— Neuf Bis —

France, Paris,

Mai 19XX

Mycroft: 23 ans

Paris en mai, Paris fleurie, Paris en liesse dans le tumulte des touristes émerveillés et des locaux pressés, toujours pressés. Daiyu avait attaché ses longs cheveux noirs en une simple queue de cheval. Son short en jean portait quelques tâches de sauces ketchup. Elle prenait la ville en photo, essayant son dernier jouet en argentine. Ses baskets salies par la poussière des promenades du Grand Palais frottaient le sol parsemé de cailloux.

Que fait-elle? demandait Aden Banaart qui était venu leur rendre visite.

Que fais-tu ici, en Europe? Tu étais sensé rencontrer ton avocat sur cette histoire de détournement de fonds dans ta boîte, répondit Kalyn soupesant les nombreux sacs de livres de langue qu'elle venait d'acquérir.

Oh, juste rendre visite aux habituels. Hé Merry! N'oublie pas d'appeler le vieux, il s'ennuie dans ses collines à l'ombre des feuillages froufroutants... cria Aden.

Aden! La littérature n'est pas une tare... intervint William avant de prendre Mycroft dans ses bras.

Un jour, j'achèterai Dior, murmurait Kalyn en levant les yeux vers les affiches de l'exposition sur la maison de luxe française actuellement en visite libre au Grand Palais.

Mouais, mais j'ai mieux que ça! Un jour, je contrôlerai toute l'économie américaine et ferai d'Amelia une soeur non bavarde, lâcha Aden avant de remettre ses lunettes de soleil.

Mycroft s'était approché de Merry, ignorant les rêves éveillés de ses jeunes amis. Ils n'avaient même pas trente ans et la vie devant eux... Du moins, ce que la vie d'agent pouvait leur offrir.

Parfois, j'envie ces gens simples qui se pressent dans la station Havre-Caumartin pour attraper leur métro, un croissant entre les dents, veste de costume en coton froissée, cheveux aux vents, une trace du rouge à lèvre de leur épouse sur le col. Il sont stressés, inquiets pour le futur et se demandent comment payer leurs impôts, obtenir leur prêt immobilier et régler cette dispute entre deux de leurs meilleurs clients sans perdre un sou et leur réputation... murmura la jeune fille qui s'était arrêtée de tournoyer pour observer un homme héler un taxi, un sandwich dans une main, la serviette dans l'autre. Il semblait être important et bien gagner sa vie. Il était normal.

Mycroft ne put que comprendre ce qu'elle sous-entendait.

Nous avons choisi notre vie, répondit-il calmement.

Merry se tourna vers lui et leva les yeux en sa direction. L'A Oméga déplia le journal qu'il tenait entre les mains et lut à haute voix quelques nouvelles internationales intéressantes.

Un jour, tu seras un politicien aguerri et feras avancer le monde. Tu auras abandonné ton poste à la SSA et t'occuperas de tes enfants le soir, après des journées bien chargées. Ton monde se résumera à ton frère, ta famille, ton époux et ton travail. Tu passeras le reste de ton temps libre à lire et dans des galas diplomatiques. Et moi, je serais de retour au bercail, avec obligation de faire des gosses, occupée à gouverner, avec l'aide de trois cent conseillers jamais d'accord, un bout de terre perdu entre la Chine et l'océan. Nous aurons des cheveux grisonnants, de belles voitures, des feuilles d'impôts bien remplies, des gosses à surveiller et des maisons à refaire... continuait-elle dans une voix faible.

Peut-être bien que oui. Qui sait ce que la vie nous réserve? Il y a encore quelques années, je pensais continuer mes études avec des amis opportunistes avant de finir travailler dans une bonne entreprise ou pour le gouvernement britannique. Aujourd'hui, je me rends compte que j'ai de vrais amis, un peu fous, mais inestimables et un but dans la vie, du moins, pour les prochaines quelques années. Et j'ai toi, Daiyu... répondit Mycroft avant de prendre la main de sa meilleure amie et l'embrasser tendrement.

*xXx*

Thaïlande, Phuket

14 février

Jour 62

Vingt ans plus tard, Mycroft Holmes se faisait embrasser par un alpha à l'haleine parfumée au goût de chewing-gum à la menthe, baron de la drogue. Sa nouvelle protégée, Kim Yi Na, lui servait de garde du corps à seulement dix-huit ans et leur amie commune Alice Imogen se trémoussait en tenue d'Eve et tatouages dissimulés sous un pot de maquillage de scène autour d'une barre de strip-tease. Ils étaient toujours agents.

Il n'était pas employé d'une entreprise avec feuilles d'impôts bien remplies, époux et flopée de gosses.

Kalyn Keller avait racheté Dior, Louis Vuitton et presque toutes les autres entreprises de luxe dans le monde à seulement trente ans. Aujourd'hui, elle avait pour projet de racheter les plus grandes banques et maisons d'enchères.

Aden Banaart pouvait faire crouler l'économie américaine en raison de ses actifs détenus dans la télécommunication, l'armement et surtout... la grande distribution, pratiquement seule fournisseur de denrées alimentaires. Sa soeur, Amelia, était moins bavarde car première ministre.

Daiyu Li s'était échappée de son destin d'impératrice... mais l'a payé de sa vie.

Mais chose étrange, son monde se résumait à son travail, son frère, sa famille restante formée par ses meilleurs amis. Son époux inexistant était remplacé par le magnifique A Alpha attablé non loin d'eux, cheveux grisonnants, mine robuste et bouille de garçon. Il n'avait pas prévu de le revoir avant un certain temps. Il pensait que seul Aden devait les rejoindre mais Alice avait fait des siennes comme toujours.

Sherlock, John, Aden et... Gregory étaient tous présents.

Et Mycroft se faisait embrasser de force pour un semblant de paix dans le monde et sauver leur ami Ethan Miller au passé plus que douteux.