Chapitre X : So What ?
« Maitre Blaise ? Zoubi est désolée de vous déranger Monsieur… Mais Monsieur Malfoy demande à vous voir.
_ Par cheminée interposée ?
_ Non Maitre, il est en bas. Dois-je le faire monter ici ou préférez-vous le recevoir dans le petit salon ?
_ Ici, ça ira. Et apporte du thé et quelques biscuits au gingembre.
_ Tout de suite Maitre Blaise.
Un instant plus tard, Drago apparaissait dans mon bureau.
_ Comment vas-tu Blaise ?
_ Bien, et toi ? La monotonie de la vie conjugale te convient-elle ?
_ Ma vie n'est pas monotone, me répondit-il, d'emblée vexé par mon air condescendant. Juste plus calme, et c'est très appréciable, merci de t'en préoccuper.
_ Toujours aussi susceptible...
_ Disons que tu n'es pas en position de critiquer les autres mon cher Blaise. Daphné est passée voir Astoria il y a quelques jours elle soutient que tu as revu la moldue que nous avions rencontré à Paris.
_ Miss Greengrass devrait remplacer Rita Skeeter, je suis sûr qu'avec une langue de vipère comme la sienne, elle ferait merveille…
_ Donc elle fabule selon toi ? me demanda mon compagnon, un brin suspicieux.
_ Non. J'ai effectivement revu Mara, mais j'aurais préféré pouvoir te le dire moi-même, si tant est que cela mérite d'être mentionné.
_ Tu es complètement stupide ma parole ! Je pensais que tu serais un des derniers Sang-Purs à te fourvoyer avec des… gens de leur espèce… Te voilà tombé bien bas…
_ Je ne te permets pas Malfoy, surtout que tous savent que ton propre nom a perdu tout pouvoir et toute dignité. Et notre amitié n'excuse pas tout. Je ne me laisserai pas insulter sous mon propre toit.
Je ne m'étais pas départi de mon calme, mais mon interlocuteur sut percevoir l'avertissement contenu dans mes paroles. De fait, comme toujours en présence d'une menace, mon courageux meilleur ami battit en retraite après s'être raclé la gorge :
_ Quoi qu'il en soit, j'étais venu te proposer de passer la soirée chez moi. Daphné y sera également, avec Théodore Nott, sa nouvelle conquête. J'ai pensé qu'une petite réunion entre élites de Serpentard te ferait plaisir.
_ Je n'ai rien contre.
_ Maitre Blaise ? Veuillez excuser Zoubi, je ne voulais pas vous déranger, mais un paquet vient d'arriver pour vous, et il porte la mention 'urgent'. Il provient du service de transmission des objets moldus monsieur...
_ Merci Zoubi. Tu peux disposer.
_ Le service de transmissions des objets moldus, cracha Drago en imitant mon elfe. Tiens donc…
Je choisis de l'ignorer et m'emparai dudit paquet. Il devait forcément être de Mara. Comment était-ce possible ? J'étais certain qu'elle ne voudrait plus jamais avoir affaire à moi… Du moins si les rôles avaient été inversés, ça aurait été mon cas.
Dans le paquet, se trouvait une longue lettre calligraphiée de l'écriture fine et précise de Mara mais en dessous, soigneusement repliée dans du papier de soie, se trouvait une nuisette de satin bleu marine brodée de dentelle noire que mes yeux et mes doigts ne connaissaient que trop bien…
Dans la périphérie de mon champ de vision, Drago sembla tout-à-coup sur le point de défaillir, mais je ne pouvais pas m'en soucier moins. Mara m'avait écrit, et c'était tout ce qui comptait à mes yeux en cet instant :
« My Dear Blaise,
Comme tu peux le voir – après un long débat intérieur – j'ai décidé de te répondre, et de t'écrire dans TA langue maternelle, il est hors de question que je me serve à nouveau de la mienne pour toi – qu'il s'agisse de ma langue au sens figuré ou au sens propre.
Tu es parti si vite que je n'ai pas eu le temps d'évoquer avec toi la nuit qui a précédé ce départ si hâtif. Sans doute est-ce une preuve de couardise, d'ailleurs. Si tu souhaitais vraiment te montrer à la hauteur de ta réputation, tu aurais dû me le dire en face, et me laisser t'agonir d'injures lorsque tu serais parti par la grande porte, le cœur léger… Mais – tu me pardonneras sûrement ce mauvais jeu de mots – tu as préféré filer à l'anglaise. (Oui je sais, en anglais on dit filer à la française…) Mais tu me concéderas bien une petite entorse de langage en guise de vengeance mesquine…
J'utilise les mots, qui sont pourtant ton arme favorite, toi tu as utilisé le sexe. Je ne te savais pas Gigolo à tes heures perdues… Vendre son corps parce que j'ai eu l'audace de malmener ta fierté… Chacun son truc, mais je pense que tu aurais dû te contenter de mots, toi aussi : Vu ton talent dans le domaine du corps à corps horizontal, une bonne joute verbale dont tu as le secret aurait été un moyen plus efficace pour redorer ton blason...
Comment ? J'ai insinué que tu étais un mauvais amant ? Non…
Tu n'étais pas mauvais, juste pas aussi bon que ce que j'avais espéré. Tu es indéniablement expérimenté, et je suis certaine que la plupart des donzelles qui m'ont précédé furent satisfaites de ta prestation, mais comme pour notre amitié, je veux plus. Que veux-tu, je suis une éternelle insatisfaite mon cher… Une petite pétasse ingrate et égoïste disait ma mère lorsque j'étais ado. Et je suppose qu'à présent tu dois l'approuver…
En parlant d'elle, j'ai décidé de te rendre la monnaie de ta pièce, pour qu'on soit quitte quand tu auras terminé de lire cette lettre tu m'as parlé de ton enfance et de ta mère pour m'amadouer, et bien que je ne fus pas dupe ce soir-là – je tiens à le préciser – je vais faire la même chose. Œil pour œil et dent pour dent…
J'ai grandi dans un foyer aimant, partagée entre Paris et notre propriété de Normandie. Mes parents m'ont offert la meilleure éducation possible – un peu à l'image de ce que ta mère a fait pour toi – et faisaient tout pour que je devienne une Lady et une femme responsable. Malheureusement, étant enfant je préférais grimper aux arbres (les célèbres pommiers normands ont toujours eu ma préférence) que de me conduire en parfaite petite demoiselle. Mon caractère détestable décevait mon père et insupportait ma mère, mais comme au dehors je me montrai bonne élève et assez respectueuse des conventions, ils n'insistaient pas beaucoup. Du reste, je ne suis pas certaine que ça aurait servi à quelque chose. La mort prématurée de mon père me conduisit il y a trois ans à endosser son costume malgré mon jeune âge, et depuis ma mère se fait de moins en moins présente dans ma vie.
Voilà. Je doute que ta curiosité te pousse à me redemander des précisions, étant donné que me connaitre plus personnellement semble être le cadet de tes soucis.
Alors à jamais peut-être.
Bien à toi,
Mara.
P.S : J'allais oublier : Ci-joint, comme tu as du le deviner, se trouve la nuisette qui semblait tant te plaire ce soir-là. Tu aurais certainement voulu que je la garde précieusement en souvenir, mais il y a des choses plus importantes que d'autres. J'ai pensé qu'elle te serait plus utile. Brûle-la ou garde-la comme une relique « moldue » de ton écart de conduite… Pour ce que j'en ai à faire…
_ Quelle garce… murmurai-je avec un sourire. Quelle superbe et magnifique garce… Me voilà pris à mon propre jeu.
_ Est-ce que c'est ce que je crois que c'est… De la lingerie ?
_ Tu poses un peu trop de questions Drago. Je viendrai chez toi ce soir. Tu voulais me dire autre chose ?
_ Non, non Blaise, tu ne t'en sortiras pas si facilement - pas cette fois-ci en tout cas. Dis-moi pourquoi une moldue t'envoie un vêtement aussi… intime.
_ Pour la dernière fois Drago, ça ne te regarde pas le moins du monde. Je te prie de rester en dehors de mes affaires.
_ Tu es mon ami, Blaise, presque mon frère – enfin c'est ce que je croyais jusqu'à maintenant, et je ne peux pas ignorer ce que je viens de voir.
Je voyais qu'il n'en démordrait pas, aussi je décidai de couper court à toute discussion superflue. J'avais hâte qu'il parte pour pouvoir réfléchir à la suite à donner au courrier de Mara. Elle ne devait pas avoir le dernier mot, mon honneur en dépendait. Mais pour cela, je devais être seul.
_ Daphné ne t'en a donc pas parlé lorsqu'elle est venue ? C'est très étonnant, elle qui se faisait une joie de prévoir ta réaction lorsqu'elle ébruiterait l'effroyable 'secret' que je venais de lui confier… Eluder n'est guère dans ses habitudes… Elle si prompte aux commérages, grande championne de la médisance… Pourquoi a-t-elle gardé le silence sur un sujet qui pouvait lui permettre de persiffler à son gré ?
_ Tu commences à m'inquiéter Blaise. Non, Daphné ne m'a rien dit de particulier. Et cesses d'utiliser de grands mots et de poser des questions sans réponses, c'est toujours très mauvais signe chez toi. Qu'est-ce que tu me caches ?
_ Je pensais que tu aurais compris en voyant la nuisette, mais comme d'habitude, petit Dragonnet est aveugle dès qu'il ne s'agit pas directement de lui… Je n'ai pas seulement revu Mara.
_ Tu… tu as…
Le teint diaphane de mon ami avait viré au vert, et il fut secoué d'un haut le cœur qui l'empêcha de mettre en mots ce qu'il avait enfin réalisé. Une petite part de moi le trouva excessif et même pathétique, mais la majeure partie, façonnée par une éducation Pro-Sang Pur certes un peu moins stricte que la sienne, ne pût que comprendre son trouble. Je m'étais sinon souillé, du moins terni, en posant les mains sur Mara.
Bien malgré moi, je compris à présent pourquoi Daphné avait trouvé mon comportement puéril au point de s'en esclaffer sans retenue. Ma réaction avait été disproportionnée et contre-nature d'après nos leçons de morale, et c'était pour me le faire comprendre qu'elle m'avait titillé sur mon attachement présumé envers une moldue. C'était aussi pour cela qu'elle m'avait laissé la primeur de le dire à Drago il fallait que je voie la réaction de mon frère de cœur pour me rendre compte de l'absurdité et de l'anormalité de mon geste. Les critiques à demi voilées de Daphné n'auraient pas suffi à me le faire réaliser à mon tour… En faisant semblant de bien prendre la chose, et de me pousser dans mes derniers retranchements, elle cherchait simplement à me faire réagir, et voyant que cela n'avait pas marché, elle avait fait en sorte que Drago le fasse.
Inutile de se demander pourquoi elle était la sorcière la plus intelligente de la promotion 1991 – Hermione Granger exceptée bien-sûr, mais aucun Serpentard ne prenait l'amie de Saint-Potter en compte…
(…)
« Hum… Alors tu as révélé LA chose mon cher Blaise ? M'interrogea justement Daphné en sirotant son cocktail sur le divan du salon Malfoy.
_ Oui, et je dois dire que tu m'y a grandement aidé… M'envoyer Drago, c'était du génie. Moi qui n'avais pas compris pourquoi tu t'acharnais à vouloir me faire reconnaitre mon hypothétique 'attachement' pour une Moldue…
_ Oh non, ça, ça n'a rien à voir, me sourit-elle en croisant les jambes d'une manière assez suggestive - au grand trouble de Théodore Nott qui avala bruyamment sa salive à côté de moi. Je suis sûre de ce que j'avance, que ça te plaise ou non. Il y a un truc entre vous…
_ Je confirme, intervint le maitre de maison d'un air pincé qui n'était pas sans rappeler la perpétuelle expression de dégout de sa mère Narcissa. Et ce truc ressemble à s'y méprendre à de la lingerie féminine.
_ Vraiment ? demandèrent d'une même voix les sœurs Greengrass.
Astoria semblait confuse, mais le sourire narquois de Daphné faisait écho à celui de son beau-frère - Théodore quant à lui semblait s'ennuyer ferme.
Malfoy déclenche de nouveau les hostilités Ladies and Gentlemen… Un point pour lui.
_ Je suis un peu surpris que tu puisses être à même d'identifier ce genre de vêtement mon cher Drago… A moins que vos devoirs conjugaux ne soient pas aussi calmes que ce que tu m'as laissé entendre ce matin…
Les deux époux s'étouffèrent et Daphné partit d'un grand éclat de rire en me félicitant. Même son discret compagnon avait les joues rosées, et ne put dissimuler un sourire admiratif. Je décidai donc que ma répartie comptait double :
Zabini 2 Malfoy 1.
_ Vous n'allez pas recommencer avec vos joutes verbales idiotes ! s'indigna la toute jeune Mrs Malfoy.
_ Pourquoi donc Ria ? La discussion est juste un peu plus pimentée…
_ Parce que Daph, c'est insultant ! C'est notre vie privée à Drake et à moi, déclara-t-elle d'un ton péremptoire.
Daphné et moi levâmes les yeux au ciel. Quelle rabat-joie… Hélas, le regard métallique de son cher mari nous dissuada d'exprimer cette opinion à voix haute. Il n'y a pas à dire, ils s'étaient bien trouvé tous les deux…
Aussi avions-nous décidés de continuer cette discussion en leur absence En prenant l'air dans le parc de leur modeste manoir, mon amie me réclama quelques précisions :
_ De quelle lingerie parlait Drago ?
_ Vous êtes décidément bien curieux, Drago et toi.
_ Oh allez, c'est trop tard pour faire l'offusqué… Que s'est-il passé ?
_ Ce matin, pendant la visite de Drago, j'ai reçu un courrier de Mara.
_ C'est ta moldue qui s'appelle Mara c'est ça ?
_ Oui. Et sache, pour ta gouverne, que ce n'est pas 'ma' moldue.
_ Sure thing, rétorqua-t-elle avec un haussement d'épaules gracieux, enfin bon, elle t'écrit toujours, même après que tu te sois conduit comme…
_ Comme toi, ma chère Daphné. As-tu l'intention d'ajouter Théodore à ta liste – déjà plutôt longue – d'hommes abêtis par ton charme ?
_ Ce n'est pas comme ça entre Théo et moi Blaise. Ne me confonds pas avec ta Mente-Religieuse de mère, s'il te plait. J'étais plutôt volage ces derniers temps, mais je tiens à lui. Et d'ailleurs, pour revenir à notre sujet de départ – malgré ta fine tentative pour m'en empêcher – je pense qu'elle aussi tient à toi, malgré ce que tu racontes. Pourquoi t'aurait-elle écrit sinon ? Qu'est-ce que tu as l'intention de faire ?
_ Tu t'imagines que c'est une fille mièvre, et qu'elle m'a écrit une lettre de pardon ? Eh bien non. Elle a répondu à ma provocation par une autre provocation. Elle m'a renvoyé la lingerie qu'elle portait cette nuit-là parce qu'elle n'en voulait plus, un acte ultime en quelque sorte accompagné d'une sorte de lettre d'adieu.
_ Oh… Te voilà mouché si je comprends bien. Alors tu vas abandonner la partie ?
_ Il faut encore que j'y réfléchisse.
_ Tu ne veux pas renoncer à elle, hein ? soupira Daphné avec plus de lassitude que d'écœurement.
_ Je ne veux pas lui laisser le loisir de terminer notre collaboration à sa guise. C'est moi qui suis allé vers elle, et je serai aussi celui qui m'en détacherait. C'est moi le maitre du jeu.
_ Ben voyons. Combien de fois ta mère t'a-t-elle répété ce mantra pour que tu l'ériges en principe ? Cette fille te laisse partir. Profites-en, et trouves une jolie Sang-Pur avec qui t'amuser, si tu es en manque d'action. Je t'en présenterai si tu veux. Tu mérites mieux que de fréquenter une moldue.
Je laissais dire Daphné. Comment lui expliquer que ça n'avait plus rien d'émotif ou de charnel ? Je connaissais assez Mara pour savoir que sous l'apparence de ce « colis d'adieu », c'était un challenge qui s'offrait à moi. Elle me défiait d'être assez couard pour ne pas répondre à sa lettre, et lui prouver que l'image de salaud supérieur et bigot qu'elle avait de moi était la bonne.
Oui Mara était une moldue, et en tant que sorcier Sang-Pur, je valais mille fois sa valeur. Mais je n'étais pas un homme qui refusait les challenges, quels qu'ils soient.
J'allais la battre à son propre jeu, c'était une certitude. Reste à savoir comment…
