Jack part à l'attaque! De nouvelles rencontres, de nouvelles têtes, pas mal de rage, un Jack vengeur puis doux.. youps? Bonne lecture?
Chapitre 11
-Tu es certain de ne pas vouloir d'un serviteur ? Interrogea Kosh alors qu'ils se dirigeaient vers l'entrepôt. Je suis sûr qu'on peut t'en trouver un jeune et à ton goût.
C'était la fin d'après-midi : Kosh l'avait rejoint après avoir fini ses affaires de la journée, et lui avait proposé d'aller faire son choix pour ses petits plaisirs du soir. Jack secoua la tête :
-Qu'est-ce que j'en ferais ? Je suis toujours en fuite, je ne peux pas me permettre un poids lourd qui pourrait en plus donner des indices sur mon emplacement. Sauf si bien sûr tu m'en trouves un télépathe... Je n'aurai guère de mal à manipuler son esprit.
-Encore plus si formé très jeune ? Interrogea le criminel avec un fin sourire.
-Exactement, répliqua l'humain en lui rendant son sourire mauvais.
Il lui fallut lutter contre ses instincts les plus primaux pour n'égorger personne lorsqu'ils entrèrent dans le bâtiment. Celui-ci fourmillait d'une activité incessante, empli de tous types d'espèces à vous en faire tourner la tête. Jack avait appris à reconnaître les employés, vêtus d'un uniforme à képi noir, et armés d'une longue canne de bois et de ce qui ressemblait suspicieusement à l'équivalent d'un taser humain.
Chacun, lui avait-on expliqué, appartenait à une équipe assignée à un rôle précis : on trouvait des conducteurs de fourgons, du personnel de ménage, des cuisiniers, en plus des gardiens et médecins. L'accueil des nouveaux lots requéraient également plusieurs types d'employés : il fallait trier, puis opérer un diagnostic médical afin d'établir une fiche d'identité avant de poser le tatouage et le collier.
-C'est une véritable entreprise, murmura Jack, qui ne savait plus s'il devait fermer les yeux ou regarder partout.
-Je te l'ai dit, je suis un homme d'affaires, fit Kosh en l'entrainant au premier étage. Dis-moi tout ! Qu'est-ce que tu veux ? Expérience ou virginité ?
-Pour ce soir, expérience, répliqua-t-il en tentant de garder une expression neutre.
-Alors on est au bon étage ! Le trafiquant sortit une mini-tablette de sa poche : il tapota sur quelques boutons, et un catalogue -Jack ne pouvait penser à aucun autre mot- apparut sur l'écran. Expérience et exotisme, donc. Tout dépend de ce que tu entends par exotisme : ailes ? Couleur de peau ? Corne ? Nombre de bouches? Absence de bouches ? Taille ? Muet ? Assez pratique quand on n'aime pas les bavards, les muets. J'en prends souvent le soir après une longue journée. Ça me change des bavardages de mes fournisseurs. Tu n'imagines pas à quel point ils peuvent causer.
-Tu as une section hybride ? Nota Jack en haussant un sourcil, le doigt tendu vers une catégorie.
-Ma petite fierté personnelle. Certains sont nés de la guerre, d'autres d'amours interdits. La plupart naissent stériles, ce qui est pratique, vu mon commerce.
-Tu as conscience de parler comme un véritable psychopathe ?
-C'est ce qui me rend si bon dans les négociations, Yeux-bleus ! Tiens, regarde un peu le catalogue, je vais aller inspecter les cellules.
Jack sentit la tension dans ses épaules diminuer en regardant Kosh s'éloigner : sa présence le rendait malade, faisant naitre en lui des envies de meurtre et torture. Il savait depuis longtemps que c'était une ordure, mais le découvrir dans tous les détails rendaient ses poings brûlants de rage. Comment pouvait-on se montrer si froid et détaché sur un tel sujet ? Kosh parlait d'esclavage sexuel comme on discute de la pluie et du beau temps. C'en était terrifiant. Jack se demanda une nouvelle fois ce qui avait pu l'amener à agir ainsi. On ne devenait pas une enflure de trafiquant sans cœur du jour au lendemain : il existait forcément un passif. Et celui de Kosh devait être bien lourd pour se montrer si cruel et blasé.
Le catalogue était à son image : froid, clinique, organisé par races, avec leur description physique, qualités propres et avantages. La fiche comportait également plusieurs photos d'exemplaires et les différents prix selon les activités souhaitées.
-Tu trouves ton bonheur ? Demanda le criminel en revenant vers lui, quelques minutes plus tard.
-Je pense bien... Les Catio, télépathes ET métamorphes. C'est exactement ce que je cherche, répondit-il de sa même voix impassible.
-On aime le luxe, sourit Kosh. Tu veux aller en chercher maintenant ?
-En fait, j'aurai bien aimé me promener un peu, histoire de mieux connaître les lieux. Ton organisation me fascine, répliqua Jack avec un sourire insolent.
-Flatteur.. Fais-toi plaisir, mes employés sont au courant de ta présence. Tu peux aller partout, mais rappelle-toi, aucun contact physique avec les vierges.
-Oui, m'sieur, ironisa-t-il en le saluant de la main.
Comme si j'allais les toucher, pensa-t-il sombrement en s'éloignant.
Tu vas bien jouer avec certaines ce soir, répliqua sa conscience.
C'est pour l'enquête. Il faut que je gagne sa confiance pour retrouver Taya.
Ça n'en demeure pas moins dégueulasse.
Je sais !
Ce ne fut pas difficile de trouver la zone qu'il cherchait : l'étage était fléché, lui permettant de se rendre rapidement dans la section dédiée aux Catio. Il haussa un sourcil en entendant des cris et insultes : ce n'était pas ce à quoi il s'attendait en arrivant ici. Accélérant le pas, il tourna à droite à la nouvelle intersection pour déboucher dans une petite pièce. Son sang ne fit qu'un tour en apercevant un groupe de gardiens entourant deux jeunes femmes clairement terrifiées.
-Et pourquoi on ne pourrait pas ? Personne ne saura ! On a bien le droit de s'amuser ! S'exclama l'un d'eux, son regard avide remontant le long des corps offerts à la vue.
-Elles ne sont pas à toi ! Tu n'as pas le droit de les toucher! Riposta un autre en se plaçant entre son collègue et les esclaves.
-Dégage, Kim ! Si tu es trop lâche pour prendre ta part, ce n'est pas notre cas !
-Tu n'es vraiment qu'un pervers.. La tienne ne te suffit pas, il faut que tu en violes d'autres !
Le coup de poing partit sans avertissement, s'écrasant sur le jeune gardien qui gronda et riposta avec sa canne. Son adversaire poussa un cri de douleur, et saisit son taser … pour se figer en entendant le son d'une sécurité retirée.
-Je ne tenterai pas cela, si j'étais toi, murmura Jack, son visage devenu l'incarnation de l'ours polaire.
Le groupe recula précipitamment devant l'arme du capitaine qui avança lentement, ses yeux rivés sur l'enflure.
-Vous n'avez rien à faire là, protesta celui-ci.
Jack esquissa un sourire froid, qui fit frissonner les autres.
-Violeur et débile.. rien pour te sauver, murmura-t-il avant d'appuyer sur la détente.
L'homme s'effondra en criant sur le sol, ses mains agrippant instinctivement son ventre d'où coulait un épais liquide rouge. Il poussa un autre hurlement lorsque la botte de Jack vint frapper en plein dans son torse, l'envoyant voler en arrière. Sa tête frappa le mur, l'assommant en partie. Le sourire de Jack s'agrandit, et il vint enfoncer son talon dans la blessure.
-Ça fait mal, hein? Et ce n'est que le début, expliqua-t-il d'un ton badin en faisant tourner le talon. Ton sang va continuer à couler sans que tu ne puisses rien y faire, recouvrant le sol et se glissant sous tes jambes. Ta tête va commencer à tourner, jusqu'à ce que ta vision soit parsemée de petits points noirs, et ce alors que ton corps va s'affaiblir, jusqu'à ce que tes muscles cessent de fonctionner. Tu vas vouloir appeler à l'aide, bien sûr, mais tu vas bientôt découvrir que ta voix ne t'obéit plus. C'est le souci avec une commotion, elle commence légèrement mais si elle n'est pas soignée, les conséquences peuvent être dramatiques. Si évidemment on y ajoute une importante perte de sang.. Et toi, murmura-t-il d'une voix douce en s'accroupissant devant lui, toi tu vas en perdre beaucoup … Et souffrir lentement, très lentement... Et personne, non personne ne viendra te sauver, chuchota-t-il en souriant avant de lui décocher une droite dans le menton, faisant de nouveau valser sa tête qui s'écrasa une nouvelle fois contre le mur. Quelques autres coups avec la crosse et son visage était en lambeaux. Tu vas t'étouffer dans ton propre sang.. Ce sera la dernière chose que tu sentiras avant de t'enfoncer dans les ténèbres. J'espère qu'elles te feront souffrir. Une mort douce est bien trop gentille pour un enfoiré comme toi.
Sans plus lui prêter attention, Jack saisit son taser et se releva, rangeant ses deux armes à sa ceinture. Puis il se tourna vers les autres gardiens, qui avaient assisté horrifiés à la scène.
-Quelqu'un veut partager son sort ? Interrogea-t-il avec un fin sourire en tirant sur ses manches.
Ce fut le signal pour s'enfuir. En quelques instants, la pièce s'était vidée de la plupart de ses occupants, en dehors de Jack, les deux jeunes femmes et le gardien les ayant défendues. Celui-ci détourna les yeux sous le regard brûlant du capitaine.
-Qu'est-ce que tu fous encore là? Interrogea froidement ce dernier en s'avançant vers les esclaves qui se recroquevillèrent. Hé, doucement, je ne vais pas vous faire de mal.., murmura-t-il gentiment en levant les mains. Je veux juste vérifier si vous allez bien, ok ? tenta-t-il de les rassurer.
-Elles ne vous comprennent pas.., expliqua Kim. Elles ne parlent pas votre langue.
-Vraiment ? Comment faites-vous pour communiquer, alors ?
-Ils ont un traducteur intégré.. mais elles viennent d'arriver, on ne leur a pas encore installé, expliqua l'homme avant d'avancer, puis de se stopper devant l'expression de Jack. Je veux m'assurer qu'elles n'ont rien.. C'est tout...
-Drôle d'idée de la part d'un gardien, répliqua le Capitaine qui ajouta, en fronçant les sourcils : Pourquoi? Et pourquoi les as-tu protégées ?
L'homme baissa la tête sans répondre, avant de faire un geste de la main à la Catio la plus proche. Celle-ci dut le comprendre, car elle le laissa l'approcher et l'examiner. Jack l'imita en silence, attendant patiemment sa réponse. Finalement, l'inconnu murmura :
-Je ne fais pas ce job pour les voir être violées.
-C'est pourtant ce à quoi elles servent, riposta aussi bas l'humain.
-Ça ne veut pas dire que je suis d'accord.. Je.. Il se figea. Je n'aurai pas dû dire ça... La panique se lut sur son visage. Oubliez, s'il vous plait, je..
-Pourquoi es-tu là, alors ? L'interrogea sèchement Jack sans lui laisser le temps de finir, son mépris évident dans sa voix.
-Je .. Un soupir. Je n'ai pas le choix.. J'ai une famille à nourrir... Et la paye est bonne. Il faut bien vivre.
-Sur le dos d'esclaves.
-C'est comme ça que fonctionne Taclos.. La loi du plus fort. Kosh nous paye bien et nous protège, il est toujours présent si on a des emmerdes et besoin d'aide. Pourquoi voulez-vous savoir ça, de toute manière ? Se renferma le gardien.
-Curiosité, murmura Jack en le fixant avec intensité, comme s'il le voyait réellement pour la première fois. Je pensais que tous ceux qui travaillaient ici étaient des enflures.. Ce n'est pas si noir et blanc, finalement.
Un bruit de course empêcha son interlocuteur de répondre. Un groupe de gardiens débarqua dans la salle, cannes en main. La tension soudaine de Kim n'échappa pas à Jack, qui se redressa de toute sa taille et grogna en fixant les nouveaux venus :
-C'est un peu tard pour cela.. J'ai déjà réglé le compte du bâtard.
-Qui êtes-vous ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Interrogea sèchement celui que Jack reconnut comme le chef à son col doré.
-Je pense que c'est assez évident. Le fils de pute a voulu toucher à ce qui ne lui appartenait pas. Quant à votre première question, je vous la retourne. Je ne connais que très peu de personnes qui osent me parler sur ce ton. La plupart termine comme votre ami.
La froideur et le dédain avec lesquelles lui répondit Jack éveillèrent un signal d'alarme chez le responsable qui le dévisagea longuement, avant que son expression ne se tende et qu'il ne murmure :
-Vous êtes l'invité de Monsieur Kosh.
-Enfin un être intelligent dans la pièce, renifla l'intéressé. Vous voudrez bien vous charger du cadavre. Il tâche le sol. Se tournant vers les deux jeunes femmes, il saisit les laisses posées sur une table et les accrocha aux colliers. Vous serez gentil de prévenir Kosh que j'ai fait mon choix dans ses produits. Que l'on m'indique où effectuer mon achat et j'irai le régler. Oh, ajouta-t-il en se tournant vers Kim, éberlué de voir son chef se faire traiter ainsi, j'aimerai également une série de vêtements pour mes nouvelles acquisitions. Je n'aime pas lorsque des pervers reluquent ce qui est mien.
Tout était prêt à son retour dans ses appartements : les vêtements attendaient, pliés avec soin sur la commode, et un large repas était posé sur la petite table de bois. Jack referma la porte à clé derrière lui, avant de remonter sa manche, révélant son bracelet de cuir. Il en tourna un bouton jusqu'à ce qu'il trouve la fréquence désirée, puis sourit aux deux jeunes femmes.
-Voilà. Maintenant, nous pourrons parler sans que personne ne nous comprenne.
Se dirigeant vers la table, il saisit une grappe de raisin doré et commença à les manger avec appétit: l'autre imbécile lui avait donné faim. Il haussa un sourcil en constatant que les Catio étaient restées figées à l'entrée de la pièce. Un soupir lui échappa. Cela allait être difficile.
-Je ne vais pas vous manger.. Les vêtements sont pour vous, comme le repas, expliqua-t-il en désignant du menton les plats dont émanaient des odeurs délicieuses.
Le duo hésita quelques instants encore, sa crainte évidente, mais la faim et le froid prirent finalement le dessus sur tout autre instinct, les poussant à s'emparer avec hâte des habits chauds. Jack se détourna volontairement, leur reconnaissant silencieusement leur pudeur. Il ne leur refit face que lorsqu'il entendit les sandales être lacées : un sourire éclaira son visage en les découvrant vêtues de robes bleu ciel pour l'une et verte pomme pour la seconde. Elles avaient toutes deux pris une apparence humaine, leurs cheveux châtain tombant en cascade dans leur dos. Leurs yeux, néanmoins, demeuraient rivés sur le sol : une double paire de pupilles vertes et noisettes, releva-t-il.
-Mangez, insista Jack. Nous parlerons après.
Il lui fallut quelques instants pour comprendre qu'aucune n'oserait s'approcher de la table tant qu'il se tiendrait à côté. Le capitaine recula donc lentement, prenant soin de garder les mains levées bien en évidence. Il s'assit sur le lit, sa grappe et une tasse en main. Un roulement de yeux lui échappa lorsque robe-bleue saisit le pichet et se dirigea vers lui.
-J'ai dit : mange, ordonna-t-il sèchement. Je peux me servir moi-même.
La jeune femme sursauta, et baissa précipitamment la tête. Jack poussa un soupir, et se frotta le front.
-Pardon. Je ne voulais pas te faire peur. S'il te plait... fais-moi plaisir, mange. Mange à ta faim avec ton amie, c'est tout ce que je veux pour le moment.
L'esclave le fixa quelques instants, avant de sembler comprendre qu'il pensait ce qu'il disait et se diriger avec hâte vers le buffet. Le cœur du jeune homme se serra en les voyant toutes les deux agir : on aurait dit deux petits animaux blessés et terrifiés, mangeant autant qu'ils le pouvaient sans savoir quand ils seraient punis pour le faire. Elles ne cessaient de lui jeter des petits coups d'œil, attendant clairement une attaque quelconque. À leur taille et apparence, Jack leur donnait la vingtaine, pas davantage.
Il lui fallut attendre plusieurs minutes avant que ses petits oiseaux, comme il les appelait intérieurement, n'épanchent correctement leur faim et soif. Quand ce fut le cas, elles échangèrent un regard hésitant, ne sachant clairement pas le comportement qui était attendu d'elles. Jack tapota gentiment le lit.
-Asseyez-vous.
Elles obéirent en silence, l'entourant avant de tendre les mains vers lui. Jack les figea d'un geste.
-On va tout de suite mettre une chose au clair : la seule raison pour laquelle je vous ai achetées, c'était pour vous protéger. Je n'ai aucun doute que ces fils de pute seraient revenus se venger sur vous dans le dos de leur responsable. Ici, vous êtes en sécurité. Il fronça les sourcils devant leur expression incrédule. Je ne veux pas que vous agissiez en prostituées, ok ? Ni en esclaves. Ni en rien du tout. Je ne vous toucherai pas, et je ne vous frapperai pas. Je ne suis ni un violeur ni un sadique.
L'incrédulité se transforma en confusion.
-Mais vous..., murmura Robe-verte, avant de se taire précipitamment.
-Je ? Silence. Termine ta phrase, demanda-t-il doucement. Je te l'ai dit, je ne te punirai pas.
-Vous... Elle se mordilla la lèvre. Vous êtes son ami.
Ah.
-Kosh ? Il grogna devant le frisson de terreur qui les parcourut en entendant son nom. Non. Jamais. On ne l'a jamais été. J'ai couché avec lui avant, et je le refais là, mais ça ne veut pas dire que je ne veux pas l'égorger à la première occasion. Ses yeux flamboyaient lorsqu'il gronda : C'est un batard, un monstre, et je lui ferais volontiers sa fête si je le pouvais.
Il se passa les mains sur le visage, soudainement fatigué.
-Je n'ai pas le choix.. Je dois maintenir les apparences. Je joue le rôle de l'amant froid, alors que je rêve de sa mort. Et tu sais que je dis la vérité, parce que je te laisse gratter mon esprit depuis les dernières cinq minutes. Il sourit en la voyant sursauter. Vous n'êtes pas les seules télépathes dans la pièce.. Alors, dis-moi, qu'y vois-tu? Tolia ? Si c'est ton vrai prénom, indiqua-t-il en montrant son collier.
Celle-ci baissa la tête.
-Que vous dîtes la vérité. Que.. vous.. vous n'allez pas nous...
Un tremblement violent la saisit.
-Chuuut... Tout va bien, murmura-t-il en l'enveloppant de ses bras. C'est normal d'avoir peur, mais il ne faut plus. Tu es en sécurité ici. Toi et ton amie, ajouta-t-il en lançant un regard doux à celle-ci. Je ne les laisserai pas vous toucher. Vous ne sortirez plus de cette pièce si vous ne voulez pas. Ce n'est pas un problème. Je peux travailler seul.
-P... pourquoi ? Sanglota Tolia. Pourquoi vous faites ça ?
-Tu as dû tellement souffrir, petite perle, pour ne pas reconnaître de la compassion... Que t'est-il arrivé, toi qui devais être une princesse dans ta ville, si j'en crois tes magnifiques yeux ? Les jeunes femmes tressaillirent. Et toi, aux grands yeux verts, qui lutte depuis plusieurs minutes pour maintenir cette apparence quand tu es clairement épuisée... Mar'ya, c'est ça ? Depuis combien de temps n'avez-vous pas mangé de vrai tis'h ?
-Que.. comment.. hoqueta Mar'ya.
-Je suis psychique, la taquina-t-il avant de redemander avec sérieux : Longtemps, hein ?
Elles hochèrent faiblement la tête.
-Est-ce qu'il y en avait dans le repas ?
-Un peu, murmura Tolia. Mais pas assez. Je lui ai laissé le principal.
-Pourquoi ? s'étonna-t-il.
-Tu n'aurais pas dû... Tu vas encore t'affaiblir, protesta Mar'ya.
-Il vaut mieux que ce soit moi, répliqua l'autre en haussant les épaules.
Jack observa l'interaction, les sourcils froncés, avant qu'une lumière ne s'allume dans son esprit.
-Vous n'êtes pas amies. Vous êtes sœurs. Et tu la protèges parce que c'est ton rôle... Tu as les yeux noisette..
La jeune femme releva le menton avec fierté, et pendant quelques instants, Jack vit ces grands yeux brûler d'une lueur ardente. Instinctivement, il baissa quelques secondes les siens: il sut qu'il avait eu raison quand il vit son expression s'adoucir.
-Vous avez les yeux bleus... Et pourtant, vous vous occupez de nous comme le ferait un noble. Vous nous avez nourries et vêtues, sans aucune autre raison que votre bonté.. Vous êtes surprenant, monsieur.
-Et vous n'avez encore rien vu... Je suis loin d'être innocent, rétorqua-t-il en le fixant avec mutinerie.
Tolia ne peut contenir un sourire. Il était minuscule, faible, et à peine osé, mais il éclaira la pièce davantage que tous les néons qui s'y trouvaient.
-Vous semblez connaître beaucoup de choses sur notre peuple... Qui êtes-vous ?
-Un ami, fit-il doucement en lui rendant son sourire. Et je pense que c'est ce dont vous avez besoin en cet instant. Quelqu'un pour vous aider, ajouta-t-il alors que les mots du Docteur lui revenaient à l'esprit.
Le Docteur. Il lui semblait si loin en cet instant. Les heures passées à bord du TARDIS lui apparaissaient irréelles alors qu'il se débattait dans cet enfer. Seuls lui restaient à l'esprit des yeux aussi bleus que l'univers et une jeune blonde au sourire plus blanc que la neige. Son cœur se serra à ce souvenir : est-ce qu'il les reverrait un jour ? Il les avait quittés hier, ou était-ce ce matin ? Et pourtant, il avait la sensation que c'était il y a des mois.
-Je suis à la recherche d'une autre Catio, avoua-t-il soudain. Une adolescente, qui s'appelle Taya. Elle n'a pas fini sa transformation, ses yeux sont toujours bleu marine. La dernière fois qu'elle a été vue, elle avait la peau bleu ciel et de longs cheveux noirs. J'ai promis à son frère de la ramener... Il secoua la tête. Peu importe. Vous êtes épuisées, ce n'est pas le moment d'en parler. Reposez-vous... Dormez, vous en avez besoin. Surtout toi, commenta-t-il en regardant Mar'y, tendant instinctivement la main vers sa joue avant de se figer. Pardon.
À sa grande surprise, celle-ci saisit sa main avant d'en embrasser doucement la paume. Jack ferma les yeux, assailli par des dizaines d'émotions qui n'étaient pas les siennes. Ses doigts retournèrent caresser sa joue, en même temps qu'il se penchait pour embrasser son front.
-Dors, ordonna-t-il gentiment. Tu ne sais pas ce que tu fais.
Il la guida jusqu'au centre du lit, et s'assura qu'elle était confortablement installée avant de remonter la couverture jusqu'à son cou. La jeune femme s'endormit immédiatement, sa respiration profonde résonnant dans la pièce. Les doigts de Jack s'attardèrent sur ses boucles, devenues vertes foncées.
-C'est sa vraie couleur de cheveux, murmura sa sœur, surprise. Il faut qu'elle se sente vraiment en confiance pour agir ainsi.
-Tu ne peux pas en être certaine ? interrogea Jack, dont le cœur avait fait un bond devant la remarque.
La jeune Catio secoua tristement la tête.
-Notre lien est rompu.. Je l'ai fermé par sécurité. Je ne l'entends plus.
-Cela risque de te rendre folle, murmura-t-il, bouleversé. Rouvre-le... même juste pour la nuit.
-Je ne peux pas.. Je ne veux pas qu'elle voit...
Sa voix se brisa.
-Tu peux choisir ce que tu veux lui montrer... Tu fais partie des plus puissants... Tu es plus résiliente, chuchota Jack en l'entourant de ses bras.
Elle blottit son visage dans son cou.
-Pourquoi est-ce que je vous fais ainsi confiance ? Murmura-t-elle. Pourquoi je... je ressens tout cela ? Toutes ces.. choses.. Je ne vous connais pas..
-Ce ne serait pas la première fois qu'une jeune fille en détresse tombe amoureuse de son sauveur, sourit Jack, s'attirant une tape sur le bras. Par contre, elle n'a pas l'habitude de le frapper, d'habitude, rit-il.
-Tais-toi et embrasse-moi, grogna-t-elle en se rapprochant dangereusement, mais il la stoppa en saisissant son visage en coupe.
-Non... Tu n'es pas toi-même toi non plus... Tu es choquée, et perdue... Tu verras les choses très différemment demain, et je me détesterais de profiter de ta faiblesse... votre faiblesse, corrigea-t-il avant de la pousser à son tour vers un oreiller. Dors. Nous parlerons demain.
