Disclaimer : Les personnages ne m'appartiennent pas.
Note : Recueil d'OS écrits pendant les nuits HPF (une heure pour un texte sur un thème donné), d'où les formats et les ratings variables.
Note Bis : Je viens de voir que ce texte aussi est centré sur l'eau.
Univers : La chute.
Rating : K+
Bonne lecture.
Déluge
Tout prend l'eau.
C'est étonnant cette capacité de l'esprit à dissocier autant de choses pour mieux les unir par la suite. Des pièces sans intérêt, presque effacées, oubliées, reviennent sur le devant de la scène avant de s'effondrer par la suite.
Comme un château de cartes qui s'écroule, le palais mental de Will disparaît.
Il y a déjà sa maison de Wolf Trap en Virginie. L'eau la dévaste de tous côtés, emportant avec elle tous les souvenirs qui y sont liés, les bons comme les pires. Chaque parcelle de sa demeure est noyée, chaque meuble, chaque petit détail, y compris le plus insignifiant.
Ensuite, les scènes de crime se succèdent sous le raz-de-marée. Les corps se gonflent puis éclatent alors que les preuves s'éloignent vers un horizon indéfini. Toutes les enquêtes subissent le même sort funeste, avec violence et regret, balayant tous les noms des victimes et des coupables pour ne rien abandonner derrière les flots vengeurs.
D'autres décors s'ajoutent les uns à la suite des autres, si nombreux. Certains sont anciens et remontent à son enfance, d'autres ne sont que le résultat d'un esprit détraqué. Chapelles, rues, théâtres, salles de bals, forêts, sentiers et cabanes s'emmêlent dans la noirceur d'une eau devenue totalement assassine. Adieu les lustres, les cierges, les vergers ou les arbres centenaires. Adieu les paysages rêvés par un enfant qui aurait tant souhaité ne pas comprendre le monde.
Une lumière brille pourtant au travers des ténèbres. Un feu accueillant brûle dans une cheminée et diffuse une chaleur bienvenue. Deux fauteuils se font face et, assis dessus, deux hommes se dévisagent dans le silence. Pas un bruit ne trouble leur quiétude, pas un soupir ne s'échappe de ces bouches qui ont décidé d'être closes. Les yeux parlent à leurs places, si expressifs, si tendres. Regard bleu dans regard fauve, douceur dans douleur.
C'est le seul endroit qui demeure debout et Will s'y accroche comme à une bouée de sauvetage. Que ses souvenirs s'en aillent et périssent sous un déluge s'il le faut mais il refuse qu'on lui enlève cette pièce mentale qui représente tant pour lui.
Une bouffée d'air. Une toux puissante. Des sensations diverses sur l'ensemble de son corps.
L'eau qui s'infiltre dans les blessures ouvertes, la fatigue d'un combat étrange qui l'assomme peu à peu.
Puis cette voix. À la fois connue et inconnue. Proche mais si loin. Aimée mais tant haïe.
« Will, un petit effort. »
Le consultant veut parler mais il se sent partir à la dérive. Même les mains d'Hannibal qui le maintiennent hors de l'eau ne suffisent plus.
« Je veux mourir, souffle le brun. Je veux juste mourir.
— Je ne le permettrai pas. »
Le plus jeune avale un peu d'eau par mégarde alors que le cannibale lutte contre les courants pour les ramener vers la rive. Will devine que le tsunami qui s'est abattu sur son palais mental n'est que le reflet de ce qu'ils sont en train de vivre.
« Hannibal. »
Il ne fait que murmurer avant de sourire. Si son esprit doit se dissoudre à son tour alors il est prêt à laisser une toile vierge où le psychiatre pourra bâtir une forteresse.
