Tonksinette : la piste n'est pas mauvaise... mais ce n'est pas encore tout à fait ça :). Vous aurez les réponses, ne vous inquiétez pas. Je n'aime pas laisser mes intrigues en suspens.

Sora : merci :) j'écris vite parce que je m'amuse vraiment beaucoup... et que j'aime cet univers. Ne t'inquiète pas, je ne m'arrêterai pas en route.

Julie : l'ange gardien de Lancelot est clairement Morgane (la scène est du 409 ;)). Tu vas bientôt retrouver ton couple fétiche ;)

Koul : j'espère que tu seras satisfaite du Merthur qui vient :)

Ma: quand je pense que ça fait 3 mois que tu lis un chapitre par jour !

Valir : j'ai toujours trouvé que les sentiments Gwen/Lancelot en jetaient dans la série... j'ai regretté (beaucoup regretté) que Gwen ne succombe à son attraction pour lui que sous l'emprise d'un sortilège; je pense qu'elle craquait assez sur lui pour ne pas avoir besoin de cette grosse ficelle, et qu'à son retour d'entre les morts, submergée par l'émotion de le retrouver vivant, elle aurait pu se laisser aller à commettre une "erreur" sur un coup de tête. Ca n'aurait rien enlevé à son personnage ou à son amour pour Arthur. La passion est parfois comme un "sortilège" aussi...

Allié1207 : Gwen n'a de souvenirs conscients que de Lancelot... et de Mithian pour l'instant, parce que les flash ne réactualisent pas tous les souvenirs à la fois, seulement certains, liés à l'évènement qui est en train de se produire et à la personne rencontrée (sinon, ce serait trop facile). Donc Gwen ne se souvient pas d'Arthur en tant que tel, elle ne sait pas que c'est à lui qu'elle pense quand elle cherche son visage... Pour le trio amoureux Lancelot-Arthur-Gwen : tout dépend de ce que tu entends par là :). Essaie de considérer mon idée : chaque personnage essaie, quelque part, de rattraper les erreurs/ les manques de sa précédente vie... donc...

Lena : oui, tu auras bientôt Gauvain ;) le cas de Lancelot est spécial... je ne peux rien dire de plus. Qui te dit que Morgane a été épargnée par les flash ? Peut-être qu'elle les a eus plus tôt et plus violemment que tous les autres... (n'oublie pas qu'elle était voyante dans sa première vie...). Arthur VA montrer l'étendue de ses talents diplomatiques (comment tu l'as cerné ;)). Perceval : non, tu n'y es pas encore ! lol. Mordred ne vient pas encore. Mais il fera l'objet d'un traitement particulier. Gentil ou méchant ? Ni l'un ni l'autre. Et pour son couple avec Morgane : euh... dans cette vie-ci je crois qu'ils seront célibataires ! Ok pour le jeu des questions, mais seulement si j'y réponds par oui ou non.

Legend : tu m'as souhaité la bonne année à minuit ! tu as été la première ! (viens chercher ton câlin XD). Le moment derrière la vitre était romantique (je peux être romantique... par moments ;)).

Sabrinabella: à terme ils redeviendront pleinement eux-mêmes :) quand ils auront chacun parcouru leur chemin pour se retrouver...

LoLOW : bien sûr que je pensais déjà à l'épisode 8 quand j'ai écrit le 6. Je suis obligé de planifier mon intrigue quasiment jusqu'à la toute fin pour être cohérent dans mes rebondissements... j'essaie de penser l'histoire dans sa globalité (d'ailleurs j'ai souvent la fin en tête au moment où je commence). Je trouvais ça chouette d'introduire ces visions légères et heureuses au milieu du drame à venir pour garder l'espoir vivant :). Loool, ta réaction face à Mordred. Eh oui ! Tel est pris qui croyait prendre !

Le Merthur que j'adore, celui qui me fait rire :). Pardon pour ça. Impossible de résister. Il faut que j'arrête de partir en délire... mais c'est tellement bon quand ils sont drôles et sans pitié ! Et j'aime tellement Arthur... impayable en héros à la grâce d'éléphant...! Ces deux-là n'ont jamais été faits pour la tragédie.

Prochain chapitre : Gwen... Mithian... et... un invité surprise... en Ecosse !

CHAPITRE 10

Merlin s'était réveillé avec un nœud d'angoisse fermement ancré au fond de l'estomac.

La veille, il avait eu droit à son engueulade dans le bureau de Géant avant d'aller dîner, et même si Grégory avait promis de prendre des pincettes pour lui annoncer la nouvelle, le directeur des Glycines était encore furieux pour les quatre heures de colle quand Merlin s'était présenté devant lui pour s'expliquer. Géant devait avoir eu une sale journée, parce qu'il avait passé une demi-heure à le traiter d'irresponsable. Ce n'était pas un mauvais bougre, mais ses pensionnaires lui en faisaient voir de toutes les couleurs, et la dépression nerveuse devait sérieusement le guetter, parce qu'une fois qu'il commençait à crier, il n'arrivait plus à s'arrêter.

Merlin avait encore les oreilles qui sonnaient de son : « à dix-sept ans tu devrais pourtant commencer à réfléchir comme un adulte au lieu de te comporter comme un gamin, que crois-tu que tu vas devenir si tu continues sur cette voie ? ». Il n'aurait pas dû lui répondre : « plongeur chez MacDo ?» avec un petit sourire involontaire. Mais sur le coup, la réplique était sortie toute seule. Si Géant n'avait pas pensé à le mettre de corvée de vaisselle avant sa plaisanterie, il l'y avait collé pour un mois juste après en l'accusant d'être : « un cas social insolent et malpoli ».

Après avoir lavé des piles d'assiettes sous le regard de dragon de la cantinière (cette femme le terrorisait), Merlin avait passé une nuit infernale à cause de ses voisins de dortoir qui s'amusaient à lui lancer leurs chaussettes sales à la figure à chaque fois qu'il était sur le point de s'endormir.

Il avait peut-être sommeillé pendant deux heures.

Il s'était réveillé en catastrophe pour s'apercevoir que les douches étaient toutes occupées, il n'avait rien eu le temps d'avaler pour le petit déjeuner, et une fois arrivé au Queen Mary, il avait passé toute la matinée à essayer d'éviter de croiser Valiant Snake.

Le capitaine de l'équipe de rugby voudrait forcément lui faire payer la manière dont il avait sauvé Arthur de ses poings la veille, parce qu'il avait appelé les surveillants à la rescousse. C'était un crime de lèse-majesté qu'il ne réussirait pas à faire oublier si facilement, et ce n'était qu'une question de temps avant qu'arrivent les représailles. Juste... « pas aujourd'hui », priait Merlin depuis huit heures du matin en croisant les doigts très fort.

Et jusqu'ici, il s'était débrouillé pour éviter d'être au mauvais endroit au mauvais moment.

Mais il était épuisé par le manque de sommeil et il se sentait comme un lapin traqué à force d'avoir peur de son ombre. Il n'arrêtait pas de se retourner sur ses pas dans les couloirs et de sursauter dès qu'il voyait une silhouette sur ses talons. Les choses auraient été plus simples si Arthur Dubois n'avait pas été constamment à le suivre. Trois fois déjà Merlin avait cru que Valiant était sur ses traces, pour découvrir son sauveur de la veille en train de le pister à distance, comme une âme en peine.

Passée la vague de soulagement qu'il avait éprouvée à chaque fois, il n'avait pas pu s'empêcher de se demander avec agacement ce qu'Arthur lui voulait encore. N'avait-il pas été assez clair quand il lui avait demandé de lui ficher la paix hier ? Merlin était d'autant plus désespéré que la tentation était grande d'aller vers Arthur et de revenir sur sa décision en s'exclamant : finalement, ça me plairait vraiment qu'on soit amis. Il n'allait quand même pas faire ça. Il passerait pour un idiot s'il faisait ça. Arthur lui rirait sans doute au nez ou alors, il le traiterait d'imbécile ou alors...

Merlin essaya de ne pas penser au sourire joyeux que pourrait lui faire Arthur, se répétant à toute force que ce sourire-là n'était qu'un leurre, qui n'existait que dans son imagination.

C'était la pause de seize heures, et il avait (enfin!) réussi à semer Arthur en slalomant à travers la cour, en direction du préau. Il ne put s'empêcher de s'autoriser un petit sourire de victoire en regardant derrière son épaule, quand il constata qu'il n'était plus après lui... et ce fut précisément à ce moment-là qu'il emboutit Valiant.

Snake-la-montagne se retourna vers lui et l'attrapa par son écharpe rouge avant qu'il ait eu le temps de dire « ouf ». Merlin sentit l'air quitter brutalement ses poumons alors qu'il se retrouvait plaqué contre le mur et tenta un sourire pour apaiser l'humeur de chien du rugbyman qui le toisait depuis la bonne tête de plus que lui qu'il faisait. Ses deux ailiers, Owen et Clarke, l'encadraient de près, formant autour de Merlin un mur infranchissable.

-Euh... salut, Valiant, fit Merlin, en essayant de se montrer jovial. Tu as l'air... énervé.

-Tu m'as balancé aux pions, répondit Valiant, en l'agrippant un peu plus fort. Aux pions, Merlin. Qu'est-ce que tu as à dire par rapport à ça ?

-Euh... désolé ? dit Merlin, plein d'espoir.

Valiant s'assombrit. Maintenant, il avait vraiment l'air d'être énervé.

-Tu sais que le directeur est un ami de mon père. Ils n'arrêtent pas de s'appeler tous les deux. Et s'il commence à lui raconter que je suis un fauteur de troubles, qu'est-ce qui arrivera ?

Merlin secoua la tête, muet comme une carpe.

-Je n'irai pas en Suisse pour skier aux prochaines vacances, dit Valiant.

-Oh, fit-il, parce qu'il ne voyait pas quoi dire d'autre.

-Parce qu'en plus, tu te moques de moi ? rugit Valiant, en levant une main menaçante.

-Mais non, pas du tout, s'exclama précipitamment Merlin, en clignant de l'oeil par réflexe. Tu as envie d'aller au ski, je comprends. Le ski c'est...

Merlin chercha désespérément le terme approprié. Mouillé ? Froid ? Glissant ? Non, rien de tout cela n'allait.

-Bien ? tenta-t-il, un peu sceptique par rapport à la formulation du concept.

-Tu joues encore au plus malin, hein ? Si c'est la guerre que tu veux... s'exclama Valiant, furieux.

-Mais non, je ne veux pas la guerre ! répondit Merlin, horrifié. Je serais vraiment stupide de vouloir la guerre avec toi, tu me mettrais K.O. du premier coup !

-Tu es vraiment stupide, affirma Valiant, perplexe.

-Je suis vraiment stupide, dit Merlin en hochant vigoureusement la tête. Euh... maintenant... je peux partir ?

-Non.

-S'il te plaît... mon capitaine, dit Merlin, et le mon capitaine sonna avec une telle ironie qu'il ne put s'empêcher de plaquer ses mains sur sa bouche en pensant : tais-toi, Merlin, tais-toi !

Trop tard.

Valiant irradiait de fureur.

-Je vais te faire passer l'envie de te payer ma tête.

-Valiant, je...

A ce stade, Merlin cessa de parler parce qu'il se retrouva tracté par l'écharpe... en direction des toilettes. Ah non, pas encore ! pensa-t-il, à l'agonie. Deux fois en deux jours... c'était clairement exagéré. Il essaya de se dépêtrer de la poigne de Valiant pour se retrouver plaqué contre le torse d'Owen, qui lui tordit le bras dans le dos en lui arrachant un aïe ! horrifié. Cette brute venait vraiment de lui faire mal. Il se débattit de plus belle pour lui échapper, envoyant des coups de pied désordonnés autour de lui, et il se retrouva attrapé par les jambes pour faire bonne mesure.

Owen et Clarke le catapultèrent à l'intérieur des toilettes à l'horizontale, expulsant dans leur entrée fracassante une volée de lycéens tranquilles qui se hâtèrent de fuir les lieux avant que la bagarre ne commence. Les plus curieux restèrent tranquillement à leur poste pour regarder ce qui allait se passer ensuite.

-Valiant, ce n'est pas drôle, haleta Merlin, qui commençait à avoir peur.

Il essaya d'envoyer un coup de pied vicieux à Clarke qui lui ceinturait toujours les jambes et se retrouva encore plus coincé qu'avant.

-Tu fais moins le malin, maintenant, dit Valiant, d'un air victorieux.

-Je n'ai jamais fait le... aaaaah mais qu'est-ce que tu fais ?

Clarke venait de lui arracher sournoisement sa chaussure droite.

-Moi ? Rien du tout. C'est toi qui t'effeuilles comme dans une partie de strip poker.

Merlin essaya de se tordre dans tous les sens pour l'empêcher de lui enlever la chaussure gauche. Il avait un horrible, horrible pressentiment. Il avait beau tirer de toutes ses forces pour se dégager de la poigne d'Owen, il n'arrivait à rien, il ne pouvait plus du tout bouger... et il y avait quelque chose d'affreux à être suspendu dans les airs aux mains de trois rugbyman.

Valiant haussa un sourcil et avança la main pour faire sauter le premier bouton du pantalon de Merlin.

-Tu n'oserais pas faire ça, dit ce dernier, d'une voix blanche.

-Que tu crois.

-Non, Valiant... Valiant arrête...

Valiant tira d'un geste sec et le pantalon partit rejoindre les chaussures par-terre, laissant Merlin en slip. Et pourquoi avait-il fallu qu'il ne lui reste plus que ce slip-là à mettre ce matin ? Une cascade de rires éclata tout autour de lui. Mais ce fut quand les flash des blackberries commencèrent à crépiter pour immortaliser sa honte que les larmes lui montèrent aux yeux. Il les retint, furieusement. Je ne pleurerai pas !

Et ce fut ce moment précis – comme s'il fallait vraiment que les choses soient encore pires – que choisit Arthur pour bondir à l'intérieur de la pièce en s'exclamant :

-Lâchez-le tout de suite !

Je veux disparaître, pensa Merlin, en songeant que s'il avait été magicien, comme son homonyme, il se serait débrouillé pour que la terre l'ensevelisse dans ses profondeurs à l'instant même.

La cloche sonna, et Valiant asséna le coup de grâce en s'adressant à Arthur avec un regard moqueur.

-Sauvé par le gong, dit-il.

Merlin se retrouva brusquement par-terre, lâché par ses deux sbires.

-Tu peux récupérer ton petit copain,... il ne reste plus grand chose à lui enlever pour pouvoir en profiter. Amusez-vous bien tous les deux ! lança Valiant hilare par-dessus son épaule, avant de disparaître.

Avec le pantalon, maudit soit-il, remarqua Merlin plus mort que vif.

(oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooo)

C'est ma faute, pensa Arthur. Il avait passé sa journée à surveiller discrètement Merlin à distance pour éviter que ce genre d'incident se produise, persuadé que c'était à lui de contrecarrer Valiant quand il déciderait de manoeuvrer. Mais il s'était laissé semer, comme un abruti. Et le temps qu'un idiot sorte dans la cour en claironnant qu'il se passait quelque chose de drôle dans les toilettes, il avait pris trop de retard pour empêcher la catastrophe.

La catastrophe était (à franchement parler) le slip que portait Merlin.

Mais allez savoir pourquoi, Arthur n'était pas franchement étonné de cette découverte venant de lui, et il rangea ce détail dans un coin de son esprit pour se concentrer sur des priorités plus immédiates.

Valiant, Owen et Clarke passèrent la porte des WC, et, bouleversé qu'il était de ce qu'ils avaient osé faire à ce pauvre Merlin, Arthur s'aperçut trop tard qu'ils en avaient profité pour ramasser son pantalon au passage.

Il se retrouva face à un terrible dilemme : poursuivre Valiant pour lui faire cracher ses dents et lui reprendre son trophée... ou essayer de faire quelque chose de Merlin, qui, rouge pivoine, se tenait là où il avait été déposé, visiblement trop mortifié par ses sous vêtements pour se relever au risque d'en donner un nouvel aperçu aux curieux.

Il opta pour le choix numéro deux, estimant que ne pas laisser un ami en détresse affronter seul la honte de sa vie était un cas d'urgence.

-Merlin, est-ce que ça va ? dit-il en se penchant sur lui pour lui poser une main sur l'épaule.

Merlin réagit comme un chat en colère.

-Ne me touche pas ! s'exclama-t-il, furieux.

-Pardon, dit Arthur, sans savoir ce qu'il avait fait de mal, en retirant précipitamment sa main.

Les yeux bleus s'étrécirent dans le visage rouge pivoine, et la déclaration qui suivit résonna à travers la pièce qui se vidait.

-Je ne suis pas ton petit ami ! s'écria Merlin.

(oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooooooooo ooooooooooooooooooo)

La sonnerie retentit une deuxième fois et les toilettes finirent de se vider.

Arthur confus recula d'un pas, rougissant à son tour sous les flash des téléphones portables qui tenaient à l'immortaliser également au passage.

-Je n'avais pas du tout l'intention de..., commença-t-il, terriblement embarrassé.

-Pourquoi faut-il... que tu soies toujours là aux pires moments ? coupa Merlin.

-Je voulais juste... aider ? fit Arthur, désorienté.

Le regard de Merlin était teinté d'incompréhension.

-Est-ce que tu es complètement stupide ? Est-ce que tu ne vois pas que je ne vais faire que t'apporter des tas de problèmes ?

-Je dois certainement aimer les problèmes, dit Arthur, avec un pétillement dans l'oeil. A moins que ce ne soient eux qui m'aiment. Je n'arrive pas vraiment à me décider sur ce point.

-Tu ne te rends pas compte, dit Merlin, en secouant la tête, catastrophé. Après ça, tout le monde va croire que nous sommes vraiment ensemble,, toi et moi.

-Et alors ? C'est un souci ? répondit Arthur, amusé rien qu'à l'idée que les autres puissent s'imaginer une pareille sottise.

-Oui ! Parce que c'est faux ! rétorqua Merlin, furieux.

-Les imbéciles peuvent penser ce qu'ils veulent, non ?

Arthur croisa les bras, obstiné.

-Ils n'ont pas le droit de te traiter comme ça. J'essaie de faire ce qui est juste, c'est tout. Blanc, noir, gay, hétéro, tout le monde a le droit au respect... Je ne vais pas renoncer à défendre ce en quoi je crois pour avoir le plaisir de mener une petite vie tranquille. Ce ne serait pas honorable.

Merlin eut un hoquet consterné.

Il était encore plus rouge qu'avant.

-Parce que tu crois franchement qu'avec la vie qu'ils me font, je me soucie de ce qui est honorable ? cria-t-il.

-Franchement ?

Arthur le regarda, amusé.

-Je suis persuadé que oui.

-C'est faux.

-Je t'aime bien, Merlin.

Et à ces mots, Merlin sentit les larmes qu'il avait retenues jusqu'ici envahir ses yeux irrépressiblement, assorties d'une envie furieuse de tuer Arthur en l'étranglant de ses propres mains pour l'obliger à avoir cette discussion maintenant, alors qu'il ne portait, en tout et pour tout, que ce maudit slip en-dessous de la ceinture.

-Ce n'est pas... possible, explosa-t-il, en rage. Tu ne peux pas... bien m'aimer, à moins d'avoir des idées derrière la tête, et si c'est le cas, tu ferais mieux d'y renoncer tout de suite,parce que, quoiqu'ils puissent dire... JE NE SUIS PAS GAY. Maintenant, va-t'en, laisse-moi tranquille !

Et sur ces mots, il courut s'enfermer à double tour à l'intérieur de la cabine la plus proche en pensant : c'est la pire journée de TOUTE ma vie. Pourquoi fallait-il qu'Arthur ait été là pour le voir dans cet état ? Maintenant, toutes ses chances d'arriver à s'en faire un ami venaient de fondre comme neige au soleil, parce qu'il aurait en tête cette image ridicule, qui n'avait rien à voir avec lui, et il aurait pu surmonter tout le reste... mais ça... il n'arriverait jamais à s'en remettre. Il se retrouva à pleurer comme un bébé. Puis, dans un éclair de lucidité, il réalisa qu'il n'avait aucun moyen de sortir d'ici sans devoir traverser le préau dans cet état, et il s'assit lourdement sur la cuvette. Même si je dois attendre jusqu'à 22 heures sans bouger, je ne partirai pas d'ici avant qu'il n'y ait plus personne pour me voir faire, pensa-t-il, entre deux sanglots. Mais ensuite, il pensa aux heures de colle dont il écoperait s'il ratait les cours et il poussa un gémissement d'agonie. Pourquoi faut-il que ma vie soit comme ça ? se désespéra-t-il.

(oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooooooooo ooooooooooooooooooooo)

Merlin sanglotait bruyamment, enfermé à clé à l'intérieur de la cabine des toilettes, et Arthur ne savait pas quoi faire de lui-même. Il pensa à forcer la porte mais il se dit ensuite que ce ne serait pas franchement une bonne idée étant donné la manière dont son désastreux ami prenait une simple main posée sur l'épaule. Alors il alla s'asseoir, en s'adossant contre le mur d'en face, et, avec un soupir, et il décida d'attendre.

Il n'y avait pas grand chose d'autre à faire, à part s'enfuir en courant, et il n'avait vraiment pas envie de faire ça.

Aussi curieux que ça puisse paraître, ça ne l'étonnait pas que Merlin soit un véritable champion pour se couvrir de ridicule. C'était plutôt le contraire qui l'aurait surpris. D'ailleurs, ça ne le rebutait pas non plus, d'autant, que dans cette occasion, il n'était vraiment pas en tort. Et puis, ce n'était qu'un slip. Rien à voir avec la fin du monde. Mais Merlin pouvait être une telle fille, parfois (et d'où lui venait donc cette certitude?)

Après un long moment, les sanglots cessèrent peu à peu, jusqu'à disparaître complètement.

Puis, la voix de Merlin s'éleva à nouveau, hésitante et inquiète.

-Arthur ? Tu es là ?

-Oui ? répondit-il aussitôt.

Il entendit un juron étouffé suivi d'un : « je t'avais dit de partir » indigné. A la place de Merlin, Arthur se serait senti humilié aussi que quelqu'un soit resté là pendant les dix dernières minutes à l'écouter pleurer toutes les larmes de son corps (même s'il n'aurait jamais fait ça. Non pas qu'il soit incapable de sensibilité, mais pas pour ce genre de choses, non, certainement pas.). Peut-être aurait-il dû lui signaler sa présence au lieu de rester assis dans son coin en retenant son souffle ?

Puis il décida qu'au point où ils en étaient, ils n'étaient plus à ça près, et il ajouta vaillamment :

-J'ai pensé que ce n'était pas forcément une bonne idée de t'écouter sur ce coup-là.

-Oh, vraiment, lui vint la réponse, cynique au possible.

-Valiant a volé ton pantalon, et il y a des petits avions imprimés sur ton slip, signala Arthur, en s'efforçant de délivrer une argumentation objective. A moins d'avoir décidé de passer le reste de la journée enfermé dans la cabine des toilettes, je vois assez mal comment tu pourrais t'en sortir sans mon aide.

La réponse ne se fit pas attendre.

-Je te déteste !

Arthur cligna des yeux.

-J'ai un pantalon de jogging dans mon sac de sport... à l'intérieur de mon casier. Tu veux que je te le ramène ? demanda-t-il aimablement.

Il y eut un bruit étranglé de l'autre côté de la porte.

-Il se pourrait que je ne te déteste pas tant que ça, admit Merlin, d'un ton réticent.

Arthur eut envie de rire.

-Est-ce que ça veut dire qu'on est amis ? demanda-t-il.

Il adora la réplique effrontée qui suivit.

-Si je refuse, est-ce que tu me laisseras traverser le préau en slip ?

-Je suis presque tenté de dire oui... parce que tu mériterais au moins ça... mais la réponse est non, idiot.

-Alors, la réponse est oui, crétin.

Le sourire d'Arthur s'élargit.

-Je reviens tout de suite, dit-il. Ne bouge pas d'ici.

Il entendit Merlin marmonner furieusement : « et pour aller où, tête de cuiller ? » et il trouva que c'était certainement l'insulte la plus originale qu'on lui ait jamais faite. Il ne fut pas très long à récupérer le jogging, et il revint dans les toilettes en catimini. Puis il passa le vêtement à Merlin par-dessus la porte de la cabine, et il l'entendit s'agiter à l'intérieur. Après un long moment, le loquet s'ouvrit, et la porte s'entrebailla. La tête de Merlin apparut. Il avait les cheveux en l'air, et les yeux rouges d'avoir pleuré. Arthur lui tendit ses chaussures en signe de paix. Merlin les attrapa et dit d'un ton de reproches :

-Ce pantalon ne me va pas du tout.

Arthur baissa les yeux sur le jogging faisait des plis autour de sa taille, puis, les releva sur le visage ahuri de Merlin, et lui fit une grimace d'excuses en répondant:

-Tu es trop maigre.

-C'est toi qui as de grosses fesses, protesta Merlin, outragé.

-Désolé, dit Arthur en se mordant la lèvre pour ne pas rire.

-Désolé ?

Merlin le dévisagea avec incrédulité.

-Tu viens de me sauver la vie, et c'est tout ce que tu trouves à dire ?

Arthur s'éclaira d'un vaste sourire.

-La vie... il ne faut quand même pas exagérer..., affirma-t-il, en hochant la tête. Mais ta réputation... enfin, ce qu'il en reste, ça, c'est certain !

Merlin plissa les yeux, et soudain, Arthur fut incapable de réprimer plus longtemps la plaisanterie qu'il avait retenue depuis qu'il avait jailli à l'intérieur des toilettes pour sauver la situation. C'était tellement énorme.

-Des petits avions, Merlin. A presque dix-sept ans ? fit-il joyeusement. Je veux dire : j'avais les mêmes slips quand j'avais cinq ans ! Je sais bien, «on ne change pas une formule qui gagne », mais pour certaines choses, il faut savoir se renouveler un peu, tu sais ?

-La ferme, Arthur, dit Merlin, en lui jetant un regard incendiaire.

Le coin de la bouche d'Arthur se mit à trembler. Une étincelle amusée dansa dans les yeux de Merlin. Et ils se retrouvèrent à éclater de rire au même moment, comme deux idiots. C'était un rire chaleureux et libérateur. Et quand Merlin riait, les coins de ses yeux se plissaient d'une manière qui faisait fondre le cœur d'Arthur.

-Je préfère ça... quand tu ris, dit-il, en le regardant avec affection, le cœur aussi léger qu'une bulle de savon.

Merlin cligna des yeux et le dévisagea avec perplexité, une expression hésitante sur la figure.

-Pourquoi fais-tu ça ? demanda-t-il. Pourquoi es-tu... aussi gentil avec moi ?

-Je t'aime bien, c'est tout, dit Arthur, en haussant les épaules.

-Dis-moi la vérité... c'est toi qui es gay.

-Non, pas que je sache, répondit Arthur, interloqué.

-Alors, tu n'as pas été viré de ton ancien bahut. En fait, tu sors de l'hôpital psychiatrique, dit Merlin, d'un ton convaincu. Où tu as probablement vécu enfermé pendant des années... privé de tout contact humain... j'ai raison, n'est-ce pas ?

-Bien sûr que non !

Merlin regarda autour de lui et fronça les sourcils.

-Bon. Qu'est-ce que nous allons faire maintenant ?

-Aller en cours ? proposa Arthur.

Merlin se mordilla la lèvre inférieure.

-Il vaudrait mieux que...

-Non, dit fermement Arthur. Hors de question d'y aller séparément cette fois-ci.

-Après ce qui vient de se passer, tu ne comprends toujours pas que te montrer avec moi est sans doute la pire des idées qui t'ait jamais passé par la tête ? protesta Merlin, incrédule.

-C'est gentil de penser à moi, mais sincèrement, j'arrive déjà à m' attirer pas mal de problèmes sans ton aide, s'amusa Arthur.

-Les autres vont...

-Je te l'ai dit : je m'en fiche complètement.. Ce n'est pas mon problème s'ils se comportent comme des crétins, c'est le leur.

Arthur eut une grimace amusée.

-Et puis de toutes façons, ils ont déjà une photo choc de nous deux qui sera en ligne sur facebook d'ici ce soir.

Merlin cacha son visage dans ses mains avec un gémissement d'agonie.

-Je vais mourir.

-Mais non. La honte n'a jamais tué personne... autrement tu serais déjà mort depuis longtemps, lui rappela Arthur avec désinvolture.

-Est-ce que je t'ai dit à quel point je te détestais ?

-Déjà deux fois. Ce qui n'est pas très gentil si on considère que ça fait au moins... quatre fois que je te dis que je t'aime bien ?

Les doigts de Merlin s'écartèrent, laissant entrevoir un œil abasourdi.

-Tu es un psychopathe qui aime tuer des chatons à ses heures perdues, et tu as décidé de passer à la vitesse supérieure en t'attaquant à ta première proie humaine, dit-il, partant sur une nouvelle hypothèse encore plus tordue que la précédente.

-Si vraiment je voulais tuer quelqu'un, je ne te choisirais certainement pas toi ! fit Arthur, amusé.

-Et pourquoi pas ? dit Merlin, vexé. Je pourrais faire une très bonne victime !

-Pfff... j'aurai vraiment tout entendu !

-Une victime parfaite ! Une victime idéale ! martela Merlin. Les gens pleureraient sur mon sort !

-Jamais de la vie ! Tu te débrouillerais pour porter des collants sous ton jean et c'est tout ce dont ils se souviendraient en voyant la photo de ton corps dans les journaux ! Merlin Emrys avait un terrible secret.. le tueur de Londres l'a dévoilé !

-Je n'arrive pas à croire que tu viennes de dire ça ! fit Merlin, outré.

-C'est toi qui a commencé, répondit Arthur, en haussant un sourcil.

Il eut un petit sourire et ajouta :

-Tu vois qu'on est faits pour s'entendre. Il m'a suffi de cinq minutes pour te faire oublier que tu étais malheureux comme les pierres. Alors, amis ?

Merlin ne répondit pas tout de suite.

Il le dévisageait d'un air méfiant.

-Tu m'as tout l'air d'être le genre d'ami à me faire porter toutes tes affaires et à me laisser écoper de toutes les punitions à ta place, lâcha-t-il.

-Mais d'un autre côté, dit Arthur, je suis aussi le genre d'ami qui n'a pas peur d'être vu en ta compagnie même quand tout le monde est occupé à prendre tes petits avions en photo pour les mettre en ligne sur facebook... et qui est assez héroïque pour aller te chercher un pantalon de rechange quand on t'a volé le tien.

-Pour mieux me poursuivre avec l'incident en question pendant le restant de mes jours ?

-Ah je n'ai jamais dit que je n'aimais pas blaguer, signala Arthur. Mais seulement si tu ris avec moi... et d'ailleurs, c'est bien ce qui est en train de se passer, non?

-Jusqu'au jour où tu arrêteras de te moquer de moi en face pour le faire derrière mon dos ? dit Merlin, d'un ton de défi.

Le sourire d'Arthur disparut.

-Tu peux avoir confiance en moi, tu sais, dit-il.

-Je ne sais pas, répondit Merlin, honnêtement. Je veux dire : tu es franchement bizarre...

Arthur haussa les sourcils d'un air éloquent.

-D'accord, moi aussi, c'est vrai, mais ce n'est pas une raison... et puis, nous ne sommes pas bizarres de la même manière ! Je veux dire tu es une vraie tête brûlée, tu n'écoutes rien, tu... tu obliges les gens à être tes amis alors qu'ils n'ont rien demandé !

Il éludait la question... encore... choisissant la parade de l'humour pour éviter d'avoir à répondre sérieusement. Mais il n'était plus temps de plaisanter maintenant. Arthur avait un sentiment d'urgence. Il captura son regard bleu dans le sien, avec autorité.

-Merlin... tu sais que tu peux me faire confiance... n'est-ce pas ? répéta-t-il, très solennellement.

Et aucun "oui" n'avait jamais été aussi important à ses yeux...

Merlin se mordit la lèvre.

-Il faut que tu arrêtes de croire que je vais te lâcher... parce que... je ne vais pas faire ça, insista Arthur.

-Comment peux-tu en être aussi sûr ? demanda Merlin, et soudain, il paraissait incroyablement vulnérable.

Comment Arthur pouvait-il en être aussi sûr ? Impossible à dire. Il savait. C'était ancré en lui. Comme une évidence. La place de Merlin était à ses côtés, et nulle part ailleurs. Ses yeux d'un bleu incroyable étaient faits pour se plisser et pour jeter des étincelles quand il éclatait de rire à une des plaisanteries stupides d'Arthur avec l'air de croire que son ami avait le sens de l'humour le plus fantastique de la planète. Le sourire de Merlin était fait pour illuminer son visage et creuser des fossettes sur ses joues quand il l'adressait à Arthur avec chaleur, avec tendresse. Les larmes n'avaient pas leur place sur ces joues-là. Arthur chasserait le désespoir de ce visage-là. Le bonheur de cette personne-là lui était plus précieux que sa propre vie. Il ne pourrait jamais trahir quelque chose qui lui était si cher.

-Parce que je sais qu'ensemble, nous pourrons affronter tous les problèmes qui pourront se présenter, et les surmonter quels qu'ils soient, dit-il doucement, à voix haute.

Les yeux de Merlin papillonnèrent, et il se remit à jacasser pour éviter d'avoir à répondre directement, en proie au stress.

-Mais, tu pourrais changer d'avis, et moi, je me retrouverais comme un idiot, et...

-Merlin ?

-Oui ?

Les grands yeux bleus se fixèrent sur lui avec tendresse.

-La ferme, dit Arthur, avec affection.

Et il lui ébouriffa les cheveux du revers de la main.

-Oh, fit Merlin, avec un sourire confondu.

-Amis ? répéta Arthur.

Merlin cligna des yeux, ses grands yeux trop brillants dont les larmes avaient collé les longs cils ensemble, et lorsqu'il sourit, son expression éblouit presque Arthur tant elle était lumineuse, innocente et joyeuse. Voilà qui était Merlin. Le Merlin dont Arthur avait soupçonné l'existence depuis le début, le Merlin dont il ne se lasserait jamais.

-Amis, dit ce Merlin-là, en hochant la tête avec enthousiasme.

Et Arthur passa un bras de propriétaire autour de son épaule pour l'écraser contre lui tandis qu'il le pilotait vers la sortie, avec l'impression soudaine d'être devenu le roi du monde.