Hello tout le monde, cela fait un baille (deux mois) que j'avais pas publié sur cette histoire, je m'excuse grandement.

Pendant ces deux mois j'ai surtout bossé, mais j'ai repensé ce que je voulais pour cette fic.

Donc voici le prochain chapitre, en vous prévenant que le M est tout à fait justifié !

Je remercie tous les lecteurs (y'en a un sacré paquet merci merci ! hésitez pas à poster des reviews, même si c'est pour vous plaindre de la violence XD c'est le meilleur moteur qui puisse exister.)

Bonne lecture, à bien vite j'espère.


AIDONS L'HYDRE A VIDER SON BROUILLARD


11 : Cauchemars

Au petit matin, alors que la lune guette encore les vitraux bleutés du manoir, un lugubre cortège se dirige vers la chapelle intérieure. Encerclé par les fidèles se trouve Jean, sous tension, serrant les dents, épiant tout autour de lui, crispant sa mâchoire de temps de temps sous le coup de l'émotion. Juste à ses côtés, son mentor qui l'a entraîné pendant les dernières semaines, Rhénan, sa face brune toute proche de la sienne :

- Tu n'as pas intérêt à faire mauvaise impression Jean… Il en va aussi de ma réputation ici, tu sais… Alors tâche de bien te conduire. Avec un peu de chances tu reviendras vivant de cette expérience…

Rhénan n'a jamais été optimiste ni même convaincu de ce qui se passait ici. On peu le sentir dès que l'on voit sa moue dubitative se promener entre les arcades du manoir…

Mais Jean ne parle pas avec lui, il évite au maximum tout contact.

Et il obéit, il se tait, afin de ne pas s'attirer d'ennui. Non pas qu'il ait peur, mais qu'il ne veut surtout pas finir comme Annie. Maintenant qu'il de quoi était capable Tarik, le moindre incident pourrait s'avérer suicidaire.

Alors il s'est bien tenu.

Et le voilà maintenant, à l'autel, dominant la grande salle violacée, percée par les oraisons du matin qui déversent leurs couleurs sourdes sur les pierres froides.

- Bien, nous allons pouvoir procéder à la cérémonie d'initiation… Tu es prêt Jean ? Demande Tarik, debout côté du jeune homme, s'adressant à l'assemblée.

- Oui…

Jean cherche du regard des visages connus. Il voit enfin celui d'Eren, assis dans un coin.

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Leurs regards se croisent et Eren plisse les yeux de tristesse, comme si quelque chose s'effaçait à jamais en lui. Jean a l'air paniqué, lui qui d'habitude ne montre pas ses émotions comme ça, Jaeger le voit comme un être faible, en proie à une terreur qui ne se feint pas. La réelle peur qui vous prends et vous absorbe.

Non Eren, ne fais pas cette tête là… Souris. Aide-moi. Je dois pouvoir affronter tout ça. Alors aide-moi !

Jean écarquille ses yeux, tentant de faire comprendre à Eren ce qu'il veut, rien ne sort de sa bouche, il voudrait crier, mais toujours rien.

- Jean !

Tarik saisit le garçon par l'épaule et le tient à courte distance. Il prend bientôt un petit sceptre doré dans sa main droite.

Jean trésaille, il a presque cru que le grand allait le frapper avec l'objet. Mais Tarik le place contre son torse et ferme les yeux, avant de prononcer quelques syllabes d'une voix embrumée :

- Hydres de la lune, nous vous laissons un fidèle qui parmi les autres s'est porté vers vos ailes et vos têtes. Puisse sa présence et la votre se comprendre et que la rencontre soit fructueuse, puissiez-vous nous en apprendre d'avantage encore sur votre grandeur… Nous vous remettons à lui, il se remet à vous, que les liens qui nous unissent vous à nous et nous à vous à travers le brouillard se renforcent encore…

Et Tarik plonge le sceptre dans une petite fontaine claire que l'on avait fais porté, avant d'asperger la tête de Jean avec la relique immaculée et de prononcer quelques paroles que personne n'entend plus.

- Bien, nous allons pouvoir partir dans les bois maintenant… Le temps de faire tes preuves est arrivé.

Jean, le visage perlé d'une eau tiède tourne à nouveau son regard vers Eren, chancelant. Il touche avec les bout de ses doigts les quelques gouttes sur son front et souris légèrement.

Alors ils m'ont purifié, n'est –ce pas ?

Est-ce donc une purification ? Ou est-ce une malédiction. D'où vient cette eau ? Est-ce que c'est cette même douce et onctueuse eau qui parcourt les terres de ses ancêtres en ville ? Ou l'eau que l'on partage avec un ami…

Avec Marco.

Bien vite seulement, ses rêveries s'estompent sous les agitations constantes qui règnent autour de lui et il est conduit au dehors pour la suite des réjouissances.


A quelques mètres derrière lui, Armin marche à son rythme, serré contre Béa :

- Surtout observe bien ce qui se passe Armin, tu ne dois pas fermer l'œil. Cela pourrait être très court.

- Qu'est-ce qui peut être très court ?

- … Eh bien, il est arrivé que le sujet de l'expérience…

- Je vois… pas la peine d'en dire plus. Pourquoi on envoi des gens là-bas alors, si c'est pour qu'ils meurent ?

- Oh mais, très peu en sont arrivé là, sache-le. Tarik et moi-même y sommes passés aussi.

- Et vous avez survécu…

- Il ne nous est rien arrivé, tout simplement…

Armin prends le temps de réfléchir, lançant des regards troublé sur les hauts massifs d'arbre mornes et décharnés qui bordent l'allée que tout le monde traverse alors. L'air semble empli d'une répugnante odeur de pourriture. Un peu plus loin, un étrange chat noir grimace temps à autre et rebondit sur les petites pierres noires.

Et puis des chansons lugubres naissent dans une allée qui se creuse plus loin.

- C'est le cimetière là-bas, personne ne s'y rend vraiment… Commente Béa.

Quelque chose de terrifiant continue d'habiter le regard d'Armin, il sent toute l'horreur que ce lieu peut receler et en frissonne. Une petite cabane semble émerger au milieu des tombes.

Plus loin derrière, Eren est accompagné par Hélio :

- Bien, on va pouvoir assister à une rencontre, ça faisait longtemps, constate le morne tuteur qui se gratte une joue.

Eren ne répond rien, troublé par son ancien coéquipier et son regard perdu.

- Tu devrais te ressaisir et regarder autour de toi Jaeger… Les landes que l'on approche sont pleines de danger à cette heure-ci.


Bientôt, le convoi s'arrête face à l'entrée d'une petite clairière touffue d'où émane une odeur d'herbe fraichement coupée. L'air est froid, glaçant même, il vient perler des gouttes blanches sur les manteaux ténébreux de chaque cultiste.

On s'affaire à plusieurs tâches – dont sécuriser le terrain, le préparer pour on ne sait trop quoi – et Tarik semble ne pas avoir à parler, tout se fait naturellement. Zoé Hansi, plus excitée que jamais, trépigne d'impatience et c'est elle qui commande maintenant, s'entourant d'une petite dizaine de membres de l'Hydre pour la soutenir dans ses observations :

- Il faut que tout soit parfait, lance-t-elle joyeusement, nous avons exactement trois heures avant que les rayons du soleil ne soient trop fort. Ici, nous sommes idéalement placés. La rivière est non loin, les arbres cachent plutôt bien la clairière de l'aurore et surtout, la vue est claire. Diable que je suis impatiente !

- Il serait avisé de se retirer tout de même un peu en arrière, pour laisser le champ entièrement libre au jeune homme, dit Tarik, reprenant visiblement ses droits.

- Mais je pourrais me mettre plus près, vous savez, comme la dernière fois… ? Demande Zoé, visiblement surexcité.

- Justement, il vaut mieux ne pas faire comme la dernière fois, donc reste à ta place avec nous en arrière.

- Très bien… Marmonne-t-elle avant de se reculer.

Tarik appelle alors les autres hommes à se rassemble pour une dernière mise au point :

- Bien tout le monde, nous sommes pile à l'heure, il ne s'agirait pas de faire attendre notre jeune recrue ni notre Nécros. Ce spécimen très précisément est un habitué de l'Hydre, nous l'avons même baptisé entre nous Lux. Enfin, il est coopératif la plupart du temps et son intérêt pour les humains nous aide grandement… Il devrait prendre contact avec Jean normalement…

Le vent bat ses cheveux argenté avec férocité. Maintenant, il se penche sur Jean qui est assis au sol, déjà épuisé :

- Mais cela repose sur toi maintenant, sur ta bonne volonté. Tu sais mieux comme moi comment te comporter avec eux… Hein ?

- Ne pas paniquer… Prononce Jean, tremblant.

- Oui, bien…

- Ne pas faire de gestes brusques ou crier…

- En effet…

- Trouver un contact en fermant les yeux et… se laisser absorber… dit-il, bien conscient que ce dernier mot était effrayant.

Et Tarik le redresse d'une main ferme avant de l'envoyer d'un geste nonchalant rouler sur l'herbe ombragé de la clairière :

- Maintenant, passons à la pratique… Puisse tes efforts êtres payants.


Jean se relève, jauge la distance qui le sépare des membres du culte, et en profite pour regarder Eren qui est un peu en retrait. De nouveau, leurs yeux se croisent. Et puis le soldat commence à marcher dans la fine herbe qui l'entoure.

Les brins sont froids et caressent ses jambes alors qu'il fait ses premiers pas dans la clairière. Le vert envahit progressivement notre champ de vision. Un peu plus loin à l'est, sortant d'un massif de conifères, s'échappe une fumée qui vient tout droit des profondeurs du bois et s'agglomère dans les premières parcelles de terre découvertes. Peu à peu, Jean sent ses jambes se refroidir et des petites gouttes dévaler tout le long de ses bras, pour aller toucher ses pieds. Une bruine se lève, en même temps que les nuages du ciel qui assombrissent encore le champ. De gros traits de feutre de charbon ombrent les arbres plus proches et dans le même temps, une lumière d'origine inconnue persiste et vient blanchir et faire étinceler les lames du pré.

Jean fait encore quelques pas et s'arrête, ses petits pieds sont posés en équilibre sur une pelouse qui pourrait chavirer à tout instant.

Ses mains tremblent et son pouls s'accélère peu à peu, à mesure qu'il sent que quelque chose de matérialise devant lui. Et plus il s'en convainc, plus la chose semble bien réelle.

Face à lui, des gaz se rassemblent, et le temps finis par se dissoudre dans la baie. L'air se charge de nouveau, son nez goutte, ses bottes se changent en éponges gluantes.

Un brouillard blanc se forme, tous les sons s'étouffent.

Lentement, un arbuste s'écarte tandis que les sons deviennent fantômes. Même sa respiration, même les battements de son cœur, Jean, et malgré tous ses efforts de concentration, ne parvient plus à les sentir.

Le souffle court, il regarde une sorte de nappe se bleuir sous l'irréelle lumière et se pose à genoux, fondant ses pieds et ses jambières dans une vase qui se gonfle, s'étire et retombe en poussant un soupire sous son corps.

« Je suis là… » Murmure-t-il alors.

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Il pourrait y avoir un visage en face de lui, il pourrait le deviner, le voir presque. La brume fait renaître quelque chose de plus qu'un visage, elle vient parer la vision d'une autre charge. Et l'eau s'infiltre sous le pantalon de Jean, gagne ses cuisses et il s'enfonce légèrement tandis que la marre qu'il creuse s'agrandit en clapotant.

Et le silence demeure, seule un brin de vent nous fait glisser passivement au dessus du soldat. Il est là, assis, regardant les formes gazeuses se mouvoir et quelque chose se noue.

Quelque chose se noue en lui, l'air se tend, la bruine s'illumine et les particules se fondent.

Bientôt, le visage de Marco apparaît au grès des courants, il est allongé dans l'herbe, et il regarde avec ses petits yeux endormis l'autre homme assoupis à ses côtés.

« Tu sens… ? »

« Quoi ?... » Demande Jean.

« Je ne sais pas, on dirait que quelque chose bouge en dessous… »

« En dessous ? » Et l'autre se relève finalement, mâchouillant un brin d'herbe.

« Oui, comme si la Terre bougeait. »

« Arrête tes histoires, tu me fais pas peur. » Et il va taquiner le garçon aux tâches de rousseur, avant de venir le plaquer au sol.

Tout ce que Jean peut sentir à présent, c'est l'humidité de l'air, du sol, de tout ce qui les entoure.

Et il peut deviner les petites perles rouges séchées sur les joues de son ami. Il pourrait les deviner car le brouillard est encore là et il gagne en puissance, peu à peu, il perd Marco de vue, alors qu'il le tenait contre lui il y a quelques instants.

Les visions changent.

Des portes, des petites lueurs de feu de camps, et en effet, les étincelles et les crépitements d'un âtre qui s'agite dans la pénombre lui viennent. Autour, d'autres étudiants de leurs âge. Tout cela ressemble bien à l'académie. Et il y a encore Marco à côté :

« Je ne sais pas ce que je fais là… » Dit-il faiblement.

« Parce qu'il faut une raison ? » Demande alors Jean.

« Toi, tu en as bien une, non ?»

« Mes parents m'ont envoyé à l'académie. J'ai jamais été suicidaire… »

Marco avale sa salive, et repose son menton dans le creux de sa paume :

« A quoi ressemblent les Titans…? J'ai entendu dire qu'ils n'étaient pas comme ceux des livres. »

« Les gens nous mentent… »

« Peut-être qu'ils sont plus jolis ou plus accueillants que ce que l'on décrit… »

« Tu étais là ? Demande Jean, sérieux.

« Quand ça ? »

« Quand le grand Titan a percé le mur extérieur ? »

« Il y a un bail qu'aucun ne s'est approché de l'autre mur, nous sommes en sécurité. »

« Je crois… »

« De toute façon, s'ils approchent, on les verra bien… Mais s'ils ont attaqués et tués autant de personne à l'époque, alors ils sont loin d'être accueillants. »

Marco ferme les yeux un instant et renifle l'air tandis qu'une buche tombe plus profondément dans la cheminée.

« Mon père a des livres sur les Titans, on les voit avec des mâchoires gigantesques, engloutir des maisons entières… Tu crois qu'on peut en trouver comme ça ? »

« T'as peur ? » Et Jean se rapproche de Marco avec un petit sourire.

« Un peu oui… Mais peut-être qu'ils n'ont rien à voir avec ça… »

« Honnêtement, je m'en fiche. Tout ce que je veux, c'est qu'on finisse un jour par avoir la paix. » Répond alors Jean, souriant au jeune homme assis à côté de lui.

Oui, maintenant… Les fumées se renforcent à nouveau et se mêlent aux rejets colorés de l'âtre pour créer une nouvelle nappe de vide.

Les temps changent encore.


Jean se perd encore, et un petit rien vient affleurer son esprit. Rien qu'un tout petit rien. Et tout devient plus clair.

Ce qu'il est en train de voir les images affleurent sa mémoire d'un coup, c'est un souvenir. C'est peut-être même le souvenir de sa rencontre avec Marco. Et si cela continuait, on verrait le jeune homme aux taches de rousseur lui demander son nom, sourire parce que c'est un nom atypique, et se recroqueviller dans une couverture – les soirées à l'académie étaient rudes en hiver, n'est-ce pas ? – avant de somnoler contre lui.

Oui, une image et les atmosphères d'un monde ancien.

Pas si ancien finalement.

Quelques gouttes de ce qui pourrait être une prochaine pluie s'abattent maintenant sur la clairière où Jean s'est arrêté.

En retrait toujours, Eren sent bien que la situation change peu à peu, que l'air se mute lui-même, si ce n'est au moins les odeurs ou les couleurs.

- Eren… c'est à toi de jouer maintenant… Chuchote Tarik dans son dos.

- Qu'est-ce que je suis sensé faire ? Demande le jeune homme.

- Fais en sorte que cela se passe bien, et surtout… Ne dérange pas le Titan.

- Est-ce que c'est bien ça un Nécros ? Eren reste incertain, malgré l'évidente présence qui s'est ajoutée à la leur dans la clairière.

- Oui… s'en est bien un.

Eren hésite encore un peu, avant de faire quelques pas, estompe ses pieds bleus de pénombre au travers des mottes.

Les herbes crissent doucement sous son corps. Eren tremble, il a l'impression que chaque mouvement pourrait être son dernier. Encore quelques pas et Jean sera à sa portée, il est tout près de lui.

Mais Jean semble ailleurs, la tête tendue droite vers le ciel, les yeux rivés vers le lointain.

- Jean, murmure Eren, Jean tout va bien ?

- Marco…

- Jean…

- Je t'en supplie Marco, ne pars pas…

Le nom de leur ancien acolyte fait trembler Eren.

Pourquoi Jean prononce ce nom en particulier maintenant ? Et surtout pourquoi le répète-t-il ?

- Jean, qu'est-ce qu'il t'arrive ?

- EREN !

Eren, ayant entendu des voix dans son dos se retourne soudain et aperçoit toute l'équipe réunie lui faisant signe de s'éloigner, avec de grands gestes de bras. Armin, sur le côté droit de la foule a l'air terrifié.

Et soudain, il y a comme un grand soupire qui envahit toute la clairière. Ou peut-être qu'Eren et Jean sont les seuls à l'entendre. Eren peut sentir que dans son dos maintenant, le Titan s'est approché, que son souffle est sur lui, il peut sentir le froid le gagner. Doucement, il se retourne, ses pieds faisant un demi-tour lent et contrôlé. S'il tombe, qui sait ce qu'il pourrait se produire avec un Titan tout proche.

Et là, Eren peut apercevoir un visage se matérialiser en une forme vague mais bien réelle.

- C'est… c'est un Nécros...

Les mots qu'ils prononcent le pétrifient. Jamais il n'avait été aussi près d'un Titan. Tout est froid, fumigène, fuyant devant lui, et pourtant s'en est bien un, c'est sûr.

Jean devant lui se prends la tête entre les mains :

- Eren… Je l'entends… Je l'étends !

Jean chuchote tellement bas qu'Eren doit s'accroupir près de lui pour l'écouter :

- Jean, t'es conscient ? Qu'est-ce qui se passe ? Quoi ?

- J'ai entendu ce son…

- Quel son ?

- Cette… sorte de flûte… je l'ai entendu quand on s'est séparé la première fois…

- Je n'entends pas ça, et Eren observa, inquiet, le front ruisselant de son ami.

- Eren !

Jean le prit dans ses bras, comme dans un ultime mouvement. Son corps était chaud, terriblement chaud, il semblait suer de partout.

- Eren ! Sauve-moi… Je sais qu'il est là pour me tuer ! Je sais !

- Qui est là ? Qui ?

Jean s'accrocha encore un peu plus au manteau noir de son camarade, avant de crisper sa mâchoire et de le repousser vivement :

- Non ! Non, il faut que tu dégages ! Dégage ! Eren ! »

- Jean, calme-toi…

- Va-t'en ! Supplia Jean, en le repoussant à nouveau. J'entends qu'il arrive !

- Mais qui arrive bon sang ? Le titan est déjà là !

Jean tremblait de tout son corps :

- Je sais pas…

Et Jean se retourne d'un coup sec, comme prêt à fuir un danger imminent.

Alors qu'Eren allait prendre de nouveau Jean par l'épaule pour le ramener avec les autres, il se pétrifit :

- Oui…


Le son d'une flûte.

Monocorde et lancinant.

La musique d'un rituel, une simple note morne et aigue.

Quelque chose s'approche, de plus en plus vite.

Eren commence à trembler lui aussi, son corps faiblit et il se cramponne à une pierre, reprenant son souffle.

Il y eut un grand silence.

C'était comme si la nature toute entière avait cessé de vivre.

Même le titan paraissait endormi.

Et soudain une vague noire explosa depuis la lisière de la forêt dans un fracas épouvantable mêlé d'un cri atroce et de cette note de flûte perçante, tout était secoué, déchiré dans tous les sens, Jean se mit à crier, un cri que jamais Eren n'aurait pu imaginer qu'il en soit capable. Le cri de la terreur absolue.

Ce cri que l'on pousse face à la mort.

Et là, formé par un nuage sans fin de noir, de suie, de fiel, de sang se dessina face à Jean un visage spectral, la gueule béante, toujours le cri, toujours le son déchirant de la flûte, toujours le séisme émotionnel et l'ébranlement de chacun des pores de sa peau.

Jean se dressa en l'air une fraction de seconde, tous les bruits cessèrent, le visage disparu et le corps inanimé de Jean retomba au sol comme une fleur flétrie.

Eren, le souffle court, tétanisée par la vision à laquelle il venait d'assister, était paralysé, incapable de faire le moindre mouvement.


Les craquements des branches, les clapotis de l'eau sur les troncs et le mugissement du vent au travers des bois finirent par revenir à ses oreilles endolories.

La présence du Tian elle aussi s'était évaporée, plus aucune trace.

Bientôt, un petit rayon de soleil pointa sur le corps de Jean et Eren prit conscience de la situation.

Il se jeta sur lui, au risque de lui faire mal, le secoua et plaça son visage face au sien. Quelques secondes lui suffirent pour se rendre compte que son corps était complètement glacé.

- Jean ! Jean !

- Ecarte-toi gamin ! Ordonna Tarik en repoussant violemment Eren sur le côté.

- Jean !

Eren ne pouvait plus que regarder Tarik et les autres s'approcher de Jean et commencer à l'ausculter. Bientôt, Tarik posa son index contre le cou de Kirsten et eut un petit rictus à la lèvre inférieure :

- Il est mort…

- Quoi ? Firent quelques personnes.

- Mort sur le coup il semblerait. Il est très froid, cela ressemble à d'autres cas que nous avons eus il y a peu…

Au même moment, Zoé s'approchait avec une bouche tordue par la rage

- Saleté, pourquoi est-ce qu'il a fallut que cet abrutit se mette à faire des mouvements étranges !

Eren n'en pouvait plus, heureusement qu'il était sonné, qu'il ne voyait que d'un œil, que sa tête tournait affreusement et qu'il n'entendait que la moitié de ce que les gens disaient autour de lui, car il aurait littéralement explosé sur place.

Jean…

Mort ?

Mort, d'un seul coup ? Devant lui ?

Eren tenta d'observer le visage de son ami une dernière fois, tandis que les membres de l'Hydre l'enveloppaient dans un grand tissu noir.

- Je vous avais bien dis qu'il nous servirait, appuya Béa en souriant. Vous voyez que c'était la peine de l'amener…

Eren était sous le choc, il ne savait plus quoi faire, plus quoi dire. Là tout de suite, il avait envie que tout s'arrête, que tout prenne fin.

L'envie de tout dévaler, de se frotter aux épines tranchantes du chemin, de se coller aux eaux tourbillonnantes et de les cloitrer vers d'autres tertres de bois pourris.

Eren apposa une main contre son oreille droite, voulant dissiper la douleur aiguë qui lui prenait à cet endroit et, sentant que quelque chose n'allait pas, il regarda à nouveau son doigt.

Sur le bout, tout au bout, tout collant, un liquide rougeâtre qui faisait glisser ses doigts les uns contre les autres.

Eren finit par cracher un petit jet âcre avant de s'évanouir sur l'herbe froide.


Les odeurs fortes des encens, de la cire qui coule sur les bougies et de la moisissure environnante le réveillèrent dans son berceau de rêves. Il était encore dans les vapes. Autour d'Eren, quelques figures sombres encapuchonnées, leurs regards posés sur lui.

- Eh bien, eh bien, monsieur se décide enfin à se réveiller…

- On dirait qu'il a fait une mauvaise chute.

- Il n'a rien eut…

- Quelle chochotte !

Puis la voix de Tarik couvrit les autres :

- Laissez-lui un peu d'air voyons !

Les ombres s'évaporèrent une à une et seule la figure sereine et toujours souriante du maître de l'Hydre demeura face à Eren :

- Alors… Comment est le monde des Nécros ?

- … J'ai mal à la tête.

- Hum, pas très surprenant, mais je note… Quoi d'autre ? As-tu rêvé de quelque chose en particulier ?

- …

Peu à peu, une scène lui revient. Il est dans une clairière, Jean est tout proche de lui. L'instant d'après, c'est comme si toute la nature s'était flétrit et les gens ont disparus autour d'eux, il ne reste plus que leurs deux corps.

Et puis le rêve se transforme finalement en autre chose : Eren se rends compte qu'il ne s'agit plus d'un souvenir, que tout est trop réel.

- Jean est mort, pas vrai ?

- Oui… Jean est mort… Triste nouvelle. Un bon élément comme lui ; docile, capable, aimable, et surtout travailleur… Vraiment dommage.

- Et je suppose… que je suis le prochain sur la liste ?

Tarik le regarde attentivement, ses yeux miroitent dans l'ombre de la chapelle :

- Non. Mais tu y passeras bien un jour. Nous voudrions optimiser nos chances avant de gaspiller notre plus grande pièce…

- Moi…

- Oui, toi, notre pièce maîtresse – enfin, c'est ce que je crois.

- Et donc… qui passera avant moi ?

- Ça…

Tarik se lève et fait quelques pas autour du jeune homme. Eren est assis sur une de ces chaises en osier dure et froide comme la glace. Ses mains tremblent et des chaleurs continuent d'affluer à son crâne.

- Vous n'allez pas toucher à Mikasa, ni à Armin ! Vous m'entendez ?

- Il ne reste plus grand monde… Et si tu veux en plus te mêler de ce qui ne te regardes pas et me dicter quels personnes j'emmène avec moi… On ne va pas s'en sortir.

Eren baisse la tête, de plus en plus inquiet :

- Et ni le capitaine Lévi…

- Ah ! Ce cher capitaine ! Capitaine de quoi au juste ? Hein ? Tarik se mets à rire. Il est bon pour diriger une troupe de mendiants ! Plus aucun charisme, plus aucune chance de vous aider non plus puisqu'il est enfermé et que Petra s'occupe tous les jours de lui… Vilain garçon qu'il est…

- Pourquoi vous n'envoyez pas d'autres membres du culte ? Si vous êtes si nombreux que ça…

- Nous ne sommes pas si nombreux d'une part, et d'autre part sache-le… J'aime beaucoup m'amuser…

Tarik rapproche son visage d'Eren tout en prononçant de sa voix feutrée la suite de son discours :

- Et quoi de mieux pour se divertir que les débâcles causées par la lente et inexorable dissolution d'un groupe soudé d'amis ? Vous êtes adorables à regarder… Et encore plus quand l'on vous envoit un à un au casse-pipe…

Maintenant, c'était comme si plus aucune de ses phrases ne l'énervait, Eren était soul, complètement hermétique à ses mots.

Qu'il continue…

Tans qu'il parle il ne blesse personne.

- Mais…

- Oui ?

Tarik paraît intéressé de le voir enfin parler :

- Au sujet… de ce que vous avez dis…

- Quand ça ? Tarik écarquille les yeux.

- Sur… moi… et les Titans.

- Ahh… Tarik sourit. Oui, mais ce n'est peut-être pas très important pour le moment. Contente-toi de mieux te contrôler, d'être bien sage, et peut-être que je t'en dirai plus.

Tarik place un bandeau sur ses yeux avec la plus grande délicatesse et ricane :

- Crois-moi, tu n'as pas besoin de le savoir…

- Je crois… que j'ai deviné de quoi il s'agit…

- Ah oui ? Vraiment ?

Ne voyant plus rien, je ne peux que deviner les mouvements méthodiques de mon supérieur devant moi. J'avale ma salive :

- Moi… et mon père… et les Titans… nous sommes reliés, pas vrai ?

Tarik hume l'air en riant :

- On peut dire ça…

- Et Zoé avait l'air au co…

- Ah ! Cette Zoé ! Me coupa Tarik. Il faudrait vraiment que je songe à l'écarter du projet. Son aide est indispensable mais d'un autre côté, elle est folle, haha, plus que nous tous réunis.

- Répondez-moi à la fin !

- Chuuut…

Tarik le calme et une vague de froid envahit la pièce.

Eren peut sentir les brumes lentement l'envelopper et le piquer partout sur le corps.

- Bien, il est temps de continuer tes leçons mon cher Eren… fais en sorte de ne pas me décevoir…


Dans sa bibliothèque habituelle, Armin grelottait sur le sol de pierre, bras entourant ses deux petites jambes. Il tremblait de tout son être, yeux fermés, prêt à crier s'il le fallait.

Autour de lui, quelques membres du culte qui arpentent la pièce, livres en mains, lui jettent de temps à autres des regards absents. Le temps coulait terriblement lentement, chaque seconde paraissait s'éterniser à l'infini. Et il fallait ajouter le tic-tac insupportable d'une pendule plus haut.

- Alors Armin, comme ça on tire au flan ?

La jeune blond releva la tête, et ouvrit ses yeux. Deux rigoles d'eau se vidèrent alors sur ses joues et il se mit à regarder le plafond, sombre, noir et vide comme le néant, ignorant Béa qui lui avait adressé la parole.

- Armin ?

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Non, Armin était autre part maintenant, rien ni personne ne pourrait le détacher de son monde. Il ne voulait plus discuter ni interagir avec les membres de l'Hydre, même pas Béa. Seul Eren ou Mikasa pourrait encore l'en tirer. Il en avait assez.

Au dessus de lui, des canaux entiers d'eau se déversaient en saccades incontrôlées, les flux et reflux dansaient en discordance, emportant tous les livres, toutes les pages imaginables dans leur mouvement. Toutes ces lignes, tous ces manuscrits il les a lu et même relus plusieurs fois, il voudrait les déchirer, les anéantir une bonne fois pour toute, mais ils restaient là, bien placés, bien encadrés dans leurs rayons et les gens continuaient de les lire. Armin continuait de rêver, de voir la mer emporter ces étalages, mouiller, détruire page après page les ouvrages et les enterrer loin, les disperser, les fondre avec la mer – il parait qu'elle existe, que certains Nécros ont même été vus près de la mer et que…

- Armin ?

Le jeune garçon eut soudain un frisson tout le long du corps.

Mais…

Quelque chose s'était dévoilé, révélé à lui. Comme si tout se retrouvait. Un détail, oui, cela pouvait être un détail, mais c'était peut-être capital.

Armin venait d'avoir cette révélation.

L'eau…

Et peut-être même…

Il se leva, piqué à vif et bouscula Béa :

- Il faut que j'aille voir Eren !

- Pas si vite mon petit... Béa le retiennt par son col, avant de le faire revenir près d'elle. Eren est en plein cours, alors tu attendras que lui et le maître ait finis.

- Je…

Béa plaça un doigt sur sa fine bouche

- Non… Maintenant va lire le livre que je t'ai apporté.

Le blond baissa la tête, avant de plisser ses yeux

- Et Mikasa, elle ne fait rien là maintenant ?

- Je ne sais pas… Il faudrait demander à son mentor. De toute façon, cette gamine ne fait jamais rien.

- Je vais aller la trouver.

Et Armin se dégage de l'emprise de sa tutrice qui ne cherche pas à le retenir d'avantage. Alors qu'il quitte la pièce, elle lui lance un regard amusé et en même temps mêlé de tristesse.


- Ne m'approche pas !

Mikasa se tient droite, dos contre le mur principal de la cabane.

- Je vous répète… Ne m'approche pas sale nigaud ou je te crève !

- Ah oui… avec quoi ma p'tite Mikasette ?

- Ne m'appelle pas comme ça ! Cris la brune.

Coco ris doucement depuis l'entrée de la pièce et commence à siffloter :

- Je ne sais plus où j'ai mis ma fourche… Elle devait être là avec les autres outils, Coco se mets à chercher dans un coin de la cabane en retournant tout à tas d'objets incongrus éparpillés à même le sol, Ah ! Ah bah non…

Mikasa, regardant se dessiner l'ombre menaçante de l'homme à travers la porte d'entrée maîtrise tant bien que mal sa respiration :

- Laissez-moi… Laissez-moi sortir ! Je veux rentrer…

- Certainement pas… On va bien s'amuser toi et moi…

- Non… non je veux pas…

Mikasa commence à secouer la tête pour rejeter toute chose qui pourrait sortir de sa bouche :

- On devait s'entraîner, pas me conduire là… Cet endroit me fait peur…

- Ah… Toi aussi tu les entends ?

La fille relève la tête :

- Quoi ?

- Eh bien… les morts ?

- Que… comment on pourrait les entendre ?

- Qu'est-ce que j'en sais moi ? Hein ?

Des sueurs froides montent lentement sur les tempes de la jeune femme qui tente de trouver une issue autour d'elle. Mais la cabane où Coco l'a emmené est presque dans le noir total, seule une petite fenêtre étroite fait entrer quelques rayons de lune. A droite une cheminée toute poussiéreuse, entourée d'une fresque tachée de sang créait une petite niche.

- Mais tu vas pas me dire que tu les entends pas ces choses là ?! Puisque tu viens de m'le dire… C'est que ça existe bien… Grommèle Coco tout en continuant de fouiller.

Mikasa plisse ses yeux :

Des morts ?

Comment on pourrait les entendre ?

- Se sont des bêtes, dis faiblement Mikasa, il n'y a pas d'autres explications…

- Non… Non ma petite Mikasette…

Coco se détourne de ses activités et fait face à la jeune fille :

- Tais-toi ! Hurle-t-elle.

- Tu sais comment j'le sais ? hein ?

Coco fait un pas en avant :

- Je le sais parce que je vois et j'entends des gens qui sont morts y'a très très longtemps… comme mes parents hehe…

Coco fait de nouveau un pas en avant :

- Ou bien la blonde dont je m'occupais avant… Annie.

Mikasa révulse ses yeux :

- Annie… Annie est morte ?

- Oui… Paraît que c'est le grand Tarik qui l'a tiré une balle. Moi j'aurais voulu voir ça. Sa tête a explosé ! Bim ! Comme un œuf !

- Ferme-la, pourriture… Murmure Mikasa.

- Maintenant tu vas être gentille et te laisser faire, je n'ai pas envie de te courir après dans le tout le cimetière.

Coco fait un nouveau pas en avant et arrive au niveau de la cheminée. Mikasa saute aussitôt sur l'occasion :

- Coco… d'accord, je vais être gentille ! Très gentille… Mais à une condition !

Le type cligne des yeux à maintes reprises, perdu. Il se gratte la cuisse droite et émets ensuite un petit ronchonnement :

- Boah… C'est quoi ton histoire ?

- Je veux juste allumer un feu, juste ça !

Coco paraît sceptique :

- Hum… C'est un moyen de t'échapper, hein ? Tu m'prends pour un idiot ?

- Non, non, pas du tout ! Je reste là, je ne bouge pas ! Mais toi, allume juste la cheminée, Mikasa fait mine de grelotter de froids. S'il te plaît.

En réalité, Mikasa tremble de peur.

Coco hausse les épaules en souriant :

- Après tout… Tu as bien droit à ça. Et puis c'est vrai qu'on se les gèle ici !


Il s'affaire alors à prendre quelques morceaux de bois qui traînent un peu partout et finit même par trouver une allumette, au comble du malheur pour la brune qui se mord maintenant la lèvre inférieure. Quand elle voit la flamme prendre et le bois commencer à crépiter dans la cheminée, elle se dit que cet abrutit à quand même réussi quelque chose. Maintenant, elle est définitivement coincée.

Coco se pausa près de la cheminée, la caressa un court instant, avant de passer un de ses gros doigts rouges pour décaper une sorte de couche brune et luisante qui couvre la surface du cadre de l'âtre :

- Tu vois… j'aurais voulu la voir une dernière fois… Parce que, on s'était quitté avec de mauvais souvenirs elle et moi, hehe…

- Qu'est-ce que tu lui as fais ? Demande alors Mikasa, très inquiète de la réponse de Coco.

- Et… Annie a été bien gentille avec moi… Tu vois ce qui couvre la cheminée là ? C'est rigolo hein ?

Mikasa commence sérieusement à trembler, voyant les morceaux s'effriter entre les ongles du type.

- C'est fou ce que le corps peut rejeter comme trucs… C'est sale !

- Qu'est-ce que tu lui as fais ?!

- Ohoh… Et Coco sors de sa poche une corde qu'il dénoue avec patience, tout en continuant de parler, et bien on s'est amusé elle et pis moi ici, les murs s'en rappellent… Tout rouge qu'elle est devenue cette cheminée...

… Mikasa, bouche entrouverte, ne peut que fermer les yeux devant les horreurs de Coco.

- Mais attention hein ? J'ai pas abîmé n'importe quoi… Les gens auraient vu ! Alors pour bien profiter, j'ai commencé à brûler son dos, son ventre, elle se laissait pas faire, mais je l'ai attaché et pis c'était partis…

Coco fait un pas en avant, un très grand, à tel point qu'il est presque à la portée de la jeune femme.

- Et puis j'ai profité d'elle ! Comme elle était docile après s'être fais cramé, j'l'ai récompensé comme il se doit…

Nouveau pas en avant, et Coco tient maintenant le petit visage en larmes de Mikasa :

- Tu l'as violée… Murmure la fille, terrorisée.

Il rit :

- Hum… Haha, j'sais pas ce que ça veut dire… Mais j'vais répondre oui !

Son corps pesant est plaqué tout contre Mikasa. Elle, écrasée entre le mur humide de la pièce en bois et le mastodonte finit par sentir son souffle manquer.

- Vous allez payer pour ce que vous avez fais… Personne ne peut… rester dans l'ombre indéfiniment.

- Ah ouais ? Mais t'oublies un truc ma Mikasette, et il appuya encore plus sur elle, t'oublies qu'on est perdus en pleine forêt, que personne ne s'aventurera ici à cause des Titans.

- Ah ! Cris Mikasa, sentant son corps entier se contracter sous la pression.

Coco appose sa main sur sa bouche :

- Maintenant tu te tais ! Annie était moins bavarde que toi… Si tu tais pas ils vont rappliquer et on te zigouillera de toute façon, alors tiens toi tranquille. Ne dit rien et les gens te reverrons demain matin y fera tout beau pour toi… hehe.

- Tu… tu m'étouffe… Tente d'articuler la burne, la tête en feu.

- Dis-moi que tu te laisseras attachée ! Hein ? Dis-moi !

- Oui ! Oui ! Mais laisse-moi respirer !

Le monstre se recule et vivement, laissant Mikasa enfin aspirer et expirer dans un grand bruit. Jamais elle n'avait cru à ce point manquer d'air.

Mais à peine le temps de reprendre le souffle, que Coco la ligote déjà avec dextérité et la jette devant la cheminée.

- Haha, maintenant, passons aux choses sérieuses…

Alors que Coco la rapproche un peu plus des flammes, pieds en avant, Mikasa sent toute forme de volonté la quitter.

La tête baissée, la bouche en arc tendu vers le bas, les yeux fatigués, plus rien ne la soutient. Elle a beau imaginer Eren et Armin avec elle, cette vision est trop éloignée, presque fantastique pour elle désormais.

Peu importe ce que cet abrutit va me faire, au moins je serais encore vivante demain…

C'est tout ce qui compte.

Alors ferme les yeux et pense à autre chose…

- Ma p'tite Mikasette est en train de cogiter à c'que je vois, hein ?


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- Chuuut… Murmura Mikasa.

- Haha, on va commencer par tes pieds ma douce. Pas trop, pour que tu puisses marcher… mais depuis que j't'ai vu j'ai envie de les voir ces pieds, tu peux pas savoir…

Coco se frotte les mains avec impatience :

- Tu sais, quand on brûle la peau, y'a un court instant où elle résiste, et il se passe rien. Moi j'appelle ça la résistance ! Tout le monde l'a plus ou moins. Mais après c't'instant là, la peau elle se met à ramollir, comme si elle fondait ! Et c'est là que c'est le plus douloureux ! Ha ! J'en sais quelque chose !

Mikasa voit lentement ses pieds se rapprocher des flammes qui dansent dans la cheminée. Elle tente un instant de se libérer en se secouant, mais le nœud de la corde est très serré et tout mouvement paraît inutile.

- Et puis ensuite c'est le plus marrant à voir, quand la chair brûle, ça fait un p'tit nuage noir, j'te promets, et là… y'a même un liquide qui coule, c'est beau comme tout. Alors moi, j'ai décidé de redonner un peu de couleur à c'te pièce en la couvrant avec ça… Ce faisant, Coco passe à nouveau sa main sur le cadre de l'âtre. C'est t'y pas beau ? On peut dire qu'y a un peu d'Annie dans cette cabane ha !

Mikasa tremble comme jamais, annihilée par la peur et le dégoût.

- Eh…

D'un coup, Coco arrête de rapprocher les pieds de Miksas du feu, il vient de remarquer la belle tâche rouge qui entoure le cou suant de Mikasa :

- Elle est bin belle ton écharpe !

Les yeux de la brune se révulsent.

- Je peux la garder Mikasette ?

- Non ! Non sûrement pas ! S'écrie-t-elle.

- Eh ! Tu avais dis que tu t'laisserais faire ! Enchaîne l'autre.

- Non ! Tout sauf ça ! Tout sauf ça j't'en supplie !

- Et pourquoi t'y tiens tant ! Hein ? Ça a pas de valeur une écharpe ! Ça vaut rien.

Mikasa ne peut pas rester sans rien faire. Cette écharpe, c'est son enfance, sa rencontre avec Eren et tout ce qui en a suivit. C'est même toute sa vie maintenant car elle le porte autour du cou depuis, qu'elle la porte ainsi depuis ce fameux jour où il lui a sauvé la vie.

- T'as pas intérêt à la toucher… murmure-t-elle.

- Ah ouais ?

Coco jette un œil à la cheminée :

- Alors si je peux pas l'avoir, personne l'aura…

Et il se lève, va près de la cheminée en contournant les pieds de la brune et agite l'écharpe au dessus du feu :

- Hehe… Tu devrais voir ta tête… on dirait que je tiens un bébé…

- La jette pas ! Arrête !

Coco tourne sa tête vers le feu, le contemple un instant, presque mélancolique, avant de la laisser tomber dans les étincelles.


- Nooooon ! Hurle Mikasa, hors d'elle.

Alors que le tissu prends feu, tout s'effondre. Son cœur est comme en train de lentement se consumer avec ce bout de tissu, toute sa vie entière en train de s'effriter dans l'âtre et ses larmes de couler.

Coco se rue sur elle :

- Toi t'arrête de crier, tu vas nous faire repérer crétine !

Alors qu'il tente de poser sa main sur la bouche de Mikasa, celle-ci attrape sa main entre ses canines et mords aussi fort qu'elle peut.

Coco se met à pousser un hurlement terrible, qui déchire la tranquillité des bois. Les dents s'enfoncent profondément dans la chaire de sa main et le sang gicle sur le parquet de bois. Dans le même temps, Mikasa, galvanisée par la destruction de son écharpe, fait glisser rapidement son corps sur le côté, fauchant les grosses jambes de Coco au passage et le faisant atterrir près du feu, sa tête cogne le cadre rouge.

Mikasa, toujours ligotée, donne de violents coup avec ses deux pieds réunis sur la tête du type, sonné, et frappe, frappe, frappe encore jusqu'à n'en plus pouvoir. Sa boîte crânienne finie par céder et du sang dégouline le long de la cheminée.

Pause…

Coco a l'air hors d'état de nuire, sa tête molle se colle tristement contre son buste vernis.

Mikasa, toujours larmes aux yeux, tente de reprendre sa respiration, puis elle s'approche comme elle peut du corps de Coco et cherche avec ses dents n'importe quoi pour la sortir de là. Elle ouvre la poche droite de l'homme et réussit à dénicher un long couteau à la lame sertie.

Le prenant à pleine dents, elle le fait glisser jusqu'à ses mains et parvient à se libérer en sectionnant les noeuds qui la retenaient avec tant de force.

Alors qu'elle s'apprête à se relever, une main puissante agrippe sa cheville et elle trébuche au sol.

- Te bars pas comme ça ! Salope ! Regarde ce que tu m'as fais !

- Lâche-moi enfoiré ! S'écrie Mikasa, à bout de souffle.

- T'as pas le droit de me traiter comme ça ! J'suis ton supérieur !

Mikasa s'arme du couteau et le plante profondément dans la main du type au visage ensanglanté. Un nouveau cri, puis la jeune fille se libère et se saisit rapidement de la tête de Coco, avant de le tirer :

- Eh ! Attend ! Qu'est-ce que tu fous ? S'alarme-t-il.

- Ça c'est pour avoir fait tant de mal à Annie ! Et à tous les autres avant elle !

Et Mikasa donna un dernier coup dans la tête de Coco, fourrant sa tête dans la cheminée d'un geste décisif et le retenant avec ses bras pour qu'il ne s'échappe pas.

Il se mit à crier, à crier de plus en plus fort, et un petit nuage de fumée à l'odeur atroce s'éleva dans les airs.

La cheminée rougeoyait gaiment, les flammes crépitaient comme jamais et puis Coco arrêta bientôt de s'agiter, ses mains tombèrent l'une après l'autre au sol, entre les cendres et les gouttes de sang.


Progressivement, Mikasa le lâche, puis elle s'écarte rapidement de lui et déverse alors toute sa peine en une longue plainte, à deux doigts de l'agonie. Sur sa face moite, la sueur et le sang se mêlent et luisent doucement a milieu de la cabane. Elle baisse la tête et se laisse envahir par les sanglots, elle hoquette plusieurs fois, tousse, tente de se débarrasser des odeurs tenaces de la chair qui a prit feu et finit par essuyer ses larmes avec sa manche.

Alors qu'elle se relève, un espoir lui vient, rien qu'un tout petit, mais il est là :

Elle s'approche de la cheminée, dégage l'âtre du gros corps de Coco qu'elle pousse plus loin et se mets à chercher dans les cendres et les divers horreurs qui se sont accumulées au coeur de la petit niche.

Puis un sourire apparaît sur son visage rutilant.

Dans le fond de la cheminée, il reste un petit bout d'écharpe qui n'a pas encore pris feu, collé contre la paroi. Rapidement, elle s'en empare en évitant de se brûler et le déplie face à elle. Il doit faire dix centimètres, mais c'est quelque chose. Il est à moitié noirci, mais c'est quelque chose.

Elle sourit.

Elle sourit car elle peut toucher quelque chose de chaleureux.

Elle sourit car elle a enfin devant elle, sous ses doigts, un objet qui la relie elle à Eren, et en même temps à Armin.

Elle le pose contre son cœur, contre elle, et soupire profondément.

Et le cœur de ses amis pourrait presque battre avec le sien.

Eren… Armin, je viens nous délivrer…


FIN DU ONZIÈME CHAPITRE