Disclaimer : La Terre du Milieu, son histoire, ses habitants, ses lieux, ses dialectes et autres particularités appartiennent à Tolkien. Seuls quelques OCs sont de mon invention. La Chambre des Secrets appartient à Rowling.

Pour éviter les confusions, les personnages seront désignés par leurs noms sindarins. Les mots en italique sont dans cette langue.

Adrien = Galwin

Emily = Mîrsila

Isabelle = Ithilwen

Josh = Erasyl

ATTENTION ! Il y a une scène sanglante dans ce chapitre (séparée du reste par une ligne de XxX), le rating n'est pas là pour rien. Je ne pousserai pas non plus le malsain jusqu'à mes propres limites, car ce n'est pas mon but de faire du torture-porn, mais ladite scène me met personnellement très mal à l'aise. Sur ce, si vous êtes sensibles, vous savez ce qui vous attend. Ah, et là encore, connaître le Silmarillion est vivement conseillé, mais si ce n'est pas le cas, demandez et j'explique.

Chapitre 11

Les Orcs à droite et les Elfes à gauche
Massacrons-nous dans la taverne
Y en a qui disent que la danse c'est moche
Mais tout ça c'est des balivernes !

Pen of Chaos, Massacrons-nous dans la taverne

En tant que patron de l'auberge du Poney Fringant, Prosper Poiredebeurré se devait d'avoir les nerfs solides. Tout d'abord, le métier en lui-même n'était pas de tout repos : la clientèle était nombreuse, ce qui signifiait qu'une fois la soirée bien avancée et les boissons un peu trop consommées, les bagarres étaient fréquentes. Résultat, des blessés, des vols, et des morceaux de meubles retrouvés à des endroits improbables, comme une chaise accrochée au lustre… Heureusement, ces incidents étaient rares, et les clients savaient se tenir un minimum. Le deuxième problème était la localisation. Le village de Bree se trouvait à un carrefour, donc de nombreux voyageurs et personnages plus louches les uns que les autres venaient chaque jour. Et les villageois étaient quelque peu réfractaires aux étrangers. Comme si les Rôdeurs ne suffisaient pas…

C'est à la fin du mois de mai 3013 que quatre étranges clients entrèrent dans l'auberge. La nuit commençait à tomber, et il pleuvait à verses. Les nouveaux venus retirèrent leurs capuches trempées et s'assirent à une table libre, la plus proche du feu possible. En s'approchant d'eux pour prendre leur commande, Prosper vit qu'il s'agissait d'Elfes, deux hommes et deux femmes. Le plus grand avait les cheveux noirs et ondulés, coupés aux épaules, le teint très pâle et les yeux bleu foncé. Le visage du deuxième, plus taillé, était encadré d'une chevelure châtaine longue jusqu'à la bas du cou et raide. La femme face à celui-ci avait le visage le plus doux, comme fait de porcelaine. Ses cheveux lisses cascadaient contre le dossier de sa chaise, brillant de leur couleur argent. Et enfin, la deuxième femme avait un visage triangulaire aux traits fins. Ses cheveux roux cuivré étaient coiffés en une tresse si serrée qu'elle ressemblait à une corde enflammée, et ses grands yeux étaient noirs comme du charbon.

-Qu'est-ce que je vous sers ? demanda Prosper.

Il s'attendait à ce qu'ils lui commandent de l'eau, ou des vins rares, mais en fait…

-Une bière chacun, répondit la blonde avec l'accent très marqué de sa propre langue.

Dès que l'aubergiste fut parti, l'Elfe aux cheveux châtains et raides se pencha vers ses amis.

-C'est quand même idiot : nous avons été tellement habitués au sindarin que nous ne comprenons plus qu'à peine le langage commun. Depuis que les Valar nous ont "paramétrés", en fait. C'est perturbant de parler une deuxième langue en aussi peu de temps comme si on la connaissait depuis toujours, et d'en oublier un peu son langage d'origine. En entendant le Westron, j'ai l'impression d'être dans un cours de langue vivante du lycée.

Les trois autres hochèrent de la tête. Durant les trois précédentes années, tous les cours qu'ils avaient suivis s'étaient à moitié déroulés en sindarin.

-Tiens, continua l'autre aux ondulations noires, ça me fait penser que même sur le bateau et aux Havres Gris, lorsqu'on parlait à quelqu'un, c'était aussi en sindarin. Nous sommes donc des boulets au point de parler une autre langue sans nous en rendre compte ?

-Faut faire attention, sinon on risque d'ouvrir la Chambre des Secrets, plaisanta la rouquine.

Les trois autres sourirent, et l'aubergiste revint avec les quatre pintes qu'il posa sur la table avant de s'occuper de ses autres clients.

-Ça m'avait manqué, soupira l'Elfe aux cheveux châtains. Valinor, c'est bien sympa, mais s'il y avait eu de la bière, ça aurait été encore mieux.

-Galwin ? interrogea la blonde.

-Oui ?

-Ton comportement n'est pas digne d'un seigneur Teler.

-Belle imitation de Círdan, ma chère Mîrsila.

-Merci. Mais je suis injuste avec lui, il nous a aidés, après tout…

-A ce propos, intervint le brun, comment pensez-vous que ce Saroumane va nous accueillir ?

-Je n'en sais rien, soupira Mîrsila, mais il y a une chance sur deux qu'il nous jette dehors en hurlant.

-Qu'est-ce qui te fait penser ça ?

-Ithilwen est avec nous.

-Qu'est-ce que j'ai encore fait ? soupira la rouquine.

-Saroumane, avant d'être l'un des Istari, était un Maia d'Aulë du nom de Curumo. Il y a de fortes chances qu'il comprenne ta parenté avec Sauron.

Ithilwen, les coudes sur la table, enfouit son visage dans ses mains. Les trois autres la regardèrent en silence, attendant une réaction plus en accord avec sa personnalité. Comme exploser sa choppe sur la table et quitter l'auberge. Sans payer. Finalement, elle se redressa en porta sa boisson à ses lèvres, le tout dans le calme le plus complet.

-Il faut croire que ça me poursuivra toujours. Mais il serait plus sage de nous en tenir à ceci : ne révéler nos véritables identités qu'à Elrond, Galadriel et Gandalf. Je fais une confiance totale à Círdan, même si c'est dur à avouer.

-Mais Saroumane est le chef du Conseil Blanc, objecta Erasyl.

-Mais je ne lui fais pas confiance. Et Círdan non plus. D'ailleurs, ça devrait être Gandalf qui dirige le Conseil, avec l'appui de Galadriel. S'il a refusé, Saroumane a pris la place. Non, il ne m'inspire pas confiance.

Les autres restèrent silencieux, approuvant ses paroles. Mais elle s'exposait à un terrible danger. Et si Saroumane la dénonçait ? Même si elle n'avait rien fait de mal ? Après tout, les trois Elfes n'avaient pas envie que le Conseil Blanc s'intéresse trop à eux. Ce serait gênant, et dangereux pour tout le monde.

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459, Premier Age, Tol-in-Gaurhoth

Deux années s'étaient écoulées depuis que Sauron avait conquis l'île de Tol Sirion, avant de changer son nom en Tol-in-Gaurhoth, l'île des Loups-garous. Quatre années que la belle Ellara, puissante sorcière âgée aujourd'hui d'à peine un quart de siècle, était aux ordres de Morgoth. Le Seigneur des Ténèbres, afin de la tester, lui avait ordonné de suivre son lieutenant dans la conquête de l'île, pour qu'après il puisse la former dans les arts les plus sombres de la Magie. Quant à son mentor, Toth, il dut rester à Angband, et y être surveillé. Morgoth croyait sur le moment que retenir le vieux magicien ferait pression sur Ellara, mais en réalité, la jeune femme en était soulagée. Elle ne supportait plus de l'avoir toujours sur le dos, et ce parce que son père le lui avait ordonné.

Dans l'une des salles de l'ancienne Minas Tirith*, curieusement épargnée par la violence de la bataille, se trouvait un bassin rond d'environ six mètre de diamètre, profond jusqu'aux épaules d'un homme moyen et bordé de sept marches. Le sol était dans un dallage du même bleu ciel que les murs et le plafond en arches. Avant la prise de l'île, ce lieu devait être un havre de paix. Mais aujourd'hui, il servait pour quelques sombres et écœurants exercices de Magie d'Ellara. La sorcière, justement, entra dans la salle bleue d'un pas sûr. Agenouillés autour du bassin se trouvaient de nombreux prisonniers Elfes, terrifiés de se trouver dans la même pièce que cette femme à la sinistre réputation. Ils n'osaient lever les yeux vers elle, mais si l'un d'eux l'avait fait, il aurait vu qu'elle tenait une dague spéciale.

Un à un, elle leur fit pencher la tête vers le bassin et les égorgea tout en leur ouvrant la chair des bras. La lame tranchait la peau et les veines, indifférente aux supplications, aux larmes et aux gémissements de peur et de douleur. Petit à petit, le bassin se remplit du sang des sacrifiés, et Ellara commença à prononcer des formules étranges en y mêlant quelques ingrédients, traçant des symboles sur le sol et allumant bougies et encens. Les senteurs poudrées ne masquaient pas les lourds effluves métalliques du sang. Mais ça ne semblait pas incommoder Ellara qui continua à réciter ses formules.

C'est au moment où elle termina de psalmodier les mots aux noirs effets que Sauron entra et s'adossa à un pilier. Comme Ellara lui tournait le dos, elle ne l'avait pas vu, aussi dut-il toussoter pour signaler sa présence.

-Alors, tu as enfin réussi.

-J'espère, répondit-elle. Si ça fonctionne, les années nous le confirmeront. Il y a une chance sur deux pour que j'atteigne mon but…

-Il est inutile d'attendre dix ans pour le savoir. Si tu survis, c'est que tu n'as commis aucune erreur.

Il se redressa et marcha vers elle avant de la prendre par la taille. Ça faisait presque deux ans qu'ils étaient amants, et peut-être que d'ici quelques minutes, tout serait terminé. Ellara avait longtemps hésité à le lui dire, mais il devait le savoir. Et la nuit précédente, ils l'avaient passée comme si c'était la dernière.

-Tu peux encore renoncer, souffla Sauron.

-Hors de question. Mais dis-toi que je suis humaine. Que ce rituel rate ou que je ne le fasse pas, je mourrai de toute façon.

Ils s'embrassèrent passionnément, puis Ellara se détacha de lui et il recula. La jeune femme se débarrassa de sa robe noire marquée à la taille par une ceinture d'argent, enleva le peigne d'argent et diamants noirs retenant ses boucles sombres. Ainsi dévêtue, elle reprit la dague et descendit lentement les sept marches, s'enfonçant dans le sang de ses victimes. Sauron ne put détacher en détacher le regard, craignant la suite.

Lorsque quatre ans plus tôt Ellara s'était présentée à Morgoth, il avait nourri des soupçons à son égard. Et pour lui, un Maia, en venir à considérer une humaine de vingt ans comme une rivale était humiliant. Puis il s'était rendu compte de son désir, non, de sa fascination pour elle. C'était la première fois qu'une femme le faisait souffrir. Il avait longtemps tenté d'ignorer ce qu'il ressentait, mais peine perdue. Normalement, c'était lui qui séduisait ses adversaires afin de les atteindre en plein cœur. Mais cette fois, il s'était fait avoir de la même façon. Après deux ans de jeu du chat et de la souris, sans savoir qui chassait l'autre, ils étaient partis conquérir Tol Sirion. Puis une fois la bataille gagnée, la situation semblait s'être calmée pendant quelques jours. Mais ses sentiments étaient revenus l'assaillir. Puis ce baiser qu'ils avaient échangé, sans vraiment comprendre ce qui leur prenait. Il l'avait haïe, longtemps, de le torturer ainsi. Mais il la désirait, coûte que coûte. Il voulait l'emprisonner dans ses bras, et que jamais elle ne puisse s'enfuir.

C'est après la conquête de l'île que Sauron comprit ce qu'était cette chose étrange qu'on appelait l'amour. Il n'avait auparavant que du mépris pour ça, mais en y réfléchissant bien, il n'était pas moins efficace à servir Morgoth comme il le devait. Au contraire, il se sentait bien plus confiant depuis qu'Ellara partageait sa vie. Et voilà que sous ses yeux, tout risquait de se terminer brusquement, sans qu'il ne puisse l'empêcher. Le Maia pria pour la première fois depuis longtemps, que toutes les puissances obscures qu'il connaissait permettent à son amante de réussir ce qu'elle entreprenait.

Ellara, désormais au milieu du bassin, était immergée jusqu'aux hanches. Les pointes de ses boucles brunes trempaient dans le sang des Elfes La sorcière pencha la tête vers l'arrière, éleva la dague, et enfonça brusquement la lame sous son sein gauche de façon à perforer le cœur, et la retira immédiatement. Puis, sentant ses forces l'abandonner, elle se laissa couler dans le sang des sacrifiés auquel se mêlait le sien, assombri par sa pratique de la Magie Noire. Ellara expira avant de toucher le fond du bassin.

Les cinq minutes qui s'écoulèrent parurent durer une éternité à Sauron, qui serrait les dents et tentait de rester calme. Puis la sorcière émergea et sortit du bassin. A genoux sur le dallage, couverte de sang, elle se retenait de laisser éclater sa joie. Elle avait réussi, elle était immortelle. Sauron retira sa cape et recouvra le dos de son amante qui le remercia, puis la serra dans ses bras, soulagé. Ellara avait survécu, le rituel était un succès, et désormais, ils avaient l'éternité devant eux.

XxXxXxXxXxXxXxXxX

Les quatre Maiar avaient repris leur périple, suivant le Chemin Vert, au sud de Bree. Ils devraient ensuite prendre la vieille route du sud, prendre à l'est une fois à la trouée du Rohan, et arriver en Isengard. Sur une carte, ça semblait facile. Mais en réalité, ce n'était pas du tout le cas. Et heureusement qu'ils avaient des chevaux, sinon ça aurait été encore pire.

-Dites, vous savez quel jour nous sommes ? demanda Erasyl.

-A vrai dire, je crois que nous avons tous perdu le compte des jours, répondit Galwin.

-Franchement, ajouta Mîrsila, j'ai hâte d'arriver. Je n'en peux plus de ce voyage.

Pendant que les trois autres discutaient, Ithilwen scrutait les environs, restant à l'arrière. Elle n'était pas impatiente de rencontrer le magicien Blanc, à cause de son passé au service d'Aulë. Plusieurs fois elle avait tenté de se rassurer, se disant qu'avec les siècles, le magicien avait fini par oublier Sauron lorsqu'il répondait encore au nom de Mairon. Rien n'y faisait. «Pourquoi a-t-il fallu que je naisse dans une telle famille ? se demanda-t-elle pour la énième fois. Enfin, si on peut parler de famille…».

Ils s'arrêtèrent pour se reposer quelques heures et manger quelques provisions achetées à Bree mêlées à celles trouvées durant le voyage. Le silence régnait sur le groupe, mais c'était nécessaire, pour éviter entre autres de se faire repérer. Deux jours plus tôt, des Orcs leur étaient tombés dessus. Heureusement qu'avant de quitter les Terres Immortelles, ils avaient reçu des Valar des armes puissantes et très maniables. Quelques unes des rares restées au Royaume Bienheureux après l'exil des Noldor… Mais malgré leur victoire, les quatre jeunes n'étaient pas de grands combattants, et ils étaient encore étonnés d'avoir survécu. Erasyl avait failli perdre un bras et Mîrsila, une jambe, mais au final, ils s'en étaient sortis avec quelques bosses, quelques bleus et quelques égratignures qui guérissaient très vite. Cette expérience leur avait été utile, car ils savaient que désormais, certains Orcs pouvaient être de très bons boxeurs.

*Rien à voir avec la capitale du Gondor, mais vous l'aurez compris…

Review ?