Deux semaines de repos. Oui j'avoue. Mais je suis de nouveau là ^^

On va tenter de faire comme avant, un chapitre par semaine :) Au pire toutes les deux semaines :)

Bonne lecture!


Chapitre 11: Promesses et secrets


Tranquillement installée dans l'appartement d'Alice et de Gavin, je sirotais un thé noir brûlant, amer à souhait après dix minutes d'infusion me laissant bercer par les voix de Lois, Gavin et Clark qui décryptaient – ou du moins, essayaient de décrypter – le carnet. J'avais bien sûr élaboré quelques pistes intéressantes mais force était de constater que personne ne semblait m''accorder le moindre crédit.

Ah, c'était beau la solidarité. Je me battais pour leur ramener le fruit d'un dur labeur et voilà tout le mérite que je récoltais ! Mais je parvenais à bien me rattraper en ayant pris en main le poste convoité de responsable des thés/cafés/chocolats chauds.

Je ricanais intérieurement en voyant Lois avaler avec difficulté son thé noir. Dans certaines tribus, quelque part dans le monde, les nomades servaient trois fois du thé. Le premier, le plus léger et le plus sucré, très peu infusé. Le second, plus mature, équilibré. Et le dernier, tel la mort, amer. Je crois que là, je m'étais surpassée à ce niveau. Une mort lente et douloureuse à passer.

- Et si tous ces chiffres étaient des montants ? Des résultats de transaction ? » Commenta Gavin, en fronçant les sourcils, suspicieux devant mon sourire sadique. « J'ai dit une bêtise, Chloé ?

Essayant de ne pas le vexer, je lui fis non de la tête, ce qui ne le rassura pas le moins du monde.

- Gavin, je ne pense pas. Les montants seraient alors de l'ordre du milliard et ce, à chaque fois. Même pour lui, c'est énorme. » Répondit Clark en essayant de comprendre la raison de ma petite hilarité. « Ce stupide…

Clark bafouilla quelque peu la fi !n de sa phrase pour cacher le ou les gros mots qui auraient pu arriver.

- Luthor n'est pas aussi riche. Quoiqu'on puisse en dire. » Termina-t-il d'un ton docte.

- Et si c'était des dates ? Des dates et des montants mis côte à côte ? » Demanda Lois en abandonnant définitivement l'idée de finir le thé.

- Ca pourrait coller.

Une heure d'hypothèses avait passé. On avait presque tout tenté. Puis Gavin s'empara du livre, le feuilleta consciencieusement et après quelques secondes, déclara d'un ton lugubre que le jour de la 'disparition' de mon père, si l'on en croyait le carnet avait été commandité par Carmelina et Lex.

- Tu veux dire que l'on avait raison pour les dates ?

C'était bien moi pour poser une telle question.

- Yep.

- On dit oui. » Je ne pus m'empêcher de rectifier. « Et pourquoi tu penses que c'est Andréas et Luthor ?

- Les gribouillis, on n'aurait pas dû les négliger. C'est du morse. Enfin, un abrégé de morse, c'était évident en fait. Tellement flagrant que j'en ai honte.

Je ne sais pas si c'était la même chose pour Lois ou pour Clark, mais en tout cas, je ne m'étais jamais doutée que c'était du morse. Ni que l'on pouvait abréger des points et des barres. Etait-ce seulement possible ?

- Mais non, terreur. T'es juste un génie en puissance. Et sérieusement, j'ignore si on peut vraiment abréger du morse. T'es sûr de ton coup ?

- Ben, ça ressemble vraiment beaucoup aux essais que j'avais faits à la récréation il y a quelques semaines. Le dites pas à Alice, elle veut que j'essaie de sociabiliser au lieu de travailler encore plus. Alors…

Il fit une grimace mi contrite mi embêtée avant de se lever pour chiper un chocolat sur la table.

- Mais je vous assure, ça parle bien d'eux. Je le sens. C'est là. C'est écrit d'une manière ou d'une autre. Je dois juste trouver ce qu'il faut pour déchiffrer correctement ce truc !

La fougue de la jeunesse me fit plaisir à voir même si je sentais qu'il était honteux de ne pas avoir trouvé le code du carnet. Et puis, Gavin devenait déjà sociable avec nous, c'était un début. Alice n'allait pas adhérer totalement au fait que son petit frère se retrouvait dans cette affaire. Mais je ne pouvais pas dire non à ce gamin. C'était impensable.

Gavin décida alors qu'il était temps pour nous de lui apporter des garanties. Des garanties solides.

- Tu entends quoi par là ? Tu ne veux quand même pas t'associer à Luthor si on refuse ? » Demanda Lois en rigolant.

- Non ! » Son petit air choqué était adorable. « Je veux que vous m'aidiez.

- Explique.

- Nos parents. Enfin, ce qui est légalement et biologiquement nos parents. Ils peuvent revenir. Et ça, je ne peux pas l'accepter. Je ne veux pas les revoir. Jamais. Je suis avec Alice. Un point c'est tout. Donc, j'ai besoin de vous pour monter un dossier solide.

- Nous sommes journalistes, Gavin. Personnellement, je ne m'y connais pas le moins du monde dans le domaine de l'assistance sociale.

Clark acquiesça piteusement à l'affirmation de Lois. Mais Gavin souriait. Ce génie avait une idée tordue derrière la tête à ne pas en douter.

- Un article. Un vrai article bien travaillé. Un dossier sur un fait de société. Des enfants abandonnés, des parents démissionnaires disparaissant avec l'argent. Tout. Avec preuves, chiffres, photographies… Vous montez le dossier, qu'il soit prêt à tout moment, simplement. Alice ne doit rien savoir.

Onze ans ? Sérieusement ? Il avait la diablesse et la ruse d'un Ulysse ! Alors qu'ils discutaient sur les possibilités de ce fameux article, je reçus un texto de Daniel. « J'ai une serveuse aux trousses, tu viens me sauver ? »

C'était pour le moins étrange. Mais n'écoutant que mon bon cœur – et mon envie subite d'une énorme mousse au chocolat – je pris mon sac, mon manteau et une cuillère très pratique pour gouter les plats sans laisser des preuves derrière soi.

- Vas-y, explique-moi.

Je souris bêtement à Daniel en m'asseyant sur le passe plat. Il me jette un regard noir puis se retourne vers Alice qui s'est approchée. Ce pauvre chef cuisinier se retrouve de ce fait coincé entre moi et une Alice remontée à bloc. J'aime voir les autres en danger, bafouillant pour se justifier. Il ne manque plus que des pop-corn et ce sera parfait.

- Il refuse de me garantir mon emploi ! » Hurle Alice.

- Quoi ? » Je n'ai pas vraiment l'impression de hurler mais vu l'air ahuri des cuisiniers et du serveur qui vient d'entrer, je crains d'avoir haussé le ton de manière trop… euhh… disons abrupte. Je me reprends un instant avant de siffler d'un air très très très mauvais assorti d'un regard meurtrier. « Comment ça 'tu ne lui garantis pas son emploi' ? C'est absolument ridicule ! Elle est parfaite ! Bosseuse ! Elle ! Elle ! Je. Toi !

Je suis incapable de me reprendre. Si Alice a des problèmes, c'est Gavin qui en a aussi. Et ça, je ne le laisserai pas faire.

- Chloé. Tu ignores la situation. Calme-toi et on en reparle.

- Me calmer ? Et tu crois que je vais me calmer comme ça ? Parce que tu le veux ? » Je suis hors de moi, je sais parfaitement que c'est inutile mais c'est épidermique. Je me découvre un côté mère poule. « Cette gamine, elle bosse comme une malade et toi, tout ce que tu vois c'est que c'est juste pour un temps, juste le temps que tu te lasses ?

Le laisser me répondre ? Que nenni ! J'attrape Alice par la main et je prends une crème au chocolat qui traine sur le passe-plat.

Nous trouvons refuge sur la petite terrasse aménagée à l'étage. Elle n'est réservée qu'à la clientèle VIP et par chance, elle est déserte ce soir.

- Installe-toi. » J'ordonne à Alice.

Cette dernière s'exécute sans rechigner. Elle est au bord des larmes.

- Hey. Ne pleure pas. Je vais te garantir ton job, tu vas voir.

- Non, c'est pas ça. Chloé…

- Oui ?

- Ce que tu viens de faire. C'est juste. C'est la première fois qu'on me défend. La première fois depuis des lustres. Peut-être même la première fois de ma vie ! Et tu as quoi… Cinq ou six ans de plus que moi ?

- Ne me rappelle pas que je suis vieille. Et avale moi ça.

Je lui tends la crème et ma cuillère que j'extirpe de mon sac avec précaution.

- Je le savais que tu piquais dans les plats ! T'es un génie en fait… C'est Gavin qui t'a mis cette idée en tête ?

Je nie avec véhémence, pas question d'avouer que c'est vraiment Gavin qui m'en a donné l'idée. J'ai une réputation à tenir.

- Alice, il se passe quoi ?

- Des tensions dans l'équipe. Certains pensent qu'il se vend en voulant travailler avec Luthor. Et vu l'histoire du carnet…

- Tu as peur que cela te retombe dessus ?

- Je suis désolée.

- Oh non, tu ne l'es pas. Je te l'interdis. Tu dois protéger ta famille. Je suis d'accord. Et je vais arranger ça.

Alice lève les yeux au ciel. Un sourire plus tard, je descends dans la cuisine. Le bruit y est comme toujours presque infernal, c'est l'heure du coup de feu. Daniel examine les assiettes méticuleusement puis hoche la tête pour confirmer que le serveur peut les apporter à table. Ma colère retombe comme un soufflé.

- Hey toi. » Me fait-il avec un clin d'œil.

Il a l'air moins enjoué, plus forcé que d'habitude. Je m'approche et je commente la décoration des assiettes. Il ronchonne un instant contre ma manie de tout critiquer puis se redresse.

- Chloé. Cette affaire…

- Je te demande juste de faire en sorte qu'Alice puisse avoir des revenus réguliers.

- Je sais mais… La situation est compliquée. Luthor pose ses exigences et…

- Quoi ? C'est Lex Luthor qui décide qui fera partie de ton personnel ?

- Il veut que ce soit des professionnels. C'est juste ça. Pour les dîners d'affaire, pour ne pas commettre d'impairs. Ce genre de choses.

C'est ridicule. Totalement ridicule.

- D'accord. Et Alice gaffe comme pas deux, a déjà tué trois clients et pique dans les assiettes ? » Je demande d'un air sarcastique à souhait.

- La pique-assiette, c'est toi, Chloé. Et non, Alice n'est pas comme ça.

- Place-la au service en bas et l'étage des VIP pour les repas d'affaires de Luthor. Alice ne peut pas se permettre…

- D'accord.

- Et d'ailleurs, je… Attends. » Je me fige, fronçant les sourcils. « Tu as dit quoi là tout de suite ?

- Que c'est d'accord. Je vais m'arranger. Je vais négocier pour Alice et une autre serveuse. Mais tu vas devoir m'aider.

- Tout ce que tu veux ! T'es génial.

Il m'enlace sous les sifflements moqueurs de sa brigade. J'ignore si c'est moi ou lui qu'ils visent et je préfère ne pas savoir.

Après avoir raccompagné Alice chez elle, pris un taxi pour rentrer chez moi pour la première fois depuis des lustres.

Home sweet home ! Je ramasse négligemment les publicités et autres lettres qui trainent dans l'entrée. Factures, factures, factures. Ben tiens. Madame la chance le retour ! Mon répondeur n'a que quelques messages sans réelle importance à part celui de Lex. Demain, réunion toute l'après-midi. C'est la galère !

Je m'effondre enfin dans mon canapé. La grâce d'un pachyderme. La souplesse d'un bout de bois. La… Pffffff J'en ai marre. Vraiment. Je suis victime de cette vie. Depuis la mort de papa. Enfin… sa 'mort' factice. Comment vous ruiner la vie avec simplicité. Gavin n'avait pas tord au fond en me demandant si je lui en voulais. Je pense qu'une part de moi lui en veut un peu. Une minuscule part de moi.

Il est plus de huit heures quand je me réveille. Groggy, je m'étire péniblement. J'ai dormi là. Sur le canapé. Ma vie est en train de prendre un tournant étrange. Le silence de l'appartement me choque. Ne pas entendre Gavin courir à gauche et à droite est étonnant après tous ces jours de babysitting.

Je peste pour la forme en me précipitant vers les bureaux de la LexCorp. L'ascenseur me semble plus lent que d'habitude. Ou alors je suis tellement fatiguée que ma perception en est complètement chamboulée.

- Vous êtes encore là ? Vous êtes pire que votre père, on dirait.

Merci Mademoiselle je-suis-mieux-que-tout-le-monde Carmelina Andréas. Quel plaisir de vous revoir… Ou pas en fait. Envoyez-la au diable ! Commencer mon lundi avec son horrible tête… Brrrrrrr. Quelle horreur !

Je continue vers mon bureau. Je vérifie en vitesse ce qui s'y trouve et je rentre dans le bureau de Lex pour lui signaler ma présence. Et là, les mots d'Andréas me reviennent en pleine face en voyant Lex enfilant sa chemise. 'Vous êtes pire que votre père.' Tout ça parce qu'elle me voyait encore là.

Comme mon père.

Parce qu'il trainait trop dans leurs pattes.

Alors qu'ils avaient leurs magouilles.

- Lex, tu penses que c'était un accident pour mon père ? » Je demande négligemment.

- Quoi ? » Il sourit légèrement, se demandant ce que je lui raconte.

- Je te le demande si tu es persuadé ou non que ce qui est arrivé à mon père était un accident.

Mon ton est hautain et froid. La colère sourde qui m'étreint prend le dessus lorsqu'il me regarde avec étonnement.

- C'est ce qu'a dit la police, non ?

- Je te le demande autrement alors. Es-tu responsable de ce qui est arrivé à mon père ? De quelque manière que ce soit. As-tu quelque chose à te reprocher ?

- Chloé… Je… Ecoute.

J'écarquille les yeux en le voyant chercher ses mots. Il cherche une excuse ? Il veut me demander de lui pardonner ? Comment peut-il seulement essayer de s'expliquer. Il m'a menti, il m'a trompé, il a joué avec moi. C'était lui, il était responsable de mon malheur. Simplement.

Je le voyais sous un autre jour. Sous son vrai visage, celui d'un assassin.

- Chloé, écoute-moi.

- Tu l'as tué ?

- Non !

- Lex, es-tu responsable de la mort de mon père, oui ou non ?

- C'est plus compliqué que ça. Mais je t'interdis de parler de cette histoire à qui que ce soit. Tu pourrais te faire des ennemis mortels, Sullivan.

- C'est une menace ?

- Un avertissement. Fais attention. Très attention