Voici la suite tant attendue des aventures de Belle et Rumple. Ce chapitre est un peu spécial. Il rend hommage à la fic "Switch" de ma bêta Yrnette où Belle et Emma se retrouve dans le corps de l'autre. Vous allez aussi retrouver deux autres personnages de Once: le capitaine Killian Jones et Milah!

On approche doucement mais sûrement de la fin de cette fic.

Le rating est T.

Bonne lecture!


Chapitre 11

Au petit matin, les voyageurs arrivèrent au château du Duc qui sortait de la brume. L'édifice paraissait très sombre et menaçant. Les drapeaux beiges avec une énorme veuve noire effrayante flottaient le long des remparts et au sommet du donjon. Une horde de corbeaux tournoyait dans le ciel au-dessus des tours en croassant. Un frisson parcourut l'échine de Rumplestiltskin qui se demandait bien où il allait trouver le courage d'accomplir sa tâche. Il ressentit à nouveau la peur viscérale qui s'était emparée de lui lorsqu'il avait été traîné jusque sur le bûcher ou lorsque Hordor menaçait d'égorger son enfant. Une douleur naquit dans sa poitrine alors que les souvenirs de cette horrible journée défilaient dans son esprit.

- On peut sûrement entrer par les douves, supposa Baelfire, ce qui sortit Rumplestiltskin de ses pensées.

- Non, on entrera par la grande porte, répondit son père, le regard toujours rivé sur les drapeaux. Il nous faut encore un ingrédient avant de passer à l'acte.

- Tu sais où aller le chercher ?

- Oui. Et après, dit Rumplestiltskin en regardant Morraine et sa mère, il faudra trouver votre tante.

- On s'en occupe, répondit la mère.

- Ne lui dites rien, exigea-t-il. Je lui expliquerai notre plan. Je vous demande juste de pouvoir lui parler.

- Entendu. Allons en ville. Le marché ouvre bientôt et il faut que notre stand soit prêt.

Lorsque la foule commença à se masser au marché, la lourde grille en fer du château se leva dans un grincement à glacer le sang du plus stoïque des guerriers. Des chevaliers à cheval et des soldats à pieds, équipés de leurs armures et portant leurs armes sortirent en rythme sous le commandement du Duc Hordor qui montait fièrement son grand cheval noir. A ses côtés, se trouvait Belle, elle aussi apprêtée pour le combat sur un robuste cheval. Elle portait une cuirasse de cuir très épais et un corset en fer protégeait sa taille et ses seins. Ses cheveux noirs étaient tirés dans une queue de cheval qui se balançait en suivant les mouvements de sa monture. Sa cape couvrait son dos et tombait sur la croupe de son destrier. Les nouvelles couleurs du seigneur claquaient dans le vent comme si elles annonçaient une ère de ténèbres.

- Faites place au Duc et son armée ! hurla le crieur de la ville.

La foule se fendit, laissant un large passage pour ceux qui allaient affronter une des nombreuses menaces. Certains les encourageaient et d'autres étaient très inquiets. Il y avait même certaines femmes qui priaient pour leur assurer le succès. Mais personne ne lança de menace ou de parole négative à l'encontre du Duc, déjà surnommé le Duc Fou par certains. Tous tenaient trop précieusement à leur vie.

- C'est Belle ! lança Bae en la pointant du doigt.

Mais Rumplestiltskin lui saisit la main et la baissa.

- Chut ! Elle ne doit pas nous voir, murmura-t-il.

- Mais pourquoi ? Tu peux l'aider maintenant. Et la dague est juste là, répondit le jeune garçon en montrant le fourreau à la ceinture d'Hordor.

A voix très basse, son père lui expliqua qu'ils n'avaient aucune chance de réussir en s'attaquant directement à Hordor. Et surtout pas quand il était accompagné de toute son armée ! Ils allaient devoir attendre leur retour. L'avantage était qu'ils disposaient de plus de temps pour s'infiltrer dans le château et peaufiner leur plan.

Rumplestiltskin ne put s'empêcher de jeter un regard aux soldats qui marchaient droit en balançant leurs bras comme s'ils avaient été ensorcelés. Il constata qu'il n'y avait aucun enfant. Il serra les dents et de la rage naquit dans son ventre. Il ignorait quels ennemis ils allaient combattre, mais de savoir que sur les fronts du Nord et de l'Est des enfants se faisaient massacrés par des ogres le rendait malade. Il posa sa main sur l'épaule de son fils et se sentit chanceux.


En seulement une demi-journée, l'armée d'Hordor avait atteint le chantier naval de Gerloc. Le Duc arrêta son cheval sur une colline qui dominait toute la côte. Les crins de son fidèle destrier flottaient dans la brise qui venait de la mer. Une dizaine de vaisseaux étaient prêts à larguer les amarres. Les ponts étaient lustrés, les réserves de poudre et de boulets bien arrimées et des provisions stockées dans la cale. Belle le rejoignit et observa les soldats qui s'étaient transformés en fourmis, rejoindre les navires en rangs serrés.

- N'est-ce pas magnifique ? demanda-t-il en contemplant sa flotte.

- Magnifique, répondit-elle pour le satisfaire.

- Vous m'impressionnez, confia-t-il. Construite une flotte entière en si peu de temps.

Le Dark One était très puissant et pouvait presque tout faire. Cette flotte avait été créée de toute pièce en une seule nuit après une demande du seigneur. Elle avait protesté en disant qu'utiliser autant de magie en si peu de temps allait l'épuiser et que toute magie avait un prix, mais il avait balayé son argumentation de son rire moqueur. Il avait répondu qu'il ne craignait rien ni personne.

- Qui allons-nous affronter ? demanda-t-elle après un long silence.

- Les pirates des mers du Sud. Ces boucaniers ont mis la main sur un trésor inestimable.

- Ne serait-il pas plus judicieux de repousser les ogres ? demanda-t-elle.

Il lâcha un petit rire nerveux.

- Ma chère, tout est question de pouvoir. Quand j'aurai mis la main sur le trésor, tout le royaume sera à mes pieds.

- Vous avez déjà la dague du Dark One.

- Je veux plus de pouvoir.

- Des enfants meurent en ce moment-même, rappela-t-elle avec un goût amer dans la bouche.

- Ce ne sont que des fils de paysans. De toute façon, s'ils ne meurent pas au combat, ils seraient morts de faim ou de maladie avant leur vingtième printemps.

- Ce sont des êtres humains. N'avez-vous pas de cœur ?

- Et c'est le Dark One qui me dit ceci ? releva-t-il en éclatant de rire.

- Vous allez le payer très cher, avertit-elle. Le peuple va se retourner contre vous et votre trésor ne vous sauvera pas.

- On verra bien, rétorqua-t-il sans ciller. Monte à bord de la Veuve Noire. Je te rejoins.

Belle était à l'avant du plus grand navire de la flotte. Jamais de sa vie elle n'avait vu pareille arme de guerre. Les canons étaient dissimulés derrières des trappes des deux côtés sur les trois ponts inférieurs. Les soldats bien entraînés étaient prêts à saigner les pirates et rapporter le trésor tant convoité par sa Monstruosité. Elle se demandait bien ce qu'il cherchait. Ce ne pouvait pas être un simple coffre rempli de pièces d'or ou de joyaux. Non, il cherchait quelque chose de plus rare. Excalibur ? Le chapeau du sorcier ? Le Graal ? Le cristal olympien ? La baguette de la Fée Noire ?

- Tant d'interrogations, dit son guide de sa voix aiguë.

Il s'était confortablement installé sur le beaupré - le mât de proue très incliné - les jambes allongées. Il leva le menton afin de sentir le vent se glisser dans ses cheveux ondulés. Des goélands volaient entre les voiles et faisaient de temps à autre des piquées vers l'eau afin d'attraper un poisson. Dès que l'un d'eux avait réussi son coup, une poignée d'autres se mettaient à le pourchasser en criant dans les aigus.

- Je n'ai pas le choix. Il faut qu'il meure, murmura-t-elle.

- Je n'arrête pas de te le dire, répondit son guide en plantant son regard dans le sien. Récupère la dague par tous les moyens.

- Je ne peux pas ! Il la garde sur lui et m'a ordonné de ne pas la prendre. Chaque fois que je m'approche, une force invisible me retient, expliqua-t-elle, une larme pointant au coin de son œil.

La bibliothécaire de Storybrooke était exténue. Elle n'avait pas fermé l'œil depuis plusieurs jours et la création de ses navires lui avait consumé ses dernières forces. Mais elle ne pouvait pas abandonner. Pas avant qu'Hordor ne soit plus une menace.

- Si tu réfléchis bien à ta situation, cette chasse aux pirates est une opportunité extraordinaire, annonça-t-il en agitant ses doigts.

- Non, je ne tuerai personne. Il doit mourir mais je ne veux pas de sang sur mes mains !

- Tu n'es plus une princesse ! s'énerva-t-il en sautant sur le pont. Quand vas-tu te comporter en Dark One ? Ta mission est de récupérer cette dague coûte que coûte. Et si tu dois égorger chaque soldat, chaque pirate, tu le feras.

- Je ne suis pas un monstre, rétorqua-t-elle dans une moue désapprobatrice.

- Oh si tu le feras, répondit-il en plissant le nez et en rapetissant ses yeux. De toute façon, il t'en donnera l'ordre, car il n'a pas l'intention d'épargner les pirates. Et d'ailleurs pourquoi le ferait-il ? Mais si tu agis avant, tu auras une carte à jouer. Je te laisse cogiter.

Il disparut dans un nuage de fumée rouge, l'abandonnant dans ses pensées.


- Ils sont juste là, dit Hordor après avoir observé ses ennemis à la longue vue.

Ils avaient navigué pendant le restant de la journée et toute la nuit sur une eau relativement calme. Au loin dans la brume se trouvait la célèbre île de Tortuga, le repère des pirates. Le petit village où tous les vices étaient permis, était situé dans une baie en forme de croissant de lune protégée par d'immenses rochers. Pour s'approcher du lieu, il fallait bien connaître les récifs sous-marins afin de ne pas endommager la coque de son navire. Le soleil n'était pas encore levé et les matelots avaient certainement la gueule de bois après avoir fêté leur succès. Hordor voulait en profiter pour couler leurs navires qui mouillaient non loin de la côte.

- Armés les canons !

Son second inclina positivement la tête et courut transmettre l'ordre aux ponts inférieurs.

- Si vous permettez votre Monstruosité, intervint Belle très calmement, j'aimerai annoncer aux pirates quelle mort les attend et qui vous êtes réellement.

- Excellente idée ! Dis-leur que le légendaire Hordor, Duc des Ténèbres, est prêt à les envoyer dans le royaume des morts. Vas donc sur le pont du Jolly Roger et dis à ce misérable Jones que tous les trésors des Basses-Terres m'appartiennent ! Ramène-le moi.

Belle acquiesça et disparut dans un nuage de fumée. Elle réapparut quelques centaines de mètres plus loin, sur des planches qu'elle connaissait bien. Mais pour capter l'attention du capitaine, elle avait revêtu une longue robe blanche telle une vierge pure. Ses cheveux ondulés étaient à présents blonds et tombaient en cascade sur sa poitrine. Le vent les faisait flotter harmonieusement autour de ses épaules. Son visage était un peu plus carré et ses yeux bleus comme l'océan. Ses joues étaient rosées et ses lèves aussi belles que des pétales de rose.

- Une mariée à bord ! s'écria un matelot en la pointant du doigt et en réveillant tous ceux qui ronflaient sur le pont.

La panique les gagna car les mariées portaient malheur. Mais tout ce raffut eut l'effet escompté. Le capitaine sortit de ses quartiers pour voir ce qui agitait ainsi ses hommes. Il passa rapidement sa main dans ses cheveux noirs ébouriffés pour être présentable. Sa barbe n'avait pas été taillée depuis plusieurs jours et ses yeux étaient encore boursouflés par la courte nuit. Après être rentré du tripot bien aviné, il s'était sans doute écroulé sur sa couchette au vu de l'état de sa chemise et de son pantalon. Le talon de ses bottes semblait traîner sur le pont comme s'il avait des jambes de bois.

- Tonnerre de Brest ! tonna-t-il en titubant légèrement. Pourquoi braillez-vous comme ces satanés goélands ?

Mais lorsque son regard, souligné par un trait d'eyeliner trop épais et à moitié effacé, se posa sur la créature qui descendait les escaliers avec grâce, il en eut le souffle coupé et sa bouche s'entrouvrit. Malgré l'ouverture, aucun son ne sortit. Belle illumina son visage d'un sourire faisant fondre le cœur du pirate qui n'avait jamais vu une telle merveille.

- Par la Sainte culotte d'Ursula ! jura le capitaine tout de cuir vêtu.

Mais cette scène surréaliste sur le pont d'un bateau pirate fut interrompue par une noiraude qui sortit belliqueusement son épée de son fourreau et la pointa en direction de l'inconnue.

- Qui es-tu ? Que fais-tu à bord ? demanda-t-elle, déterminée.

Ses yeux bleus glacés ne pouvaient trahir ses sentiments. Elle était offusquée que le capitaine regarde ainsi la jolie blonde et faillisse à son devoir.

- Je m'appelle Emma Swan et je suis ici pour vous sauver la vie, annonça-t-elle de sa voix mélodieuse.

- Jones. Capitaine Killian Jones. Bienvenue à bord du Jolly Roger, love.

Le capitaine ne put s'empêcher de lui adresser un sourire charmeur et arqua ses sourcils comme lui seul pouvait le faire.

- Nous sauver la vie ? releva l'autre femme.

- Voici Milah, mon commandant, ajouta Killian en posant sa main sur son épaule.

Milah… Belle en avait tellement entendu parler. La mère de Baelfire, la femme de Rumple. Celle qui les avait lâchement abandonnés pour vivre une vie d'aventures à bord d'un bateau de pirates. Elle sentait sa rage frémir au creux de son estomac. Mais elle n'était pas là pour régler ses comptes. Elle ravala sa salive et s'adressa au capitaine.

- Derrière cette brume se trouve l'armada du Duc des Basses-Terres, dit Belle.

- Armada ? répéta Jones en se penchant en arrière, un large sourire lui traversant le visage. Ce vieux croulant ne possède que des barques de pêcheurs. Il va nous attaquer avec des filets troués ?

Tout l'équipage ricana.

- Vous cesserez de rire lorsque la Veuve Noire crachera ses boulets de ses cents soixante canons.

- Mais… mais comment est-ce possible ? demanda Jones qui avait soudainement perdu son sourire.

- La magie. Le Duc a demandé au Dark One de lui fournir une flotte pour conquérir les mers.

- On est perdu… commenta William Smee qui pâlissait à vue d'œil.

- Etes-vous une bande de rats de cale ? hurla le capitaine en s'adressant à son équipage.

- Non, Capitaine ! Non ! répondirent-ils en cœur.

- Donc, nous allons nous battre bande de mécréants ! motiva Jones en pointant son sabre en direction du ciel. Nous allons montrer à ce roitelet que nous ne sommes pas des marins d'eau douce !

- Vous ne pouvez rien contre la puissance de feu du Duc, ni contre le Dark One, ajouta Belle très calmement en refroidissant les marins. Laissez-moi vous aider.

- Nous aider ? répéta Milah. Parce qu'une petite princesse effarouchée va nous dire comment nous battre ?

- Je ne suis pas une princesse effarouchée. Je suis la Sauveuse.

- Nous voilà rassurés ! ajouta ironiquement Milah, les mains sur les hanches. C'est quoi la Sauveuse ? La sœur de Jésus ?

Personne n'osa ricaner en voyant que Belle ne tremblait pas. Elle semblait tellement sûre d'elle qu'une forme de respect s'installa dans les rangs. Belle s'approcha d'un pas léger des pirates. La brise marine faisait se soulever sa robe de mousseline de soie comme une voile.

- Hordor veut votre trésor, lâcha la blonde.

- Hors de question, répliqua Milah sans prendre une seule seconde pour réfléchir.

- Je vous propose un marché, dit le Dark One caché sous l'apparence d'Emma Swan. Vous me montrez le trésor et je vous assure que vous aurez tous la vie sauve.

- Pourquoi devrions-nous te croire ? demanda Milah qui parlait plus que le capitaine complètement sous le charme d'Emma.

- Parce que je suis votre seule chance.

- Smee ! ordonna Jones qui était soudainement sorti de son rêve éveillé. Vas chercher le trésor.

- Mais que fais-tu ? rétorqua Milah, les yeux écarquillés.

- Je suis le capitaine, rappela-t-il. C'est moi qui prends les décisions.

Le matelot obéit et se précipita dans la cale, manquant de trébucher dans les escaliers. Le silence s'installa et seul le vent dans les voiles et le clapotis de l'eau contre la coque se faisaient entendre. Le bonnet rouge refit son apparition et il donna un petit objet à son capitaine. Belle s'attendait à quelque chose de plus gros, de plus clinquant.

- Un haricot magique ! s'exclama Belle lorsqu'elle le vit entre les doigts de Killian.

Elle fronça les sourcils en se demandant ce que Hordor comptait en faire. Mais peu lui importait.

- Le dernier du royaume, ajouta Smee.

Mais bien sûr ! Hordor voulait s'assurer que personne ne quitte son royaume. Il voulait anéantir les rêves de tous ceux qui étaient à la recherche de cet objet ô combien rare. Il réduisait ainsi l'espoir à néant. Mais le connaissant, il pouvait également partir avec toute une armée conquérir un autre royaume quand le sien sera détruit. Et à la vitesse à laquelle il le faisait, il partirait très bientôt !

- Vous l'avez vu, maintenant, sauvez-nous, réclama le capitaine.

- Voilà ce que nous allons faire, expliqua Belle. Je créerai une brume encore plus épaisse que celle présente maintenant.

- Vous avez des pouvoirs ? demanda Milah, de plus en plus étonnée.

- Oui, poursuivit-t-elle. Ainsi nous serons sûrs que personne n'aura de visuel sur le Jolly Roger, ni sur les autres vaisseaux amarrés. Je vais retourner sur la Veuve Noire et annoncerai au Duc que vous engagez le combat. Tirez un coup de canon en direction de la Veuve Noire après avoir compté jusqu'à dix après mon départ. Il faudra environ vingt secondes au capitaine pour faire pivoter le navire afin qu'il réplique et fasse rugir tous les canons. C'est le temps que vous aurez pour lancer ce haricot. Ne ratez pas votre coup sinon vous allez nourrir les poissons. Allez à Neverland. Là-bas, le temps est arrêté. Vous ne vieillirez pas. Vous aurez donc l'éternité pour vaquer à vos occupations de pirates, à écumer les navires, les ports et les tavernes.

- La vie éternelle ! répéta William qui avait des étoiles dans les yeux.

- On sera des hommes riches ! se prit à rêver un autre marin.

- Et vous ? demanda Killian.

- Tu t'inquiètes pour elle, maintenant ? demanda Milah choquée par ses propos.

- Ne vous en souciez pas, répondit Belle en jouant de ses charmes face au capitaine. Il n'y a aucune chance pour que votre boulet coule la Veuve Noire.

Belle s'apprêta à partir quand elle se ravisa sous le regard surpris de l'équipage. Elle dévisagea une fois de plus la femme pirate très sûre d'elle qui se tenait aux côtés de Killian.

- Au fait Milah, s'adressa Belle. Sache que ton fils et ton mari sont sains et saufs. Ton mari a tout fait pour que ton fils ne se fasse pas enrôler pour aller guerroyer face aux ogres. Baelfire est un adolescent qui croque la vie à pleine dent et Rumplestiltskin est sur le point de changer l'avenir de tout le royaume. C'est quelqu'un de bien et d'honnête qui est prêt à tout pour sauver ceux qu'il aime.

La noiraude éclata d'un rire nerveux. Ce n'était pas possible. Son couard de mari ne pourrait jamais avoir le courage nécessaire pour accomplir une tâche aussi importante et aussi noble. Tout ce qu'il savait faire, c'était de se trouver un trou pour attendre que l'orage passe.

- Je leur transmettrai tes salutations, dit Belle.

- Pas la peine, grinça Milah qui serra son étreinte sur la poignée de son épée.

Elle n'avait qu'un souhait : tuer cette femme qui était venue sur leur navire faire la cour à son Killian et lui parler de son mari qu'elle s'était efforcée d'oublier en buvant plusieurs barils de rhum.

- Capitaine, chargez votre canon, lança Belle.

- Chargez le canon numéro trois ! ordonna le capitaine et plusieurs de ses marins s'exécutèrent.

- Comptez jusqu'à dix et bon séjour à Neverland.

- Merci pour tout, Emma Swan la Sauveuse.

Belle leva les bras en direction de la mer et une brume aussi épaisse qu'une tempête de neige enveloppa les navires. Dès qu'elle disparut, le capitaine Killian Jones décompta.

- Killian, et si c'était un piège, confia Milah en lui enlaçant la taille.

- 6, 5. Nous verrons bien. Mon instinct me dit de la croire. FEU !

A bord de la Veuve Noire, Hordor entra dans une colère noire quand son Dark One lui apprit que les pirates n'avaient pas peur de lui.

- Préparez les canons !

Au même instant un impact aussi puissant que violent fit voler en éclat une partie du pont supérieur dans un tintamarre assourdissant. La déflagration propulsa des milliers de petits bouts de bois dans les airs. Les soldats tentèrent de se protéger les yeux tant bien que mal. Belle et Hordor se firent souffler et se retrouvèrent à plat ventre sur le plancher. Le Duc se releva et ordonna d'envoyer par le fond ces misérables flibustiers, oubliant complètement le trésor. Le navire pivota de quatre-vingt-dix degrés et les dizaines de canons sur les trois niveaux rugirent dans un vacarme inimaginable. Belle se mit les mains sur les oreilles et courut se refugier dans la cabine.

- Tu as peur ? demanda son guide qui jetait un coup d'œil à la carte déroulée sur la table en bois.

- Je ne me suis jamais retrouvée dans un combat en pleine mer, lâcha-t-elle, le souffle saccadé.

- Ce n'est pas un combat s'il n'y a pas d'adversaire, commenta son guide. Prépare-toi à lui rire au nez quand il réalisera qu'il n'y a pas de Jolly Roger.

- Non, je vais lui faire croire qu'il a réussi. Je vais faire apparaître du bois sur l'eau.

- N'oublie pas le pavillon, ajouta Rumple. C'est le meilleur trophée pour une bataille de ce genre. Les têtes sur les piques, c'est plutôt pour les batailles… terrestres.

- Il va être fou de rage s'il n'a pas son haricot, constata-t-elle.

- Il n'avait qu'à réfléchir avant de pulvériser son adversaire.

Son guide avait décidemment réponse à tout. Avait-il lui-même au cours de ses deux cents ans d'existence pris part à une bataille ?

- La guerre est un art comme un autre, expliqua-t-il en se promenant dans la cabine. Il faut savoir comment cet art se maîtrise si l'on veut pouvoir en tirer profit.

- Pour manipuler, compléta Belle.

- Tu es une très bonne élève ! s'exclama-t-il. Sans te dresser des lauriers, tu es sans doute la Dark One la plus perspicace.

- Après toi bien sûr.

- Oh mais moi je suis différent, dit son guide en se mettant la main sur la poitrine. Je suis la somme des connaissances de tous les autres. Mon rôle est de t'aider à te servir de ce savoir. Si tu mets de côté tes émotions qui sont nuisibles, tu découvriras un savoir centenaire.

- La bibliothèque du Dark One !

Et dire qu'elle l'avait cherchée pendant son séjour au Dark Castle. Elle qui pensait trouver des livres sur la magie du Dark One, sur ses origines. Elle pouvait bien tourner toutes les pages de tous les livres de la bibliothèque de Rumplestiltskin, et essayer de découvrir si un des ouvrages n'ouvrait pas une porte secrète.

La porte s'ouvrit brutalement et Hordor fit son entrée. Son visage était cramoisi par la rage, l'énervement et la chaleur.

- Sale garce, souffla-t-il étrangement calmement. Tu les as laissés s'enfuir.

- Vous les avez réduits en miette, répondit-elle avec assurance. Avec tout ce que vous leur avez envoyé, aucun pirate n'a survécu. Félicitation votre Monstruosité.

- Dis-moi que tu as le trésor ?

- Ils ne l'avaient plus, mentit la belle. Le capitaine l'a perdu dans un tripot en jouant aux dés contre Davy Jones.

- Davy Jones… Je vais anéantir ce calamar !

- Nous devrions rentrés au château, suggéra-t-elle. Vous avez besoin de vous reposer, d'un bon repas et de repenser votre stratégie militaire.

- Ma stratégie militaire est très bien ! rugit-il.

- Les ogres ont progressé, annonça-t-elle. Vous devez sauver votre peuple sinon vous courrez à votre perte.

Il ragea en cassant quelques vitrines et en jetant des bibelots inutiles à travers la pièce. Belle se délecta de ce spectacle depuis son fauteuil. Le Monstre avait compris. Il était en train de perdre son pouvoir. Il fit de grandes enjambées en traversant la pièce de long en large puis se rua sur Belle en l'embrassant sauvagement. Par reflexe, elle lui envoya une décharge de magie qui l'envoya valser contre la paroi en bois qui faisait office de mur. Le Duc était à moitié assommé. Un filet de sang s'échappait de sa bouche et coulait le long de son menton.

- On s'était mis d'accord, rappela Belle en se levant majestueusement et en le dominant. Je suis à votre service mais je ne suis pas votre catin.


Trois jours plus tard après avoir discuté de stratégie militaire, Hordor, Belle et certains de ses hommes rentrèrent au château alors que d'autres allèrent prêter main forte sur le front de l'Est qui menaçait de s'effondrer. Hordor avait besoin d'une victoire importante afin d'éviter une révolte. Son peuple vivait dans la peur et était affamé. Belle lui avait ouvert les yeux sur la réalité lorsqu'ils traversaient les villages.

- Ils sont de retour ! s'était écrié un éclaireur en pénétrant dans les cuisines du château.

Tous les serviteurs s'activèrent pour préparer la venue du maître des lieux. Le Duc, Belle et ses conseillers les plus proches furent conviés à un banquet pour fêter leur retour par le chef des cuisines. Les chasseurs ayant rapporté un sanglier, l'animal fut cuit de longues heures durant dans l''imposante cheminée et arrosé régulièrement d'un mélange de miel et d'épices. Il fut servi avec des navets, des pommes chaudes et de la compote d'airelles. Un gros plat d'artichauts bouillis fut présenté devant le seigneur qui en raffolait. Un goûteur vérifia qu'aucun plat n'était empoisonné avant que le festin débute.

Dans la cuisine, Baelfire effaça la sueur et la suie qui couvrait son visage avec un torchon d'une propreté douteuse. Il avait passé les dernières quatre heures à tourner la broche du sanglier et à entretenir le feu. Il s'assit sur le banc à côté de son père qui ramassait tous les déchets de légumes et de fruits. Il les mettait dans un seau qui serait versé dans l'enclos des cochons. Il ne pouvait se retenir de penser au gaspillage qui était fait dans ces cuisines. Ces épluchures auraient pu faire une délicieuse soupe qui aurait nourri une vingtaine de personnes. Les porcs du château étaient décidément mieux nourris que les habitants du royaume !

- Alors c'est bon ? demanda Bae à voix basse en passant vers son père.

Il acquiesça simplement de la tête pour éviter que quelqu'un se doute de leurs petites manigances et ne les dénoncent. Il fallait dire que le destin funeste du précédent cuisinier faisait encore trembler tous les serviteurs.


Une fois que l'armée était partie en direction du chantier naval, Rumplestiltskin s'était rendu dans la forêt chez un druide aux pratiques étranges. Il était connu pour soigner toutes sortes de maladies et maux mais contre de l'argent ou toute autre compensation jugée équivalente, il était capable de vous aider à éliminer vos ennemis. Rumplestiltskin lui avait offert un sac de pommes de terre en échange d'un puissant somnifère qui n'agirait que deux heures après avoir été ingéré. Le druide avait été étonné de son choix. Le tisserand lui confia qu'il ne voulait jamais avoir la mort de quelqu'un sur la conscience car il avait promis à son fils de ne jamais devenir un monstre.

- C'est le signe d'un cœur pur, dit le druide en lui donnant la potion qu'il avait demandée.

- Je suis loin d'être pur, répondit Rumplestiltskin en mettant la fiole dans sa poche et en remettant sa cape.

Morraine et sa mère demandèrent à Miranda, la tante, si elle pouvait donner du travail en cuisine à Rumplestiltskin et Baelfire. Elle avait d'abord été réticente en disant que le Duc ne faisait pas confiance aux étrangers, surtout après la tentative d'empoisonnement.

- Ils sont dignes de confiance, avait ajouté Evangeline, la mère de Morraine. Je les connais depuis très longtemps. Ils travaillent durs, parlent peu et apprennent vite.

Finalement, elle accepta et les trois entrèrent au château par la grande porte, chargés de sacs de navets comme le tisserand l'avait prévu. Baelfire fut en charge de la broche avec un autre garçon de son âge et Rumplestiltskin éplucha un nombre incalculable de légumes pour le bouillon. Une fois ceux-ci cuisant, on lui mit des artichauts sous le nez. Il en tourna un entre ses mains et se demanda bien ce que pouvait être ce légume.

- C'est un artichaut. Le Duc en raffole, confia Miranda en voyant son regard interrogateur. Il a un petit goût de noisette très raffiné.

Il jeta un coup d'œil à sa poche où était cachée la fiole. Ses mains se refroidirent d'un coup, son cœur s'accéléra et il se mit à transpirer. Il ne put s'empêcher de repenser au jour où Bae avait été mordu par un serpent et où sa vie dépendait d'un liquide magique contenu dans une fiole en verre. Ne pouvant pas payer, Milah l'avait incité à tuer le guérisseur pour lui prendre le remède. Malgré l'enjeu, il avait été incapable d'aller jusqu'au bout. L'histoire semblait se répéter. La peur le figeait.

La voix de Miranda le sortit de ses pensées. Il avait des légumes à préparer. Pendant sa tâche, il fit semblant de se gratter et déboucha la fiole. Quand Miranda se leva pour aller mettre les carottes dans l'eau bouillante, il versa discrètement le contenu du flacon sur les artichauts. Il espérait de tout son cœur que le druide lui avait bien donné un somnifère et non du poison. Bien qu'il haïsse Hordor, il ne souhaitait pas sa mort, ni celle de ses conseillers. Et il ne voulait surtout pas faire de mal à Belle qui allait participer au festin et elle allait peut-être également manger de ces légumes contaminés.

Une femme prit les légumes pour les bouillir. Ils n'avaient plus qu'à attendre. Impossible de faire marche arrière. Mais cette attente aussi nécessaire qu'angoissante le mettait dans un état de tension absolue. Rumplestiltskin n'arrivait plus à se tenir sur ses deux jambes. Il devenait pâle et son corps était couvert de sueurs froides. La préposée aux desserts lui apporta un peu d'eau et lui dit de se reposer un instant.

- Le travail dans une cuisine est plus intense que ce que beaucoup de gens s'imaginent, confia-t-elle.

Le tisserand acquiesça mais n'avoua pas la raison de son malaise.

- Ce n'est pas le moment d'abandonner, murmura Baelfire en donnant un quartier de pomme à son père.

- Je… Je n'y arriverai pas. Jamais je n'aurai assez de courage.

La porte qui montait à l'étage n'était qu'à quelques enjambes. Les larmes lui montaient aux yeux et il se pinça les lèvres pour les retenir. La peur le paralysait de plus en plus. Il s'était fait violence ces derniers jours, avait tout fait pour se convaincre, mais si prêt du but, il réalisait qu'il n'était pas ce héros au cœur pur que tout le monde attendait comme le messie.

Après avoir aidé à nettoyer toute la cuisine, Rumplestiltskin demanda à son fils de sortir du château et de retrouver Morraine.

- Je ne veux pas te quitter, protesta-t-il. C'est notre mission. C'est à nous de la sauver.

- Non, Bae. C'est à moi de le faire. Tu en as déjà trop fait. Tu n'aurais jamais dû venir au château.

Baelfire sortit la perce-neige de sa poche et la tendit à son père qui refusa de la prendre.

- Si je ne reviens pas, c'est cette fleur qui te protègera.

- Mais tu vas revenir ? dit Bae qui sentait les larmes lui monter aux autres en voyant la crainte dans les prunelles chocolat de son père.

- Je vais tout faire pour te rejoindre à la roulotte. Mais si je ne suis pas de retour au lever du jour, pars avec Morraine.

- Non…

- Tu le dois, répondit son père avec une petite voix angoissée.

Il serra très fort son fils dans ses bras et planta son nez dans ses cheveux. Il respira son odeur pour bien la mémoriser comme si c'était la dernière fois qu'ils se voyaient.

- Je vais t'attendre toute la nuit, promit le jeune garçon qui s'éloigna en lâchant la main de son père.

- Il y a encore des plats à débarrasser à l'étage, ordonna une femme aux formes généreuses en voyant que le tisserand ne faisait rien.

Sans un mot, il se leva et se dirigea vers la porte en bois qui menait à l'étage.


Quelque chose n'allait pas. Belle errait dans les couloirs du château où tout le monde était endormi. C'était comme si elle vagabondait dans les allées du château du roi Stephan quand Aurore était sous l'influence du charme du sommeil. Seul l'écho de ses pas lui parvenait. Elle monta l'escalier en colimaçon de la tour Est et se rendit sur le rempart. Des gardes armés de leurs arbalètes la saluèrent.

- Tout va bien ? demanda-t-elle à l'un d'eux.

- Oui, Dark One. Rien à signaler.

Pourtant elle sentait l'entourloupe. Tout était trop calme. Elle retourna à l'intérieur et descendit au premier niveau. Quand elle ouvrit la porte grinçante qui donnait sur le couloir menant à la salle du conseil, elle eut la surprise de tomber sur une silhouette familière vêtue d'une grande cape.

- Belle !

- Bae ! Mais que fais-tu là ? s'inquiéta-t-elle en se baissant quelque peu pour être à sa hauteur. Où est ton père ?

- On est venu te sauver. Papa va prendre la dague à Sir Hordor et tu seras libre.

A ces mots, elle prit un air grave et se redressa. Bae n'était plus en face de la belle et douce femme qui avait vécu avec eux. Il était face à un monstre doté d'une mission.

- Je ne peux pas le laisser faire, lâcha-t-elle sans aucune émotion. Hordor est mon maître. Personne ne prend la dague.

- Belle, non. Personne n'est ton maître, rappela-t-il en lui attrapant la manche. Papa t'a promis de te sauver et c'est ce qu'il fait.

- J'ai l'ordre de tuer tous ceux qui veulent prendre la dague.

- Belle ! Ne tue pas papa ! Il le fait parce qu'il t'aime et tu l'aimes aussi ! Belle, je sais que tu es plus forte que le Dark One. Bats-toi !

- Je n'ai pas le choix, dit-elle à contrecœur.

- On a toujours le choix ! rétorqua-t-il. Il suffit de faire le bon !

Sans prendre la peine de lui répondre, elle disparut dans un nuage de fumée rouge. Qu'avait-il fait ? Pris de panique, Bae se rua dans les escaliers qu'il monta quatre à quatre. Il eut rapidement le souffle coupé avant de se trouver face à face avec un garde portant une tunique beige avec une araignée noire brodée par-dessus sa cote de maille.

- Que fais-tu là petit ? demanda-t-il de sa voix grave.

- Je… je cherche le Dark One.

Mauvaise réponse. Le garde ne lui répondit pas, mais au lieu de le laisser poursuivre sa route, il l'empoigna par le col et le fit descendre jusqu'au rez, ses pieds touchant à peine le sol. Puis, il le traîna à travers la cour sous le regard interloqué d'autres gardes et d'un palefrenier qui allait vider sa brouette remplie de paille sale. Ils franchirent la grille et l'homme jeta le jeune garçon hors du château. Il tomba à genoux sur le pont levis et vit l'homme faire demi-tour sans prononcer le moindre mot. Il s'assit sur ses talons et souffla un grand coup. On lui avait certainement laissé la vie sauve car il n'était encore qu'un enfant. Mais derrière la muraille, quelque part dans un couloir, son père déambulait à la recherche de la dague et le Dark One était à sa poursuite.

- Tu vas bien ? demanda Morraine qui s'était élancée à sa rencontre depuis sa cachette non loin de là.

- Je crois que j'ai fait une grosse bêtise, confia-t-il en se mordant la lèvre inférieure.


La chasse à la dague est lancée! Qu'avez-vous pensé de ce chapitre? Dites-le moi dans un petit commentaire :)