Wild Nature
Disclaimer
: Thanks for letting us play with those wonderful characters.Chapter 11: Whatever will be…
Allongée sur le lit, Clarice n'avait pas fermé l'œil de la nuit. Sous la surveillance de trois policiers, elle était restée enfermée dans le chalet. Personne ne lui avait parlé depuis des heures et ce silence pesait sur ses nerfs.
Hannibal Lecter avait-il été capturé? L'avait-on abattu?
Ces questions sans réponses revenaient sans cesse dans son esprit. Elle se préoccupait moins d'elle que de lui, et pas une fois, elle ne s'interrogea sur son sort. Elle prit conscience avec étonnement qu'il était devenu la plaque tournante de son univers, et que sans lui, plus rien ne comptait. La perspective avait changé et elle regardait tout avec un œil nouveau. Elle s'apercevait de la futilité de son existence et de ses illusions. C'était à la fois cruel mais aussi salvateur, car elle avait la sensation d'avoir mûrie, d'être enfin devenue adulte et réaliste.
Peu avant le lever du jour, Clarice entendit des conversations à l'extérieur. Elle reconnut la voix de Pearsall. Le groupe d'hommes resta dehors et le chef de section pénétra enfin dans le chalet.
Un seul regard vers son ancien supérieur et elle sut. Ils ne l'avaient pas capturé. Elle éprouva un immense soulagement qu'elle masqua sous un visage impassible et se concentra immédiatement sur la confrontation à venir.
Pearsall prit une chaise et la regarda avec gravité. Finalement, il soupira :
" Starling, vous vous êtes mise dans un sale pétrin… "
Clarice ne dit rien et continua à le regarder sans fléchir. Devant son silence obstiné, Pearsall reprit :
" … Pourquoi, Starling ?… Qu'est-ce qu'il s'est passé ?… Depuis Chesapeake, vous n'êtes plus la même. Je l'avais senti mais je mettais ça sur le compte du choc après cette terrible nuit… Qu'est-ce que Lecter vous a fait là-bas ? Il vous a envoûté ou quoi ? Si vous avez une explication, vous avez intérêt à me la fournir, parce que je m'y perds… "
" Le Docteur Lecter ne m'a rien fait. J'ai juste pris conscience de l'absurdité dans laquelle je vis depuis plus de dix ans. "
" Il vous a fait un lavage de cerveau, c'est cela ? Il a profité de l'incident du marché pour vous déstabiliser et vous contrôler ensuite. Il sait tellement bien manipuler les gens et en faire des marionnettes qu'il agite à sa guise... A tel point que vous ne vous rendez pas compte de la situation dans laquelle il vous a mise… "
Clarice haussa calmement les épaules.
" Vous ne m'avez pas écouté... Le Docteur Lecter n'y est pour rien... C'est moi qui ait changée... J'ai réfléchi. De toutes les manières, vous ne pourriez pas comprendre. "
" Bon sang, Starling ! J'essaie mais vous ne me donnez aucune indication ! Comprenez ma position! Je cherche à savoir. Qu'est-ce qui se passe entre lui et vous ? "
" Rien qui vous concerne… "
" Starling, je vous préviens… "
Clarice l'interrompit et son ton se fit plus ferme. Elle ne tolérerait pas son attitude une seconde de plus.
" Il est inutile de me menacer, Monsieur Pearsall. "
Le chef de section commença à s'impatienter mais se força à se calmer.
" Ecoutez… Je vous sais intègre, Starling. Vous êtes un agent sur qui je puis compter… compétente et intelligente, une valeur sûre… Mais là… " Il eut un geste d'incompréhension. " … A votre avis, que dois-je déduire de votre comportement ? Vous n'avez pas cherché à avertir les autorités quand vous teniez Lecter et vous avez menti sur son identité pour le protéger… "
" Je ne nie pas ces faits. "
" Pourquoi ? Dites-le moi, Starling! Je fais appel à votre bon sens… Vous rendez-vous compte que vous êtes devenue sa complice ?… Et c'est sans compter le témoignage du médecin qui l'a soigné et qui nous a averti ! Comment croyez-vous que la commission d'enquête va vous juger ?"
" Coupable, mais Lecter était blessé mortellement. Je ne pouvais pas le laisser mourir. J'ai fait ce qui était juste… "
" Juste ! Juste ? Avec un tel monstre ! Comment… " Il se tut un instant, en se prenant le visage à deux mains. " … Starling, je veux une réponse : avez-vous agi volontairement en votre âme et conscience, ou vous a t'il menacé et contraint de le faire ? Réfléchissez avant de me répondre, c'est votre carrière qui est en jeu… "
" J'ai agi librement, Monsieur Pearsall. Et si c'était à refaire, je le referai. "
Pearsall l'observa avec horreur.
" Qu'a t'il fait de vous ?… Mon Dieu, si Jack Crawford était encore en vie, il n'en croirait pas ses oreilles. "
A la mention du nom de son ancien mentor, Clarice sentit la fureur l'aveugler.
" Ne me parlez pas de Crawford ! Tout est de sa faute ! Il y a dix ans, il m'a jeté dans la fosse aux lions pour faire le sale boulot à sa place et en tirer profit ! Depuis, on m'a utilisé comme un pion dans une lutte d'influence dont je n'avais que faire ! Krendler a tout fait pour que je ne gravisse pas les échelons parce qu'il estimait que j'étais une menace pour lui ! Quelle menace ?… Je ne demandais que de la considération ! Jamais je n'ai obtenu une once de reconnaissance pour ce que j'ai fait. Au contraire, je n'ai suscité que jalousie et rancœur autour de moi. Comment l'expliquez-vous ? "
" Vous étiez un agent de terrain doué, Starling, mais pas une bureaucrate… "
" Peut-être, mais à votre avis, pourquoi m'a t'on traité injustement pendant toutes ces années, comme si j'étais une pestiférée? "
" Votre succès éclair et votre relation avec Lecter vous ont porté préjudice, c'est vrai…"
"Oh non, il ne s'agit pas que de cela… C'est le prétexte idéal invoqué! La vérité, c'est que je suis bien meilleure que la plupart de mes collègues masculins, que je connais mon boulot et que je le fais bien!"
"Starling, je reconnais que nous n'avons pas été tendre avec vous ces derniers temps mais vous devez admettre que votre comportement vous marginalise aussi. J'ai du mal à vous placer dans des équipes parce que vous êtes une individualiste et une emmerdeuse née!"
"Moi, une emmerdeuse?"
"Oui, vous nous causez plus de problèmes que vous n'en résolvez!"
"Depuis quand?"
"Depuis le début… Vous avez toujours été sur le fil du rasoir, quelles que soient les affaires. Vous êtes imprévisible et ingérable, voilà votre problème!"
"Mais j'ai obtenu plus de résultats positifs avec mes méthodes que n'importe qui et ça, vous ne pouvez pas le nier!"
"Même si c'est ainsi, ça n'excuse pas votre attitude! Vous pouviez vous plaindre ou changer de service, mais ce n'était pas une raison pour nous trahir, Starling ! "
" Vous avez été les premiers à me trahir en me nourrissant de l'illusion que si je faisais toujours plus, je serai finalement récompensée ! Mais rien n'est venu ! Au lieu de cela, je n'ai vu qu'hypocrisie et corruption ! "
Pearsall la considéra froidement.
" Nous ne sommes que des exécutants, Starling. Si vous êtes autant assoiffée de justice, il ne fallait pas faire ce métier, mais devenir juge ou avocat pour défendre la veuve et l'orphelin. Vous savez quoi ? Vous êtes une idéaliste. Malheureusement, la vertu n'est pas de ce monde et il faut savoir faire des compromis. "
" Plus jamais je ne ferai de compromis… C'est terminé. Depuis quelques mois, je réfléchissais à mon avenir au sein du F.B.I. et je ne voyais rien auquel me raccrocher. Tôt ou tard, je serai finalement arrivée à la conclusion logique que je devrai démissionner… "
Pearsall secoua la tête en se radoucissant.
" Quel gâchis… Pourquoi n'êtes-vous pas venue me voir, Starling ? Nous en aurions parler… "
" Qu'auriez-vous fait ? Rien… Vous ne valez pas mieux qu'eux, Monsieur Pearsall. Vous êtes muselé et vous devez vous soumettre au système ou bien laisser votre place à un autre qui fera le travail. "
Pearsall ne releva pas l'insulte. Il considéra en silence la jeune femme quelques secondes puis se leva. Il sortit et invita les autres agents à entrer. Quand il revint, il la regarda à nouveau avec froideur.
" Clarice Starling, j'ai le regret de vous mettre en état d'arrestation. Tout ce que vous direz à partir de maintenant pourra être retenu contre vous. Vous avez le droit de garder le silence. Vous avez droit à un seul appel téléphonique. Si vous n'avez pas d'avocat, il vous en sera commis un d'office. Au regard de vos états de service, les menottes vous seront épargnées. "
Il se tourna vers les agents.
" Vous pouvez l'emmener. "
Escortée de deux hommes, Clarice sortit du chalet. En passant devant les autres policiers, elle ne vit que dégoût et mépris sur tous les visages. Cependant, pour la première fois depuis longtemps, elle se sentait en accord avec elle-même et libérée. Elle avait agi selon sa conscience et c'était cela le plus important.
Après son départ, Pearsall ne put s'empêcher de regretter l'attitude bornée de la jeune femme et se surprit en même temps à admirer son courage. Il éprouva aussi de la tristesse car il venait de perdre certainement le meilleur élément de son équipe. Intérieurement, il se détesta d'avoir eu à en arriver là et ressentit de la culpabilité à l'idée d'avoir bafoué l'un des derniers symboles d'honnêteté qu'il connaissait. Il écarta rapidement cette pensée par trop dérangeante et se concentra sur l'affaire qui le préoccupait présentement : la capture d'Hannibal Lecter.
… A suivre…
