Chapitre 10 - Amour
Le lendemain. Alcott ne lui accorda pas un regard. Pas une parole. Sierra était rongée par la culpabilité mais...c'était mieux ainsi, s'obstina-t-elle.
- Ça va ? Demanda tout bas Melinda.
Alors qu'ils prenaient leur petit déjeuner dans la grande salle. Melinda avait immédiatement aperçut la froideur de son père envers Sierra.
- Oui, répondit brièvement Sierra.
Elle ne parvint pas à empêcher son regard de voyager jusqu'à la table des Serpentards. Il était là. Le visage froid et sévère. Ce visage ne le quittait plus depuis que Sierra l'avait traité de man…Elle soupira. Jamais elle n'aurait dû dire ça. Ce n'était pas son genre pourtant d'attaquer les gens. Ça avait été plus fort qu'elle. Mais c'était mieux. Chacun avait repris son rôle. Ils étaient de nouveau ennemis. En fait non. Leurs rapports étaient encore moins importants que des ennemis car Alcott l'ignorait. Il l'ignorait complètement comme si Sierra n'avait jamais existé. Et ça…malgré qu'elle cherche à le nier, ça lui faisait mal.
Une semaine était passée. C'était le jour de la saint-Valentin. Sierra ne prêtait aucune attention à toutes ces décorations roses, rouges et blanches, les petits cupidons qui volaient dans tout le château en lançant de fausses flèches sur les élèves. Ou encore les couples qui s'embrassaient dans les couloirs. Ceux-là. Sierra ne les remarquaient que trop bien. Ils lui rappelaient les fois où Alcott et elle s'isolaient dans un coin ou une salle déserte. Ceux-là, Sierra voulait les ignorer plus que tout.
- Sierra ? Appela Connor.
Elle sursauta.
- Ca va Sie ? Demanda Evelyne. Ca fait un moment que Connor t'appelle.
- O…Oui ça va.
Une fois de plus elle n'écoutait pas. C'était comme ça tous les jours. En cours, c'est à peine si elle arrivait à suivre. Son esprit était sans cesse ailleurs. Son énergie s'était envolée. Elle se sentait si fatiguée. Lasse.
- Avec Eve, on ne sera pas là ce soir, annonça Connor les joues rosies.
- Hum. Vous allez où ?
Ses deux amis se regardèrent mal à l'aise.
- On…on a des projets, dit doucement Evelyne.
Que leur arrivaient-ils ? A force de les regarder Sierra comprit.
- Non ! S'écria-t-elle incrédule. Vous…tous les deux vous…
Ils firent simplement oui de la tête en continuant de contempler le sol.
- Je lui ai avoué mes sentiments tout à l'heure, dit Connor en prenant la main d'Evelyne dans la sienne.
Ouah. Ben ça alors. Bien sûr ce n'était un secret pour personne que ses deux amis finiraient par sortir ensemble. Mais là…la chose était officielle. C'était…ça faisait quand même un drôle d'effet.
- Je suis contente pour vous, félicita sincèrement Sierra.
- Merci.
- Et toi, demanda Evelyne.
- Comment ça moi ?
- Il me semble que Tristan veut te voir tout à l'heure.
Et alors ? Ce n'était que Tristan.
- Sie, on s'inquiète pour toi tu sais, dit Connor. Ces temps-ci c'est à peine si tu parles. Tu ne manges presque plus. Qu'est-ce qui t'arrive ? Tu étais si joyeuse la semaine dernière et là…tu as l'air tellement triste.
- Je ne le suis pas, s'obstina Sierra en regardant les flammes danser dans la cheminée de leur salle commune.
- Tu devrais donner une chance à Tristan.
Quoi ?
- De quoi vous parlez ?
Tous les deux se regardèrent en soupirant.
- Je t'avais dit qu'elle n'avait rien remarqué, dit Evelyne.
- Remarqué quoi ? S'impatienta Sierra.
Sa curiosité se trouvait farouchement piquée.
- Sie, dit doucement Evelyne en lui prenant la main. Tristan est raide dingue de toi.
- Et ceux depuis plus d'un mois maintenant.
Sierra en resta bouche bée. Tristan. Son ami Tristan ?
- Vous racontez n'importe quoi !
- Je t'assure que c'est la vérité, insista Evelyne. Si tu ne nous crois pas tu en auras confirmation tout à l'heure. Il veut te faire sa déclaration je crois.
- Je…
Sierra fut prise d'un doute. Mais ça ne pouvait pas être vrai. Tristan et elle étaient simplement amis. De bons amis.
Pourtant, quelques heures plus tard, lorsque Tristan demanda à lui parler, Sierra fut prise de panique. Elle referma le livre qu'elle essayait en vain de lire. Il s'assit fasse à elle et regarda autour de lui. La salle n'était que très peu remplie. Il était nerveux, remarqua Sierra. Oh non.
- Sie, débuta-t-il en se grattant la tête. Toi et moi on se connait depuis un certain temps. Sept ans en fait, rit-il nerveusement.
- Tristan…, voulut interrompre Sierra qui commençait à avoir peur.
Les paroles de son ami prenaient des allures de demande en mariage.
- S'il te plait laisse-moi finir. Sinon je n'en aurai plus le courage. Je…voilà…je t'ai toujours considéré comme une amie. Une bonne amie. Mais depuis un moment maintenant…je…je…je suis amoureux de toi ! Lâcha-t-il finalement en la regardant droit dans les yeux.
Ben ça alors ! Sierra était scotchée sur place. Elle ne savait pas quoi dire. Devait-elle faire semblant de ne pas comprendre ? Non le pauvre. C'était déjà suffisamment pénible pour lui.
- Tu ne dis rien ?
Il était inquiet.
- Je…Tristan, dit-elle lentement.
Il souffla un rire qui relevait plus de la peine que de la gaieté.
- Je suis désolée, s'excusa Sierra.
- Ca ne m'étonne pas vraiment en fait. J'avais juste espéré que peut-être…Etant donné qu'Alcott et toi ne semblez plus vous parler.
Sierra sursauta. Que venait faire Alcott dans la conversation !
- Ne fais pas cette tête, dit Tristan avec un pauvre sourire. Ça se voit que tu l'aimes.
Les yeux de Sierra devinrent aussi gros que des soucoupes. Elle ouvrit la bouche pour parler. Mais la referma ne sachant pas quoi dire. Que devait-elle dire ? NON bien sûr ! Pourquoi ne le disait-elle pas alors ? Elle n'était pas…en aucun cas…Alcott était son ennemi. Un ennemi avec qui elle avait fricoté un temps. Et qui normalement devait lui donner six merveilleux enfants, si elle acceptait un futur avec lui. Mais comment l'accepter lorsqu'il s'agissait d'Alcott ? Six ans de haine ne pouvaient pas s'effacer d'un coup sous prétexte qu'ils éprouvaient tous les deux de l'attirance physique l'un pour l'autre. Attirance qui s'était transformée en une grande tendresse qui avait fait frémir plus d'une fois le cœur de Sierra. Aujourd'hui encore elle avait imaginé ses bras la serrant doucement contre lui. Ses paroles gentiment moqueuses glissées au creux de son oreille, la faisant rire. Son sourire angélique qu'il ne réservait qu'à elle et leurs enfants. Son rire cristallin. Ses yeux…incroyablement bleus qui donnaient à Sierra l'envie de se fondre totalement en lui. Elle…
- Sierra, souffla Tristan. Tu pleures ?
Elle réalisa qu'elle était dans la salle commune et qu'elle était censée parler avec Tristan. Doucement, elle toucha ses joues pour se rendre comptes qu'elles étaient mouillées. Sa gorge se noua. Sa vue était troublée par l'eau salé. Elle sentait des larmes menacer de couler de plus belle. Pourquoi ? Pourquoi fallait-il qu'elle pleure en pensant à Alcott ? Elle était fatiguée. Elle avait si mal. Une douleur insoutenable. Alcott lui manquait. Il lui manquait tellement, s'avoua-t-elle enfin. Elle avait tenté de le nier mais n'y arrivait plus. Elle avait tant besoin de lui. Pas uniquement de ses bras, mais de sa présence aussi. Sierra avait besoin de Drake Alcott car elle l'aimait. Elle en était éperdument amoureuse.
- Sierra, tenta de calmer Tristan en regardant son amie éclater en sanglot. Pourquoi tu ne lui dit pas ce que tu ressens.
Elle releva la tête. La surprise se lisait dans ses yeux brouillés de larmes.
- Je…je lui ais dit…une chose…affreuse.
- Si il ressent la même chose que toi, il te pardonnera.
Si seulement Tristan pouvait dire vrai. Mais Alcott l'aimait-il encore ? L'avait-il ne serait-ce que déjà aimé ? De toute façon Sierra n'avait plus rien à perdre.
Elle sécha ses larmes et se leva d'un bond, prête à sortir de la salle pour trouver Alcott. Elle s'arrêta soudain. Tristan se rappela-t-elle. Le garçon affichait un air malheureux.
- Je suis vraiment désolée.
- Oh. C'est pas grave. Une de perdue dix de retrouvée comme on dit, tenta-t-il de plaisanter.
Elle lui sourit.
- Merci, dit-elle en l'embrassant sur la joue. Tu es un véritable ami.
Puis elle quitta la pièce laissant le Gryffondor seul.
Il fallait qu'elle trouve Alcott ! Il n'était ni dans la grande salle. Ni à la bibliothèque. Ni dans sa salle commune (Sierra avait demandé à Evane). Où pouvait-il être ? Une idée lui vint à l'esprit. C'était stupide mais…pourquoi pas. Devant la porte, Sierra hésita. La main tremblante, elle abaissa la poignée de la salle de cours. Leur salle. A cette heure il n'y avait personne. Sierra se sentit tirer en avant. Elle resta sans voix en tombant nez à nez avec celui qu'elle cherchait. Alcott la dévisagea le temps d'une seconde. Il avait ouvert la porte pour sortir et était loin de s'attendre à tomber sur Keller. Il recula un peu. Ouvrit la porte en grand et voulut sortir.
- Attend, se réveilla Sierra.
Il allait s'en aller. Sierra le retint par le bras.
- Je dois te parler, insista-t-elle.
- Nous n'avons rien à nous dire.
Sa voix était glaciale et Sierra frissonna.
- Moi si. C'est important, je t'en prie. Ca ne prendra pas longtemps.
Alcott soupira, visiblement agacé. Il rentra dans la salle. Sierra fit de même et ferma la porte.
- Je…je suis tellement désolée pour ce que je t'ai dit, s'excusa-t-elle. Je ne le pensais pas.
- Bien sûr que si Keller, cracha-t-il. Il y a toujours une part de vérité dans ce que l'on dit.
- Non…je…
Alcott était énervé. Elle devait être honnête.
- D'accord je l'ai pensé, avoua-t-elle.
Le choc était visible sur le visage d'Alcott. Choque et…tristesse ?
- Je l'ai pensé depuis que j'ai l'âge de treize ans. Mais comment ne pas faire autrement ? Tu es un Alcott. Serpentard. Fils de Jacobs Alcott, que nous savons tous les deux, être un fidèle d'Adolf Vesk.
Il ne protesta pas devant cette évidence.
- Alors oui. Oui j'y ai pensé ! Seulement…j'ai commencé à douter ces derniers temps. J'ai découvert une facette de toi…que je n'aurai jamais cru que tu possédais. Et…ça m'a troublé. C'était agréable de ne pas avoir à me disputer avec toi, même si c'était une situation totalement étrange. Un Alcott gentil, rit-elle. Et l'attirance que nous avions. Je pensais…je pensais qu'elle allait diminuer jusqu'à disparaître complètement. Mais…
Sierra se mordit la lèvre.
- Lorsqu'elle a diminué et qu'elle a laissé place à plus qu'une simple attirance. Ça m'a effrayé.
Elle le regarda pour voir ce qu'il pensait. Son expression était neutre. Indéchiffrable. Sierra continua.
- Je…j'ai refusé d'accepter ce que je ressentais. J'avais trop peur alors…j'ai été stupide. Je m'en veux.
Elle plongea ses yeux dans les siens. Ce bleu qui l'avait tant manqué. Mais le regard d'Alcott la déstabilisait. Il n'y avait aucune expression en eux.
- Tu as terminé ? Demanda-t-il avec une froideur à geler un rayon de soleil.
Sierra sentit son cœur se serrer.
- Je…j'ai encore une chose à te dire, ajouta-t-elle sans détourner le regard. Je t'aime Alcott.
Toujours aucune réaction. Sierra mordit plus fort sa lèvre pour ne pas laisser échapper le sanglot qui ne demandait qu'à sortir.
- Tu crois que c'est suffisant pour que je te pardonne ?
Elle l'avait perdu. L'évidence la frappa comme un coup de poing. Ses yeux étaient embués. Elle ne devait pas pleurer. Pas maintenant. Mais elle allait craquer. Elle le savait. Elle venait de se livrer et il l'avait rejeté. Lorsqu'une larme coula sur sa joue elle décida qu'elle devait partir. Elle se tourna, prête à se diriger le plus rapidement possible hors de cette salle. Alcott la retint par le bras.
- Où tu vas ?
Il la ramena lentement près de lui.
- Je t'ai pourtant dit que ce n'était pas suffisant pour que je te pardonne.
Un sourire, le premier depuis une semaine, étira ses lèvres.
Sierra sentit une graine d'espoir dans son cœur.
- On a une semaine entière à rattraper, dit-il avec amusement en attirant Sierra plus près. Il essuya doucement ses joues humides.
- Je t'aime aussi petite idiote.
Le soulagement fit fleurir en Sierra des pétales au goût de bonheur infini.
- Mais ne me refait plus jamais autant de peine. J'ai déjà choisi mon camp. C'est toi que je veux.
- Drake, souffla-t-elle émue par la déclaration.
Sierra sourit en voyant son air surpris. Il était adorable comme ça.
- Redit-le, demanda-t-il en se remettant.
- Drake.
- Encore.
Il souriait.
- Drake.
Sierra éclata de rire et un sourire de plénitude total se dessina sur les lèvres de Drake. Il enserra sa taille.
- Sierra, murmura-t-il.
Un murmure qui résonna comme une douce mélodie dans son être.
- Je croyais qu'on avait une semaine à rattraper, taquina-t-elle.
Ils échangèrent un sourire et Drake prit possession de ses lèvres. Douces, chaudes, tendres. C'était si bon de le sentir de nouveau. Son odeur, son souffle, sa peau. Elle s'accrocha à lui comme si sa vie en dépendait. Et c'était le cas. Sans lui, il lui était désormais impossible d'être heureuse.
