Chapitre X :
Bellamy voulut s'approcher d'avantage, il resserra ses mains autour d'elle mais la jeune femme resta statique. Ses yeux azurés le transperçaient comme une lame, il sentait la moiteur de ses mains augmenter au fur et mesure que les secondes s'écoulaient. Il osa, finalement, parcourir les derniers centimètres et frôla ses lèvres au moment où Clarke se dégagea de son étreinte.
Elle eut un mince sourire avant de rentrer, la jeune femme essaya tant bien que mal de se contenir mais elle sentit ses joues brûler, son cœur battre la chamade et tous ses membres trembler. Elle remarqua le regard de Lincoln et de l'autre homme quand elle entra dans la pièce mais ne s'en préoccupa guère, où du moins fit mine de ne pas s'en préoccuper. Clarke se dirigea vers la chambre pour voir l'état de sa patiente, elle était toujours endormie mais sa température avait drastiquement baissé. Bellamy entra dans la pièce principale et appela Clarke à faire de même, la jeune femme s'exécuta avec appréhension, les trois hommes l'attendaient devant le feu. Elle eut l'impression d'être devant un tribunal, une pensée lui traversa l'esprit, était-ce à cause de ce qu'il venait se passer entre elle et Bellamy ? Elle trouva ses réflexions ridicules et très puériles mais malgré cela, elles restèrent bloquées dans son esprit.
«Comment va-t-elle ?» Demanda le jeune Capitaine, ne semblant pas perturbé par ce qu'il venait d'arriver entre eux.
« Mieux. Elle devrait se réveiller dans une heure ou deux.»
« Nous allons rester ici jusqu'à son réveil, après nous partirons, Jenkin et moi. Lincoln restera là au cas où vous auriez d'autres visites indésirables. »
Clarke acquiesça et repartit au chevet de sa patiente. Pendant ce temps là, Bellamy et les autres étaient partis dehors pour s'occuper des cadavres qui gisaient au fond du jardin. Ils rentrèrent, tous les trois en sueur, la jeune femme leur apporta des grandes jars d'eau. Sa mains effleura celle de Bellamy quand elle lui tendit le rafraîchissement, leur regards se croisèrent pendant une fraction de seconde, la jeune femme voulut se jeter de nouveau dans ses bras, rattrapant l'erreur qu'elle avait faite en partant mais elle retenut ses envies et ses désirs pour laisser place à une austérité déconcertante.
Comme venus d'un autre monde, des gémissements retentirent dans la pièce d'à côté. Tous accoururent et s'approchèrent d'Octavia, son frère se jeta à son chevet et pris sa main dans la sienne. Lincoln se tenait juste à côté de lui quant aux autres, Clarke et Jenkin, restèrent dans le fond de la pièce, spectateurs de cette scène. La jeune femme peina à ouvrir les yeux mais réussit à articuler très clairement ces mots :
« Bordel... Qu'est ce qu'il s'est passé ? »
« Tu nous as fait une grosse frayeur. »Dit Bellamy d'une voix incroyablement douce.
Elle commença à se redresser mais son mouvement fut très vite arrêté par Bellamy qui la recoucha sur le champ.
« Ne bouges pas. Tu n'es pas encore complètement guérie. » Rétorqua Clarke du fond de la pièce.
« C'est vrai...Les...les hommes...» Elle s'interrompit en posant ses yeux sur Lincoln mais reprit de plus belle. « Tu vas bien ? » Demanda-t-elle en se tournant vers celle qui l'avait soignée.
«Oui, tout va bien.»
«Reposes toi, tu en as besoin. » Somma Bellamy en se levant.
Il fit un signe de tête à Lincoln et tous repartirent de la pièce. Jenkin rassembla toutes leurs affaires et sortit rejoindre les chevaux.
Bellamy prit Clarke à part pour lui parler.
« Je suis désolé mais je ne peux pas rester. De nombreuses affaires m'attendent sur le navire mais une fois finies, je reviendrai. Promis. » Dit-il d'un ton grave, en serrant les mains de la jeune fille.
Clarke s'approcha de lui et déposa un baiser sur sa joue. Le jeune homme fut surprit de cette réaction mais apprécia pleinement ce contact. Bellamy partit, quelques secondes plus tard, le bruit des sabots des chevaux s'éloignèrent. Lincoln était toujours devant la cheminé, il les avait observés tout ce temps.
« Nous devrions aller nous coucher. » Conseilla Clarke.
« Allez y. Je montes la garde. » Rétorqua-t-il.
La jeune femme se dirigea en silence vers sa chambre et se coucha, exténuée de cette journée, elle eut une dernière pensée pour le jeune pirate avant de s'endormir profondément.
Bellamy, en rentrant en ville, s'était arrêté à la Rose d'Or, le bordel du coin. Après une journée comme celle-ci, il avait grand besoin d'un verre avant de retourner directement sur l'Argos, ce qu'avait déjà fait Jenkin. Alors qu'il était tranquillement assis, buvant son verre de rhum dans un recoin de la pièce, une jeune créature s'approcha de lui. Elle était vêtue simplement d'étoffes grises perles qui laissaient apparaître très clairement sa douce peau légèrement rosée. Ses poignets, ses chevilles, ses doigts, son cou étaient ornés d'innombrable bijoux en métal et pierres précieux. Ses long cheveux ondulés étaient constitués de fils d'or qui tranchaient avec ses yeux saphirs. Elle s'assit sur les genoux du jeune homme, posant son bras autour de ses épaules.
« Je m'appelle Anne-lise et toi, mon grand, tu es ... » Dit-elle en plongeant sa main dans ses boucles noirs.
« Pas intéressé mais merci. » Répondit-il en lui saisissant la main pour la retirer.
« Pas intéressé ? Ce n'est pas bien de mentir. J'ai vu comment tu m'as regardé et je ne serais pas douée dans ma profession si je ne savais pas ce que ce regard signifiait. »
« Vous ressemblez à quelqu'un. Je suis désolé, je vous fait perdre votre temps. »
« Quel est le prénom de cette personne ? »
« Clarke. »
« Je pourrais être cette Clarke, si vous voulez. » Lui chuchota-t-elle à l'oreille.
Elle se leva et lui prit les mains pour l'amener à l'étage. Moins d'une demi-heure plus tard, Bellamy déposait quelques pièces sur la table de chevet, à côté du lit où se trouvait la jeune femme dévêtue, où seul un drap cachant son intimité.
« Qui est cette Clarke ? Pourquoi tu es ici avec moi et pas avec elle ? »
« Je sais ce que tu essayes de faire mais si ça ne te dérange pas, je préfère garder mes secrets pour moi. »Rétorqua Bellamy en passant la pas de la porte.
En descendant les escaliers, le jeune homme bouscula quelqu'un, sans voir son visage, trop perdu dans ses pensées et sa culpabilité. Il ne s'était pas rendu compte que l'homme en question était Marcus Kane.
« Bellamy ? » Demanda-t-il surprit de sa présence.
« Marcus ! Que faites vous là ? » Dit-il dérouté.
« Je suis venu récolter ce qu'il m'appartient. Et vous, vous sortez de la suite d'Anne-lise si je ne m'abuse. Je vois que nous avons le même goût en matière de femme... Je trouves qu'elle et Mademoiselle Clarke ont des traits communs, vous ne trouvez pas ? »
« Oui...possible. A propos de cela, avez vous des nouvelles du messager ? »
« Non, je ne penses pas qu'il est déjà donné la lettre à Lord Griffin. Pourquoi êtes-vous si impatient ? »
« Plus vite la lettre arrivera à destination, plus vite Mademoiselle Clarke partira et plus vite je serais payé. »
« Si j'étais vous, je profiterais qu'elle soit là pour faire... connaissance. » Rétorqua-t-il en riant grassement.
Le jeune homme lui répondit qu'avec un sourire et reprit. «Dites moi, vous n'auriez pas parlé à d'autres équipages à propos de Mademoiselle Clarke? »
« Bien sûr que non, je ne voudrais pas que cette jolie jeune fille soit abîmée et de plus, nous avons un marché. »
Bellamy hocha la tête et continua son chemin sans dire un mot de plus. Il se dirigea machinalement vers son navire, traversant les rues sans se préoccuper de ce qu'il se passait, sans sentir la saleté qui s'amassait au sol, sans voir les personnes ivres mortes gisant au sol, sans s'apercevoir des odeurs de vapeurs de rhum, sans entendre le brouhaha émanant des bâtiments, sans remarquer le goût salé de l'air. Le jeune homme était trop pensif pour se rendre compte de ce qu'il l'environnait. Il arriva sur le pont de l'Argos et vit quelques hommes jouer aux cartes, il s'approcha d'eux et leur donna des consignes. Bellamy alla dans sa cabine et fit appeler un des ses hommes, Jenkin.
« Nous devons absolument savoir qui a envoyé ces hommes ? Qui est au courant de la présence de Clarke sur Nassau ? Et comment il l'a su? Vas en ville, interroges tout le monde. Et surtout, sois discret. »
«Maintenant ? »
« Oui, maintenant. » Répondit Bellamy sèchement. Jenkin quitta la cabine, laissant le Capitaine de nouveau seul avec ses pensées.
Clarke était réveillée depuis déjà de nombreuses minutes, elle restait dans son lit, appréciant la douce lumière qui entrait par sa fenêtre et le silence environnant. Le jeune femme s'extirpa délicatement hors du lit, frottant ses yeux encore lourds de fatigue, même si cela faisait déjà plusieurs jours que l'attaque avait eu lieu et que Lincoln était là pour les protéger, Clarke avait du mal à dormir paisiblement. Elle s'habilla avant de quitter sa chambre pour rejoindre celle d'Octavia, elle aussi avait dû mal à se remettre de cette nuit-là. La jeune femme était encore endormie quand Clarke entra dans la pièce, elle la réveilla et lui changea son bandage.
« On va aller se promener, aujourd'hui. »
« Et qui va s'occuper du repas ? » Demanda difficilement Octavia.
« Je vais demander à Lincoln. »
Les deux jeunes femme s'habillèrent toutes les deux et partirent quelques temps plus tard, à pied vers le village. Elles marchèrent incroyablement lentement, au rythme de la blessée, il leur fallut presque une demi heure pour atteindre la premier maison du village qui devait se trouver ,tout au plus, à 500 mètres. Elles traversèrent le village et continuèrent leur marche sous le regard des passants.
« Qui est Lincoln ? » Demanda Clarke sans aucune raison.
Octavia fut très surprise par cette question mais après un moment dubitatif, elle répondit.
« Le quartier maître de l'Argos. Mon frère lui fait confiance. »
« Et pour toi, qui est-il ? » Ajouta-elle, amusée.
« Comment ça ? » Demanda-t-elle, choquée par ces propos.
« J'ai bien vu qu'il n'est pas seulement ça. »
« Je l'aime beaucoup, il a toujours été très gentil avec moi. »
« Bellamy est au courant ? »
« Non, je ne pense pas et je ne crois pas que cela soit une bonne idée de le mettre au courant, il peut, des fois, être très protecteur. »
« J'ai compris, je ne lui dirai rien. »
Clarke sourit à s'en déchirer les joues, ce moment lui rappela les longues discussions qu'elle avait avec Harper, au sujet des garçons, cela lui avait grandement manqué. Les deux femmes continuèrent de marcher, à travers les champs pendant encore quelques heures, Clarke voulut rentrer pour ménager Octavia mais celle ci ne voulait pas s'arrêter, elle était restée trop longtemps enfermée dans sa chambre. Elles tombèrent devant une immense propriété, perdue dans les pâturages. La maison s'élevait sur trois étages, sa façade était constituée d'énorme colonnes , le porche était si grand qu'on aurait presque pu mettre la chaumière des Blake dessous, les jardins étaient structurés par des arbres et des buissons taillés géométriquement.
« A qui appartient cette maison ? » Demanda Clarke.
« Marcus Kane. C'est lui qui fait tourner le commerce à Nassau. »
Octavia tira sur le bras de Clarke et les deux jeunes filles rebroussèrent chemin mais elles furent interceptées par un homme sur un cheval. Il leur barra la route et descendit de sa monture. Il était très grand, même à terre et était habillé d'une longue veste bleu marine. Cet homme devait avoir à peu près une quarantaine d'année, son visage était couvert d'une épaisse barbe poivre et sel.
« Je vous reconnais. » Commença l'homme. « Je suis un ami de Bellamy, venez avec moi prendre une tasse de thé. » Il s'approcha de Clarke, lui prit la main pour lui déposer un baiser avant de se présenter. « Je m'appelle Marcus. »
