Relecture Brynamon.
Merci pour vos alertes.
Merci à Amygdaloide et Gossip Monkey pour leur review.
Bonne lecture.
Chapitre 11 : Trahison.
POV HERMIONE GRANGER
J'avais fui le père de Ronald en montant à l'étage pour rejoindre la salle de bain. Il semblait trop au courant de certaines choses. Comment pouvait-il connaitre la provenance de mon émeraude ? Ses questions m'avaient embarrassée. Je redoutais à tord qu'il découvre ma nature. Je secouai la tête, tentant de me convaincre que je m'angoissais pour rien. Cependant...
J'avais appris à me méfier des choses ou des personnes qui paraissaient inoffensives. Il faudrait peut-être mieux que je m'en aille mais qu'allait penser Ronald ? Nous étions si bien l'un près de l'autre. Une complicité nous liait, rendant de plus en plus difficile toute séparation. Il m'étalait son affection sans crainte, me prodiguant un sentiment de sécurité que je n'avais jamais connu jusque là.
En le laissant hier soir, j'avais pensé un instant qu'il viendrait me rejoindre dans la chambre d'amis et puis j'avais compris mon erreur, il n'était pas de ce genre là. J'avais autant apprécié que détesté. Heureusement Ginny était venue toquer à ma porte, stoppant net mes frustrations. Avec du recul, je me demandais pourquoi j'étais si impatiente d'expérimenter une relation plus intime avec lui. Mieux valait attendre, mieux valait être prudente. Mieux valait…
Je soupirai. Tout était entremêlé dans ma tête. Je désirais plein de choses. Des choses que je ne pouvais avoir.
Je grimpai dans la douche. L'eau chaude eut du mal à arriver. Je patientai en évitant de me monter la tête.
OoooO
J'étais avec Ginny dans sa chambre, elle m'avait interceptée dans la chambre d'amis. Elle me proposa de me servir dans sa garde-robe. Elle ouvrit un tiroir de sa commode :
-Tu peux te servir aussi dans ma réserve magique.
Je fis un bond (elle n'y prêta pas attention) soudain crispée par le terme employé.
-La plupart de ces choses, je ne m'en suis jamais servie, continua-t-elle.
Elle en sortit des dessous très sexys, me les envoya. Je bafouillai, furieusement contre mais elle était ailleurs. Elle recommençait à ruminer. Hier soir, nous avions parlé longuement. J'avais découvert l'étendu de son chagrin. Je n'avais pas voulu rentrer dans les clichés en parlant de son âge, qu'elle était jeune, qu'elle avait toute la vie devant elle car je comprenais ses doutes, ses peurs.
-Tu trouveras quelqu'un en qui tu auras confiance, avais-je seulement pu lui répondre.
-Comme toi avec Ron ?
J'avais opiné. Elle s'était rappelée de quelque chose :
-J'espère que ton ami Harry n'aura pas des problèmes avec Dean.
-Ne te soucis pas de ça, Harry sait se défendre.
Elle m'avait raconté son manège, je l'avais un peu réprimandée mais au fond sa réaction était compréhensible, je déplorais juste que ce soit Harry qui en ait fait les frais. De ce fait, l'ambiance allait être bien désagréable désormais à son travail sachant que Dean était l'un de ses rares amis.
Je me tâtai pour enfiler les trucs qu'elle m'avait envoyés.
-Tu comptes partir en tenue de commando ? Dit Ginny, sarcastique.
Je rougis.
-Bien, alors ne fais pas ta sainte-nitouche.
-Je ne suis pas…
-Oh si tu l'es et je me rends compte que j'aimerais être plus comme toi. Je sais pourquoi Ron te kiff autant. Tu sembles provenir d'une autre époque comme lui.
Je ne savais pas si c'était un compliment.
-Je te laisse t'habiller. Rejoins-nous en bas rapidement avant que Ron ne pète une durite.
-Je ne vais pas tarder à partir.
-Pourquoi ? Tu es pressée ? Tu as un rendez-vous ?
-Je voudrais voir mon père avant qu'il ne se rende à l'aéroport.
-Ah oui ? Il va où ?
-Bangkok. C'est pour le travail.
-T'as l'air de pas approuver, remarqua-t-elle.
-Je ne veux pas qu'il parte mais je n'ai aucun droit de lui imposer mes états d'âmes.
Elle approuva. Elle pointa les habits sur son lit :
-Je vais te reconduire mais avant tu t'habilles et tu viens déjeuner, tu auras l'heureux honneur de rencontrer un autre de mes frères (elle soupira en grimaçant) en plus des jumeaux qui viennent de débarquer pour le petit-déj hebdomadaire.
OoooO
Je redescendis, mon sac à main sur l'épaule. Je lissais ma jupe en jean un peu courte, anxieuse. Je rabattis quelques mèches, geste bien superflu je le savais. Mais je voulais être irréprochable. Je voulais plaire à sa famille. Je m'étonnai de mon manque de confiance si inhabituelle. Je fronçai les sourcils, pas bien du tout, m'interrogeant sur moi-même. J'entendis un brouhaha qui me refroidit. Je ne voulais rien interrompre. Ils avaient l'air de bien s'amuser. Je les enviai : ils formaient une grande famille. Je ne savais pas à quoi pouvait ressembler un repas de famille (ou même un petit-déjeuner pour ce cas précis).
Les rires fusaient. J'étais encline à remonter en catimini quand mon portable sonna (pas discrètement) et bien sûr ce fut au moment où il y eut un silence. Ronald apparut dans l'encadrement de la porte. Lui aussi était passé par la case salle de bain. Je ne pouvais que noter ses cheveux roux humides et brillants, aussi brillants que ses yeux. Je me sentis gauche sous son œil inquisiteur.
-Tu ne réponds pas ?
-Ah oui…
Je farfouillai, mais le temps d'avoir mon portable en main, la sonnerie s'était interrompue.
-Zut, c'était Harry.
Je fronçai les sourcils de nouveau, d'habitude il dormait jusque midi le samedi. Qu'y avait-il de si urgent ?
-Il rappela si c'est important, grogna littéralement Ronald.
Etonnée, je le dévisageai, perplexe. Pourquoi se renfermait-il dès qu'il s'agissait de Harry ? Je n'aimais pas voir cet air renfrogné sur son visage.
-Qu'est-ce que tu as Ronald ?
Je descendis les marches pour le rejoindre. Il ne bougea pas d'un millimètre, fixant ma tenue.
-Ginny aurait pu te prêter autre chose.
Je me liquéfiai, blessé par son attaque évidente sur ma tenue vestimentaire. Le top dos-nu était camouflé par un cache-épaules. Je n'étais pas à l'aise, certes, mais je n'étais pas ce qu'il semblait insinuer. Nous nous toisâmes un instant.
-Ron, alors ! Ça vient ! Elle est où cette perle rare ! Cria l'un des jumeaux dont j'avais reconnu la voix.
Il apparut aussi et me fit un signe que je lui rendis timidement. Il m'observa de manière appréciateur, sifflant gentiment ce qui colora mes joues et attisa la rancune de Ronald qui repoussa son frère dans la cuisine.
-Tu n'es pas obligé de les voir, me dit-il enfin, me voyant si mal en point.
Je fis les quelques derniers pas nous séparant. Il m'observa faire sans rien dire.
-Je ne veux pas t'embarrasser Ronald. Tu veux que j'aille me changer ?
Je manquai de me gifler, c'était si peu moi de me laisser dicter ma conduite. Cependant, devant son visage radouci, une chaleur me fit du bien et je me félicitai d'être moins rigide. Tout cela était bien étrange.
-Non.
Il effleura mes lèvres des siennes rapidement comme une pulsion non réfréné. Mon pouls s'accéléra.
-J'en rêvais depuis des heures, me murmura-t-il son visage proche du mien.
Machinalement, j'essuyai les traces de rouge à lèvres sur sa bouche avec mon pouce. Il se figea, me fixa avec fièvre. Je clignai des yeux, intensifiant mon geste, emportée par sa fièvre.
-Et si nous partions loin d'eux ? Suggéra-t-il.
J'étais tentée. Il s'en aperçut, me sourit de sa manière si particulière.
-Ce n'est pas très bien élevé, m'opposai-je faiblement. Je n'ai même pas salué ta mère.
-Elle s'en remettra, chuchota-t-il tout en regardant derrière lui comme s'il craignait des représailles.
Cela démontrait bien qu'il n'était pas convaincu de ce qu'il avançait.
-Allons au moins les saluer, dis-je en compromis. Ensuite nous irons où tu veux.
POV RONALD WEASLEY
J'avais hésité à lâcher Hermione dans la fosse aux lions. Elle avait fait la connaissance de Percy et n'avait montré aucun signe d'agacement au son de sa voix belliqueuse et à ses tirades egocentriques. Tirades nullement ralenties par les interventions de Fred et George. Ils essayaient de ramener l'attention sur Hermione mais rien à faire. Elle refoula un sourire amusé.
Elle s'était fondue parmi nous avec aisance malgré une vive appréhension. Je la trouvais plus détendue maintenant. Tant mieux. J'avais eu peur qu'elle prenne la fuite mais non, elle me lançait des coups d'œil répétés et attentifs. J'avais du mal à me détendre comparé à elle sentant une catastrophe arriver.
Cela ne manqua pas. Il fallut que Percy parle de son travail avec Malefoy.
-Vous travaillez avec le Maire ? S'étonna-t-elle.
-En effet, s'enorgueillit-il. Je suis son bras droit, je m'occupe…
-On lui a dit de lâcher ce boulot ! L'interrompit Fred.
-On ne sait même pas pourquoi il l'a pris ! Continua George.
-Travailler avec Malefoy après tout ce qu'il nous a fait, surenchérit Ginny.
-Les enfants…, tempéra mon père.
-Que s'est-il passé ? S'enquit Hermione, intéressée.
-Et bien figure-toi…, commença Ginny
-Tais-toi Ginny, intervint mon père plus sèchement.
-Mais… !
-Cela n'a pas besoin d'être étalé devant notre invitée.
-Elle est avocate papa, persista-t-elle. Elle pourra peut-être nous dire comment se venger de cette pourriture.
-Modère tes propos Ginny !
Elle soupira, contrariée.
-Malefoy junior est aussi avocat, enchaina Fred, il travaille dans un cabinet et il saura défendre son papa chéri, on aura aucune chance.
-Je me demande quel genre de boîte peut embaucher un bon à rien pareil ! S'agaça George.
-Une boîte bidon, continua Fred.
J'étais mortifié.
-Vous ne connaissez même pas son fils ! S'insurgea Percy.
Je l'écoutai à peine, Hermione s'était raidie, crispée même.
-Je travaille dans le même cabinet que Drago Malefoy et je peux vous assurer que mon lieu de travail n'a rien de bidon ! Siffla-t-elle.
Silence de plomb.
-De plus Malefoy s'occupe de droit fiscal, nous n'aurons jamais à nous confronter et même si c'était le cas, je le réduirais en miette !
Elle sursauta, portant la main sur son cœur, se leva brusquement et quitta la pièce. Je fis un tour de table d'un simple regard.
-Vous avez gagné la palme. Merci, vraiment !
Percy fit une tentative.
-Nous ne pouvions pas savoir…
Il se tut.
-Elle a tout compris de travers, s'insurgea Fred.
Je tapai du poing sur la table serrant les dents pour ne rien dire que je ne regretterais. Ils avait peut-être raison mais cela ne m'aidait pas. Je quittai la pièce à mon tour.
Elle était déjà près de la voiture, adossée à celle-ci, emmitouflée dans son manteau.
-Je suis désolé mais tu sais tu n'étais pas visée.
Elle ne répondit pas, ne me regarda pas. Elle était blessée. Je lui ouvris la portière, blessé autant qu'elle pouvait l'être. Je n'aimais pas la savoir triste.
Sur la route, après de longues minutes désagréables, elle répondit à son portable qui sonnait avec persistance.
-Harry, j'allais te rappeler justement.
Encore lui. Je perçus des cris tandis qu'elle éloignait le portable de son oreille.
-Va moins vite et baisse d'un ton, je ne comprends rien !
(Encore des cris.)
Elle se décomposa.
-Harry calme toi. Je vais venir te voir.
-…
-Où es-tu alors ?
-…
-Je te rejoins.
Pas le temps de m'énerver, son attitude abattue m'en dissuada et sa soudaine pâleur aussi.
-Un problème ?
Silence.
-Hermione ?
-Tu peux me déposer près de Regent Street ? Articula-t-elle.
-Bien sûr.
Je n'osai rien lui demander. Toutes mes frayeurs revenaient vitesse grand V.
POV HARRY POTTER
J'avais donné rendez-vous à Hermione dans notre coin secret. Je faisais tout pour ne pas laisser libre court à ma colère, que dis-je à ma rage. J'étais dans un état tel que je réfléchissais mal. La raison : la trahison.
Non seulement mon père et tante Pétunia m'avait menti en me laissant croire à la mort de ma mère mais aussi mon parrain. En quittant la maison comme un cinglé, refusant toute explication de mon père visant à le justifier, je l'avais appelé en premier persuadé qu'il aurait su m'expliquer pourquoi ceux que j'aimais m'avait trahi. Et puis j'avais déchanté, malheureux au possible car lui aussi le savait.
J'avais alors contacté Hermione. Je savais que lui parler de ça raviverait ses propres angoisses car elle avait subi le même maléfice excepté que sa mémoire était intacte. Pourtant je ne voyais pas vers qui d'autre exprimer mon mal-être. Elle saurait peut-être me raisonner. Je le souhaitais ardemment car dans ma tête se projetaient des tas de choses peu constructives. Il fallait que je me calme, que je trouve la force de retourner vers mon père…
Mais savoir ma mère quelque part, ignorant jusqu'à mon existence me fit un mal abyssal. Je pressai ma main sur mon cœur, recroquevillé contre la paroi de l'arbre du parc du cimetière. J'étais face à la tombe de ma mère. Une tombe vide, devinai-je à présent. Un peu plus bas, il y avait celle de la mère d'Hermione.
J'entendis un « pop » significatif annonçant l'arrivée de mon amie. Sa main chaude confirma sa présence. Je ne sus lui faire face, retenant le flot de colère que je ne devais pas déverser sur elle. Elle se serra contre mon dos avec une bienfaisante douceur qui m'apaisa temporairement.
-Harry…
-Ne dis rien. Je pensais que l'on pourrait discuter ici, mais je ne peux pas.
-Allons ailleurs si tu préfères.
-On peut aller chez toi ?
-Si tu veux.
-J'aimerais y passer la nuit si ça t'embête pas.
-Bien sûr mais tu sais que ton père va venir te chercher.
-Non. Il ne viendra pas.
Mieux valait pour lui. Elle me tira par l'épaule et je me laissai guider par ses pas. Je pris de plein fouet la douloureuse sensation du transplanage d'escorte. Une fois devant sa porte, je lui fis face :
-Je m'en veux de m'imposer ainsi Hermione…
OoooO
Dans sa cuisine, je m'étais posé face à elle, une infusion en main. Elle était terriblement affectée par ce qui m'arrivait et cela m'embêtait. Je lui avais déballé toute ma rancœur, mon malaise, mes incertitudes, mon avenir lié à mon désir de retrouver moi-même ma mère là où mon père avait échoué. Sa pâleur s'était accrue, je parvenais à discerner ses émotions même si j'étais moi-même très bouleversé.
-Pardonne-moi Hermione.
Elle se figea.
-Tu as eu ta part, je me montre très égoïste. C'est juste que…
-Tu te sens trahi.
-Oui et tu es la seule en qui j'ai confiance désormais.
Elle détourna le regard, m'empêchant de voir ce qu'elle y exprimait.
-Tu devrais te reposer un peu, décréta-t-elle. Je dois aller voir mon père, nous en reparlerons quand tu seras plus calme et plus lucide.
J'étais lucide.
-Souhaite un bon voyage à ton père.
OoooO
Le lendemain
La nuit avait été difficile. Rester seul chez Hermione n'avait pas été aussi apaisant que je l'espérais. Pourtant son appart était accueillant. Son appart… Oui, elle vivait seule et s'assumait. Il serait aussi temps que je prenne mon envol. Surtout maintenant que le lien avec mon père s'était brisé. S'il n'y avait pas eu le fait de retrouver ma mère, j'aurais voulu ne rien savoir. Certaines vérités étaient destructrices.
Elle était rentrée tard. Nous avions mangé en silence et puis elle s'était réfugié dans sa chambre. Je n'avais pas eu le courage de la déranger. Je savais que j'étais à l'origine de son attitude désemparée. Elle aussi avait passé une mauvaise nuit. Je l'avais entendue se lever à plusieurs reprises.
Devant sa télé, je ruminais. Mon père m'avait appelé x fois. Je l'avais ignoré. Demain j'irai voir Maugrey. Lui pourra peut-être me donner une piste. Cependant j'avais besoin d'infos que seul mon père pouvait me fournir. Je me décidai à lui répondre quand il rappela :
-Oui.
-Harry.
-Quoi ?
-Reviens à la maison. Nous avons des choses à nous dire.
-Ok, je reviens. J'ai des questions à te poser et je te préviens si tu me mens encore…
Je raccrochai pour aller me préparer. Hermione dormait toujours. J'hésitai à entrer dans sa chambre, une fois paré. J'allais faire demi-tour quand j'entendis quelque chose.
-Hermione ?
Je pénétrai dans la pièce, Hermione était assise dans la pénombre, les genoux rabattus vers elle. Elle pleurait. Je me précipitai vers elle. J'étais vraiment le dernier des égoïstes. Je m'assis à ses côtés.
-Je m'en veux de t'infliger ça. Ne t'en fais pas, je vais rentrer voir mon père et tenter de régler ça. Ensuite nous irons tous les deux faire un tour en balai qu'en dis-tu ?
Elle secoua la tête. Je la pris contre moi, dépité.
-Je dois te dire quelque chose, murmura-t-elle.
-Quoi ?
-J'étais aussi au courant pour ta mère.
POV ALAN ROGUE
La veille
J'étais dans le jardin, absorbé par la vision de ma mère s'occupant de ses marguerites qui résistaient malgré l'hiver car elle les avait modifiées pour qu'elles fleurissent toute l'année. Un filet d'eau sortait de sa baguette pour les arroser. Le temps était doux aujourd'hui pour un mois de décembre. Le ciel restait couvert annonçant des choses désagréables, je le sentais.
Avant-hier, j'avais demandé à Dumbledore (sans conviction) de pouvoir rentrer chez moi suite au hibou de mon père. Il m'avait accordé cette faveur sans même m'en demander la raison. Il m'avait autorisé à me servir de sa cheminée car le Poudlard Express ne circulait plus jusqu'à la prochaine rentrée mercredi prochain.
Je ne pensais pas devoir revenir à la maison. Je voulais réviser et étudier pour continuer dans le chemin que je m'étais tracé. Je n'avais pas d'amis et la solitude ne me pesait pas, je n'aspirais qu'à une chose : devenir meilleur pour susciter la fierté de mon père. Il avait placé la barre très haute et ma hantise résidait dans l'échec. Mon cursus scolaire était irréprochable. Je ne dérivais pas dans des loisirs bien inutiles, me concentrant sur l'essentiel : le savoir.
-Chéri ?
Elle me détaillait avec un pli au milieu de son front. Elle avait le don de tout remarquer, rien ne lui échappait.
-Oui ?
-Qu'est-ce qui te tracasse ?
-Je pensais à mes révisions, je ne veux pas prendre trop de retard.
-Tu regrettes d'être revenu ?
-Mais non, j'ai décidé de revenir pour passer le jour de l'an avec vous finalement, mentis-je. Être seul là-bas entouré de Gryffondor n'est pas si réjouissant…
-Alan !
-Je sais, je sais, ne jamais juger quelqu'un en fonction de sa maison.
Elle avait raison. Il y avait une fille… Une Serdaigle…
Je secouai la tête. Pas le temps pour ça.
-Tu viens m'aider ?
J'obtempérai.
-Tu ne sais pas quand va rentrer papa ? Je croyais qu'il serait à la maison à mon retour.
-Il a eu un déplacement imprévu hier mais il sera là d'ici peu. Il ne sait pas que tu es rentré sinon il aurait fait diligence.
Oh que si, il savait que j'allais venir.
-Il aura une belle surprise. Ça le déridera, je le trouve tendu depuis quelques jours.
Cela n'augurait rien de bon.
-Et tu sais pourquoi ?
-Non, soupira-t-elle.
Ses traits perdirent de leur éclat. Je n'aimais pas ça du tout. Elle était encore jeune et jolie avec ses longs cheveux bruns et ses yeux noisette, je ne lui ressemblais pas. Je me trouvais si atypique, ressemblant à mon père mais de manière très fade, pas comme lui, je n'en imposais pas. J'avais coupé mes cheveux noirs corbeau très court, pour durcir mes traits mais rien à faire. Ma seule singularité résidait dans mes yeux verts. Nous ne savions pas pourquoi j'avais hérité de cette teinte d'iris inexistante dans la lignée de mes parents. Maman me disait que c'était un cadeau du ciel, que je ne devais pas chercher à comprendre. Ainsi je ressemblais à un ange, aimait-elle à dire. Je ne voyais pas la corrélation.
-Tu es pur et intègre, m'avait-elle expliqué.
J'aimais à le croire. J'aimais les choses définies et claires. Je n'aimais pas la malhonnêteté et le mensonge. Des valeurs que ma mère m'avait inculquées.
Je lui posai une main sur l'épaule pour la ramener vers moi :
-J'ai une surprise maman, viens voir.
Elle se ralluma de l'intérieur. Dans ma chambre immense et claire (j'aimais la clarté) je me dirigeai vers mon lit tiré au carré, me penchai en dessous pour en tirer une petite cage. Dedans il y avait un bébé dragon. Maman fit un bond de surprise.
-Oh…
-Je sais, je sais, je ne pourrai pas le garder longtemps mais s'il te plait…
Elle s'approcha, fascinée.
-C'est un Magyar ?
J'opinai.
-Mais je croyais que tu ne voulais pas d'animal de compagnie.
-Jusqu'ici je n'en voyais pas l'utilité et puis je suis tombé sur Leonid.
-Leonid ?
-C'est son nom.
-Où l'as-tu trouvé ?
-Mieux vaux que tu ne le saches pas.
-Alan…
-J'ai réussi à modifier sa capacité à émettre des flammes, détournai-je son attention. Il ne crache que de l'eau.
-Et Dumbledore a accepté que tu le gardes ?
-Oui. C'est ma dernière année, ensuite je le confierai à Hagrid. Il saura lui trouver une bonne famille.
Elle sourit et l'attrapa dans ses bras. Leonid s'y nicha avec affection et l'arrosa. Elle éclata de rire. J'aimais l'entendre rire. Je la voyais triste trop souvent. En fait, depuis toujours. Mais je ne savais pas pourquoi et je tentais de compenser.
-Nous allons lui créer un espace pour lui seul, me proposa-t-elle, enthousiaste.
OoooO
Nous étions à table en train de diner quand mon père se montra enfin. S'il était surpris, il n'en laissa rien paraitre. Il embrassa maman, posa sa main sur mon épaule et s'assit face à elle, moi à sa droite. Il découvrit son plat, gardé au chaud par un sort de réchauffement permanent. Il entama son diner en silence comme à chaque fois. Ma mère coupait ce silence comme à chaque fois. Il éludait comme à chaque fois. Il évitait toujours de parler de son boulot. Il aurait pu, cela me passionnait.
-A qui appartient le Magyar dans le jardin ?
-A moi.
Silence.
-Je ne compte pas le garder longtemps.
-Bien. Tu t'en occuperas seul, je ne veux pas voir ta mère avoir un surplus de travail.
-Cela ne me dérange pas Severus.
-Je le sais ma douce.
Son ton changeait toujours quand il parlait à ma mère. Moi je n'avais pas droit à ce type d'affection. Il se tourna vers moi.
-Tu es grand, tu es capable de prendre des décisions, tu te dois de les assumer seul. La vie est ainsi.
Son ton grave et sérieux me perturba.
-Tu es mon fils, je veux ce qu'il y a de mieux pour toi et j'aimerais continuer à te faciliter la vie mais ce ne serait pas te rendre service.
Il se rembrunit.
-Même si parfois je ne te le montre pas, je suis fier de toi et de ce que tu as accompli. Tu es un homme désormais.
En cela nous étions d'accord.
-Et je souhaite te parler d'homme à homme.
-Me parler de quoi ?
Il se crispa un peu plus.
-Severus ?
-Je dois m'entretenir avec Alan en privé.
Elle n'apprécia pas.
-Tout ce qui concerne mon fils me concerne !
-Pas cette fois.
Il était catégorique, elle ne s'en braqua que plus. Je n'aimais pas ce qui s'annonçait. Ils étaient parfois en opposition concernant mon éducation mais rien de gravissime, ils étaient le plus souvent d'un ennui mortel. Et c'était très bien comme ça.
-Aurais-je mal entendu ?
-Non, tu m'as bien compris Lily. Ne m'oblige pas à me répéter.
-C'est bon papa, tu peux me dire ici…
Je me tus, congelé net au regard glacial qu'il me lança. Un regard noir que j'étais heureux de ne pas avoir hérité. Il se leva et quitta la pièce :
-Rejoins-moi dans mon bureau.
Cette voix bien trop basse n'annonçait rien de plaisant. Je ne voulais pas le suivre. Ma mère fulminait, hésitant à le suivre. J'étais très mal à l'aise de les voir se confronter par ma faute.
-Ne te bile pas maman, j'y vais et je te raconterai tout.
OoooO
J'étais en compagnie de Leonid, dans le jardin. Je ne voulais pas rentrer. Je ne voulais pas le voir. Je voulais que l'on m'enterre six pieds sous terre tellement j'étais à ramasser à la petite cuillère. Tout ce en quoi j'avais cru s'était écroulé. J'avais la gorge noué, l'estomac en vrac et le cœur morcelé.
Ma nuit, je la passai là.
A l'aube, je rouvris les yeux, malmené par des cauchemars. Leonid me léchait le visage, soucieux. Je me redressai, vis ma mère couchée à l'extérieur de la protection que moi seul pouvait percer. Cela amplifia mon sentiment de rancune. En levant la tête je le vis debout devant la fenêtre de leur chambre, inexpressif.
Et maintenant que devais-je faire ?
Les choses avancent et se révèlent doucement. La suite dans quelques temps, je replanche sur mon autre fic.
