Bonjour ! Et oui, pour une fois je peux me targuer de dire bonjour et non pas bonsoir, car je finis enfin une fanfiction dans la journée et pas dans la nuit ! (ce qui veut surtout dire que j'ai écrit au lieu de bosser mais ça on s'en fout !)
Alors, ça ne fait qu'une semaine que j'ai posté ma dernière fanfiction et je suis moi-même étonné de la vitesse d'écriture de cet OS. Non pas que ça me gêne hein.
Du coup, rentrons dans ce qui est intéressant. Cet OS fait office de suite presque directe au dernier Braggière que j'ai posté. Oui, je sais, ça fait deux Braggières à la suite, mais j'ai été converti et ce ship est beaucoup trop pipou !
Cependant, si le dernier était un scénario proposé par The Lardon, cette fois-ci c'est un scénario qui m'est propre ! Que dire de plus donc… ah si. C'est probablement mon OS le plus long relatif à un ship sur peut-être même un de mes plus longs OS tout court. Donc voilà.
Il y a une musique dont le rythme va particulièrement bien avec la chanson, cherchez « arrietty's song English Ver Min Music » sur youtube, la musique fait 5 minutes.
Je peux maintenant vous laisser vous engouffrer dans la lecture ! J'espère que vous aimerez autant lire cet OS que j'ai aimé l'écrire !
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Le tintement cristallin des verres remplis d'alcool pétillant signa le véritable début de la soirée. Ils se réverbèrent dans les lustres et emplirent de multiples bulles de joie, se manifestant par des sourires éclatant de blancheur, des mots chuchotés qui frôlaient les nuages, des discours certains qui en arrachaient des bouts et des lèvres qui les goûtaient. Alors même que le tintement se finissait et que les premières gorgées étaient avalées, le son combiné des violons, harpes et flûtes se dégagea de l'orchestre et commença à virevolter dans la salle comme du vent, soulevant et entraînant vêtements longs, pieds, jambes, mains, bras, cheveux, rires et cœurs.
Son verre à la main, accolé au mur, les jambes croisés et une moue désobligée au visage, Camille contemplait tout ce beau monde en soupirant. Il devait bien y avoir quelques centaines de personnes ici, dont une bonne partie était richement vêtue et ornée. L'immense mêlée au centre de la pièce regorgeait de couleurs et rutilait de lumières. Les robes d'or à foisonnaient de plumes, froufrous, fourrures de renard, loups, loutres et autres animaux, croulant sous les pierres précieuses et les rubans de soie rose, les écharpes de nacre, les bijoux dégoulinant de beauté. Et ce n'était qu'une minuscule vague dans l'océan, qui était aussitôt remplacée par un ouragan d'argent, de rouge vif, de bleu marin, de noir abyssal. Cette tempête de couleurs se distordait continuellement, submergeant un moment la salle d'une couleur pour immédiatement après la remplacer par une autre.
Il chassa ces images de sa tête et se concentra, les couleurs disparaissant au profit des formes. Il y avait bien trop de monde, quasiment tous les invités ayant amené plusieurs valets pour la soirée. Pour la soirée. Il ne comprenait décidément pas. Avait-on vraiment besoin d'être suivi par une armée de domestique pour une simple soirée ?
Il but une gorgée d'alcool et mit la main à sa hanche, effleurant le manche de sa rapière. Il avait équipé la plus belle dont il disposait, plus par principe que par réel intérêt cependant, celle-ci n'étant pas la plus pratique. Il chercha Bragg du regard parmi la foule et, après plusieurs minutes, finit par le trouver. L'intendant de la Vieille Tour discutait, le sourire aux lèvres, avec un couple. Ils étaient tous deux vêtus de longues robes d'un bleu clair et brillant qui effleurait le sol et semblait toujours onduler. Deux intendants eux aussi, installés plus au Sud dans le Cratère. Des amis de longue date apparemment. Il étudia attentivement leurs mouvements et leurs vêtements. Rien de suspect. Il se permit donc de regarder un peu Bragg. Il portait une sorte de grande tunique grise à col carmin qui laissait dénudées ses épaules pâles, un pantalon noir de toute simplicité mais extrêmement seyant, une écharpe de soie beige qui entourait sa taille et se glissait le long de ses jambes ainsi que deux rubans argentés qui s'entortillaient autour de ses avant-bras. Les deux autres sourirent, s'inclinèrent et partirent, laissant Bragg seul. Le sourire qu'il avait ne tarda pas à disparaître quand une autre personne s'approcha à grand renfort de mouvements de bras.
La discussion fut cependant écourtée par un nouveau tintement de verre, qui aurait pu s'apparenter au son d'une cloche. Tout le monde détourna son attention et son regard vers le balcon d'où venait le son. Un homme, vêtu d'une sorte de redingote blanche et d'une tunique rouge écarlate et le verre levé, souriait en contemplant la foule qui se trouvait en-dessous de lui.
Un majordome lui prit sa coupe d'alcool et se retira dans l'ombre. Les discussions finirent par s'épuiser, les tintements de verre par cesser, les murmures par s'étouffer, les notes par se cristalliser. Et alors il put parler :
- Mes chers amis, je suis heureux de vous voir si nombreux aujourd'hui ! Je ne vois aucune autre meilleure manière de fêter mes soixante ans et les vingt ans de mon fils aîné qu'en votre compagnie ! Je sais que nombre d'entre vous n'attendent que de pouvoir retourner aux boissons et aux langoureux et lascifs chuchotements et c'est pour cela que je ne retiendrai votre attention que quelques minutes. Mon discours sera je l'espère bref, je le devine peu écoutée et je le sais bien vite oubliée parmi les vapeurs de l'alcool, des valses et des lèvres !
Quelques mots donc ! Aujourd'hui vous dans ce château êtes plus de trois-cent membres de la noblesse ainsi qu'un bon nombre d'Intendants, et cela sans compter vos serviteurs. Nous regrettons tous l'absence des dames de Lunétoile et des dirigeants de Mirage mais soyez certains que nous ne les oublions pas.
Soixante ans donc ! Soixante ans parmi vous, soixante ans de labeur, soixante ans d'amitié, soixante ans à rire et à pleurer, soixante ans à me battre. Non, ces soixante ans ne furent pas toujours faciles, en témoigne l'absence de ma femme. Mais une larme peut briller de tristesse et de joie, et ces soixante ans portent aussi en eux l'éclat d'une lumière, d'un espoir, en témoignent mes deux enfants adorés, mon fils aîné et ma fille, qui n'a jamais connu sa mère. Mais surtout, soixante en votre compagnie. Quel bonheur !
Ainsi, je n'ai plus grand-chose à dire et laisserai bientôt place à l'orchestre, mais avant de vous laisser vous emporter dans des torrents de rubans et de folle jeunesse, je tenais à vous dire deux dernière choses.
Tout d'abord, je céderai bientôt mon titre à ma fille. Dès qu'elle aura atteint les dix-huit ans et qu'elle en saura plus sur le monde et ses ficelles, je lui laisserai ma place, mon fils désirant aller étudier et découvrir le Cratère.
Enfin, et je terminerai là-dessus, merci ! Merci à tous d'être venus des quatre coins du Cratère pour une seule soirée ! Merci à tous d'avoir bravé la pluie, la neige, le vent et bien d'autres périples pour m'accorder ce plaisir ! J'espère que vous trouverez cette soirée à votre goût et que vous y trouverez du plaisir ! Amusez-vous bien ! Que la musique reprenne !
Il y eut une explosion d'applaudissement de mains et de verres, accompagnés par quelques cris, de joie quand il s'agissait de réagir au discours et de l'approuver et de stupeur quand il s'agissait de recevoir des fragments de verre sur les mains. Et aussitôt les notes qui s'étaient cristallisées brisèrent leur carapace et firent pleuvoir un déluge sur les invités. Les lustres résonnèrent et répondirent et la symphonie se mit bientôt à faire vibrer toute la salle.
Alors qu'au milieu de la pièce se dessinait clairement comme une piste de danse, Camille se faufila à travers la foule pour aller rejoindre un banc dans l'ombre et relativement proche de la table des boissons tout en gardant un œil sur Bragg, qui s'était apparemment débarrassé de l'homme qui avait tenté de l'aborder juste avant. Celui qui avait les cheveux châtains sourit en le voyant s'amuser puis se reprit. Il n'était pas là pour admirer Bragg, même si cela ne lui déplaisait pas trop. Peu à peu, les images s'imposèrent à son esprit, le toit se craquela et s'effondra alors que la pluie glacée détrempait ses cheveux et que les ténèbres engloutissaient les danseurs et les lustres.
Il sentit les lèvres de l'Intendant quitter les siennes et l'entendit dire quelque chose. Puis la porte se referma et il demeura seul, sous la pluie, avec comme seules sensations un goût légèrement sucré sur la bouche, un souffle court et des frissons de chaleur là où les mains de Bragg étaient passées. Il secoua la tête et se rendit dans le hall. L'Intendant lisait une lettre, enveloppé dans une couverture et devant la cheminée, comme complètement absorbée par la lecture. S'enveloppant dans une cape en ruminant contre la pluie, Camille se dirigea vers le canapé où était assis Bragg. Ce dernier ferma la lettres et les yeux et la posa elle sur la table et sa tête sur l'épaule de Camille. L'épéiste jeta un regard rapide aux alentours pour vérifier si personne ne les voyait puis attrapa la main de l'Intendant en caressant doucement ses doigts.
- Quelle est cette missive ?
- Une fête organisée par un noble. Je ne peux pas vraiment refuser, ce serait dommage de rater ça. Mais je dois avouer que rester ici pour m'entraîner à faire danser la lame n'aurait pas été de refus.
Un silence combla la précieuse minute qu'ils passèrent ensuite tous les deux à regarder le feu crépiter en même temps que leurs cœurs.
Finalement, Bragg lâcha la main de Camille et se leva en bâillant.
- Eh bien j'ai trouvé la solution tu m'accompagneras comme garde du corps, ça te va ?
Il n'avait pas répondu et deux semaines plus tard ils partaient, remettant les clés de la Vieille Tour à Elyren.
La lumière perça peu à peu l'étoffe des rideaux et les images du passé se dissipèrent lentement pour faire à nouveau place au présent. Sur son banc, Camille n'était pas seul. Un homme vêtu d'une robe écarlate somptueuse parcourue de dorures. Il avait les cheveux bruns très foncés ainsi qu'un bouc et des yeux pétillant de malices. La musique battait son plein et tout le monde semblait danser à part eux deux.
- Pardonnez-moi mais, vous êtes ?
L'homme avait initié la discussion, tendant une main amicale à Camille. Le contraste était flagrant entre les deux personnages. D'un côté Camille, cheveux châtains à la limite d'un blond foncé, redingote brune et tunique blanche, le regard méfiant et la main sur sa rapière, et de l'autre l'homme au nom inconnu. Cependant, et malgré le peu de confiance qu'il accordait à cet individu, il se calma et répondit :
- Camille. J'accompagne l'Intendant Bragg et lui sert de garde du corps pour cette soirée.
- Oh, je vois. C'est celui qui est en train de danser avec la duchesse Eleada là-bas ?
Camille chercha quelques secondes du regard parmi la foule avant de pouvoir confirmer. Il volait presque sur place, un demi-sourire au visage, changeant de main et de partenaire presque toutes les secondes. Ses cheveux noirs flottaient dans les airs comme un nuage d'orage qui ne s'arrêtait jamais, se courbant et glissant quelquefois sur ses épaules et son dos. Avec lui, les passes ne duraient jamais plus d'une seconde et il sautait sans cesse entre les danseuses, comme se faufilant sur leur ombre pour mieux les accompagner. Ses pieds ne touchaient presque jamais le sol et ses mains glissaient sur les vêtements comme s'ils étaient détrempés par la pluie. Camille se reprit et demanda à l'autre :
- Et vous, qui êtes-vous donc? Vous ne m'avez pas dit votre nom.
L'inconnu éclata d'un rire qui lui était propre, lâchant même quelques larmes de joie.
- Mon nom ? Qui je suis ? Simplement un noble qui s'intéresse à la politique et à la magie. Je m'appelle Enoch, ravi de vous rencontrer. Le seigneur est un de mes vieux amis et je ne pouvais pas ne pas lui rendre visite ce jour si particulier. Mais je repars bientôt, j'ai de nombreuses expériences à faire et, si cela se trouve, vous entendrez bientôt parler de moi. Enfin, ou du moins de quelqu'un de ma famille. J'ai entendu dire qu'il se dirigeait vers la Vieille Tour.
- Comment savez-vous tout ça ?
- Oh, vous savez… un peu de magie de divination, quelques informateurs bien renseignés, quelques langues déliées par le vin ou les femmes, ou encore les hommes, et ce ne sont plus des informations très difficiles à trouver. Mais je vous souhaite une bonne soirée.
Le dénommé Enoch se leva, fit une courbette et rentra dans la foule pour inviter une dame à danser. Il ne se débrouillait pas mal lui non plus. Mais il était étrange. Camille avait gardé sa main proche de sa rapière tout le long de l'échange. Il se remit à contempler Bragg. Il semblait sautiller sur les notes et les devancer, tournant avec ses partenaires juste assez en avance pour que le mouvement se finisse tout juste avec la note. C'était comme si un typhon de couleurs l'encerclait et que lui, petite tâche grise et rouge, le menait où il voulait comme il le voulait. Il avait vraiment l'air de s'amuser. Il s'éloignait des rangs. Il s'avançait vers lui.
Il se posa sur le banc et soupira de fatigue.
- Eh bien, danser fatigue plus que je ne le pensais. Cela fait trop longtemps que je n'ai pas pu danser comme ça. Il faudra qu'on organise des bals à la Vieille Tour. Cela pourrait être amusant.
Camille lui servit une coupe d'alcool et lui sourit en retour.
- Mais et toi, tu ne veux pas aller danser ? Tu es resté dans ton coin toute la soirée ! Et ne me sors pas que c'est parce que tu es censé être mon garde du corps, tu sais très bien ce que je pense du rôle de garde du corps.
A vrai dire, il n'en était pas vraiment sûr à cent pour cent mais il était plutôt convaincu que c'était la seule manière que Bragg avait trouvé de l'emmener à la fête sans provoquer de scandale ou le désigner comme domestique, ce qu'il était loin d'être.
- Je sais faire danser les lames mais pas les dames.
Bragg lui lança un regard étonné.
- Comment ça, tu ne sais pas danser ? Je pensais que tu le pouvais. Me voici bien embêté alors…
- Bien embêté ? C'est-à-dire ?
- Ça veut dire qu'il est l'heure.
- L'heure ?
- De te retourner ta faveur.
- Ma… quoi ?!
Bragg s'était levé un immense sourire aux lèvres, se hérissant de frissons. Et maintenant il lui tendait la main.
- Tu m'as appris à danser, à mon tour.
Camille lui jeta un regard incrédule et désigna du regard tous les autres invités.
- Tu ne vas pas bien ? Pas ici. Déjà je ne pense pas que ce soit très bien pris et puis ensuite, as-tu seulement pensé à ceux qui dansaient ? Je n'ai pas envie de bousculer tout le monde sans faire exprès.
Ils s'arrêtèrent de parler et la musique commença à chatouiller leurs oreilles. Face à face, les yeux dans les yeux. C'était une sorte de silence qu'ils aimaient bien. Bragg se retourna à moitié, la main toujours tendue vers Camille. Ils contemplèrent de peinture en mouvement devant eux. L'huile se mêlait à la gouache et l'acrylique et ne s'arrêtait jamais, s'envolant un instant puis se fracassant contre des récifs.
Sans qu'ils ne s'en rendent compte, leur doigts se rapprochaient et s'entremêlaient, dansant en même temps que la tempête de couleur qui s'étalait devant eux.
Les yeux noirs de Bragg fixaient le centre de la salle, qui s'était un peu vidé, de nombreux danseurs s'étant écartés. Camille y remarqua un éclat de lumière. Il aimait bien se perdre un peu dans les profondeurs de ses yeux.
L'Intendant se racla la gorge et réitéra son geste, tendant la main un peu plus en avant, la glissant sur le poignet de celui qui devait lui servir de garde du corps.
- L'avantage dans ce genre de soirée, c'est qu'on est vite oublié quand on s'écarte de la piste. Alors pour quelqu'un qui a la réputation de rester seul et de ne jamais s'attarder lors des fêtes… Et pas question que je me meurs pour des questions de convenance.
Camille lui jeta un regard intrigué. Où voulait-il en venir ?
Et soudainement, Bragg l'attrapa par la main et le lança sur la piste. Il déplaça ses mains, les plaçant juste là où elles devaient être, et continua à se mouvoir à toue vitesse, l'entraînant dans l'ouragan. Ils brisèrent les vagues de couleur et se taillèrent une place là où ils ne pouvaient plus être atteints. Bragg continuait de rectifier la position des mains de Camille tout en glissant sur le sol à toute vitesse, s'élançant et retombant sans arrêt. Ses cheveux tourbillonnaient et formaient des nuages dansants quand ses pieds quittaient le parquet et que sa main jointe à celle de Camille était comme attirée par les diamants des lustres. Leurs corps devenaient flous, leur souffle court, leurs main légères. Ils volaient, glissaient tombaient, partaient, tournaient. Leurs cœurs battaient la mesure, explosaient la musique et son rythme. Les mains se lâchaient. Se rattrapaient. Les visages s'approchaient. S'éloignaient. Vite. Ils accéléraient. Ils avaient leur propre musique. Les mains glissèrent peu à peu, tombant sur les épaules, attrapant le bassin, se recherchant, courant, brûlant.
Il n'y avait plus de musique, plus d'océan, plus d'ouragan, plus rien qu'eux. Plus rien qu'eux dans un vide immense et silencieux. Plus rien qu'eux dans un battement de cœur. Plus qu'un battement de cœur pour eux deux.
Il n'y avait plus de lumière sinon l'éclat de leurs yeux. Les ténèbres qui couraient sur la peau de l'un se mirent à caresser la peau de l'autre alors que les doigts de lumière qui osaient s'échapper étaient éloignés par la tempête tournoyante de vêtements.
Ils dansaient, dansaient, s'écartaient peu à peu de la réalité, volant bien au-dessus des autres invités.
Ils étaient emportés par ce mouvement et ne pouvaient l'arrêter, se rapprochant toujours plus et de manière de plus en plus fluide. Ils étaient près. Si près. Si près qu'inévitablement, leurs visages se rencontrèrent et leurs lèvres aussi. Bragg poussa les siennes contre celles de Camille tout en continuant son mouvement, le poussant lentement et inexorablement vers le bonheur. Il accompagna le mouvement et se laissa emporter par le courant, pressant aussi ses lèvres et n'écoutant que les pas de danse et les battements de son cœur.
Et soudain ils s'écrasèrent contre un mur, ramenant Camille à la réalité. Il rouvrit les yeux et vit que l'attention était tournée vers eux. Ils étaient accolés au mur de l'entrée, enlacés. On pouvait clairement suivre leur passage dans l'océan. Ils avaient ouvert les flots et étaient venus à leur tour s''écraser contre les récifs. Mais on les regardait plutôt avec émerveillement qu'avec étonnement. Peut-être n'avaient pas bien compris ? Il ne savait pas trop. Mais il ferma à nouveau les yeux et se laissa emporter par le baiser que Bragg continuait à allonger délibérément, la poitrine collé contre la sienne, les cheveux couvrant le profil de son visage. Le même goût revenait, plus délicieux qu'auparavant. Lentement et sans décoller ses lèvres des siennes, Camille se décolla du mur où Bragg le maintenait, se dirigeant peu à peu vers la sortie. La porte s'ouvrit lorsqu'ils se pressèrent contre elle et ce ne fut qu'une fois dehors que Bragg décolla ses lèvres, un sourire radieux au visage.
Sans un mot, il se dirigea vers la calèche qui les avait amenés à la soirée et y rentra. Camille héla le cocher, qui sortit des ténèbres du jardin et de la compagnie de plusieurs servants et servantes et se dirigea vers eux, et rentra dans la voiture.
Il s'était endormi. Il le couvrit d'une cape qui était restée dans la calèche et ferma les rideaux, jetant un dernier coup d'œil au ciel étoilé. Une infinité de ténèbres où brillaient des milliards et milliards de lumière. Il n'en avait pas besoin. Il avait ses propres petits miroirs de cet infini de beauté. Le cocher hua doucement les chevaux et la voiture se mit en marche.
Il caressa les boucles noires de sa main et s'endormit lui aussi, le cœur hurlant le bonheur dont ses lèvres encore imprégnées.
