Chapitre 10

Gokû avait eu du mal à s'endormir. Il réfléchissait à l'urgence de se débarrasser de Bulma et à trouver un moyen de quitter tranquillement le quartier général des Saïyens.

Végéta l'empêchait de faire ces deux choses.

L'accès au laboratoire était devenu impossible, et Gokû commençait à étudier sérieusement une façon plus vicieuse d'atteindre sa cible. Du poison ou un sous-fifre. Aucune de ces deux options ne lui plaisaient réellement mais il commençait à réaliser qu'il n'aurait pas le choix si il ne voulait pas que Bulma finisse par compromettre ses plans avec sa langue trop pendue.

Mais Végéta était malin. Il avait senti qu'il était de son intérêt de le tenir à distance de Bulma. Et il ne voulait pas laisser Gokû aller à sa guise sur la planète. Où je suis, tu restes.

Ca faisait dix jours que les Saïyens étaient arrivés sur la planète. Dix jours qu'il avait pris sa décision. Il ne supportait pas sa race; il n'aurait jamais sa place dans l'ombre du prince, ni nulle part parmi ce peuple. La petite troupe de soldats importés de Végitasei avait mis tout juste une semaine à chasser et réunir les quelques survivants que Gokû avait laissés disséminés sur la planète.

Ils avaient été triés en fonction de leur utilité et une partie avait déjà été envoyée sur Végitasei. Il s'était personnellement arrangé pour que Bulma reste. Ca avait été un mauvais calcul, mais il avait préféré la garder sous la main. Il n'avait pas pensé qu'elle approcherait Végéta de si près. S'il n'avait pas gaffé, le premier jour…

Les mouvements de va et vient dans le couloir le sortirent de la somnolence dans laquelle sa réflexion avait fini par le plonger.

Il écouta les bruits qui lui parvenaient. Les bribes de conversation l'intriguèrent. Il sauta sur ses pieds et s'approcha silencieusement de la porte. En recoupant les paroles qui provenaient de l'extérieur, il comprit que Freezer était la cause de cette agitation nocturne. Il entrouvrit la porte et vit passer quelques officiers mal réveillés, en train d'ajuster leurs armures précipitamment.

Il referma la porte. Cette désorganisation des troupes était peut-être une chance à saisir. Il s'habilla en hâte et sortit.

Il rasa les murs mais personne ne faisait attention à sa présence. En laissant traîner ses oreilles, il réussit à cerner la cause exacte de la panique. Freezer avait appris que Végéta avait quitté Végitasei et avait envoyé des troupes à sa recherche. Le château ressemblait à une petite fourmilière dans laquelle on aurait mis un coup de pied.

Gokû n'eut aucun mal à atteindre le laboratoire. La sentinelle, appelée à des tâches plus cruciales, avait quitté son poste.

Il pénétra dans la pièce et alluma la lumière. Il eut la surprise de découvrir le matelas vide. Il fronça les sourcils et ramassa la couverture. Elle était à peine tiède de la chaleur corporelle de Bulma.

Saleté. Tu t'es quand même pas enfuie ?

Il quitta rageusement la pièce. Il n'avait pas le temps de la chercher. Avec un peu de chance, elle se ferait tuer sans son aide. Il allait devoir faire autrement et prendre des risques. De toute façon l'inaction de ces derniers jours commençait à lui taper sur le système.

Il regagna sa chambre et ouvrit la fenêtre. La pluie battante le gifla aussitôt. Il détourna la tête pour éviter de faire face au vent pour sauter sur la corniche qui courait le long du mur extérieur. Il s'avança jusqu'à la balconnière de pierre un peu plus loin et plongea sa main dans la terre.

C'était devenu une vraie bouillasse. Il fouilla un peu et trouva le paquet qu'il y avait déposé quelques jours auparavant.

Il regagna l'intérieur et déplia le tissu avec précaution. Le radar semblait intact, quoiqu'un peu humide. Il avait bien fait de le cacher. Végéta avait fait fouiller sa chambre pendant qu'il était à l'infirmerie.

Il alluma l'appareil avec angoisse, après l'avoir soigneusement essuyé. Une petite lumière éclaira faiblement l'écran. Un sentiment de soulagement l'envahit, aussitôt muselé par l'extinction du radar.

Merde…

Il le secoua un peu mais l'écran restait désormais obstinément obscur. Il soupira rageusement. Il le plaça dans son armure et retourna à la fenêtre.

Il faisait nuit noire. Il resta un instant accroupi sur le rebord pour essayer de détecter les ki de soldat qui aurait pu repérer son envol.

Subitement, son esprit fut frappé par quelque chose de vraiment anormal. Il sentait Végéta. Mais non pas dans le château avec ses officiers, mais seul, à l'extérieur, déjà loin, et qui s'éloignait encore.

Gokû fronça les sourcils. Il s'envola aussitôt dans sa direction.

Quand il s'était trouvé en vue de l'aéronef, le soleil commençait à se lever. Il le suivit un moment discrètement avant de ressentir, très faible, la présence de Bulma. Il ne comprenait pas ce qu'elle faisait là. Il ne comprenait pas pourquoi Végéta avait quitté le château en pleine alerte. Il ne voyait qu'un scénario possible et il ne lui plaisait pas du tout.

Elle a parlé. Il sait pour le radar. Il lui a demandé d'en fabriquer un et ils sont partis chercher les boules.

Il sentit la colère monter en lui. Il avait été à deux doigts de lui régler son compte. Il avait échoué et elle risquait de ruiner ses plans. Si Végéta se mettait à la recherche des boules, tout serait extrêmement plus compliqué.

Il sortit son radar et réessaya de l'allumer. En vain.

A cet instant, le vaisseau se posa dans une plaine. Gokû décida de rester en retrait et atterrit sur une petite falaise qui culminait sur la prairie et lui permettait de guetter tout mouvement.

Il tripotait son radar en réévaluant son plan d'action. Finalement, il aurait besoin de Bulma pour réparer le radar, ou en fabriquer un autre. Et Végéta ne savait pas repérer les présences sans son stupide monocle.

Au bout d'un moment, la porte du vaisseau s'ouvrit. Végéta en sortit et s'envola. Gokû hésita un instant, avait-il tué Bulma pour partir chercher les boules avec le radar qu'elle lui aurait fabriqué ? Ou la situation se présentait-elle différemment ? Il sentait l'aura vital de Bulma dans le vaisseau. Il décida finalement d'aller voir s'il pouvait en tirer quelque chose. Il serait toujours temps de rattraper Végéta qu'il pouvait détecter à des kilomètres à la ronde.

Il vola jusqu'à l'entrée du vaisseau. Tout était silencieux. Il pénétra dans le cockpit et constata qu'il était vide. Il fit un tour d'inspection et eut la satisfaction de trouver le monocle de Végéta posé dans un coin. T'es bien sûr de toi, Altesse. Il le réduisit en miettes d'une main.

Il continua son exploration à l'arrière de l'appareil. Il découvrit Bulma endormie sur une couchette. L'un de ses poignets était relié au montant du lit par des menottes. Il a encore besoin d'elle donc il n'a pas de radar. Ca se présente bien.

Il la secoua. Elle entrouvrit ses yeux qui s'écarquillèrent, dès qu'elle le reconnut. Elle se recroquevilla en criant, affolée de découvrir par la même occasion qu'elle était menottée au lit.

- Tais-toi ! Tais-toi, bordel ! Je vais pas te toucher ! ordonna t-il.

Elle se calma un peu quand il posa sa main sur son bras en signe de paix, sans lui faire de mal.

- Qu'est-ce que tu fais là ? souffla t-elle , sur ses gardes.

- Je suis ton ami. Je viens te libérer, dit-il en souriant.

- Va te faire, Gokû ! J'ai plus d'amis, tu les a tous tués ! marmonna t-elle.

- Comme tu es négative ! répliqua t-il avec amusement en arrachant les menottes. Viens, on y va.

Comme il s'éloignait, elle ne bougeait pas. Il se retourna et croisa les bras.

- Tu vas pas rester avec lui ? Il va finir par te violer, tu sais. T'as pas vu comment il te regarde ? lança t-il.

- Et toi, tu vas pas finir par me tuer ? Tes coups de pression, tu te les gardes, Gokû.

Il pencha la tête.

- Tu m'en veux pour le coup au labo, hein ? Réfléchis bien. Ne vaut-il pas mieux un danger connu qu'un danger inconnu ? Ne me force pas à t'assomer, lui lança t-il.

Elle le regarda avec méfiance. Il n'avait pas tout à fait tort. Elle ne se leurrait pas. Gokû avait besoin d'elle soudainement, il ne la tuerait pas si ce n'était pas nécessaire. Tandis que Végéta avait besoin d'elle pour l'instant et la tuerait à coup sûr quand ce ne serait plus le cas. Par ailleurs, elle connaissait mieux la façon de fonctionner de Gokû alors que Végéta était carrément imprévisible et caractériel.

Elle se leva, prit son sac d'outils et le suivit.

- Grouille-toi, Bulma. Il va revenir. Je ne veux pas qu'il comprenne trop de choses.

Il la saisit par la taille et s'envola vers une forêt à proximité.

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