Note : Un chapitre plus long que d'habitude, je ne voulais pas le couper au milieu. J'espère que ça vous plaira :)
Chapitre 11
Le lendemain, Kara déposa Oliver au DEO pour sa première séance de thérapie et le confia au Directeur J'onzz avant de voler pour CatCo. Son arrivée n'était pas passée inaperçue et il était à nouveau au centre des regards des agents. Certains avaient l'air de le craindre, d'autres étaient vraiment haineux et quelques-uns le regardaient avec fascination. Être au centre de l'attention n'était pas nouveau pour lui et il les ignora facilement. Il repéra Winn parmi eux qui lui adressa un grand sourire et il le salua d'un hochement de tête.
-Votre rendez-vous est à dix heures, vous avez un peu plus d'une heure devant vous pour discuter avec M. Schott de ses progrès sur le multivers, si vous voulez.
-Supergirl m'a dit que vous aviez une salle de sport équipée. Je pourrais y aller pour faire un peu d'exercice avant mon rendez-vous ? Winn n'a pas besoin de moi, je ne suis pas scientifique et je n'y comprends rien.
Après un moment d'hésitation, le directeur accepta. Il le conduisit au niveau -1 et lui ouvrit l'accès avec son badge. La salle était grande, remplie de diverses machines, et quelques agents étaient déjà dessus. Ils lui accordèrent à peine un regard avant de l'ignorer. Apparemment, le fait qu'il n'ait pas été jeté en prison pour avoir blessé leurs collègues ne leur plaisait pas mais ça n'inquiétait pas Oliver. S'ils essayaient de l'attaquer ou de l'intimider, il saurait se défendre.
-Je vous enverrai un agent dix minutes avant votre rendez-vous pour qu'il vous y emmène.
Il acquiesça et se dirigea vers les vestiaires. Il enfila rapidement le survêtement qu'il avait amené et s'installa sur un tapis de course. Il ne pouvait pas faire d'exercices de musculation pour le haut de son corps à cause de son épaule en écharpe. Courir lui permettait tout autant de se vider l'esprit et de réfléchir de manière apaisée, ce dont il avait besoin après la nuit agitée qu'il avait passée.
Il n'avait pas encore décidé de ce qu'il allait dire au psychologue. Kara lui avait conseillé de parler d'Al Sah-Him, de ses pertes de contrôle sur son corps et son esprit, mais il n'était pas sûr d'en être capable. Expliquer ce qu'il ressentait à quelqu'un qu'il considérait comme son alliée avait déjà été difficile. En discuter en détail avec un parfait inconnu, envers qui il n'avait aucune confiance, semblait impossible. Revisiter Nanda Parbat et ce qu'il avait subi là-bas lui était insupportable.
Mais il était prêt à essayer. Il voulait guérir. Il voulait se débarrasser de ces réflexes meurtriers qui faisaient surface dès qu'il se sentait en danger. Il avait réussi à les enfouir, à les maîtriser même lorsqu'il était sur le terrain, mais ils étaient toujours là, prêts à émerger à tout moment lorsqu'il baissait la garde.
Oliver courait à en perdre haleine, ses muscles étaient fatigués par l'effort, son bras gauche était en feu et pourtant, il avait l'esprit plus clair que cette nuit, quand il se retournait entre ses draps, inquiet de sa rencontre avec le psychologue. S'il avait les moyens de l'aider, même simplement des conseils à lui donner, il les prendrait. Et pour cela, il parlerait. Pour la première fois de sa vie, il mettrait des mots sur ce qu'il avait vécu. Le psy était tenu par le secret professionnel, et même s'il en parlait, personne ici ne connaissait Oliver Queen. Seul le DEO était au courant de son existence et si ses secrets s'ébruitaient, il s'enfuirait. Il trouverait une autre solution pour alerter ses amis de sa présence ici.
Sa décision prise, il ralentit le tapis à une course plus légère. Il lui restait un quart d'heure avant de devoir partir, il avait largement le temps de prendre une douche pour être présentable. Un agent entra dans la salle et eut l'air surpris en le voyant. Il s'approcha de lui et tout son corps se tendit, prêt à l'attaque, mais il fit mine de rien et continua sa course.
-Vous êtes sûr que vous pouvez courir là-dessus ? demanda-t-il.
Il s'attendait à se faire incendier pour avoir attaqué des agents, pas pour utiliser du matériel du DEO. Maintenant qu'il y regardait de plus près, l'homme n'avait pas l'air de le détester.
-J'ai l'accord du directeur.
Il secoua la tête.
-Non, je veux dire, vous avez l'épaule en écharpe, vous ne devriez pas vous fatiguer comme ça.
Oliver stoppa la machine et descendit du tapis, en sueur. Avec une serviette, il s'essuya le visage, ne sachant pas quoi penser. Cet agent s'inquiétait pour sa santé. Si c'était Kara, il aurait compris, mais là c'était un étranger qui ne savait rien de lui mis à part le fait qu'il avait attaqué ses collègues.
-J'ai terminé, se contenta-t-il de dire.
Il regretta de ne pas avoir de bouteille d'eau, mais il pourrait en demander en sortant avec l'agent qui l'accompagnerait. Il se dirigea vers les douches lorsqu'une main se posa sur son bras pour l'arrêter. Il se retourna en un éclair et attrapa le poignet de l'agent qui l'avait abordé. Il essaya de se défaire de sa poigne, mais il n'avait aucune chance, ses doigts se refermaient comme un étau dessus, prêts à le briser. Il protestait mais Oliver n'écoutait pas ses paroles, savourant la panique de l'homme qui était sous son emprise.
-Ne me touche pas, gronda-t-il.
Il relâcha l'agent et reprit son chemin, l'esprit agité. Il continuait à réagir comme une proie prise au piège alors qu'il se savait hors de danger. Comme lorsqu'il habitait avec Felicity. Comme si les derniers mois n'avaient servi à rien. Une fois sous la douche, il résista à l'envie de se coucher en boule à même le sol et de ne plus bouger et se tint bien droit sous le jet d'eau, effaçant la sueur qui le recouvrait et les larmes silencieuses qu'il ne pouvait contenir. Il était fatigué de se battre en vain contre lui-même.
Lorsqu'il sortit, il vérifia qu'il était bien présentable pour son rendez-vous et que son état mental ne se reflétait pas sur son visage. Satisfait, il rejoignit l'agent qui venait d'arriver. Ils passèrent par la cuisine où il engloutit une bouteille d'eau et ils se rendirent ensuite au bureau du psychologue. Il essuya ses mains moites sur son jean noir avant d'ouvrir la porte. Il était temps de faire face à ses démons.
La pièce était spacieuse et les rayons du soleil entraient par une grande baie vitrée. Une femme aux cheveux bruns était assise à son bureau et consultait des papiers. Elle se leva dès son arrivée et lui serra la main en se présentant comme le docteur Bryson. Elle l'invita à s'asseoir sur le canapé et prit place sur une chaise en face de lui. Cahier et stylo sur ses genoux, elle le regarda dans les yeux.
-M. Queen, avant de commencer, je voudrais vous rappeler que tout ce que nous dirons ici restera entre nous. J'ai uniquement l'obligation de prévenir le DEO si je vous estime un danger imminent pour vous-même ou pour votre entourage. Si vous ne suivez pas mes conseils ou si vous ne prenez pas la thérapie au sérieux, je devrais également les mettre au courant.
Il hocha la tête, il savait déjà tout ça, mais c'était tout de même rassurant qu'elle le lui confirme. Elle lui semblait honnête et directe, ce qu'il appréciait.
-Est-ce que vous avez des questions ?
-Je suivrai la thérapie, c'est une chance que je n'aurai pas deux fois. Par contre, je ne prendrai aucun médicament.
-Même s'ils pourraient vous aider ? Même occasionnellement, en cas de crise par exemple ?
-En aucun cas, répondit-il.
Il ne voulait pas devenir dépendant à une drogue ni en subir les effets secondaires alors qu'il était Arrow. Il ne voulait pas non plus risquer de perdre encore plus de contrôle sur son corps et ses réactions.
-Très bien, dit-elle en le notant dans son cahier. Mais si j'estime qu'ils sont indispensables, nous en rediscuterons.
Il acquiesça.
-J'ai très peu d'informations vous concernant et l'agent Danvers m'a dit que vous m'expliquerez vous-même exactement quel est le problème.
C'était le moment. Il devait expliquer ce qu'il s'était passé quelques mois plus tôt. Comment il avait créé un nouveau monstre en lui-même, pire qu'Arrow. Il prit une grande inspiration et parla.
…
C'était sa troisième séance de thérapie en une semaine et il devait avouer que partager ses expériences l'aidait à les mettre derrière lui et à se détacher de leur souvenir. Ils abordaient principalement ce qu'il avait vécu chez la Ligue, son but étant de se débarrasser d'Al Sah-Him. Dr Bryson avait été plus que surprise par ce double qui vivait en lui, même si elle avait essayé de le cacher. Elle ne lui avait encore donné aucune consigne le concernant, se contentant de l'écouter, de poser quelques questions, réservant son diagnostic pour plus tard, quand elle aurait plus d'informations.
-Est-ce qu'il y a eu un moment précis où vous avez senti Oliver Queen disparaître et Al Sah-Him le remplacer ?
Un frisson le parcourut. Ce moment était gravé au fer rouge dans sa mémoire et dans sa chair. Dans le noir de son cachot, il avait à nouveau succombé aux plaies qu'ils lui avaient infligées. Il ignorait si c'était pour s'épargner plus de douleur ou parce qu'il avait perdu trop de sang, mais il s'était évanoui. Lorsqu'il avait repris conscience, il reprenait une grande bouffée d'air en sortant de l'eau du puit de Lazare. Il reprenait vie, ses plaies disparaissaient et son esprit se fracturait. Il s'était senti complètement éloigné de son corps, à chaque fois qu'il était plongé dans ces eaux maudites, il en ressortait plus faible mentalement, ses souvenirs à portée de main mais inatteignables.
Un des assassins avait appelé son nom Oliver ! C'était leur test, le moyen de savoir s'il y répondait toujours. Pour la première fois, il n'avait pas instinctivement réagi. Ce nom n'avait eu aucune signification pour lui. Il était Al Sah-Him. Plus tard, de retour dans son cachot, l'horreur l'avait pris à la gorge. Il se perdait vraiment, il n'avait pas la force de résister au lavage de cerveau que lui faisait subir Ra's al Ghul. Il allait devenir un assassin sans pitié, sans famille, sans lien, ayant pour seul objectif de servir son maître.
Il ne pouvait pas laisser ça arriver. Il avait un plan, avec Malcolm, il allait sauver sa ville et sa famille. Allongé à même le sol, ses poignets attachés par une longue chaîne, ses muscles et sa peau pulsant de douleur malgré les plaies qui venaient de disparaître, il fit la seule chose qui lui semblait possible. Il abandonna la bataille. Il accueillit l'assassin en lui et enfouit dans un recoin de son esprit ce qu'il restait d'Oliver Queen. Il faisait le choix de devenir Al Sah-Him dans l'espoir de pouvoir se retrouver une fois la mission terminée.
Il se redressa et s'assit, le dos rigide malgré ses muscles qui hurlaient de douleur. Il accepterait chaque coup que son maître déciderait de lui donner. Il respecterait chacun de ses ordres, sans les analyser, sans chercher à savoir ce qui était bien ou mal. Il était Al Sah-Him et son unique objectif était de servir Ra's al Ghul.
Un bruit sourd lui fit relever la tête, les sens en alerte. La psy venait de poser son stylo sur son calepin et lui adressait un regard inquiet. Il serra et desserra les poings, cligna des yeux, essayant de reprendre prise sur la réalité. Il s'y était cru. Il s'y croyait encore, le sol de son cachot lui écorchant la peau, l'obscurité infinie l'enfermant dans son esprit malmené, le corps tremblant de blessures fantômes.
-Vous êtes au DEO, dit doucement Dr Bryson. En sécurité. Personne ici ne vous fera de mal.
Il s'accrocha à sa voix. Elle était réelle. Ses bourreaux n'existaient plus que dans son esprit.
-Oliver, décrivez-moi une chose que vous voyez ici.
Plusieurs secondes passèrent avant qu'il ne trouve sa voix pour répondre.
-Vous.
Elle hocha doucement la tête, comme s'il avait donné une bonne réponse.
-Suivez ma voix mais ne vous concentrez pas que sur moi. Regardez, écoutez, ressentez ce qu'il se passe autour de vous. Qu'est-ce que vous entendez ?
-Des pas dans le couloir.
Elle eut l'air surprise mais ne commenta pas.
-Décrivez-moi où vous êtes, en utilisant vos sens.
Il s'exécuta et au fil de ses paroles, il s'ancrait de nouveau dans le présent, repoussant le souvenir de Nanda Parbat. Il n'y était plus. Il n'y retournerait jamais.
-Merci, finit-il par dire. Désolé. Je dois partir.
Il se leva, les mains encore tremblantes, incapable de rester immobile une seconde de plus.
-Attendez, dit-elle d'une voix calme sans bouger de son siège.
Il lui en était reconnaissant. Il l'aurait certainement prise pour une menace si elle avait cherché à lui attraper le bras ou si elle s'était levée brusquement.
-Dites-moi d'abord où vous allez et si vous voulez que je vous accompagne.
Elle ne voulait pas le laisser partir seul dans cet état mental. Il ferma les yeux pour vraiment analyser ce qu'il ressentait. Ses sens étaient toujours en alerte, il était prêt à faire face à un assaut et se sentait trop exposé dans ce bureau. Il devait partir, et il n'y avait qu'unendroit sur cette Terre qui lui apporterait la sécurité dont il avait besoin.
-Chez Supergirl. Je vais prendre un taxi, j'y serai dans un quart d'heure.
Il n'avait pas besoin d'aide pour y aller, il n'était pas sur le point de faire une crise de panique. Il lui tendit la main pour la saluer et pour qu'elle voie qu'il s'était remis de son flashback, même s'il était encore bouleversé et sur les nerfs. Elle la serra après une hésitation, choisissant de lui faire confiance pour déterminer s'il avait besoin d'aide ou non. S'il prouvait le contraire, il n'aurait pas de deuxième chance.
-Je vous appelle un taxi.
Il la remercia et sortit, traversant les couloirs d'un pas rapide, surveillant chacun des agents qu'il rencontrait sur son passage, prêt à contrer toute attaque. Il entendit quelqu'un courir dans son dos et se colla contre le mur alors qu'une main allait l'attraper par derrière. En position défensive, prêt à donner un coup de poing à son assaillant, il se figea. C'était le directeur.
Il leva lentement les mains comme s'il cherchait à apaiser une bête effrayée et lui adressa un regard compatissant qu'il détesta. Il n'avait pas besoin de sa pitié. Oliver décida de faire comme si de rien n'était et se redressa, la tête haute, en lui demandant ce qu'il voulait.
-Savoir s'il y a un problème ?
Il avait dû le voir presque courir dans les couloirs et craindre qu'il cherche à s'enfuir. Il était vrai qu'il avait quitté sa séance de thérapie plus tôt que prévu.
-Je vais chez Supergirl. Si ça ne vous plaît pas, parlez avec la psy.
Il n'attendit pas de réponse et reprit sa route d'un pas rapide. Il voulait juste se retrouver seul.
…
Kara était inquiète. Cela faisait huit jours qu'elle habitait avec Oliver et à chaque fois qu'elle rentrait du travail, le dîner l'attendait et ils mangeaient ensemble. Ce soir, l'appartement était silencieux, la cuisine abandonnée et Oliver absent. Elle alluma la lumière et déposa ses affaires, se demandant ce qu'il se passait. Ils avaient déjeuné ensemble le matin avant qu'elle ne le dépose au DEO pour sa séance de thérapie et n'avait pas eu de nouvelles depuis, mais ce n'était pas étonnant, ils ne restaient pas en contact tout le temps. Elle s'avança à pas de loup et tendit l'oreille. Elle distingua sa respiration en provenance de sa chambre. Donc il était là, il dormait peut-être et ne s'était pas rendu compte de l'heure.
Elle hésita à toquer, elle ne voulait pas le réveiller s'il était fatigué. Grâce à sa vision à rayons X, elle le découvrit assis par terre contre le mur, les genoux relevés et le visage caché dans ses bras. Son cœur se serra et elle toqua doucement à la porte.
-Oliver, tu vas bien ?
Il ne releva pas la tête et murmura :
-Laisse-moi tranquille.
Kara voulait entrer pour comprendre ce qu'il se passait et essayer de le réconforter, mais il lui avait demandé le contraire. S'il avait besoin de temps seul, elle le respecterait. Elle se prépara rapidement des pâtes, en laissa de côté pour lui et mangea devant la télévision. Ça avait été sa routine depuis des années mais pour la première fois, elle se sentait seule. Elle était inquiète pour son ami et se demandait ce qui lui était arrivé pour le mettre dans cet état.
Elle envoya un message à Alex pour savoir s'il s'était passé quelque chose au DEO avec Oliver, et elle lui répondit qu'il avait suivi sa thérapie et était parti précipitamment après. Alex lui demanda s'il y avait un problème et elle répondit que non, qu'il n'était simplement pas dans son assiette. Lui dire qu'il s'était enfermé dans sa chambre lui semblait trop personnel pour être partagé avec sa sœur qui ne le considérait même pas encore comme un allié.
Il revenait de sa troisième séance de thérapie, peut-être qu'ils avaient abordé des sujets difficiles qui avaient réveillé de mauvais souvenirs et ravivé des expériences douloureuses. Ce sentiment ne lui était pas inconnu. Raviver la blessure causée par la destruction de Krypton la laissait toujours dans un état émotionnel vulnérable.
Avant de partir pour le DEO, elle décida d'essayer de le convaincre de manger un peu. Elle doutait qu'il l'ait fait à midi, s'il était mal depuis sa thérapie. Elle toqua et ouvrit la porte lorsqu'il ne la rejeta pas. La lampe au plafond et sa veilleuse étaient allumée alors que le soleil n'était pas encore couché. Il craignait de se retrouver dans le noir. Oliver n'avait pas bougé, la tête toujours cachée entre ses bras, et elle s'assit à côté de lui sans le toucher.
-Est-ce que tu veux en discuter ?
-Non, murmura-t-il.
Kara posa une main hésitante sur son dos et il tressaillit mais ne la repoussa pas. Elle dessina des cercles rassurants, espérant lui offrir un peu de réconfort. Ses muscles se détendirent peu à peu sous ses doigts et elle reprit doucement la parole :
-Tu devrais manger quelque chose. J'ai préparé des pâtes.
Il releva la tête. Il avait les yeux rougis d'avoir pleuré et une détresse et une lassitude dans le regard qui l'emplirent de peine. Elle voulait savoir ce qui le mettait dans cet état mais il ne voulait pas parler et elle n'insisterait pas. Elle se leva et lui tendit la main pour l'aider à se relever. Il la suivit au salon et elle alluma toutes les lampes sur son passage, avant de lui chauffer une assiette alors qu'il s'emmitouflait dans un plaid sur son canapé comme pour se protéger du monde extérieur. Elle le rejoignit et il mangea sans un mot, les yeux rivés sur la télé qui diffusait les informations locales.
Lorsqu'il reposa son assiette, Kara lui demanda s'il avait besoin d'autre chose et il fit signe que non. Elle se sentait inutile, ne sachant pas comment lui remonter le moral. Son téléphone sonna, faisant sursauter Oliver. Elle posa une main rassurante sur son avant-bras et répondit. C'était Alex. Ils avaient besoin d'elle au DEO.
-Vas-y, murmura-t-il en voyant son hésitation.
Elle se leva à contre cœur, regrettant de le laisser seul alors qu'il n'était vraiment pas bien. Mais elle n'avait pas le choix, elle devait partir. Elle espérait réussir à se concentrer sur ses missions et retrouver son ami à son retour.
-Merci Kara, entendit-elle alors qu'elle décollait.
…
Le lendemain, Kara se réveilla à l'aube, comme à son habitude. Sa première pensée fut pour Oliver qu'elle n'avait pas vu à son retour de mission car il s'était déjà couché. Elle tendit l'oreille pour entendre sa respiration régulière qui l'avait bercée pour s'endormir, mais elle ne réussit pas à la trouver. Elle se redressa, les sens en alerte, et scanna l'appartement des yeux. Il n'était pas là.
Son cœur s'emballa. Oliver était parti.
Elle se leva en quatrième vitesse et enfila son costume de Supergirl, prête à fouiller la ville pour le retrouver. Elle entra dans sa chambre et vit avec soulagement que ses affaires étaient toujours là. Il n'était pas parti loin, peut-être qu'il était juste sorti prendre l'air ou acheter des viennoiseries. Mais il avait été tellement mal la veille qu'il avait peut-être décidé de s'enfuir, ou pire, de commettre l'irréparable. Elle n'osa pas s'attarder sur la possibilité que ses amis l'aient retrouvé et qu'il ait disparu à jamais sans lui dire adieu.
Quoi qu'il en soit, elle ne pouvait pas rester en place. S'il était à la boulangerie du coin de la rue, elle serait fixée et se serait fait peur pour rien. S'il était à bord d'un taxi, d'un bus ou d'un train pour quitter la ville, elle l'arrêterait pour discuter et le faire changer d'avis. S'il était au bord d'un pont, prêt à sauter, elle serait là pour le sauver. Elle sortit et fouilla le quartier sans le trouver. Le cœur battant, elle élargit son champ de recherche sans trouver aucune trace de lui.
La ville était encore endormie, il y avait très peu de passants et d'établissements ouverts, et Oliver n'avait pas de connaissances à part elle et les agents du DEO. Elle ne voulait pas encore les prévenir pour ne pas causer une chasse à l'homme, mais elle le ferait s'il ne lui laissait pas le choix. Elle visita toutes les gares, scanna tous les trains et bus sortant de National City, en vain. Au bout d'une heure, elle avait fait le tour de la ville et les gens commençaient à sortir, rendant sa recherche plus compliquée.
Kara pensa soudain à visiter l'usine désaffectée où il avait habité. Ce fut une nouvelle impasse. Elle ne savait plus où chercher et revint sur ses pas en scannant la ville. Il y avait une petite chance qu'il soit retourné chez eux. À quelques mètres de son appartement, elle distingua une silhouette à l'intérieur. Elle lâcha un soupir de soulagement et les larmes lui montèrent aux yeux. Il était là.
Elle se posa en douceur sur le pas de la fenêtre et allait se jeter sur lui pour le prendre dans ses bras mais se stoppa net. Il avait été en train de faire des pompes et s'était relevé en la voyant, l'air inquiet. Il était torse nu, son t-shirt trempé de sueur posé sur le bras du canapé. Tout le haut de son corps était couvert de cicatrices.
-Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda-t-il, alerte.
Elle lui avait déjà demandé ce qu'il lui été arrivé et il avait évité de répondre. Elle savait qu'il avait vécu des horreurs dans son passé, mais elle ne s'en rendait vraiment compte que maintenant. Il avait reçu des balles et des coups de couteau. Une horrible cicatrice dont elle ne saurait deviner l'origine lui déformait le pectoral droit. Si elle ne se trompait pas, les traces d'une mâchoire de requin couvraient son flanc gauche. Elle n'arrivait pas à comprendre comment il avait pu survivre à tout ça. Il n'était qu'humain.
-Tu vas bien ? demanda-t-elle d'une petite voix.
Il avait l'air confus et répondit doucement :
-Oui. Désolé pour hier. La séance de thérapie a été… difficile. Elle a remué des souvenirs que j'aurais préféré garder enfouis.
Elle hocha la tête, le cœur au bord des lèvres.
-Qu'est-ce qui ne va pas ? demanda-t-il.
Elle ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. Elle était trop bouleversée, à la fois soulagée de l'avoir retrouvé, de savoir qu'il allait bien, horrifiée devant les traces que son corps portait, désolée de n'avoir pas su le réconforter la veille. Il s'avança lentement et lui prit les mains.
-Kara ?
Un sanglot lui échappa et elle l'enlaça. Son cœur se serra encore plus lorsqu'elle sentit des cicatrices sous ses doigts. Pour la première fois, il ne se tendit pas sous son étreinte et il lui rendit la pareille, ses mains traçant des cercles rassurants dans son dos.
-Tu vas bien ? répéta-t-elle dans son cou.
-Oui.
Ils restèrent enlacés quelques minutes et elle finit par le relâcher doucement. Il essuya de son pouce les larmes qui avaient coulé et elle lui offrit un petit sourire.
-Merci. Je suis désolée, j'étais tellement inquiète ce matin, quand j'ai vu que tu allais bien, ça m'a bouleversée.
-Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Quelqu'un me menace ? Ou menace Arrow ?
-Tu avais disparu, répondit-elle simplement.
Il lui adressa un sourire rassurant.
-Je suis sorti pour courir, ça m'aide à me vider l'esprit. J'en avais besoin après la journée d'hier.
Elle lâcha un petit rire triste. Elle s'était fait des idées pour rien.
-Je suis désolée, c'était stupide.
-Ne t'excuse pas de t'être inquiétée pour moi, l'interrompit-il. La prochaine fois je te laisserai un mot.
-Tu accepterais que je t'offre un téléphone ? Je pourrais te contacter facilement.
-J'en ai déjà un mais le DEO l'a pris. Je pourrais peut-être le récupérer.
Elle acquiesça et il retourna vers le canapé pour le remettre en place, il avait dû le bouger pour faire ses exercices. Cela lui donna une vue parfaite sur son dos qui était encore plus marqué que son torse. En plus des marques de brûlure qu'il avait sur tout le bas du dos, il avait des traces de lacération entre les omoplates et une marque rosée en forme de flèche. Le soleil l'éclairait et elle distingua des marques blanches presque invisibles, comme si tout son dos avait été flagellé ou tailladé.
Elle sentit à nouveau les larmes lui monter aux yeux mais les chassa de la main avant qu'il ne s'en aperçoive. Elle ne voulait pas qu'il croie qu'elle avait pitié de lui ou qu'elle le voyait comme faible ou brisé. Au contraire, ses cicatrices étaient des preuves de son courage. Peu de gens se relèveraient après avoir vécu autant d'horreurs.
-Il y a autre chose, murmura-t-il.
Elle n'avait pas dû être si discrète que ça. Il baissa les yeux sur son corps et comprit enfin.
-Tu ne les avais jamais vues.
Kara secoua la tête. Il se rapprocha d'elle et lui prit la main pour la poser près de son cœur, sur l'une des cicatrices de son torse. Ses battements retentissaient sous ses doigts en une mélodie rassurante.
-Je vais bien maintenant. J'ai survécu. Ce sont des marques de mon passé qui ne me définissent pas et que j'ai acceptées.
-Des preuves de ta force et de ton courage, murmura-t-elle. Mais tu n'aurais pas dû vivre tout ça.
-Je n'ai pas eu le choix.
Elle laissa sa main quelques secondes de plus contre son cœur avant de la retirer.
-Merci de me faire confiance, dit-elle finalement.
Il ne laissait pas tout le monde voir ses cicatrices, il se sentait assez à l'aise chez elle pour ne pas se cacher.
-Je croyais vraiment que tu les avais déjà vues, quand je suis venu pour ma blessure, tu m'avais demandé ce qu'il m'était arrivé.
-J'ai vu celles autour de ta coupure.
-Et tu n'as jamais utilisé ta vision suprême pour voir le reste ? demanda-t-il avec une étincelle amusée dans le regard.
-Non, je sais respecter l'intimité des gens Oliver, dit-elle d'un ton faussement offensé.
-Je vais prendre une douche, je te fais confiance pour ne pas me reluquer.
Elle ne se laissa pas faire et s'empara d'un coussin à vitesse rapide pour lui lancer dessus. Il le rattrapa avec un sourire.
-Hey, c'est de la triche !
-Ça t'apprendra de taquiner une kryptonienne !
Il leva les mains en signe de défaite et s'enferma dans la salle de bains. Kara se rappela alors qu'elle aurait dû le réprimander car elle l'avait surpris en train de faire des pompes alors que son épaule n'était pas encore guérie. Le médecin lui avait déconseillé tout effort pendant au moins deux à trois semaines. Bien sûr, il n'en faisait qu'à sa tête, comme s'il se préoccupait peu de sa santé physique. La boule au ventre, elle comprit que c'était certainement le cas. Son corps avait été tellement maltraité qu'il considérait toute blessure comme insignifiante, comme quelque chose qui passerait avec le temps, qu'il en prenne soin ou non. Elle se promit de faire attention pour lui.
…
