Disclaimer : les personnages sont de JK Rowling, l'histoire de Josan.
« Je pensais bien que je te trouverais là. »
Fet approcha doucement de l'homme aux robes noires recroquevillé dans les ombres dansantes, la tête appuyée contre ses genoux qu'il tenait serrés contre son torse. Il était assis par terre dans le tombeau de Djen, le dos contre le cercueil de pierre. Etendu au dessus de lui, les pattes avant repliées sous son corps, se trouvait Djen le Chat. Qui était toujours, ou n'était peut-être plus, Djen le Sorcier.
La nuit après la mort de Djen, Gorkopol avait insisté pour qu'on installe un éclairage dans son tombeau ainsi que dans celui de Nawfal. Rien d'aveuglant, seulement quelque chose de suffisant pour qu'on retrouve facilement Severus. Il passait beaucoup de temps dans ces deux chambres funéraires.
Severus ne répondit rien. Fet soupira et s'assit à côté de lui. Après quelques minutes, il demanda. « Est-ce que tu ne devrais pas être en train de faire tes bagages ? »
Comme ils étaient sur le point de partir pour la Chine, au lieu de déménager vers un autre site, toutes les possessions de l'Equipe, à part ce qu'ils emportaient avec eux, devaient partir pour un entrepôt de stockage dont les gobelins disposaient quelque part sous une montagne.
Severus tourna finalement la tête afin de voir le médecin qui, comme les autres, l'avait surveillé très attentivement ces derniers jours. « Mes bagages sont faits. Je porte les robes que j'avais quand je suis arrivé, et j'ai ma baguette. Tout le reste appartient au Directeur, tu te souviens ? »
« Oh. » Fet fronça les sourcils. Ça allait être beaucoup plus compliqué que lui et les autres gobelins ne s'étaient convaincus que ce serait. « Eh bien, quand on sait à quel point le Directeur est de bonne humeur en ce moment, c'est peut-être l'occasion où jamais de lui glisser un mot au sujet de tes livres. Tu vas en avoir besoin en Chine. »
Severus eut un reniflement moqueur.
« Quoi ? »
Comme si sa tête était beaucoup trop lourde pour son cou, Severus la leva doucement et la laissa s'appuyer contre le côté du cercueil. « Je ne me fais pas d'illusions à ce sujet, Fet. Tu ne crois pas qu'il est temps que toi et les autres arrêtiez de faire semblant, et que vous admettiez une bonne fois pour toutes qu'il n'y a pas la moindre putain de chance que je fasse partie de la délégation qui ira en Chine ? »
Fet se retourna suffisamment pour pouvoir examiner son visage aux yeux clos. « Je suis perdu. Pourquoi est-ce que tu ne ferais pas partie de la délégation ? Tu es fondamentalement la raison pour laquelle elle existe. C'est toi qui a découvert le lien. C'est toi qui a résolu le casse-tête des livraisons. Pourquoi est-ce que tu ne viendrais pas avec nous ? »
Severus ouvrit les yeux et tourna la tête vers Fet. « En dehors du fait que mon contrat ne court que sur la durée du travail sur ce site ? Voyons voir… Est-ce que les mots 'Mangemort cinglé' signifient quelque chose pour toi ? »
« Ah. »
« Ah, en effet. » Et Severus referma les yeux.
Fet jeta un regard au chat, qui haussa bel et bien les épaules à ce moment. Son visage criait extrêmement clairement : « Moi non plus je ne peux rien tirer de lui. »
Bon sang, il était en train de devenir aussi atteint que les autres s'il se mettait à croire qu'il pouvait comprendre les expressions faciales et les gestes d'un chat. Apparemment, ils allaient devoir accepter le fait que l'animal était véritablement possédé.
« Pour ce qui est du contrat, tu peux être sûr qu'il sera renouvelé ou prolongé. Tu es trop crucial dans cette découverte. Je parierais mon meilleur jeu d'échecs là-dessus. »
Severus haussa les épaules, les yeux toujours fermés. « Tu ne gagnerais peut-être pas ce pari. »
Fet se frotta les yeux d'une main. Aucun d'entre eux n'avait pensé à cette saleté de contrat. Pas qu'il doute un seul instant que le Directeur ligote Severus dans une de ces monstruosités aux centaines de pages de clauses béton dès que possible. Il était temps d'en venir au véritable cœur du problème. « Tu crois que parce que tu as été un Mangemort, ça te disqualifie automatiquement pour une place dans la délégation ? »
« Tu as oublié le 'cinglé'. »
Fet railla, « Laisse-moi régler un problème à la fois. »
Il replia les mains contre son estomac, et étendit les jambes. « Oui, tu as été un Mangemort. Même si les gobelins insistent pour rester en dehors des affaires des sorciers, nous savions et savons encore ce qui s'est passé. Quand Bill t'a proposé pour être le Maître de Potions que nous cherchions, le Directeur a envoyé un dossier sur toi à Ashkentag. Depuis le temps, tu as dû te rendre compte qu'il n'y a pas de secrets entre les membres de la Direction du Site. Alors franchement, Severus, le coup du Mangemort, c'est un peu une ruse en ce qui concerne tes qualifications pour nous rejoindre. Mangemort, ancien Mangemort, espion pour Dumbledore. Et ça, c'était seulement lors de la Première Guerre contre Voldemort. Lors de la Seconde, tu es retourné dans ce monde d'espionnage pour l'ancien Ordre du Phénix, à de grands risques personnels. Nous sommes bien conscients de l'amour tout particulier que Voldemort avait pour le Doloris, entre autres punitions, pour ceux dont il pensait qu'ils ne lui donnaient pas le meilleur. »
Il tourna le regard vers le sorcier dont les yeux étaient toujours clos. « Est-ce que tu pensais vraiment que, en tant que ton médecin, je ne verrais pas les effets que ça a eu sur ton corps ? »
Rien. Pas même un haussement d'épaules.
Fet poursuivit. « Non, même les sorciers, aussi peu de confiance qu'ils t'aient accordé, ont dû reconnaître que tu étais l'un des héros de cette guerre. »
Ça, ça eut droit à une réaction.
« Tellement héroïque qu'ils ont essayé de m'empoisonner. »
Fet haussa les épaules. « Je suis désolé que tes semblables t'aient traité de cette façon. Les héros ne sont pas sans ennemis, Severus. Mais ça ne veut pas dire que nous les gobelins en faisons partie. »
Après plusieurs minutes de silence, Severus demanda, « Et est-ce que les gobelins approuvent le massacre aveugle d'une population ? »
Fet soupira bruyamment. « Bill m'a parlé de ça. » Voyant Severus tressaillir, il ajouta. « Il devait le faire. J'avais besoin de connaître ton état mental après ton sevrage, avant de te laisser commencer à travailler. Comme lui, je sais avec certitude – et là, je parle au nom de tous les gobelins, et pas seulement de ceux qui ont appris à te connaître – que l'utilisation du poison que tu as créé n'était pas ta décision. Et franchement, Severus, en tenant compte de ce que je sais de toi, même au pire de ce que tu as pu être, ça n'aurait jamais été ta décision. Bon sang, laisse la responsabilité retomber là où elle le doit vraiment, sur les épaules du sorcier qui se souciait si peu de son espèce qu'il l'a utilisé. »
Severus demeura totalement immobile. Djen le Chat s'étendit, regardant Fet dans ce qu'il interpréta comme un air amical.
« Je remarque que tu as évité la partie 'cinglé' dans ton analyse. »
« Non. C'est simplement que je ne la vois pas. »
Severus tourna brusquement la tête et foudroya le médecin du regard. « Tu ne vois pas le fait que j'ai cru pouvoir visiter un monde disparu depuis cinq mille ans comme quelque chose d'inquiétant sur le plan de ma santé mentale ? »
Fet haussa les épaules. « Tu l'as fait. Tu l'as visité. Et tu en es revenu. Et alors ? »
Severus appuya l'arrière de sa tête contre le cercueil et fixa le plafond de la tombe, incrédule. « Par Merlin ! Est-ce que vous tenez si désespérément à aller en Chine que vous accepterez un cinglé comme Maître de Potions… Est-ce que tu crois sérieusement que le Directeur va ignorer… » persifla-t-il, secouant la tête.
Fet baissa les yeux sur ses mains. « Severus. Il y a des choses que tu dois savoir sur cette Equipe en particulier. Des choses que nous savons tous, et depuis si longtemps que, j'imagine, nous avons fini par croire que toi aussi tu les connaissais. »
A la gravité de son ton, le chat se leva, sauta au sol, et vint s'asseoir devant les deux hommes. Fet le regarda, se demandant si son impression que l'animal s'intéressait réellement à la conversation était influencée par Severus qui croyait dur comme fer que le chat était Djen.
« Il t'est peut-être venu à l'esprit de te demander pourquoi des gobelins du calibre – et je parle ici sans fausse modestie – du haut calibre de ceux qui dirigent cette équipe sont toujours ici, et non pas dans un bureau du Quartier Général, à superviser de nombreux sites. »
Maintenant, il avait capté l'intérêt de l'homme en plus de celui du chat.
« Laisse-moi commencer par moi-même. Je connais mes talents et je sais que, si les choses étaient différentes, je serais responsable d'un hôpital gobelin de grande envergure. Mais en fait, il se trouve que je suis considéré comme un hérétique par mon peuple. »
« Hein ! »
« Ah, tu ne savais pas ça. Eh bien, un bon médecin gobelin préférerait mourir que d'être surpris avec des non-gobelins. Et pour ce qui est de lire des journaux médicaux non-gobelins, il se trouve que c'est en principe interdit par le Département de Médecine Gobeline. Alors je reste ici, pas seulement parce que je n'ai pas le droit d'exercer dans mon monde, mais parce qu'ici, je peux exercer comme je le veux. J'écris, et je contribue à des publications, mais pas une seule gobeline. Ils ne toucheront à mon travail en aucunes circonstances. C'est Ashkentag qui m'a trouvé cette place et, tant que j'accepte de travailler avec du personnel de différentes espèces, Gringotts sera plus que content de me verser un salaire. »
Severus était livide. « Mais c'est idiot ! Je t'ai vu pratiquer, et pas seulement sur moi. Tu es brillant ! Un guérisseur-né. Ce serait un honneur pour n'importe quel centre médical de te compter… »
Fet eut chaud au cœur en entendant le ton sur lequel Severus prenait sa défense, mais ne dit rien, se contentant de hausser les épaules. « Oui, probablement. Mais n'importe lequel, sauf un qui traite mes semblables. »
Severus secoua la tête avec colère. « Connards ! »
Le chat hocha la tête, approuvant ce que venait de dire Severus. Fet se rendit compte qu'il souriait.
« Et puis, il y a Ashkentag. »
« Qu'est-ce qui ne va pas avec Ashkentag ? »
Le médecin fut ravi de voir tant d'émotion chez l'homme qui avait à peine réagi à quoi que ce soit depuis que Bill l'avait ramené. Il remarqua que le chat aussi semblait content.
« Bon sang, Fet ! C'est l'un des meilleurs égyptologues de tous les mondes magiques. J'ai cru comprendre que les chinois se sont montrés moins réticents quand ils ont entendu qu'il devrait faire partie de la délégation. »
Fet hocha la tête. « Oui. C'est l'un des plus grands experts de ce domaine. Malheureusement, ce domaine n'est pas celui auquel il était destiné. Ashkentag est ce que l'on appelle le mouton noir de sa famille. En fait, ils ont insisté pour qu'il change de nom afin qu'aucun gobelin ne sache qu'il leur fait honte. »
Severus s'écarta du cercueil, s'asseyant en tailleur de façon à pouvoir regarder Fet en face. Le chat sauta sur ses genoux, et y prit ses aises, lui aussi tourné vers Fet. Ces deux-là, se dit le gobelin, resteraient à jamais ensemble. Il espérait que Djen serait prêt à les accepter comme eux l'accepteraient.
« Alors, qui est cette famille qui se croit tellement meilleure que lui ? »
Fet cacha son sourire en entendant le ton offensé de Severus. « Ashkentag est le frère cadet du Directeur. » Avant que Severus ne puisse faire plus que bredouiller, il leva une main. « Le Directeur est l'un des rares membres de sa famille qui communique avec Ashkentag et qui le voie. En fait, c'est lui qui, une fois qu'il a pris la direction, s'est assuré que les sites d'Ashkentag ne manquent jamais de financements. La Famille voit peut-être la fascination d'Ashkentag pour l'histoire d'un œil de dégoût en regard avec leur position dans le monde en tant que Gringotts, mais le Directeur tient à son frère, et il a fait ce qu'il a pu pour amortir son rejet. Depuis qu'il est devenu Chef de Famille, les choses vont mieux pour Ashkentag, mais il n'est toujours pas invité aux réunions de Famille, et s'il s'y présentait, on le mettrait à la porte sans ménagements. »
« Merde alors ! » Severus caressait doucement Djen, dont la queue s'était hérissée, comme s'il avait été insulté par ce qu'il venait d'entendre. Fet savait que le chat et Ashkentag partageaient parfois le même coin ombragé pour leurs petites siestes digestives.
« Et puis, il y a Gorkopol. Qui devrait être directeur de Département quelque part, tellement il a de découvertes à son actif. Le Directeur met un point d'honneur à le lui proposer à chaque fois qu'il va lui faire son rapport. Mais il est toujours avec nous parce que l'idée d'un bureau quelque part dans un immeuble sombre le terrifie. Il a été pris dans un éboulement alors qu'il n'était qu'une jeune recrue, et il leur a fallu une semaine pour le retrouver. En fait, c'est Ashkentag qui a refusé de croire qu'il était mort, et qui a forcé le Responsable de Site à continuer à le chercher. Gorkopol serait mort s'il n'y avait pas eu Ashkentag.
Mais même après tout ce temps, il ne supporte toujours pas d'être claquemuré dans un petit espace, et il hait l'obscurité, ce qui n'est pas naturel chez un gobelin. C'est pour ça qu'il a tendance à dormir à la belle étoile la plupart du temps. Il ne pourrait pas le faire à la maison. Et pas seulement à cause de la météo. Sa famille a coupé les liens avec lui quand il a refusé pour la troisième fois une promotion hors du terrain. »
La grimace méprisante de Snape était assez réjouissante à voir.
« Et puis il y a Bill. »
La tête de l'homme comme celle du chat se redressèrent brusquement. « Et qu'est-ce qui ne va pas au juste avec Bill ? » Severus était profondément offensé. « C'est un Briseur de Sorts exceptionnel, d'un talent sans pareil. Tu l'as dit toi-même. »
Fet acquiesça. Et désigna sa tête. « Les cheveux roux. En gobelin, on les appelle 'souffle du dragon'. Et tu sais combien nous autres gobelins nous apprécions les dragons. Parmi certains des moins éduqués, on dit qu'ils portent la poisse. »
« Merlin ! »
Fet haussa nonchalamment les épaules. « Il aurait pu les raser, mais ça n'aurait pas suffi. Les gobelins savent tous qu'il est l'un d'entre eux. Les gobelins qui travaillent au QG n'ont pas ces préjugés bien sûr. Ils sont souvent plus sophistiqués que nombre de ceux qui travaillent sur le terrain. Et ils ont beaucoup plus de contacts avec les non-gobelins. Mais la couleur de cheveux les met quand même mal à l'aise. »
Le chat leva les yeux au ciel.
« Et oui, Bill est un Briseur de Sorts exceptionnel. Comme nombre de Briseurs de Sorts ne sont pas des gobelins, il n'y aurait pas d'obstacle à ce que Bill dirige un département qui assigne leurs missions aux Briseurs de Sorts, ou encore qu'on lui offre une position d'instructeur. »
« Bien sûr qu'il pourrait devenir instructeur, » siffla Severus. « Diantre, s'il posait la question à McGonagall, il pourrait enseigner les Sorts et comment les Briser à Poudlard. Elle a augmenté le nombre de matières du programme. Elle serait ravie de compter un autre de ses précieux Gryffondors parmi son personnel. »
Le ton offensé fit sourire Fet. « Personnellement, je pense que Bill aime beaucoup le fait que doué comme il est, il travaille toujours sur le terrain. Je sais avec certitude qu'il y a eu des fois, de nombreuses fois, où le Directeur a demandé à ce qu'il s'occupe de sorts sur d'autres sites, parce que personne d'autre ne pouvait les Briser. Ils savent l'un comme l'autre que les directeurs de site ne font appel à lui qu'en dernier ressort. »
Fet gloussa. « Il y a pas mal d'acteur en Bill. Le temps que finalement il vienne à bout des sorts d'un site, le directeur de site a transpiré plus que sa part. Bill chatouille le sens de l'humour du Directeur. On sait qu'il a déjà insisté pour que Bill fasse un saut sur un site pour superviser le travail d'autres Briseurs de Sorts, juste pour remettre à leur place les équipes dirigeantes de certains sites. C'est l'une des raisons pour lesquelles Bill est si doué avec une telle variété de mauvais sorts. Une autre raison étant son talent naturel dans ce domaine. Ça le déprimerait autant que n'importe lequel d'entre nous d'abandonner le service actif pour le prestige d'une fonction quelconque. »
Severus secoua la tête. « Je ne vois toujours pas pourquoi j'aurais ma place dans ce groupe. »
Fet croisa ses chevilles l'une sur l'autre, et fixa ses pieds. « Tu es un Sang-Pur, n'est-ce pas, Severus ? D'une très vieille famille de sorciers. » Il leva les yeux vers l'homme. « Et avec les préjugés habituels des Sang-Purs ? »
Les sourcils de Severus s'élevèrent très haut, appuyant sa réponse à l'insulte sous-entendue.
« Est-ce que c'est pour ça que tu ne veux pas te joindre à nous, Severus ? Pour ça que tu as dit à Bill que tu n'avais pas d'amis ici ? Parce que nous sommes des gobelins, et que jamais un sorcier au Sang Pur qui se respecte ne saurait être ami avec ceux de notre espèce ? » Il parlait comme s'il ne s'agissait que de curiosité, alors qu'en fait lui et les autres avaient été assez blessés d'entendre pourquoi Severus avait envisagé de rester dans le passé.
L'air insulté s'estompa du visage de Snape. Il secoua doucement la tête. « Non. Non, en fait, je ne vous vois plus comme des gobelins. Vous êtes… vous êtes seulement qui vous êtes. Simplement Fet et Ashkentag et Gorkopol. Même Klopstok et les autres ne sont que ceux qu'ils sont. » Il eut un air embarrassé. « Fet… »
Le médecin haussa les épaules. « Alors pourquoi est-ce que tu as dit à Bill que tu n'avais pas d'amis ici ? »
Et bien qu'il ait posé la question doucement, Severus entendit qu'il était blessé. Il se frotta le visage. « C'est chez moi qu'il y a quelque chose qui cloche, Fet, pas chez vous. Chez aucun d'entre vous. » Il regarda le gobelin. « Fet… Dans ma vie, j'ai eu des collègues, des ennemis, des gens qui m'ont toléré à cause de ce que je pouvais leur apporter et leur donner. Mais à part un très, très petit nombre de mes camarades de classe, des camarades qui ont choisi Voldemort et sont tous morts pour lui, il n'y a jamais eu personne dans ma vie que j'aie pu appeler mon ami. Ma nature est telle que… » Il haussa de nouveau les épaules, levant les mains comme pour expliquer. Il ne parvenait pas à trouver les mots.
Fet s'adossa au cercueil, et regarda le chat dont la tête se tournait vers celui d'eux deux qui avait la parole, suivant la conversation. « Alors qu'est-ce que tu ressens pour nous, Severus ? »
L'homme ne put que hausser les épaules, n'ayant encore une fois pas les mots.
Djen le Chat leva une patte et tapota la main la plus proche, offrant sa sympathie.
« Est-ce que tu nous aimes bien, Severus ? Est-ce que tu t'ennuie à cause de nous ? Est-ce qu'on t'intéresse autant qu'une de tes potions ? »
Le sourcil indigné fit son retour, mais la voix était hésitante, comme si Severus pensait seulement à tout ça pour la première fois. « Non, je ne vois aucun d'entre vous comme une de mes potions. Ce sont des choses. Vous êtes… enfin, je ne vais pas vous insulter en vous appelant des humains, mais vous êtes des êtres. Des individus. Non, vous ne m'ennuyez jamais. En fait, nos conversations sont parmi les meilleurs moment que j'ai eus dans plus que ces dernières années. Vous êtes enrichissants à votre façon. J'ai appris plus sur le travail que vous faites, que ce soit sur ce site, ou en matière d'histoire ou de médecine, que je n'aurais jamais pu le faire si j'étais resté ce que j'étais, un professeur à Poudlard. »
Severus se mordilla la lèvre inférieure, réfléchissant. « Sur l'amitié… » poursuivit-il.
Fet tendit soudain le bras, et posa une main sur le genou de Severus. « Difficile de reconnaître quelque chose quand on n'en a que peu d'expérience. Ce n'est rien, Severus. Nous tenions seulement à ce que tu saches que si, tu as des amis. Des amis qui tiennent à toi. Des amis à qui tu manquerais si jamais tu devais partir. Des amis qui t'apprécient toi, et qui apprécient ta conversation et ta contribution à nos vies ici. Qui seront ravis de partager tes impressions de la Chine et de les comparer avec les leurs. »
La voix de Severus était voilée quand il parla. « Merci. Et à l'avenir, quand tu penseras que je devrais me rendre compte de quelque chose, souviens-toi qu'il y a des fois où j'ai besoin qu'on me mette le nez dessus. »
Fet eut un grand sourire, et osa grattouiller le chat sur la tête, entre les oreilles. Djen ronronna. Il écarta la main avant de demander. « Est-ce que c'est pour ça que tu pensais que nous ne pourrions jamais t'accepter tel que tu es ? »
Il y eut un long silence. Fet se demanda s'il n'avait pas franchi une limite. Il était sur le point de s'excuser quand Severus hocha la tête. « Probablement. »
« Severus. Il n'y a rien qu'aucun d'entre nous puisse faire au sujet du passé. Même en le visitant, tu n'as pas réellement pu changer le destin de Nawfal et Djen. »
Le chat approuva.
« Je sais que c'est plus facile à dire qu'à croire, mais crois-moi quand même quand je te dis, Severus, que si jamais tu désirais faire partie de l'équipe de ce site, personne ici ne se montrerait moins qu'accueillant. Pas même Klopstok. De fait, on l'a entendu parler de toi en bien. C'est rare, tu sais. Il n'a pas très bonne opinion de nous autres. »
Ça lui gagna un sourire. Pas un grand sourire, mais un sourire néanmoins.
« Severus, en tant que ton médecin, il faut que je te demande. Est-ce que l'une des raisons pour lesquelles tu étais si attiré par l'époque de Djen était qu'on ne t'a pas demandé ton avis avant de t'amener ici ? Est-ce que c'est parce qu'au fond, tu ne voulais vraiment pas être ici ? »
Le visage de Severus était facile à lire. « Non. Non, je crois que la raison, c'était que Djen voulait que je voie son époque. Et une fois là-bas… » Il secoua la tête. « Est-ce que tu es en train de me demander si j'en veux à Bill ? Non, ma réponse est non. »
Le médecin gratouilla Djen une dernière fois. L'animal allait devenir un membre à part entière de ce petit clan créé par la réunion de ces êtres singuliers, rejetés, pour la plupart, par leur propres semblables : il était temps de montrer à l'animal que lui aussi était accepté. Ensuite, il se leva. « Dans ce cas, tu ne crois pas que tu devrais le lui dire ? Il semble croire que le fait que tu n'aies pas été consulté était la raison principale pour laquelle tu avais besoin de visiter le temps de Djen. Ça le tracasse beaucoup, Severus. »
Arrivé à l'entrée de la chambre, il s'arrêta et jeta un regard par dessus son épaule à l'homme et au chat. « Si j'étais toi, je lui en parlerais bientôt. Cet abcès a besoin d'être crevé avant que nous nous lancions ensemble dans cette nouvelle aventure. Djen, viens avec moi. Je crois que le cuisinier voulait jeter des restes de cet agneau que tu apprécies tant. »
Djen sauta des genoux de Severus et, lui accordant un dernier de ses tous meilleurs regards appuyés, la queue levée, emboîta le pas de Fet, pépiant comme pour demander au gobelin de l'attendre.
