Nouveau chapitre ce soir, j'espère qu'il vous plaira, en tout cas ça me fait très plaisir de partager cette histoire avec vous :) Surtout n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez !

Chapitre 11 : Loup garou et partie de poker

Voilà bientôt deux heures que Sam et Dean planquent dans cet immense champs, uniquement éclairés par la pleine lune. Il sont arrivés pile pour le coucher de soleil. Juste à temps.

Assis cote à cote, ils fixent attentivement la grange qui leur fait face, cachés par les grands épis de maïs qui les entourent. Typique de la région. C'est Dean qui porte les lunettes à vision nocturne. Sam lui, s'use les yeux à essayer de distinguer une silhouette, un mouvement, quelque chose, sous les rayons de la lune. Ça ne devrait plus trop tarder.

Dean mâchonne bruyamment les bonbons qu'il a prit soin d'emmener avec lui.

« Tu veux bien arrêter de faire autant de bruit ? »

Dean tourne la tête. Il est ridicule avec ces énormes lunettes qui cachent ses yeux. Il pioche à nouveau dans le paquet et enfourne consciencieusement une pleine poignée dans sa bouche. Quand il avale enfin, d'un seul coup, il manque de s'étouffer.

« Quoi, qu'est-ce qu'il se passe Sam ? T'en veux ?

-Beurk, non merci.

-T'as tort. C'est délicieux.

-T'es qu'un ventre Dean, un putain de ventre. »

Dean lui sourit et un peu de chocolat s'échappe de sa bouche.

« T'es répugnant ! »

Dean rigole.

Soudain quelque chose bouge vers le bâtiment sur leur gauche. Sam s'apprête à bondir mais Dean l'arrête, barrant son torse de son bras.

« Te fatigue pas. C'est un lapin. »

Sam se rassoit en grognant.

« Rappelle moi d'acheter une deuxième paire de ces lunettes.

-Ben ouais bien sûr. Je suis ravi de te tenir lieu de liste de course. Te gênes pas surtout. »

Il mâche encore, émettant à présent des petits bruits de plaisir.

« Tu sais pas ce que tu rates Sammy. Ces bonbons ont goût de paradis !

-Tu crois pas au paradis.

-Mais s'il existait il aurait sûrement ce goût là. »

Sam fixe son frère, atterré.

« Mais arrête ces bruits de mastications ! C'est super énervant ! »

La voix de Dean se fait menaçante.

« Quoi, tu vas m'interdire de manger aussi ?

-C'est ni le lieu, ni le moment.

-Oh oui, parce que c'est toi qui décide hein ? J'ai faim alors je mange. Fais moi un procès !

-Papa s'est bien planté sur ton éducation.

-Ah bah super, tu vas insulter papa maintenant. Un vrai enfant de cœur ! Tu veux pas te détendre un peu ? Pourquoi tu me fais chier comme ça d'un coup ? »

Sam grince des dents.

« Tu me tapes sur les nerfs, c'est tout.

-Sans rire ? »

Et Dean fait exprès de mastiquer un gâteau juste à coté de son oreille. Sam soupire résigné. Ça va être une longue nuit.

Une heure plus tard rien n'a bougé. Dean a fini son paquet et commence à fatiguer un peu de sa position inconfortable, le cul par terre. Il gigote d'un coté sur l'autre.

« Tourne toi » ordonne-t-il à Sam.

« Pourquoi ?

-Tourne toi je te dis !

-Ok, ok ça va. »

Sam effectue un quart de tour et permet à Dean de reposer son dos contre celui de son frère. Il émet un soupir de contentement.

« C'est mieux. Je suis trop vieux pour ces conneries.

-T'as juste quatre ans de plus que moi ... d'ailleurs c'est pas juste, quand on était gamins, c'était toujours moi sur la banquette arrière ! Juste pour quatre petites années de moins !

-Oh quoi ? Tu vas me faire ta crise d'adolescence maintenant ? Sérieusement ? »

Sam pouffe doucement quand soudain il entend Dean laisser échapper un petit grognement de souffrance.

« Tu as toujours mal au ventre ? A ta blessure je veux dire, parce que j'imagine bien que ton estomac doit être à l'agonie, là tout de suite...

-Oui, et non. »

Sam garde le silence une minute. Lève la tête, observe les étoiles, apprécie le calme des lieux.

« Tu devrais retourner à la voiture. Laisse moi gérer seul ce loup garou.

-Hors de question ! Je suis peut être un vieux croulant, mais je peux toujours couvrir tes arrières ! »

Sam sourit, rassuré. Dean n'est pas encore à l'agonie. Il fixe à nouveau son attention vers la grange. Calme plat.

« On s'est pas trompé de ferme au moins ?

-C'est ça, traite moi de débile tant que tu y es !

-Débile.»

Dean laisse échapper un éclat de rire. Il pose l'arrière de sa tête contre l'épaule de Sam, levant les yeux vers le ciel. Un silence agréable s'installe.

Sam a ramassé une brindille et dessine de petits motifs dans la terre. Il sent le poids de Dean dans son dos. Un puissant sentiment d'apaisement l'envahi. Il souhaite que ce moment ne s'arrête jamais. Il voudrait pouvoir rester toujours comme ça, en totale harmonie avec son idiot de frère.

« Passe moi le café please.

-Il y en a plus.

-Merde ! »

Dean grimace, mécontent. Se tait une minute. Observe une étoile filante passer.

Ce ciel est magnifique. Dean se sent tout petit devant ce spectacle. Il n'est rien face à l'immensité de l'univers. Ça ne l'apaise pas, ça lui file plutôt le cafard en fait. Il compte tellement peu, finalement. Sa vie est insignifiante. Sam ne se doute pas une seconde des pensées sombres de son frère. Il se contente d'effacer ses gribouillis et d'en commencer d'autres.

Dean ramène ses yeux sur la grange. Toujours rien. Peut être que ce n'est pas pour ce soir ? Peut être qu'ils ont fait une erreur quelque part ?

« Putain j'en ai marre ! C'est trop long !

-Un peu de patience Dean.

-Rah t'en as pas marre d'être toujours la voix de la raison ? Moi ça me saoule en tout cas !

-Tu me reproches d'être quelqu'un de censé ? »

Dean se garde bien de répondre. En fait il s'accorde plusieurs minutes pour rassembler son courage, et lance d'un ton posé :

« Bon, puisqu'on a rien d'autre à faire, bavardons un peu. Dis moi pourquoi Vanessa t'a appelé l'autre jour. »

Belle tentative de paraître détaché, mais Sam sent le dos de Dean se raidir d'appréhension. Autant pour ce moment de bien être. Sam peut faire une croix dessus.

« Ça y est, tu te décides enfin à me poser la question ?

-Me le fait pas regretter ... »

Dean grommelle dans sa barbe, nerveux. Luttant pour ne pas s'énerver.

« Tu peux arrêter de t'inquiéter Dean. Je t'ai dis que je ne repartirai pas.

-C'est pas ma question. »

Sam réfléchit quelques secondes.

« La police l'a appelé te concernant. Ils voulaient des détails sur ce qu'il s'était passé, sur la façon dont tu t'étais fait agressé. Il lui ont aussi posés des questions sur ta disparition de l'hôpital. Elle a paniqué. Elle m'a envoyé quelques messages. Je ne voulais pas qu'elle aie des problèmes à cause de nous c'est pour ça qu'on est resté un peu en contact. »

Dean avale difficilement sa salive.

« T'es trop gentil. T'étais pas obligé de lui répondre.

-Elle n'a rien fait de mal, je ne vois pas pourquoi je ne serais pas correct avec elle. »

Dean s'étouffe à moitié en entendant cette réponse. L'effort qu'il fait pour ne pas répliquer quelque chose de très, très, méchant lui arrache presque les tripes. Il redresse la tête, diminuant la surface de leurs corps en contact. Il n'a plus envie de se reposer sur son frère. Ça suffit.

« Tu ne la verra plus alors ? »

Mais Sam se relève brusquement.

« Dean ! Regarde ! A droite de l'écurie ! »

Sam a raison, une silhouette se détache, éclairé par la lune.

« Oui, c'est lui ! Go, go, Tiger ! Je te suis ! »

Sam s'élance discrètement en direction du monstre. Dean trottine à sa suite, ralenti par sa jambe pas encore tout à fait remise.

Cinq minutes plus tard les deux frères se dépêchent de revenir à la voiture, laissant un cadavre fumant derrière eux. Comme d'habitude. Travail rondement mené toutefois, aucun d'entre eux n'est blessé et la balle d'argent à atterrit pile entre les deux yeux de la bête.

« Toutes ces heures d'attente pour ça. Je sais que je devrais être habitué, depuis le temps, mais ça fait quand même bien chier ! »

Sam lève un sourcil, moqueur.

« Tu veux quoi Dean ? Que tous les monstres de la terre s'alignent pour que tu puisses les buter un à un ?

-Ouais, ce serait pas mal ça !

-Arrête un peu de râler, chochotte. En plus c'est moi qui ai fait tout le boulot.

-Mais tu délires là ! C'est ma balle qui l'a eu, pas la tienne !

-On a tiré en même temps, comment tu peux le savoir ?!

-Parce que je suis cent fois meilleur tireur que toi. Voilà comment je le sais.

-N'importe quoi ! »

Dean est agacé, fatigué par ces heures d'attentes. Et son ventre le lance toujours. Il a besoin de décharger un peu ses sentiments négatifs.

« Au fait, ta Vanessa, c'est une connasse. Je la supportais pas. »

C'est sortit de nulle part.

Ah ça fait du bien ! Un souffle de joie malsaine le parcoure de haut en bas. Plaisir coupable. Sam lui fait les gros yeux, estomaqué.

« Quoi ? C'est bien toi qui voulais que je sois honnête.

-Honnête, oui, pas détestable.

-Et bien pardon de choquer tes chastes oreilles. Mais c'est bien ce que je pense. »

C'est Sam qui s'énerve à présent.

« C'est pas une connasse.

-Si. Et elle a un gros cul en plus. »

Sam est révolté de l'attitude de son frère. Mais quel gamin ! Un gamin cruel en plus ! C'est bien pour suivre Dean que Sam a dû la laisser derrière lui. Ce qui n'a pas été la chose la plus facile qu'il ai eu à faire dans sa vie.

La moutarde lui monte au nez, et avant qu'il ne puisse se contrôler, il lance méchamment :

« Puisque t'es à fond dans l'honnêteté, allons y alors ! Parlons de ce que tu as toujours habilement éviter de m'expliquer ! Parlons de White Oak ! De ce que tu as fait ! Tu te rappelles ?! Quand tu m'as embrassé ! »

C'est sortit beaucoup plus violemment que ce que Sam voulait. Il n'a pas le temps de regretter ces mots toutefois, Dean est déjà en train de lui hurler dessus.

« Ferme la ! Ne dis pas ça ! Ne le dis pas ! »

Il s'arrête une minute, se prend la tête dans les mains. Essaie de trouver un moyen de ne pas exploser, là, tout de suite. Mais quand il relève les yeux et tombe sur l'expression inquiète de son frère, sa colère augmente encore d'un cran. Il est furieux.

« Putain Sam, mais t'es trop con ! Tu fais exprès de ne pas comprendre hein ? Toutes ces fois ou je ne t'ai pas répondu … Pour moi c'était assez clair... Mais toi tu t'en fous, tu continue d'essayer ! Tu m'oblige à te le dire clairement ! Tu ne me laisses pas d'autre choix hein ?

Alors allons y, ouvre bien tes oreilles : JE NE VEUX PAS EN PARLER ! Pourquoi faut toujours que tu ramènes ça sur le tapis ! Sors toi le de la tête ! Tu peux oublier ! Je n'en parlerais pas ! Jamais ! J'ai rien à en dire ! »

Sam est cloué sur place. C'est beaucoup de mots prononcés pour quelqu'un qui ne veux pas parler... Il ne trouve rien à répondre. Essaie de ramener un peu de calme entre eux. Il ne tient pas à pousser Dean dans ses derniers retranchements. Juste à lui faire admettre la vérité.

« Dean, si on en parle pas, ça n'ira pas mieux. On pourra pas mettre ça derrière nous. »

Le regard de Dean est meurtrier.

« On ne se portait pas si mal avant que tu ramènes ta fraise ! Faut toujours que tu enferme le monde dans des mots ! Ça ne marche pas à chaque fois Sam, parfois il faut juste savourer et ne pas se poser trop de questions. Tu n'es pas malheureux en ce moment, si ? On s'entend plutôt bien. Moi je suis content d'être là avec toi. Une phrase de travers, ça peut faire mal, gâcher beaucoup de chose. Ne prenons pas le risque d'accord ? »

Dean s'adoucit. Sam regrette de devoir le contredire.

« Une phrase ça peut faire mal, mais ça peut faire du bien aussi. C'est tout toi ça ! Tu te braques, refuses de partager ce que tu penses, ce que tu ressens. Moi j'ai du mal à te suivre Dean, à comprendre ce qu'il se passe dans ta tête.

-T'as pas besoin de le savoir. Je partage les informations utiles, Sam, pas tous ce qui peux me venir à l'esprit dès que j'ouvre les yeux le matin !

-Mais c'est une information utile que je te demande là ! Ce qu'il s'est passé, c'est plutôt important non ? Ne me reproche pas d'y chercher un sens ! »

Et voilà, Dean se fâche à nouveau. Décidément, ils n'y arriveront jamais ! Dean est trop fier, trop têtu. Trop fragile, mais ça, Sam ne le sait pas.

« Il n'y a pas de sens ! Tout n'a pas toujours un sens ! »

Rien n'est plus faux bien sûr.

Dean panique. Complètement. Le pire c'est qu'il s'en rend compte. Mais il est furieux que Sam le brusque comme ça. Il ne veut pas. Ne parlera pas. C'est trop risqué, bien trop dangereux. Sam déguerpirait dans la seconde si Dean lui avouait tous ce qui lui passe par la tête, chaque jour que Dieu fait, quand il regarde son magnifique frère. C'est insensé ! Il a beau lutter pour repousser ses sentiments à chaque instant, si Sam passe son temps à le pousser à bout, il n'y arrivera pas !

« Maintenant ça suffit ! C'est comme ça que je fonctionne, Sam ! Soit tu peux vivre avec et on continue soit … je sais pas. Mais je ne veux pas en parler. Grave toi bien ça dans le crane et arrête de me provoquer ! Passe à autre chose ! »

Sam est malheureux devant la détresse de son aîné. Il se sent impuissant. Mais Dean lui interdit clairement d'essayer de le réconforter. Il ne peut qu'abdiquer.

« Ok. »

Dean est douché d'un seul coup dans sa colère.

« Ok ? »

Tellement étonné d'avoir gagné la bataille qu'il ne sait plus quoi dire.

« Ok je n'essaierais plus de t'en parler. Mais c'est une erreur. »

Dean fronce les sourcils. Tourne le dos à Sam et souffle doucement, tentative timide de chasser toutes ses tensions. De retrouver un rythme cardiaque normal. Ses mains tremblent un peu mais il les ignore. Son ventre lui envoie encore de petites décharges de douleur, mais ce n'est rien face à la migraine atroce qui lui laboure maintenant le crane.

Dean garde tellement de choses en lui que même son corps en souffre.

« Bon, oublions cette histoire alors. »

Effort désespéré de passer à autre chose. De laisser derrière lui cet événement dont il ne veut plus entendre parler. Dean cache à quel point il est bouleversé.

Le trajet du retour est lugubre.


Sam s'approche à pas lents, concentré. Il plisse le front, attentif à ne pas faire de bruit. Dans sa main, un poisson d'avril, sa cible ? Le dos de John juste devant lui.

Sam se presse la main contre la bouche pour essayer de se retenir de rire. Il est de plus en plus proche. Il va réussir ! Il y est presque. Dean l'observe, depuis l'autre bout de la pièce. Il l'encourage de la main, sourit tendrement devant la blague de son petit frère de quatre ans.

Le regard qu'ils échangent est complice, l'expression de Dean approbatrice. Mais ils auraient du se douter que dans leur famille, quelque chose d'aussi normal que le 1er avril ne se déroulerait pas comme prévu.

Quand Sam atteint son père et pose le papier dans son dos, exerçant la pression nécessaire sur le scotch, John sursaute violemment, se retourne et envoie une énorme claque sur la personne qui l'agresse. Avant de dégainer son flingue et de le pointer sur le petit garçon.

« Papa ! »

C'est Dean qui a crié.

« Sam ? »

Mais John réalise enfin que l'agresseur n'est autre que son fils. Il baisse son arme tandis que Dean se précipite vers son frère.

Sam écarquille les yeux, choqué, apeuré. Il se tient la joue, déjà rougie par le coup.

John se pince l'arrête du nez, soufflant tous l'air de ses poumons. Il essaie de relâcher la tension. Cet instinct qui le pousse à se défendre violemment à chaque fois qu'on l'effleure est une qualité pour un chasseur, mais pas forcément pour un père. Il a du mal à redescendre, l'adrénaline coule toujours à flot dans son grand corps.

John sait bien qu'il est toujours sur le qui vive, prêt à défendre sa vie à chaque instant. Mais il ne peut rien y faire, c'est le seul moyen qu'il a trouvé pour venger Mary. Et pour protéger ses fils également. Son cœur retrouve doucement son rythme normal. Mais la fatigue de John est extrême.

Ses enfants ne peuvent pas lui faire ça ! L'alarmer de cette manière ! La panique fait place à la colère.

« Sam ! Mais qu'est-ce qu'il t'a prit ?! »

Après s'être assuré de la bonne santé de son frère, Dean lève un regard accusateur vers son père.

« C'est juste une blague papa ! Il a appri ça à l'école ! »

Comme si ça ne suffisait pas d'avoir foutu la peur de sa vie à son jeune fils, John lui hurle allègrement dessus à présent.

« Ne refais jamais ça ! Sam, merde ! J'aurais pu te tuer ! »

C'est trop pour le cadet de la famille, qui explose en larmes.

« Je … je voulais juste … bouhou ! »

Devant la détresse de Sam, John regrette un peu sa rudesse. Ce n'est pas qu'il manque d'amour pour ses fils, loin de là ! Mais parfois sa quête du démon aux yeux jaunes prend le pas sur tout. Il en est conscient. Le but de John n'est pas de passer ses journées à poupouner ses garçons. Ce qu'il essaie de faire, c'est de les protéger, et surtout de leur apprendre à se défendre.

Ce monde est sombre, ils doivent être prêt pour ce qui les y attend. Il baisse néanmoins le ton et se penche vers Sam.

« Désolé mon grand. Tu m'as fais peur, c'est dangereux tu comprends ? »

Sam ne comprend pas, mais il essuie ses larmes et fait signe que oui. Dean n'est pas dupe. Mais Dean a huit ans, qu'est-ce qu'il peut y faire ?

« Bon, fais voir ça. »

John examine délicatement la joue de Sam.

« C'est pas grand chose. »

Il hésite légèrement.

« Mais vaut peut être mieux que tu évites l'école demain... »


Ce bar est un peu trop propre pour Dean. Forcément, c'est Sam qui l'a choisi. Un bar d'intello, on aura tout vu !

Pas d'odeur de friture. Pas de vieux piliers de bar déjà bourrés. Pas de groupe de jeunes en train de s'exclamer bruyamment, pas d'odeur de cigarette, pas de mec s'époumonant dans un micro ... Mais putain, cet endroit est aseptisé ou quoi ?!

Dean roule des yeux, excédé.

« Quand j'ai proposé d'aller boire un coup, Sam, c'est pas exactement le genre d'endroit auquel je pensais... »

Il pointe du doigt un couple de danseurs assez âgés qui tourne doucement au rythme de la balade que joue le juke-box.

« Sérieusement ?! »

Dean a l'air dépité. Sam fronce les sourcils.

« Ben quoi ? Un bar, des tables, des chaises, des bières... Je vois pas ce qu'il te faut de plus !

-Un peu de vie peut être. »

Dean scrute désespérément la salle, au trois quarts vide tandis que Sam choisit une table un peu à l'écart et s'assoit.

« Tu veux boire ou quoi ? Pose ton cul sur une chaise et arrête de râler ! »

Alors que Dean s'exécute à contrecœur, Sam sort son éternel ordi portable de sa pochette.

« Oh non Sam ! Je croyais qu'on devait juste s'envoyer des verres jusqu'à ne plus pouvoir marcher droit ! Je veux pas bosser ! »

Sam le dévisage, toujours étonné de l'immaturité de son idiot de frère, pourtant plus âgé que lui de quatre ans.

« Non, ça c'est ce que toi tu vas faire. Mais vu qu'il ne reste qu'un seul mec intelligent dans notre famille, et c'est moi au cas ou tu n'aurais pas compris, ben il va profiter de ce moment pour chercher une affaire. »

Dean grommelle.

« Mais on vient d'en finir une … Tu t'arrêtes plus toi, ça y est ! »

Sam prépare une répartie bien sanglante quand un serveur vient les interrompre.

« Qu'est-ce qu'on vous sers ? »

Immédiatement, l'expression de Dean s'illumine.

« Alcoolo ! » lui glisse Sam.

Dean l'ignore royalement.

« Allez y, surprenez moi, c'est quoi la spécialité de ce zinc ? »

C'est à peine s'il ne se lèche pas déjà les babines.

« Voyons … On fait une très bonne bière à la cerise. Oui, je vous conseille d'en goûter une. »

Dean écarquille les yeux.

« Sam, tue moi ! Tout de suite, s'il te plaît ! »

Sam s'esclaffe, mort de rire de la déconvenue de son frère.

« On va prendre deux tequila. Merci. » lance-t-il au serveur avant que Dean ne tente de l'égorger sauvagement.

Dean observe le serveur repartir avec un air décomposé.

« Non mais tu le crois ça ? Où est-ce qu'on est là ? De la bière à la cerise ! J'hallucine. »

Il se renfonce dans sa chaise avec un soupir de souffrance.

« Le monde part en couille. C'est moi qui te le dis. »

Il croise les mains derrière la tête et ferme les yeux.

Sam le fixe pensivement. Il a un peu de mal dernièrement. Un peu de mal à suivre Dean qui change d'humeur comme de chemise. En fait, il change probablement plus d'humeur que de chemise. Sam n'est pas idiot, devine bien que beaucoup de choses s'agitent dans la tête de son frère. Des pensées auxquelles il n'a clairement pas accès. Il commence à en avoir assez d'être repoussé violemment dès qu'il évoque un sujet un peu plus grave que la couleur de ses chaussettes ou le nouvel album de Metallica.

Dean fait tout pour que leur relation ne redevienne pas aussi profonde qu'avant et se réduise à ces dialogues sans intérêts. Il a peur.

Sam a quand même fini par s'en rendre compte. Mais après son éclat de la dernière fois, Dean n'est pas encore prêt à subir un autre assaut. Sam fera tout ce qu'il peut pour protéger son frère. Mais ignorer la réalité, essayer à tout prix de ne pas penser aux choses qui fâches, ça ne peut durer qu'un temps …

Sam est inquiet, il veut bien le reconnaître.

Quand le serveur revient avec leurs verres, Dean le foudroie du regard et refuse obstinément de lui adresser la parole. Le pauvre homme ne comprend pas ce qui lui arrive, ce qu'il a fait de mal. Il repart avec un air penaud.

« Tu peux arrêter d'être aussi malpoli, Dean ? T'es pénible.

-Rien de ce que tu dira ne pourra me forcer à être sympa avec un mec qui m'a proposé une bière à la cerise !

-Tu lui a demandé sa spécialité, il t'a juste répondu !

-A la cerise, Sam !

-Et ben, quoi ? Tu n'as rien contre les tartes à la cerise !

-Une BIERE à la cerise !

-Tape toi donc une crise cardiaque, c'est plus mon problème. T'es trop stupide. »

Dean reste silencieux, un groupe de jeunes femmes vient d'entrer. La vue est plus agréable soudain. Dean cesse un peu de faire la gueule et avise un jeux de fléchette à sa droite.

Il s'empresse d'avaler son verre et se redresse.

« Une petite partie Sam ?

-Nan. Je bosse.

-Nerd.

-Idiot.

-Workaholic ! »

Dean commence à jeter les fléchettes vers la cible quand il remarque que les nouvelles arrivantes gloussent abondamment dans leur direction. Il est plutôt fier de cette attention. Il se rengorge et bombe le torse, quand il réalise brusquement que c'est Sam, la cible de ces rires.

Absorbé par ses recherches, ce dernier ne s'en rend même pas compte. Dean souhaite bien du courage à la fille qui voudrait aborder Sam quand il bosse comme ça.

Mais sa fléchette manque sa cible. Est-ce de l'énervement qu'il ressent tout à coup ? Il voudrait bien que ces idiotes arrête de glousser comme des dindes ! Il s'éloigne un moment, histoire de choisir une nouvelle chanson et de répondre à un appel de la nature. Sam ne réalise pas du tout que Dean s'en va. Il plisse le front, concentré sur une page écrite, de toute évidence, en grec ancien.

Quand Dean revient, horreur ! Une des filles est attablée devant Sam, son verre à la main.

Ben voyons !

Sam affiche une moue résignée quand il croise le regard de Dean. Il a l'air de dire que ce n'est pas de sa faute. Dean s'en fiche, il garde une expression neutre et retourne à ses fléchettes. Il n'aidera pas Sam à se sortir de là, et puis quoi encore !

Cette fois ce n'est plus de l'énervement. Dean est carrément furieux. Ce moment ravive de pénibles souvenirs. Pourquoi a-t-il fallu que son frère soit si beau ! Dean pense méchamment que cette fille devrait être plus effrayée qu'attirée par son géant de frère. Il sait qu'il est le seul à pouvoir le contrôler physiquement, à pouvoir le dominer.

Cette fille, il la croque en une seconde !

Sa visée est nettement moins précise d'un coup.

« Alors comme ça tu lis du grec ancien ! Bravo, ce n'est pas donné à tout le monde !

-Ouais. »

Sam n'a pas l'air super emballé non plus. Dean se sent un peu rassuré.

« Tu as appris ça où ? A la fac ?

-Ouais.

-Laquelle ?

-Stanford. »

Finalement Dean s'amuse bien. Les réponses de son frère, qui ne dépasse pas un seul et unique mot, devrait décourager cette buse. Mais il lui en faut plus que ça.

« Stanford ! Wahou ! Et ben, tu en as dans la tête toi ! »

Elle prend la liberté de rapprocher sa main de Sam. Erreur fatale. Une fléchette atterrit pile devant son index.

« Ah !

-Dean ! »

Dean rigole.

« Oh, que je suis maladroit ! Je m'excuse ! »

Il prend la chaise juste à coté de la fille et lui sourit malicieusement.

« Plus de peur que de mal. »

La fille le dévisage, à moitié rassurée.

Sam lui enfonce son coude dans les cotes « aie ! »

« Salut, au fait moi c'est Dean »

Il tend la main vers elle et percute malencontreusement son verre. Probablement une bière à la cerise de toute façon, c'est pas une grande perte ! Ce dernier va s'éclater par terre, en mille morceaux.

« Oups ! »

Il lève un sourcil amusé tandis que Sam roule des yeux. La fille serre les lèvres, vexée.

« Ah ouais ok. Chasse gardée quoi. »

Dean lui adresse son plus beau sourire.

« Personne ne jette son dévolu sur mon petit frère. Il est trop bête pour savoir se défendre correctement. »

La fille s'en va et Dean soupire de soulagement. Sam lui, se contente de regarder dans le vide avec une expression un peu coupable. Il ne sait pas vraiment comment réagir. Il se sent perdu. La vérité c'est que ça ne lui a pas déplu que Dean vienne à son secours de cette manière. Et ça, c'est tout sauf normal.

« Allons nous en Dean. T'as raison, c'est nul ici.

-Avec plaisir, Sam. »

Ils marchent vers la sortie quand soudain Dean est frappé par une idée.

« Hé ! Tu crois que Bobby a encore une de ces bouteilles d'alcool fait maison ?

-Peut être. Mais pas pour moi. La dernière fois, ça m'a suffit ! »

Dean éclate de rire. Bouscule un peu son frère.

« Mauviette !

-Imbécile. »

Ils ne se rendent pas compte de l'image qu'ils renvoient aux autres. L'image de deux jeunes hommes très heureux d'être ensemble. Le sourire de Sam est éclatant et le rire de Dean communicatif.

Ils sortent sous le regard incendiaire d'un groupe de filles.


Dean est parti en ville acheter à manger. Ce qui revient à dire qu'il a eu envie d'une part de tarte.

Sam et Bobby jouent au poker, laissant la télé en bruit de fond. Sam ne s'en sort pas si mal, mais face à Bobby il est conscient d'avoir peu de chances de l'emporter. D'ailleurs, si Dean s'est sauvé aussi vite, c'est probablement qu'il a sentit la victoire lui échapper lentement mais sûrement.

Sam décide de profiter de l'absence de son frère pour interroger Bobby.

« Dean m'a dit qu'il était resté chez toi quelque temps. »

Il hésite légèrement et Bobby lève les yeux vers lui, intrigué.

« Ouais. Et ?

-Tu ne m'avais pas dis.

-C'était pas à moi de le faire non ?

-Peut être... »

Devant l'air de chien battu que prend Sam, Bobby soupire.

« Laisse moi deviner, tu as voulu l'interroger sur cette période et il t'a gentiment envoyé bouler.

-Exactement.

-Ça devrait pas t'étonner. Tu connais ton frère. »

Sam reste pensif quelque instants.

« Mais là, c'est pire qu'avant. Il refuse de me parler Bobby. Je ne sais plus quoi faire. »

Bobby le fixe intensément. Sam fronce les sourcils, surpris de cet examen.

« Je peux te poser une question Sam ?

-Ben je me vois mal te l'interdire. »

Bobby sourit. Ce gamin est bien élevé. Plus sage que Dean. Bobby pense tout à coup qu'il faut vraiment qu'il arrête de les voir comme s'ils étaient encore des enfants.

« Qu'est-ce qu'il a fait Dean, pour que tu te tires comme ça avec cette fille ? »

Sam a un mouvement de recul inconscient. Il affiche une mine sérieuse, se mord nerveusement la lèvre inférieure.

« Je peux pas te le dire, Bobby. Il me tuerait à coup sûr ! »

Bobby hausse les sourcils.

« A ce point !

-Ouais, il a bien déconné, c'est certain. Mais peu importe, ça ne justifiais pas mon départ.

-Ça a l'air assez grave pourtant... »

Sam a un doute soudain. Il plisse le front, songeur.

Étai-ce vraiment si grave que ça ? Est-ce qu'il n'en a pas trop fait ? Après tout, ce n'était jamais qu'un bisou. C'est pas comme s'ils n'avaient jamais eu aucun contact physique ! Il n'y a qu'un tout petit pas à franchir pour en arriver à ce niveau d'intimité entre eux. Ils partagent déjà tellement ! Dean a pu s'égarer un instant, voilà tout. Et puis il n'a jamais recommencé. Il n'a pas tenté de se rapprocher à nouveau de Sam. Il s'est montré raisonnable ces derniers temps, et il mérite bien son pardon maintenant.

Sam essaie de se rappeler la sensation des lèvres de Dean sur les siennes. Il a un peu de mal, parce que la surprise était si grande qu'il n'a pas vraiment prit le temps d'analyser ses sensations physiques.

« Bon tu joues ou quoi ? »

Sam écarquille les yeux, soudain conscient de la gravité de ses interrogations. Il secoue la tête, atterré. Ce n'est pas possible ! Il ne peut pas penser à Dean de cette façon !

« Euh, oui, pardon ! »

Bobby le dévisage avec un air curieux.

« Hé gamin, je crois que tu rougis là …

-Non, pas du tout ! Du tout, du tout ! Je vais pisser ! »

Il repousse la table et se lève brusquement. Quand il revient, un peu plus tard, il s'est recomposé une expression neutre.

« Bon on en était où ?

-A ton tour d'annoncer. Et Dean est un idiot.

-Ah oui c'est vrai. »

Bobby sourit de son habituel air bourru.

« Difficile d'oublier ça hein ?

-Combien de temps, Bobby ? Combien de temps il est resté chez toi exactement ?

-J'en sais rien, quelques semaines, un mois, quelque chose comme ça. »

C'est délicat. Bobby ne veut pas trop en dire. Ils jouent en silence un moment avant que Sam se décide à poser sa prochaine question.

« Et il était comment ? »

Cette fois Bobby est carrément agacé. Cette conversation ne mène nulle part.

« A ton avis, Sam ? Tu veux que je te dise quoi ? Tu connais la réponse non ? »

Sam se mord encore la lèvre inférieure. A ce rythme là il n'aura bientôt plus qu'un trou béant pour lui tenir lieu de bouche. Bobby soupire lourdement.

« Qu'est-ce que tu cherches à prouver avec ce genre de questions ? Tu veux te prendre une dose de culpabilité ? Alors allons y ! Attention, scoop : Quand t'es pas dans le coin, Dean tire la gueule. Voilà. »

Le vieux chasseur regrette soudain son honnêteté. Sam n'est pas un mauvais bougre. Il ne mérite pas de se prendre la vérité en pleine face. En même temps, Bobby ne veut pas lui mentir. Pas vraiment son genre.

« Laisse moi quand même te dire que tu devais avoir une sacrée bonne raison de le planter là. Et peut être que ça va lui faire du bien. Peut être qu'il va apprendre une bonne leçon comme ça.

-Je m'en fous qu'il apprenne une leçon ! Tout ce que je veux c'est qu'il ne souffre pas ! »

Bobby a un pincement au cœur. Wahou ! Voilà longtemps qu'il n'avait pas ressenti quelque chose d'aussi fort ! La détermination de Sam l'atteint de plein fouet. Ces deux là, décidément, ne sont rien l'un sans l'autre.

Alors pourquoi cet amour les détruit ? Pourquoi Dean est blessé comme jamais et Sam plus malheureux que les pierres ?

Pas facile de gérer une relation aussi forte ! Bobby se gratte pensivement le coté de la tête.

« Bon, ben il est où le problème alors ? Tu veux pas le blesser, il veut pas que tu le blesses... Tout va pour le mieux dans le meilleur des monde ! Qu'est-ce que vous avez à encore vous prendre la tête !

-Mais c'est de la faute de Dean ! Il refuse d'en parler ! Impossible de dépasser le fait qu'il m'est … enfin... ce qu'il a fait si on en parle pas !

-Dean t'a dit qu'il ne voulait pas en parler ?

-Oui. Clairement.

-Bon alors, on dirait bien que si tu insistes autant, c'est que c'est plutôt toi qui en a besoin non ?

-Je … mais non ! Ça ne marche pas comme ça !

-Tu as du mal à encaisser ce qu'il s'est passé...

-Non, c'est pour lui !

-... ou alors tu culpabilises tellement que tu cherches juste une raison de t'excuser ?

-C'est Dean qui devrait s'excuser !

-Peut être que ça te fait peur. Dean te fait peur ? »

Le fameux Dean effectue son glorieux retour à ce moment là, les mains chargés de provisions. Son sourire est éclatant.

« Hé Sam ! De la tarte au citron ! Je t'ai trouvé de la tarte au citron ! Je suis le meilleur des frères ! »

Il s'arrête brusquement en réalisant la tête d'enterrement que tire les deux hommes. Mauvais timing.

« Ben qu'est-ce qu'il se passe ici ? »

Il fronce les sourcils en s'apercevant que Sam est bouleversé.

« Sam ?

-Espèce d'abruti ! »

Sam lui crache ces mots au visage avant de s'enfuir de la pièce.

« Mais qu'est-ce que j'ai dit ?! »

Dean affiche un air déconfit. Incompréhension. Bobby pouffe.

« C'est rien. Ton frère cogite trop, comme toujours. »