ! A quoi ça servirait…
Laisse-nous en juger par nous-même… Nous connaissons les pièges et les dangers. Nous avons vécu en pleine guerre, fit remarquer Black. Et puis, la magie est affaire de volonté…
La fille hésita encore. Séverus avait envie de la piler !
D'accord, je vais chercher le livre et vous expliquer. Mais je veux vous accompagner pour aller le chercher !
Hoéla, c'est dangereux ! Je ne voudrais pas que tu sois blessée ou…
Je suis la gardienne du Flokazng, ça pourrait servir ! Et puis ce n'est pas négociable ! Si vous voulez le livre, je veux votre parole que vous m'emmènerez avec vous !
Black soupira et jeta un regard vers Potter. Manifestement, il n'était pas assez stupide pour ne pas se douter que s'il acceptait, Potter voudrait venir aussi. Séverus regrettait parfois que la morale et la justice interdisent la pratique de certains sorts !
D'accord, accepta Black dans un souffle. Mais seulement si tu me promets qu'une fois sur place, tu resteras le plus possible à l'abri…
C'est d'accord. Je vais chercher le livre, je reviens !
Weird est le mot utilisé par Shakespeare dans Macbeth pour désigner les sorcières.
