Pauvres, pauvres garçons…

Chapitre 11

Rera tira une bouffée de sa cigarette, souffla la fumée dans l'air tendu de la pièce.

Rejetée en arrière sur le dossier de sa chaise, elle mirait le plafond comme si c'était la huitième merveille du monde.

Au bout d'un moment, agacée, elle écrasa sa clope dans le cendrier posé à côté d'elle (c'était au moins la cinquantième de l'heure…) et se redressa avant de demander : « Vous comptez jouer aux carpes pendant encore longtemps ? »

Un silence, trois paires d'yeux se tournèrent vers elle.

« Mais…Hakkai n'est pas réveillé… » Répondit une faible voix en direction du coin où était assis Gokû. « Ah » Marmonna-t-elle. « C'est vraiment l'excuse la plus pathétique que j'ai jamais entendue. Enfin bref, ça peut s'arranger. »

Elle pris le cendrier, retourna son contenu sur la table et balança l'objet contre le mur, juste au-dessus de la tête d'Hakkai.

Ça fit « Bonk ! » en lui tombant dessus, le réveillant en sursaut.

« Qu'est-ce qui se passe ? »

À peine avait-il posé cette question qu'il la regrettait, se souvenant soudainement de tout.

Amer, il fixa le médecin qui s'allumait une autre cigarette (apparemment, elle faisait fi de ses propres recommandations).

« J'ai dit, peu après t'avoir administré un calmant pour cause de baisse de tension fulgurante, que là maintenant, vous déchargez vos valises et basta, on en parle plus.

Moi je vais vous dire ce que je pense et ça ne tiens qu'à moi. Je crois qu'il y a un big problème de communication dans votre groupe.

Mais malheuresement, et paradoxalement, il marche comme une table (elle tapa du plat de la main celle à côté d'elle) : on lui retire un pied, elle se casse la binette.

Alors, c'est quoi le bug ? Le bug, c'est que, incapables de vous dire en face ce que vous pensez, vous en venez à faire des trucs tordus qui nous vous plaisent pas vraiment, pour prouvez aux autres où à vous-même vos si profoooondes pensées. Pas vrai, Hakkai ? »

Le brun baissa les yeux. Les autres le regardèrent.

« Tu as l'air d'être quand même le moins crétin du groupe, je pensais pas que tu allais faire une choses pareille. Même Gokû semblait étonné. »

On regarda Hakkai, on regarda Gokû. Celui-ci baissa le regard.

Rera repris : « Toi, mon très cher Gojô -c'est bien ça ton nom ?- tu t'es seulement arrêté aux apparences, tellement idiot.

Et toi, Sanzô. T'hésite encore ? Alors tire un coup et va enfin avec ton très cher et tendre, regarde ce que ton indécision à engendrée.

Vous êtes de pauvres paumés, quel dommage, ça aurait pu être de belles histoires d'amour. Ne me regardez pas ainsi, je ne viens pas d'annoncer l'apocalypse.

Vous voulez que j'explique mieux ? Ok, je n'y vais pas avec des gants, je vous préviens.

Ça va faire horriblement banal comme dénouement, mais passons.

Gokû, si te t'ais expliqué pas mal de trucs tout à l'heure, j'ai omis une chose.

Une minuscule, infiniment petite chose. Mais énormément importante.

À mon très humble avis de médecin, ton soleil est amoureux de toi.

Oh Sanzô, range cette arme, c'est inutile. À force d'enterrer tes sentiments, ils réapparaissent d'eux-mêmes les jours d'orage. C'est comme ça qu'on découvre les cadavres la plupart du temps, tu sais.

Bref, Gokû, je continue…Arrête de faire cette tête de merlan frit, voyons. Donc, voilà, mais. Il y a toujours un mais. Mais ce cher moine, peu sûr de lui, pour une raison que je tairais car je ne suis pas sûre de moi, n'a rien dit. Abruti, pas vrai ? Allons Gokû, ressaisis toi.

Pour continuer sur cette lancée, j'ajouterais qu'Hakkai, en bon garçon intelligent qu'il est, l'a bien compris, et même Gojô devait en avoir capté des signes. Je me trompe ?

Mais Gojô…Passons. (Le tabou grogna dans son coin). Concentrons-nous sur Hakkai.

Tu penses que ce que je t'ai dit tout à l'heure est vrai ? Oui, bien sûr. Tu te souviens de ce que je t'ai dit ? Oui ? Tu pourrais le répéter à haute voix ? »

Gokû fit une tête complètement paniquée. Il fixa tour à tour Sanzô, Hakkai puis Rera.

« Allons. »

Le yôkai déglutit, se tordit les mains, gémit et supplia du regard le docteur du regard. Celle-ci secoua la tête et s'adossa à sa chaise.

Le pauvre adolescent n'avait plus qu'à s'exécuter. Il baissa le nez, et commença à parler d'une voix faible.

« Ho-Den Sama pense que…Hakkai à fait ça…Pour…Que Sanzô (En disant cela il jeta un coup d'œil à l'interpellé) se rendre compte…Qu'il tenait à moi…Et que…Je tenais à lui… »

Regards fixes sur le cadet qui rebaissa le nez en rougissant.

Regards détournés sur l'ex-humain.

Il eut un sourire d'excuse. « Je veux bien avouer que c'était tordu.

-Et de plus, tu as blessé quelqu'un par là. N'est-ce pas, Gojô ? » Le tabou sursauta. Il regarda Rera puis regarda Hakkai qui le fixait avec de grands yeux.

Le docteur ne s'arrêta pas là.

« Tu ne dis plus rien, Sanzô-sama.

-… » On fixa le blond.

Celui-ci tira une cigarette, l'alluma et, soufflant la fumée dans l'air : « Je n'ai rien à dire.

-Menteur. » Le moine envoya un regard noir à la jeune femme. Elle le soutint avec un sourire narquois plaqué au visage.

Finalement, il détourna les yeux et tout en tirant une autre bouffée de sa cigarette, il marmonna : « C'était peut-être tordu mais ça à bien marché, en tout cas. »

Gokû releva la tête, plus rouge que jamais et les yeux très écarquillés.

Hakkai eut un fin sourire et baissa la tête.

Gojô le regarda de travers.

« Tu n'es vraiment pas franc, Sanzô. » Murmura le brun en se redressant sur le lit, repoussant les couvertures. « Qu'est-ce que ça veut dire, ça ? » Demanda le tabou en se tournant vers son ami. Celui-ci l'ignora et regarda Sanzô tout en continuant : « Désolé d'avoir fait ça.

Mais je crois…(Son regard vert se promena sur la minuscule assemblée, s'attardant sur Gojô) …Que je ne suis pas le seul à devoir faire ça.

-Exact. » Acquiesça Rera en écrasant sa clope sur sa semelle, faute de cendrier (le précédent étant toujours sur le lit du brun). Elle se leva.

« Je n'ai plus rien à faire ici. J'ai débloqué la situation, c'est déjà ça. Expliquez-vous ce soir. Demain, tout le monde se repose et après-demain, je vous laisse partir. Bonne soirée. Je reviens demain en début d'après-midi. »

La porte se referma.

Les quatre garçons restèrent interdit.

« Oï…Elle a son diplôme de psychiatre ou quoi ?

-Elle m'a dit que oui.

-Ah.

-C'est quoi un psychiatre ? ça se mange ?

-Mais non, baka ! »

Hakkai eut un sourire. On avait une esquisse de début d'ombre de brouillon d'un retour à la normale.

Il s'assit sur le lit, les pieds sur le parquet et croisa les doigts, les coudes appuyés sur ses genoux.

« Qui doit s'excuser, d'après toi ? » Grommela le moine en s'adossant au mur attenant à sa propre couche.

« D'après toi, bonze pourri ? » Ricana Gojô en croisant les jambes.

Gokû soupira et se leva, alla s'asseoir près de Sanzô et entoura ses genoux de ses bras.

« Pas moi, en tout cas, sale kappa de merde. » Répliqua froidement le blond en jaugeant du regard son compagnon. Le tabou fit une grimace.

Il le savait, il était le premier à devoir s'excuser ici.

Il détourna la tête, évitant soigneusement de regarde ne serait-ce que l'un de ses compagnons.

« Excuse-moi, Sanzô. Je ne voulais pas vraiment ça.

-Humpf.

-Et excuse-moi Hakkai. Je n'aurais pas du dire ça.

-…

-Et excuse-moi Gokû d'avoir touché ton soleil.

-…Ah… »

Silence.

Les excuses de Gojô avaient un goût amer d'aveux.

Sanzô fixa le mur, cigarette se consumant en main.

Hakkai baissa les yeux.

Gokû se tordit les poignets mal à l'aise.

Le silence se prolongea jusqu'à ce que le tabou regarde de nouveau les trois autres.

« C'est à votre tour, je crois.

-Oui…Sanzô. Je me suis déjà excusé, mais je le redis. Mais j'espère qu'au moins tu as compris ce que je voulais te montrer.

-Nh.

-Gokû…Pardon. C'est tout ce que je peux dire.

-…

-Gojô…(un temps) Pardon de ne pas t'avoir écouté. Et pardon de t'avoir blessé si je l'ai fais.

-…Ouais… »

Hakkai serra les mains, ses jointures devinrent blanches.

Gokû se leva : « Moi…Ben…Excuse moi Hakkai de t'avoir griffé. Et…Gojô…Je t'en veux pas tu sais…Enfin…Et Sanzô…Sanzô…Je…

-Ouais, c'est bon, n'use pas ta salive… » Grommela le moine en écrasant sa cigarette, celle-ci totalement consumée dans sa main depuis un petit moment, manquant de lui brûler les doigts.

Gokû rougit et se rassis.

Tout le monde regarda Sanzô.

Les excuses n'étaient vraiment pas son lot. Mais là…

« 'Scuse moi d'avoir dit ça, kappa…

-Mh…

-Excuse-moi Hakkai de ne pas avoir été sincère.

-Oui…

-Et…Pardon Gokû de ne pas avoir ouvert les yeux plus tôt. (Merde, j'ai dit ça moi ? Pensa-t-il au même moment)

-… »

De nouveau un silence (y'a pas de raison de changer les habitudes, hein…)

Puis : « Gojô, tu peux me suivre dans la pièce d'à côté, je voudrais te parler.

-Hein ? »

Hakkai se leva précautionneusement, essayant d'éviter les vertiges. Le métis le fixa avec de grands yeux puis se leva à son tour, manquant de renverser sa chaise.

Une fois sur le pas de la porte, le brun se retourna et murmura à l'adresse de Sanzô : « Vous feriez de vous expliquez aussi. »

Et la porte se referma sur les deux hommes, laissant les deux autres dans la pièce.

A suivre…

Nooon ! Ne me frappez pas ! Je sais que ça traîne un peu mais s'il vous plait, ayez pitié !

Logiquement (je dis bien logiquement) il n'y a plus que deux chapitres d'intrigue et un de conclusion.

Review ?