Chapitre 10 : Le Portrait d'Henri Potter
Kyle avait visité bien des endroits sombres dans sa vie. Certaines de ses missions l'avaient amené à pénétrer dans des grottes profondément enfouies sous la surface, ces dernières servant la plupart du temps de refuges pour toutes sortes de créatures ténébreuses. Inutile de préciser que ces quelques rencontres ne s'étaient pas particulièrement bien terminées pour les créatures en question…
Toutefois, les quelques fois où il avait exploré ce genre d'endroits, l'exécuteur n'avait jamais eu à descendre très profondément dans le sol, ou en tout cas pas aussi profondément qu'il était en train de le faire actuellement.
Quelle n'avait été sa surprise en entrant dans le mystérieux coffre que de constater qu'il ne s'agissait pas que d'une simple cavité, comme celle qui lui était allouée au nom de Kyle Reese, mais l'entrée d'un tunnel… un tunnel particulièrement long et qui semblait s'enfoncer de plus en plus profondément dans les entrailles de Gringotts.
- Puis-je savoir ce que tout cela signifie ? Demanda Kyle d'un ton glacial en dirigeant son attention sur le vieux gobelin qui marchait à côté de lui.
Ce dernier n'était autre que Ragnok, le troisième gobelin le plus puissant dans la hiérarchie de Gringotts ainsi que la façade publique de la banque gobeline. Il était vêtu de riches vêtements probablement faits de rares tissus entrelacés d'or et d'argent. On pouvait également apercevoir une lourde chaîne d'or pendre à son cou, à l'extrémité de laquelle se trouvait un médaillon d'or massif, gravé d'inscriptions gobelines et serti d'un rubis gros comme un vif d'or. De même, la canne avec laquelle il marchait ressemblait davantage à un sceptre, tant elle semblait avoir été finement ouvragée et ornementée de pierres précieuses.
C'était la première fois que le jeune Reese voyait un gobelin habillé de manière aussi… opulente. Il devait également avouer que c'était aussi la première fois qu'il rencontrait un gobelin aussi vieux. La plupart de ses rencontres avec les petits êtres verts ayant été des affrontements, ces derniers avaient été plus jeunes que Ragnok, même si leur espérance de vie était très différente de celle des humains.
- Nous avons reçu des nouvelles d'un vieil ami des gobelins, un ami qui se trouve avoir vos intérêts à cœur, Mr Potter. Se contenta de répondre Ragnok d'un ton neutre.
- Je suis justement curieux de l'identité de ce… bienfaiteur. Mon ancienne identité est sensée avoir été enterrée il y a de ça plus de dix ans, chef Ragnok.
- Oui… du très bon travail, je dois dire. Celui d'un assassin de première classe, je présume ? L'interrogea le gobelin d'un ton railleur, un rictus amusé flottant sur ses lèvres.
Kyle ne répondit rien. Après tout, il était vrai qu'Anna avait été l'une des meilleures exécutrices de l'organisation et il lui devait beaucoup. Plus précisément, il lui devait la majorité de ce qu'il savait en termes de techniques d'infiltration, d'assassinat et même pour la magie en général. Elle avait été dure avec lui mais toujours juste, contrairement à ces satanés Dursley.
- Puisque vous ne semblez pas vouloir me révéler qui il est, puis-je au moins savoir où nous sommes ? Je ne me rappelle pas avoir vu quelque chose de ce genre dans les modèles de coffres que la banque propose à ses clients… Déclara Reese d'un ton emprunt de curiosité.
Les lèvres de Ragnok se plissèrent en un nouveau sourire, révélant des dents aiguisées alors qu'il esquissait un sourire carnassier.
- Ceci n'est pas un coffre ordinaire, Mr Potter. Voilà plus de huit cents ans que nous l'avons construit, à la demande d'un de nos plus estimés clients… qui se trouvait également être un bon ami de Gringott.
Le Gryffondor stoppa net, peinant à cacher sa surprise en entendant les paroles que venait de prononcer le gobelin.
- Est-ce que vous êtes en train de me dire qu'un Potter a été l'ami du créateur de cette banque ? L'interrogea Kyle, stupéfait.
- Tout à fait, Mr Potter. Bien sûr, c'est quelque chose qui a été oublié depuis des siècles… après tout, ce n'était pas tout à fait un sorcier comme les autres… ni un Potter comme les autres. Ajouta le gobelin d'un ton malicieux.
L'élève choisit d'ignorer le dernier commentaire du responsable, tout en le notant dans un coin de son esprit pour une utilisation ultérieure. A la place, il se décida à tenter une autre approche.
- En parlant des Potter, je suppose que mes parents et mon frère ont accès à ce coffre, n'est-ce pas ? Est-il possible que vous ne gardiez aucune trace de ma venue dans vos registres ?
En effet, si les gobelins venaient à avertir les Potter de son incursion dans l'un de leurs coffres familiaux, il ne leur faudrait pas longtemps pour découvrir que leur défunt fils aîné n'était pas aussi mort qu'il devrait l'être. Même si dans le cas présent, il devait au moins se trouver à plus de six pieds sous terre… songea-t-il non sans humour.
A sa grande surprise, la réponse de Ragnok ne fut pas celle à laquelle il s'attendait.
- James Potter n'a jamais eu connaissance de l'existence de ce coffre, et donc par extension ni sa femme et son fils. En fait, très peu de Potter y ont eu accès, en raison du… don particulier que cela nécessite.
- Quel don particulier ? Demanda Kyle, en haussant un sourcil.
Le gobelin ne répondit rien mais alors qu'il tournait la tête un court instant en direction du jeune homme, ce dernier crut déceler une lueur d'intérêt et d'amusement dans ses yeux sombres. Perdu dans ses pensées, il se retint à peine de sursauter lorsque la voix grave de Ragnok le ramena à la réalité.
- Nous sommes arrivés. Veuillez vous approcher de la porte, Mr Potter.
Devant eux se trouvait une lourde porte de fer, où se trouvaient gravées des armoiries ayant l'allure d'un oiseau aux ailes déployés. Kyle se rapprocha de quelques pas et ressentit immédiatement sa magie entrer en résonance avec celle de la porte.
Il ressentit l'appel de cette magie, quelque chose l'appelait derrière cette porte, quelque chose d'ancien et de puissant… quelque chose qui lui ressemblait.
Posant sa main droite contre le métal glacé, une vive lumière s'en dégagea avant qu'un chant ne retentisse, un chant doux et réconfortant qui agissait sur son cœur comme un baume apaisant.
Et la porte s'ouvrit devant lui, l'inondant encore quelques secondes d'une lumière aveuglante.
Hermione Granger était une jeune femme intelligente et douée de raison. Elle était aussi la sorcière la plus mature de son âge selon ses pairs et un certain nombre de ses amis avaient appris à apprécier ses conseils après avoir surmonté l'apparente froideur et supériorité que la Gryffondor pouvait montrer aux autres afin de se protéger.
Toutefois, malgré tout son savoir et toute sa « sagesse », il restait des domaines où elle n'en savait pas plus que les autres filles de son âge, voire même où elle en savait moins qu'elles. Cela faisait quelques semaines déjà qu'elle commençait à comprendre l'étendue de son ignorance et cherchait par tous les moyens à y remédier.
Si tout s'était déroulé selon ses plans, Kyle l'aurait accompagnée aujourd'hui à Pré-au-Lard, afin qu'ils puissent passer une journée seuls tous les deux, à mieux se connaître. En effet, l'élève de Salem avait éveillé chez elle quelque chose qu'elle ne connaissait pas… un sentiment que même Viktor Krum ne lui avait pas inspiré pendant la courte période où ils étaient sortis ensemble.
Reese avait tellement de points communs avec elle, que ce soit son besoin de prouver qu'il avait sa place dans ce monde, son amour des livres et du savoir, son ouverture d'esprit… mais ce n'était pas seulement ça. Chacun de ses regards la faisait fondre et le moindre contact entre eux était comme chargé d'électricité.
D'ailleurs, elle se souvenait de cette matinée où il était venu la trouver pour s'excuser quelques semaines auparavant. Jamais elle ne pourrait oublier cette sensation de sécurité et de bien-être qu'elle avait ressenti en se trouvant dans ses bras… alors que dire de l'instant où leurs visages avaient été si proches qu'il lui aurait suffit de simplement se pencher pour capturer ses lèvres…
Depuis qu'elle avait rencontrée, l'américain était présent de plus souvent dans ses rêves et elle s'était même réveillée un matin en criant son nom. Inutile de commenter la réaction des autres occupantes du dortoir, ni même leurs regards malicieux devant le rougissement d'Hermione.
C'était peut-être à ce moment là que la jeune femme avait réalisé qu'elle avait besoin d'aide et c'était la raison pour laquelle elle avait demandé à Ginny de l'accompagner à Pré-au-Lard suite au désistement de Kyle. Après tout, la jeune Weasley s'était toujours révélée être une personne de confiance ainsi qu'une amie fidèle. De plus, elle avait l'avantage d'avoir une expérience non négligeable avec les garçons, puisqu'elle était déjà sortie avec Michael Corner et Dean Thomas.
Assises toutes deux à une table plutôt isolée des Trois Balais, l'élève de sixième année termina son explication, laissant la parole à Ginny qui contemplait la situation avec une expression songeuse.
- Ce que je crois Hermione… c'est que tu es amoureuse de lui, et quand je dis amoureuse, c'est dans le sens le plus fort du mot. Déclara la rouquine en dégustant une gorgée de bièraubeurre.
- Tu… tu es sûre ? Je veux dire, c'est vrai qu'il est mignon et gentil et…
- Hermione. La coupa-t-elle, un sourire amusé aux lèvres. Tu n'es pas la seule à avoir remarqué que Reese était un garçon des plus… intéressants. Il est beau comme un dieu mais n'en a pas un ego démesuré pour autant, contrairement à un bon nombre de Gryffondor... Et puis, c'est vrai qu'il est intelligent et plutôt romantique. Si tu veux mon avis, il a tous les atouts d'un parfait prince charmant…
- Est-ce que ce n'est pas plutôt toi qui serais amoureuse de lui ? Rétorqua Granger d'un ton moqueur.
Ginny eut la décence de rougir un peu avant que les deux jeunes femmes n'éclatent de rire. Lorsqu'elles se furent calmées, la jeune Weasley reprit la parole d'un ton malicieux.
- Je reconnais que je ne suis pas indifférente à ses charmes… comme probablement la majorité des filles de quatrième à septième année mais je n'ai pas de réels sentiments pour lui, contrairement à toi.
- Oh… j'en conclus que tu vas tenter ta chance avec un certain Survivant ?
Cette fois-ci, le teint de la cinquième année vira au cramoisi et Hermione ne put s'empêcher de rire de plus belle. Le béguin qu'éprouvait Ginny à l'égard d'Andrew n'était un secret pour personne dans l'école depuis sa première année à Poudlard, même si elle avait réussi à le faire un peu oublier depuis.
- Ne change pas de sujet, Hermione. Je te rappelle que c'est toi qui es venue me trouver pour t'aider à résoudre ta dépendance à un bel américain aux yeux vairons…
La préfète stoppa net et rougit de plus belle avant de baisser les yeux. Quelques secondes de silence s'écoulèrent, pendant lesquelles les jeunes femmes fixèrent leurs verres. Quand la rouquine éleva à nouveau la voix, elle avait un air plutôt pensif.
- Je ne sais pas trop quoi te conseiller. C'est vrai que je suis sortie avec quelques garçons mais ce que j'ai ressenti pour eux n'avait rien à voir avec l'intensité de tes sentiments pour Kyle. Toutefois, vu la manière dont il se comporte avec toi, je pense qu'il ressent aussi quelque chose à ton égard.
- Je ne sais pas… je veux dire, on se voit assez souvent et à chaque fois, il est gentil, attentionné et… il arrive à me faire sourire même quand je suis triste… comment savoir s'il ressent vraiment quelque chose pour moi ? Finit-elle par l'interroger, cessant de tourner autour du pot.
- Malheureusement, il n'y a pas trente-six solutions, tu dois lui avouer tes sentiments… mais ne t'en fais pas, le plus important, c'est de mettre en place le cadre idéal. Déclara Ginny d'un ton assuré.
- Le cadre idéal ? Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Je vais t'expliquer… Commença la rouquine d'un ton savant.
A quelques mètres derrière eux se trouvaient deux sorciers d'apparence ordinaire, dont les visages arboraient des sourires intéressés. Le premier était un homme d'une trentaine d'années dont les cheveux noirs et l'extrémité des oreilles, légèrement pointue, étaient dissimulés sous un chapeau de sorcier. L'autre était une femme à peine plus jeune que lui, dont les cheveux bruns lui arrivaient à peine jusqu'aux épaules. Ses yeux noisette se posèrent sur son interlocuteur avec amusement avant qu'elle ne prenne la parole d'un ton malicieux.
- Un américain aux yeux vairons, hein ? Ça m'a l'air de correspondre à la description de notre homme, qu'en penses-tu Alwyn ? L'interrogea-t-elle tout en portant son verre de whisky Pur Feu à ses lèvres.
Alwyn se contenta d'hocher la tête avant de prendre en main son propre verre de liquide ambré. Trinquant à leur découverte, plus rapide qu'ils ne l'auraient cru, les deux agents savourèrent une gorgée de leurs verres respectifs avant qu'il ne se décide à prendre la parole.
- Si ce Kyle Reese est bien l'Ange de la mort, les choses vont se dérouler plus vite que prévu. A ma connaissance, Amber doit arriver demain avec une partie du groupe. Le reste nous rejoindra progressivement…
Une lueur de tristesse passa dans les yeux bruns de la jeune femme, avant qu'elle ne reprenne la parole d'un ton songeur.
- Crois-tu que nous allons reproduire la même chose qu'il y a trois ans ?
- Tout dépendra de sa décision, June. N'oublie pas que sa coopération est vitale à la réussite du plan.
- C'est vrai… que fait-on à présent ? L'interrogea-t-elle avant de finir son verre.
- Nous allons faire notre rapport à Amber. Si je la connais aussi bien que je le crois, elle va mettre en place la seconde partie du plan.
- Oh… intéressant. Je suis sûr que notre petit ange va apprécier la compagnie…
Kyle ne put s'empêcher d'ouvrir ses yeux de stupeur en voyant le spectacle qui s'offrait à lui. La porte qu'il venait d'ouvrir donnait accès à une pièce aussi étendue que la Grande Salle, et dont les parois venaient de s'éclairer grâce à l'allumage d'un nombre incalculable de bougies et de lustres.
De forme parfaitement circulaire, le sol était entièrement recouvert de dalles de marbre noir, au contraire des murs de la pièce qui avaient été sculptés dans la roche avec une grande précision. Environ un quart de la surface des murs était recouvert d'étagères, où se trouvaient des livres et autres manuscrits tous plus anciens les uns que les autres.
Mais ce qui attira véritablement l'attention du jeune homme, c'était l'innombrable quantité d'armes suspendues sur les murs. Epées de toutes sortes, dagues, poignards, lances, glaives, sabres… et à en croire la magie qu'elles exhalaient, toutes étaient ensorcelées. Il était rare de voir les yeux de l'exécuteur pétiller de joie mais en cet instant, on aurait dit un enfant qui viendrait d'être présenté au père Noël.
Ses yeux se tournèrent ensuite vers les autres artefacts présents dans la pièce, tels que des armures et robes ensorcelées, et bien d'autres objets qui irradiaient tellement de magie que le jeune homme se sentait presque enivré. C'est alors qu'une voix grave le tira de ses rêveries.
- A en juger par ton intérêt pour les armes, j'en conclus que tu dois être un guerrier, Harry James Potter.
Kyle fit volte-face et aperçut l'endroit d'où provenait la voix qui venait de l'interpeler. Il réalisa au même moment comment la personne en question avait pris connaissance de son identité, au Manoir Potter, ou tout du moins si l'on pouvait encore appeler ça une personne…
Un portrait de grande dimension était accroché au mur, au milieu de deux autres qui étaient situés un peu plus haut. Toutefois, celui-ci semblait être le seul à avoir été ensorcelé, à contrario des deux autres toiles qui n'étaient que des tableaux inanimés.
Sur le portrait figurait un homme d'une cinquantaine d'années, aux indomptables cheveux noirs striés de gris, et qui observait le jeune homme de ses yeux noirs avec une expression indéchiffrable. Il avait été peint en étant assis sur un fauteuil d'allure aussi confortable qu'ancien, et à en croire les rangées de livres qui se trouvaient représentées derrière lui, la toile avait probablement été peinte dans la bibliothèque du manoir des Potter.
- J'ai vu votre tableau au Manoir Potter mais je suis sûr qu'il ne bougeait pas. Se contenta de répondre Kyle en jaugeant le portrait avec intensité.
- C'est bien normal, jeune Harry. J'étais scellé dans mon portrait se trouvant au manoir depuis ma mort, m'empêchant de me mouvoir ou même de rejoindre mes autres portraits… et ce jusqu'à ce que ta magie ne l'imprègne, il y a trois semaines de cela. Je te dois donc des remerciements. Déclara l'homme en courbant légèrement la tête.
Kyle garda le silence pendant quelques secondes, son esprit fonctionnant à vive allure alors qu'il essayait de comprendre dans quelle situation périlleuse il s'était encore fourré. L'homme du portrait était indéniablement un Potter, et n'avait probablement pas vécu pendant ce siècle, voire le précédent…
Toutefois, il devait y avoir une raison au fait que son portrait ait été scellé après sa mort, peut-être la même raison pour laquelle ce coffre n'était pas connu du reste de la famille. Quoi qu'il en soit, il était sûr d'avoir beaucoup à apprendre de cet homme, donc il lui faudrait avancer la carte de la politesse pour le moment.
- Vous connaissez déjà mon nom, visiblement. Puis-je savoir le vôtre ?
- Oh, pardonne mon impolitesse. Je suis Lord Henri Potter, ton ancêtre, comme tu t'en doutes déjà. J'étais également le dernier possesseur du don, avant ta naissance.
- Quel est ce don ? Ragnok l'a évoqué mais quand je l'ai interrogé dessus, il a refusé de me répondre.
Le portrait le dévisagea une nouvelle fois de ce regard insondable avant de prendre une nouvelle fois la parole, toute trace d'amusement ayant disparu de sa voix.
- Ce « don », que l'on appelle aussi la Flamme Eternelle, n'a été possédé que par trois Potter avant toi, en l'espace de huit siècles. Ce don… est aussi l'une des principales causes de ton abandon, Harry. Pour que tu comprennes les enjeux de cette affaire, il va me falloir remonter bien longtemps en arrière. Afin de ne pas perdre de temps en palabres inutiles, ainsi que pour t'assurer de la véracité de cette histoire, je te prierai d'aller toucher la pierre qui se trouve derrière toi.
Le jeune homme se retourna et constata effectivement la présence d'une pierre, posée en évidence sur un socle de marbre. Probablement sculptée dans du lapis-lazuli, elle avait la forme d'un scarabée semblable à ceux vénérés dans l'Egypte Antique. Kyle regretta d'avoir écouté le portrait dès l'instant où il l'eut touchée, car la pierre se mit à briller et siffler pendant plusieurs secondes, puis tout devint noir…
Certaines choses ne changeaient pas, même à travers les époques. Le fait de se trouver dans une ville venant d'être ravagée par une terrible bataille, par exemple. Les habitations détruites, les cadavres dans les rues, les cris de peur et de panique des rares survivants… et surtout l'odeur de la mort qui suintait de partout et nulle part à la fois, le faisant presque suffoquer de dégoût.
L'homme était âgé d'un peu plus de vingt-ans et parcourait les décombres, son épée à la main. Il était vêtu d'une armure telle qu'en portaient les chevaliers du Moyen-âge et tenait une épée ensanglantée d'une main ferme. En revanche, la cape pourpre accrochée à ses épaules était en lambeaux et sa cuirasse semblait avoir été percée de multiples entailles, desquelles coulaient de minces filets de sang sans discontinuer.
Ses cheveux noirs lui arrivaient jusqu'aux épaules alors que les quelques mèches qui n'étaient pas collées à son front par la sueur ou le sang, dissimulaient ses iris noisette remplis d'horreur.
- Alors mon cher William, que penses-tu de ton œuvre ? Demanda un nouveau venu d'un ton moqueur.
Le dénommé William fit volte-face et leva la tête pour observer son interlocuteur, qui le toisait tout en avançant sur son cheval dans sa direction. Il avait lui aussi des cheveux noirs et des yeux bruns, bien que ses cheveux soient plus courts et son regard rempli non pas d'effroi mais de malice.
- Jacob ! Qui a causé ce massacre ?! Je reviens tout juste de Londres et j'ai vu les flammes qui s'élevaient du village !
- Oh oui, Londres… tu as aidé les gobelins à se révolter, en assistant ce… Gringott. Franchement, à quoi pensais-tu ? Le roi n'a pas du tout apprécié que ces créatures s'emparent de ses réserves d'or…
- Ces trésors leur avaient été dérobés, tu le sais aussi bien que moi !
- La vérité n'a aucune importance ! Seule la parole de notre seigneur compte ! L'incendia Jacob d'un air furieux.
Les deux hommes se défièrent du regard pendant un moment avant que l'arrivée de nombreux cavaliers se fasse entendre. Ils furent bientôt plus d'une vingtaine à encercler William, tous pointant leurs épées dans sa direction. Jacob dégaina son épée à son tour avant de prendre la parole d'une voix solennelle.
- William Potter, par l'autorité du roi, tu as été reconnu coupable de la destruction du village de Pré-au-Lard et des meurtres de plus d'une centaine d'honnêtes sorciers et sorcières. As-tu quelque chose à dire pour ta défense ?
- Je n'ai rien fait ! Jacob, tu me connais depuis l'enfance ! Tu sais que je n'aurais jamais pu commettre un tel carnage ! L'implora William en tentant de le raisonner.
- Ta maîtrise du feu est connue de tous, William. Je suis désolé mais tu ne me laisses pas le choix. Repens-toi de tes crimes et tu éviteras peut-être la mort… tu seras à la place enfermé dans l'une des geôles du Château, à te repentir de tes fautes pour le restant de tes jours.
- Jacob ! Tu ne peux pas croire…
L'homme stoppa net en croisant le regard de son interlocuteur. Plus que de la haine, c'était une lueur de triomphe qui brillait dans les yeux de Jacob. C'était l'aboutissement de toute une vie passée dans l'ombre d'un homme qui avait réussi dans tous les domaines que de le faire enfin tomber de son piédestal.
- Moi, Jacob Potter, Chevalier du roi, je vous ordonne de tuer cet homme sur le champ !
- Non… Jacob… JACOB !!
Alors que les cavaliers fonçaient droit sur leur proie, des flammes jaillirent de l'épée de William et ce dernier commença un combat qui resterait gravé dans les mémoires. Faisant tournoyer sa lourde épée avec une dextérité impressionnante, le jeune homme réussit à en tuer plus d'une dizaine avant de recevoir un puissant coup d'épée dans le dos.
Tombant à genoux, il ne tarda pas à recevoir de nouveaux coups, chacun étant plus violent que le précédent. Quand ils se furent assurés que leur adversaire était suffisamment mal en point pour ne pas pouvoir se relever, le dénommé Jacob descendit de son cheval et approcha du mourant à pas lents, avant de mettre un genou à terre auprès de lui.
- Pour…pourquoi Jacob… pourquoi…
- Parce que tu étais devenu trop… gênant, mon frère. Notre nouveau roi n'apprécie guère tes amis les gobelins, sache donc que la paix que tu as fait signer n'est que temporaire… Le travail de toute une vie réduit à néant, n'est-ce pas d'une tristesse affligeante ?
William serra les poings de rage mais il arrivait à peine à bouger ses doigts. Il sentait la vie le quitter un peu plus de seconde en seconde mais les dernières paroles qu'il entendit suffirent à l'achever.
- Ne t'inquiète pas, je m'occuperai bien de Deborah pour toi… ta femme ne restera pas seule bien longtemps. Je suis sûr que d'ici quelques mois, elle t'aura complètement oublié, toi le traître… et elle sera ravie d'accueillir dans son lit le nouveau Chancelier du Roi…
- Non… pas Deby… je t'en prie… pas elle…
- Tu aurais dû écouter mes conseils et partir en exil plutôt qu'en croisade, William.
Jacob leva son épée au-dessus de sa tête, son visage emprunt de dignité alors que ses yeux laissaient entrevoir sa folie.
- Adieu, mon frère. Furent ses derniers mots avant qu'il ne rabatte sa lame.
- NON !! Hurla le jeune homme en rouvrant les yeux.
Sa respiration saccadée, Kyle tenait la pierre fermement dans sa main et ses yeux grands ouverts par la surprise autant que par l'horreur de ce à quoi il venait d'assister se tournèrent sans attendre vers le portrait qui le dévisageait avec tristesse.
- Qu'est-ce que c'était ?! Ces hommes étaient des Potter mais ce William… il maîtrisait naturellement le Feu, comme moi… était-ce le don que vous avez mentionné ?
Henri hocha positivement de la tête avant de prendre la parole.
- En partie, oui. Ce que tu viens de voir s'est déroulé il y a plus de huit cents ans. A notre connaissance, William est le premier Potter ayant manifesté le Don. Comme tu as pu le constater, son pouvoir a attiré la méfiance et la jalousie, qui a amené son propre frère à l'assassiner pour un crime qui avait été orchestré de toutes pièces.
- Quel est le rapport avec moi ?! Cette scène s'est déroulée au Moyen-âge ! Vous n'allez pas me dire que les Potter m'ont renié uniquement à cause d'un pouvoir élémentaire ?!
- Harry…
- Arrêtez de m'appeler comme ça ! Je m'appelle Azrael ! Harry Potter est mort dans les flammes de Privet Drive il y a plus de dix ans !!
C'était peut-être à cause de la scène à laquelle il venait d'assister mais Kyle sentait qu'il perdait le contrôle de ses émotions… et de sa colère en particulier. Il avait pourtant travaillé dur pour enfouir les sentiments de rancune qu'il éprouvait à l'égard de sa famille biologique, et tout ce travail semblait avoir été réduit à néant par le spectacle de cet homme tué injustement par son propre sang.
- Comme tu voudras… Azrael. Je peux comprendre la haine que tu ressens à l'égard de tes parents mais je voulais justement te faire comprendre que cela ne devait pas te faire haïr ton passé, ni renier ton identité.
- Je me fiche de cette famille. Je suis venu pour savoir si la personne ayant connaissance de mon ancienne identité me dénoncerait aux Potter. Je constate que vous ne le ferez pas, je vais donc m'en aller.
Le jeune homme reposa la pierre sur son socle et tourna les talons en direction de la sortie quand la voix d'Henri s'éleva de nouveau.
- Tu te doutes bien que le Feu n'est pas ton seul talent lié au don, Harry. Après tout, je ne pense pas me tromper en disant que ta forme animagus est… particulière.
Le jeune homme stoppa net en entendant les derniers mots du vieil homme. Cette fois-ci, une lueur de curiosité s'était vraiment allumée dans ses yeux vairons, lorsqu'il se retourna finalement vers le portrait.
- Qu'est-ce que vous savez ?
- Je vois que j'ai récupéré ton attention. Constata le vieil homme avec amusement.
- Ne jouez pas aux devinettes avec moi !
Henri poussa un soupir et se contenta de croiser les bras tout en se calant dans une position un peu plus confortable avant de répondre.
- Ta forme animagus est magique, comme l'était la mienne. Jeune homme, sache que je comprends ta colère, elle est justifiée. La seule chose que je te demande, c'est de prendre la pierre avec toi. Les réponses viendront en temps voulu, et crois-moi, tu ne le regretteras pas.
- Comment puis-je savoir que ce n'est pas un piège ? Après tout, je ne sais rien de votre passé et vous êtes un Potter, donc ma confiance en vous reste… très limitée. Répondit Reese d'un ton dubitatif.
- Rien ne t'oblige à me faire confiance, Harry mais je peux te jurer sur mon honneur que cette pierre t'aidera à maîtriser entièrement ton don. Elle pourrait même te tirer d'affaire quand tu t'y attendras le moins. J'ai toutefois une dernière mise en garde à te faire avant ton départ…
A plusieurs centaines de kilomètres de Londres, un oiseau était tranquillement perché sur une chaise, le regard fixe. Son plumage de feu semblait parfaitement en adéquation avec les murs des appartements du Directeur, peints selon les couleurs rouge et or de Gryffondor.
Fumseck était un phénix âgé de plusieurs siècles. Durant sa longue vie, il s'était peu intéressé aux événements du monde des humains, à quelques exceptions près. La plupart du temps, il se contentait d'observer les humains qu'il choisissait pour compagnons mener leur vie et aider leur prochain. C'était ainsi qu'il avait choisi de devenir l'ami d'Albus Dumbledore, que l'on disait être le plus grand sorcier lumineux de son époque et dont il avait lui-même était le témoin de plusieurs de ses exploits.
Toutefois, l'oiseau immortel avait remarqué quelque chose depuis le début de l'année scolaire, quelque chose qui avait échappé à son compagnon humain, trop occupé à gérer à la fois son école, son poste au Magenmagot et à organiser la lutte contre Voldemort.
En effet, dans l'une des pièces étant attribuées aux appartements privés d'Albus, se trouvait un petit globe de verre, à peine plus gros qu'une balle de tennis. Oh bien sûr, une boule de verre normale n'aurait pas beaucoup d'intérêt si elle était semblable à celles distribuées par le professeur Trelawney pendant ses cours…
Non, celle-ci provenait d'un endroit bien plus protégé, un endroit d'où elle avait été retirée plusieurs mois auparavant par Albus pour éviter qu'elle ne tombe entre de mauvaises mains. Néanmoins, elle s'était mise à briller depuis le jour de la rentrée et ce avec de plus en plus d'intensité. Il y avait même des fois où des paroles s'en échappaient, tels des murmures dans l'obscurité, comme c'était le cas maintenant.
- Celui qui a le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres approche…
Il aurait été facile pour le phénix d'avertir Albus de ce qui se tramait. Après tout, son compagnon humain était très attentif au moindre conseil ou indice que l'oiseau de feu pouvait lui donner. Malheureusement pour lui, Fumseck avait conscience que cette bataille allait être différente des précédentes.
Après tout, un élève possédant la Flamme Eternelle résidait actuellement à Poudlard…
