Résumé des chapitres précédents : Sakura est envoyée sur les lieux d'un massacre ressemblant étrangement au massacre du clan Uchiha. Sur place, elle apprend que l'assassin n'est autre que Sasuke. Alors qu'elle retourne à Konoha, elle est enlevée par Uchiha Itachi et Hoshigaki Kisame. Durant un interrogatoire, Itachi révèle "accidentellement" qu'un de ses yeux est entièrement blanc. Sakura parvient à s'évader dans des circonstances suspectes et une fois de retour à Konoha, apprend la mort de Danzô et la vérité sur le massacre Uchiha. Elle est chargée de soigner Itachi ou, au pire, de récupérer ses yeux. Itachi accepte de quitter l'Akatsuki pour la suivre à condition qu'elle parvienne à soigner une mystérieuse fillette dans un village civil.

Reviews anonymes :
- lisou : "cousin" est le lien de famille le plus courant. Elle s'est dit que si la fille n'est pas celle d'Itachi ou de Sasuke, elle est une "cousine" - fille de n'importe qui d'autre dans le clan. (Et merci pour les encouragements !)
- noname : merci !
- lalwende : merci beaucoup, ça fait plaisir de voir quelqu'un qui suit la fic depuis longtemps. J'espère que ce chapitre te plaira tout autant !

Au fait, est-ce que je suis la seule à être indignée par le rôle de Sakura dans la suite du manga ? Kishimoto la relègue encore une fois au rang de harpie incompétente incapable d'oublier Sasuke, ça me désespère.


- Et… est-ce que vous connaissiez mon père ? Est-ce que vous connaissiez Shisui ?

Sakura inspira profondément.


Cha Yun avait refusé de partir. Sakura lui avait bien expliqué que sa présence risquait de perturber la fillette, que les examens étaient traditionnellement réalisés sans proches autour, que si Mikoto avait mal et lui demandait de l'aide, elle devrait rester de marbre… La femme avait souri, de ce sourire si doux et si maternel qui la rendait belle, et avait dit qu'elle resterait quand même.

Sakura avait cédé. Si on lui avait demandé pourquoi, elle aurait été bien incapable de répondre.

Le chakra vert entourait ses mains comme des gants de lumière. Le cœur de l'enfant battait à un rythme normal ; ses poumons étaient sains ; elle n'avait rien décelé dans les vaisseaux sanguins ni au niveau des os.
La médic-nin fronça les sourcils. Elle s'en était douté dès qu'elle avait vu le visage de Mikoto, son nez droit, ses lèvres fines qui rappelaient tant à la fois Itachi et Sasuke : le problème ne venait pas de son organisme. C'était le réseau chakraïque qui n'allait pas.
Cha Yun avait voulu lui expliquer de quoi souffrait sa pupille, mais Sakura l'avait arrêtée sur-le-champ. Elle voulait faire son propre diagnostic. Elle ne doutait pas qu'Itachi avait dû amener plusieurs médecins et même quelques médic-nins dans cette pièce (qu'en avait-il fait ensuite ? Elle ne voulait pas y penser), mais il était possible qu'ils aient raté quelque chose. La plupart des cas jugés insolubles venaient de diagnostics précipités faits par un praticien trop prestigieux pour qu'on le remette en question ; Sakura ne voulait pas tomber dans ce piège. Trop de médic-nins parmi ses subordonnés préféraient épargner un quart d'heure sur l'examen du patient en devinant le problème et en allant directement scanner la zone coupable. Oh, ils avaient souvent raison, bien sûr : quand un ninja avait la jambe noire et enflée, il était raisonnable de soupçonner que le problème ne se trouvait pas dans l'intestin grêle.
Mais, avait-elle martelé plus d'une fois, quand on avait le luxe du temps, on n'oubliait pas de faire un examen complet ! Même si on croyait savoir pertinemment où se trouvait le défaut, même si on se disait que bien sûr, avec l'historique familial, il y aura forcément une malformation cardiaque, une fois sur vingt le problème venait des reins et on perdait des semaines en traitement inutile avant qu'un médic un peu plus malin que les autres refasse un diagnostic.
Voilà pourquoi Sakura démarra son deuxième examen au niveau des pieds et remonta lentement, méticuleusement, notant chaque étrangeté, chaque perturbation du chakra, et seulement ensuite, quand elle eut une image fiable, déposa doucement ses mains sur les yeux de l'enfant.

Les anormalités lui sautèrent aux yeux – sans mauvais jeu de mots.

Parasites. Les yeux demandaient excessivement de chakra, comme un Mangekyô activé en permanence (comme Uchiha Itachi, souffla une partie d'elle – elle stocka soigneusement l'observation dans un coin de sa mémoire).

Mais pas seulement, non, il y avait plus que ça… Sakura affina son chakra, attentive à ne pas perturber le fragile équilibre qu'elle sentait sous ses doigts.

La réalisation la frappa comme un poing.

Ces yeux étaient des bombes à retardement.

Les vaisseaux étaient serrés, minces comme ceux de la civile qu'elle était, et à travers eux passait une quantité de chakra déraisonnable qui allait alimenter les yeux inutiles. Trop de pression dans un tuyau trop fin – un jour ou l'autre, les vaisseaux allaient lâcher et le chakra se perdrait dans l'organisme de l'enfant, affaiblissant les organes sur son passage pour finalement disparaître. Plus de chakra, plus d'énergie vitale. Vu l'importance du flux, Mikoto mourrait dans la journée.

Il fallait diminuer la pression. Agrandir les veines chakraïques, les renforcer, ou diminuer l'apport de chakra vers les yeux ; de préférence un mélange des trois. Il était déjà impressionnant que la fillette ait survécu tout ce temps. Sakura envisagea un instant de retirer les yeux puis écarta l'idée : si l'enfant avait eu un Dôjutsu normal, les veines se seraient réorganisées pour distribuer le chakra ailleurs, mais ce n'était pas le cas. Elle était affublé d'une anomalie grotesque qui continuerait à pomper, pomper, même si les yeux eux-mêmes disparaissaient, pomper jusqu'à ce qu'elle ne soit plus qu'une poupée sans vie dans son lit d'enfant. Tout son système était organisé de façon à satisfaire l'appétit gargantuesque de cette version bâtarde du Sharingan.

(Ce Shuisui avait-il jamais su qu'il avait une fille ?)

- Sakura-san, est-ce que…

Sakura se retourna vers la voix trop vite pour que des yeux de civil la suivent. Un kunai était déjà à moitié sorti de sa poche quand elle réalisa que ce n'était que Cha Yun, ses petits yeux écarquillés face à la menace de l'arme. Toute à son examen, elle avait oublié la présence de l'autre femme dans la pièce.

Elle n'a pas l'habitude des ninjas, encore moins des medic-nins. Elle ne sait pas qu'il ne faut jamais interrompre un médic en train de travailler. Par conséquent, il est probable qu'elle n'ait jamais été dans la même pièce qu'un médic-nin en examen.

Dans ce cas, deux possibilités : ou elle a demandé à d'autres médics d'assister aux examens et ils ont refusé – peu probable, sinon elle ne me l'aurait pas demandé à moi –, ou elle n'a jamais demandé à assister à un examen avant.

Alors pourquoi me le demander à moi ? Possibilité un : je lui inspire plus confiance. Peu probable. Les bonnes medic-nins sont souvent des kunoichi à la retraite, tout le monde fait confiance aux femmes âgées.
Possibilité deux : le syndrome s'est aggravé dernièrement. Probable. A vérifier.

L'analyse avait pris environ une seconde.

- Excusez-moi, dit-elle en rangeant son arme, vous m'avez surprise.

Même après toutes ces années, Sakura ne parvenait pas à s'habituer au fossé immense entre ses capacités physiques et celles des civils. Être une kunoichi la rendait irrémédiablement différente de quiconque n'avait jamais connu l'entraînement militaire d'un village caché ; pour quelqu'un comme elle, qui avait passé son enfance à souhaiter ardemment être normale, la pilule était dure à avaler.

Allons, se fustigea-t-elle. Ce n'est pas le moment de se plaindre. Tu es une kunoichi de Konohagakure et tu as un cas à traiter.

- Non, c'est moi qui m'excuse, dit doucement Cha Yun. Je voulais simplement vous demander ce que vous pensez de Mikoto.

Sakura sourit à l'enfant qui la fixait de ses yeux aveugles et se tourna vers la gérante.

- Le diagnostic n'est pas difficile à établir, expliqua-t-elle de sa voix la plus professionnelle. Mikoto-chan possède un dôjutsu qui agit comme un Sharingan activé en permanence et consomme trop de chakra. Ses vaisseaux n'ont pas réussi à s'adapter à l'importance du flux qui les traverse et sont donc proches de la rupture.

L'enfant ne réagit même pas face à cette froide conclusion. Elle avait dû entendre ça des dizaines de fois.

Qu'est-ce que ça fait, d'avoir dix ans et de se savoir condamnée ?

Impossible de prévoir quand ses vaisseaux allaient se rompre, le flux était trop aléatoire pour cela. Sakura était incapable de comprendre ce qu'elle pouvait ressentir.

- Y a-t-il un moyen de l'aider ?

Le ton de Cha Yun était suppliant.

- Il faut que j'y réfléchisse. Mais avant tout, savez-vous si la mère avait un Dôjutsu fonctionnel ?

- Non, elle n'était pas ninja.

C'était prévisible. Si on avait pu connaître exactement le mélange qui avait donné l'aberration qu'étaient les yeux de la fillette, Itachi aurait pu remonter la piste et chercher des antécédents, un traitement qui aurait déjà été utilisé. Sauf qu'on ne le savait pas.

- Dans ce cas, il s'agit probablement d'un Dôjutsu latent chez la mère qui a mal réagi avec le Sharingan. Si ça ne vous dérange pas, il faut que je réfléchisse un instant.

- Alors je vais vous laisser. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n'hésitez pas à m'appeler. Je te verrai tout à l'heure, d'accord, Mikoto ?

- Oui, Cha-san, dit la petite en souriant dans la direction approximative de la gérante.

Quand celle-ci fut sortie de la pièce, Sakura sortit une feuille et commença à coucher ses hypothèses.

Elle connaissait bien le fonctionnement du Sharingan. Kakashi-sensei avait souvent besoin de soins pour le sien – les implants avaient tendance à réagir de manière imprévisible – et l'avait laissée l'étudier en détail. Réseau de chakra, différence entre un œil témoin et le Sharingan, façon exacte dont l'énergie se distribuait entre les couches du globe oculaire selon la technique, elle savait tout ça.

Et ça ne lui servait à rien. La fillette n'avait pas le Sharingan, ses yeux à elle étaient une tragique anomalie. Ce qu'il fallait à Sakura, c'était des informations sur le plan génétique : comment le Sharingan s'imposait, s'il s'agissait d'un gène unique ou d'un mélange, l'influence du chakra et de sa manipulation, récessif ou dominant…

Les Uchiha avaient étudié tout ça dans le détail, bien sûr. C'était leur précieux œil et ils devaient le connaître par cœur. Mais on n'avait retrouvé aucun document après le massacre du clan, qu'ils soient dissimulés dans des caches uniquement accessibles par un Uchiha ou qu'Itachi les ait brûlés. Evidemment, on pouvait difficilement acquérir ces informations dans un laboratoire : ce n'était pas comme s'il était possible de prélever un peu de sperme à Sasuke et de féconder des prisonnières de guerre pour examiner les enfants résultants.

(Sakura savait pertinemment que certains médic-nins n'auraient pas été freinés par les barrières morales. L'éthique médicale n'avait pas beaucoup de valeur dans un village ninja. Si on avait rejeté cette expérience, c'était uniquement à cause du temps et des moyens excessifs qu'elle requerrait.)

Tout ce que Sakura savait, c'est que les Uchiha étaient connus pour se marier entre eux. Ça ne l'avançait pas beaucoup : les causes pouvaient très bien être culturelles. Un clan réputé pour sa fermeture n'avait pas tendance à intégrer des étrangers dans son sein.

Elle écrivit étude du Dôjutsu spécifique au patient et barra la ligne : non, elle ne pourrait pas traiter le problème à la base. Il fallait qu'elle s'attaque directement aux symptômes.

Agrandir les vaisseaux, inscrivit-elle d'une écriture soignée en haut de la feuille.

Renforcer les vaisseaux, ajouta-t-elle au milieu.

Diminuer le flux, finit-elle, en bas.

Puis, alors que la fillette se plongeait dans le sommeil, Sakura réfléchit.


Une heure plus tard, elle passait sa frustration sur ses katas de taijutsu.

Un, deux. Un, deux. Gauche, droite. Poing, poing. Frappe, frappe, baisse-toi, frappe au ventre, décale-toi sur la droite, frappe aux côtes, relève-toi, il se retourne, recule, les médic-nins doivent toujours esquiver, il s'avance vers toi, tourne-toi, frappe…

Sakura grogna en balayant une mèche rose trempée de sueur. C'était tellement frustrant. Il lui aurait fallu une moitié de seconde pour détruire chaque arbre dans un rayon de dix mètres et une partie du sol avec ça ; à la place, elle muselait soigneusement son chakra et laissait de ridicules entailles dans l'écorce qu'elle frappait de ses poings. Et elle ne pouvait même pas blâmer des contingences extérieures : c'était son propre choix.

Sakura savait que le style de combat de Tsunade, dont elle avait hérité, souffrait de la faiblesse importante qu'était sa dépendance au chakra. Sans l'énergie bleue, les cratères dévastateurs se transformaient en terriers, les coups de poing qui éparpillaient les organes internes de la victime sur cinq mètres ressemblaient à d'innocentes caresses, et frapper un mur à pleine puissance n'avait pour résultat qu'une forte douleur dans la main.

Alors elle s'entraînait sans chakra pour être sûre que l'ennemi qui la priverait de ses réserves avant de l'attaquer ferait face à une très, très mauvaise surprise. Quand elle avait expliqué sa décision, Shishou lui avait donné une liste de katas longue comme le bras qu'elle répétait dès qu'elle avait un moment de libre. Lee avait d'abord été un bon partenaire pour tester ses progrès, puis on lui avait donné un trio de Genins aux grands yeux brillants et il s'était investi corps et âme dans leur éducation (ne devaient-ils pas passer l'examen Chûnin sous peu, d'ailleurs ? Il faudrait qu'elle se renseigne). Heureusement, il y avait toujours d'anciens camarades prêts à lui offrir deux heures de leur temps – Sakura se souvenait de nombreuses soirées où Naruto avait dû la porter jusque chez elle tant elle était fatiguée.

Elle ne serait jamais une spécialiste en taijutsu. Elle n'arrivait même pas à la cheville de Rock Lee. Mais elle ne serait pas sans défense si on scellait son chakra et c'était ce qui comptait. Que le premier idiot essayant de la piéger comprenne qu'elle n'était peut-être pas dans la plupart des Bingo Books mais que par les Kami, elle était l'élève d'une femme dont la page dans tous ces livres portait en rouge la mention « Fuir à vue ».

Bien sûr, elle avait beau savoir pourquoi il était important de les pratiquer, les katas restaient éminemment frustrants. Il s'agissait, après tout, de négliger volontairement l'un de ses atouts majeurs : sa force monstrueuse. Là, tout de suite, il aurait été infiniment plus satisfaisant pour Sakura de creuser un cratère et d'y balancer assez d'arbres pour chauffer Konoha pendant un mois et demi – sauf qu'elle ne pouvait pas. Les Kami lui viennent en aide, elle ne pouvait pas laisser une seule trace de son passage, et on ne faisait pas plus distinctif que le carnage que Sakura provoquait quand elle s'énervait vraiment.

Alors elle enchaînait ces maudits katas en zigzagant entre les troncs, et elle maudissait à voix basse cet irrécupérable paranoïaque qu'était Uchiha Itachi.

Comment osait-il ? Pour qui la prenait-il ? Avait-elle l'air si peu digne de confiance ? Ou, au contraire, semblait-elle trop innocente, avec ses cheveux roses, sa peau pâle et ses yeux verts ?

Coup de pied circulaire, prendre appui sur la cible pour se rééquilibrer, enchaîner avec un coup de pied droit de la même jambe.

Comment pouvait-elle soigner un homme qui, sous couvert de la tester, l'utilisait comme une vulgaire bonniche ? C'était une insulte à sa fierté de kunoichi et de médic !

Sakura arrêta de frapper ses nerfs étaient trop à vif. Elle risquait de détruire un arbre sans s'en rendre compte.

Il l'insultait et elle ne pouvait rien y faire. C'était rageant. Il était juste trop précieux pour le village et, plus prosaïquement, trop puissant pour qu'elle puisse lui faire payer. Elle n'était pas faible, pourtant, mais Uchiha Itachi, même malade, même à quelques mois de la mort, restait un monstre par rapport à elle.

N'empêche, ce qu'elle aurait donné pour pouvoir lui fracasser la mâchoire.

Parce que Mikoto n'était pas un test. Elle ne devrait pas utiliser son génie médical pour la soigner ; l'opération qu'elle allait pratiquer sur la fillette n'aurait rien à voir avec ce à quoi le traitement d'Itachi ressemblerait. Et l'Uchiha le savait, maudit soit-il, il le savait forcément, n'importe quel très bon medic-nin l'aurait remarqué.

Ce n'était pas un test pour vérifier que Sakura était suffisamment talentueuse pour qu'il remette sa santé entre ses mains. Non, le déserteur profitait de la situation pour l'envoyer soigner un membre de sa famille en toute confidentialité. Ce que Sakura pouvait comprendre, bien sûr, un homme avec l'histoire d'Itachi devait être prêt à beaucoup pour protéger les siens, mais par les Kami, pourquoi ne pas lui avoir dit ? « J'accepte d'être emmené où vous voudrez et en échange, je veux que la Jounin Haruno soigne quelqu'un pour moi ». Voilà, ça, ç'aurait été honnête : un accord en bonne et due forme.

Mais non, cela aurait sous-entendu que l'homme se montre franc ! On ne pouvait pas autoriser une telle chose, n'est-ce pas ? Non, il fallait qu'il lui présente ça comme un test – à quoi s'attendait-il, à ce qu'elle refuse si elle ne jugeait pas la tâche suffisamment complexe ? La prenait-il pour un monstre ? Une enfant était malade : s'il lui avait dit la vérité, elle l'aurait soignée !

Et c'était sans doute ça qui la blessait : que l'homme tente de la manipuler pour lui faire soigner une enfant. Comment pouvait-on faire aussi peu confiance aux autres ? N'était-il pas évident qu'elle irait soigner Mikoto ? Pourquoi mentir pour quelque chose d'aussi simple ?

Comment était-elle supposée passer des semaines en compagnie d'un être aussi paranoïaque et manipulateur ?

Rétrospectivement, Sakura maudissait sa naïveté. Itachi était devenu capitaine ANBU à l'âge de treize ans ; quelques mois plus tard, il massacrait la quasi-totalité de son clan et rejoignait l'une des pires organisations criminelles connues. Comment avait-elle pu imaginer qu'ils auraient des relations normales ? Que son patient lui ferait confiance ? Sa vie entière l'avait poussé vers la solitude et la méfiance. Il suffisait de voir comment il avait aidé son frère : quelle personne saine d'esprit penserait agir au mieux en plantant une haine terrible dans le cœur d'un orphelin de sept ans ?

Après ça, il était devenu le partenaire régulier de Hoshigaki Kisame. Elle avait vu les Bingo Books du pays de l'Eau : l'homme était un sadique en osmose avec une Epée au parcours étonnamment sanglant, même pour une arme shinobi. Combien d'innocents avait-il tués devant les yeux d'Itachi ? Le Konoha-nin avait-il eu envie de hurler, la première fois que Hoshigaki avait violé puis massacré une femme non loin de lui, un crime dont, d'après les informations de Konoha, il était friand ? Avait-il murmuré le nom de Sasuke pour s'empêcher de se jeter sur son partenaire et le forcer à arrêter ?

Combien de temps avait-il fallu avant qu'il n'ait plus besoin de se retenir ? Avant que la cruauté inutile et l'horreur fassent partie de sa vie comme le meurtre faisait partie de celle de Sakura ?

La kunoichi s'étira. Il devait être comme Shizune, réalisa-t-elle : trop irrémédiablement marqué par son devoir pour pouvoir se rééduquer aux rapports humains. Si elle avait espéré autre chose, c'était de sa faute à elle pour avoir manqué un aspect aussi évident de son patient. Une machine dans un corps d'homme, voilà ce qu'elle pouvait attendre de mieux.

Mais tout de même, s'être faite manipuler aussi aisément... Son ego ne s'en remettrait pas de sitôt, ça non – si tant est qu'après plusieurs semaines avec Uchiha Itachi, il lui reste encore un ego.

Quelle plaie, soupira-t-elle mentalement en retournant vers l'orphelinat.


- Ferme les yeux, murmura Sakura à la fillette.

- Oui, shinobi-san.

- Voilà, c'est bien. Tu es en sécurité, maintenant. Je veille sur toi. Tu es en sécurité. Tu peux dormir…

La tension qui parcourait les épaules de Mikoto disparut brusquement. Sakura relâcha le chakra vert qu'elle avait envoyé. La petite ne se réveillerait pas avant le lendemain.

Elle posa les mains sur les paupières closes et inspira profondément. Les vaisseaux oculaires des Uchiha étaient des choses fragiles, prompts à la rupture et terriblement sensibles au chakra étranger. Chez Mikoto, ce défaut n'était qu'amplifié. Sakura comprenait pourquoi l'enfant n'avait jamais été soignée : tout médic sensé aurait déclaré que l'opération était trop risquée. Un peu de son chakra s'infiltrant dans le chakra médical, une irrégularité, une infime perte de contrôle et les vaisseaux exploseraient. Pour réussir, il fallait plus qu'un excellent contrôle.

Il fallait un contrôle parfait.

Car c'était ça, le vrai défi de ce cas, ce que les médecins avaient dû dire à Itachi : l'enfant était soignable… à condition de posséder un contrôle supérieur à ce qu'ils avaient. Il ne s'agissait pas de réaliser une prouesse médicale ou de mettre au point une méthode révolutionnaire comme ce qu'elle devrait faire pour soigner l'Uchiha. Il fallait juste le meilleur contrôle possible.

Sakura se mit au travail.

Pendant des heures, dans l'obscurité de la pièce, elle modela un chakra d'un vert si pâle qu'il en paraissait jaune, pour l'amener très doucement, très délicatement dans les vaisseaux fragilisés. A chaque passage, elle exerçait une petite pression sur les vaisseaux pour les pousser à s'écarter à chaque passage, elle craignait que son chakra, ajouté à celui qui circulait déjà dans les vaisseaux sur-sollicités, ne soit la goutte d'eau qui brise la tuyauterie.

Doucement. Un peu de chakra. Délicatement. Agrandir, renforcer. Encore. Encore. Et encore. Jusqu'à ce que le flux se régule, que la pression diminue. Une goutte de sueur roula sur la tempe de Sakura. Surtout pas d'impatience : si elle se précipitait, le château de cartes qu'elle construisait s'écroulerait et emporterait Mikoto avec lui.

Doucement. Délicatement. Le temps lui filait entre les doigts comme autant de grains de sable. Elle aurait été incapable de donner l'heure ou même de dire si c'était le jour ou la nuit.

Puis – enfin ! –, elle se redressa. Les doigts toujours posés sur les yeux fermés de sa patiente, elle examina son travail. Les vaisseaux étaient plus grand, plus résistants. Mikoto vivrait.

Vacillante, elle sortit de la chambre obscure. Elle n'avait pas fait un pas que Cha Yun l'abordait.

- Comment va-t-elle ?

- Bien, répondit Sakura d'une voix rauque. Tant que ses réserves de chakra n'augmenteront pas, elle n'aura pas de problème.

- Alors elle peut… elle peut… avoir une vie normale, murmura Cha Yun en essuyant une larme. Merci, Haruno-san. Je vous serai éternellement redevable.

Sakura ne rêvait que d'une douche et d'un lit, mais elle précisa malgré tout :

- Elle n'aura pas une vie normale. Uchiha-san vous a parlé du chakra, n'est-ce pas ?

- C'est l'énergie que les shinobi utilisent pour leurs techniques.

- Nous sommes les plus doués pour le manipuler, mais tous les êtres vivants en ont, même des civils comme Mikoto-chan ou vous, Cha-san. Et surtout…

Un bâillement l'interrompit.

- … Surtout, c'est une énergie à la fois physique et mentale. Mikoto-chan n'avait pas l'intention de deveni ninja, j'imagine…

- Non, déclara Cha Yun d'un ton définitif.

- … Mais elle ne pourra pas non plus pratiquer un métier physique comme le travail des champs. Tout ce qui développerait sa force physique développerait ses réserves de chakra et la mettrait en danger.

- Ce n'est pas grave. Nous trouverons un autre travail. Merci encore, Haruno-san.

Cha Yun s'inclina.

- Je n'ai fait que mon devoir, répondit poliment Sakura.

Puis elle se dirigea vers la chambre que lui avait indiquée la gérante. En passant, comme par inadvertance, elle frôla le bras de la femme. Une pulsion de chakra passa dans le système sous-développé de Cha Yun et lui revint.

Sakura ajouta l'information qu'elle en déduisit à la liste de choses qu'Uchiha Itachi aurait dû lui dire.


Le matin même, elle se dirigeait vers le repère où elle avait été détenue. Itachi lui avait donné une semaine : elle était partie depuis quatre jours.

Quand elle arriva, le déserteur l'attendait.

- Suivez-moi, lança-t-elle avant de se retourner.

Elle se préparait à courir quand il l'arrêta.

- Haruno-san.

Sakura s'immobilisa.

- Merci.

Dos à lui, elle hocha la tête.