Sur le chemin du retour, Éric croisa son frère, Gary, assis tous seul sur un banc.

Éric : Gary ? Que fais-tu ici ? Est-ce que tout va bien ?

Gary : oui ça va. J'avais besoin d'être seul un moment pour faire le point.

Éric : tu n'as rien à te reprocher.

Gary : détrompe-toi Éric ! J'aurai dû être plus attentif !

Éric : attentif à quoi ?

Gary : tu sais, depuis aussi longtemps que je m'en souvienne, je ressentais un manque au fond de moi. J'aurai dû me poser les bonnes questions. J'aurai dû en parlait avec nos parents, et peut-être qu'ils auraient fini par m'en dire la raison.

Éric curieux : quel genre de manque ?

Gary : j'avais besoin de solitude étant jeune. Avec les années, ça se traduisait par un manque de confiance en moi. Je n'osais pas faire tel ou tel chose sans l'accord de quelqu'un, comme ci, inconsciemment, j'attendais ton approbation.

Éric : j'ai eu l'effet inverse. J'avais tous le temps besoin d'avoir du monde autour de moi. Je me sentais terriblement mal lorsque j'étais seul. Je me sentais abandonné.

Gary : comme si chacun avait fait un transfert sur l'autre.

Éric hocha la tête : je me souviens, lors de mon onzième année, d'avoir souffert de la phobie des voitures. Elle s'est arrêtée du jour au lendemain et les spécialistes n'ont jamais su d'où venait le problème. C'était l'année où tu as failli mourir en passant sous une voiture ?

Gary hocha la tête: et moi, j'ai eu une seule et unique crise d'asthme. C'était lors de mon seizième anniversaire.

Éric troublé: je ne vois pas ce que tu veux dire

Gary regarda son frère dans les yeux : les médecins ont dû me réanimer parce que je suffoquai. J'ai su, il y a quelques heures, qu'à des milliers de kilomètre de moi, mon frère jumeau, lui aussi luttait contre la mort. Qu'est ce qui t'a poussé à faire ça Éric ?

Éric : je ne veux pas en parler…

Gary : tu sais, il n'y a aucune honte Éric. Je veux juste comprendre ce qui t'es arrivé. Maman et papa aussi veulent savoir ce qui t'es arrivé.

Éric : qu'est-ce que ça changerai ?

Gary : rien à part soulager la conscience de chacun de nous. Tu es comme moi Éric, tu fais le dure devant tout le monde mais on fond de toi tu souffres. Je ressens ta détresse, comme tu ressens la mienne. Tu m'as demandé si j'étais d'accord pour que l'on essaye d'être frère, tu t'en souviens ?

Éric : bien sûr mais…

Gary : de quoi as-tu peur ? dit moi ?

Éric : c'est compliqué d'expliquer à son père biologique la relation que j'avais avec mon père de cœur. D'avoue combien je l'ai aimé et considéré comme mon vrai père. C'est compliqué d'expliquer à sa mère biologique combien elle vous a manqué, face à cette femme qui n'a jamais su m'aimer comme une mère. Je ne peux pas leurs faire cela ! Je ne peux pas !

Gary prit dans ses bras son frère chamboulé et au bord des larmes. Éric continua à expliquer à son frère, combien de fois il avait voulu entamer les démarches mais qu'il était mort de trouille de leur faire face. Parce qu'il avait peur qu'ils le rejettent en apprenant qu'il avait été élevé par d'autres personnes. En apprenant qu'il n'était plus leurs petits garçons, mais un homme.

Gary : tu sais qu'ils ont les mêmes inquiétudes que toi ?

Éric : explique.

Gary : ils m'ont confié leurs inquiétudes de ta réaction vis-à-vis de moi. Ils ont peur que tu sois jaloux de moi.

Éric : jaloux de toi ? Mais pourquoi ?

Gary : jaloux de ce qu'ils m'ont offert, jaloux de ma relation avec eux, jaloux de l'enfance que j'ai eu.

Éric : c'est ridicule !

Gary : pas aussi ridicule que tes propres pensées.

Éric : j'avoue. Je n'avais jamais pensé à cela et pourtant…

Gary : nous sommes tous à nous reprocher des choses, chacun de notre côté. Maintenant ça serait bien que l'on puisse en discuter tous ensemble pour enfin aller de l'avant.

Éric : tu crois qu'ils sont encore chez moi ?

Gary : tu crois sincèrement que nos parents seraient repartis en laissant leurs deux enfants bouleverser dans les rues de Dillon ?

Éric : je me suis montré odieux avec eux tous à l'heure.

Gary : et moi donc. Ne te fait aucun soucis, Lois et Bernie ont la tête dur et ils sont légèrement envahissant. Crois-moi, tu n'es pas prêt de les voir partir.

Éric sourit : parle-moi d'eux, tu veux bien.

Gary : Bernie est un grand gamin dans sa tête, ce qui peut facilement agacé mais il vous redonne le sourire en tout circonstance. On peut toujours compter sur lui. Il est un père aimant et adorable. Je me souviens que tous mes copains étaient jaloux de moi car mon père m'apprenait des choses, vraiment pas très important quand on n'y pense, mais il était là, pour moi. Lois, c'est le caractère opposé, une femme avec du caractère. Elle voulait toujours ce qu'il y a de meilleur pour moi, quitte à en faire beaucoup trop. Une mère quelque peu envahissante mais adorable, et toujours disponible pour aider les autres.

Éric : de qui tu retiens le plus ?

Gary : j'étais plus comme mon père jusqu'à mon divorce et la venue du journal m'a forgé un peu le caractère.

Éric : tu es divorcé ?

Gary : je me suis marié assez jeune avec une femme que j'avais rencontré sur les bancs de l'école. Elle souhaitait continuer ses études de droits, alors j'ai dû prendre un job de courtier en bourse pour le lui payer. Très vite, on n'avait plus trop de temps ensemble et nos centres d'intérêt ont changés. Je suis restais marié 3 ans avec elle.

Éric : et maintenant ? Je veux dire, tu as une relation ? Marissa c'est ça ?

Gary : non Marissa n'est pas ma petite amie. C'est ma meilleure amie et ma sœur spirituelle on peut dire. C'est également mon associé au bar.

Éric : mais, tu n'avais pas une copine l'année passée ? Une belle brune ?

Gary : Toni ? Oui et non. Notre relation est quelque peu complexe si l'on peut dire. Avec le journal, c'est difficile de se projeter avec une personne. J'ai déjà connu un échec amoureux à cause du journal, alors je n'ose pas remettre ça avec Toni. Je me prends plus la tête. On vit au jour le jour avec elle et cela me va pour le moment. Et toi ? Raconte-moi un peu ta vie sentimentale.

Éric : avec Tami ça va faire 22 ans en juillet que nous sommes mariés. Mon seul et unique amour tu vois.

Gary : félicitation! Tami a l'air d'être une très bonne personne, très ouvert. Elle t'aime énormément, ça ce vois comme le nez au milieu de la figure.

Éric : je l'aime énormément aussi. Elle est vraiment remarquable comme femme.

Gary : nos parents l'adorent déjà.

Éric : c'est une qualité que je lui envie.

Gary : de se faire apprécier des gens ?

Éric : oui. Avec mon travail c'est difficile de se faire apprécier à long terme. Tout dépend du résultat des matchs.

Gary : dit moi Éric, comment t'es venus l'envie d'être coach sportif ?

Éric : étant du Texas, j'ai grandi dans le milieu du football américain, et mon père adoptif a joué en NFL 3 saisons. J'ai suivi ses pas. J'ai intégré la prestigieuse TMU mais à la fin de ma première année, je me suis blessé gravement à l'épaule et mes espoirs de carrière anéanti. Mon coach à la TMU m'a conseillé de poursuivre dans une carrière de coach assistant car j'avais cette envie de transmettre ma passion et surtout la capacité de le faire. J'ai donc suivi son conseil et me voilà coach chef de la très renommé équipe lycéen du Texas.

Gary : ton père adoptif n'a pas été trop déçu de ne pas te voir jouer en NFL ?

Éric : un peu si mais, avec du recul, il s'en n'est réjoui. C'est un monde cruel le football, comme tout sport j'imagine. Il m'a toujours soutenu dans mes choix quoi qu'il en pense.

Gary : ça devait être quelqu'un de bien.

Éric : plus que tu ne peux l'imaginer. Sans lui, je ne serai pas l'homme que je suis aujourd'hui, et je ne serai surement pas ici pour te le dire. C'est lui qui m'a sauvé la vie à 16ans et il m'a ramené à la vie après ça. Il m'a aidé à me reconstruire et ça, je lui en serai éternellement reconnaissant.

Gary : tu sais Éric, mon père ne t'obligera jamais à choisir, ni à l'oublier. Ne te fait aucun souci dessus.

Éric : je suis tellement soulagé que tu ne m'es pas rejeté.

Gary : et moi donc. J'avais si peur de te parler du journal.

Éric : si je peux t'aider avec ton journal, sache que je serai toujours disponible pour toi.

Gary : je ne sais même pas si je vais continuer à prendre soin du journal de demain. Je ne reçois plus la visite du chat depuis que je suis ici. Il n'est pas venu non plus au Mc Ginty's, ni a aucune autre personne que je connais. Ce n'est jamais arrivé avant.

Éric : tu as surement accompli ta mission.

Gary : peut-être. Le journal est tellement bizarre. Je ne sais plus vraiment quoi penser de tous cela.

Éric : comment te sentirai-tu si le journal ne venait plus à toi ?

Gary : j'ai passé des années à le souhaiter car j'étais convaincu qu'il ruiné ma vie social. Aujourd'hui, je ne ressens plus du tout de l'amertume. Il m'a fait rencontrer des personnes qui sont cher à mon cœur. Grâce au journal, j'ai pu sauver, et acquérir le Mc Ginty's. J'ai rencontré Toni grâce au journal. Et surtout, j'ai un frère aujourd'hui. Alors, oui, ce journal m'a pourri la vie par moment, il m'a exigé beaucoup de sacrifice depuis 10 ans mais le résultat en valait vraiment la peine. Est-ce que je serai triste ? Je ne le pense pas, maintenant que je t'ai, toi, dans ma vie.

Éric : je pense que nous avons encore beaucoup de chose à nous raconter. Et toute la vie devant nous pour le faire.

Éric et Gary discutèrent encore un long moment de leurs souvenirs avant de rentrer au domicile Taylor, au petit matin.